‹ Biographie universelle ancienne et moderneChapitre 41 sur 106 · HY · texte numérisé non relu

HY

nelle.et désarmait parla sincérité et le désintéressement de ses convictions les adversaires même que leur ardeur avait pu lui susciter. On jugera par le trait suivant de la renommée de sa bienfaisance. Il surprit un jour aux environs de sa terre une pauvre femme chargée de bois: « Ma bonne femme, •< lui dit-il, vous vous exposez à un procès.— Oh! ■ non, Monsieur, ce boit vient de chez vous ! (4 ) » Parmi les hommages rendus à la mémoire de ce citoyen recommandante , nous mentionnerons l'excellente notice publiée par l'un de ses anciens collègues, M. de Vatimcsnil, dans le Corres//ondant du 25 juin 1857; les éloges funèbres de MM. Morot et Bonnet, et le discours prononcé trois mois plus tard par M. le marquis de Vogué, à la société d'agriculture du Cher. Indépendamment des travaux parlementaires de Hyde de Neuville, on a de lui : deux Discours prononcés en 1829 et en 1850, en sa qualité de président de la société de géographie ; un autre sur la tombe de M. de Martignac (1832); un Éloge historique du générât Moreau. New- York, 1814, in-8» ; une brochure intitulée Les amis de la liberté de la presse, etc., Paris, 1827; et un faclum ayant pour titre : Réponse de Jean-Guillaume Hyde de AVutil/e. habitant de Paris, à tontes les calomnies dirigées contre lui . à l 'atroce et absurde accusation d'acoir pris part à l'attentat du 3 nivôse, aver l'exposé de ta conduite politique. Paris , 1801 , in-8°. A. B — t.t.

HYDER-ALY, ou plus correctement Haïder-Aly, se vantait de descendre du prophète des musulmans. Il y a tout lieu de croire, au moins, qu'il était originaire de la tribu des Coraïehytes , qui donna naissance à Mahomet. On ignore à quelle époque les ancêtres de Haïder passèrent de l'Arabie dans le Pendjab et de là dans le Dékhan. On sait seulement que sa famille jouissait d'une haute considération dans le district de Rolar, situé au milieu de la presqu'île, entre Bednore (nommé depuis Haïder-âbdd) et Kalbergah. Feth-Mohamed, surnommé Nédym-khân, son père, était d'abord officier au service du vice-roi de Sera, puis commanda pour lui la forteresse de Kolar (en 1721). Il périt dans un combat en 1728, laissant plusieurs enfants, parmi lesquels nous ne citerons que Haïder, qui naquit Van 1131 de l'hégire (1718-19), dans la petite forteresse de Dinavély, ou plutôt à Boudicote, fief appartenant à son père, non loin de Kolar. Son caractère impétueux et impatient de toute espace de joug se développa de si bonne heure qu'il ne put jamais apprendre ni à écrire ni à lire; ignorance à. laquelle il remédiait par une vigueur inconcevable de mémoire. La chasse et les autres plaisirs de la jeunesse paraissaient l'occuper tout entier , quand il entra comme volontaire daus une compagnie appartenant à son frère atné : il y donna une si haute idée de son caractère et de ses talents militaires que le dalaway

540 HYD

(premier ministre) du trop faible râJjdf et qui nviiii envahi le pouvoir suprême, n'hésita pas à lui confier, tout jeune qu'il était, le corps commandé par son père. Aussitôt (ou en 1741, selon le major Slewart, il hérita du titre de tiaik, mot sanscrit qui signifie chef, commandant. Dès 1740, il avait épousé la fil ii- d'un commandant de place, do laquelle naquit, vers 17 41», l'intrépide et malheureux Typoù-sulthan. Soit mécontentement réel, soit inquiétude, le dalaway ne tarda pas à disgracier llaïder et son frère aîné, qui se retirèrent avec leurs partisans, déjà nombreux, à la cour d'Arcatc. Le nabab Sefdcr-Aly-khan rcrrulait alors son armée pour résister aux Maltraites qui, en 1740, avaient ravagé le Curnalic. Le nabab ayant été assassiné en 1742, les deux frères firent leur paix avec le dalaway du Maïssour, et reparurent à la cour du jeune radjah. Peu de temps après, llaïder se vit, par la mort de son frère, arrivée en 1745, seul chef du petit corps et du territoire "ju'ils avaient hérités de leur père. Jaloux de justifier la haute opinion que le dalaway avait conçue de lui , déjà tourmenté peut-être par des projets ambitieux, il suggéra en 17 16 à son protecteur Fidée de s'emparer de Bangalore, dont le petit souverain vivait pourtant eu parfaite intelligence avec h- radjah de Seriugapaliiam. Attaqué à l'iuiproviste, le prince s'estima trop heureux de conserver son petit Etat en payant au vainqueur quatre laks de roupies (environ un million île francs), cl en promettant d'eu donner le double, llaïder laissa un brahmane pour veiller à la perception du tribut. Mais, après avoir fait en secret de nouveaux préparatifs pour se mieux défendre, le prince hindou chargea de fers l'agent hindou du vainqueur musulman. Celui-ci revint en toute hâte à la tète de douze mille hommes, tant cavaliers que fantassins, et rencontra, «près deux jours de marche, le radjah de Bangalore qui arrivait luimême à sa rencontre ( 17 février 1747). Les deux armées en vinrent aux mains : celle du Maïssour eut encore l'avantage; le prince de Bangalore fut battu et fait prisonnier avec toute sa famille. Sa capitale et sou petit État tombèrent au pouvoir du vainqueur, qui s'y installa d'après l'ordre du dalaway, en se reconnaissant toutefois vassal du radjah, leur maître commun, au moins de nom. Sou» prétexte de |iourvoir à la sûreté de son petit domaine, le nouveau maître de Bangalore augmenta sa petite armée et voulut ensuite l'exercer et surtout s'agrandir; mais il fut obligé de suspendre pendant quelque temps l'exécution de ses projets ambitieux pour voler nu secours de Ko» hammcd-Aly-khan , nabab du Carnatie, que Tchendâ-Saheb , son compétiteur, soutenu d un petit corps de Français, tenait étroilemeut assiégé dans Tritehinapali , eu I7.M. llaïder se conduisit avec tant de courage et de prudence que le nabab recommanda dans les termes les plus honoraires au dalaway un homme qu'il ne prévoyait pas devoir un jour envahir le Carnatie et usurper

HYD

l'empire du Maïssour. Ce nabab, n'ay ant pas rempli les conditions auxquelles il avait obtenu le secours des Maïssouriens, fut exposé i leur ressentiment: il implora l'appui des Anglais, et le 17 août 1734, il y eut, auprès de Tritehinapali. une bataille sanglante entre les Anglais commandés par le général Lawrence et les Français auxiliaires du Maïssour, sous le commandement u> M. de Maissin. Pendant l'action, llaïder, s'étaot aperçu que les Anglais avaient laissé leurs bagages sans une escorte suffisante, s'en empara par une manœuvre adroite et hardie. Ces munitions et cet armes, formant la charge de trente-cinq chariots, lui furent d'une grande utilité dans la suite pour ses opérations militaires, line suspension d'srwes eut lieu entre les Français rt h-s Anglais. Le dalawsjf en profita pour rappeler llaïder au secours de l'empire, menacé de nouveau par les Mahrattes , auxquels il fallut pourtant compter, au mois d'avril 17..'.. une somme assez considérable pour les déterminer à se retirer, llaïder, voulant se dédommager de la mortification que les Mahrattes lui avaient fait éprouver, seconda, avec la permission de son gouvernement, le frère rebelle du nabali d'Arcatc; il avait déjà pénétré dans le Madhourrh à la fin de l'année 1757, quand il fut obligé de se retirer vers Dindigol pour attendre un corps français commandé par M. Astruc, qui vint en > 'flel i joindre au mois de janvier 17o8; mais une nouvelle invasion des Mahratlcs l'obligea de regagner en toute haie Scringnpatnaui; quand il arriva, In Mahrattes s'étaient déjà retirés, emportant li somme qu'on avait consenti à leur donner. Cet intervalle de paix procura au général la facilité di visiter sou fief de Bangalore, où sa présence était nécessaire. 11 employa ces courts instants de repos à réfléchir sur les moyens de satisfaire son insatiable ambition. Son fief était voisin du frrlilc et riche canton du petit Balapour, dont le souverain hindou possédait un immense trésor. Hakisr proposa au dalaway de faire cette facile conquête, qui servirait à rétablir les finances épuisées psr la guerre et par les exactions des Mahrattes. La proposition, tout injuste qu'elle était, fut agréée. L'armée du Maïssour avait déjà pénétré dans l< petit Balapour, et le malheureux radjah ne savait pas encore qu'on lui avait déclaré la guerre; après avoir oppusé une faible résistance, il fut contraint du fuir, laissant bu vainqueur trois cents cbevsui. mille fusils, trois belles pièces de canon et un riche butin, llaïder se contenta d'envoyer en présent à la cour les trois canons, quinze beaux chevaux, quelques objets de euriosilé et peu d'argent il en distribua une partie à ses soldats , dont h gouvernement avait laissé arriérer la paye, et il garda pour lui la plus forte somme; elle lui servit à augmenter l'armée, dont il disait avoir besoin pour garder ses conquêtes contre les Mahrattes. qui reparurent au commencement de l'annét 17.7F Le ministre s'aperçut, mais trop tard, de» projels ambitieux de son protégé. Il fit part aV

H Vit

ses inquiétude* au radjah, et ils résolurent de s'assurer de sa personne i quelque prix que ce fil t. On l'invita donc, dans les termes les plus affectueux, à se rendre à Seringapatnam; mais Hafder entretenait a la cour de son trop confiant souverain , moyennant cinq cents roupies par mois, un de ces officieux personnages si communs dans toutes les cours de l'Orient et même dans celles de l'Occident; le brahmane Adèle, Kendeh-rao, fit connaître au général musulman le piège qu'on lui tendait. Celui-ci se rendit néanmoins à l'invitation qui lui était adressée, après avoir pris toutes les précautions convenables à sa sûreté et au succès du projet pour lequel II n'avait cru devoir demander aucun avis. Arrivé à Seringapatnam, il campa dans le jardin de la maka-rani (grande reine), mère du radjah; il parut à l'audience du premier ministre, qui avait tout disposé pour le faire assassiner; mais son attitude et celle du très-petit nombre de braves qui l'accompagnaient paralysèrent les timides Hindous ; l'exécution fut différée au lendemain, Hatder ne crut pas devoir affronter une seconde fois le danger, que des mesures plus adroitement concertées eussent rendu inévitable : la visite fut différée sous certains prétextes, et, un matin, le palais du ministre hindou fut envahi par les soldats du général, et le dalaway enlevé avec toute sa famille. Cette mesure vigoureuse répandit l'alarme dans le palais et dans le cœur du timide radjah. Sous prétexte de rassurer son souverain et de lui offrir •on hommage, le redoutable musulman se présenta devant lui et n'eut besoin de rien demander • à l'instant même la place de dalaway ou premier ministre lui fut conférée avec le titre de béhadour (1), malgré la différence de religion ; le souverain , Dco-radja , s'estima trop heureux de recevoir de son nouveau ministre musulman un acte qui lui garantissait, ainsi qu'à ses descendants, la souveraineté nominale du Malssour, et calmait ses craintes pour l'avenir. Ce grand événement eut lieu en 1799. Le premier acte d'autorité de Hatder fut d'envoyer le ministre disgracié, avec ses deux fils, dans la citadelle de la ville de Maïssour. Le père y vécut pendant treize ans; ils jouissaient d'une forte pension qu'on leur payait très-régulièrement. Quoiqu'il y eût pendant longtemps un parti assez fort contre lui dans sa propre cour et même à Seringapatnam, Halder y faisait si peu d'attention qu'il n'hésita même pas à envoyer au secours de M. de Lally, assiégé dans Pondichéry, l'élite de ses troupes, consistant en mille cavaliers, trois mille fantassins et un d'artillerie; et cependant 11 continua à rétaison de plaisance à une grande lieue de Seringapatnam, avec une garde de trou

(I) Brava ou héros-, cV»t 1« titre que partent dans l'Inde tes générant en chef et Ira officiera mpérieara. Juaqa'a cette époque, lia nier «'avait qwa la titra da mià, chat, commandant. Il aa qualifiait pjtfer&blmçht^e brHAoui, mot «lu-il ajoutait ordi-

HYH

cents cavaliers d'un dévouement'* toute épreuve. Vers le mois de juin 4760, l'armée mahratte reparut sur le territoire matssourlen : HaTder crut qu'elle venait exiger le tribut que le pacifique radjah ne refusait plus depuis quelques années; mais le trop confiant général ne se doutait pas que son prince voulait essayer de sortir de tutelle et avait lui-même appelé les Mahrattes à son secours. Une retraite précipitée sous les canons mêmes de Seringapatnara , qui lui envoyèrent quelques boulets, le déroba, ainsi que ses soldats, au juste ressentiment d'un maître profondément indigné. Il laissa derrière lui ses trésors et même toute sa famille, parmi laquelle se trouvait le jeune Typou, alors âgé de neuf a dix ans ; elle fut conduite, par les soins de l'officieux Kendeh-rao, au palais de Seringapatnam. A peine arrivé, le 13 août 1700, dans sa forteresse de Bangalore, à vingt-cinq lieues environ de la capitale du Maïssour, il s'empressa de rappeler le corps de s«pt mille hommes qu'il avait envoyé au secours du gouverneur français de l'Inde, assiégé par les Anglais dans Pondichéry; Il écrivit également à tous les gouverneurs des forteresses de sa dépendance pour leur enjoindre de venir le trouver avec toutes les forces dont chacun d'eux pouvait disposer, et elles lui suffirent pour mettre en déroute l'armée que le radjah du Malssour avait fait marcher en toute hate contre Bangalore, connaissant l'activité de son ennemi. En effet, celui-ci avait mis les moments à profit. Le brahmane d'abord si dévoué à HaTder s'avançait maintenant contre lui à la tête de sept mille chevaux, six mille fantassins, avec vingt-huit pièces de canon, et le serrait de près. Cependant le corps auxiliaire de sept mille hommes expédiés récemment pour Pondichéry revenait à grandes journées. Il fut bientôt suivi d'un corps de trois cents Français commandés par M. Allen, et sorti de Pondichéry peu de temps avant la prise de cette malheureuse ville. Les écrivains anglais conviennent que ces Français furent d'une grande utilité pour discipliner l'infanterie Indienne et manœuvrer son artillerie. En outre, HaTder ne manqua pas d'exagérer le nombre de ces auxiliaires, et s'en prévalut pour entraîner ceux des siens qui étaient Indécis. Enfin, par une ruse savamment combinée, il inspira une terreur panique au général brahmane, qui, se croyant abandonné par son souverain et trahi par ses troupes, chercha son salut dans la fuite. Les troupes, laissées à elles-mêmes, se débandèrent et entrèrent au service de Halder, qui ne marcha qu'avec lenteur et précaution sur Seringapatnam. Des dissensions intestines et quelques lacs de roupies avaient déterminé les Mahrattes à la retraite : on lui ouvrit les portes de la ville sans la moindre résistance. Suivant une note officielle trouvée par le major Mackenzie, le musulman resta un mois* devant Seringapatnam , qu'il tenait étroitement bloqué , pour que le radjah le reçût comme premier ministre et lui livrât le

54* mu

précédent, qui avait pris la fuite après sa défaite: il obtint tout ce qu'il demandait dans les premiers jours de juin 1761. Il se présenta avec une soumission et un respect dérisoires devant le radjah dont il usurpait tout le pouvoir et a qui il ne laissait qu'une vaine représentation. Kendéhrao fut livré et enfermé dans une cage de fer par le conseil des brahmanes, que le vainqueur convoqua pour cette affaire. La cage et les os de ce malheureux restèrent exposés pendant plusieurs années dans le bazar de Bangalore. Le radjah, confiné sous bonne garde dans son palais, perdit le reste de son autorité , qu'il transmit à l'usurpateur, se réservant le droit de délivrer quelques diplômes et de mettre son nom sur la monnaie. Aussitôt Halder exigea un compte bien exact de l'état des finances; il se fit remettre l'argent, les pierreries et autres objets précieux, dont une partie fut distribuée aux personnages fort insignifiants de la cour absolument fantastique du Crand-Mogol à Debly, et de celle du ni/, un ou soubabdar du Dékhan; ce qui lui valut la concession de la principauté du Maïssour et de Sera (principauté précédemment dépendante des Maltraites), avec le brevet de hefi-hèzary , ou chef de sept mille hommes, et le titre pompeux de lieutenant de l'empereur, nabab Haïder-Ali-khau le héros békadour. Malgré les occupations que devait lui donner cette nouvelle et importante dignité, on le vit, dès l'année suivante (1702), envahir les domaines des princes ses voisins, et obliger l'un d'eux à lui céder la moitié d'un canton pour couvrir les frontières orientales du Maïssour, et s'emparer de la forteresse d'Ouçour, au sud-rst de Bangalore. Une contestation s'étant élevée entre le jeune radjah de Bednore .qui possédait aussi toute la côte du Canara), et la veuve de sou prédécesseur, le premier eut l'imprudence de réclamer le secours de Hunier, qui ne laissait échapper aucune occasion de s'immiscer dans les affaires de ses voisins. Dans les premiers jours de mars 17C5, Halder emporta d'assaut la place de Bednore, et s'empressa d'arrêter les progrès du feu que les agents de la reine avaient mis par son ordre au palais; le canton de Bednore fut annexé à l'empire du Maïssour ; la reine et son fils furent renfermés dans une étroite prison. La juste indignation qu'inspirait une pareille perfidie et les cruautés qui l'accompagnèrent provoquèrent plusieurs conspirations; un grand nombre de persouuages importants périrent au milieu des supplices les plus atroces ; la confiscation de leurs domaines étendit ceux de Halder jusqu'aux environs deGoa. Le canton de Sounda produisait seul un million de pagodes par an. Depuis longtemps le fertile territoire de Bednore était absolument inculte : le nouveau souverain pourvut à ce qu'on le remit en valeur, et changea le nom de la capitale de cette nouvelle conquête en celui de Haïder-abad ou llalder-nagar (ville de Halder), y trausféra sa famille, ses trésors, créa un hôtel des

Page 1