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sait dans d'autres, notamment dans les Notices zurichoises, qu'il publiait avec J.-J. Slolz et Horncr (Zurich, 1813 et 181G, 3 vol. in-8», «hacun de 3 livraisons). — 11 ne faut pas confondre J.-J. Ilottinger avec son homonyme Jacq. (ou Jacques- Jackson, par abréviation J.-J.) Hottinger, professeur de langue grecque à Zurich, né en 1783 et auteur de deux grands tirâmes (Arnold de Winckelried, en Pactes, Winterthur, 1810, in-8» ; Héroïsme d'âme et héroïsme de bras, en 5 actes, 181 i, in-8"); de propositions en marge des articles de foi des Orthodoxes , Chiliastes , Mystiques, Hcrrnhiiters, etc. (Znirich, 1820, in-8°), et d'une Histoire des cantons suisses depuis leur séparation d'avec l'Église romaine , Zurich , 1823 , in-8" (1™ partie ) ; traduite en français avec des notes nouvelles, et continuée jusqu'à nos jours par MM. Monnard et Vulliemin, Paris, 1837-48, 17 vol. in-8». P— ot.
HOTZE (Jean-Conrad ou suivant d'aulres David de), général autrichien, naquit à Kichtenswgl, village du canton de Zurich , vers 1740. Conrad Fucssli , historien et géographe de la Suisse , fut son précepteur. Le jeune Hotze fréquenta le gymnase de Zurich et se voua à l'état militaire. Fils d'un paysan, qui exerçait la médecine, il ne put pas profiter du privilège alors réservé aux bourgeois de la ville de Zurich, qui était de remplir exclusivement les places d'officiers dans les régiments capitulés de France et de Hollande ; ce qui l'obligea d'entrer au service de Wurtemberg, où il ne tarda pas à être promu au grade de capitaine de cavalerie. Désirant se distinguer sur un plus grand théâtre , il échangea le service de Wurtemberg contre celui de Russie, en 1771 , et bientôt sa bravoure et ses talents trouvèrent à s'exercer dans la guerre contre les Turcs. Il fut nommé commandant de place à Ducharest en Yalachie , et le grand-duc Paul lui donna , en 1773, la place d'adjudant-major au régiment de ses gardes, llotze crut avoir alors des raisons de se méfier de la cour ; il quitta la Russie, et se vit accueilli par Joseph II, qui le fit colonel. Dans la guerre contre les Turcs, ce prince lui conféra le commandement de Jassy, et le chargea d'instruire son neveu François II dans l'art militaire. A son avènement au trône, ce dernier le nomma général-major, en lui conférant des lettres de noblesse. Dans la campagne de 1703, contre les Français, llotze servit sous le maréchal Wurmscr ; il eut beaucoup de part à la prise des lignes de Weissembourg , et fut à cette occasion décoré de l'ordre de Marie-Thérèse. En 1703, il se distingua encore sous les ordres «lu comte de Wartcnslebcn, dont il couvrit la retraite, et fut nommé feldmaréchal-lieulenant. C'est en celte qualité qu'il resta à l'armée du Rhin jusqu'à la paix de Campo- Formio. A Nercsheim (Il août 1707), où il commandait le centre, llotze chassa l'ennemi de tous les points avancés, et contribua puissamment à la défaite de l'aile droite des Français. Le 12 il
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resta sur le champ de bataille pour protéger la retraite de l'armée. Plus tard il livra les combats de Neumarckt , Lauf et Eberach ; il se rendit maître de la ville de Kitzingcn et marcha sur Wurzbourg. Plusieurs sorties de la citadelle furent repoussées par les bataillons qu'il avait jetés dans la ville. Le 3 au matin, les Autrichiens enlevèrent à la batonnette les hauteurs de Lengfeld, tandis que llotze attaquait le moulin d'Au ; les Français se virent contraints d'évacuer toute la vallée jusqu'à Wurzbourg et de se retirer sur la Lahn. Lorsque l'archiduc Charles les attaqua dans cette nouvelle position et les força de continuer leur retraite, llotze se montra infatigable dans la poursuite de l'ennemi. L'empereur lui envoya la grandcroix de l'ordre de Marie-Thérèse, comme récompense des services qu'il avait rendus dans cette occasion. C'est à cette époque que les Suisses, alarmés sur les intentions de la France , l'appelèrent pour lui confier le commandement en chef de b'urs troupes. Mille florins lui furent promis pour récompense, et cette somme fut même déposée à la banque de Vienne. 11 arriva le 4 mars à Zurich , et se mit en marche pour se rendre à Berne ; mais il apprit alors la prise de cette ville et retourna à Vienne. Le renouvellement de la guerre l'appela bientôt à de nouveaux services. En 1700 , l'occupation des Grisons fut son ouvrage ; son corps se joignit ensuite à l'armée de l'archiduc Charles, qui s'empara de Zurich. A l'ouverture de la campagne , il prit position sur la frontière de Craubundtcn , ayant Masséna devant lui. L'archiduc Charles lui avait surtout recommandé la défense du débouché de Brcgenz pour assurer le flanc de l'armée. Il prit une position retranchée près de Feldkirch , tant pour couvrir la route du Tyrol que pour ses communications avec Craubundtcn. Après avoir soutenu plusieurs combats opiniâtres dans cette position, il la quitta le 10 avec une partie de ses troupes, et marcha vers Lindau pour observer le général Ferino qui avançait de Tettwang. Lorsque Rellegarde pénétra dans l'Engadine, il s'était entendu avec Hotzc pour une attaque de Luziensteig (sentier de Luzien). Le 14 mai fut le jour fixé pour celte entreprise. L'attaque, dirigée par Hotze, s'effectua sur quatre colonnes , dont deux marchèrent vers le sentier et les deux autres vers les montagnes pour pénétrer dans la vallée de la Landquart, tandis que Bellcgarde entrerait du côté du midi. La première colonne, conduite par Hotze en personne, protégeait l'attaque contre tout mouvement que l'ennemi pourrait tenter sur la rive gauche du Rhin ; elle fit taire les batteries que les Français y avaient élevées, intercepta, par le feu de son artillerie , la route de Wendenberg à Ragaz, et se tint préparée à gravir le sentier avec des échelles. La seconde colonne rejeta l'ennemi de l'autre côté du pont de la Douane, attaqua le sentier par derrière , pénétra dans le camp des Français, fit grand nombre de prisonniers et ou-
rrit les portes à la première colonne. La possession de la Landquart établit la communication arec les deux autres colonnes. Après cette expédition, Bellegarde fut appelé par Suwarow à l'armée d'Italie. Hotze reçut l'ordre de poursuivre ses succès et d'avoir pour but, dans tous ses mouvements, la réunion de toutes les troupes autrichiennes. Après la prise de Sargans, Il marcha sur Wallcnstadt , descendit le Rhin pour en nettoyer la rive gauche jusqu'à Werdenberg , et rendre plus facile le passage de plusieurs détachements ; laissa avancer sa réserve sur Sargans et Balzer, et envoya un renfort à Berschis. Masséna retira ses troupes qui formaient le cordon du Bhin. Dans les premiers jours de juin, les Autrichiens se trouvaient sur une ligne qui embrassait la position ennemie devant Zurich ; une bataille décisive était inévitahlc si Masséna voulait se maintenir dans sa position : elle eut lieu le 4. La position des Français était des plus fortes ; ils pouvaient non-seulement y braver une attaque, mais arrêter pendant plusieurs jours les cfTorts d'une armée victorieuse. L'attaque principale devait s'exécuter sur la montagne de Zurich par le centre et par l'aile gauche, que commandait Hotze. Ce général, conduisant en personne la quatrième colonne , s'avança sur Stepbach et Schwammcndingen , et s'empara de ces deux points après une vigoureuse résistance. Masséna jugea à propos de quitter le G sa position. Après la bataille , les troupes de Hotze occupèrent Zurich. Pendant son séjour dans cette ville , ce général fit tous ses efforts pour engager les habitants à se soulever contre les Français ; mais il ne fut point écouté, et il ne trouva chez ses compatriotes ni le zèle ni le dévouement qu'on attendait d'eux. Peu de temps après, la conquête et l'occupation de la Suisse furent abandonnées aux Russes ; l'archiduc Charles s'étant retiré sur le Rhin, Hotze resta en Suisse avec vingt-cinq mille hommes pour y attendre l'arrivée de Suwarow. La seconde bataille devant Zurich eut lieu le -r; et le 20 septembre 1709. C'est là que Hotze trouva la mort. Il fut tué d'un coup de feu sur le sol natal au delà de Schaennis sur la route de Bilten. Un monument fort simple fut élevé plus tard sur ta place même où il avait péri. Les Autrichiens, ainsi que les Suisses ses compatriotes, témoignèrent de grands regrets sur cette perte que les circonstances rendaient encore plus funeste. — Son frère, Hotze (Jean), médecin trèshabile , mourut à Francfort-sur-le-Mein quelques années plus tard. U — i.
IIOUARD (David), né à Dieppe le 20 février 1723, se fit recevoir avocat à Paris le 7 mars 1747. Mais ce ne fut pas à la jurisprudence pratique qu'il borna ses études et ses travaux : il voulut connaître l'origine de nos anciennes lois et coutumes; et les connaissances qu'il acquit le firent admettre en 1783 à l'Académie des inscriptions et belleslettres en qualité d'associé. Le délabrement de sa
santé le détermina en 1789 à retourner dans sa ville natale, qu'il quitta depuis pour Abbevillc, où il est mort le 13 décembre 1802. On a de lui : 1° Anciennes lois des Français conservées dans les coutumes anglaises, recueillies par Littleton, Rouen et Paris, 1706, 2 vol. in-4»; id. , Rouen, 1779. Houard n'a pas été simple traducteur : au travail de l'auteur anglais , il a joint des observations historiques et critiques. 2° Traité sur les coutumes anglo-normandes , publiées en Angleterre depuis le onzième jusqu'au quatorzième siècle, avec des remarques, etc., Londres et Paris, 1770-1781, 4 vol. in-4°; 3° Dictionnaire analytique , historique , étymologique et critique de la coutume de Xormandie , Paris, 1780-1781, 4 vol. in-i». Mercier de Saint- Léger en a relevé quelques erreurs dans le Journal des savants. 4" Mémoire sur les antiquités galloises (dans le tome 30 des Mémoires de ? Académie des inscriptions et belles-lettres). Un autre mémoire qui y faisait suite avait été fourni à l'Académie ; mais le manuscrit a été perdu pendant la révolution. 5° Plusieurs travaux insérés dans divers recueils. A. B— t.
HOUBIGANT ( Charles -François ) , prêtre de l'Oratoire, né à Paris en 1080, fit ses humanités au collège des Quatre-Nations , sa rhétorique à celui de Louis le Grand , son cours de philosophie à Juilly, et entra en 1704 dans la congrégation de l'Oratoire. Ses supérieurs ne tardèrent pas à reconnaître en lui les plus heureuses dispositions pour les différentes parties de l'enseignement public : ils le destinèrent à en remplir les fonctions dans les plus célèbres établissements de la congrégation. 11 professa successivement, avec le plus grand succès, les belles-lettres à Juilly, la rhétorique à Marseille et. la philosophie à Soisson*. H était supérieur du collège de Vendôme, lorsque le P. de Latour, général de l'Oratoire, qui possédait à un degré éminent le don de reconnaître les talents de ses confrères , et de les employer avec discernement, l'appela en 1722 à Paris, dans le dessein de lui confier les conférences de St-Magloire, qui jusqu'alors n'avaient été faites que par des hommes d'un rare mérite. Ces conférences étaient publiques : elles avaient pour objet la discussion et l'éclaircissement des points les plus importants de l'antiquité et de la discipline ecclésiastique. Le P. Houbigant, pour s'y préparer, se retira, près de Paris, à Notre- Dame des Vertus, espèce de séminaire où les jeunes gens de l'Oratoire qui avaient achevé leur cours de régence se disposaient à la prédication et à l'exercice des diverses autres fonctions du saint ministère. L'excès du travail lui causa une maladie dangereuse, dont la suite fut une surdité absolue. Dans ce triste état , qui a duré jusqu'à sa mort, il se consacra entièrement à l'étude du cabinet , et ne vécut plus en quelque sorte qu'avec ses livres. Doue d'une mémoire heureuse, d'un jugement solide et d'un goût épuré, il sut allier à l'érudition des siècles savants les grâces
et les fleurs de la littérature moderne. L'étude de l'Écriture sainte dans les textes originaux fixa principalement son choix. Dans celle de la langue hébraïque, il s'attacha de préférence à la méthode de Masclef , qui consiste à lire l'hébreu sans points. Ce docte chanoine d'Amiens vivait encore : il se glorifia d'avoir un tel disciple, et s'empressa d'entrer en correspondance avec lui. Dès 1732, le P. Houbigant publia, en un volume ln-8°, les Racines de la langue hébraïque, en vers techniques dans le goût des Racines grecques de Port-Iloyal. Elles sont précédées d'une savante préface dans laquelle il démontre, contre les deux Huxtorf et leurs partisans , la nouveauté , l'inutilité et les inconvénients des points-voyelles. C'est un excellent dictionnaire qui , dans un petit volume, offre plus de saine critique et de lumières que beaucoup de vocabulaires d'une immense étendue. Ce savant homme était alors occupé d'une nouvelle édition de la fiible , revue sur les textes originaux et sur les anciennes versions, corrigée d'après des règles dont Louis Cappel avait donné les premiers éléments. Il en fit paraître les prolégomènes en 1746, en deux volumes in-4°, dont l'objet principal est de prouver qu'il s'est glissé des fautes dans le texte original : mais il a soin de foire observer qu'aucune des variantes qui se trouvent dans les divers exemplaires n'intéresse en rien la pureté du dogme et de la morale; il prouve seulement que ces fautes introduites par la négligence des copistes, quelque légères qu'elles soient , défigurent néanmoins les livres sacrés, en changent le sens, en affaiblissent l'énergie , et y produisent des obscurités qui font le désespoir des interprètes. L'auteur donne des règles pour les découvrir et les corriger. Tous les savanU firent le plus grand éloge de ces prolégomènes. Le P. Berthier, juste appréciateur du mérite de ces sortes d'ouvrages, s'en exprime en ces termes dans le Journal de Trévoux : ■■ On « sent , à la lecture de cet ouvrage , que l'auteur « est un homme de beaucoup d'esprit , un cri- « tique capable de saisir le vrai et de le dire ; un « écrivain qui n'a point sacrifié le» agréments du « style à la multitude des connaissances ; un « savant qui embrasse et développe en mattre « toutes les parties de son sujet. » Les mêmes principes que le P. Houbigant avait établis en latin dans ses prolégomènes, il les reproduisit en français dans les Conférences de Metz. Ces Conférences, où les principes de l'auteur sont mis dans un nouveau jour, toujours avec la même force , le même art et la même dialectique, forment six dialogues dont les interlocuteurs sont un juif, un protestant et deux docteurs de Sorbonne. L'auteur suppose dans son Avertissement qu'elles avaient été tenues à Metz vers l'an 1712. Pour pressentir le goût du public sur l'application de ses principes, il avait publié lui-même en 1743 un Psautier hébreu, où ses corrections étaient insérées dans le texte même. C'est dans les mêmes
vues que, pour donner une Idée de sa traduction latine, il fit imprimer, trois ans après, celle des Psaumes sur une colonne parallèle à la Vulgate. Les cantiques tirés de l'Écriture sainte, qu'on chante à laudes dans les églises , y furent ajoutés dans les éditions postérieures. Pans cette version , il s'est moins éloigné de la Vulgate, et il a conservé plus d'hébraïsmes que dans celle des autres livres de la Bible, parce que ces cantiques étant dans la bouche de tous les fidèles, il a cru ne pas devoir trop dépayser ses lecteurs. Elle a été traduite en français par M. Gracicn, confrère de l'auteur, qui l'avait revue et imprimée à Lyon en 17f>7, in-12; elle s'y trouve placée entre l'ancienne et la nouvelle version latine, sur trois colonnes : elle est bien faite, mais l'impression est mal exécutée. I.c grand ouvrage du P. Houbigant, fruit de vingt ans de travail, parut enfin à Paris en 17î>3 , en quatre volumes in-folio. L'exécution typographique le rend un chef-d'rruvre en ce genre. Les caractères en ont été gravés exprès par Fournier le jeune , aux frais du régime «de l'oratoire , d'après les plus beaux manuscrits de la bibliothèque de St-llonoré et de celle du roi. Le tout coûta quarante mille francs à la congrégation de l'Oratoire. L'ouvrage est imprimé sur deux colonnes, l'une en hébreu sans points-voyelles, conformément à la belle édition d'Athias, revue en 4705 par vander llooght. Le P. Houbigant n'a point inséré ses corrections dans le texte; il s'est contenté de les placer en forme de table a la fin de chaque volume. Dans le Pentateuque, les différences du texte samaritain sont à la marge des pages. La seconde colonne contient la traduction latine faite sur le texte corrigé : elle est imprimée en beaux caractères italiques pour les livres écrits en hébreu, et en caractères romains pour ceux dont il ne nous reste plus que le grec , ou qui n'ont été composés que dans cette langue. Cette traduction est d'une latinité très-pure ; et quoique simple , elle a de la noblesse. Aucune traduction connue, la Vulgate elle-même, que l'auteur préférait à toute autre , n'aurait point convenu à son plan , et n'aurait pu faire connaître les corrections qu'il jugeait nécessaires. A la fin de chaque chapitre se trouvent des notes critiques destinées à justifier les changements faits dans le texte et dans la version. Outre les prolégomènes, réimprimés au commencement du premier volume, l'auteur a mis des préfaces à la tête de plusieurs livres de l'Ecriture, soit pour aplanir les difficultés de la chronologie , concilier entre elles celles du texte hébreu et de la version des Septante, et toutes les deux avec la chronologie profane, soit pour faire sentir l'esprit du livre, soit pour en justifier l'authenticité contre les attaques de ceux qui l'ont contestée. Le P. Houbigant termina ses travaux sur la critique sacrée par un examen du psautier des Pères Capucins, où il représente le système de ces Pères et de l'abbé deVillefroy, leur maître, dans l'explication des psaumes, comme
arbitraire, dangereux et diamétralement opposé au génie de toutes les langues, et en particulier de la langue hébraïque. Ils y répondirent sous le masque d'un ancien mousquetaire , et sur un ton analogue à ce titre. Le P. Houbigant , auquel un tel style était étranger, ne crut pas devoir leur répliquer : il garda le même silence à l'égard du 1'. Fabricy, dominicain provençal , établi à Home, qui, dans une lettre à l'abbé de Villefroy, l'avait attaqué sans ménagement. Dans ses notes sur le Ihre de la Genèse, il avait semé les germes d'un système sur la préexistence de l'Ame de Jésus- Christ : il le développa plus au long dans une dissertation, sous le titre d' Introduction , etc. Ce système avait pour objet d'expliquer ce que disent les anciens Pères, spécialement les Pères grecs, des fréquentes apparitions du Fils de Dieu aux patriarches, avec une nature inférieure à la nature divine. 11 pensaitaveccesanciensPèresque l'âmede Jésus-Christ avait été créée dès le commencement du monde, et que lorsque le Verbe a voulu paraître sous une forme sensible, il s'est revêtu de notre chair, et l'erbum carofactum est. Il croyait encore qu'on ne pouvait expliquer plusieurs passages célèbres de l'Écriture sainte, et surtout des prophètes, sans admettre un état florissant et un règne temporel des Juifs, qui aurait lieu après leur conversion et avant la fin du monde. Ce sentiment ne lui était point particulier; et on sait que bossu et lui-même , à la suite d'une longue conférence avec l'abbé Duguet , l'avait inséré dans la seconde édition de son Discours sur l'histoire universelle, en 1082, et dans la troisième en 1700. Le P. noubigant avait présenté ce système avec beaucoup de force, et l'avait revêtu de preuves frappante» , à la fin de sa belle préface sur les prophètes. Mais le P. de Lavalette , général de l'Oratoire , encore tout effrayé de la commotion que les affaires du jansénisme avaient donnée à sa congrégation , et craignant que de nouveaux systèmes n'amenassent de nouveaux troubles, le décida à supprimer cette partie de sa préface. Cet endroit s'est conservé dans quelques exemplaires de l'ouvrage qui étaient déjà imprimés, ce qui les fait rechercher de préférence. La correspondance que le P. iloubigant entretenait avec plusieurs Anglais le porta à apprendre leur langue dans un âge assez avancé : il résulta de ce nouveau travail plusieurs traductions, dont nous parlerons à la fin de cet article. Ce savant homme termina sa carrière dans la maison de la rue St-llonoré, le 31 octobre 178/5, à l'Age de plus de 97 ans. Quelques années avant sa mort , une chute ayant affaibli les organes de son cerveau , il avait perdu l'usage de ses facultés intellectuelles : on calmait ses inquiétudes passagères, et l'on semblait le ramener de ses absences, en lui présentant un livre ; la seule vue de ces fidèles consolateurs de sa surdité et de sa vieillesse lui rendait la paix et presque la raison > il semblait y lire; mais ce n'était plus le même homme : il retombait bientôt
après dans un état de mélancolie, rt n'avait plus cet air riant, poli, affable, qui le faisait chérir de tous ses confrères. 11 était persuadé que la surdité que lui avait laissée sa première maladie venait de la maladresse des médecins; il forma dès lors la résolution de ne plus leur donner sa confiance, et leur appliquait ce mot de Pline le naturaliste : Discunt periculis nostris, et expérimenta per mortes agunt. Pour suppléer au défaut ■le l'ouïe, il avait imaginé un langage artificiel au moyen de quelques signes de convention , avec lesquels ses confrères se faisaient entendre de lui. Les étrangers trouvaient sur sa table une grande ardoise sur laquelle ils écrivaient avec du blanc d'Espagne. Sa sagacité prévenante abrégeait le travail de ses interlocuteurs : il devinait les mots dans les premières lettres, et les phrases dans les premiers mots. Si l'on trouvait quelquefois de l'embarras dans cette manière de converser avec lui , on en était bien dédommagé par l'agrément de son esprit et par la multitude de ses connaissances; il se plaisait à communiquer ses lumières, et il était accessible à tous les instants. 11 était en correspondance de lettres avec un grand nombre de savants français , anglais et allemands. En Angleterre, le savant Kennikot, l'évêque Lowth et plusieurs autres hébraïsants, rendirent hommage à ses découvertes. En France, le docteur Hooke , l'abbé Guénéc , le P. Bcrthier, jésuite , et l'abbé Ladvocat , s'expriment à son égard sur le même ton d'estime. Ce dernier, quoique obligé par la fondation de sa chaire en Sorbonne de se conformer à la méthode des Massorètes, le regardait comme son maître, et n'en parlait jamais qu'avec respect. C'est ce dont on peut se convaincre par la lecture de leur correspondance imprimée sur l'interprétation du psaume Exurgat. Le chancelier d'Agucsscau , à qui la langue hébraïque n'était point étrangère, avait prié le P. Houbigant de lui faire passer les feuilles de son ouvrage à mesure qu'on les imprimait ; et il existe une lettre manuscrite de ce célèbre magistrat , dans laquelle il lui témoigne combien il était satisfait de son travail. HcnoltXlV, auquel il avait fait présent de sa grande bible , lui adressa un bref très-honorable , qu'il accompagna de deux médailles d'or du plus grand module. Les vieux professeurs des universités d'Allemagne élevés à l'école de Buxtorf attaquèrent fortement ses principes et sa méthode, contre lesquels ils tirent soutenir des thèses par leurs disciples : mais M. Bahrdt, savant professeur de Lcipsick, «lui ne partageait pas leurs préventions, recueillit, en deux volumes in-4°, les prolégomènes, les préfaces et les notes de sa bible ; il les fit imprimer à l'usage de ses disciples, en les leur recommandant comme un des ouvrages les plus propres à les introduire dans l'intelligence des livres saints. Le clergé de France lui assigna une pension de douze cents livres, sans qu'il eût fait la moindre démarche pour l'obtenir. Cette pen-
sion donnée à un homme de quatre-vingt-seize ans, qui depuis près de quarante ans passait pour le plus savant hëbralsant de l'Europe , parut un peu tardive. Peut-être mime n'y aurait-on jamais pense, si l'on n'avait cru devoir la faire servir de p3ssc-port à celle qui fut donnée en même temps au I'. Dcrthier, qui d'ailleurs méritait à tous égards une pareille distinction. Quoique le P. lioubigant fût entièrement sourd, il n'était point triste ni soupçonneux, comme le sont ordinairement ceux qui ont cette infirmité; il avait reçu de la nature un caractère bienveillant, une âme ferme et vigoureuse; il y joignait un fonds de politesse et d'aménité que l'étude la plus sérieuse et ses longs travaux ne purent jamais altérer. Quoiqu'il n'eût qu'une fortune médiocre , il trouva dans son économie un fonds suffisant pour établir, douze ans avant sa mort, au petit village d'Avilly, où il avait une maison de campagne dans le voisinage de Chantilly, une école de jeunes filles , à laquelle il légua une rente annuelle et perpétuelle de cent soixantequinze livres : il y avait formé une petite imprimerie dont il se servait pendant les vacances pour imprimer quelques-uns de ses ouvrages. Voici la liste de ceux qui ont vu le jour : 1° Racines hébraïques tant poinU-toyellet , Paris, 1752, in-8°; 2° Prolegomena in Seripturam sacraux , Paris, 1716, ^2 vol. in-4°; 3° Biblia hebraica cum notit criticit et ttrtiotte latina ad notât criticat farta , etc., Paris, 1753, 4 vol. in-fol.; 4° Veterit Testa* menti tertio nota, etc., Paris, 1733, 5 vol. in-8°. C'est la traduction latine qui se trouve déjà dans la grande bible , et avec les mêmes caractères. 3° Psalmorum tertio Vulgata et tertio nota ad hebraicam veritatem facta, Paris, 1746 et 1733, vol. ill-lU; f> Psalmi hebraici me mit s quant plurimis expvrgali. vol. in -lu" (Lcyde, 1748]; 7° Pro~ rerbia, Ecclesiastes . 1763, petit in-42. Après la traduction latine de ces trois livres, on trouve le texte , dont il n'y a eu que vingt-huit pages d'imprimées, c'est-à-dire les dix premiers chapitres des Proterbet et quatre lignes du chapitre 2. 8° Introduction, in-8°. Celte introduction devait servir de préface à un ouvrage qui n'a point paru. Ces trois derniers écrits furent imprimés par luimêiuc, à sa campagne d'Avilly. i)° Examen du Ptaulier français des révérends Pères capucins, Paris, sous la rubrique de la Hâve, 1704, petit in-8»; 11»» Conférences de J/ers , Lcyde , 1730, in-8" ; 1 1° Méthode courte et facile contre les déistes et les juifs, etc. , traduite de l'anglais de Lesley sur la septième édition, in-8°; 1 2° Pensées de Forbes turla religion naturelle et révélée, etc., Lyon , 17G9, in-8°. Ces deux derniers ouvrages sont accompagnés de savantes notes qui en rehaussent le mérite. 13° Sermons du docteur Sherlock, éte'que de Londres, Lyon, 1768, in-12. Le traducteur a fait disparaître des longueurs et des répétitions et quelques autres défauts dont le goût français n'aurait pu s'accommoder. Outre ces ouvrages
imprimés, l'auteur a laissé un grand nombre de manuscrits, dont nous ne ferons connaître que les plus intéressants : 1° Grammatica hebraica, qu'il aurait imprimée, dit-il dans ses prolégomènes, « typographi Parisientet ut pectmiœ ita et taudis cupidi estent ; 2° Manière <T étudier et d'enseigner les humanitét. Cet ouvrage , compose pour diriger les jeunes gens de l'Oratoire, est beaucoup plus étendu qne le Ratio diteendi du P. Jouvancy. Les jugements sur les auteurs grecs et latins y sont plus approfondis ; il y fait connaître en même temps nos meilleurs classiques français à l'époque de 1720, où il fut composé. L'auteur n'y parle que de la manière d'étudier : il se proposait d'y ajouter la manière d'enseigner; mais la publication de l'excellent Traité det étudet de Rollin l'arrêta dans son projet. La copie la plus exacte et la plus complète de cet écrit existait dans le cabinet de M. Adry. 3° Traduction de l'ouvrage d'Origine contre Celte. Cet important ouvrage s'égara entre les mains de l'abbé Chevreuil , censeur royal, soit par négligence, soit pour quelque raison particulière qu'on ne cherchera pas ici à pénétrer. La perte en est d'autant plus fâcheuse que nous n'avons qu'une traduction très-médiocre et inexacte de l'original. Celle de lioubigant était fidèle et enrichie de notes savantes qui en augmentaient beaucoup le prix. 4" lie du cardinal de Bérulle . fondateur de la congrégation de l'Oratoire. M. Ixmrdet, censeur royal, chargé en 1773, par le vice-chancelier Maupeou, d'examiner l'ouvrage, croyant y apercevoir quelques traits peu favorables aux jésuites, exigea des suppressions et des changements considérables , auquel l'auteur ne voulut point se soumettre : l'ouvrage ne fut pas imprimé. Le rédacteur de cet article en a beaucoup profité dans YHittoire de ce même cardinal, qu'il a publiée, 1817, 2 vol. in-8». 5" Traduction françaite du texte latin de sa grande bible, à laquelle il en avait joint une du Xomeau Testament, le tout accompagné de notes. L'abbé Itiballier, syndic de la faculté de théologie de Paris, en avait été nommé censeur : il refusa son approbation par déférence pour M. de Beaumont, archevêque de Paris, sous prétexte qu'il y avait déjà un assez grand nombre de traductions françaises de l'Écriture , et qu'il n'en roulait pat de nouvelles. Le manuscrit de cet ouvrage, appartenant à M. Vilbers , ancien procureur général de la congrégation de l'Oratoire, a dû se trouver dans la bibliothèque de M. Lecoz, archevêque de Besançon , à la mort de ce prélat. L'abbé Contant de la Mollete, qui en avait eu communication, dit « que cette traduction est faite de main de « maître, que le style en est coulant , les termes « propres et énergiques, ainsi que ceux de la « version latine. » G° Traité de h venue d'Elu, composé pour prouver qu'elle n'est pas aussi prochaine que quelques modernes se le sont imaginé. 7° Remarques sur le livre (de M. Astruc) intitulé Conjectures sur la Genèse. M. Adry, ancien biblio-
tin.'. Mire de la maison de St-IIonoré, a publié dans le Magasin encyclopédique du mois de mai 1800 unCiVofiee sur ta vie et le» ouvrages , tant imprimés que manuscrits, du P. Houbigant; nous en avons profité pour cet article: T — D.
HOURRAKEN (Arnold), peintre et graveur à l'eau-forte, né à Dordrccht en 1000, fut élève de différents maîtres, entre autres de Hoogstractcn. Amené fort jeune en Angleterre par un homme <|iii voulait mettre ses talents à profit, et qui s'y ruina , il trouva moyen de se tirer d'affaire par ses ouvrages, entre autres par une collection de portraits qu'il y dessina d'après van Dyck, et qui furent gravés par van Gunst. De retour en Hollande, il joignit à la peinture la pratique de la gravure à l'eauforte. Houbraken était instruit; outre son talent pour les arts, il avait beaucoup de goilt pour la littérature, et faisait des vers fort estimés à cette époque. On a de lui en hollandais une Vie des peintres flamands (dont il a gravé les portraits), Amsterdam, 1718, 5 vol. in-8n (1). Cet artiste |>eigtiait l'histoire et le portrait. Ses compositions décrient un homme d'esprit ; son dessin est assez correct : quant à sa couleur, elle est trop rouge et en général peu vraie. Ses fonds sont d'une bonne ordonnance et ses draperies jetées avec goût. Ses tableaux sont peu connus en France : il y en avait un dans le cabinet du comte de Vence, et l'on a vu au Musée une belle tête de vieillard de la composition de ce peintre. Ses gravures à l'eau-forte sont d'une touche spirituelle. On a lieaucoup gravé d'après lui. H mourut à Amsterdam en 1719. P— e.
HOlRHAKEN (Jacques), graveur, fils du précécédent, né à Dortrecht en 1098, a gravé peu de morceaux d'histoire; mais on a de lui plus de six cents portraits , tous au burin : s'ils ne sont pas également bons, parce qu'il négligeait souvent les parties accessoires, qu'il abandonnait à ses élèves, cependant il y en a plusieurs qui méritent de fixer l'attention des connaisseurs. De ce nombre sont quelques-uns de ceux qui forment la collection des portraits des hommes illustres de la Grandc-Rrctagnc , publiée par Knapton. Nous citerons ceux de George du ; prince d'Orange, de Jean Kuyper, de Jacob van Hoorn, de Séba, de Jean Taylor, de Mjcris, de Rruinc, etc. II a gravé aussi une planche capitale d'après Rembrandt pour la galerie de Dresde , représentant le Sacrifice de Manuè. Houbraken vint se fixer de bonne heure à Amsterdam, résidence qui lui plaisait tellement qu'il ne voulut pas la quitter, malgré toutes les offres avantageuses qui lui furent faites pour aller se fixer à Londres. Cet artiste avait un burin hardi et facile, une grande vigueur de touche, et mettait beaucoup de variété et d'opposition dans ses travaux : en général ses
tH M. Beudiot possédait de cet ouTrnge une traduction fran- Abrégée, mai* qui n'a point été imprimée; une note l'ntmUue à 1» tcuts du ccicbtc B. l'icart; le nuuuicrit htm* 2
portraits sentent la couleur. Houbraken , dont le caractère était extrêmement doux et agréable, est mort à Amsterdam vers 1790, dans un âge trèsavancé. Tanjé était son élève. P — e.
BOLÇAIN ou HOUCEIN REN-MANSOUR (Aboul- Mociiit), plus connu sous son surnom d'Al-Halladj (le cardeur de coton), fut un fameux docteur musulman de la secte des Sofys , qui menaient une vît contemplative. Les choses extroardinaircs qu'on raconte de lui le mirent en grande réputation et lui attirèrent une foule de disciples. Il faisait paraître tantôt un beau jardin , tantôt des fruits d'été en hiver ou des fruits d'hiver en été; il étendait ses mains vers le ciel, et l'on voyait tomber des drachmes d'argent qu'il appelait drachmes de la loue-puissance, et qui portaient pour inscription : // n'y a qu'un seul Dieu. Il devinait tout ce qui se passait dans le secret des maisons, et il pénétrait les pensées les plus cachées. Né à Reïh ou dans une de ces trois villes du Khoraçan , Meruu , Nichabour ou Talekan , il quitta celle province pour venir dans l'Irak, et se rendit ensuite à la Mckke, où il passa un an, soit dans une caverne, soit dans une masure ouverte par le haut. On le » vit, au sommet d'une montagne, debout sur la pointe d'une pierre, les pieds nus, la tète découverte et suant à grosses gouttes. Son retour à Ragdad, l'an 7.01 de l'hégire (913 de J.-C.), fit beaucoup de bruit; mais les opinions furent bien diversement partagées sur son compte : les uns soutenaient que l'ange Gabriel résidait en lui, ou que lui-même était un dieu; d'autres le regardaient comme un imposteur, comme un fripon. Le n'était peut-être au' fond qu'un prestidigitateur qui eut des envieux et des ennemis. Sa morale et sa conduite n'avaient rien d'ailleurs de répréhensible. Il jeûnait souvent plusieurs jours de suite, et lorsqu'il rompait l'abstinence, ce n'était qu'avec trois boudléei de pain et un peu d'eau. Le vizir du khalife Hoctader (coy. ce nom), à qui l'on avait dit (jue Houçain-al-Halladj ressuscitait les morts, le fit venir pour l'interroger. Il répondit à ce ministre qu'il n'avait ni le don de prophétie ni le pouvoir de faire des miracles; que la divinité n'habitait point en sa personne; qu'il n'y avait en lui rien d'extraordinaire cl qu'il servait Dieu comme les autres hommes. Le vizir satisfait allait le renvoyer, lorsqu'on produisit un ouvrage dans lequel llouçain avait dit qu'il était possible de su dispenser du pèlerinage de la Mekke et d'en acquérir le mérite, si l'on en pratiquait les cérémonies seul et sans témoin dans sa maison, el si l'on avail soin de nourrir, d'habiller trente orphelins et de leur donner à chacun sept drachmes. Les docteurs assemblés par ordre du vizir décidèrent que cette doctrine philanthropique était hétérodoxe en ce qu'elle détruisait un des principaux préceptes du Coran, et ils jugèrent l'auteur digne de mort, comme hérétique. llouçain entendit son arrêt sans effroi et se contenta de dire à ses juges : « Vous condamnez un inuoeent; mais le
« ciel me vengera. » La sentence ayant été confirmée par le khalife, Halladj reçut d'abord mille coups de fouet sans jeter un seul cri. On lui coupa ensuite les deux pieds, les deux mains, et enfin la tête, qui fut exposée sur la place du marché de Bagdad; son corps fut brûlé et on en jeta les cendres dans le Tigre. Cette exécution eut lieu l'an 509 (031). Ainsi périt ce docteur dont la réputation s'était répandue dans tout l'empire musulman , et que ses rivaux n'avaient jamais pu confondre. On a prétendu pourtant qu'il était absolument illettré. Sa vie a été écrite par plusieurs auteurs arabes, Tadj-Eddyn-Ali , Ghazali, Ibn-Khilkhan , etc. Quant aux vers cités par Elmaein , attribués par lui à Houçain Halladj , et qui ont fait supposer que ce docteur était chrétien, ils ne se rap|>ortent point à l'incarnation de Jésus- Christ , mais à la mysticité musulmane. A— t.
HOUCEIN BEHADER ( Aboci.-Gazi) , dernier sultan de Perse de la race de Tamerlan, était fils de Mansour et arrière- petit-fils d'Oraar- Chcikh , deuxième fils de ce conquérant , dont il descendait aussi par les femmes. H naquit à Hérat en 842 (1438-50). Ne possédant aucun apanage, parce que ses ancêtres en avaient été dépouillés par d'autres princes de leur famille, Houccin fut longtemps détenu dans la citadelle de Samarkand par ordre du sultan Abou-Saïd Mirza (voy. ce nom), qui depuis lui rendit la liberté. H vint à Hérat, où le sultan Babour l'accueillit en bon parent et lui assigna une pension annuelle de cent mille pièces d'or. Ce fut à la cour de Babour que Houccin épousa une fille de Mirza-Sandjar, autre prince du sang de Tamerlan ; mais, devenu suspect à son beau-père, qui voulut se défaire de lui, après la mort de Babour, l'an 861 de l'hégire (1457 de J.-C.), comme d'un rival qui pouvait nuire à sa propre ambition, Iloucein se retira dans le Khariziue ; et suivi d'un petit nombre de partisans fidèles, il marcha sur Esterabad dont il rencontra le gouverneur fuyant devant l'armée du Turcoman Djihan-Schah, qui avait envahi IcKhoraçan. Malgré l'infériorité de ses forces, il triompha de cet émir, qui périt dans le combat. Renforcé par cet avantage h'A surprit le gouverneur turcoman d'Estcrabad, qui s'avançait contre lui, s'empara de cette ville, fit pendre le gouverneur et la majeure partie des prisonniers turcomans, jet se fit reconnaître roi du Djordian et du Mazanderan en 8G5 (1459). Cet événement détermina Djihan- Schah à retourner dans la Perse occidentale, dont il était souverain. Le Khoraçan étant retombé alors au pouvoir d'Abou-Saïd , Iloucein se reconnut vassal de ce prince, et en obtint la liberté de sa femme; mais ayant fait des incursions dans cette province , au mépris du traité , il n'osa pas risquer une bataille contre l'armée du sultan , et se retira dans le Kharizmc. Il en revint l'année suivante, et tandis qif Abou-Saïd assiégeait dans Taschkend Mirza Rjouki , qui revendiquait la Transoxanc comme héritage de son aïeul Ou-
lough-Beyg (voy. ce nom), il vainquit Mirza- Mahmoud, fils d'AbouSaïd, reprit Esterabad et le Mazanderan , et envahit le Khoraçan. Mais contraint de s'éloigner de Hérat , après un siège meurtrier, pendant lequel il avait couru les plus grands périls, il rentra dans le Mazanderan, dont il fut encore chassé par Abou-Saïd en 1461. Forcé d'aller chercher un asile et des secours dans l'empire talar du Descht-Kaptchak (voy. Batu), il recouvra le Khariztue, pendant que son rival achevait de réduire Mirza-Djouki, et fit, durant plusieurs années, avec autant de patience que d'activité, un grand nombre d'invasions dans le Khoraçan , souvent battu , quelquefois vainqueur, mais toujours supérieur à la fortune, qui se lassa enfin de le persécuter. La guerre désastreuse que l'orgueilleux Abou-Saïd entreprit en 873(1468-1469) contre Ouzoun-Haçan (voy. ce nom), la catastrophe qui termina sa vie , et la fuite de son fils Mahmoud , qu'il avait laissé dans le Khoraçan, firent passer cette vaste province sous la domination de Iloucein. Il entra sans résistance dans Hérat, et déjà il s'occupait à y apaiser les querelles religieuses , à y rétablir la police et le bon ordre, lorsque Ouzoun-Haçan, maître de toute la Perse occidentale, lui suscita un redoutable compétiteur. Yadighiar-Mohammed , arrière-pelit-fils de Schah- Roukh (voy. ce nom), avait été' emmené dès son enfance , par Djihan-Schah , dans l'Adzerbaïdjan , et élevé parmi les Turcomans. Ouzoun-Haçan, vainqueur de Djihan-Schah et son successeur dans la Perse occidentale, épargna le jeune Yadighiar qu'il voulait opposer à Iloucein comme légitime héritier de l'empire de Tamerlan. 11 lui fournit des troupes auxquelles se joignirent les débris de l'armée d'Abou-Saïd. N'ayant pu empêcher Yadighiar de s'emparer du Mazanderan, Iloucein le vainquit deux fois dans le Khoraçan ; mais, prêta livrer un troisième combat, la défection de plusieurs de ses émirs l'obligea de se retirer vers Balkh, dans une tribu mongole alliée à sa famille. 11 y triompha de trois fils d'Abou- Saïd, qui, jugeant sa cause perdue, étaient venus le relancer dans cet asile. Mais bientôt informé que l'imprudent Yadighiar, maître du Khoraçan , passait son temps dans la mollesse et les plaisirs, sans s'inquiéter des murmures qu'excitaient les vexations des Turcomans ses auxiliaires, il partit avec 1,000 cavaliers, fit quatre-vingts lieues en trois jours, et entra de nuit dans Hérat et dans le palais de Yadighiar, qui, surpris pendant son sommeil, fut mis à mort le 27 safar 875 (23 août 1470). Houccin usa de clémence envers la plupart des émirs et ne poursuivit pas les Turcomans dans leur fuite, afin de ménager leur souverain, avec lequel il fit la paix. Maître du Kharizme, du Djordjan et du Mazanderan, et affermi dans la possession du Khoraçan par la mort de Yadighiar, le sultan ne s'occupait qu'à y réparer les malheurs de la guerre , cl à faire oublier les ravages des Turcomans , lorsqu'il se vit attaqué par un autre