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cette version , qui fut traduite en italien, 1738, iu-4" (vou. Cuf.udbville ). On a encore d'Imbof un ouvrage de circonstance intitulé Gallia titubons , 1690, in-4". E— s.
IMIIOF (Gustave -Gullacmb de), gouverneur général des Indes hollandaises, était, comme les précédents, issu d'une famille patricienne de Nuremberg; il naquit en 1703 à Amsterdam. A l'âge de vingt ans, il s'embari|ua pour les Indes. Petitfils d'un des directeurs de la compagnie , possédant beaucoup de connaissances, et doué d'un excellent esprit de conduite , lmhof fit promptement son chemin. En 1736, il devint gouverneur de Ceylan ; il y avait acquis l'estime et l'affection universelles, lorsqu'une conspiration que l'on découvrit à Batavia le fit appeler au secours de cette capitale. Les Chinois de Java , opprimés par le gouverneur général , s'étaient ligués avec plusieurs peuplades de l'Ile. Un corps de douze mille Chinois vint attaquer batavia, le 6 octobre 1710, espérant être soutenu par les conjurés qui s'y trouvaient s ceux-ci n'osèrent pas se montrer, lmhof marcha contre les premiers, et les repoussa s Ils revinrent le 8 octobre. Il sortit audevant d'eux, in mouvement éclata dans la ville; on y fit main basse sur les Chinois, lmhof, trop faible pour résister au corps d'armée qu'il avait à combattre , se relira dans les montagnes. Il parvint ensuite à défaire complètement les ennemis, . et sauva Batavia. Les recherches du conseil des Indes firent découvrir les malversations du gouverneur général, qui avait compromis la sûreté du plus bel établissement des Hollandais. Ce fonctionnaire, irrité de.ee que sa mauvaise conduite était mise au grand jour, fit arrêter tous ceux qui avaient contribué à découvrir la vérité , et les renvoya en Europe. lmhof fut du nombre: mais les directeurs, instruits de tout ce qui s'était passé, rappelèrent le gouverneur, et lui donnèrent lmhof pour successeur. Celui-ci parvint à rétablir l'ordre à Batavia, à inspirer de la confiance à la population chinoise, si nécessaire pour cette ville, et à faire refleurir le commerce. Après sept ans • d'une administration équitable, il mourut le !•» novembre 1730, laissant dans un état brillant la colonie et tous les établissements hollandais. — François-Jacques ItfHor, médecin , a publié un essai sur la maladie dite nielle du blé de Turquie, sous le titre de Zem maydis morbus ad ustilaginent vulgo relatus, spécimen, Strasbourg, 1784, infol., flg. E-s.
IMILCON, fils d'Ilannon, général Carthaginois (1), fut donné pour lieutenant à Annibal , fils de Giscon , que le sénat de Carthage envoya en Sicile pour en faire la conquête , l'an 406 avant J.-C.*Ce général étant mort de la peste , dans son camp devant Agrigente , Imilcon prit le commandement en chef de l'armée, et, malgré les ra-
(11 Diodow de Sicile l'appelle UntM Iroilew et Untot Imilcon : JwUn lui donne loujour. ce dernier nom.
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vages de la contagion , tint ferme devant les murs d'Agrigente : il immola un enfant à Saturne, et fit jeter dans la mer plusieurs prêtres en l'honneur de Neptune, croyant expier par ces barbaries les sacrilèges de son prédécesseur et calmer ainsi les dieux irrités. Les opérations du siège, présidé et pressé par Imilcon , forcèrent les Agrigentins, après huit mois d'une vigoureuse résistance, à déserter leurs foyers pour se soustraire aux cruautés des Carthaginois : ceux-ci , maîtres de cette ville abandonnée, égorgèrent les malades, les vieillards, et pillèrent les maisons. Imilcon lit un butin prodigieux, et envoya àCarthage, entre autres raretés , le fameux taureau de Phalaris. Au printemps suivant, il rasa Agrigente , investit ensuite Géla, s'en empara, après avoir repoussé les attaques de Denys de Syracuse, prit et pilla également Camarine : mais voyant son armée affaiblie , tant par les événements de la guerre que par les ravages de la peste , il conclut la paix avec Denys, moyennant la conservation de toutes ses conquêtes, et sut ramener les restes triomphants d'une armée presque détruite par les maladies et les combats. La peste rendra dans Carthage avec Imilcon , et désola cette ville : elle se répandit ensuite en Afrique, et y fit périr un grand nombre d'habitants. Denys, qui n'avait conclu la paix avec Imilcon que pour se ménager l'occasion et les moyens de venger la Sicile , ne tarda point à livrer à la fureur du peuple tout ce qu'il y avait de Carthaginois à Syracuse. Ils furent égorgés; et toute la Sicile suivit l'exemple donné par la capitale. Carthage frémit, et renvoya en Sicile Imilcon , dont tous les efforts ne purent sauver sa place d'armes. Denys s'en empara, et la réduisit en cendres. Imilcon revint à Carthage chercher des secours. L'année suivante (396 ans avant J.-C.) on le nomma suflète ou magistrat suprême , et on lui confia le commandement de trois cent mille hommes avec quatre cents vaisseaux de guerre, six cents bâtiments de transport, et un appareil formidable de machines de guerre. Au moment de mettre à la voile , Imilcon envoya des lettres cachetées à tous les capitaines de vaisseau, avec ordre de ne les ouvrir qu'en pleine mer, précaution dont l'histoire ne fait honneur à aucun général avant lui : elle empêcha en effet lesSyracusains d'être informés des projets d'Imilcon. Après avoir débarqué ses troupes à Panorme , ce général reprit les villes perdues dans la campagne précédente; il prit ensuite Messane, la rasa de fond en comble, et battit la flotte eitneniie. Fier de l'heureux succès de ses armes, il marcha droit à Syracuse , se rendit maître du grand port, présenta la bataille à Denys, qui ne voulut pas l'accepter, prit d'assaut le faubourg d'Acradine, pilla les riches temples de Proserpine et de Cérès , et crut toucher au moment de couronner ses autres conquêtes par l'entière possession de cette ville célèbre. Mais la peste, accompagnée des symptômes les plus terribles, répandit tout à coup
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dans son armée victorieuse la terreur et la mort, et força Imilcon de suspendre les opérations da siège. Denys attaque aussitôt l'armée carthaginoise , diminuée de moitié, remporte une victoire complète , fait tout passer au fil de l'épée, prend et brûle tous les vaisseaux carthaginois. Les Syracusains sortent en foule pour être témoins d'un événement qui tient du prodige. Le fier imilcon, contraint d'implorer la clémence du vainqueur, lui offrit trois cents talents , pour obtenir la permission de ramener en Afrique le peu de Carthaginois échappés à la peste et au fer des ennemis. Il parut à Carthage, avec les déplorables restes d'une armée si florissante : toute la ville s'abandonna aux lamentations et à la douleur; Imilcon mêla ses larmes à celles de ses concitoyens, accusa follement les dieux de son désastre, et, ne voulant pas y survivre, ferma sur lui les portes de son palais, et se donna la mort, l'an 395 avant J.-C. H — r.
IM1SON, ingénieux mécanicien anglais, mort en 1788, est auteur d'un ouvrage intitulé Y École des arts, qui a obtenu une célébrité méritée. On en a publié plusieurs éditions successives ; mais comme les progrès récents des arts exigeaient qu'on y fit des changements considérables, le livre a été refondu par M. Webster, qui l'a publié ainsi en 1803, en i volumes in-8°, sous le titre suivant : Eléments de la science et de l'art, ou Introduction familière à la physique et àja ckinùe. avec leur application aux arts utiles et élégants, avec trente planches par Lowey, l'un des premiers graveurs de Londres. L.
IMMLRMANN (Charles-Lebbeciit), l'un de* premiers poêles de l'Allemagne au 19* siècle, est né à Magdebourg, en Prusse, le ti avril 1796. Son père occupait des fonctions élevées dans l'administration prussienne. Le chef de la famille était un officier suédois, Peter lmmermann, qui avait combattu sous le roi Gustave-Adolphe, pour la liberté religieuse de l'Allemagne, et qui, la guerre finie, s'était installé daus une métairie abandonnée aux environs de Magdebourg. Ce soldat de la guerre de trente ans devint la souche d'-une famille qui produisit beaucoup de braves gens, fermiers, instituteurs populaires, pasteurs de campagne, et fut enfin illustrée par un poète. Charles lmmermann fut élevé sévèrement. Esprit méthodique et rigide, son père était un de ces fonctionnaires prussiens que le régime de Frédéric-Guillaume 1er avait accoutumés à une discipline toute militaire, et que le gouvernement de Frédéric H avait enthousiasmés pour la grandeur nationale. Dévouement austère à la règle, dévouement passionné au roi et à la patrie, telle était l'inspiration constante de ces employés prussiens, qui étaient devenus, au 18* siècle, une des forces de l'Etat. Charles lmmermann recueillit ces enseignements de bonne heure, et si l'on voit toujours, au milieu des plus vifs élans de son imagination , quelque chose de régulièrement hardi et de œé-
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tbodiquement aventureux , c'est sans doute aux premières impressions de son enrance qu'il faut attribuer ce caractère de son génie. Ses biographes remarquent aussi que cette influence rigide de l'esprit paternel ne fut pas corrigée pour lui , comme elle le fut si heureusement pour Schiller et pour Goethe, par l'action d'une mère intelligente et douce. Immermann, qui a écrit de si intéressantes pages sur son enfance, n'y parle jamais de sa mère. On ne sent chez lui aucune trace d'un esprit féminin, d'une tendresse attentive et délicate, et cette absence de la mère dans le tableau si pieusement tracé de son foyer domestique explique dès l'origine ce qui manquera toujours aux inspirations du poê*te. Vigueur, audace , rudesse même dans l'effort , voilà ce qui caractérisera les oeuvres d'Immermann ; ne lui demandez ni la grâce de la pensée, ni la mélodie du langage. Immermann avait dix ans à peine lorsqu'une catastrophe terrible vint ébranler cette jeune imagination, nourrie du sentiment et de l'orgueil du patriotisme. La Prusse avait été abattue à léna et à Auerstacdt. Chaque jour les débris de l'armée, des blessés , des fuyards , arrivaient à Magdebourg au milieu d'un effroyable désordre. Le roi, la reine, les généraux et les ministres s'étaient retirés vers la frontière orientale. Une partie du pays, et bientôt la ville natale du poète, était entre les mains des vainqueurs. Que devenait, sous de telles impressions, cette famille déjà si sévèrement réglée ? une tristesse morne pesait sur elle. C'est pendant ces années de honte et d'angoisses que s'accomplit la première éducation du jeune poêle. Il fil ses études dans un gymnase de la ville; puis, en 1813, n'ayant pas encore atteint sa dix-septième année, il alla suivre les cours de l'université de Halle. C'était au printemps de 1813. On sait quelle était alors l'ardeur de la jeunesse allemande et quelles émotions contraires l'agitaient. Tantôt, pour oublier l'abaissement de la patrie, on cherchait un refuge dans les rêves de l'imagination, et Louis Tieck, Achim d'Arnim, Clément de Brentano, emportaient les âmes au pays des légendes ; tantôt le sentiment des choses réelles, la honte du joug, l'impatience de le briser, l'espoir et les préparatifs des luttes prochaines faisaient battre les cœurs d'une émotion virile. Nul ne s'associa plus vivement que Charles Immermann à ces enivrements littéraires comme à cette exaltation patriotique. Ces beaux jours d'étude et d'enthousiasme ne pouvaient durer longtemps ; l'heure du combat allait sonner. Immermann était depuis quelques semaines à l'université de Halle, quand un décret de l'empereur Napoléon supprima l'illustre école. Le jeune étudiant , à qui son père avait défendu de quitter la ville de Halle avant le terme de l'année scolaire, crut naturellement que cette défense était levée par les événements. Ses camarades partaient, il partit avec eux, et, le sac sur le dos, s'en revint à Magdebourg. Le père maintint sa défense :
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c'était sa façon de protester contre la violence des vainqueurs. Retournez à l'université, dit-il à son (ils, l'année scolaire n'est pas finie. Que cette protestation paraisse un <peu puérile dans la forme, il est impossible pourtant de ne pas respecter le sentiment qui la dictait, et elle atteste quelle était alors l'inflexible résolution du patriotisme allemand. Immermann revint à l'université ; la ville semblait déserte, la jeune population s'était dispersée pour se rallier bientôt sous la bannière de l'insurrection nationale. Après la bataille de Leipsick, des corps d'étudiants se formèrent de tous côtés. Pris d'une fièvre nerveuse qui le mit à deux doigts de la mort, Immermann ne put rejoindre ses compagnons, et il en éprouva un désespoir si cruel, qu'il tomba dans une sorte d'abattement moral. La guerre seule pouvait ranimer son âme ; dès le lendemain du retour de l'Ile d'Elbe, il s'engagea , se battit à Waterloo et entra dans Paris avec les soldats de Blûcher. La lutte finie, le jeune soldat, qui avait gagné au feu son grade d'officier, revint achever ses études dans sa chère université de Halle. Il ne la quitta qu'en 1817, pour entrer dans la magistrature. Nommé d'abord référendaire à Magdebourg, il fut, deux ans plus tard, envoyé à Munster en qualité d'auditeur; on sait que ces titres, référendaire, auditeur, représentent les premiers degrés de l'ordre judiciaire en Allemagne. Immermann passa quatre années à Munster (1819-1823), et c'est pendant cette période que sa vocation poétique se déclara d'une manière éclatante. En 1829, il publiait, dans un recueil littéraire dirigé par un des chefs du romantisme , le baron de la Mottc- Fouqué, deux poèmes, le Jeune Otrik et le Requiem, qui lui marquèrent immédiatement sa place. Les années suivantes, il donnait une comédie, le Prince de Syracuse, et trois compositions tragiques, la Vallée de Roncevaux. Edwin. Pétrarque, œuvres ardeotes et incomplètes, vigoureuses ébauches pleines 4'imagination et de feu. 11 faut y joindre un recueil de poésies, une nouvelle intitulée Pygmalion, la spirituelle comédie l'Œil de P Amour, un roman publié sous ce titre bizarre : le Chdsris de papier de la fenêtre de l'ermite, et surtout un long drame à la Shakspeare, le Roi Périandreet ta famille. Sévère pour lui-même, Immermann n'admit pas les premières productions de sa verve dans l'édition qu'il Ht plus tard de ses œuvres complètes. C'était pour lui des juvenilia, où la poésie sentimentale et désespérée tenait une trop large place. Il est impossible, en effet, de ne pas retrouver l'inspiration de Werther, de Hamlet, ou des poëmes de lord Byron, dans les romans et les drames de cette période. L'Ermite d'Immermann s'inspire manifestement de l'amant de Charlotte, et lorsque l'auteur prend la parole en son nom, c'est pour s'approprier les plaintes et le découragement du prince de Danemarck. Quant à ses drames imités des chroniques de Shakspeare, ce sont des fragments, des scènes brillantes, énergi-
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ques , mai* on s'aperçoit trop que la conception
première a fait défaut et que l'unité est impossible. Le poëte, dans ces compositions aventureuses, se cherche encore lui-même. Tantôt, comme dans Pétrarque, il aspire à l'harmonie, à la sérénité, et ne sait pas se préserver de la froideur; tantôt, au contraire, il s'abandonne à la fougue de son invention, et il écrit cette tragédie étrange, désordonnée, ie Roi Pèriandrt et sa famille, où des ténèbres confuses sont sillonnées d'éclairs de génie. Les meilleurs travaux poétiques d'Immerinann, dans cette période d'essais , ce sont évidemment ses comédies, POKil de l'Amour et le Prince de Syracuse , imitations de Shakspeare, il est vrai, mais imitations excellentes et qui n'ont pu être accomplies que par un maître. En 1824, Immermann obtint un avancement qui le rappela dans sa ville natale. Le juge du tribunal de Magdebourg, comme l'auditeur de Munster, resta dévoué aux lettres et à la poésie. C'est à cette époque de sa vie que se rapporte sa traduction d'hanhoé. Immermann va entrer dans une nouvelle phase. Un drame du vieux poëte allemand André Gryphius, Gardénia et Célinde, attirait depuis longtemps son imagination ; il se livre encore, en l'écrivant, à une fougue sans mesure et sans art, mais ce seront là ses adieux à la muse intempérante de sa jeunesse, et il va produire maintenant, avec une vigueur qui se possède, les œuvres sérieuses de sa maturité. Un de ses premiers écrits dans cette direction meilleure, c'est sa belle dissertation sur YAjax furieux de Sophocle. Inspiré par l'étude de ce grand maître, il voulut immédiatement réaliser l'idéal qu'il venait d'entrevoir; il voulut surtout appliquer les principes de l'art à des sujets presque contemporains, •'efforçant de transporter la réalité vivante dans le domaine de la poésie, et il choisit le héros populaire du Tyrol pendant les guerres de l'empire, le vaillant aubergiste André Hofer. Le drame qui porte le nom de l'héroïque montagnard, et que l'auteur intitula plus tard la Tragédie dans le Tyrol, n'est certainement pas un chef-d'œuvre 5 on a reproché au poëte d'avoir défiguré la réalité", et il est certain que les anciens soldats du Tyrol, ceux qui avaient connu André Hofer et combattu à ses côtés, ne reconnaissaient pas cette vaillante et joyeuse nature dans le personnage idéal imaginé par Immermann. On ne peut nier cependant que ce drame n'indiquât de généreux efforts et un progrès manifeste. Quelque temps après, Immermann , nommé à un poste plus élevé dans la magistrature, était envoyé en résidence à Diisseldorf. Jusque-là, il n'avait habité que de petites villes ou des villes dépourvues de ressources et d'excitations littéraires ; le voilà dans une cité qui n'est pas, sans doute, une capitale, mais où les arts sont en honneur, où il y a une école de peinture, un théâtre, une société d'élite, une jeunesse passionnée pour les choses de l'esprit et de l'imagination. Passer de Munster et de Magdebourg à Diisseldorf,
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c'était miment pour Immermann passer de la
Béotie dans Athènes. H a raconté lui-même, dans ses Mémoires, la joie naïve que lui firent éprouver ses premières relations avec le directeur de l'éeolç de peinture, l'excellent M. Schadow. Un autre ami bien dévoué qu'il eut vers cette époque, ce fut le poëte dramatique Michel Beer, frère du compositeur illustre à qui la scène lyrique doit Robert le Diable et les Huguenots. Michel Beer, an* leur de deux drames estimés, Struentée et U Paria, était un digne confident des poétiques projets d'Immermann; et soit qu'il le vit i Diisseldorf, soit qu'il entretint avec lui une correspondance, aujourd'hui publiée, il le soutenait de ses encouragements et de ses conseils. C'est cneore à Dusscldorf qu'Immermann connut Christian Grabbe, ce violent et malheureux génie. L'horizon «lu poëte s'agrandissait. Un jour viendra où il se sentira encore à l'étroit dans sa petite ville des bortl» du Rhin ; à un puissant artiste comme celui-la, il fallait une action féconde à exercer ; sa nominjtion à Dûsseldorf n'en fut pas moins un événement considérable dans sa vie, et les années qu'il j passa ne furent pas des années stériles. Une grande tragédie historique, l'Empereur Frédéric II. d'ingénieuses comédies, les Travestissements. ( Esptefk comtesse, l'École des dévots, un petit poëme comique intitulé Tulifantchen , que Henri Heine appelait l'épopée Colibri ; une nouvelle, le Carnaval* la Somnambule , un second recueil de poésies, un poëme symbolique, Merlin, et une trilogie dramatique dont le fils de Pierre le Grand est le héros, Alexis : voilà les œuvres d'Immermann pendant les premières années de son séjour à Diisseldorf. En même temps il préparait de brillantes études poétiques d'après des romans du moyen Age, il ébauchait Tristan et Uolde et U Chevalier au e^m. Son activité était infatigable. Aucune de ces œuvres, excepté peut-être la seconde partie de u trilogie d'Alexis, ne donnerait la mesure exacte de son talent; pour apprécier toute la valeur d'Immermann , il faut le voir passer ainsi d'un drame à une comédie, d'une comédie à une épopée métaphysique , sans jamais atteindre son idéal, mais aussi sans épuiser jamais son inspiration et sa verve. Cette activité d'Immermann parut d'une manière éclatante le jour où il prit hardiment la direction du théâtre de Diisseldorf. Ce fut là un des épisodes les plus curieux de l'histoire littéraire de ce temps-ci. La situation du théâtre, en Allemagne, était décourageante pour les vrais poëtes. Raupach, héritier de Kotzebue, écrivain sans art, poëte sans poésie, mais constructeur assez habile de drames et de comédies, inondait l'Allemagne de ses insipides production». Peu à peu les esprits cultivé renoncèrent a aller au théâtre, et comme Schiller et Gœthe n'ataient plus l'attrait de la nouveauté pour le public inférieur, il arriva que les manœuvres dramatique» restèrent les maîtres du champ de bataiUe. C'est alors que Charles Immermann entreprit de réeon-
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cilier la société d'élite avec les représentation» de la scène. Il était poè'te, il se lit directeur de théâtre. M. Schadow, le directeur de l'école de peinture, un compositeur éminent, M. Mendelssohn, et un jeune poè'te à qui l'on doit plusieurs drames pleins d'inspirations hardies, M. Frédéric d'Uechtriz, s'associèrent ardemment à son œuvre. Tandis qu'à Berlin, à Vienne, à Munich, à Dresde, on ne connaissait que le répertoire de Kotzebue , les drames bourgeois de l'honnête Iflland, où les rapsodies de M. Kaupach, Immcrmann faisait de la scène de Diisseldorf ce qu'avait éLé la scène de Weimar sous la direction de Goethe. Il déploya même une activité que ne connut jamais l'auteur de Faust. Aucun détail ne l'effrayait : il donnait des leçons aux acteurs et, par les acteurs, au public. Il expliquait lui-même la pièce à ceux qui devaient l'interpréter, il en marquait avec force la pensée dominante, et ne permettait pas qu'un acteur, dans la composition de son rôle, altérât l'harmonie de l'ensemble. Cette troupe , organisée par ses soins, n'a pas eu d'artistes de génie comme les Schrœder, les Fleck, les Louis Devrient, ces grands acteurs formés par Lessing, par Schiller et parGœlhe, mais elle a eu plus que nulle autre le sentiment de l'unité, le dévouement à l'oeuvre commune. Malgré tant de talents et • d'efforts, la tentative d'Immcrmann, très-brillante au point de vue littéraire, ne parvint pas à se soutenir. N'était-elle pas condamnée d'avance dans une ville secondaire et en face d'un public qui ne pouvait se renouveler? La partie la plus vivante de ces spectateurs auxquels s'adressait le poè'te, c'étaient les maîtres et les élèves de l'école de peinture, public d'élite, mais trop spécial. Immermann, pour atteindre son but, aurait dù se placer au milieu d'un grand centre. Qu'arriva-t-il ? L'homme qui s'était flatté de créer des relations fécondes entre le théâtre et le peuple ne réussit qu'à faire de la scène de Diisseldorf une espèce de musée poétique, une sorte d'exposition universelle , où les œuvres les plus intéressantes de la littérature dramatique en Angleterre, en Espagne, en France même, étaient ingénieusement étudiées. Quant au théâtre spécialement national, il n'en était plus question. Cette exposition ne pouvait se prolonger longtemps. L'entreprise d'Immermann avait commencé avec l'hiver de 1834 ; le i" avril 1837, il fit réciter sur la scène de touchants et poétiques adieux à son public. L'ne telle tentative, malgré l'insuccès final, fait le plus grand honneur à l'auteur à'Alexis. Toutes les fois qu'on parlera du théâtre allemand depuis Schiller, et des efforts qui ont été faits pour le régénérer, une grande place devra être accordée à Immermann. Quelque temps avant de quitter la direction du théâtre, il termina un grand roman, les F.pigones (1833), auquel il travaillait tlepuis longues années et qui devait être le tableau de la société au 19e siècle. Ce roman est une des œuvres les plus complètes d'Immermann ;
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tous ses défauts et toutes ses qualités y sont réunis. Des peintures fortes, des portraits bien tracés, beaucoup d'observation, de la finesse, une préoccupation très-vive des problèmes du présent et de l'avenir, voilà ce qui fait l'intérêt de cet ouvrage. Malheureusement l'harmonie et la mesure, si nécessaires à une telle œuvre, en sont tout à fait absentes. La force dégénère souvent en violence ; à côté de portraits resscrabVaut^on rencontre maintes caricatures. L'impres&um Ae l'ensemble a quelque chose d'amer cl de pénible. Cette inspiration misanthropique se transforme d'une manière heureuse dans son roman de Afùnckhaustn (1838), composition railleuse où h grâce inoffensive de Y humour corrige la vivacité de la satire. Il y a çà et là des trésors de poésie dans cette œuvre aristophanesque. Un épisode de IfùncAhausen, espèce d'idylle rustique tracée avec le plus vif sentiment de la nature, a réveillé le goût des choses simples et inspiré peut-être à M. Berthold Auerbach ces Histoires de village dont le succès a été un événement dans la littérature allemande de nos jours. La dernière œuvre dramatique d'Immermann, la plus remarquable, à notre avis, c'est la tragédie de Ghismonda. L'ardent poè'te commençait à jouir du fruit de ses travaux ; la critique, longtemps indifférente ou hostile, lui prodiguait ses encouragements ; la considération publique l'entourait ; les représentants officiels de la littérature savante ne dédaignaient plus ses efforts, et l'université d'Iéna venait de lui envoyer solennellement un diplôme de docteur; la jeunesse elle-même, qui ne lui pardonnait guère ses opinions politiques (car Immermann, si audacicusement novateur en littérature, était fort peu sympathique au mouvement libéral de ce tempslà, et n'y voyait qu'une contrefaçon de la France), la jeunesse, qui en 1832, dans cette tumultueuse assemblée démocratique appelée la fête de Ham~ bach, avait brûlé une de ses brochures, reconnaissait enfin chez lui la loyauté d'une âme généreuse. L'année où il publiait Mùnchhausen (1838), à propos du vingt-cinquième anniversaire de la délivrance de l'Allemagne, il racontait en termes éloquents la cérémonie célébrée dans les provinces rhénanes [la féte des volontaires à Cologne, sur le Rhin. Cologne, 1838), et lui-même il prenait part à cette féte en lisant publiquement à ses compagnons d'armes des strophes enthousiastes qui rappellent les chants de Théodore Kœruer. Les préventions auxquelles il avait été longtemps en butte semblaient donc dissipées ; le présent et l'avenir lui souriaient; il venait de se marier en 1859, et, dans la douce exaltation de son bonheur, il écrivait son poème de Tristan et Isolde, qui semble le poè*me de l'amour ; cette harmonie, cette sérénité, qui l'avaient fui si longtemps, allaient peut-être couronner ses efforts; il était sur le point de réaliser l'idéal de sa vie, quand une maladie de quelques jours l'emporta,' le 23 août 1810. Il n'y avait pas un an qu'il était
marié, il n'y avait pas dix jour» que sa jeune femme venait de lut donner un fils. Charles Immcrmann est un des plus généreux esprits de l'Allemagne au 19* siècle; poè"te incomplet, écrivain fougueu* , il avait plus d'ardeur que de talent, et il ne parvint jamais à cette harmonie de la pensée et de la forme qui est le but suprême de l'art. Qu'importe ? si aucune de ses œuvres ne donne l'idée complète de ce qu'il a été, sa vie elle-même est une œuvre qu'on ne saurait interroger sans de salutaires émotions. On peut consulter, sur la vie et les œuvres d'Immermann, sa biographie, par M. Adolphe Stahr (Karl Immermann, ton Adolf Stahr), et un recueil d'études publiées par le poè"te Ferdinand Freiligrath (Karl tmmermann, Blatter der Erinnerung an ihn. hernutgegebtn von Ferdinand Freiligrath , \ vol. , Stuttgardt, 1842); l'ouvrage du poète Christian f.rabbe, intitulé le Théâtre de Dusseldorf(das Theater in Dûtteldorf, Diisseldorf, 1858); les deux volumes de M. Frédéric dTechtriz sur les arts et les artistes à Diisseldorf (Blieke in dns diisseldorjer Knnst-und Kûnstlerleben, Diisseldorf, 1839-1840); et les diverses histoires de la littérature allemande contemporaine , particulièrement celles de II, Julien Schmidt et de M. Joseph Ilillebrand. Tout récemment, mademoiselle Ludmila Assing, nièce de M. Varnhagen d'Ense, a publié la biographie d'une femme d'élite qui a joué un rôle important dans la vie privée d'Immermann. Voyez la Corntetse Elita d'Ahlefeldt. la femme d'Adolphe de Lutiow, l'amie de Charles Immermann (Grâfin Elisa von Ahlefeldt, die tint tin Adolphs von Lutzow , die Freundin Karl Immermann' t. Eine Biographie von Ludmilla Assing, Berlin, 1837.) — Les œuvres complètes d'Immermann ont été publiées en quatorze volumes à Dûsseldorf. S. R. T.
1M PARAIT) (1) (François), peintre napolitain, fut élève de Perino del Vaga , et reçut des leçons du Titien, dont il s'appropria si bien la manière que l'on a confondu ses tableaux avec ceux de ce grand maître ; il florissait à Naples en 1303. Son St-Pierre martyr, dans l'église de ce nom, passe pour un de ses meilleurs ouvrages. On cite encore son Martgr de St-André dans l'église de Ste-Marlc. — Ihtarato (Jérôme), fils du précédent, voyagea pour se perfectionner par l'étude des modèles; et se forma d'après les maîtres vénitiens et lombards, dont il a imité le style et le coloris. Il acquit une réputation supérieure peut-être à son mérite réel ; mais sa vanité lui avait fait «les ennemis qui cherchèrent à le rabaisser au-dessous de sa valeur. U mourut vers 1020. La ville de Naples possède plusieurs beaux ouvrages de cet artiste, entre autres un tableau de Vlmmaculéê conception dans l'église de ce nom, et celui du Rosaire à St-Thomas d'Aquin. M. Valéry vante son Assomption au plafond de Ste-Marie la Nuova (Voyage en Italie, t. 3,
p. 340). Lanzi mentionne honorablement ces deux artistes dans son Histoire de la peinture. \V — s.
IMPEHATO (Ferrante), naturaliste sur lequel on regrette de n'avoir pas de renseignements plus complets, naquit dans le 16e siècle à Naples, où il exerça la profession de pharmacien avec une grande réputation. Dès sa jeunesse il montra beaucoup de penchant pour l'étude de l'histoire naturelle; et il avait commencé une collection de minéraux qui devint par la suite très-considérable. Il établit un jardin pour y cultiver des plantes rares; et on le vit rechercher les conseils et les leçons des plus célèbres naturalistes de l'Europe il comptait au nombre de ses correspondante ou de ses amis Mathiole, qui le cite honorablement dans ses ouvrages, Melchior Cuilandinus, Dartuél. Maranta, Aldrovande, Chisius, Casp. Bauhin, etc. Dès 1370, Maranta lui dédia ses deux livres Délia teriaca e del mitridate, par une épllre dans laquelle il le qualifie un très-habile botaniste (semplieista ecelentùsimo). Il avait fait un grand nombre d'observations et d'expériences sur la vipère, ainsi que sur les propriétés médicales qu'on lui attribue. En 1373, il consultait à ce sujet Aldrovande dans une lettre que J. Fantuzzi a publiée à la suite des ilemorie délia vita di Aldrovandi. p. 232. Fabius Colonna s'est plu à consigner dans les préfaces de ses ouvrages les services que lui avait rendus lmperato, dont il loue le savoir, la modestie et l'obligeance. Tant de lémo^nages honorables n'ont pas empêché de contester a Imperato le seul ouvrage qu'on ait de lui. U est intitulé DelT istori» naturale libri XXVlll. Naples, 1599, in-fol. min. fig., édit. rare; celle de Venise, 1072, in-fol., moins bien exécutée que la précédente, est augmentée de quelques Obst traitons botaniques de J.- Marie Ferro, pharmacien à l'hospice (spe-.iale alla sanità). Cet ouvrage a été traduit en latin, Cologne, 1093, in-4". Les premiers livres traitent des différentes espèces de terre , les suivants, des minéraux, des plantes et de leurs vertus, et enfin des animaux; en sorte que l'auteur passe en revue les différentes classes de l'histoire ualurelle avec plus ou moins de développements. La dédicace, adressée au vice-roi de Naples, est signée de François Imperato, l'un des lils de Ferrante, qui devait être alors d'un Age avancé, bans la préface Ferrante nomme toutes les personnes dont il a reçu des secours pour la rédaction de son ouvrage, entre autres Nicol.-Ant. Stelliola (w>y. ce nom), génie universel et l'un de ses meilleurs amis. Cependant Placcius, dans son Theatrum anonymor., \>. avance, sans aucune preuve, que Ferrante avait acheté de Stelliola, pour cent piastres, le manuscrit de cet ouvrage avec la permission de s'en déclarer l'auteur. Cette assertion absurde a trouve des échos; mais elle a été réfutée solidement par Nicodcmo dans ses additions à la litbiioteca napoletana de Toppi, p. 77 et 78. W— «.
IMI'EIUALE (François), né dans le 14» siècle à Cènes, d'une noble famille, passa jeune en Espagne
et s'établit à Séville, où il ne tarda pas à se faire connaître, par ses talents pour la poésie. Ces niâmes talents le firent, non inoins que sa naissance, accueillir à la cour de Henri III, roi de Castille, dont il devint un des principaux ornements. Le fameux marquis de Santillane (roy. Memdoza) dans sa Uttre au connétable de Portugal sur l'origine de la poésie espagnole, met Impériale au premier rang des portes contemporains et fort au-dessus de tous ceux qui l'ont précédé. Argote de Molina , dans son Histoire de la noblesse d'Andalousie lui donne les mêmes éloges, et rapporte une jriêce qu'il avait composée en octaves à la louange d'Angélina de Grèce, femme de Diego Gonzales de Contreras, regidor ou gouverneur de Ségovie. Thomas Sanchez { rot/, ce nom) dans la préface de sa Collection de poesias eastellanas, fait une honorable mention d'Impériale et nous apprend qu'il avait composé un poème sur la naissance de Jean II , fils et successeur de Henri III. Joseph Hodriguez de Castro a donné quelques fragments des poésies d'Impériale dans la Bibliotheta espaltola, Madrid, 4781, t. 1W, p. 296-97, 337 et 343. Enfin Tiraboschi, si jaloux de tout ce qui peut intéresser la gloire de l'Italie, revendique pour elle Impériale, et dans une note de la Storia délia letterat.,t. fi, p. 837, a réuni tous les témoignages honorables que nous venons d'énumérer. Son poè*mc sur la naissance de Jean II, en 1403, prouve qu'Impériale (lorissait encore au commencement du 13» siècle; maison ignore les particularités de sa vie et la date de sa mort. Ses poésies sont conservées dans différentes bibliothèques d'Espagne, notamment dans celle de l'Escurial. W — s.
IMPERIAL1 (Jeas-Vincest), poi'te et littérateur distingué, naquit à Gênes, vers la fin du 16" siècle, d'une des plus illustres familles de celte ville. Son père (Jean Imperiali), élevé à la dignité de doge en 1617, lui ouvrit la carrière des emplois publics. Nommé ambassadeur près de Philippe IV, roi d'Espagne, le fils sut mériter la confiance de ce prince, qui le chargea de terminer différentes négociations avec le duc de Mantoue et la cour de Rome. 11 avait assuré à sa patrie la protection de l'Espagne : il lui rendit un service non moins important , en purgeant les cotes des nombreux pirates qui les infestaient; et tant qu'il eut le commandement des galères, le pavillon génois fut respecté dans la Méditerranée. Il s'occupa ensuite d'embellir la ville de Gènes, et de lui procurer les établissements utiles dont elle manquait. L'affabilité de ses manières et sa générosité l'avaient rendu l'idole du peuple : le sénat craignit qu'il n'eût le projet d'usurper le pouvoir, et le condamna au bannissement. Imperiali ne réclama point contre cette injuste mesure : la culture des lettres charma sa retraite; et quand il lui fut permis de rentrer dans sa patrie, il se hâta d'y revenir. Il mourut à Gênes, vers 1643, dans un Age avancé. Il avait obtenu, de son vivant, la réputation d'un grand poète; mais la postérité ne
paratt pas avoir confirmé le jugement des contemporains. On rite de lui : \" Lo Stato ruttico, Gênes, 161 1; Venise, 1613, in-12. C'est un poème en vers sciolii, sur les travaux de la campagne : il fut reçu avec applaudissement; mais, dit Tirabosch', il ne peut soutenir la comparaison avec la Coliitaùone d'Alamanni ; 2° il Rtttrato del Ca%nlino abbovutto, poéma in quart* rima , sans date ni mdicalion du lieu de l'impression, in-4° ; Bologne, , , même format ; 3n gVlndovini pastori; la Santa Teresa • 4° i Funerali del cardinale Orazio Spinola; 3" Centô diseorsi politici . etc. Il avait donné, dans m jeu- • nesse, une édition de la Jérusalem délivrée de Tasse, Gênes, 1604, in-12, avec de nouveaux arguments à la tête de chaque chant ; et il fut, diton, aussi l'éditeur des Opère spirituali du chanoine Bat. Vernacia, son compatriote. Imperiali était membre de la plupart des académies italiennes qui florissaient de son temps. W — s*.
IMPERIALI (Jean-Baptiste), médecin et littérateur, d'une branche de la famille génoise de ce nom, établie à Vicence, naquit dans cette ville en 1388. Il fit ses premières éludes à Vérone avec beaucoup de distinction , et fréquenta ensuite l'université de Bologne, où il eut pour maîtres Jérôme Mercuriali et Frédéric Pendosi, deux des plus célèhres professeurs de cette école, qui en compte un si grand nombre. Après avoir terminé ses cours , il vint à Padouc , où il prit ses degrés en médecine : il s'y lia particulièrement avec Fr. Picolomini, jeune médecin qui se délassait de la pratique de son art par la culture des lettres ; et à son exemple, il s'appliqua à la poésie latine. Il revint enfin à Vicence, et il y reçut un accueil si flatteur, qu'il prit la résolution d'y passer ses jours : ce fut en vain qu'on lui offrit les plus grands avantages pour l'attirer à Venise, à Messine, à Pai'oue; il persista dans son projet de terminer sa carrière à Vicence , et il mourut en cette ville le 28 mai 1623. Imperiali était doué d'une extrême facilité : son éloquence était douce, fleurie et abondante; et ses idées se présentaient à son esprit dans l'ordre le plus convenable. A Page de vingt-deux ans, il publia une Défense d'Alexandre Massaria , habile médecin , son compatriote ; et ce petit écrit eut tantale succès, qu'il s'en fit jusqu'à six éditions en quelques mois. Ses Poésies latines ont quelque chose de la douceur de Catulle, qu'il avait choisi pour modèle; et les critiques Italiens ne les jugent pas indignes du chantre de Lesbic. Mais son principal ouvrage est un recueil d'observations, intitulé Exoteriearum exereitationum libri duo, Venise, 4603, in-4°. — Jean Imperiali, son fils aîné, naquit à Vicence en 1602; il étudia la médecine à Padoue, et revint l'exercer dans sa patrie, où il mourut vers 1670. On a de lui : 1° Une Dissertation historico-médicale sur la peste qui désola V Italie en 1630, Vicence, 1631, in-4°; 2° Musaum hùtoricum et physicum, Venise, 1640, in-4°. La première partie de cet ouvrage, ou le Muserum kistoricum, a été réimprimée
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à lu suite ries Apst urbanœ de Léon Allatius, Hambourg, 1711, in--4°. C'est une suite de cinquante quatre éloges des hommes les plus célèbres dans la littérature, avec leurs portraits. Le Âîusaum physicum contient des observations sur le caractère de ces différents personnages, et des réflexions sur l'influence que les circonstances physiques ont pu avoir à l'égard du développement de leurs dispositions naturelles. 5» Le Xotte Barherine orero de quenti e discorsi fuici. média, etc., libr. Y, Venise, 1G65, in-4°. " W— s.
IMPERIAL! (Joseph-René), cardinal, est moins connu à ce titre que par la protection éclairée qu'il accorda aux lettres. 11 naquit à Gènes, en 1631, de l'illustre famille connue sous ce nom. Après avoir termine ses études avec éclat, il reçut les ordres sacrés, et ne tarda pas d'être pourvu des premières dignités ecclésiastiques. Nommé cardinal en 1600, et, quelque temps après, gouverneur de Ferrare, il s'appliqua surtout à ranimer en cette ville le goût des sciences et des arts utiles. Il se faisait remarquer, dans les assemblées du sacré collège, par sa prudence; et il avait si bien réussi à captiver l'estime des autres cardinaux, qu'au conclave tenu en 1750, après la mort d'Innocent XI, il aurait été élu pape à l'unanimité, si la cour d'Kspagne ne lui eût formellement donné l'exclusion. Le cardinal Impérial i mourut à Rome, le 4 janvier 1757, âgé de 85 ans. Il fit des legs considérables aux pauvres, et chargea le prince de Francavilla, son neveu, de disposer sa riche bibliothèque dans un local ouvert au public. Il fixa aussi, par son testament, une somme annuelle pour l'entretim et l'accroissement de cette collection, l'une des plus précieuses qu'ait jamais formées un particulier. Le savant P. de Montfaucon a fait l'éloge de la bibliothèque Impcriali dans son Diarium italieutn (p. 257); et Fonlanini en a rédigé le catalogue, Rome, 1711, in-fol. (roy. Just. Fontamiju). Il en a paru un second en italien, Rome, 1795, 2 vol. in-8«. Le palais du cardinal Imperiali était l'asile de tous les savants : ce prélat les encourageait par ses largesses, faisait imprimer à ses frais leurs ouvrages et appelait sur eux l'attention publique. Parmi les hommes distingués qui ont éprouvé les effets de sa bienveillance, on cite principalement Philippe délia Torre, et Fontanini, qu'il nomma son bibliothécaire. Giust. Chiapponi a publié : Legazione del eard. Giut. lieu. Imperiali à Carlo III rè délie Spagne l'an. 1711, Rome, 1712, «n-4°. \V s.
IMPERIALI-LERCARI (Fraxçois-Maiui), doge de Gènes, célèbre par ses démêlés avec Louis XIV. Ce prince, qui voulait imprimer à tous les gouvernements le respect de ses armes, avait fait bombarder Alger en 1685; il attendait l'occasion de faire éprouver un châtiment semblable à quelque puissance d'Italie, pour la détacher de l'alliance de l'Espagne. Les Génois avaient été pendant cent cinquante suis fidèles à l'alliance de cette couronne : le sénat ayant fait armer quatre galères,
Louis XIV feignit de croire qu'elles étaient destinées à se réunir aux Espagnols pour agir contre lui, et demanda non seulement que ces galères fussent immédiatement désarmées, mais encore «pie les états des galères lui fussent livrés. Comme la république refusait de se soumettre à cette violence , le marquis de Seignelai se présenta devant Gènes, le 17 mai 1684, avec une nombreuse escadre; et il commença presque aussitôt à bombarder cette superbe ville. Douze mille trois cents bombes y furent lancées avant le 28 mai ; et l'escadre française ne se retira que lorsqu'elle eut épuisé toutes lesmunitions qu'elle avait apportées. Les Génois, cependant, ne perdirent point courage : ils soutinrent cette calamité sans démentir leur fierté; et déjà ils s'attendaient à une nouvelle attaque, lorsque le pape interposa ses bons offices pour rétablir la paix. Par sa médiation, un traité fut signé à Versailles, le 12 février de l'année suivante : le doge Imperiali se rendit à Paris avec quatre sénateurs, pour déclarer à Louis XIV, au nom de sa république, qu'elle était affligée d'avoir encouru son indignation. Imperiali remplit cette mission avec noblesse et dignité : il parla au roi debout, mais couvert; et son discours, qui était respectueux, fut conforme aux expressions que lui ilictait Seignelai. Le roi l'écouta avec bonté, et le traita avec infiniment de politesse et d'égards. Aussi le doge, en comparant la conduite de Louis XIV avec celle de ses ministres, ne put s'empêcher de dire : « Le roi ôte à nos coeurs la liberté << par la manière dont il nous reçoit; mais les mi- « nistres nous la rendent. » On sait que, lorsque, après lui avoir montré les curiosités de Versailles, Seignelai lui demanda ce qu'il y trouvait de plus remarquable, le doge répondit : C'est de m'y voir. S. S— i.
INCIIRÀLD ; Elisabeth Simpson, plus tard mistriss ) , Anglaise, célèbre comme actrice et comme femme de lettres, naquit le 15 octobre 1755, au bourg de Standingfleld (comté de Suffolk). Ses parents, catholiques romains, étaient de pauvres fermiers qui ne subvenaient qu'avec peine aux besoins de leur nombreuse famille, et qui, par conséquent , étaient loin de pouvoir donner une éducation brillante à leurs huit enfants. Elisabeth avait huit ans quand son père mourut. Sa mère, moins assidue à l'exploitation de la ferme qu'à la fréquentation du théâtre, lui en inspira le goût, ainsi qu'à ses frères et sœurs. Ce goût, très-vif chez l'orpheline, fut encore fortifié parla lecture des romans, qui lui peignaient le grand monde, la capitale et la vie sous d'étincelantes couleurs et qui lui firent prendre la maison maternelle en horreur. « Plutôt cent fois mourir que de rester éternellement ici, » dit-elle un jour à sa mère, n'ayant encore que treize ans. En 1770, son frère George s'étant fait comédien, Elisabeth, quoique affectée d'un bégaiement assez fort, résolut de suivre la même carrière. Elle se présenta donc i Griffiths, directeur des théâtres de Norwich et de
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Bury, pour qui file avnit conçu et conserva longtemps une titre affection, et qui néanmoins ne l'admit pas dans sa troupe. Setant rendue à Londres, où ses sœurs étaient mariées, elle s'y troura en grande relation avec les comédiens, entre autres arec Incbbald, qui s'éprit de passion pour la jeune miss, mais, qui n'en obtint alors que la promesse d'une correspondance épistolaire. De retour à Slandingfield, le séjour de la eampagne devint plus insupportable que jamais à Elisabeth. Elle sollicita encore, mais inutilement, son admission au théâtre de Norwich. Enfin, dominée par un penchant irrésistible, et voyant d'ailleurs la position gênée de sa famille, un matin, 11 avril 1772, elle quitte seule le toit de sa mère, lui laissant une lettre par laquelle elle l'instruit de son départ, mais sans lui faire connaître ses projets. Légère d'argent, riche d'espérance et un paquet de hardes sous le bras, elle gagne lestement la grande route à travers champs et se jette dans la première voiture qui roule vers Londres. Que va faire miss Simpson dans cette grande ville? Elle y connaît une parente qui loge dans le Slrand; elle ira la trouver; blottie sous son aile, elle s'initiera aux merveilles de la capitale, où elle pense qu'un nouveau destin va naître pour elle; au pis aller elle reprendra au bout de quelques jours la route de Slandingfield , après avoir écrit des lettres bien soumises à sa mère et satisfait sa fantaisie. Malheureusement en débarquant au Straud è dix heures du soir, elle apprend que sa parente n'est plus à Londres. Un coup de foudre ne l'eut pas plus abasourdie. Emus de ses larmes, les gens de la maison qui lui annoncent l'affligeante nouvelle consentent à lui donner l'hospitalité pour une nuit; mais tout à coup cette promptitude de générosité lui semble suspecte : tous les pièges auxquels peut être en butte une jeune fille, et dont les romans lui ont offert les exemples, lui reviennent en téte; elle quitte brusquement la chambre où elle vient d'entrer, et toujours son paquet sous le bras essaye de louer un pied-à-terre dans une auberge, se coupe dans ses explications, est mise à la porte comme une aventurière, heureuse encore de n'être pas livrée au constable, erre ainsi dans les rues jusqu'à deux heures du matin , et n'est enfin admise qu'à peine dans une autre maison, sous prétexte d'attendre la voilure qui doit passer : encore faut-il qu'elle paye «l'avance la place qu'elle n'a point envie de prendre, et il ne lui reste plus que quelques sebeliings. Cependant sa beauté la fit remarquer de quelques personnes. In acteur de Drury-Lane obtint d'elle quelque confiance, et, en retour de la sincère relation de ses aventures, lui donna le conseil, en apparence désintéressé, de se livrer à la carrière du théâtre , où , lorsqu'elle aurait vaincu à force de travail son défaut de prononciation, ses charmes devaient lui valoir sinon la première place, du moins un rang honorable et une riche indépendance, liais le desintéressement
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est rare : tout habile comédien que pût être le conseiller, il oublia trop tôt son rôle d'ami; la jeune miss, effarouchée, renonça sans hésiler aux avantages de sa protection sans toutefois rtnoncer au théâtre , et sur-le-champ elle courut offrir sa tonne volonté à King. La conversation fut trèsplaisante entre ce directeur de Drury-I^ne et l'aspirante villageoise, à laquelle il demanda ce qu'elle savait, où elle avait joué, et si elle se doutait de ce que c'était que le théâtre : les réponses de miss Simpson lui eussent semblé fabuleuses , s'il ne les avait ouïes de ses oreilles. Cependant il ne la découragea pas : elle était toile, mais il lui déclara que pour le présent il ne pouvait l'engager. Alors elle écrivit à une de ses soeurs pour lui annoncer son arrivée, et logea . chez elle, sans discontinuer ses démarches auprès des acteurs de Drury-Lane. Tout à coup un souvenir d'amitié l'engage à se présenter chez Incbbald , un d'eux. Inchbald était un excellent homme; il accueillit la jeune fille, dont les charmes l'avaient déjà frappé , et la recommanda à un de ses amis qui allait prendre la direction du théâtre de Bristol. Miss Simpson n'eut effectivement qu'à paraître , elle fut engagée sur sa figure , et l'obligeant directeur se chargea de son éducation théâtrale, et même aussi de sa dépense jusqu'à ce qu'elle fût capable de figurer sur la scène. Dans tout cela la villageoise ne voyait que des avances qu'elle rembourserait par son talent. Quel fut donc son désappointement lorsqu'un soir, après la leçon, une déclaration positive de son directeur vint lui apprendre qu'il ne se payait point de ces chimères ? Lancer un toi de thé touillant à la tête du séducteur, s'enfuir au plus vite, puis, tout en se félicitant, réfléchir amèrement sur sa situation, enfin aller de nouveau demander conseil au ton Inchbald , tels furent les résultats de cette subite rupture. Son affliction était extrême; elle comprenait que la carrière était fermée pour elle, car elle ne voulait plus aller faire sa cour aux directeurs; et pourtant son désir de paraître sur la 'scène était plus vif que jamais. Heureusement Inchbald, touché de sa naïveté , de sa vertu, à laquelle il fallait bien croire après l'aventure du bol de thé, sans doute aussi de tout ee qu'il y avait de charmant dans le caractère comme dans la figure de la jeune personne, se résolut à l'épouser : elle accepta. Tous deux étaient catholiques. Incbbald avait trentesept ans; Elisabeth en avait dix-neuf. Ce mariage, célébré le 9 juin 1772, changeait du tout au tout sa position. Sûre désormais d'avoir un appui et de faire incessamment partie de quelque troupe comique, elle consacra joyeusement ses journées aux études théâtrales , rendit tolérable sans le vaincre complètement son défaut de prononciation , et bientôt débuta médiocrement sur le théâtre de Bristol , dans le rôle de CoreUlia de la tragédie du Roi Lear, où son mari jouait le rôle du roi. Après un voyage à l^ndres et à Standing-
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fichl, les deux époux obtinrent un engagement au théfttrc d'Edimbourg. Des applaudissements universels accueillirent la débutante , et les journaux le» plus acres rendirent justice aux grâces de sa personne, au naturel et à la finesse de son jeu. Bien différente de tant d'artistes que la louange enivre et endort, mistriss Inchbald n'en mit que plus de soins à se rendre digne de la faveur du public; et pendant quatre ans de suite Edimbourg la cita comme la première de ses actrices dans l'emploi des amoureuses. L'arrivée de mistriss Yates, une des favorites du parterre de LoDdm, interrompit cette prospérité. Édimbourg se partagea en deux factions, et quelque temps les deux rivales luttèrent sans grande inégalité : mais personne moins que mistriss Inchbald n'était de force à l'emporter dans une guerre où la morgue, la cabale, la satire, la calomnie étaient les premiers éléments et les conditions du succès. Lasse des provocations et des attaques de sa rivale , mistriss Inchbald quitta la place ainsi que son époux , qui lui-même avait eu des altercations avec le public, et tous deux passèrent en France (1776), oti Inchbald espérait mettre a profit un art qu'il possédait, celui de peindre en miniature; mais, cet espoir ne s'étant pas réalisé, ils revinrent, au bout de trois mois, en Angleterre, où , pendant quelque temps, ils vécurent dans une pénurie extrême. Enfin ils furent engagés au théâtre d'York. Mistriss Inchbald n'y eut pas moins de succès qu'à Edimbourg, et, comme dans cette capitale, son aimable caractère, son irréprochable conduite lui concilièrent la bienveillance et l'estime générale. C'est vers le même temps que les époux Inchbald contractèrent avec la famille Kemble une liaison intime et qui ne fut jamais altérée. Elisabeth, quoique sincèrement attachée à son mari , n'éprouvait aucun amour pour lui; la teinte de mélancolie dont presque toutes ses pensées avaient été empreintes depuis son enfance allait sans cesse s'assombrissant, par suite peut-être du vide de son cœur, et devenait menaçante pour sa santé. Inchbald aussi était malade, et il expiait par le spleen, par une vieillesse anticipée les bonnes fortunes de sa jeunesse : il mourut en 1778. En vain le directeur du théâtre d'York fit à la veuve les propositions les plus avantageuses pour la retenir parmi sa troupe; elle était résolue de retourner à Londres, où, malgré les instances de quelques-uns de ses amis catholiques qui la pressaient de renoncer au théâtre, elle débuta à Covent-Garden dans le rôle de Bellario du drame de Pkilastre (3 octobre 1780); mais elle fut loin d'avoir la même réputation qu'en Ecosse , les cabales et le luxe de ses rivales l'éclipsaient complètement. Elle continua pourtant au moins trois ans de paraître sur la «cène, accepta momentanément un engagement à Dublin : puis , obéissant toujours à l'attraction qui l'entraînait vers la capitale comme au centre de toutes les merveilles, au seul théâtre digne
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d'elle, elle fit sa rentrée à Covent-Garden. Toujours actrice secondaire, elle sut alors s'y créer une réputation brillante comme auteur comique. Sa première pièce , bien que ce ne fût qu'une hl nette, une féerie, ou cadre à décors, à musique et à danse, plut également au parterre, aux aristarques du feuilleton, au caissier de llay-Market (1783). Profitant habilement de l'occasion, elle envoie au directeur Colman une autre pièce qui depuis un an dormait anonyme dans les cartons de Harris à Covent-Garden , et qui ne fût jamais sortie de ces catacombes si elle n'eût pris ce parti. Un nouveau succès encore plus éclatant fut la récompense de sa hardiesse ; et dès ce moment elle fut du nombre de ces auteurs que le public attend et qui n'attendent point le public. On devine que sa condition à la scène n'en fut pas beaucoup meilleure : ses camarades du beau sexe la jalousèrent et la détestèrent un peu plus qu'auparavant, et ne négligèrent rien pour l'empêcher de conquérir les grands rôles. Excédée de ces tracasseries, désenchantée des coulisses, et désormais sûre de se suffire par sa plume, mistriss Inchbald dit définitivement adieu au théâtre en 1789, pour se vouer exclusivement à la littérature. Déjà six pièces d'elle avaient été représentées; elle en composa neuf autres de 1789 à 180JS; deux romans pendant le même intervalle attestèrent encore sa fécondité. Elle s'en tint là, s'avouant sans doute qu'en écrivant davantage, elle ne réussirait qu'à se répéter, et ne voulant point ennuyer ses lecteurs en remaniant toujours les mêmes idées. Son nom pourtant était trop frais dans la mémoire du public pour qu'on ne lût point avidement tout ceqn'elle signerait. Elle ne voulut plus participer qu'à des réimpressions de recueils dramatiques qu'elle enrichit de notices biographiques et de remarque» critiques. Tout en applaudissant à la détermination sage qu'elle prit de se retirer de bonne heure de l'arène littéraire et de ne point user son nom , nous regrettons qu'elle ait refusé de publier les Mémoire/ de sa vie. Elle les écrivit cependant ou du moins elle commença à le» écrire, mais elle ordonna expressément par son testament que ce que l'on en découvrirait fût anéanti : on obéit. Un libraire lui avait ofrert mille livres sterling pour obtenir seulement une première partie de ces mémoires , n'eût-elle conduit l'héroïne que jusqu'à Londres, sans entamer encore ses courses et ses désappointements dans cette égoïste capitale. Néanmoins elle tenait une espèce de journal qu'on a trouvé parmi ses papiers après sa mort, et que Boadeu(l) a publié dans le Fra*er's Âfagaune ; on en a inséré l'analyse en français dans le Panorama littéraire de l'Europe, t. î, p. 231-49, Pari», 1833,
(D Boaden iJamit), lltlrraUnr anglais, né en I7P2 à WMlehavrn icomté de Cumberland I et mort te 16 lévrier 1KJ9, » ruaposé de* pièces de théâtre , des roman* cl quelqui-* aulrc» un» Trage* Le» mémoires qu'il » publié» »ur Kemble, sur mesdsror» Siddont, Jor.lsn et Inchbald, sont dédits au roi George IV. L
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n-8°. Mistriss Inchbald était à l'aise; ce qu'elle laissa de bien a sa mort montait à cinq mille livres sterling (cent vingt mille francs}, fruit de ses économies et même de ses privations, qu'on aurait prises pour de l'avarice , mais qu'elle s'imposait dans le louable but de secourir ses amis et surtout sa famille, dont elle fut constamment la bienfaitrice, l'as une femme en Angleterre n'était plus respectée qu'elle; et les dames les plus scrupuleuses se faisaient un honneur de la voir et de la traiter en amie , tant sa réputation était à l'abri du soupçon, merveille rare si l'on songe qu'elle s'était échappée à seize ans du foyer maternel , que sans chaperon et sans argent , elle avait couru les rues, les bétels garnis et les théâtres de Londres, qu'elle avait été actrice à dishuit ans, veuve à vingt-cinq ans , indépendante le reste de sa vie. Cependant , douée d'une beauté remarquable, elle aimait à être admirée, et disait quelquefois, presque sérieusement, à mistriss Siddons , sœur du célèbre acteur Kcmble : « Ne « venez pas ici ; je ne veux pas rester près de
■ vous. Si vous ne vous en allez pas, je m'en irai, « parce que vous (''tes plus jolie que moi. » La dégradation de ses charmes Qt le chagrin de sa vieillesse et lui causa d'amers regrets qu'elle a exhalés naïvement dans son journal. Ce motif l'empêchait souvent de se montrer en public; et même lorsqu'en 1820 Kemble, sur le point de partir pour la Suisse, vint lui faire ses adieux, elle détourna la tête tout le temps que dura la visite, afin qu'il ne vit pas son visage. Quoique son écriture presque illisible fût pleine de fautes d'orthographe, sa conversation, ses manières exerçaient un attrait puissant sur toute personne de quelque valeur. Ce ne fut, au reste, qu'avec beaucoup de peine qu'elle consentit à paraître devant madame de Staël , qui , s'étant rendue à Ldndres, témoigna un vif désir de la connaître. Mistriss Inchbald, redoutant sa visite, la prévint en allant elle-même dans une maison où cette femme célèbre se trouvait. « Elle eut non-scule-
■ ment des attentions pour moi, dit mistriss ftich- « bald , mais encore elle me questionna ; elle me « pria de lui expliquer pourquoi je fuyais la so- « ciété. — Parce que je crains, lui répondis-je, la • solitude qui la suit. — Quoi ! sentiriez-vous plus
■ votre solitude en sortant d'ici que vous ne la n sentiez avant d'y venir? — Oui ! — Il M semble « pourtant que notre société devrait au contraire « animer vos esprits. Pourquoi donc senti riez- « vous davantage votre solitude? -- Parce que je « n'aurai personne à qui je puisse dire que je vous « ai vue, personne à qui je puisse décrire votre <* air , personne à qui je puisse répéter les éloges « que vous avez bien voulu donner à ma Simple m histoire, personne pour jouir de ces éloges que « moi-même. — Ah! c'est que vous n'avez pas « d'enfants. »é)n achevant ces mots, elle se tourna h avec une touchante tendresse vers une jeune per- « sonne charmante, sa fille, et nie peignit si bien
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« le bonheur d'être mère, qu'elle me renvoya chez « moi plus triste par le contraste de nos situations « sous ce rapport, que par la comparaison de l'état * si différent de nos fortunes. » MUtriss Inchbald s'est représentée elle-même dans Simple histoire. Le délicieux caractère de mbs Milner la montre trait pour trait dans sa jeunesse, et fait sentir ce qu'elle dut être plus tard. Elle mourut le 1«* août 1821 à Kensington-llousc, espèce de communauté où elle s'était retirée comme pensionnaire dans ses dernières années, et où elle remplissait avec une grande régularité ses devoirs religieux. Voici la liste de ses ouvrages : 1° Quinze pièces dramatiques, savoir: 1 . Je vais tout dire ce que c'est, comédie, 1780 (c'était son coup d'essai); on y trouve un vrai talent d'observation , de la finesse, du dialogue, de charmants portraits. Cependant elle ne parvint à faire jouer cette pièce que postérieurement et grâce au succès du Ballon. 2. Le Conte mongol, ou la Descente du ballon . comédie-féerie (on devine sur ce titre que c'est la bagatelle par laquelle elle débuta comme auteur et qui tira de la poudre des cartons le manuscrit son aîné); 3. les Apparences sont contre eus, farce, 1780 ; 4. le Souhait de la eeuce, farce, 1780; H. l'Enfant de la nature, comédie, 1788; 0. Minuit, comédie, 1788 ; 7. C'est comme cela, comédie, 1788; 8. l'Homme marié, comédie, 1780; 9. les Voisins, comédie, 1791; 10. Tout le monde a ses défauts, comédie, 1793; H. le Jour de la noce, comédie, 1794; 12. les Femmes dautre/ois et les Demoiselles d'aujourd'hui. 1797; 13. les VemW d'un amant. 1798; 14. le Sage d'Orient; lîî. Se marie-4-on. ne se marie-t-on pas/ 1H05. 2° Deux romans: 1. Simple histoire. Londres, 4 vol. in-12, 1791; 2. la Nature et l'Art, Londres, 1790, 2 vol. in-12. Ces deux ouvrages sont au nombre des plus jolies productions échappées à une plume féminine. Une grâce exquise , du naturel, de la délicatesse, l'art de peindre et de graduer soit les sentiments , soit le* passions , un style élégant, léger et clair, une morale pure et persuasive intimement fondue avec le récit, sont les qualités dominantes de ces charmantes compositions, véritables chefs-d'œuvre dans le genre tempéré. Simple histoire , surtout, répond complètement à son titre. Point d'emphase, point de catastrophes extraordinaires, point d'ambitieuses prétentions : les personnages semblent de ceux qu'on voit tous les jours dans le monde , et pourtant leurs portraits ne tardent point à captiver fortement. Les scènes sont arlistemcnt filées, le dialogue glisse avec fluidité, et au milieu de tout cela l'auteur s'efface si complètement qu'on ne songe à demander son nom que lorsqu'on est au bas de la dernière page du dernier feuillet , et qu'en apercevant le mot fin on dit déjà. Ces beautés se retrouvent, mais à un degré de perfection moindre, dans la Mature et l'Art, dont le sujet est moins heureux et l'exécution moins élégamment finie, mais qui peut-être décèle qucl-
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quvfois plus de maturité, plus de profondeur. Ces deux romans ont été traduits en français : Simple histoire, par Deschamps (avec Després, notre collaborateur), Paris, -I7ÏH , 4 part. in-8° ou 4 vol. in-18; par Léon de Wailly, Paris, 1842, in-12; et par un anonyme, Paris, 1819, in-8°; la Sature et l'Art, par Deschamps et Després, ibid., 1796, 1 vol. in-8° ou 2 vol. in-18. Il y a de ce dernier roman une traduction plus récente par M. Paqtiis, sous le titre de Henri et William, Paris, 1830, 2 vol. in-12. 3° Les trois recueils suivants: 1. Recueil de comédirt du théâtre anglais, avec préfaces biographique* et critiques , Londres , 1806-1809, 25 vol. in-12 ; 2. Recueil de far cet et autres petites pièces. 1808 , 7 vol. irrt2 et in-18 ; 3. Théâtre moderne, 1809, 10 vol. In-12'; 4° Vie et mémoires de mistriss Inchlald , 1821, in-8°. Cet ouvrage n'est point celui que l'auteur refusa de composer pour les libraires de Londres, celui dont elle brûla ou fit brûler le manuscrit avant sa mort; c'est une série de lettres confidentielles écrites à diverses personnes de sa famille. La lecture en est fort attachante ; et l'abandon , l'évidente sincérité de la plume qui court sur le papier sans s'occuper du public, captivent bien plus, instruisent bien mieux que tant de volumineux mémoires, où la fatuité , le mensonge et l'ineptie se disputent la palme. P— ot cl P — ht.
INCHOFER (IlELcmon), jésuite hongrois, né à Ginsin en 1581, s'appliqua d'abord à l'étude de la jurisprudence ; mais il l'abandonna pour les mathématiques et la théologie, et finit par solliciter son admission chez les jésuites. Il était à Home , où il avait été conduit par le désir de s'instruire; et aussitôt qu'il eut terminé son noviciat,. ses supérieurs l'envoyèrent à Messine, pour y enseigner les mathématiques, dont l'étude était fort négligée en cette ville, depuis la mort de Fr. Maurolico. Dans la vue de se rendre agréable aux habitants de Messine, il publia, en 1030, une dissertation sur la lettre qu'ils prétendent leur avoir été adressée par la Sle-Vierge. Cette pièce, qui montre l'excessive crédulité de l'auteur, fut déférée à la congrégation de l'Index, et Inchofer cité devant ce tribunal. Il se justifia facilement des reproches qu'on lui faisait; mais la dissertation demeura supprimée , et on ne lui permit de la reproduire qu'à condition d'en changer le titre, et de retrancher les passages qui seraient indiqués par un commissaire du tribunal. Inchofer passa encore deux années en Sicile, occupé à déchiffrer d'anciens manuscrits; et il revint ensuite à Rome, où il devait trouver des secours abondants pour l'exéculion du projet qu'il avait formé de publier le martyrologe romain avec des notes explicatives et des preuves. 11 fut détourné de ce travail par l'évéque d'Agria (George Jacosith), sur l'invitation duquel il se chargea d'écrire l'histoire ecclésiastique de Hongrie. Le premier volume de cet ouvrage resta plusieurs années, entre les mains des censeurs, avant qu'on put obtenir la permis-
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sion de l'imprimer. Dans l'intervalle , Inchofer avait eu une dispute assez vive avec Zacharie Pasqualigo, qui soutenait qu'il était permis de mutiler les enfants pour donner plus d'agrément à leur voix; et Inchofer. pour avoir réfuté les pitoyables arguments de son adversaire, s'était fait des ennemis de tous les musiciens. Le séjour de Rome lui devint donc insupportable; et il sollicita de ses supérieurs la direction d'un collège où il pourrait reprendre son travail sur le martyrologe ; on lui assigna celui de Macerala , d'où il passa quelques années après à Milan , afin de preudre connaissance des manuscrits de la bibliothèque Ambrosiennc , relatifs à son objet; mais il mourut dans cette ville, épuisé de fatigues, le 28 septembre 1648, à l'âge de 64 ans. Inchofer avait sans doute beaucoup d'érudition: mais il manquait de goùl et de critique ; et il n'a laissé aucun ouvrage digne de la réputation dont il a joui pendant sa vie. On citera de lui : 1° E/nstola B. Maria" Virginis ad Messanensrs veritas ctndtcaU ac erudite illustratu , Messine, 1629, in-fol., prrui i ère édition fort rare ; la seconde est intitulée De epistola lt. Maria? Virginis; et quoique imprimée à Home, elle porte l'indication de Viterbe, 1632, parce qu'on sentit qu'il serait inconvenant qu'un livre publié sans approbation parût l'avoir été sous les yeux mêmes de la censure. 2" Tractât us syl/rpticus , in qito quid de terra soluque uiottt ici stattoue secundum sacram Scripturom seutiestdum, etc., Home, 1633, in«4°. L'auteur y combat le Système de Copernic, qu'il ne pouvait piler à ses idées; mais il emploie les citation» plus que les raisonnements, lin passage d'une lettre d'IIoistenius à Peiresc, rapporte dans les Mi-moires de Niceroli (t. 35, p. 529), fait soupçonner Inchofer d'avoir été l'un des persécuteurs de Galilée. 3" Historia sacra latinitatis , hoc est de tariUtingua latitta mysteriis. Messine, 1655, io-i°; .Munich, 1638, in-8°. Cet ouvrage est plein de recherches curieuses; mais on y trouve entre antres idées singulières que les bienheureux s'entretiendront quelquefois en latin dans le ciel. 4" Annales ecclesiasttci regni H un g aria , Rome, 1(144, tu-fol . , t. 1er. Ce volume, qui est rare, est le seul qui ait paru; il ne va que jusqu'à l'jn 1059; il a été réimprime à Prcsbourg de 1 79.'» a 1797, en i volumes in-8°. 5"£>«? eunuclùsmo disstrtatio ad Léon. Allalium. Llle est imprimée dans les Sgmmicta d'Allatius, lib. 2, p. 397-113. 6° Quelques petits ouvrages contre Scioppius ; comme Inchofer craignait de se compromettre avec ce fougueux adversaire, il les publia sous le masque d'Eugenius Lavanda. H a laissé des mémoires sur le droit , l'histoire ecclésiastique , l'astronomie, etc. , indiqués dans les Apes urbasta d'AlUlius, et dans la Bibliothèque du P. Sotwel: mais c'est par erreur qu'où lui a attribué la ïlonarcuu des Solipses, satire virulente contre l'institut des jésuites. Son confrère, le P. Oudin, a démontré, par des raisons sans réplique, que cet ouvrage
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appartient à Jules-Clément Scotti, Go peut consulter, pour des détails, la Vie Incho/er, par le P. Oudin, dans le tome 35 des Mémoires de Niceron ; et le Dictionnaire de. Chaufepie' , où l'on a essayé de présenter quelques objections au P. Oudin touchant le véritable auteur de la Monarchie des Solipsos. VV— g.
INCLEDON (Charles), chanteur anglais, né dans le comté de Cornouailles yers 1704, était le (ils d'un médecin de campagne. Ne se sentant point de vocation pour la thérapeutique, il passa, dès l'âge de huit ans, à la cathédrale d'Exetcr comme choriste, sous le célèbre compositeur Jackson; mais il ne parait point qu'il en ait profité pourdevenir un habile contre-poin liste : c'est même tout au plus si, sortant de ses mains, il savait la musique par principes. Heureusement la nature l'avait bien doué i sa voix était juste , sonore, étendue. Avec de semblables qualités, on peut s'étonner qu'à quinze an» il se soit avisé de déserter la sacristie pour le tillac d'un navire, et de prendre service à bord du vaisseau le Formidable, qui Taisait voîle pour les Indes orientales. Cependant la beauté de sa voix, jointe a l'amabilité de son earactère, le lit connaître et bien recevoir de son capitaine, et par suite du commandant de la flotte, l'amiral Pigot, qui l'envoyait chercher souvent alin de chanter avec lui et l'amiral Hughes. I>e retour à Londres, ces braves marins lui donnèrent des lettres de recommandation pour Sherldan et pour Colman (1783) : elles ne lui servirent pas à grand'chose , car les deux su|>erbes directeur», plus difficiles à contenter, en fait de chant, que les deux amiraux, ^conduisirent le solliciteur, et incledon se rabattit sur le théâtre de Southampton : Collins l'admit volontiers parmi ses acteurs, après l'heureux début qu'il fit dans le rôle d'Al~ fonte du Château d'Andalousie. Il trouva ensuite un engagement pour Bath, et, dans cette ville de
CaUirs, de luxe et de bon ton , il devint un des roris du public : protégé par Rauzzini, qui l'introduisit dans les concerts, il y gagna des sommes assez rondes. A la (in de 1789, il passa au Yauxball, et, au mois d'octobre 1790, on lui permit de paraître sur les planches de Covent- Carden. Le succès qu'il obtint dans le rôle de Dermot du Pauvre soldat lui valut un engagement avantageux qui ne l'empêcha ni de courir les concerts spirituels et autres, ni de visiter pendant ses mois de congé l'Irlande, où jamais artiste chantant ne jouit d'une vogue plus éclatante, ni enfin de traverser l'Atlantique pour faire entendre aux oreilles anglo-américaines les sons qu'avaient tant admirés Dublin et Londres. Ce dernier voyage fut peu fructueux. A son retour en Angleterre, Incledon trouva les places prises à tous les théâtres, et, au lieu d'avoir la patience d'attendre qu'il s'ouvrit une porte pour lui, il se mit à parcourir la province, prenant le titre de mélodiste nomade, et chantant presque exclusivement des morceaux de sa composition. Il se proposait de
donner ainsi une série de eonoerts à Worcester, lorsque, au commencement de 1880, une affection paralytique le força de se mettre au lit; il n'en sortit plus, et quelques semaines après (11 février 1820) il cessa de vivre. Il avait été marié deux fois. Incledon fut quelque chose de plus que le Ponchard anglais. Son triomphe était la romance de salon : il la chantait avec méthode, âme et sûreté; mais sa voix limpide, légère et brilVante, avait quatorze cordes pleines sans le fausset, et, avec cette addition , y compris les note» de tête,' elle embrassait, à une note près, la triple octave. Du reste , il n'usait que sobrement de ces riches avantages, et les amateurs de chants simples et un peu nus le regardaient comme le dernier représentant du vrai chant anglais. P — ot.
INDARTE ( José-Rive»*) . poêle et journaliste argentin , naquit à Côrdova , capitale de la province de ce nom , aji moment de l'émancipation des colonies hispano-sud-américaines (1810). U figure parmi les adversaires les plus décidés et les plus redoutables du célèbre Rosas, alors gouverneur et capitaine général de Buenos-Ayres , ou, à parler vrai , chef suprême et absolu de la Confédération argentine. On assure que Indarte, vivement recommandé au gouverneur par le général Oribe, commença par servir la cause qu'il devait combattre plus tard avec une énergie fiévreuse. Il débuta dans la presse vers 183Ti, par un écrit intitulé Vœu de t Amérique (Voto de America), dans lequel il demandait très-sensément qu'on tentât d'établir des rapports diplomatiques et commerciaux avec l'Espagne, disposée depuis longtemps à sanctionner les faits accomplis , et à reconnaître l'indépendance de ses anciennes colonies. Ce plaidoyer, publié avec l'assentiment du gouvernement argentin (il est permis de le supposer), valut à l'auteur des critiques nombreuses et fort acerbes , de la part de ces politiques à outrance de tous les temps et de tous les pays, qui, le danger passé et la guerre terminée depuis dix ans, faisaient montre de leur patriotisme , et croyaient servir la cause nationale en prodiguant à leur ancienne métropole et à ses hommes d'État les plus grossières injures. L'ennemi futur du général Itosas répondit victorieusement à ses détracteurs ( Defensa deltoto de America . Buenos-Ayres , lmprenta argentin» , 183K ). Bientôt, d'imprudentes paroles, ou quelques expressions malsonnantes, le firent mettre en prison. Bendu à la liberté , Indarte s'embarqua pour l'Amérique du Nord ; il y apprit l'anglais, l'italien, et étudia avec ardeur l'histoire et l'économie politique. Il traita dans les journaux plusieurs questions fort importantes, celle de l'annexion du Texas entre autres, et quelques-uns de ses mémoires furent réimprimés à Madrid , par l'Imprimerie royale, sur l'ordre du gouvernement espagnol, lequel, sans doute, lui tenait compte de ses premiers écrits. Enfin , il reçut le titre de membre de la société abolilioniste des
États-Unis : en 1839 il revint dans la Plata.— • A cette e'poquc, la guerre civile avait revêtu, dans ces malheureuses contrées, d'effroyables proportions. La France était intervenue dans la lutte, et soutenait ouvertement les ennemis de Rosas, en protégeant Montevideo et en prêtant l'appui de son escadre au général Lavalle. Arrive à Montevideo, Indarte y prit la direction du journal el National . qu'il rédigea seul avec un incontestable talent; en même temps, il adressait une correspondance au Commertio , l'organe le plus important de la presse brésilienne. Mais ce travail de tous les jours ne suffisait pas à son activité dévorante. Bientôt, une publication hebdomadaire sort des presses du National, pour continuer, sous une forme dithyrambique et avec ce titre bien significatif {Tirteo), la guerre déclarée par Indarte au gouverneur de Uuenos-Ayres. Mais tous ces pamphlets devaient être effacés par celui-ci : Rosas et ses adversaires ( Rosas y sut oposiiores), Montevideo, 1843, 1 vol. in-8°. Nous ne saurions avoir l'intention d'analyser cette sanglante satire, qui, avec toutes les proportions d'un livre, n'aurait aujourd'hui qu'un intérêt presque nul pour nos lecteurs : nous dirons seulement qu'elle se terminait par la liste nécrologique des victimes du despote , qu'il intitula Tables de sang ( Tablas de sangre). Ce dernier chapitre, ces affreux détails, dont nous n'entendons pas garantir l'exactitude, soulevèrent la colère du gouverneur, qui répéta, dit-on, plusieurs fois ce souhait sinistre : « Personne ne me délivrera donc de cet homme (1)? » A cette œuvre de parti, écrite avec la violence de style qui lui était habituelle , Indarte ajouta cet appendice : Es action santa matar à Rosas (tuer Rosas est une action sainte). Le nouveau monde peut à bon droit, on en conviendra, railler la vieille Europe: il la dépasse dans l'ardeur de ses passions politiques et par l'énergie des expressions de sa polémique. Certes, dût-on remonter aux plus mauvais jours de nos révolutions, on aurait peine à rencontrer une haine aussi implacable, traduite dans un pareil langage. — Nous pourrions citer encore de nombreuses brochures de Rivera Indarte ( Demostracion de la legitimidad de la independentia de la republica del Paraguay; la Intervention anglo-francesa en el Rio de la Plata. etc.), sans épuiser la liste de ses productions. Mais son organisation ne tarda pas à succomber sous le poids de ce labeur et des vives émotions de cette lutte incessante, et bientôt il fut contraint d'aller chercher dans un repos complet et sous un ciel plus clément le rétablissement de ses forces épuisées. Il partit pour Dcsterro , capitale de la province brésilienne de Ste-Catherine, ▼ers le milieu de l'année I8i5, et y mourut, après une agonie de plusieurs mois; emporté par le poison, suivant les uns (Magarinos Cervantes,
(1) " ; Ao kabra nadie que me Itbre de ette h mire ! » [Etladia Kiitoricot , pntiticai y tocxalei iobrt et fH<> de la l'tala, P«t D.-A. Maeariii..» CcrvinU» , P»rU, l»4, p. 291.)
Estudios historieos , poUticos y sociales sobre el Rio de la Plata. p. 289); succombant, d'après l'opinion du plus grand nombre, aux atteintes d'une maladie chronique daj organes de la respiration. Rien n'autorise, en effet, à inscrire le nnm d'Indarte à la suite de ses fameuses Tables de sang. A. D — M — T.
INDIBILIS, prince des Inergètes, las du joug des Romains, s'unit à Mandonius, autre prince espagnol, et marcha contre les alliés de Rome; mais attaqué par Cneius Scipion, l'an 218 avant J.-C, il vit ses troupes, levées à la hâte, se disperser aussitôt. Indibilis et Mandonius se joignirent alors aux Carthaginois, qu'ils abandonnèrent ensuite pour embrasser le parti des Romains victorieux. Les premiers marchaient pour punir ces deux chefs de leur défection, lorsque Indibilis en donna promptement avis à Cneius Scipion, qui lui envoya un renfort considérable, avec lequel ce prince défit les Carthaginois en bataille rangée, l'an 215 avant J.-C. Deux années après, Publius Scipion étant assiégé dans son camp, le perfide Indibilis se ligua de nouveau avec les Carthaginois et leur amena 7,000 hommes. En vain PubJius sortit de ses retranchements pendant la nuit pour aller à sa rencontre et pour le combattre avant qu'il eut fait sa jonction : secouru à temps par la cavalerie numide et par les Carthaginois réunis, le prince espagnol fondit sur l'armée de Publius Scipion , qui périt dans le combat, 213 ans avant l'ère chrétienne. Pendant toute cette guerre, longtemps mêlée de succès et de revers, mais où Rome finit par triompher grâce à l'ascendant du jeune Scipion, Indibilis et Mandonius cherchèrent à usurper la domination de l'Espagne , trahissant tour à tour les deux partis. Apprenant que Scipion était tombé malade, ils firent des levées considérablesetattaquèrentlesalliésdeRome.Scipion, rétabli, marcha contre eux avec toute son armée. Ils levèrent aussitôt de nouvelles troupes pour se mettre en état de résister; mais, atteints dans un défilé par la cavalerie de Lélius , l'an 207 avant l'ère chrétienne, ils furent défaits, prirent la fuite, abandonnèrent tout leur bagage au vainqueur, et se sauvèrent accompagnés seulement de quelques soldats. N'ayant plus aucun espoir, Indibilis et Mandonius implorèrent la clémence de Scipion, qui, se laissant fléchir, n'exigea d'eux qu'une grosse somme d'argent et des otages pour les tenir dans le devoir. 13 — r.
INDORTËS, chef des Celtibériens, dans le voisinage de l'Elire, remplaça Istolalius, tué en bataille rangée contre Amilcar; et, ayant rassemblé à la hâte 50,000 hommes, ouvrit aussitôt la campagne , l'an 232 avant J.-C. Ses troupes peu aguerries n'osant se mesurer avec les Carthaginois victorieux, il se retira sur une hauteur et s'y retrancha; mais Amilcar força ses retranchements et lui fit 10,000 prisonniers. Indortès prit la fuite et tomba, peu de temps après, au pouvoir des Carthaginois, qui lui crevèrent les yeux et l'atta-