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l'erse . Instruits des victoires du général arménien, ils lui envoyèrent des ambassadeurs pour lui demander du secours contre les Persans, qui avaient inondé leur pays de troupes, et qui voulaient y détruire entièrement la religion chrétienne. Avant de marcher au secours des Albaniens, Vartan et ses confédérés résolurent d'envoyer demander l'appui de l'empereur Théodose, pour résister avec plus de succès au roi de Perse, qui se préparait à venger les revers qu'il avait éprouvés. Tbéodoïc mourut vers celte époque, et son successeur Marcien, trop occupé des querelles religieuses qui déchiraient alors son empire, ne pensa pas à secourir les Arméniens dans la lutte inégale qu'ils avaient à soutenir contre les Persans. Réduits à leurs seules forces, les Arméniens résolurent de périr tous plutôt que de souffrir que l'on portât la moindre atteinte à leur religion : ils firent une très-grande levée d'hommes et formèrent troi* armées. NerschBhpour, prince des Ardzrouniens, eul le commandement de la première et fut placé sur les frontières de l'Atropatène pour arrêter les Persans. Vartan et les f.amsaragans curent la seconde pour aller délivrer les Albaniens. Le mare» ban Vasag, avec la troisième, devait défendre l'intérieur du pays et former la réserve. Vartao, avec son armée, se mit en marche pour s'approcher de l'Albanie : il vainquit, sur les bords du Cyrus , le général persan Scbokhd , se rendit maître de tout le pays, ouvrit le défilé de fier* bend et appela les Huns à son secours. Pendant que Vartan se couvrait de gloire sur les bords du Cyrus et de la mer Caspienne, Vasag , qui depuis longtemps était secrètement d'intelligence arec lezdedjerd, profita de l'éloignement de Vartan pour jeter le masque et renoncer au christianisme. Uizts, prince des Pagratides , Katischoï, prince des Kborkborouniens, ainsi que beaucoup d'autres, suivent son exemple et embrassent avec chaleur le parti du roi de Perse. Ils réunirent leurs forces, ouvrirent l'entrée de l'Arménie aux étrangers, ravagèrent ce pays, détruisirent presque entièrement la ville d'Artaxate, et mirent à feu et à sang la province d'Ararad. Irrité de cette trahison et de ces dévastations, Vartan revint de l'Albanie et dévasta de son côté toutes les possessions de Vasag et de ses adhérents. Au printemps de l'an lîH , Meschgan Niouaalavard, général des armées d'Iezdedjerd , entra dans l'Arménie. Vartan et les autres princes restés fidèles à leurs serments coururent aux armes et marchèrent à la rencontre des Persans et du perfide Vasag. Vainement ils déployèrent le plus grand courage : accablés par le nombre de leurs adversaires, ils furent complètement défaits sur les bords du fleuve Deghmod, dans la province d'Ardaz, sur les frontières de l'Atropatène, et Vartan fut tué au milieu de la mêlée avec la plupart des princes. Après cette importante victoire , les Persans pénétrèrent sans obstacle dans toutes les parties de l'Arménie; Hmaïeag, frère de Vartan, voulut.
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avec quelques soldats, s'opposer à leurs progrès: ses efforts furent inutiles, et il trouva, comme son frère, une mort glorieuse en combattant les ennemis de son Dieu et de son pays. Rien ne fut plus capable d'arrêter leur marche triomphante. L'Arménie entière subit le joug des vainqueurs; il n'y eut que quelques Arméniens qui préférèrent la misère et l'exil à l'esclavage , et qui se réfugièrent dans l'empire grec. Le patriarche Joseph, les principaux évéques et beaucoup de prêtres furent emmenés en captivité en Perse, et y obtinrent la couronné du martyre. L'Arménie fut enfin soumise- à la puissance d'Iezdedjerd et pacifiée par Adrourmizd Arschagan , successeur de Vasag, qui, accusé de liaisons criminelles avec les Grecs, fut condamné à mort, malgré les services qu'il avait rendus au roi. Tour que rien ne troublât plus la tranquillité, on envoya en Perse les veuves et les enfants des princes qui étaient morts en combattant, ainsi que plusieurs souverains qui avaient survécu à leur défaite, et dont la présence en Arménie pouvait inspirer des craintes. Ces personnages moururent presque tous en Perse; il n'en échappa que quelques-uns, qui revinrent dans leur patrie sous le règne de Firouz, fils d'Iezdedjerd. Ce prince, vers la fin de sa vie, se relâcha de sa rigueur envers les chrétiens , et il mourut en paix en l'an 457, après un règne de dix-huit ans et quelques mois. Son second flh Hormisdas, qu'il préférait à son aine Firouz, lui succéda. S. M— y.
IEZDEDJERD III, Ûls de Scheheriar, et petit-fils de Khosrou-Parwiz , dernier roi de Perse de la race des Sassanides, monta sur le trône le 16 juin de l'an 632 , après la mort de son oncle Ferroukh-zad, qui avait été empoisonné parles grands de l'État après un règne de quarante jours. L'auteur de son élévation fut le général Roustam, fils de Djarhorraouz , gouverneur de l'Atropatène, qui , par ses talents militaires , s'était rendu célèbre durant les troubles de la Perse. L'empire, déchiré par des divisions intestines , était loin de son ancienne splendeur et menaçait ruine de tous les côtés : neuf princes , depuis la mort violente de Khosrou-Parwiz, s'étaient succédé sur le trône dans l'espace de moins de trois ans. Iezdedjerd s'efforça de faire disparaître les traces de tous ces malheurs , et de rendre à son royaume la puissance qu'il avait eue sous les rois ses aïeux. Lors de son avènement il eut à combattre contre un prince de sa famille nommé Hormouzd , qui lui disputait la couronne, et qui périt peu après en combattant contre lui. Iezdedjerd s'occupa ensuite de réformer les abus qui s'étaient introduits dans la religion sous le règne orageux de ses prédécesseurs , ce qui mécontenta un grand nombre de ses sujets; car, dans ses réformes, il eut plutôt pour but de mettre en faveur quelques opinions particulières que de ramener la loi de Zoroastre à sa pureté primitive. En conséquence de ces innovations, il fit rassembler un
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grand nombre de savants qu'il chargea de corriger les erreurs qui s'étaient glissées depuis longtemps dans le calendrier. 11 changea, par suite de la réforme que l'on fit alors, lajnanière de diviser l'année en usage chez les Persans depuis une longue série de siècles , abolit les dénominations usitées des mois et des jours , substituant à des noms d'anges et de génies célestes ceux d'objets ou de propriétés physiques; il voulut que tous ces changements fussent l'époque d'une nouvelle ère, dont il fixa le commencement au 16 juin 632, jour de son avènement au trône. Tous ces changements causèrent beaucoup de mécontentement parmi ses sujets , et ne contribuèrent sans doute pas peu à amener la destruction du royaume des Sassanides. Il n'est resté de toutes ses institutions que l'usage de son ère, qui s'est perpétué jusqu'à nos jours chez les sectateurs de Zoroastre. Quand la grande lutte qui décida de l'empire et de la religion des Persans se fut engagée , les sujets d'Iezdedjerd ne montrèrent pas le courage et la fidélité qu'ils auraient déployés sous un autre prince. Iezdedjerd ne manquait cependant pas de talents : quoiqu'il ne paraisse pas avoir eu beaucoup de courage militaire , nous verrons qu'il fit tout ce qui était convenable pour sauver son empire du joug des Arabes , et qu'il n'y eut que l'enthousiasme et l'opiniâtreté des musulmans qui aient pu l'emporter sur la sagesse de ses mesures. Peu après la mort de Mahomet, sous le khalifat d'Aboubekr, les Arabes avaient déjà une fois attaqué la Perse , pendant que Pourandokht , fille de Khosrou-Parwiz , était sur le trône : mais tous leurs exploits alors s'étaient bornés à quelques incursions sur le territoire persan , du côté du désert, ou à attaquer Mondar, roi de Ilirah , vassal des rois sassanides. Sous le khalifat d'Omar, les Arabes songèrent sérieusement à envahir la Perse , et ils couvrirent de leurs troupes les rives de l'Euphrate. En l'an 634, Abou-Obelda le Thakéfilc, Mothanna, Amrou et Salith , entrèrent dans l'Yrak , sur les terres du roi de Perse, repoussèrent Hormouz- Djadou , qui était chargé de défendre cette frontière, et s'avancèrent jusqu'à l'Euphrate. lorsqu'ils furent sur les bords de ce fleuve, plusieurs des chefs furent d'avis de s'y arrêter , et d'envoyer demander des secours au khalife afin de pouvoir pousser plus loin leurs conquêtes : mais le général Abou-Obeïda résolut de tenter le passage , malgré les représentations de ses compagnons d'armes, et il l'effectua à Koss-alnatef, lieu dépendant de Koufah. Iezdedjerd , informé de ces actes d'hostilités, rassembla une armée, et donna ordre à son général Roustam de repousser ces barbares. Quaud Roustam fut en leur présence, il dédaigna d'en venir aux mains avec eux : les croyant indignes de sa valeur , il se contenta de leur envoyer Firouz, un de ses officiers , pour leur signifier l'ordre de se retirer du territoire persan s'ils ne voulaient éprouver la
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colère du roi des roi». « Tous les peuples ré-
• vèrent mon maître, leur disait-il : c'est le sou-
• verain de l'Orient, le rejeton glorieux de Fcri- « doun, d'Anleschir et de Kbosrou-Anouschrewan, r dont la puissance a fait trembler l'univers. Qui « êles-vous ? quel est votre souverain ? quels sont « ses aïeux , ses titres , ses droits et ses États ? « Nous ne voyons qu'un général nu , qui com- H mande à des soldats aussi nus que lui ? Pour- « quoi quittez-vous vos déserts ? que venei-vous •i chercher dans la Perse ? Pourquoi attaquez- « vous un prince que vous devez respecter comme « voire maître ? » Le compagnon du prophète se contenta île lui répondre: « Nous ne voulons « rien de la Perse ni de son roi. Le prince des « fidèles, vicaire de l'envoyé de Dieu, nous a ■ chargés d'annoncer sa loi aux peuples de la « terre : si les Persans et leur prince veulent rc- « connaître ses sublimes vérités , ils seront nos « frères ; sans cela nos glaives renverseront le « trône d'Irxdedjerd ; sa race sera détruite ; ses « Etals seront dévastés, ses peuples exterminés, « et l'on ne verra plus dans toute la Perse que « des ruines et des cadavres. » Moghaïrah fut chargé de porter au camp des Persans la réponse d'Abou-Obeîda. « La paix soit sur vous, dit-il en « entrant dans la tente de Houstam , si vous em- « brassez l'islamisme ; sinon, point de paix. • Le général persan renvoya cet insolent ambassadeur avec mépris, et se prépara à rejeter par la force ces Arabes dans leurs déserts. Les deux armées en vinrent bientôt aux mains et combattirent avec le plus grand acharnement : l'avantage du nombre et des armes était en faveur des Perses. Les Arabes, presque nus et sans armes défensives, | ne pouvaient résister aux flèches de leurs adversaires, ni donner la mort à des guerriers entièrement couverts de fer. Cependant leur valeur et leur fanatisme suppléaient à tout. L'honneur de mourir martyrs les consolait de ne pas obtenir la victoire , qu'ils seraient peut-être venus à bout d'arracher à leurs ennemis , si les Persans ne les eussent fait attaquer par leurs éléphants : cette nouvelle attaque décida de la bataille. Les Arabes ne purent résister au choc de ces animaux qui leur étaient inconnus ; la terreur se répandit dans leurs rangs: Abou-Obeïda fut éerasé sous les pieds d'un de ces éléphants , et sa mort décida de la déroute des Arabes , qui repassèrent l'Euphrate et se réfugièrent dans le désert. Les Arabes appelèrent cette journée la bataille de$ éléphants. Molhanna, compagnon d'Abou-Obeîda, voyant que le général persan ne le poursuivait pas pour achever leur défaite, et qu'il était retourné au contraire à Madaïn , rassembla les Arabes dispersés, et vint jusqu'à Hirah attaquer Mihran, (ils de Mihirouieh, que Itouslam avait laissé pour défendre les rives occidentales de l'Euphrate : il fut encore vaincu dans un premier combat ; mais il se vengea dans une seconde affaire, où il blessa de sa main le général persan.
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11 n'osa cependant pas, après ce succès, tenter le passage de l't'uphrate ; il se contenta de faire des incursions sur les terres du royaume. A la Tin de l'an 635 , le khalife Omar rassembla une très-nombreuse, composée des plus illustres < pagnons du prophète et des Arabes les plus vaillants, et leur joignit la tribu d'Azd tout entière: elle était une des plus puissantes de l'Arabie , et elle était venue volontairement de l'Yémen pour prendre part à cette expédition. Omar donna le commandement de toutes ces forces à Saad, ûls de YVakkas, lui ordonna de passer l'Euphrate, de prendre Madaïn, capitale de la Perse, et de détrôner lczdedjerd, ou de le contraindre à embrasser l'islamisme. Le prince sassanide , informé de ce nouvel armement, réunit de grandes forces pour repousser cette invasion, et en donna le commandement à Roustam, déjà vainqueur des Arabes. Cet habile général ne perdit pas un instant : il se mit de suite en campagne , sans donner le temps aux ennemis d'entrer sur les terres du royaume ; il passa l'Euphrate, et vint chercher les musulmans jusque dans le désert. Les deux armées furent bientôt en présence, à Kadesiah, près d'un canal dérivé de l'Euphrate, qui amenait les eaux de ce fleuve dans le désert , jusqu'à Hirah. On ne tarda pas à eu venir aux mains. On se battit pendant trois jours avec la plus grande opiniâtreté1 de part et d'autre : enfin la victoire se déclara en faveur des Arabes, et Roustam fut obligé de faire sa retraite à travers le désert. Tous les trésors du général et le fameux étendard Dir/esch-Gawiany , qu'on supposait avoir plus de deux mille ans d'antiquité, et que l'on regardait comme le palladium du royaume , tombèrent au pouvoir du vainqueur, qui les envoya au khalife comme des témoignages irrécusables de sa victoire. Roustam fut attaqué (Uni sa retraite avant d'avoir repassé l'Euphrate, et il périt de la rcaio d'un chef arabe , nommé llalal , fils d'Alkauiah. La bataille de Kadesiah , qui décida du destin de l'empire persan, fut livrée en l'an 050. La suite de la guerre ne fut plus qu'un enchaînement de succès pour les Arabes, qui passèrent l'Euphrate sans difficulté , battirent encore les Persans i Uouhairadj m, marchèrent ensuite vers la capitale de l'empire, prirent en chemin Sabalh ou Vfo- Utta. b'avaucerent jusqu'au bord du Tigre, où ils se rendirent maîtres de Naharschir, qui formait la partie occidentale de Madaïn , cl ils s'y arrêtèrent, ils n'osèrent pas d'abord tenter le passage du fleuve , en présence des armées persanes qui étaient campées sur la rive opposée ; ils restèrent pendant vingl-buit jours en présence de Madaïn : ils se décidèrent enlin à traverser le fleuve. Khordad , frère de Roustam , fut vaincu en s'y opposant, et contraint de faire sa retraite du coté de la Médie. Madaïn , laissé saus drfeusc , ne tarda pas à tomber au pouvoir dis musulmans en l'an 050 : ils y trouvèrent des trésors inappréciables, lezdedjerd , en apprenant la delà. le du
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frère de Rottstam, abandonna précipitamment sa capitale et s'enfuit à Ilolwan , sur la route qui conduit de MadaYn dans la Médie , par le défilé des montagnes appelées Zagrut par les anciens. Il s'y occupa des moyens de rassembler de nouvelles forces pour repousser les Araltes et le* chasser de ses Etats , en les attaquant à la fois sur tous les points par lesquels ils voulaient pénétrer dans son royaume. Khordad fut placé en avant d'IIolwan pour défendre l'entrée de la Médie contre Saad , fils de Wakkas : le corps de troupes qu'il mit sous ses ordres était le plus considérable de tous. Mihran fut opposé à Djerir Bahely , qui s'avançait au midi de MadaYn. Hormouzan fut chargé de protéger le Khôusistan ou la Susiane , contre Abou-Mousa Aschari, qui avait fait la conquête de la Mésène et des bouches du Tigre, interceptant par ce moyen toutes les communications de la Perse par mer. Schahroukh devait défendre les frontières «lu Farsistan contre Abou-Aly le Thahéflte , qui, ayant passé le Tigre, voulait pénétrer dans l'intérieur du royaume par les montagnes de la Susiane. Enfin c'était à Firouzan, placé plus au nord, qu'était confiée la défense du gouvernement de Nehawend et des approches de la Médie contre Nooman, fils de Moukarren le Mazénile, qui s'avançait a travers la Mésopotamie. Après avoir fait toutes ces dispositions, Iezdcdjerd se replia sur Ispahan avec ses ministres, sa famille, ses serviteurs, ses trésors, et un corps de troupes choisies pour y préparer encore de nouveaux moyens de résistance. Toutes ces sages mesures ne purent sauver l'empire. Saad , après la prise de MadaYn , marcha en personne contre le frère de Roustam , qui fut vaincu et tué à Djaloula , après une bataille des plus longues et des plus meurtrières. Haschem, neveu de Saad, se porta dans une autre direction contre Mihran , détruisit son armée et se rendit maître d'IIolwan. Moussoul, Tekrit et toute l'Assyrie tombèrent alors au pouvoir des musulmans. Nooman s'avança du côté du nord, vers Nehawend, pour entrer dans la Médie t Firouzan vint à sa rencontre et lui livra encore une bataille très-sanglante et très-longtemps disputée. Elle fut la dernière des grandes journées qui décidèrent de la monarchie persane : Firouzan y aéploya les plus grands talents et le plus brillant courage. ta victoire fut longtemps balancée : le général des Arabes reçut la mort sur le champ de bataille , et les Persans allaient en rester les mattres, quand un général nommé lladikah prit aussitôt le commandement, ranima le courage des siens, qui étaient déjà en désordre, fit un dernier effort et mit les Persans dans une déroute complète. Firouzan fut tué. Un très-grand nombre de compagnons du prophète trouvèrent aussi la mort dans cette journée mémorable. Après cette victoire , Nehawend fut pris : les Arabes devinrent maîtres de tous les passages qui conduisent dans la Médie, et la Perse entière fut
frappée d'épouvante. Dinar, gouverneur d'Ahmadan, l'antique Ecbatane, s'empressa de se soumettre au vainqueur , et les Arabes purent pénétrer facilement dans l'intérieur du royaume. Du côté du midi, les généraux d'Iezdedjerd n'avalent pas été plus heureux : llormouzan , attaqué par mer et par terre , avait été battu plusieurs fois ; Touster,>Djondischapour et Ramhormouz, étaient successivement tombées au pouvoir des musulmans, et le prince persan avait été obligé de s'enfermer dans la forteresse d'Ahwaz, où il soutint un long siège. Enfin , Informé des revers que les armées persanes avaient partout éprouvés, et désespérant du salut de l'empire, il se rendit aux Arabes en l'an 641 ; puis il alla à la cour d'Omar, on il embrassa la religion musulmane. A la nouvelle de tous ces malheurs et de cette défection, lezdedjerd abandonna Ispahan et s'enferma dans Rey. En l'an 042 , la ville que le roi de Perse venait d'abandonner tomba au pouvoir de ses ennemis , qui se portèrent ensuite vers l'Atropatène, dont ils se rendirent maîtres , pénétrèrent dans l'Arménie, passèrent l'Araxes , et étendirent leurs courses jusqu'au défilé de Derbend. En l'an 643, Omar envoya de nouvelles forces dans la Perse pour en achever la conquête : Mehasia, Othman, Hakkam et Sarieh, Persan converti à l'islamisme , occupèrent le Earsistan ; Abd-allah s'empara du Kirman et du Mekran, où il vainquit les Indiens, que les peuples de cette région avaient appelés à leur secours. Les Arabes, se trouvant ainsi les maîtres de toute la partie méridionale du royaume , résolurent de poursuivre lezdedjerd dans la partie centrale où il s'était réfugié. Iezid, fils de KaYs , fut chargé de cette expédition : il s'avança vers la ville de Rey , défendue par Siawesch, fils du vaillant Rahram Tcboubin, qui avait voulu s'emparer du trône sous le règne d'Hormisdas IV, et en exclure Khosrou-Parwiz , le leV gitime successeur. En vain Siawesch avait hérité des talents et du courage de son père : la trahison facilita sa défaite , et cette importante place , qui était comme la clef du Khorasan , tomba sous la domination des Arabes. Tous les princes feudataires de Mazanderan , du Tabaristan et du Dilen abandonnèrent alors la cause des Persans, firent leur paix avec les généraux musulmans , et reconnurent la suprématie du khalife. En fuyant de Rey, lezdedjerd se réfugia dans le Sedjestan, province située à l'extrémité orientale de ses Etats, d'où il fut bientôt chassé par Asem , fils d'Amrou , de la tribu de Tamim. Le malheureux lezdedjerd se retira dans le Khorasan, son dernier asile, d'où il envoya des ambassadeurs chez tous les princes turcs de la Transoxiane , de la Sogdiane et de la Ractriane, et jusque chez les Chinois , pour leur demander du secours contre les Arabes. On dit même que son fils Firouz se rendit auprès de l'empereur chinois, Tang-thaitsoung (1). Ce fut en vain : tous ces secours furent
ll| Les écrivain» chinois font mcaUon de ce royage du prince
trop peu considérables ou trop tardifs pour ranimer le courage des Persans accablés par tant de défaites. Les généraux arabes laissèrent cependant alors Iezdeiljerd en repos pendant quelque temps , par la nécessité où ils se trouvaient de s'affermir dans leurs nouvelles conquêtes, et de faire venir des renforts pour réparer leurs pertes et contenir les peuples qui , de tous côtés, cherchaient à reprendre les armes. Le khalife Omar ayant été assassiné vers cette époque , en l'an 615, lezdedjerd voulut profiter de cette circonstance pour rentrer dans ses États : il fut vaincu ; Ahnaf , fils de Kaïs, entra dans le Khorasan et força lezdedjerd de s'enfuir au delà du Djihoun, jusqu'à Farghanah. Le général musulman n'acheva cependant pas la conquête du h I ionisa n ; toute la partie orientale resta encore soumise au roi sassanide s elle était gouvernée par Mahouy-Soury, qui résidait à Merou. lezdedjerd revint bientôt dans cette partie de ses États, et fixa son séjour dans cette ville, pour être plus à portée de profiter des occasions qui pourraient se présenter de rentrer dans la Perse. 11 y resta environ cinq ans, jusqu'à ce que, s'étant brouillé avec le gouverneur, celui-ci résolut de se faire déclarer roi en faisant périr son malheureux souverain. Mahoui-Soury prit donc les armes contre lui et fit alliance avec les Turcs, lezdedjerd, trop faible pour résister à ce rebelle, fut vaincu : son fils Firouz tomba entre les mains des Turcs, et lui-même fut tué en fuyant chez un meunier des environs de Merou, auprès duquel il avait espéré trouver un asile. S. M — n.
1ÊZ1D. Voyez Yézid.
IFFLAND (Auguste-Guillaume) , célèbre auteur et acteur allemand, naquit à Hanovre, le 19 avril 1759. Il appartenait à une honnête famille de celte ville, et il y reçut une éducation très-soignée. Son goût pour le théâtre se manifesta des sa plus tendre enfance : une représentation de la Rodogune de Corneille fit une si vive impression sur tousses organes, que ses parents ne voulurent plus que très-rarement le mener au spectacle. Mais à peine ses études étaient-elles terminées, que, cédant à une passion insurmontable, il ne dissimula point que toute son ambition était de devenir comédien. Son père lui ayant déclaré qu'il n'y consentirait jamais, Itlland s'évada pour aller débuter à Gotha en 1777. Le poète Golter, qui habitait cette ville, frappé des dispositions du jeune acteur, se plut à le former par ses conseils. Iflland fit des progrès si rapides, qu'il ne tarda pas à être choisi pour faire partie de la troupe de l'électeur palatin, à Manheim. Aspirant à des applaudissements plus flatteurs que ceux qu'il devait à son jeu , il se hasarda bientôt dans la carrière dramatique. La tragédie A' Albert de Thumeùen fut son premier ouvrage. Le public l'accueillit avec une indulgence
SSTSsïïlïSSf" dem*nder du KC0Ur* pour KnonU:t m ,c
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extrême, par égard pour le talent, très-original,
que déployait l'auteur dans chacun des rôles où il s'essayait. Selon l'usage des comédiens de son pays," Iflland était loin de se borner à un seul emploi; et, à l'exception des personnages héroïques, il excellait dans tous. Ce jugement n'est pas seulement celui de l'Allemagne entière : il a été confirmé par une multitude d'étrangers, et nommément par des amateurs français auxquels la langue allemande était très-familière. On doit citer, au premier rang, une femme justement célèbre : « Il est impossible, dit madame de Staël, « de porter plus loin l'originalité, la verve comi- « que et l'art de peindre les caractères, que ne le « fait Iflland dans ses rôles. Je ne crois pas que « nous ayons jamais vu, au théâtre français, un « talent plus varié ni plus inattendu que le sien, ni « un acteur qui Se risque à rendre les défauts et « les ridicules naturels avec une expression aussi « frappante. Il y a dans la comédie des modèles « donnés, les pères avares, les fils libertins, les « valets fripons, les tuteurs dupés; mais les rôles « d'illland, tels qu'il les conçoit, ne peuvent entrer « dans aucun de ces moules : il faut les nommer « tous par leur nom ; car ce sont des individus qui « différent singulièrement l'un de l'autre, et dans a lesquels Iflland parait vivre comme chez lui. Sa « manière de jouer la tragédie est aussi, selon « moi, d'un grand effet. Le calme et la simplicité « de sa déclamation dans le beau rôle de Wahtein. « par exemple, ne peuvent s'effacer du souvenir. « L'impression qu'il produit est graduelle : on « croit d'abord que son apparente froideur ne « pourra jamais remuer l'âme; mais, en avançant, « l'émotion s'accroît avec une progression tou- « jours plus rapide ; et le moindre mot exerce un « grand pouvoir, quand il règne dans le ton gé- « néral une noble tranquillité qui fait ressortir « chaque nuance, et conserve toujours la couleur « du caractère su milieu des passions (1). » Ce fut à Manheim qu'Iflland lit connaissance avec le dramaturge Mercier : il lui promit de traduire si Brouette du vinaigrier, qui , selon l'expression de l'auteur, devait faire le tour du monde. Pendant plusieurs années, les productions d'illland se «recédèrent rapidement sur le théâtre de Manheim. 11 y donna, en ÎT'.H), Frédéric d'Autriche, pour le couronnement de l'empereur Léopold IL Cette pièce lui concilia la bienveillance de ce prince, qui lui suggéra l'idée d'un ouvrage dirigé contrt l'esprit révolutionnaire, que les jacobins français cherchaient à propager en Allemagne. Ifllaud fit jouer sa tragédie des Cocardes. Il avait fait tous ses efforts, disait-il, pour répondre aux intentions de l'empereur; et il n'y aurait pas aussi bien réussi s'il n'eût agi d'après sa propre conviction. Lorsqu'on relit attentivement cette pièce, que l'ou réfléchit qu'elle a été écrite en 1790, il est impossible de ne pas admirer la force et la droiture de
|1) Dt rAlUmw » >, eh. 27, * ta Déctommtim.
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jugement qui semblaient avoir doue' l'auteur allemand du don de prophétie. Que l'on en juge par les passages suivants : « Les déclamations « contre les princes et la noblesse, remarquez-le, « sont le propre des petits esprits, liais outrager ■ et détruire seront-ils toujours en honneur ? Pie « le croyez pas : le jour où l'on flétrira les auteurs a de tant d'excès viendra plus tôt qu'ils ne le pen- « sent. — Que cachent, au fond, toutes ces haran- « gues prétendues patriotiques ? La jalousie de ce « que d'autres habitent de belles maisons, sortent « dans de brillants équipages, et font une chère « délicate. L'homme qui crie révolution, dit : Pre- « nez ces choses à ceux qui les ont, et donnez-les- « moi. — Voyez ces écrivains qui prétendent « instruire et régénérer le monde ! Ils appellent « les sujets aux armes contre tout gouvernement « légitime : et, pour un chélif emploi, pour quel- « ques pièces d'or, ils sont prêts à ramper aux <■ pieds du plus insolent despote ! — Quelques « brigands qui ameutent la populace sont- ils « donc les représentants de tout un peuple ? Ils « déclament contre les riches, et bientôt on les « voit nager dans l'opulence ! Ils ne veulent souf- « frir chez leurs supérieurs ni titres ni décorait tions; el quand les soutiens de l'État sont abatte tus, ce sont ces misérables qui déguisent leur « infamie sous des titres, et recouvrent leur fange « de cordons et de broderies ! » La scène où les paysans révoltés se présentent en foule devant le
E rince, et où il les force de convenir qu'il a plus lit pour eux qu'ils ne pourraient faire euxmêmes, leurs remords, le retour sincère avec lequel ils jettent leurs cocardes à ses pieds, seraient peut-être la leçon la plus frappante et la plus persuasive que l'on pût donner à un peuple égaré par les déclamations des sophistes politiques. Aussi vouèrent-ils tous, dès ce moment, une haine implacable à l'écrivain courageux qui avait si bien su les démasquer : les traces de cette haine subsistent encore dans des critiques amères, dont les oeuvres dramatiques d'iflland n'ont été que le prétexte. La guerre de la révolution ayant étendu ses ravages jusqu'à Manheim, le théâtre de l'électeur cessa d'exister, et Iflland quitta cette ville. Il mit le sceau à sa réputation d'excellent comédien par plusieurs représentations qu'il donna sur le théâtre de Wcimar, ville qui devait à la réunion des premiers littérateurs de l'Allemagne le surnom M Athènes germanique. Le roi de Prusse l'attira enfin à Berlin , où il lui confia la direction des spectacles de la cour. Iflland mourut, dans cette capitale, le 30 septembre 4814, et eut le comte de Bruhl pour successeur dans celte direction. Ses obsèques furent magnifiques : les personnages les plus illustres se firent un devoir d'y paraître. Iflland honorait sa profession et ses talents mêmes par des qualités personnelles qui ne se sont jamais démenties. 11 a présidé lui-même à une édition complète de ses œuvres dramatiques, qui parut, en 1798, à Leipsick, en 17 volumes
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in-8". Le premier ne contient que des mémoires sur sa carrière théâtrale : ils ont été traduits en français avec une notice sur Iflland, par Picard, Paris, 1823, in-8°.On y trouve des détails intéressants et des réflexions judicieuses sur l'art. Cette collection renferme quarante-sept pièces, presque toutes en cinq actes. Ce nombre a été porté bien au delà par les productions que l'auteur y a jointes pendant les quatorze dernières années de sa vie. La plupart de ces ouvrages appartiennent proprement à ce genre que les Allemands appellent sckautpiel, genre que Diderot voulait surnommer le drame honnête, que Lessing a introduit en Allemagne d'après le philosophe français, et que les critiques éclairés des deux nations réprouvent comme une composition bâtarde, qui dénature à la fois la tragédie et la comédie. Cela n'a point empêché que, dans une certaine classe du public, Iflland n'ait été pompeusement proclamé le Molière de l'Allemagne. Comme ce grand homme, il est vrai, Iflland fut à la fois auteur, acteur et directeur; mais on ne saurait, sans une révoltante partialité, pousser le parallèle beaucoup plus loin. Ce n'est pas toutefois que le dramaturge allemand ne possède des parties de talent fort estimables. Il excelle, par exemple, dans la peinture naïve des mœurs et des tableaux de famille, titre qu'il a même donné à plusieurs de ses pièces {Sittengemahlde et Familiengemœhlde) : il rend avec la plus scrupuleuse fidélité cette foule de petits détails si chers aux spectateurs de son pays; enfin, son intention dramatique est généralement estimable, et sa morale toujours pure : mérite qui le distingue honorablement de son rival Kotzebue, lequel, au contraire, sacrifie tout à ce genre d'esprit plus brillant que solide que les Allemands appellent ttïtx. Mais, trop souvent aussi, Iflland dépasse le but : au lieu de converser, ses personnages dissertent, et, quelquefois même, ils prêchent. Madame de Staël dit que les comédies de cet écrivain « remplissent trop bien le but de « toutes les épigraphes des salles de spectacle : ■ Corriger les mœurs en riant. » Ne pourrait-on pas changer l'expressiou, et dire, au contraire, qu'lffland corrige tans rire? On a justement observé qu'il règne une ressemblance extrême entre plusieurs de ses pièces, et non -seulement dans les caractères , mais dans la fable même , ou les ressorts de l'intrigue. Ses apologistes n'ont que faiblement réussi à le défendre sur ce point, en rappelant qu'il a enrichi le théâtre de plus de cinquante ouvrages. On distingue avantageusement, dans ce nombre : 1° Le crime par point d'honneur (Verbrechen ans Ehrsucht). Un jeune homme, pour se soustraire à un affront, puise dans une caisse publique dont son père est dépositaire. 11 avoue son crime, et n'en reçoit d'autre châtiment que celui d'être livré à ses remords- L'empereur Joseph 11 , surpris de ce dénoùment , s'écria: « En pareil cas, assurément, je ne me | - montrerais pas aussi indulgent que l'auteur ! >.
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Ce mot du monarque suflit à Iflland pour lui démontrer la nécessité de donner une suite à sa pièce, Il la nomma Bewusttein (la Conscitnet), parce que son but était d'y prouver que, pour une IflM non encore dépravée, le cri de la conscience est le plus cruel des supplices. Hais qu'arriva-t-ili* lienucoup de spectateurs trouvèrent alors le jeune homme trop puni. Iflland, pour satisfaire toutes les opinions, Ut paraître une nouvelle suite intitulée Beut vtnbhnt (ht rtpentir expie la faute), OÙ le coupable, après les plut terribles épreuves, renaît au bonheur. Ces trois pièces, tirées du même fonds, n'en forment réellement qu'une en quinze actes. Parmi les autres ouvrages d'Iffland, dont le défaut d'espace ne nous permet pas même de donner le catalogue, il s'en trouve un dont le titre seul ne pourrait manquer de fixer l'attention des lecteurs de tout pays, puisqu'il n'est aucun théâtre où ce sujet n'ait été essayé avec plus ou moins de succès : c'est le Joueur, Wllaud, en composant son Spieler. parait avoir été dirigé par une réflexion qui souvent a été faite parmi nous. Il a pensé que, des deux pièces les plus connues, dirigées contre la passion du jeu, l'une (le Joueur, de Regnard) n'avait pas atteint le but, et l'autre (le Gametter. de Moore) l'avait dépassé. La voie moyenne, entre une comédie plus bouffonne que morale, et une tragédie bourgeoise plus effrayante que pathétique, a donc été judicieusement choisio par l'auteur allemand, comme celle qui le conduirait au point où doit tendre tout auteur dramatique : intéresser et corriger. Son joueur ne se tire pas d'affaire par des plaisanteries comme Valire, ni par le poison comme Beverley. L'auteur a employé un ressort, qui, nulle part sans doute, ne lui concilierait plus de suffrages qu'en France : le point d'honneur. Le baron de Wallenfeld, jeune homme doué du plus heureux naturel, et mari d'une femme charmante, est graduellement réduit à être, sinon le complice, du moins le croupier, d'un banquier de Pharaon. Il est eonlraint à exercer son avilissant métier jusque dans le salon d'un ministre, qui, pour le sauver, imagine de lui donner la plut terrible leçon. Des pertonnaget d'une haute distinction, dont il est parent, sont assis à la tabla de jeu. Au moment où son humiliation est au comble, sa femme, qu'il n'a pas cessé de chérir tendrement, arrive avec son fils, petit garçon de quatre ans. C'est là qu'est placée une scène sur laquelle nous croyons devoir nous arrêter un instant, moins encore parce qu'elle est d'un effet prodigieux, que parce qu'elle a donné lieu, en France, aux inculpations les plus ridicules. Abusant du droit de juger les présents et les absenta, des critiques ne se sont pas fait scrupule d'affirmer que, dans une pièce d'Iffland, on jouait un enfant sur une carte, tpectacle révoltant, s'éoriaient-ilt, et qui serait repoussé avec horreur par le public français! Voilà la supposition , voici le fait : le ministre prend le petit Charles sur ses geuoux, et le fait jouer; l'enfant perd, et s'écrie naïvement i « Quoi!
<r mon papa, tu me reprends l'argent que tu
« m'avais donné ce matin pour m'amuser? — Eh « bien, pauvre petit! s'écrie le minittre, sais-tu n ce que fait un joueur quand il ne lui reste plus « rien ? 11 se joue lui-même; il joue ta femme, son « fils, son honneur et sa vie. Le père est déjà « perdu : je joue l'enfant | » Et il le pose tur la table. Le cœur du malheureux père se brise ; il lomhe aux pieds du ministre. Un sent qu'il se corrigera, ou qu'il faut désespérer de la nature humaine. S'il se trouvait det spectateurs ou des lecteurs assez peu intelligents pour se méprendre sur la sanglante ironie du ministre , et sur l'intention morale de toute cette scène, serait-ce donc l'auteur qu'il faudrait en accuser? Iflland ne t'est pas contenté d'écrire pour h théâtre; il a toril aussi tur le théâtre, c'est-à-dire sur les perfectionnements dont il le croyait susceptible, laisserons encore parler ici la femme célèbre que nous avons déjà citée t « Iffland, qui est au* • « supérieur dans la théorie que dans la pratique « de son art, a publié plusieurs essais remarqua- « Moment spirituels sur la déclamation. U donne « d'abord une esquisse des différentes époques de « l'histoire du théâtre allemand : l'imitation roide « et ampoulée de la scène française, la sensibilité « larmoyante des drames dont le naturel prosai- * que avait fait oublier jusqu'au talent de dire des « vers, enfin le retour à la poésie et à l'Imagina- « lion, qui constitue maintenant le goût universel « en Allemagne. Il n'y a pas un accent, pas un « geste, dont Iflland ne sache trouver la cause en « philosophe et en artiste. » Parmi les nombreui ouvrages d'Iffland , on n'en cite que très-peu qui aient été traduits en français. On a essayé, sur divers théâtres de Paris, quelques-unes de se» pièces arrangées pour la total française. Cet imitations, ou parodies, n'ont point eu de succès : mais serait-il juste d'en rendre l'auteur seul responsable? Lui-même, lorsque la direction du théâtre de Berlin ne lut bissa plus le temps nécessaire pour composer des ouvrages originaux, prit plaisir à traduire quelques pièces françaises du genre léger, genre dans lequel les Allemands ont très-peu écrit , et dont les comédiens éprouvent souvent le besoin, pour remplir la durée du spectacle; on distingue parmi ces traductions let •Voisins, ht Filles à marier. I Acte de naissance , let Oitift, U, Musard, let Ricochets, tle Picard; U Tyran domestique et la Jeunette d'Henri V, d'AI. Duval; le Bourru bienfaisant, de Goldoni, etc. S-v-a.
IGNACE (Saint), surnommé Tnéopkare, l'un des Pères et des premiert docteurs de l'Eglise , était originaire de Syrie (1); il fut disciple de Si-Pierre, qui l'établit évêque d'Antioche aprèt la mort de St-Évode, vers l'an 00. Il occupa ce siège pendant
(1) l'ococke, dan» sa traduction latine de Grégoire Abnlpha ragu, I .vi u a Ut-Ignace lu titre de Nuraniwnti». Tentxel r* t conclu que ce prre «tait né i la Nura, dana l'Ile de Sardaisoi mai» Guillaume Cave prouve qu'il aurait mieux valu dMfCfeti la lieu de »a naUaanca * Nora, dana l'Asie Mineur.
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quarante-cinq ans, convertit à la foi un grand nombre de personnes, et eut enfin le bonheur de sceller de son sang la vérité* de la doctrine évangélique. On dit que Trajan, vainqueur des peuples de l'Asie, voulut obliger les chrétiens à sacrifier aux idoles. St-Ignace, malgré son grand âge, ne voulut point abandonner son troupeau dans le moment du danger. Il se présenta aux soldats chargés de l'arrêter, et fut conduit devant l'empereur, qui lui reprocha sa désobéissance ; il fut condamné à être exposé aux bêtes féroces. Le saint évéque entendit son arrêt avec joie, tendit ses mains aux chaînes, louant Dieu de l'avoir trouvé digne de souffrir pour son nom. Durant le trajet d'Antioche à Rome, il ne s'occupa que de consoler les fidèles qui se portaient en foule sur son passage, et sollicitaient comme une faveur de partager sa prison. Le bruit de son arrivée à Rome s'étant répandu parmi les chrétiens, ils allèrent à sa rencontre dans le dessein de le délivrer ; mais il les fit prier de ne point lui ôter la gloire de mourir pour Jésus-Christ. Cependant les gardes, craignant qu'on ne tentât d'enlever leur prisonnier, se hâtèrent de le conduire à l'amphithéâtre, où le peuple était assemblé. Dès qu'il fut entré dans l'enceinte, on lâcha sur lui deux énormes lions, quiledévorèrenl. Quelques historiens placent le martyre de St-Ignace au 10 décembre de l'an 107; mais le savant Guill. Loyd a démontré que cet événement ne peut avoir eu lieu avant l'an 110. L'Église célèbre la fête de St-Ignace le 1" février. On a de ce saint docteur sept Lettres qu'il adressa pendant son voyage aux fidèles d'Ephèse, de Magnésie, de Traites, de Rome, de Philadelphie, de Smyrne, et enfin à St-Polycarpe, évêque de cette ville. Ces lettres sont regardées avec raison comme un tics plus précieux monuments de la primitive Eglise (1) : elles avaient été altérées par différents écrivains; mais enfin Isaac Vossius en donna une bonne édition avec des notes, d'après le célèbre manuscrit de Florence (Amsterdam, 1016, in-4°), et y joignit la traduction latine attribuée à Robert de Lincoln. Jacques Usher en publia ensuite une plus correcte , avec une nouvelle version latine (Londres, 1647, ln-4B). Ces lettres ont été insérées par Cotelier dans son recueil des ouvrages des premiers Pères grecs (Paris, 1072, in-fol.), et elles ont été réimprimées plusieurs fois dès lors {voy. Ittig) : mais, de toutes les éditions, les deux plus estimées sont celles d'Oxford, 1708, gr.-lat., avec les notes de C. Aldrich, ln-8» (î); et 1709, gr.-lat., avec les notes de Jean Pearson et Th. Smith , in-4«. Quelques éditions contiennent douze lettres au lieu de sept ; mais Eusèbe et St-Jérôme n'ayant fait aucune mention des cinq dernières, on les regarde comme supposées. On a encore, sous le nom de St-Ignace, trois Lettres latine, (Cologne, 1478, et Paris, 1493),
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nos
(1) Basnage a attaqué l'authenticité de* sept premières Irttn* de St-lgnacc; mais il a été réfute aolitlement par D. Ceillier But. <i' *. dt-t atUt%r§ teelit., t. 1, p. 627 et mlv.|.
(2) CWte belle édition n'a été tirée qu'à cent exemplaire».
adressées la première à la Vierge, et les deux autres à l'apôtre St-Jean ; elles sont évidemment l'ouvrage d'un pieux faussaire du moyen âge. Les Lettres authentiques ont été traduites en français par le P. Legras, de 1,'Oratoire, Paris, 1717, in-12. Les actes du martyre de St-Ignace, par un auteur contemporain, ont été publiés en grec et en latin par l'sher, les bollandistes {jtremier volume de février), Cotelier et Th. Smith : mais l'édition la plus correcte est celle qu'en a donnée dom Ruinart d'après un manuscrit de la bibliothèque île Colbert ; et elle a servi pour toutes les réimpressions. W— s.
IGNACE (Saimt), patriarche de Constantinoplc, était lils de l'empereur Michel I'f, surnommé C«ropalate. Son père ayant été précipité du trône par une de ces révolutions si communes dans l'Orient, Ignace eut les cheveux "coupés, fut fait eunuque et renfermé dans un monastère. Il supporta ces malheurs avec une résignation parfaite, et s'adonna à l'étude des saintes lettres avec tant de succès, que ses confrères le choisirent pour leur supérieur. Les ennemis de sa famille, touchés de son mérite, conçurent enfin pour lui des sentiments plus favorables, et en 840 il remplaça Methodius sur le siège patriarcal de Constantinople. BicntrU après, instruit par la voix publique que Bardas, frère de l'impératrice Théodora, entretenait un commerce criminel avec sa belle-fille, il l'avertit de changer de conduite, et, sur son refus, l'excommunia. Bardas, irrité, s'efforça de perdre Ignace dans l'esprit de la régente; mais, n'ayant pu y réussir, il s'adressa au jeune empereur (Michel III) et lui persuada de reléguer sa mère dans un monastère, et de gouverner enfin par lui-même. Ignace eut le courage de prendre la défense tic la malheureuse Théodora, sa protectrice, et fut exile dans l'Ile de Térébinthe en 837. On lui donna pour successeur Photius, prélat ambitieux, non moins connu par son savoir que par les maux qu'il a faits à l'Église (toy. Puotiis). Celui-ci, craignant qu'Ignace ne fût un jour rappelé sur un siège qu'il avait honoré par ses vertus, conseilla à Michel de faire examiner sa conduite : les juges commis à cet examen savaient que l'empereur souhaitait de le trouver coupable ; el, sur les imputations les plus absurdes, Ignace fut condamné à une prison perpétuelle. Photius, de plus en plus acharné contre son prédécesseur , assembla, en 838, un concile qui décida que, l'ordination d'Ignace n'étant pas valide, il était prive de la dignité de patriarche. Le malheureux Ignace fut amené à l'assemblée pour entendre la sentence rendue contre lui : il fut ensuite dépouillé de ses habits sacerdotaux, revêtu de haillons et jeté dans un cachot, où trois esclaves vendus à Photius lui firent souffrir pendant quinze jours tous les supplices imaginables. Les bourreaux ne purent cependant vaincre sa constance ni arracher son consentement à sa déposition; mais enfin l'un d'eux , lui saisissant la main , le força de tracer