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prendre part, et Ragm'ld, sa femme, fit dans le même temps un pèlerinage à Jérusalem. Engagé dans une guerre avec Magnus aux pieds uu*. roi de Norvège, il remporta plusieurs avantages, et la paix fut conclue sous la médiation d'Eric U Bon, roi de Danemarck t un des articles du traité fut que Magnus épouserait Marguerite, fille d'ingon, qui reçut le surnom <Xe femme de paix. Apres avoir signalé son règne par plusieurs institutions utiles, Ingon mourut l'an 1112 ou 13. 11 eut pour successeur Philippe et Ingon , fila de son frère Halstan. Philippe mourut au bout de quelques années sans enfanta ■ et Ingon II , surnommé le Piettx, régna seul. Le christianisme continua de faire des progrès; on construisit plusieurs église» ; l'esclavage fut aboli peu à peu, et les cérémonie* du mariage furent réglées. Ingon II mourut l'an 1130, après avoir été empoisonné , selon le rapport de quelques historiens. C^au.
INGON I", roi de Norvège, 01s de Harald-Gille, régna d'abord avec ses frères Sigurd et Kystes. Ces deux princes ayant péri dans les discordes intestines, Ingon eut seul le pouvoir suprême, vers l'an 1137 ; mais il fut bientôt assailli par un parti puissant que lui opposa son neveu Haquin aux larges épiuki. Abandonné de la fortune, Ingon perdit le sceptre et la vie l'an 1161. En événement remarquable eut lieu pendant que ce prince partageait le pouvoir avec se» deux frères. L'an li.v-i, le pape Eugène 111 lit partir pour U Norvège, en qualité de légat, le cardinal Nicolas Brekespear, Anglais de naissance, et depuis élevé sur le siège pontifical sous le nom d'Adrien IV. La mission du cardinal avait pour but d'établir un primat en Norvège , et de créer un siège métropolitain. A son arrivée il trouva le royaume livré aux trouble* , et gouverné par des prince* incapable* d'y rétablir la paix. Il imposa des pénitences à Sigurd et à Eysten , et se déclara pour Ingon. Ensuite il s'occupa de remplir plus directement sa mission. L'évêché de Drontbeim fut érigé en archevêché métropolitain , dont tous les évéques Ou pays devaien t relever , ainsi que ceux d'Islande, de Groenland, et des lies écossaises qui étaient alors soumises à la couronne de Norvège. Comblé de présenta et d'honneurs, le cardinal Nicolas partit de Norvège pour se rendre en Suède. Il voulut également établir un primat dans ce royaume ; mais il ne put réunir les opinions des habitants de la Suède proprement dite et de la Gothie sur le lieu de la résidence , et il fallut remettre la décision à un autre moment. Le premier archevêque de Norvège fut Jean Bigeesoo. C'est à peu près depuis cette époque que tes rois de Norvège furent couronnés dans la cathédrale de Drontbeim, cette cérémonie ayant été introduite sous le règne de Magnus Frlingsoa, qui parvint au trône immédiatement après la mort d'Ingon 1". — Ikgom 11 monta sur le trône de Norvège vers l'an 1206, et mourut en 1217. Il régna au milieu des troubles et des discorde*
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auxquels donnèrent lieu les prétentions de plusieurs priuces qui étaient ou qui se disaient issus de la famille royale. Ces temps de désordre et d'anarchie, qui avaient duré près d'un siècle, se terminèrent enfin à la mort d'ingon II, par l'élection solennelle et unanime de Haquin IV (ou V), surnommé le Vieux. G— au.
INGONDE. Voyez ! Ikhm£nigilde.
INGOUF (François-Robert), graveur, né à Paris en 1747, étudia sous la direction de J.-Jacques Flipart. Si le maître consacra tous ses soins à son élève, celui-ci lui en conserva toute sa vie la plus tendre reconnaissance. Quoique naturellement studieux , Ingouf fut longtemps à se faire un nom ; enfin ses succès, quoique tardifs, surpassèrent ses espérances. Ses estampes du Retour du laboureur et de la Liberté du braconnier, d'après Bénazecb , annoncèrent de grandes dispositions ; mais celles des Canadiens, d'après Lebarbier, fixèrent sa réputation, augmentée encore par les deux Nativité, qu'il a gravées pour le recueil du muséum de Laurent, d'après Raphaël et Ribera. Cet artiste a gravé aussi beaucoup d'autres sujets pour le voyage de M. Cassas et pour celui d'Egypte, ainsi qu'un grand nombre de portraits et de vignettes pour la librairie. Ses estampes, en général , ont de la couleur. Il a su répandre dans ses travaux une grande variété, et s'est attaché surtout à faire distinguer, autant que la seule combinaison du noir et du blanc et la variété des hachures peuvent le permettre, la différente nature , et même le ton de chaque objet. Quoique ce soit le véritable but que doive se proposer le graveur, cependant il faut qu'il prenne garde d'outre-passer les vraies limites de son art , de crainte de tomber dans la manière ; c'est peut-être ce qu'on pourrait reprocher àlngouf. Cet artiste est mort à Paris le 18 juin 1812. — Son frère, P.-Ch. Ingouf, aussi graveur et élève de Flipart, né à Paris en 1746, a gravé différentes estampes d'après Greuze et d'autres maîtres français: il est mort à la fin du siècle dernier. P— g.
INGRAND (François-Pierre), conventionnel, né à Lsseault (dép. de la Vienne) le 9 novembre 1756, dans une famille de protestants restée sans fortune depuis la révocation de l'édit de Nantes, était un fort mince avocat avant la révolution. Il s'en déclara très-chaud partisan , et fut nommé en 1790 l'un des administrateurs du département de la Vienne, puis député à l'assemblée législative» où sa seule motion fut en faveur de quelques insurgés qui avaient excité une émeute dans le département du Cher. 11 fit, pu leur ignorance et la pureté de leurs intentions, suspendre le procès commencé contre eux. Réélu député à la convention nationale par le même département, ingrand fut, en janvier 1793, nommé membre du comité de sûreté générale, en même temps que Bazire et Chabot. Il se trouvait en fonctions lors du procès de Louis XVI, et vota la mort, contre l'appel au peuple et contre le sursis à l'exécution.
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11 fat ensuite envoyé dans les départements de la Vienne et de la Vendée. Ce fut lui qui provoqua rétablissement d'un tribunal révolutionnaire à Poitiers, et il remplit les prisons de cette ville de malheureux qui périrent peu de temps après. Quoique l'un des commissaires à l'armée de l'Ouest, il faisait encore quelques apparitions à Poitiers pour y maintenir, disait-il, l'esprit public. Thibaudeau, dont Ingrand avait fait arrêter le père, publia, après la chute de la montagne, une brochure où étaient retracées avec la plus grande force sa conduite et celle de son collègue Piorry. Dans le procèsMe Carrier, Ingrand déclara « que « ce n'était qu'avec douleur qu'il votait l'accu- « satioo contre lui , parce qu'il était loin d'accu- « scr ses intentions. » Devenu membre du conseil des cinq-cents, il en sortit en 1797. Il occupa ensuite une place d'inspecteur forestier, d'abord à Ueauvais, ensuite à Château-Thierry. L'inspecteur n'avait rien conservé de la révolutionnaire énergie du conventionnel. Sa conduite était régulière et sans reproche : il cherchait même à rendre service, et l'on n'aurait jamais • imaginé retrouver dans le paisible forestier le terrible proconsul de la Vendée. 11 avait alors placé trente à quarante mille francs chez un banquier, qui fit banqueroute. Exilé comme régicide en 1816, et à peu près sans ressources, il se rendit dans la Belgique, où il vécut très-malheureux pendant plusieurs années. Revenu en France après la révolution de juillet 1830 , il mourut à Paris le 21 juillet 1831. B— v et M — d j.
INGRASSIAS (Jean-Philippe) naquit à Palerme au commencement du 16* siècle. 11 étudia la médecine à Padoue, et y prit le bonnet de docteur en 1537. Sa renommée se répandit bientôt dans toute l'Italie, et il s'établit à Naples, où il professa la médecine et l'analomie avec un grand succès. Ses remarques anatomiques sur Galien brillent par la justesse de ses expositions sur les os. Il parait être le premier qui ait parlé de l'étrier, petit os de l'oreille interne. Les anatomistes les plus célèbres de ce temps-là ont eu la même prétention ; mais Fallope , moins avide de gloire qu'ami de la vérité, te dépouilla du mérite de la découverte qu'il croyait lui-même avoir faite , pour la restituer à Ingrassias. Nommé en 1563 proto-médecin de la Sicile et des Iles adjacentes par Philippe II, roi d'Espagne , il profita des pouvoirs attachés à cet emploi pour rétablir l'ordre dans la principale branche de la médecine, en éloignant de la pratique ceux qui manquaient de capacité. En 1575 il délivra la ville de Palerme de la peste , et mérita le titre glorieux d'Hippocrate sicilien , que toute la ville lui décerna. Ce médecin, aussi savant que désintéressé, mourut à Palerme le 6 novembre 1580 , à l'âge de 70 ans. 11 a laissé sur son art onze ouvrages dont les plus estimés ont pour titre : Veterinaria medicina, Venise, 1568, et Cotnmentaria de ossibus, Messine, 1603, in- M. I) — v — l.
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INGS (Jacques) (ut un des principaux complices d'Arthur Thisllewood , qui, en 1820, sous l'influence et peut-être par l'instigation des coryphées du radicalisme , conspira la mort des ministres et le renversement du gouvernement anglais, Ings était boucher : son caractère sanguinaire , son audace désespérée le rendaient merveilleusement propre à l'entreprise hasardeuse qu'il combinait. 11 disputait à Thistlewood et à Brunt l'honneur de porter les premiers coups. Probablement c'est lui qui serait venu avec Thistlewood remettre à lord Harrowby la prétendue dépèche qui eut ouvert aux conspirateurs la salle à manger du ministre. C'est lui du moins qui se chargeait de couper les unes après les autres les têtes des quatorze membres du cabinet , une fois qu'ils auraient été tués, et principalement celles de Casllereagh et de lord Sidmouth, qui, placées an bout d'une. pique, auraient servi d'étendard aux révolutionnaires pour marcher sur la banque. Le soir même où le complot devait éclater, les ministres , instruits de tout , faisaient arrêter en route beaucoup de complices secondaires de l'attentat, et une vingtaine à peu près de conspirateurs se trouva au rendez-vous de Cato-Street : effrayés de se voir en si petit nombre, la plupart opinaient pour se retirer et remettre la partie à d'autres temps : Ings se déclara formellement avec Brunt et Thistlewood contre un ajournement où il ne voyait que pusillanimité et péril : son intrépidité ranima les plus timides, qui, d'ailleurs, le sachant si prompt à manier le couperet, ne se sentaient point en sûreté s'ils lui résistaient. Après avoir ainsi contribué à relever le courage des conjurés, il signa comme secrétaire la courte proclamation de Thistlewood, et il se préparait à le suivre au dehors, lorsque les officiers de police parurent : il se défendit comme ses compagnons à coups de sabre et de pistolet, mais moins heureux que Brunt et Thisllewood, qui parvinrent à s'échapper pour quelque temps, il fut saisi après une résistance opiniâtre (23 février 1820). lieux mois plus tard il était en jugement pour crime de haute trahison devant le tribunal d'Old-Bailey, conjointement avec les autres chefs ou grands agents de la conspiration, sans en excepter Thistlewood et Brunt, que des traîtres avaient livrés. Sa cause n'était pas soutenable, tant les charges tle tout genre s'amoncelaient sur sa tête. Son défenseur cependant mit de la chaleur à contredire les écrasants témoignages qui vouaient son client à la mort, et il réussit principalement sur un nommé Adams, celui de tous dont la déposition était la plus précise, la plus fatale ; Adams, au contre-interrogatoire, hésita, se troubla et se mit plusieurs fois en contradiction avec lui-même. Ces variations au reste laissaient toujours les charges principales hors de doute, et Ings eut beau vociférer qu'il se reconnaissait coupable d'avoir voulu assassiner les ministres , mais que ce n'était pas là un crime de haute trahison, il
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ne put éviter la punition de son crime. Le 28 avril, après dix jours de débats , la sentence de mort fut prononcée contre Thistlewood, ings, Brunt, Tidd, Davidson et six de leurs complices ; puis, sur le rapport des procédures , le conseil privé, en présence du roi, du ministre et des juges, décida que le supplice des quatre premiers aurait lieu presque immédiatement (trois jours après), et qu'il serait sursis à celui des six autres. Ings, bien que malade au point qu'on crut à propos de le débarrasser de ses fers, était loin d'être abattu : il ne cessait d'encourager ses compagnons d'infortune et de leur répéter qu'une émeute populaire les délivrerait, fussent-ils au pied de la potence. Ces propos ne servirent qu'à redoubler la vigilance et les précautions de l'autorité, qui, le jour de l'exécution (12 mai), échelonna de nombreux détachements de la garde royale et sept cents constables aux environs du lieu de supplice, et déploya en avant du pont de Black- Friars huit pièces de canon. Ings en s'avançant vers l'écbafaud ne cessa de braver ses bourreaux et ses juges par une gaieté féroce, chantant sans cesse « la liberté ou la mort ! » et raillant sur sa dévotion de fraîche date Tidd , qui seul avait reçu les consolations de la religion. Il fut pendu le troisième : les cinq exécutions finies , il eut aussi la tête séparée du tronc. L'immense foule qui encombrait la place poussait à chaque décollation un hourra de rage, et c'est alors que, sans l'altitude imposante tle la police et des soldats, aurait éclaté trop tard sans doute pour empêcher leur mort , mais assez tôt pour la venger , la révolte radicale promise si fermement par Ings. P— ot.
INGLTMBERT (Josem-Dominiqde d ), né à Carpenlras, le 24 août 1683, d'une famille originaire de Vienne en Autriche, dont un des membres vint s'établir à Aix au H- siècle, avait à peine achevé ses études, qu'il embrassa l'étal religieux. 11 entra dans l'ordre des Dominicains , puis vint achever ses études théologiques à Paris sous le célèbre Noèl Alexandre : il y soutint, en 1709, sous la présidence de l'évêque de Fréjus (depuis cardinal de Fleury), une thèse qu'il dédia au cardinal d'Lstrées. 11 voulut se consacrer aux missions étrangères , et alla même à la Rochelle , où il sollicita vainement pendant plusieurs mois un ordre de départ; il lui fallut donc revenir à Paris, et il abandonna son projet , sur les observations qu'on lui lit que sa santé ne lui permettait pas de supporter les fatigues des missionnaires. Quelques affaires l'ayant appelé à Home, il revenait en France, lorsqu'à son passage à Florence, il argumenta avectant de subtilité sur une question de physique , que le grand-duc dôme 111 lui donna sur-le-champ une chaire de théologie dogmatique à Pise. Peu après, la mort subite d'un de ses amis l'affecta si fortement, qu'il renonça au monde, et se retira dans l'abbaye de Buon-Solazio. Ce fut alors qu'il prit le nom de UaùtcMù, qu'il a toujours porté depuis. Mais les honneurs cl les cota-
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missions vinrent le chercher dans sa retraite; il avait eu des relations arec les cardinaux Albanl et L. Corsini. Ce dernier, qui l'avait déjà choisi pour son théologien et pour son bibliothécaire, étant devenu pape sous le nom de Clément XII, le créa consul leur du St-flflïce, prélat domestique, et, en 1731, archevêque de Théodosie. Inguimbert était l'intime ami du pape, admis dans sa plus grande familiarité, consulté sur toutes les affaires. Une intrigue de cour vint changer sa situation : sous prétexte d'améliorer son bien-être , d'augmenter son revenu , on persuada à Clément XII de le nommer à l'évêché de Carpentras ; le souverain pontife n'aperçut pas le piège , et y donna. Vainement offrit-il à son ami des dispenses de résidence ; Inguimbert , plus canoniste que le pape, résista à ses instances, et se rendit en 1735 dans son diocèse , où il mourut le 6 septembre 1757; il ne s'en était absenté qu'une fois en 1750, pour se conformer à l'usage qui voulait que tous les dix ans chaque évêque des États «lu pape allât à Rome visiter le tombeau des saints apôtres. Le pape Benoit XIV désirait l'y retenir au moins six mois; l'évêque partit après un séjour de six semaines. Sa mémoire est encore présente et sera toujours chère à son diocèse; non-seulement il donna à la ville de Carpentras sa bibliothèque , composée de vingt-cinq mille volumes, et enrichie de curiosités de tous les genres, avec un fonds de (50,000 fr. pour son augmentation et l'entretien d'un bibliothécaire; il fit encore construire l'hôpital magnifique de cette ville. Inguimbert avait, de son vivant, une telle réputation , que dès 1735 on en parlait avec le plus grand éloge dans le Supplément au Moréri (art. Buon-Solaixo). Il est éditeur, traducteur ou auteur d'un grand nombre d'ouvrages , dont les principaux sont : 1° YHittoire de l'abbaye de Seltimo, par Baccetti, en latin (voy. Raccetti) ; &OEuvres de Barthélemy-des-Mortyrs (voy. Barthélemydes-Martyrs). Cette édition , où l'éditeur avait réuni plusieurs pièces qu'il avait trouvées dans la bibliothèque du Vatican , fut dédiée au roi de Portugal , qui en fut si content qu'il fit remettre à Jnguimbert une cassette pleine de lingots d'or. Inguimbert crut devoir faire hommage de cette cassette au pape, qui lui dit que, puisque le roi de Portugal avait fourni la matière , il voulait se charger de la façon. Les lingots furent portés à la monnaie, réduits en sequins et remis à dom Malachie. 3° Genuinus eharacter R. P. b. Armandi Honnis Buttilieri Rancai . Rome, 1718, in-t°; 4° Spécimen catholicœ veritatù, Pistoie , 1722, in- 4°, etc. Feu Maxime de Pazzis a fait imprimer un Éloge en forme de notice historique dt Malachie d'/nguimbert, Carpentras, an 13(1805), in-8°. M. Hyacinthe Olivier Vitalis a donné une Notice historique sur la rie de Malachie d Inguimbert, Carpentras, 1812, in-4°, avec un très-beau portrait. A. B — t.
INGULFE, ancien historien anglais, naquit à Londres en 1030. Son père, qui était attaché à la
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cour d'Edouard le Confesseur, l'introduisit auprès de la reine Fditha , avec laquelle Ingulfe eut de fréquents entretiens. Il vint en 1051 en Norman* die , où le duc Guillaume le prit pour son secrétaire; il accompagna en 1004 quelques seigneurs dans un pèlerinage à la terre sainte, et, à son retour, entra dans le monastère bénédictin de Fontenelle en Normandie, où il fut bientôt après élu prieur. En 1076, Guillaume, devenu roi d'Angleterre, l'appela auprès de lui et le nomma abbé de Croyland, dans le Lincolnshire. Ingulfe rebâtit ce monastère, qui avait été brûlé par les Danois en 870, et réparé par le pieux abbé Turketil en 046; il obtint pour sa maison divers privilèges, et en écrivit l'histoire sous ce titre: Historia monasterii Croylandensit , ab anno 664 ad 1091. Cette chronique a été imprimée dans les Quinque scriptores, par sir IL Saville, Londres, 1396, in-fol., et séparément à Francfort en 1601 , et à Oxford en 1684, dans le premier volume des Berum Anglicarum scriptores, in-fol. Cette édition est la plus complète. Ingulfe mourut en 1109. L.
INIGO (Jean Collet, plus connu sous le nom d'), soit qu'il fût d'une famille originaire d'Espagne, soit qu'il eût pris ce nom lors d'un voyage qu'il aurait fait dans ce pays, naquit en Angleterre vers 1728. Les biographes anglais ne donnent aucun détail sur la vie de cet artiste : l'Angleterre compte cependant peu de graveurs d'un génie plus original. On regrette, en voyant les ouvrages d'Inigo, qu'il n'ait pas eu pour son art un amour égal aux talents qu'il avait reçus de la nature , pour se placer au rang des premiers graveurs de son pays. Ilogarth lui-même eût trouvé dans Inigo un rival digne de lui être comparé. La gravure représentant Antiquarian tmelling ta the ehamberpot of queen Boadicea est comparable à tout ce que le premier a fait de plus piquant. Notre Callot n'a rien dans son œuvre de plus plaisamment pensé que cette estampe : les intentions les plus comiques y sont rendues avec une originalité tout à fait remarquable ; elle suffit pour donner la mesure de l'esprit de son auteur ; il a imprimé à cette composition, de même qu à celle qu'il a intitulée il monkey pointing to a very darh picture of Moses Hricking the rock, le caractère le plus comique. Il serait curieux de savoir par quels motifs un homme qui avait pour la gravure une vocation si prononcée ne l'a pas cultivée avec plus de constance. Comment se fait-il qu'on ne connaisse de lui que les deux estampes que nous venons d'indiquer? Il estétonnant que Struttt qui a donué sur les graveurs anglais des renseignements si précieux, que Walpole, qui a écrit avec tant de détails sur les artistes de son pays, n'aient pas fait des recherches sur les causes qui ont empêche Collet de laisser un plus grand nombre d'ouvrages. Les biographes anglais nous apprennent seulement qu'il mourut à Londres en 1780, sans nous dire à quoi il avait employé son | temps pendant les cinquante ans qu'il vécut. A-s.
INNÉS (Louis), issu d'une famille noble d'Écosse, fut amené jeune en France , où il fit ses études théologiques et reçut les ordres sacrés. Il était principal du collège des Écossais à Paris lorsque Jacques 11 vint demander un asile à Louis XIV. Le monarque détrôné nomma Innés secrétaire d'État pour les affaires d'Écosse , et aumônier de la reine, sa femme. On sait que, peu de temps avant sa mort , Jacques II déposa au collège des Écossais ses Mémoires autographes et sa correspondance, formant un grand nombre de volumes; et que ces précieux manuscrits, n'ayant pu être transportés en Angleterre à l'époque de la révolution française , furent brûlés par les personnes qui les avaient reçus et qui craignirent de se compromettre en les conservant. Cependant il en existe un abrégé en quatre volumes que possédait le fils de Jacques II , et qui passa ensuite dans les mains de Georges IV. Barbier (Examen crit. des Dict., p. 463) présume que L. Innés a rédigé cet extrait des manuscrits, travail que d'autres attribuent à Charles Drjden ou à Macpherson. Louis Innés mourut vers le milieu du 18e siècle. — Innés (Thomas), frère du précédent, naquit en 1662, et vint aussi en France dès sa jeunesse; il étudia au collège de Navarre, à Paris, et, après avoir été ordonné prêtre, repassa comme missionnaire en Angleterre. Son frère , l'ayant rappelé auprès de lui , le choisit pour successeur et le fit nommer principal du collège des Écossais. Thomas demanda à Santeuil des hymnes en l'honneur des apôtres de l'Angleterre ; mais ses liaisons avec les écrivains de Port-Royal l'ayant fait accuser de jansénisme, il perdit sa principauté, dans laquelle cependant il fut réintégré à la recommandation de Jacques IL Thomas Innés mourut à Paris le 9 février 1744. On a de lui , en anglais : Essai critique sur Us anciens habitants des parties septentrionales de la Grande-Bretagne ou d'Ecosse, contenant Fhistoire des Romains et des Bretons qui ont habité le pays compris entre les deux murailles, dont l'une fut construite par Lollius Urbicus au nord, et l'autre par f empereur Sévère , Londres, 4749, 2 vol. in-8°. L'auteur y réfute les assertions contenues dans la Chronique de Fordun . toxj. ce nom) sur les antiquités d'Écosse. Le Journal des Savants de 1764 rendit un compte détaillé de l'ouvrage de Th. Innés. P — rt.
INNOCENT I«" (Saint), élu pape en mai 402, était originaire d'Albano, cl ses vertus le firent juger digne de succéder à St-Anastase. L'empire d'Occident était gouverné par lionorius; l'Église d'Afrique était divisée par la secte des donatistes. C'était le beau temps des Chrysostome , des Jérôme et des Augustin. Sl-lnnocent fut toujours lié d'intérêt et d'opinion avec ces grands et saints personnages. Il employa tout son crédit auprès d'Ilonorius pour obtenir des lois sévères contre les donatistes, et fut assez heureux pour y réussir. L'irruption des Goths, sous la conduite d'Alaric, amena d'autres événements auxquels le pontife
dut prendre part. Le chef des barbares vint, avec toutes ses forces, menacer la capitale du monde chrétien. Tout ce qu'il y avait de fidèles dans l'enceinte de la ville et tout ce qui restait d'idolâtres eurent recours au ciel pour détourner ce terrible fléau. Les chrétiens firent des prières publiques, et les païens voulurent offrir en secret des sacrifices à leurs faux dieux; l'historien Zosime prétend que St-Innocent y consentit. Ce qu'il y a de plus sûr, c'est qu'on apaisa l'ennemi à force de présents, et que l'on fondit les idoles pour compléter le prix de la rançon. St-Innocent quitta Rome pour aller trouver lionorius à Ravenne, et l'engagea à traiter définitivement de la paix avec Alaric. Une imprudence du préfet du prétoire, Jovius, fit rompre les négociations : le barbare reprit les hostilités, et obligea de choisir pour empereur Attale, préfet de la ville. Les vœux, les soins d'Innocent furent inutiles. Alaric, qui s'était éloigné un moment vers les Alpes, retourna sur Rome pour la troisième fois, la prit et la livra au pillage. Le pape ne fut pas témoin de celte catastrophe : il était encore retenu en ce moment près de l'empereur; il revinl et ne trouva que des ruines. On le reçut comme un ange consolateur. Il ne s'occupa plus, dès lors, qu'à faire fleurir la religion. Il condamna les erreurs de Pélage, que déjà St-Augustin et St-Jérôme avaient combattues avec tant d'éloquence. Ses Décrétâtes et ses Lettres, qui ont été recueillies avec soin, eurent pour objet l'établissement du dogme sur la tradition et l'Écriture, relativement surtout aux sacrements de la confirmation et de l'extrêmeonction , ainsi que plusieurs points de discipline. Sl-lnnocent mourut le 12 mars 417, après «voir tenu le saint-siége environ quinze ans. Il avait eu pour principe dans son administration de ne point changer les ministres de son prédécesseur. « Les nouveaux venus, disait-il, ne font que gâter « les affaires avant de les entendre. » L'Église honore sa mémoire le 28 juillet. 11 eut pour successeur Zosime. D — s.
INNOCENT II fut élu pape le 14 février 1130, au moment même de la mort d'Ilonorius 11 , aumiel il succéda. Cette précipitation, dont le motif tri s-louable était de prévenir toute espèce de brigue et de cabale, fut précisément ce qui déertdita la mesure en elle-même ; car tous les cardinaux étaient convenus ensemble de faire l'élection à un certain jour fixe, dans l'église de St-Marc, et celle d'Innocent 11 venait de se faire subitement au palais de Latran, sans qu'on eût réuni la totalité des cardinaux. Ce fut, à la vérité, la plut grande partie qui nomma Innocent II : l'autre choisit Pierre de Léon, à St-Marc, comme on en était d'abord convenu, et c'est ainsi que le schisme s'établit (voy. l'article de l'antipape Anaclet). Le pape Innocent II s'appelait Grégoire, cardinal de St-Ange, avait été d'abord moine de St-Jean de Latran , puis abbé d'un monastère de St-Nicolas. Urbain II, après l'avoir fait cardinal-diacre, l'avait
envoyé légat en France avec Pierre de Léon, celui qui «fiait maintenant son compétiteur et son rival déclaré. Anaclet,qui était le plus fort dans Home * par ses richesses et son crédit, obligea Innocent de se retirer dans les maisons fortifiées des Frangipane , et bientôt à sortir de Rome. Anaclet fut reconnu par le duc de Calabre , auquel il avait marié sa sœur; mais le roi Lotbaire, ceux d'Espagne et d'Angleterre, et celui de France surtout, M déclarèrent pour Innocent H. Le pape, après s'être d'abord réfugié à Pise, trouva un asile auprès de Louis le Gros, qui indiqua un concile à Êtampes.où la question serait examinée. St-Bernard fut appelé pour y donner son avis, et se déclara pour Innocent IL II convenait que l'élection pouvait présenter quelques irrégularités; mais il soutenait qu'on n'en avait pas pu faire une autre avant d'avoir prononcé sur la nullitédc la première. Ce fut à Cluni que le pape et les cardinaux de son parti reçurent d'abord l'hospitalité et les honneurs qui leur étaient destinés. Aussitôt que le pape quitta Cluni, le roi de France, accompagné de la reine et des princes ses enfants, vint à sa rencontre jusqu'à St-Benolt-sur-Loire, se prosterna à ses pieds et lui offrit ses services, à lui et à l'Église. De là , Innocent visita plusieurs monastères île France, et fut accueilli à St-Denis par le fameux abbé Suger, qui alla au-devant de lui en procession avec son chapitre , et lui prodigua les plus grandes marques de vénération. Le pape y lit une entrée magnifique, ayant sur la tête une tiare brodée, ornée d'un cercle d'or , et monté sur un cheval blanc que les barons vassaux de l'abbaye tenaient par la bride. Les juifs mêmes étaient venus de Paris pour prendre part à cette cérémonie. Us présentèrent au pape le livre de la loi en rouleau, couvert d'un superbe voile : ■ Plaise au « Tout-Puissant, leur dit le pape, d'ôter le voile « de vos cœurs! » Le pape célébra la Paque à St-Denis; après la messe, on servit au pape un dîner où l'on mangea d'abord un agneau , en se couchant à la mode des anciens; le reste du repas se fit suivant l'usage du temps. La réception fut plus modeste et plus simple à Clairvaux : une croix de bois, des moines vêtus pauvrement, des cloîtres dénués de tout ornement, un repas frugal où l'on servit du pain bis, des légumes, des herbes, et à peine quelques petits poissons pour le pape, tel fut l'accueil que le vicaire de Jésus-Christ reçut dans l'asile de St-Bernard. Le spectacle de ces austérités religieuses n'en fut pas moins touchant et du plus grand effet sur l'esprit des peuples. Quelque temps auparavant, le pape était passé en Lorraine , puis à Liège , où le roi Lotbaire se trouva, avec la reine son épouse, pour le recevoir et le faire reconnaître dans une assemblée solennelle d'évéques et de seigneurs qu'il avait convoquée. Ce prince s'avança à pied dans la place devant l'église cathédrale, tenant d'une main une verge pour écarter la multitude, et de l'autre la bride du cheval blanc que le pape montait. l,o-
thaire voulut profiter de la circonstance pour se faire rendre les investitures; mais St-Bernard, qui était présent , s'y opposa fortement et tira le pape de cette fâcheuse perplexité. A son retour en France (1131), Innocent II tint un concile à Reims, où il sacra le jeune Louis, fils de Louis le Gros. Cependant la présence du pontife, qui ne tirait aucun secours de Rome, était onéreuse aux peuples obligés de le défrayer, ainsi que sa nombreuse suite : il fallut donc songer aux moyens de retourner en Italie. Le roi Lotbaire voulut le conduire et le protéger, et reçut de sa main la couronne impériale dans l'église de Latran, celle de St-Pierre étant encore dans les mains de Pierre de Léon. Cet antipape, déjà excommunié, le fut encore dans nn concile tenu à Pise (1134), où St- Bernard assista pour achever son ouvrage m mettre le sceau à la légitimité de l'élection d'Innocent IL Cependant le schisme divisait toujours l'Italie : plusieursévéques nommés par Pierre de Léon, ainsi que le roi de Sicile, tenaient pour l'antipape. Lotbaire repassa les Alpes (1137) et vint avec une armée nombreuse appuyer le parti d'Innocent. L'infatigable abbé de Clairvaux déploya encore en cette occasion toute l'ardeur de son zèle , et réussit à ramener beaucoup de dissidents. Lothaire, après avoir, de son côté, obtenu des succès contre Roger, mourut près de Trente, en retournant en Allemagne. Cet événement releva les espérances des partisans de Pierre de Léon. St-Bernard, appelé de nouveau par Innocent II , négociait avec le roi de Sicile , lorsque la mort de l'antipape , arrivée au commencement de l'année 1138, vint aplanir les plus grandes difficultés. Cependant les dissidents élurent encore un autre intrus, qui prit le nom de Victor et qui portait auparavant celui de cardinal Grégoire; mais ils ne prirent cette mesure que pour gagner du temps et tâcher d'obtenir des conditions plus favorables. Le prétendu Victor vint trouver St-Bernard , qui reçut son abdication et le mena aux pieds du pape. Ainsi finît le schisme, le 29 mai 1138. Dès lors Innocent reprit toute son autorité dans Rome. Il répara tous les désordres commis pendant l'usurpation , tint un concile dans le palais de Latran, où se trouvèrent mille évéques. On y appela tous ceux qui avaient été illégalement ordonnés. Le pape leur reprocha leur faute avec indignation et leur arracha leur crosse , leur anneau et leur pâllium. St- Bernard n'approuva point ces excès de rigueur, surtout envers Pierre de Pise, à qui l'on avait déjà pardonné (Hitt. ecel. de Fleury). Cependant Roger, qui avait été excommunié dans ce même concile, se tint en état de guerre et porta ses armes dans la Pouille, dont toutesles villes se rendirent à lui. Le pape rassembla promptement toutes les troupes qui se trouvèrent sous sa main, et marcha contre Roger. On négocia ; mais , dans l'intervalle des pourparlers, le fils du roi de Sicile se porta sur les derrières de l'armée pontificale, surprit le pape et l'amena prisonnier à son père.
Roger envoya ver» son captif des députés qui le traitèrent arec toute sorte d'égards et de respects. Innocent, se voyant ainsi trahi parla fortune , consentit à la paix. Les principaux articles furent que le pape accorderait à Roger le royaume de Sicile, à l'un de ses fils le duché de la Pouille, et à l'autre la principauté de Capoue. Après la signature du traité (1139), Roger et ses fils vinrent trouver le pape , se jetèrent à ses pieds , lui demandèrent pardon et le laissèrent retourner à Rome. Ce fut a cette époque environ que la condamnation des erreurs d'Abailard et d'Arnaud de Bresse, son disciple, occupa les soins d'Innocent 11, qui fut si puissamment secondé par l'éloquence et l'activité de St-Oernard. Un événement d'une autre nature causa une vive dissension entre le roi de France et le pape. Après la mort d'Albéric, archevêque de Bourges, le pape lui avait donne pour successeur Pierre de la Châtre. Louis le Jeune , irrité de ce que le pape avait fait celte nomination sans son consentement, jura qu'elle n'aurait jamais d'effet, et empêcha le nouvel élu d'entrer dans la ville. Pierre alla se plaindre à Rome, et le pape, en disant qu'il fallait corriger ce jeune prince, jeta l'interdit sur toutes les terres de son obéissance dont l'archevêque était exclu ; mais Thibaud, comte de Champagne, qui possédait de grands fiefs en Berriy, prit Pierre sous sa protection et le fit reconnaître dans les églises de ses domaines. Louis le Jeune se détermina alors à porter la guerre en Champagne , et ce fut dans cette occasion que la ville de Vitry fut brûlée avec une grande partie de ses habitants. Ce fut encore St-Bernard qui s'interposa pour apaiser ce différend, quoiqu'il parût avoir déjà perdu un peu de son crédit auprès du pape, sans doute pour avoir été trop utile. Ces événements se passaient en 1142. L'année suivante, le pape fit la guerre aux Tiburtins, qu'il avait précédemment excommuniés; ils se soumirent et il leur accorda la paix. Les Romains, mécontents des conditions, se révoltèrent, montèrent au Capitole, rétablirent le sénat et reprirent les hostilités. Dans ces entrefaites, Innocent Il mourut, le 13 septembre 1143, après treize an» et sept mois de pontificat. Il eut pour successeur Célestin II. D — s.
INNOCENT III (Undo-Sitino), antipape. Voyn Alexandre III.
INNOCENT III, élu pape le 8 janvier 1198, succéda à Célestin III. Il portait le nom de cardinal Lothaire, était fils de Trasimond , des comtes de Segni, et n'avait que trente-sept ans lorsqu'il fut nommé d'une voix unanime; mais il le fut à cause de ses vertus et de ses talents; Fleury ajoute: malgré sa résistance, ses larmes et ses cris. Il avait étudié à Paris («oy. Pierre de Corbeil), ensuite à Bologne, et s'était distingué de la manière la plus brillante dans la philosophie et dans la .héologie. Comme il n'était que diacre, il fut d'abord ordonné prêtre, ensuite sacré évéque dans l'église de St-Pierrc. Un des premiers soins d'Innocent III
fut de recouvrer les domaines de l'Église, dont la rentrée en possession étendit sa souveraineté d'une mer à l'autre , sur un aussi grand espace de pays qu'en avaient conquis les Romains dans les quatre premiers siècles de la république. Le nouveau sénat fut subjugué , le consulat aboli , et le préfet de Rome reçut des mains du pontife l'investiture de sa charge, que l'empereur lui avait toujours donnée. Innocent 111 s'attacha ensuite à détruire la vénalité qui régnait à la cour de Rome d'une manière scandaleuse. A cet effet, il tenait souvent le consistoire, dont l'usage était presque oublié ; il écoutait toutes les plaintes, renvoyait à d'autres juges les moindres affaires, et prononçait lui-même sur les plus importantes. Les plus habiles jurisconsultes venaient s'instruire à ses audiences. Il introduisit dans la jurisprudence ecclésiastique des règles , des formes que les tribunaux civils imitèrent depuis en beaucoup de points. Innocent III voulut aussi ranimer partout le zèle pour la croisade. Il la fit prêcher dans tous les États de l'Europe, Imposa, pour y subvenir, le clergé au quarantième, mais se taxa lui et les cardinaux au dixième des revenus. Tous ces sacrifices aboutirent au siège de Zara, ensuite à la prise et au pillage de Constantinople, contre lesquels Innocent III n'opposa que de vaines remontrances. Les vues politiques «lu pape se portèrent en même temps sur d'autres objets non moins importants. Le cardinal de Capoue, envoyé par lui en France , eut ordre de mettre tout le royaume en interdit (1199), parce que Philippe- Auguste avait répudié Ingclburge pour épouser Agnès de Méranie. Cet interdit dura huit mois, et fut levé lorsque le roi reprit lngelburge, qu'il avait fait enfermer à Étampes, après avoir renvoyé Agnès , qui en mourut de douleur. L'Allemagne attira bientôt l'attention du pape. Sur la fin du 12' siècle, l'empire se trouva partagé entre trois compétiteurs, savoir : Frédéric, enfant de deux ans, héritier de la Sicile, fils du dernier empereur Henri VI, et que son père avait fait couronner avant de mourir; Philippe de Souabe, son oncle, et Othon , duc de Brunswick. Innocent appuyait ses prétentions à l'élection de l'empereur sur le droit qu'il devait avoir de nommer celui qu'il consacrait, confondant ainsi la cérémonie de l'onction des rois avec l'imposition sacramentelle des mains, essentielle au sacerdoce. Cette doctrine causa beaucoup d'agitation, produisit quelques écrits et fit peu de prosélytes. Philippe de Souabe fut élu par un parti de seigneurs et d'évéques allemands, et couronné roi des Romains. Mais Innocent prétendit que l'élection était nulle, parce que ce prince était antérieurement excommunié, et, après avoir écarté le jeune Frédéric à cause «le son bas Age, le pape se déclara pour Othon, quoique Philippe-Auguste l'avertit fortement de s'en défier. Peu de temps après , Philippe de Souabe fut tué par le comte palatin de Bavière. Othon, débarrassé de ce concurrent , ne trouva plus au-
cune opposition pour être reconnu par tous les partis. Il fut donc couronné empereur à Rome (1909), après avoir fait serinent au pape de rétablir le domaine de St-Pierre, dont faisait partie la donation de Mathilde à Grégoire VII. Othon, dirigé par des conseils qui lui firent entendre que cette donation était abusive , ne se pressa point d'accomplir sa promesse. Il fit plus : il attaqua la terre de la Pouille et de la Sicile, qu'il revendiquait comme fiefs de l'empire. Le pape s'aperçut alors qu'il avait été joué, et en fit l'aveu dans une lettre qu'il écrivit à ce sujet à Philippe-Auguste (12M). U excommunia Othon et se tourna de nouveau vers le jeune Frédéric, qu'il reconnut et couronna roi des Romains (1213). Pendant le cours des affaires de France et d'Allemagne, avait commencé à s'élever, entre Innocent et Jean sans Terre, cette discussion célèbre ^qui occupe tant d'espace dans cette époque de l'histoire. La cause première fut l'élection de l'archevêque de Cantorbéry (1207). \x roi Jean désirait cette place pour l'évéque de Norwich. Le pape, au contraire, força les moines d'élire Étienne de Langton , homme de mérite à la vérité, et déjà promu au cardinalat. Le roi, en apprenant le procédé du pape, se livra aux plus furieux emportements, et lui écrivit une lettre injurieuse, dans laquelle il le menaçait d'empêcher ses«ujets d'aller porter leurs richesses à Rome. Innocent répondit en menaçant à son tour de mettre le royaume en interdit. Le roi , outré de colère, chassa les évêques qui étaient venus lui signifier les résolutions du pape. Aussitôt l'interdit fut lancé contre toute l'Angleterre; il dura deux ans. Au bout de ce temps, le pape chargea les évêipies de déclarer le roi excommunié s'il n'obéissait à l'Église. Ils n'osèrent exécuter cette commission ; néanmoins, on en eut connaissance, et ce fut t>icntôt un bruit public dans toute la ville de Londres. Le roi , ayant appris que l'archidiacre de Norwich en avait parlé, le fit mettre en prison , chargé de fers et revêtu d'une chape de plomb, dont le poids, joint au défaut de nourriture, le fit mourir en peu de jours. Le pape, informé de cet acte de cruauté si nouveau et si atroce, déclara le roi déposé, ses sujets absous du serment de fidélité , et voulut donner à Jean un successeur plus digne de la couronne. Il écrivit donc au roi de France pour le charger du soin de déposer Jean, et Philippe-Auguste résolut de tenter l'entreprise. Le roi d'Angleterre se préparait à une vigoureuse défense; mais un sous-diacre de Rome, nommé Pandolfe, vint à* bout de lui faire sentir le péril où il allait se jeter par une telle résistance. Jean craignait de se voir abandonné par la plupart des seigneurs s'il en venait à une bataille. Il céda et fit avec le pape un traité de paix dont on lui aTait envoyé le modèle. En conséquence de ce traité, il déclara, deux jours après, qu'il donnait à l'église de Rome les royaumes d'Angleterre et d'Irlande, avec tous leurs droits (1213); qu'il ne les tiendrait plus que comme
vassal du pape , et qu'il payerait tous les ans, outre le denier de St-Pierre, 1,000 marcs sterling. 11 promit, en outre, qu'après l'arrivée de celui qui devait l'absoudre, il remettrait 8,000 livres sterling pour dédommagement des pertes qu'avaient supportées l'archevêque deCantorbéry et les autres intéressés dans cette affaire. Après quoi, en présence de Pandolfe et de tous les assistants, il fit hommage au pape et lui prêta serment de fidélité. Pandolfe repassa aussitôt en France et voulut engager Philippe-Auguste à se désister de son en* treprise et de ses armements hostiles contre le roi Jean. Philippe s'y refusa, en disant que cette guerre avait été commencée par ordre du pape et que les préparatifs lui avaient déjà coûté 60,000 livres, ce qui ferait aujourd'hui 1 million. De son côté, le roi Jean se prépara à la défense ; mais les seigneurs, avant de l'aider, exigèrent qu'il fit lever l'excommunication, ce qui fut exécuté par 1rs évêques dans la cathédrale de Winchester. Innocent lui écrivit pour le féliciter , en lui disant ■ que son
■ royaume était devenu un royaume sacerdotal,
■ suivant les paroles de l'Écriture. - Innocent eût été fort embarrassé de donner une interprétation raisonnable de ces mêmes paroles. Quoi qu'il en soit, il envoya un légat qui fut reçu avec solennité et qui leva l'interdit, dont la durée, depuis six ans, avait causé des maux infinis. Quelque temps après, les seigneurs obtinrent du roi Jean la confirmation de leurs libertés, parmi lesquelles se trouvait le droit d'élection dans les églises cathédrales. Le pape fut très-irrité de ces concessions et cassa par une bulle tout ce que le roi avait fait. Mais les habitants de Londres se révoltèrent contre ces actes, en se plaignant de la cupidité romaine qui voulait tout envahir. Le roi Jean , devenu odieux à ses sujets , contre lesquels il faisait la guerre à outrance, fut déclaré incapable de régner par une grande partie des seigneurs, indignés de la soumission honteuse de leur monarque au pontife romain. Ils jetèrent en conséquence les yeux sur Louis, fils de Philippe-Auguste, pour remplacer Jean; ils lui envoyèrent des ambassadeurs , et il fut donné des otages de part et d'autre. Les commissaires du pape excommunièrent les barons d'Angleterre et les seigneurs français. Le pape fit défense au jeune Louis de poursuivre son entreprise; mais, ayant appris que ce prince avait déjà passé la mer et obtenait des succès, il en fut inconsolable et prit pour texte d'un* sermon qu'il fit à ce sujet ces paroles d'Ézéchiel : Glaive, glaive, sors du fourreau et aiguise-toi pour tuer. Il excommunia ensuite le jeune prince et tous ceux qui l'avaient suivi , et il se préparait à des mesures semblables contre Philippe, lorsqu'il fut attaqué d'une fièvre tierce qui en suspendit l'exécution. Cependant le roi Jean se défendait contre ses sujets révoltés et contre les armes du jeune Louis; mais, ayant, au passage d'une rivière, perdu son bagage et son trésor, il fut saisi d'un tel chagrin qu'il en mourut
la uiéiuc année. Quelques mois après, il survint au pape une fièvre très-violente, qui ne fit que s'augmenter par le défaut de diète; enfin il tomba en paralysie et mourut le 16 juillet 1216, après un pontificat de dix-huit ans et six mois. On a reproché à ce pontife trop de hauteur, de l'ambition et de l'avarice. Il faut néanmoins convenir que c'était le plus savant homme et le plus habile jurisconsulte de son siècle, qu'il avait beaucoup de courage, de grandes lumières, des vues vastes, une dextérité et une intelligence peu communes dans les affaires. 11 se mêlait de tout, agissait partout et n'abandonnait jamais aucune affaire qu'elle ne fût poussée à son dernier période. 11 montra un grand zèle pour la restauration des mœurs, et ce fut dans ce dessein qu'il tint le quatrième concile de Latran, dont il rédigea lui-même les décrets, qui furent lus aux pères sans qu'ils eussent la faculté de délibérer. Ses prétentions ultramontaincs ne furent pas cependant portées au dernier degré : il se reconnaissait soumis au jugement de l'Église en matière de foi, et déclara en conséquence à Philippe-Auguste qu'il ne pouvait de lui-même décider l'affaire de son divorce sans un concile, parce qu'il s'exposerait au danger de perdre sa dignité. C'est dans ce concile que fut fait le fameux canon Omnit utriusque sexus. On y défendit aussi d'ériger de nouveaux ordres religieux; et cependant il s'en est plus établi depuis celte époque qu'il n'y en avait eu auparavant. Innocent lui-même approuva ceux des dominicains, des franciscains et des trinitaires. Ses ouvrages ont été recueillis à Cologne en 1552 et 1575; à Venise en 1578. Les principaux sont des discours, des homélies et un commentaire allégorique sur les sept psaumes de la pénitence; un traité de controverse, en six livres, sur les sacrements, spécialement sur l'Eucharistie, où la question est approfondie et où l'on trouve beaucoup de considérations mystiques sur les cérémonies de la messe ; un traité De cotdemptu mundi seu de muerai kominis libri ni, composé par l'auteur sous son diaconat. Le titre, le sujet , les citations analogues de l'Ecriture ont pu faire croire qu'il était dans le goût de l'Imitation de Jésus-Christ , avec laquelle il se trouve joint dans plusieurs éditions anciennes; mais il en diffère extrêmement par l'abus continuel du style antithétique et figuré. Le plus important de ses ouvrages consiste dans ses Let- ' très. Laporte-Dutheil, dans les Notices et extraite des manuscrits, les porte au delà de quatre mille. L'eMilion la plus complète qui eût paru était celle de Baluze, Paris, 1682, 2 vol. in-fol. Ce recueil était divisé en dix-neuf livres. L'éditeur a suppléé les 3* et 4e livres par la première collection des décrétai» de ce pape. Les 6% V, 8« et 9« étaient restés en manuscrit au Vatican. Les trois derniers sont perdus. On avait annoncé à Rome, en 1745, une édition de celles qui ne se trouvent pas dans Baluze. Cette lacune a été remplie par M. Dulheil dans le 3* volume des Diplomate, charité et atia
instrumenta ad res Francorum s pédant ta , qu'il a publié en commun avec Brequigny, Paris, 1791, in-fol. Ces lettres sont curieuses par les faits historiques qu'elles contiennent et par les points de discipline dont on y traite. La plupart sont en style de pratique. C'est cet ouvrage qui a mérité à Innocent 111 le titre de Père du nouceau droit. On conserve dans quelques bibliothèques des manuscrits de ce pape sur le Maître des sentences, sur le baptême, sur le purgatoire, etc. Le style de l'auteur est concis, mais trop chargé de figures. L'antithèse surtout y domine , et ce n'est souvent qu'un tissu de passages de l'Ecriture fondus suivant le goût du temps, spécialement dans les Discours. Innocent III est encore auteur de la belle prose Veni. sonde Spiritus, attribuée mal à propos à Robert, roi de France, par quelques historiens. H a passé aussi pour avoir composé la prose touchante du Stabat mater dolorosa, revendiquée par les franciscains au B. Jacques de Benedidis (wy. Jacopone). Innocent III eut pour successeur Honorius 111. D — s et T— ».
INNOCENT IV, élu pape le 24 juin 1243. succédait à Célestin IV, qui n'avait tenu le saint-siége que seize jours. Ainsi l'histoire du pontificat d'Innocent IV se lie à celle de Grégoire IX, dont il faut se rappeler les derniers événements pour comprendre ceux qui vont suivre. A la mort de Grégoire IX, l'empereur Frédéric II, excommunié par ce pontife, menaçait Rome de ses vengeances. Il tenait en prison deux cardinaux et plusieurs prélats qu'il avait pris sur les galères de Gènes. Cet état de choses, qui durait depuis vingt-deux mois environ, avait retardé pendant tout ce temps l'élection d'un pape. Après des négociations infructueuses et beaucoup de plaintes réciproques, l'empereur s'était décidé à relâcher ses prisonniers, et les cardinaux s'accordèrent enfin à donner la tiare à Sinibald de Ficsque, Génois, de la maison des comtes de Lavagne. On le nomma, d'un consentement unanime, comme le plus agréable à Frédéric, qui cependant n'en parut pas satisfait et dit d'un air affligé « qu'il prévoyait « que d'un cardinal ami il deviendrait un pape « ennemi. » Cependant on entama des négociations, on s'envoya de part et d'autre des ambassadeurs, et le traité fut commencé. D'Anagni, où il avait été élu , le pape vint à Rome , que sa présence combla de joie. Les conventions y furent doue arrêtées entre eux et jurées solennellement par les agents de l'empereur Raimond, comte de Toulouse, Pierre Desvignes et Thadée de Sucsae. Les principales conditions étaient que les terres appartenant à l'Eglise , c'est-à-dire au pape et à ses alliés, avant la rupture, seraient restituées; que l'empereur reconnaissait la suprématie du pape, quant au spirituel , sur tous les chrétiens et même sur les rois; qu'il restituerait aux prélats qui avaient été pris tout ce qu'on leur avait otc; enfin qu'il obéirait en tout au pape, sans préjudice de la possession de l'empire et de ses royaumes.
On voit .nie dans ce traité il n'était point question de la déposition de Frédéric , mais seulement de l'abolition des censures. En effet , malgré cette déposition, il n'était pas moins reconnu pour empereur et pour roi île Sicile, non-seulement par ses sujets, mais encore par St-Louis, roi de France, par Henri, roi d'Angleterre, et par les autres princes étrangers. Frédéric ne tarda pas à se repentir de s'être soumis ainsi au pape. Il refusa d'exécuter ce que ses agents avaient promis en son nom; il tenta de surprendre le pape, lui tendit des pièges. Innocent conçut des méfiances et se tint sur ses gardes. Cependant il quitta Rome pour venir trouver l'empereur et s'avança jusqu'à Sutri. Frédéric lui fit dire qu'il n'exécuterait rien du traité qu'il n'eût reçu auparavant l'abolition des censures. Innocent répondit que cette proposition était déraisonnable, et dès ce moment la rupture fut décidée. Le pape soupçonna des embûches ; H eut avis qu'une troupe de trois cents chevaliers toscans devait venir l'enlever dans la nuit du 28 au 29 juin 12 14. Il s'enfuit au milieu des ténèbres , armé à la légère, monté sur un excellent coursier, et arriva à Cività-Veccbia, où des galères génoises , qu'il avait demandées secrètement, l'attendaient pour protéger sa retraite. Après quelques périls assez graves, le pape arriva à Gènes, où il se trouvait au milieu de ses parents et de ses amis. Les manifestes des deux contendants inondèrent bientôt toute l'Europe. Dans celui que Frédéric adressait à l'Angleterre, il disait que le pape avait refusé la médiation des rois de France et de la Grande-Bretagne; il demandait qu'on ne fourntt point de subsides à son ennemi, et faisait des menaces violentes si on lui en donnait. De son côté, Innocent préparait d'autres mesures. 11 écrivit au roi de France, qui assistait au chapitre général de Clteaux, pour le prier de lui accorder asile et protection dans sesÉtats. Les moines l'en conjurèrent avec larmes. St-Louis consulta ses barons, qui rejetèrent la demande du pape. Innocent fit les mêmes instances auprès des rois d'Angleterre et d'Aragon , sans obtenir plus de succès. Le pape se détermina donc à choisir pour son séjour la ville de Lyon , qui était neutre et appartenait à son archevêque. Ce fut là qu'il convoqua un concile général qui devait être dirigé principalement contre les intérêts de Frédéric. Ce concile fut ouvert le 26 juin 1245. Thadée de Suesse défendit son prince avec chaleur; le pape répondit avec amertume. 11 refusa la garantie des rois de France et d'Angleterre , qu'on lui offrait pour la conduite de l'empereur. U le peignit comme l'ennemi déclaré, non pas de la personne du pontife , mais de l'Eglise elle-même, puisque, pendant la vacance du siège, il n'avait point cessé ses persécutions. Thadée répliqua avec intrépidité et produisit des bulles des papes qui semblaient répondre aux reproches élevés contre Frédéric; mais ce moyen parut faible et ne lava point l'accusé du soupçon d'infidélité à ses promesses (voy.
VHut. eccl. de Fleury). Plusieurs accusateurs se présentèrent successivement dans l'arène. On demanda un délai de quinze jours, qui fut accordé malgré la répugnance d'Innocent, pour que Frédéric vint se défendre en personne. U s'avança en effet jusqu'à Vérone; mais la mauvaise disposition des esprits lui servit de raison ou de prétexte pour ne pas aller plus loin. Lorsqu'on apprit sa dernière détermination, les procédures recommencèrent ; la sentence fut prononcée au milieu du concile et lue par l'ordre du pape. L'excommunication est renouvelée dans toute sa rigueur et la déposition est formelle. Pendant cette lecture, le pape et les prélats tenaient des cierges allumés. Fleury ajoute ici des réflexions pour tâcher d'absoudre le concile de toute participation à ce jugement, si contraire à la charité évangélique et au droit des souverains. Quoi qu'il en soit, Innocent s'occupa sur-le-champ de faire nommer un autre chef de l'empire, et convoqua pour cet effet l'assemblée des électeurs. Tous les princes d'Allemagne ne se rendirent pas aussitôt à celte intimation, le duc d'Autriche surtout, qui était l'allié de l'empereur. Les résolutions prises dans le concile transportèrent Frédéric de colère ; il jura de se venger, et, après avoir réglé les affaires de l'empire, il repassa promptement dans la Pouille et envoya son fils Conrad en Allemagne. Il écrivit à tous les princes pour les engager dans sa querelle et leur faire sentir tout le danger qu'ils couraient en se soumettant à la dépendance du pape. Il envoya une ambassade particulière au roi de France. St-Louis, qui venait de se croiser et se préparait à passer en Palestine, eut une entrevue avec le pape à Cluni ; il fit en faveur de Frédéric de vaines instances auprès d'Innocent, qui demeura inflexible. Le pape, cependant, poursuivait avec chaleur l'élection d'un nouveau roi des Komains. Le choix tomba sur Henri, landgrave de Thuringe; mais la plupart des électeurs s'étaient absentés, et le nouvel élu ne s'y prétait qu'avec répugnance. Innocent envoya deux légats en Sicile, afin de détacher les peuples de l'obéissance à Frédéric. Peu de temps auparavant, on avait découvert une conjuration contre la vie de ce prince; dans une lettre qu'il écrivit à ce sujet à tous les souverains, il nomme des évéques au nombre des complices, et désigne assez clairement le pape comme l'instigateur. D'autre part, et l'année suivante, on découvrit à Lyon une conspiration contre la vie du pape, et l'on ne put pas douter que des émissaires de Frédéric n'en fussent les auteurs. Cependant Innocent ne négligeait aucun moyen pour faire des ennemis à l'empereur. Il écrivit au sultan d'Egypte, Helic-Saleh, pour le détacher de son alliance; mais le sultan rejeta cette ouverture avec beaucoup de loyauté. Frédéric, voulant se purger du soupçon d'hérésie, qu'il regardait comme le plus grand outrage qui lui eût été fait dans le concile, lit sa déclaration de foi devant sept ecclésiastiques du premier ordre , qu'il en-
voya ensuite vers le pape; mais Innocent refusa de les entendre, malgré les nouvelles instances de Sl-Louis, qui se rendit encore à Cluni pour en conférer avec lui. La guerre éclata donc sans retour entre les deux partis. Frédéric partit de la Pouille avec son année pour traverser les Alpes, et se jeta sur Lyon. Il apprit en chemin que Parme s'était révoltée : il retourna aussitôt sur ses pas cl vint mettre le siège devant cette ville, qui l'occupa tout l'hiver. Les assiégés offraient de capituler; Frédéric les refusa. Le désespoir ranima leur courage : ils firent une sortie dans laquelle ils battirent les troupes de l'empereur et prirent son camp. Quelques jours avant cet événement, Frédéric s'était souillé d'un acte de cruauté révoltant : il avait fait pendre l'évéque d'Arezzo, qu'il tenait prisonnier, après l'avoir fait traîner, lié et garrotté, à la queue d'un cheval jusqu'aux fourches patibulaires. Après l'échec de Parme, Frédéric se retira sur Crémone , et bientôt après abandonna la haute Italie pour se jeter dans la Pouille. Vers ce même temps, Innocent avait fait publier en Allemagne une croisade contre Frédéric. Cette croisade mit tout l'empire en mouvement et causa la guerre civile de Bohème, dont le roi Venceslas IV tenait le parti du pape, tandis que son fils aîné, Primislas, soutenait la cause de Frédéric avec plusieurs grands du royaume. Ce fut dans ces circonstances que St-Louis, avant de partir pour sa première croisade, vint trouver à Lyon Innocent pour l'engager à recevoir en grAcc Frédéric, qui paraissait humilié de ses revers et disposé à demander pardon ; mais le saint roi fut oblige de s'éloigner sans rien obtenir. Frédéric, retiré dans la Pouille, accahlé de disgrâces et de chagrins, eut un violent accès de fièvre pour lequel on lui ordonna des médicaments. L'un de ses confidents, qui lui avait paru jusqu'alors le plus attaché, Pierre Desvignes, tenta de l'empoisonner dans un breuvage, de concert avec son médecin. Celui-ci fut pendu; Pierre eut les yeux crevés et fut livré aux Pisans, qui le haïssaient mortellement et se préparaient à le faire souffrir; mais il prévint leur vengeance en se brisant la tête contre une colonne à laquelle on l'avait attaché. On accusa le pape d'avoir engagé Pierre Desvignes à commettre ce forfait. Un des fils naturels de Frédéric (coy. Entius) fut pris dans une embuscade par les Bolonais, qu'il avait attaqués, et il fut retenu en prison jusqu'à sa mort. Un autre mourut dans la Pouille. Frédéric lui-même retomba malade, et, dans cet état d'humiliation et de douleur, fit demander la paix au pape, qui la refusa. Cet excès de dureté excita l'indignation de plusieurs nobles, qui se jetèrent dans le parti de l'empereur. Enfin, l'année suivante, le 12 décembre 1250, la mort de Frédéric mil fin à cette longue suite de calamités. Innocent manifesta une joie indécente de cet événement; il écrivit en Sicile pour féliciter les peuples de la mort du persécuteur de l'Eglise et les ramener à
son ohéissance ; il envoya des légats en Allemagne pour la détacher du parti de Conrad, fils atné de Frédéric, et pour favoriser celui de Guillaume, comte de Hollande , qu'il avait fait élire roi des domains à la place du laudgrave de Thuringe, mort après une bataille qu'il avait perdue contre ce même Conrad. Innocent quitta enfin Lyon et retourna en Italie, où il publia une nouvelle croisade contre le parti et la famille de Frédéric. Conrad était débarqué à Pescara, aidé par les Vénitiens; ses armes faisaient d'heureux progrès dans toute l'Italie, et surtout dans la Pouille, lorsque la mort l'enleva le 21 mai 1254. Il laissait un fils âgé de deux ans, qui portait le nom de Conradin, et dont la tutelle échut à Mainfroi, son oncle. Innocent , en vertu des droits qu'il réclamait sur le royaume de Sicile, se déclara le protecteur du jeune prince, en sa qualité de suzerain. Mainfroi se soumit et reçut avec honneur le pape, qui vint jusqu'à Naples, où il séjourna. Cette bonne intelligence ne fut pas d'une longue durée. Le légat du pape agissait en maître; Mainfroi crut devoir se mettre en sûreté : il alla se jeter entre les bras des Sarrasins, à Nocera, où il trouva île grands I résors et rassembla une armée nombreuse avec laquelle il obtint aussitôt de grands avantages. Le légat , obligé de fuir devant des troupes victorieuses, se retira à Naples, où il trouva que le pape était mort le 7 décembre 1254, après un pontificat de onze ans et cinq mois et demi. Ses démêlés avec Frédéric n'avaient pas ralenti l'activité d'Innocent pour les autres affaires. En Prusse, il établit quatre évêchtfs principaux, et donna les deux tiers des terres aux chevaliers Teutoniques.qui l'avaient conquise. En Danemarck, il envoya un simple frère mineur pour informer contre deux évéques, dont le premier avait excité les plaintes du roi Eric et le second celles de ses diocésains. En Suède , il ôta au roi et au peuple l'élection des évéques pour la donner aux chapitres. En Norvège, il fit couronner llaquin, flls naturel du dernier roi, lui fit promettre de prendre la croix pour la terre sainte , et lui offrit l'empire , qu'il refusa. En Russie, il se fit reconnaître par le duc Daniel, qu'il nomma roi, accorda au clergé grec la faculté de consacrer avec du pain levé; mais le roi et le clergé ne restèrent pas longtemps dans son obédience. En Espagne, il excommunia Jacques d'Aragon pour avoir fait couper la langue à l'évéque de Girone, et lui pardonna à condition qu'il bâtirait vn monastère dans les montagnes de Tortose, achèverait un hôpital près Valence , et fonderait une chapcllenie dans la cathédrale de Girone. En Portugal, il parvint à faire ôter la couronne à D. Sanche Capel pour la donner à son frère Alphonse. Il leva des contributions énormes Sur tous les États de l'Europe, et particulièrement en Angleterre, où il excita souvent les plaintes du clergé et du roi. Innocent envoya un légat en Arménie pour arranger les différends entre les Grecs et les Latins,
et une mission de frères mineurs en Tartarie, auprès du Dis de Gengis-khan. Les missionnaires souffrirent dans leur voyage beaucoup de périls, de douleurs et d'insultes, sans parvenir à faire triompher la vérité de la religion et l'autorité du pape , ce qui était le but principal de leur entreprise. L'histoire n'a point tracé le portrait d'Innocent IV , que ses actions ont assez fait remarquer. On ne peut s'empêcher de reconnaître en lui du zèle et des lumières, avec un caractère hautain et inflexible. Il eut pour successeur Alexandre IV. D— s.
INNOCENT V, élu pape le 21 janvier 1276, succéda à Grégoire X ; il s'appelait Pierre de Champagne (de Champagniaco). Né à Houtier en Savoie, il était le pénultième chanoine de celte métropole en 4236, lorsqu'il se rendit à Paris pour y continuer ses études; il y prit l'habit de St-Dominique et devint un des plus célèbres théologiens de cet ordre, sous le nom de Pierre de Tarentaise. Après avoir succédé à St-Thomas d'Aquin dans l'enseignement de la théologie à l'université de Paris, il avait été fait archevêque de Lyon en 1272, puis cardinal et évéque d'Ostie. Il eut beaucoup de part au concile de Lyon en 1274, y prononça plusieurs harangues et l'oraison funèbre de St-Bonaventure; enfin il y baptisa un ambassadeur tartarc avec deux de ses compagnons. D'Arezzo, où se fit son élection, il vint à Home, où il fut couronné le 23 février, et logea au palais de Latran ; il y tomba malade et mourut le 22 juin , après cinq mois de pontificat , et sans avoir eu le temps de prendre part aux grands événements de cette époque. On sait seulement qu'i I envoya deux légats en Toscane, où ils réussirent à rétablir la paix entre les Lucquois et les Pisans. Par le même esprit de conciliation, il se hata de lever l'interdit que son prédécesseur avait jeté sur les Florentins et d'envoyer l'évêque d'Albi, comme légat, pour rétablir la paix entre le roi de Sicile et Rodolphe Ier, qui venait à Rome prendre la couroune impériale. Nous connaissons de ce pontife : 1° Quatre lettres qui se trouvent dans Ughelli ou dans Campi (Istoria eeclet. di Piacenxa); 2° un commentaire Super iv libros tententianm, dont les manuscrits étaient très-répandus dans les bibliothèques des dominicains; il a été imprimé à Toulouse, 1652 , 3 vol. in-foL; 3° un commentaire sur les épttres de St- Paul, commençant par ces mots : Dedi te in lucem gentium , Cologne, 1478; Hagucnau, 1302; Paris, 1521; Anvers, 1617, in-fol.; il a paru sous le nom de frère Nicolas de Corran ; mais Quelif prouve solidement (Script, ord. predic, 1. 1, p. 353) qu'il appartient à Pierre de Tarentaise ; 1° huit autres ouvrages qui n'ont jamais été imprimés , et dont plusieurs sont probablement perdus; on en peut voir le détail dans Quetif (hc. cit.); 5° Postillœ iu Genesim et Exodum (conservé en manuscrit dans la biblioth. royale de Turin, eod. lat., fol. 21, cod. ix). La vie de ce pape, écrite fort en abrégé par Bernard Guidonis, a été publiée en 1723 par
Muratori dans ses Srript. rer. italic, t. 3, p. 603. Son éloge par le comte de St-Raphaè"! est dans le tome 5 des Piemonteti illuttri. Innocent V eut Adrien V pour successeur. C. M. P.
INNOCENT VI , élu pape à Avignon le 18 décembre 1352 , s'appelait Etienne Aubert, né à Beissac, près de Pompadour, dans le Limousin. De la chaire de droit civil , qu'il avait occupée à Toulouse, et de la place de juge-mage de la même ville, on l'avait vu s'élever et devenir successivement évêque de Noyon, ensuite de Clermont en 1340. Il succéda à Clément VI, qui l'avait fait cardinal du titre de St-Jean et St-Paul , puis évêque d'Ostie et grand pénitencier. C'était un homme instruit , éclairé , mais recommandable principalement par sa probité et ses bonnes mœurs. Chargé de légations importantes, il avait travaillé avec zèle à la réconciliation entre Édouard III et Philippe de Valois. Il dut son élection à la crainte qu'eurent les cardinaux de se voir pressés par le roi de France, Jean, qui s'avançait sur Avignon et menaçait de faire un pape à son gré. Innocent VI , aussitôt après sa nomination , s'occupa de révoquer les réserves faites sur tous les bénéfices par Clément VI en faveur des cardinaux, et d'ordonner la résidence aux prélats et autres béncOciers; ce qui fut exécuté. Il eût désiré ramener la paix et le bon ordre en Italie, et notamment dans la ville de Rome , où les entreprises de Rienzi avaient semé le trouble et la rébellion contre l'autorité pontificale : il essaya aussi de faire rentrer dans sa main le patrimoine de l'Église, envahi par une multitude d'usurpateurs. Mais son légat, Gilles Albornos, n'obtint que peu de succès dans la plupart de ses tentatives. Innocent VI vécut en bonne intelligence avec presque tous les princes chrétiens de son temps. Il fit néanmoins quelques remontrances au roi Jean sur les impositions dont il chargeait le clergé pour fournir aux dépenses de la guerre contre le roi d'Angleterre. Le pape fit couronner à Milan l'empereur Charles de Luxembourg. De concert avec l'empereur d'Orient , Jean Cantacuzène, et avec Jean Paléologue , son successeur,
11 projeta une réunion des deux Églises. Il mourut, consumé de vieillesse et de maladie , le
12 septembre 1362, après un pontificat de dix ans environ. Il protégea les gens de lettres et favorisa quelques-uns de ses parents, qui, du moins, honorèrent son choix. H fonda à Toulouse le collège de St-Martial pour vingt étudiants du diocèse de Limoges, et son neveu, le cardinal Pierre de Monteroc de Douzenac , y fonda celui de Ste-Catherine. On a quelques lettres de ce pape dans le Thésaurus de Martène. 11 eut pour successeur Urbain V. D— s.
INNOCENT VII , élu pape à Rome le 17 octobre 1401, s'appelait Cosme Meliorati : né à Sulmone, dans l'Abruzze, de parents très- peu remarquables par leur état et par leur fortune, il s'instruisit avec succès dans les lettres, dans l'étude du droit
canon et dans la connaissance des affaires de la cour de Rome. Ses mœurs étaient pures; son caractère était doux et rempli de bonté. Il avait été successivement évéque de Bologne , trésorier d'Urbain VI, et enfin cardinal de la création de Boniface IX. Il était fort âgé lorsqu'il parvint au pontificat. L'antipape Benoit XIII, déjà en possession de sa dignité usurpée, protestait par écrit qu'il était prêt à consentir à la cession qu'on lui demandait. Innocent VII en fit autant de son côté , et tout se réduisit à de vaines protestations (voy. Benoit XIII, antipape). Cet élat ;de schisme ne permettait guère de pourvoir aux objets essentiels de l'administration ; le pape n'était occupé qu'à maintenir son autorité. Elle était menacée dans l'intérieur de Rome même par un parti gibelin , qui forçait le pontife de s'environner de gens armés. Louis Heliorati, neveu du pape, souffrant impatiemment la manière dont ce parti, appelé les régents , en agissait arec son oncle, en fit arrêter un certain nombre , que l'on massacra et dont on jeta les corps dans la rue. Cette violence, commise à l'insu du pape , excita dans la ville une lédition, qui obligea Innocent de se retirer à Viterbe. D'un autré côté , son compétiteur, l'antipape Benoit XIII, ne faisait que de vaines démonstrations pour parvenir à une conciliation nécessaire. Ce fut dans ces agitations diverses que s'écoula le pontificat d'Innocent VII, qui ne dura que deux ans et quelques jours. Revenu à Rome après le rétablissement de la tranquillité, il y mourut presque subitement le 6 novembre 1406. Les cardinaux , assemblés au conclave, jurèrent entre eux que celui qui serait élu renoncerait à son droit si l'antipape renonçait au sien ou venait à mourir. On a vu , à l'article de Grégoire XII , son successeur , l'effet que produisit cette convention. 0 — s.
INNOCENT VIII, élu pape le 24 août 1484, après la mort de Sixte IV, auquel il succédait, était noble génois d'origine grecque , et s'appelait Jean-Baptiste Cibo. U avait été élevé avec soin, était devenu cardinal évéque de Melfe , et les papes précédents avaient contribué successivement à sa fortune. On l'avait d'abord envoyé à Naples, où il vécut assez longtemps à la cour d'Alphonse et de Ferdinand. Revenu à Rome, il s'était attaché au cardinal de Bologne, frère du pape Nicolas V. Paul U lui avait donné l'évéché de Porto, et Sixte IV celui de M elfe avec la pourpre. Les troubles, les violences dont la ville de Rome avait été le théâtre aussitôt que Sixte IV eut fermé les yeux, rendaient l'élection d'un pape extrêmement importante. Celle-ci fut l'effet de l'intrigue, et cette intrigue fut principalement l'ouvrage du vice-chancelier Borgia, si connu depuis sous le nom d'Alexandre VI. Cibo était âgé de cinquante ans : il avait été marié avant d'entrer dans les ordres; il était père de deux enfants, qu'il combla de richesses pendant la durée de son pontificat. Le continuateur de Platine, Panvini,
dit assez de bien de ce pape ; il loae sa douceur et sa bonté, et ne lui reproche que son avarice. Quoi qu'il en soit, aussitôt après son élévation, le nouveau pontife , pour justifier son nom plutôt que sa conduite, prit pour devise ces paroles du psaume 25 : Ego autem in innocentia me a ingresstu sum. Les affaires publiques occupèrent bientôt tous ses soins. Apaiser les divisions qui régnaient entre les princes d'Italie , en rattachant au saintsiège tous ceux que son prédécesseur en avait éloignés, et soulever tous les souverains de l'Europe contre les Turcs , tel fut le double but de sa politique. Il envoya partout des légats pour exhorter les princes à oublier leurs querelles particulières et à se liguer contre l'ennemi commun, sinon par des levées de troupes , du moins par des tributs considérables. U ne put réussir à procurer la paix ; mais il obtint de l'argent. La guerre était trop vive alors entre l'empereur et le roi de Hongrie d'une part, et Albert de Brandebourg et Othon de Bavière de l'autre, pour espérer une réunion universelle , et quant aux sommes considérables qui furent versées à Rome , Innocent fut bientôt obligé de les employer contre le roi de Naples, Ferdinand, qui exerçait une violente tyrannie contre les sujets des Etats ecclésiastiques, et qui, d'ailleurs, refusait de payer le tribut accoutumé de quarante mille écus d'or, en alléguant que le comtat d'Avignon n'avait été cédé au pape, par la reine Jeanne, que sous la condition expresse de l'affranchissement de cette redevance. Le pape leva des troupes, dont il donna le commandement à Robert de San-Severino. Le roi de Naples fit d'abord sa paix avec les seigneurs qu'il avait maltraités, arma de son côté, et tâcha en outre d'exciter une guerre civile contre le pape dans le sein de Rome même , sous prétexte de l'irrégularité de son élection. Ces moyens eurent quelques succès. Les environs de la ville furent ravagés par les ennemis, et déjà les esprits fermentaient dans l'intérieur , lorsque San-Severino obtint un avantage assez considérable sur les troupes napolitaines. Ferdinand fut forcé de ralentir ses poursuites , et , par la médiation de quelques cardinaux , fit une paix dont il oublia bien vite les conventions. 11 recommença ses violences et ses exactions et se moqua du pape. Innocent irrité l'excommunia, et le déclara privé de son royaume au profit de Charles VIII , roi de France , qui prétendait y avoir des droits. Cette menace n'arrêta point sur-le-champ Ferdinand, qui ne conclut sa paix que deux ans après, lorsqu'il vit Charles VIII disposé à faire valoir ses droits par la force des armes. Avant ce démêlé entre le pape et Ferdinand, la cour de Rome avait été occupée du refus que l'on faisait en France de recevoir le cardinal Balue en qualité de légat (voy. Balue) : mais l'espoir dont le pape flatta depuis l'ambition de Charles \ III aplanit les difficultés et délivra même Innocent de la crainte que l'assemblée du clergé de 1485 ne
sonpe.1t à rétablir la pragmatique-sanction. Cependant les succès de Bajazet a. venaient inquiétants pour tous les princes de l'Europe et surtout pour l'Italie. Les subsides que le pape avait obtenus ne suffisaient pas pour mettre sur pied des forces capables de résister à l'ennemi commun. Au milieu des incertitudes occasionnées par la position respective de toutes les puissances, Zixim, frère de Bajazet, avait été remis entre les mains du pape par le grand maître de Hhodes, qui l'avait jusque-là retenu prisonnier dans une commanderie de France. Bajazet (1490) envoya des ambassadeurs au pape afin de s'allier avec lui, et de l'engager, moyennant une somme de six vingt mille écus d'or, à reléguer Zizim dans une prison. Un autre ambassadeur était venu, de la part du Soudan d'Egypte, avec des propositions bien différentes. Cet ambassadeur était Antoine Milan, gardien des cordeliers de Jérusalem. Il demandait Zizim pour le mettre à la téle de l'armée qui marchait contre Bajazet. A ce prix le Soudan promettait de bien traiter tous les chrétiens qui étaient encore en Palestine, et de leur rendre toutes les conquêtes qui seraient faites sur les Turcs , fût-ce même la ville de Jérusalem. Fendant le cours de ces négociations, on arrêta dans Kome un scélérat appelé Macrin, qui avait ofTert à Bajazet d'empoisonner le pape et Zizim. Il avoua son crime et fut puni du dernier supplice. Quoi qu'il en soit, il parait qu'Innocent prêta l'oreille aux propositions de Bajazet et
Su'il reçut une pension de quarante mille écus 'or pour garder Zizim, dont la destinée s'accomplit sous le pontificat suivant. C'est ainsi qu'on négociait à Borne avec l'ennemi du nom chrétien, tandis que d'autre part on levait des tributs pour lui faire la guerre. Innocent Vlll donna aussi quelques soins aux affaires religieuses. 11 réussit à retarder les progrès que les hussites faisaient en Bohême. Il écrivit à l'archiduc d'Autriche pour l'engager à réprimer , par son autorité, les sortilèges, maléfices et autres superstitions magiques. 11 le pria également de défendre dans ses Etats l'épreuve par le fer chaud. Ferdinand, roi d'Aragon, obtint de lui, en 1485, la continuation d'une levée de décimes pour faire la guerre aux Maures. L'année suivante il confirma le mariage de Henri VII, roi d'Angleterre, avec Elisabeth, et ordonna aux Anglais, par son autorité apostolique, de ne plus contester la couronne à la maison de Lancastre. En 1489, en vertu de cette puissance que les papes conservaient encore sur le temporel des rois, Innocent se mêla comme arbitre d'un différend entre Dorothée, reine de Suède , et Stenon , gouverneur du royaume, au sujet d'une forteresse. Les négociateurs que le pape avait chargés de la conciliation (c'étaient les archevêques de Lunden et d'Upsal, avec les évéques de Roschild et de Strengnès), ayant échoué dans leurs démarches, l'affaire fut évoquée au saint-siége et jugée en faveur de la reine,
et Stenon fut menacé des censures s'il refusait d'obéir. En 1491 Innocent fut frappé d'une attaque d'apoplexie qui le laissa près de vingtquatre heures sans connaissance. Les cardinaux profitèrent de ce moment pour mettre en sûreté un million d'or provenant des subsides qui devaient être employés à la guerre contre les Turcs. Depuis ce moment la santé du pape parut altérée au point qu'il n'avait plus la même liberté d'esprit pour s'appliquer aux affaires. Au mois de janvier 1492 il conclut la paix définitive avec Ferdinand, roi de Naples, et ce fut le dernier acte de son pontificat. Bientôt il ne s'occupa plus que des pensées de l'autre vie, et reçut ses sacrements avec tous les témoignages d'une grande piété, il mourut le 25 juillet de cette même année après avoir occupé le saint-siége pendant près de huit ans. Il eut pour successeur Alexandre VI. D — s.
INNOCENT IX, élu pape le 50 octobre 1591, succéda à Grégoire XIV. Il se nommait Antoine Fachinetti , d'une famille noble et originaire de Bologne. Son intégrité, ses lumières donnaient de grandes espérances : mais son pontificat ne dura que deux mois. Il mourut le 50 décembre. L'historien de Tbou en fait un grand éloge : il dit que ce pape était sobre, grave dans ses mœurs, affable dans ses manières et spirituel dans la conversation. Il soulagea les Romains des impôts onéreux dont ils étaient grevés : il méditait des projets encore bien plus importants. Il fut regretté de tous les ordres de l'Etat. Clément VIII fut son successeur. D— s.
INNOCENT X, élu pape le 15 septembre 1644, succéda à Urbain VIII. Il se nommait le cardinal Panflli, était Romain de naissance, d'une famille noble et ancienne: il avait été successivement avocat consistorial , auditeur de rote , nonce à Naples, dataire dans la légation du cardinal François Barberin en France et en Espagne , et enfin nommé cardinal, en 1629, par Urbain \ lu. Son élection au saint-siége soutint beaucoup de difficultés. La faction des Barberins y portail le cardinal Sachetti ; mais le parti espagnol s'y opposa. Elle mit alors sur les rangs Firenzola, cardinal de St-Clément ; mais les Français n'en voulurent point, parce qu'il était ennemi du cardinal Mazarin. Le choix d'Innocent X fut donc un de ces résultats imprévus, mais infaillibles dans les assemblées délibérantes qui se trouvent divisées en plusieurs partis. Le portrait d'Innocent X a été tracé d'une manière si diverse par les auteurs du temps, qu'ils ne se sont pas même accordés sur ses qualités extérieures. Les uns lui donnent une taille haute et majestueuse, une âme élevée, une pénétration merveilleuse ; les autres le représentent petit, laid, difforme, malin, artificieux, ignorant , et de plus hypocrite. Il commença du moins par se montrer ferme et très-absolu dans l'affaire de l'évêque de Castro, qu'il avait nommé malgré les instances du duc de Parme , à qui appartenaient la ville et le territoire de l'évêché.
Mais le pape, en sa qualité de seigneur suzerain, voulait être obéi, et il n'eut aucun égard à la résistance , aux prières de l'évéque nommé , qui craignait de déplaire au duc. Cet éréque partit et fut assassiné même avant de prendre possession. Les auteurs de ce crime demeurèrent inconnus ; mais Innocent ne manqua point de l'attribuer au prince. Sa vengeance fut prompte ; il fit démolir aussitôt la ville et élever sur les débris une pyramide revêtue de cette inscription: Qui fù Castro. Il déclara le duc déchu de sa principauté, et la guerre ne tarda pas à éclater. Ce fut en vain que les puissances de l'Europe s'intéressèrent pour le duc de Parme. Dans la suite le duché de Castro fut réuni à la chambre apostolique , et le duc en fut entièrement dépouillé. Une autre mésintelligence , d'un genre tout différent , causa bientôt d'autres chagrins au pape. Les Barberins, auxquels il devait son exaltation, voulaient mettre un trop haut prix à leurs services ; ils ne cessaient de demander des grâces ou des largesses, qui parurent importunes ou excessives : des reproches d'ingratitude frappèrent les oreilles du pape, qui résolut de punir ses détracteurs. Pour y parvenir, il imagina de faire des poursuites contre ceux qui possédaient les emplois les plus lucratifs dans la perception des revenus de l'État. Cette mesure devait atteindre surtout le cardinal Antoine Barberini, camerlingue ou trésorier général. Antoine, effrayé, se réfugia en France avec son troisième frère auprès du cardinal Mazarin, ennemi déclaré d'Innocent X. Le pape disposa aussitôt des charges et des dignités des deux fugitifs en faveur de ses parents ou de ses amis. Le premier ministre , de son côté, reçut les Barberins avec d'autant plus de faveur qu'ils lui apportaient de grandes sommes d'argent pour subvenir aux frais de la guerre entre les Français et la maison d'Autriche. Le cardinal Antoine devint même, par la suite, archevêque de Beims et grand aumônier de France. Cependant à Borne on poussait les choses jusqu'à la dernière extrémité. Le pape, en 1646, publia, une bulle dirigée particulièrement contre les deux frères cardinaux. Il y déclarait que tous les membres du sacré collège qui s'éloigneraient sans sa permission auraient d'abord tous leurs biens confisqués ; que, six mois après, s'ils n'obéissaient, ils seraient privés de l'entrée des églises et dépouillés de leurs bénéfices et de leurs emplois, et qu'enfin, s'ils persistaient, ils perdraient même le chapeau , sans pouvoir être rétablis autrement que par le pape lui-même, et non par le sacré collège , le siège vacant. ! .<• parlement de Paris déclara cette bulle abusive et nulle. Un arrêt du conseil défendit d'envoyer de l'argent à Home pour l'expédition des bulles ; on parla de s'emparer d'Avignon ; un armement de terre et de mer sembla menacer l'Italie. Le pape sentit alors qu'il fallait changer de système ; il négocia avec les Barberins. 11 s'empressa de leur rendre leurs c arges, et déclara qu'il le faisait à la considération
du roi très-chrétien qui les avait honores de sa protection. Les affaires du midi de l'Italie ne furent pas étrangères à la politique d'Innocent X. Naples et Palerme s'étaient soustraites à la domination des Espagnols. Le duc «le Guise, qui poursuivait à Borne la cassation de son mariage (1647;, fut invité par les rebelles à se mettre à leur tête ; mais il ne voulut rien faire sans le consentement du pape, qui l'exhorta à poursuivre son entreprise. Innocent X présumait qu'elle devait plaire au cardinal Mazarin , et comme il avait un grand intérêt à se réconcilier avec lui , il imagina aussi de donner le chapeau au frère de ce premier ministre, etpérant par là obtenir la restitution de Piombino en faveur de son neveu , le prince Ludovisi. Mazarin ne fut pas très-sensible à toutes ces avances , ne donna point de secours au duc de Guise, ne rendit rien au neveu du pape, et parut tout aussi peu disposé à favoriser les desseins du saint-père qu'à reconnaître ses bienfaits. La vieillesse d'Innocent X fut tourmentée par des chagrins domestiques. Sa belle-soeur, dona Olympia, gouvernait despoliquement sa maison et les affaires du dehors. Elle recevait les requêtes, faisait accorder les places, décernait les peines et les récompenses ; c'était l'âme des conseils et le canal des grâces. Celte autorité exorbitante excita des murmures et des accusations graves. On prétendit que toute la conduite de celle dame n'offrait que des traits d'orgueil , d'avidité et de corruption. Le pape, importuné de ces clameurs, éloigna pour un temps dona Olympia de sa maison ; mais il lui substitua la princesse de Bossauo, sa nièce, ce qui ne répara point le mal et occasionna de nouvelles satires. Dès l'année 1649, on avait vu commencer la fameuse affaire des . cinq propositions , sur lesquelles on a tant écrit, et qui ont amené tant de troubles. Il est inutile de répéter ici ce qui appartient au fond même de la question ; il suffit de dire que le fait sur lequel on ne s'accordait point était de savoir si les propositions se trouvaient ou ne se trouvaient pas dans le livre de Jansénius. Déjà une bulle d'Urbain VIII, en renouvelant la loi du silence au sujet des matières de la grâce , avait déclare que le livre de l'évéque d'Y près contenait plusieurs propositions erronées. Les jésuites et la plus grande partie des évèques de France , au nombre do quatre-vingt-onze, renouvelèrent en 1650 leurs plaintes contre les propositions, sans former encore explicitement des dénonciations contre les auteurs. Alors Innocent X nomma une congrégation pour examiner l'affaire et lâcher de terminer la dispute. En 1632 il sollicita vivement le roi d'Espagne de faire publier la bulle d'Urbain VIII, et ce monarque y consentit. Enfin le 30 mai 1653, après plus de deux ans d'examrn, et quarante-cinq à cinquante congrégations tenues devant le pape ou devant les cardinaux commissaires, après avoir eutendu les défenses et lu les mémoires des partisans des cinq proposi-