‹ Biographie universelle ancienne et moderneChapitre 79 sur 106 · IST · texte numérisé non relu

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eu une part qui le rendait plus propre que personne à l'exécution de ce projet. H n'avait pas Jerminé cet important ouvrage, lorsque , se rendant à Presbourg pour assister au couronnement de Mathias II, en 1608, il fut attaqué d'une paralysie du côté droit, qui le priva entièrement de la faculté d'écrire; il se contenta d'en dicter sommairement les quatre derniers livres à un secrétaire, et mourut octogénaire le 1er avril 1615. 11 légua son manuscrit au cardinal Pierre Pazman, son ami, archevêque de Cran, qui le fit imprimer sous ce titre : Historiarum de rébus Hungarieis libri XXX IV ab an. 1490 quo Math, Cortinus MB Hung. fato fuie lus est. ad Âlatkiam usque II. Cologne, 1622, in-fol. ; réimprimé très-fautivement daus la même ville, 1662 et 1685, avec une continuation fort médiocre du P. Kelteler, depuis l'an 1606, où se terminait l'ouvrage d'isllivanllu», jusqu'à 1718 (Cologne , 1724 , in-fol.) , et enfin a Vienne, 1758, in-fol. Cette histoire est estimée pour l'exactitude des faits, la vérité des détails et la clarté du style. La Vie d'isthvanfius, par Thom. Balasfy, évéque de Presbourg, a été insérée par Fr. hollar dans son Supplément à Lambécius, et elle a reparu avec des notes dans le itemor. Uungarorum scriptis notorum d'Alexis Horanr, 1776 (2« part., p. 247 et suiv.) W— s.

I s r m \ (Vi.xi'entello d'), vice-roi de Corse, né en 1380, était fils de Ghilfuccio d'Istria, de l'illustre famille de Cinarca, et d'une sœur de Henri ilella Bocca, comte de Corse. Après la mort de cet oncle, en 1401 , Vinccntello, impatient de suivre les traces glorieuses de ce vaillant guerrier, passa à la cour îles rois d'Aragon et de Sicile, pour lesquels il porta les armes contre la république de Gênes. Devenu célèbre par ses victoires et brûlant de se mesurer avec les Génois sur le sol de sa patrie, il se dirigea vers la Corse me des vaisseaux et des soldats de son souverain. Profitant du mécontentement excité par le gouvernement tyrannique de Leonello Lomeliiuo. il réussit à se rendre maître de l'Ile et à se faire proclamer comte de Corse par une assemblée nationale tenue à Biguglia en 1406. Élevé à cette dignité funeste à plusieurs de ses ancêtres, Yiocentcllo d'Istria acquit la preuve qu'il est plus facile de s'emparer du pouvoir que de le conserver, et il montra par ses succès comme par ses revers qu'il était destiné, ainsi que ses prédécesseurs, à succomber tout couvert de gloire sous If fer des Génois, ennemis de la puissance de sa maison autant que de la liberté de sa patrie. Après le siège de Bonifacio, fait en 1421 par l'armée navale du roi Alphonse d'Aragon, Vinccntello fut créé vice-roi de la Corse ; mais il" parait que depuis celte époque, aveuglé par l'éclat du pouvoir, il ne fut plus qu'un méprisable tyran. En 1433, après avoir accablé le peuple d'im^ls au mépris de l'ancienne constitution, nouveau Tarquin, il entraîna eu plein jour, de vive force, dans sa couche adultère, une jeune fiancée d'une

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des familles les plus distinguées de Biguglia. Cet attentat, sans exemple dans les annales de la Corse, mit le comble à l'exaspération des esprits déjà si fortement indisposés, et fit prendre soudainement les armes à plusieurs de ces chefs de lu populace que lui-même avait jadis stipendiés. Hepoussé par les insurgés, qui avaient trouvé un appui dans les agents de la république génoise, Vincentello, désespérant de conjurer l'orage, se décida enfin à quitter l'Ile pour passer en Sardaigne ; mais, rencontré en pleine mer par une galère de la république et fait prisonnier, il fut conduit à Gènes et aussitôt tiécapité (1454). Les historiens corses et génois sont unanimes pour ranger Vincentello d'islria au nombre des hommes les plus distingués de son temps; mais tous affirment qu'il ne connaissait pas de bornes dans l'amitié ni dans la haine , et que ce fut la cause principale de ses malheurs et de sa chute. G — ky.

ITALINSKI (André d'), diplomate russe, né le 5 mai 1745, en Pologne, reçut sa première éducation à l'école des moines de Kiev, visita ensuite Leyde et son université, où il étudia la philosophie, les antiquités et surtout les sciences physiques et naturelles, se fit conférer le doctorat ès philosophie à Edimbourg , devint à Londres membre de la société royale , passa de cette capitale de l'Angleterre dans celle de France, et s'y ménagea un bienvedlant accueil auprès des philosophes qui alors donnaient le ton à la société. Grimm le prit en amitié, et les recommandations de ce littérateur firent attacher Italinski à la légation russe près du gouvernement des beux-Siciies. Italinski s'y distingua par ses talents et ses manières, et il finit par obtenir de Paul I" le litre d'ambassadeur dans cette partie de l'Italie. Bientôt après il fut nommé au poste, bien autrement avantageux et délicat, de Constantinople, où il resta jusqu'à l'explosion de la guerre entre la Russie et la Porte, en 1806. Quand les événements eurent amorti des deux parts la fureur belliqueuse, quand l'imminence de la lutte entre la Russie et la France eut déterminé la première à se réconcilier avec tout autre ennemi , le chevalier Italinski fut au nombre des commissaires moscovites qui vinrent au camp russe, et qui ouvrirent avec le divan les négociations que termina le traité de Bucharest (1812). La rénovation de la paix lui rendit sa place à Constantinople. Mais, quoique parfaitement vu des efiendis, de la population turque et des habitants de Péra, il sollicita comme une faveur sa translation à Rome. Alexandre y consentit enfin (1817), et c'est là qu'ltalinski finit sa vie, le 27 juin 1827, toujours portant le litre d'ambassadeur de Russie près du saint-siége , mais ne s occupant guère que de la lecture des classiques et de la formation d'un superbe cabinet d'antiquités. Sa demeure, sans cesse ouverte à tout le monde, était le rendezvous des antiquaires et des savants. 11 connaissait à fond les langues orientales , et la facilite' avec

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laquelle il les parlait, la sagacité qu'il mettait à analyser les beautés des écrivains orientaux étonnaient les Turcs. Un lui doit plusieurs ouvrages, parmi lesquels le premier rang appartient sans contredit à la continuation du grand recueil des Vases étrusques de d'Ilancarville. P — ot.

1TARD (Jean-Makik-Gasparii), médecin, naquit en 177î> à Oraison, petite ville de la Provence, aujourd'hui département des Basses-Alpes. Ses éludes universitaires, commencées au collège de' Riez , sous la direction d'un oncle ,,chanoine de la cathédrale, furent terminées à Marseille chez les Oratoriens. Son père , qui le destinait au commerce, le plaça alors dans uue maison de banque de cette opulente cité. Mais la révolution lança bientôt le jeune Itard dans une tout autre carrière. II n'avait jamais ouvert un livre de médecine ; jamais non plus il n'était entré, même en curieux, dans les asiles que la pitié publique ouvre à la pauvreté souffrante , et cependant, par un de ces abus qui depuis se sont renouvelés si souvent , on trouva moyen de le soustraire à la réquisition en le faisant employer, comme chirurgien, dans l'hôpital militaire que l'occupation de Toulon par les Anglais avait fait transférer momentanément à Soliers. Itard s'empressa du moins d'acquérir les connaissances qui lui manquaient, et il y mit tant d'ardeur qu'en 1796 une place de chirurgien de seconde classe étant devenue vacante au Val-de-Gràce, à Paris, il l'obtint par la voie du concours. On voulut alors lui assigner une destination éloignée ; mais il sentait trop bien Jes avantages de la capitale pour y renoncer, et il donna sa démission. Au bout de quelques années, en 1790, il fut nommé médecin de l'institution des sourds-muets. Vers la fin de cette année, un enfant de onze à douze ans, trouvé entièrement 1)11 dans les bois de la Caune, où il cherchait des glands et des racines pour sa nourriture, fut déposé d'abord à l'hospice de Ste*AfTrique, puis à celui de Rhodez. Les journaux de l'époque firent grand bruit de cet événement. Chaptal, minisire de l'intérieur, fit venir à Paris l'enfant, que la voix publique désignait sous le nom de sauvage de l'Aveyrou, et le plaça aux sourds-muets, llard, moins perspicace que Pinel, ne voulut voir eu lui qu'un malheureux qui, privé de toute éducation dès sou enfance, avait vécu entièrement 6éparé du commerce des hommes. Il lui parut doue curieux de déterminer quels pouvaient être le degré d'intelligence d'un pareil infortuné, la nature de ses idées, et la marche à suivre pour l'amener à notre degré de civilisation. Le problème offrait effectivement beaucoup d'inlérét s'il 6e fùl agi d'un Gaspard llauser. Mais le hasard avait mal servi Itard; le prétendu sauvage de l'Aveyron ne put même apprendre à parler, et il demeura constant que c'était un idiot, déshérité des plus nobles facultés de l'espèce humaine. Quatre années d'une laborieuse et ingrate éducation mirent cette vérité

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hors de doute. Elle n'eut d'autre résultat que de nous valoir la publication de deux ouvrages intitulas De l'éducation d'un homme sauvage , ou Des premiers développements physiques et moraux du jeune sauvage de FAveyron, Paris, 1801 , in-8°, et Rapport sur les nouveaux développements et l'état actuel du sauvage de l'Aveyron, Paris, 1807, in-8°. L'instituteur y rend compte des moyens qu'il a mis en usage pour réveiller la sensibilité chez son élève, exciter et régulariser l'action des organes des sens, et réveiller l'intelligence. On y trouve, selon les expressions du secrétaire de l'Institut écrivant au ministre au nom de cette société, l'exposé d'une suite de phénomènes singuliers et intéressants, d'observations fines et judicieuses, avec une combinaison de procédés instructifs propres à fournir de nouvelles données à la science, et dont la connaissance ne pourrait qu'être utile à toutes les personnes qui se livrent à l'éducation de la jeunesse. Nous ajouterons que ces opuscules, tout en constatant une longue erreur d'Itard, le présentaient du moins sous un jour moral des plus favorables, et devaient faire aimer sa personne. Trente ans plus tard l'auteur publiait, dans lés mémoires de l'Académie de médecine , dont il était membre , un mémoire sur le mutisme produit par lésion des facultés intellectuelles. Là il établissait en principe que, si l'enfant flétri du nom d'idiot connaît assez bien le nom ou le signe naturel des choses destinées à son usage, s'il connaît assez bien la valeur du oui et du non pour en faire une juste application , s'il a l'idée du mieux faire, tout espoir n'est pas perdu ; mais que, s'il ne donne pas ces faibles lueurs d'intelligence , on ne doit rien attendre de lui , quelque attentif qu'il soit d'ailleurs à pourvoir à ses besoins , parce que cette attention tient à l'instinct, et que l'instinct n'est pas un présage de perfectibilité, comme le prouve assez l'exemple des animaux. « C'est pour y avoir « été trompé une fois , ajoutait-il , que je fais « cette réflexion. » Aveu touchant et naïf, a dit M. Bousquet dans l'éloge lu à l'Académie, aveu inspiré peut-être par le souvenir du sauvage de l'Aveyron ! peut-être, disons-nous, car nous n'avons pas reçu ses confidences à cet égard ; trop modeste ou trop sévère envers lui-même, il n'aimait pas à rappeler les débuts de sa carrière. Quoi qu'il en soit, l'éducation du sauvage de l'Aveyron .eut un immense avantage pour ltard: elle lui permit de se présenter à la pratique de la médecine avec un nom déjà connu, et d'acquérir en peu de temps une clientèle nombreuse. Mais les sourds-muets eurent toujours ses premiers soins. Personne ne les a mieux connus que lui, personne n'a mieux décrit leurs mœurs, leurs caractères, leurs habitudes, leurs passions; personne n'a mieux apprécié les effets de leur infirmité sur le développement de leur intelligence (1). Les ré-

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sultats de ses remarques sont consignés dans son Traité des maladies de l'oreille et de l'audition, Paris, 1821 , 2 vol. in-8" ; f édition , considérablement augmentée , et publiée par les soins de l'Académie de médecine, Paris, 1842, 2 vol. in-8°, avec 3 planches. Cette monographie , d'autant plus précieuse qu'elle n'avait pas d'antécédents, et qu'elle est tout entière le fruit de l'observation, contient plus de choses neuves que la plupart des ouvrages qu'on avait publiés, entre autres une histoire fort complète de la surdi-mutilé. Il importe de dire, à cette occasion , que les procédés si admirés à l'afde desquels certains sounlsmuets ont recouvré en partie l'usage de la parole , sans cesser d'être sourds , étaient dus entièrement à ltard , qui a travaillé toute sa vie pour les faire introduire dans l'institution des sourds-muets. « En observant les sourds-muets, « dit M. Bousquet , ltard ne tarda pas à s'aper- « cevoir qu'il en est peu dont l'oreille soit fermée « à tous les bruits : la plupart entendent, les uns « les bruits les plus forts, comme le tonnerre et - l'explosion des armes à feu, d'autre* des bruits « moins forts ; les deux cinquièmes environ en- « tendent la voix humaine ; mais, comme ils n'en « saisissent que les tons les plus élevés , le peu « d'audition qui leur reste est perdu pour la « parole ; dès que l'oreille ne perçoit pas nette- « ment, facilement la parole, la peine d'entendre « éteint le désir d'écouter , et le mutisme est « inévitable. Conduit par l'analogie, ltard se per- " suada que, de même qu'on fortifie les membres « affaiblis , de même on fortifierait l'oreille par r l'exercice ; c'est ce qu'il appelait l'éducation « physiologique de l'oreille. La première idée de « cette éducation remonte à 1809 : ici les dates

• sont importantes à noter pour conserver à ltard « une gloire qu'on a voulu lui ravir. Les premiers « effets en sont généralement heureux et prompts. « Les parents, faciles à s'abuser , y voient le pré- « sage d'une guérison complète et prochaine. « Mais bientôt cette amélioration s'arrête , et « comme l'oreille ne parvient jamais à saisir les « intonations de la voix, la parole reste toujours « bornée, rude, sans expression. Les demi-sourds « sont toujours des demi-muets : ils parlent, tuais ■ ils ne conversent pas ; la conversation est une <■ musique des plus délicates, dont les notes, tan- « tôt hautes et tantôt basses, exigent une finesse « d'ouïe dont ils n'approchent pas. Etrangers à « tout ce qui se dit autour d'eux, ils se sentent « sans cesse rappelés vers leurs compagnons

* d'infortune, avec lesquels ils peuvent du moins « échanger facilement leurs idées. Mais ils ont « beau fuir la grande société parlante, ils y sont « nés, il faut qu'ils y vivent : heureuse nécessité

tingués de l'Institut des sourds-muats de Paria , et sourd-muet lui-même, contldèr* toute* ces assertions comme inadmissibles. Tour le démontrer, il faudrait, suii unt lui, citer d'abord les propres expressions de M. ltard concernant les sourds-muet» , et le* réfuter ensuite, et qui paraît coarenix beaucoup mieux a an tra-

« qui les force de recourir à la parole par l'Inté- « rt't même qu'ils ont à se faire comprendre ! » On doit encore à Itard un mémoire sur le pneumothorax, publié en 1803, un article sur les hydropisies dans le dictionnaire des sciences médicales, et deux mémoires, l'un sur les médications de l'oreille interne, l'autre sur le bégaiement, insérés dans le Journal universel. Partout on retrouve les mêmes principes , l'expérience proclamée l'unique guide du médecin, le dédain, ou tout au moins l'insouciance des théories , et une confiance sans bornes dans la puissance de la nature. Itard les a consignés jusque dans son testament , où il déclare vouloir que son corps soit rendu à la terre intact et sans mutilation, persuadé qu'il était que les ouvertures de cadavres profitent peu à l'art de guérir, et que rien ne saurait soustraire l'homme aux tristes conditions de son existence, qui sont de souffrir et de mourir. A cela près de celte faiblesse, qui d'ailleurs lui a été commuue avec plus d'un médecin frappé de maladies incurables, son testament est un modèle de sentiment et de philanthropie. Les sourdsmuets, qu'il avaft tant aimés, y occupent une large place. Affligé de voir qu'à la fin de leur cours d'études, après six ans de séjour dans l'institution, ils étaient incapables de lire avec une parfaite intelligence la plupart des ouvrages de notre langue, il a créé pour eux une nouvelle classe dont le principal objet est de les former à cette lecture , et de les mettre ainsi en état de continuer leur éducation. Il a affecté huit mille francs de rente à cette utile fondation, dont il a même réglé les bases d'après la connaissance que quarante années d'observations lui avaient donnée des sourds-muets. En outre, il a légué à l'Académie de médecine une rente annuelle de mille francs pour fonder un prix triennal en faveur du meilleur mémoire de médecine pratique ou de thérapeutique appliquée, en mettant pour condition qu'aucun ouvrage ne serait admis au concours qu'après deux ans au moins de publication (1). Sa mort eut lieu le 5 juillet 1858. J— d— n.

ITT1G ou 1TT1GIUS (Thomas), savant et laborieux théologien protestant, né à Leipsick le

|1) M. F. Berthier, déjà cité dans la note précédente, reconnaît, avec l'auteur de l'article, que le testament d'Itard a été dicté par la plus louable philanthropie , et que le but de sa fondation recommande ce médecin a ta mémoire de* malheureux appelé» à jouir de .ion bienfait; mais il pense que les bases qu'il lui a données sont fort attaquables du coté de la parole oralt. Les conséquences qu'Itard a prétendu tirer du fait que « presque « tous les sourds-muets de l'Institut se trouvent, au bout de »ix « années qui leur sont accordées pour leur instruction , hors •■ d'état de lire arec une parfaite intelligence la plupart des ou- « vrages de la langue française, » ne sont pas exactes. Le testament n'allègue aucune raison bonne ou mauvaise pour exclure l'emploi du langage mimique, de cet instrument indispensable au développement spontané des facultés mdrales et intellectuelles du jeune sourd-muet. Comment pourrait-on d'ailleurs prendre en sérieuse considération le jugement d'un homme qui avoue lui-même qu'il «tait étranger à i ensexgnemeni de dmititut t Et n est-il pas étonnant qu'il ne se soit paa donné la peine d'essayer une seule fois de ivtudc de la mimique pendant les quarante années qu il est rt.té auprès des sourds-muet. ! D-*-«.

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31 octobre 1643, était fils de Jean Itlig, professeur de physique à l'université de cette ville. Après avoir terminé ses éludes, il alla passer deux années à Rostock, d'où il revint à Leipsick prendre ses degrés en philosophie : il alla ensuite étudier la théologie à Strasbourg, et, son cours achevé, accompagna à Dresde deux jeunes seigneurs dont il surveillait l'éducation. Son dessein n'était point d'entrer dans les ordres ; mais il céda aux vœux de ses parents, et reçut l'imposition des mains en 1671. Itlig parvint successivement aux premières dignités ecclésiastiques: il fut créé, en 1677, professeur extraordinaire de théologie, et demanda l'année suivante la chaire de professetfr ordinaire, qu'il remplit avec autant de zèle que de succès. Sa santé avait toujours été parfaite ; mais il souffrit les quatre dernières années de sa vie de grandes douleurs de la pierre , et mourut à Leipsick le 7 avril 1710, à l'Age d'environ 67 ans. Itlig est auteur d'un grand nombre d'ouvrages ; Niceron en a donné une liste très-étendue, quoiqu'elle ne comprenne pas ceux qui sont écrits en allemand. Nous nous bornerons à indiquer ici les principaux : 1° Dissertationes très de montium incendiit, Leipsick, 1666, in-4°; il les reproduisit sous ce titre : Lurubrationes academicœ de montium incendiit, ibid., 1671, in-8°; 2° Bibliotheca patrum aposioiicorum graco-latina . Leipsick, 1699, in-8". On y trouve les lettres de St-Clément pape aux Corinthiens, celles de St-Ignace et de St-Polycarpe , et quelques opuscules et fragments de St-Clément d'Alexandrie, le tout grec et latin, enrichi de notes et précédé d'une longue dissertation De Patribus apoitolicis. 3" De hœresiarchit œvi apostolici et aportolieo proximi, ibid., 1703, in-i". C'est une seconde édition avec un appendix. 4" Exercitatio historico-theologica de Gui. Postello, ibid., 1704, in-4° ; 3° Historia tynodorum naiionalium a reformatis in G allia habit orum, ibid., 1703, in-t°. Ce volume, le seul qui ait été publié, contient seulement l'histoire des quatre premiers synodes : ceux de Paris, de Poitiers, d'Orléans et de Lyon. 6° De bibliothecit et calenis Patrum, tariitque veterum teriptorum ecclesiasticorum eollectionibus tractatut, ibid., 1707, in-8° de plus de mille pages : ouvrage curieux qui renferme une bibliographie raisonnée de toutes les collections plus ou moins complètes, au nombre de cent quatorze, des ouvrages des saints pères qui avaient paru jusqu'alors, et de soixante4mil autres collections d'opuscules d'historiens ou d'écrivains ecclésiastiques que l'on n'a pas coutume de mettre au nombre des saints pères. La table alphabétique mise à la fin du volume contrent les noms d'environ dix-neuf cent cinquante auteurs différents. 7° Historia ecelesiastica primi a Chrisla nato sœeuli selecta eapita, ibid., 1709; secundi sœculi, ibid., 1711, 2 vol. in-4°; 8° Schediasma de audoribut qui de scriptoribut ecclesiasticis egerunt, ibid., 1711, in-8° ; 9° Historia coneilii Nieœni observationibus maxime recentiorum seriptor. illuitrata, ibid., 1712,

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in-l°. Ces deux derniers ouvrages ont été publics par Christ. Ludovici, neveu de l'auteur. On doit encore à Iltig une édition grecque et latine des œuvres «le Josèphe, avec de savants prolégomènes, Cologne (Leipsick), 1001, in-fol. , et enfin il a coopéré plusieurs années à la rédaction des Acta erudiior. Lipsiens., dont les auteurs lui ont payé un juste tribut d'éloges (mois de mai 1710). On peut consulter pour plus de détails : De tita. obitu. scriptisque Th. ltligii eplstolica distertatio a Jo. Fred. Kernio, Leipsirk, 1710, in-i", et les Mémoires de Niceron, t. 29. W — s.

ITL'RBIDE ou YTCRR1DE (Augustin br), Mexicain célèbre, naquit en 1784 à Valladolid de Meehoacan , d'une des premières familles de la province, et reçut une éducation un peu moins négligée que la plupart des créoles, sans toutefois se signaler par des dispositions ou par des succès extraordinaires. On ne voit pas même qu'il ait cherché , comme Bolivar et d'autres, soit à compléter, soit à rectifier les résultats de ses études indigènes par un de ces voyages en Europe si indispensables à l'Espagnol d'Amérique, pour comprendre tout ce qui manque à son pays. Au bout de quelque temps il fit choix delà carrière militaire, comme celle qui cadrait le mieux avec ses goûts; et pendant plusieurs années il put se partager entre les loisirs de la vie de garnison et les fougueux plaisirs des jeunes créoles, songeant fort peu aux misères du système colonial et à la situation arriérée de la civilisation au Mexique. Il portait l'épaulette de lieutenant, lorsque, en 1810, le curé de Dolores, Michel Hidalgo, que préoccupaient ces questions graves, profita de l'usurpation du trône d'Espagne par Joseph-Napoléon pour appeler à l'indépendance tous ceux que ne charmait point l'exploitation du Mexique par des mattres européens ou par leurs commis. Mais la tentative de Hidalgo était sinon prématurée, du moins trop brusque, trop peu préparée pour réussir; les propriétaires, les hommes influents ne la comprirent pas. Ilurbide suivit le torrent et, malgré les invitations de Hidalgo, il resta fidèle au vice-roi et à la cause de l'Espagne : il fut même un des officiers qui déployèrent à cette occasion le plus d'ardeur et de résolution. Plusieurs engagements avec les bandes des insurgés dont il se tira souvent avec succès et toujours avec honneur lui acquirent du renom. Hidalgo tenta de le séduire par de brillantes promesses, et par T'offre du grade de lieutenant général ; Ilurbide déclina toutes ces propositions, cl quand la révolte fut comprimée il en fut récompensé par la faveur des vice-rois. H avança de grade en grade, et en 1810 il commandait ce qu'on nommait pompeusement l'armée du Nord, c'est-à-dire les quelques milliers d'hommes occupant les provinces de Guanajuato et de Valladolid. On l'y laissa trancher du maître, et faire subir aux habitants des avanies qui ne profitèrent sans doute pas à lui seul. Enfin il fut dénoncé comme concussionnaire par plusieurs des meil-

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leures familles du pays. Le vice-roi de cette époque, Calleja, déclara qu'il le croyait irréprochable, et bientôt Apodaca, son successeur, après avoir examiné les pièces, finit par en dire autant. Cependant, soit que l'opinion de ces hommes d'Etat fût autre que leur langage, soit que la maladresse du coupable qui s'était laissé surprendre leur déplût, Ilurbide eut l'humiliation d'être invité à envoyer sa démission, ce qu'il fit. n est à croire que ce désagrément fut pour quelque chose dans la propension qu'il montra bientôt après pour les indépendants. Quoique réprimée sévèrement, Pinsurrccllon de 1810 avait laissé des traces et des souvenirs : plus d'un propriétaire qui était resté froid, sourd au cri d'Hidalgo, regrettait l'occasion perdue , et souhaitait qu'elle se présentat de nouveau. La révolution de 1820 fournit le prétexte si vivement désiré. Les cortès d'Espagne, au lieu d'unir à leur cause les colonies américaines par des concessions analogues à leurs besoins, à leurs vœux, à leur degré de civilisation, et de céder politiquement à la Jbrce des circonstances, se montrèrent aussi infatuées que le gouvernement royal de leurs vieilles théories sur les rapports des colonies et de la métropole, ce qui n'empêcha pas le lien de fidélité , déjà bien lâche depuis la nouvelle des événements de Léon , de se rompre comme de lui-même. En vain le viceroi comte del Renadito voulut retenir la population dans le devoir: Indiens, créoles, hommes de couleur, tous se soulevèrent, et il ne n st., au gouvernement que les Espagnols d'Europe et les troupes. Encore celles-ci ne persévérèrent-elles pas longtemps dans leur dévouement. Iturbide , qui vivait à la campagne, fut un des premiers à se laisser arracher aux paisibles occupations des champs, et à prendre place parmi les chefs de l'insurrection. A la tête de huit cents hommes qui le reconnurent pour leur général , il se déclara pour l'indépendance. D'autres l'imilèrent, et quelques mois suffirent pour réaliser presque complètement l'émancipation du pays. La capitale seule restait encore aux Espagnols , avec le fort inexpugnable de St-Jean-d'l'lloa. De tous les hommes qui concouraient à cette subite insurrection, Iturbide était le plus remarquable. L'armée entière lui obéissait , et ses idées sur l'organisation à donner au Mexique avaient été adoptées, en apparence au moins, par tous les chefs. Ces idées, fort sages au fond, à part l'origine révolutionnaire dont elles portaient le cachet, avaient été rédigées par lui-même sous forme d'articles provisoires, et sont connues sous le nom de Pian d'Itjuala. Les trois premiers articles posaient en principes l'indépendance absolue du Mexique, le catholicisme, l'abolition de distinction entre l'Européen et l'Américain. Par le quatrième, le gouvernement devait être une monarchie constitutionnelle. D'après le huitième et le neuvième, le nouvel Etat, titré empire, offrirait la couronne d'abord au roi d'Espagne Ferdinand VII, puis sur son refus à

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son frère don Carlos, et ensuite au frère cadets l'infant Francesco de Paula, et enfin sur le refus de ces deux princes à tout membre d'une des dynasties régnantes d'Europe qui semblerait le plus apte à la porter. Une constitution devait précéder l'installation du monarque, qui n'entrerait au Mexique qu'après avoir prêté serment à cet acte fondamental , et la constitution serait Fourrage d'un congrès constituant, convoque' pour cette tâche par une junte provisoire composée du comte de) Benadito et des hommes les plus éminents de chaque parti. Venait ensuite l'article le plus essentiel à un ambitieux , celui qui plaçait au nombre des mesures urgentes la formation d'une armée protectrice des trois garanties constitutives de l'Etat (l'indépendance, le catholicisme et l'union). C'est de cette armée, dite armée des trois garanties, qu'il urbide possédait le commandement sous le titre de premier général, et c'est à l'aide de ce commandement qu'il influait décidément sur tout et avait la haute main sur l'exécution des mesures réglementaires ou transitoires contenues dans les autres articles du plan d'tguaja. Cependant les indépendants n'étaient

Eas tous dévoués aux idées monarchiques d'Ituri«le ; une forte minorité demandait la république. Au milieu de ces germes de dissensions débarque le général O'Donoju , chargé de pleins pouvoirs par le roi constitutionnel d'Espagne pour pacifier le Mexique en pactisant avec les insurgés, et en accordant à tous une amnistie. O'Donoju en arrivant fut confondu : au lieu de voir 'des rebelles luttant péniblement contre un gouvernement pourvu de forces supérieures, il vit la lutte terminée, l'autorité de la métropole anéantie, et dès lors il sentit qu'il n'était plus porteur que de propositions dérisoires. Il crut devoir, pour réserver a Ferdinand quelque chance heureuse, en ne rompant point ouvertement avec les vainqueurs, dépasser ses pleins pouvoirs; et il signa le 24 août 1 K21 , avec Iturbide, le traité de Cordova qui confirmait et développait le plan d'Iguala, et qui ouvrit au général américain les portes de Mexico. Cette convention au fond était une duperie : sans doute si les deux partis en eussent cherché l'exécution sincèrement, elle eût pu être aussi avantageuse au Mexique qu'à l'Espagne , et eût laissé à la maison de Bourbon une de ses plus riches possessions. Mais ni l'un ni l'autre des contractants ne voulait la réalisation du traité. Iturbide marchait au but qu'entrevoyait sa propre ambition, et songeait à faire tomber sur sa tête cette couronne flottante, offerte vaguement à tant de princes et recommandée au refus: O'Donoju ne pouvait ignorer que la morgue castillane, non moins aveugle . chez les cortès que chez le roi , ne consentirait point au démembrement de la monarchie de l'Espagne cl des Indes, et probablement ne voyait dans la transaction de Cordova qu'un attermoiement , un moyen d'attendre la flotte et les troupes nécessaires au rétablissement de l'ancien

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ordre. Malheureusement il ne pouvait faire que l'Espagne fût voisine du théâtre des événements et que ceux-ci ne marchassent plus vite que sa correspondance. Maître de Mexico, Iturbide s'empara provisoirement de tout le pouvoir; et il eût été périlleux de lui demander en vertu de quel droit. A son titre de premier général de l'armée des trois garanties, il joignit celui de grand amiral; il nomma la junte qui devait régir le Mexique jusqu'au couronnement d'un souverain et convoquer le congrès; mais des cinq personnes dont il la composa, trois étaient ses créatures, la quatrième c'était lui-même. 11 déclara propriété nationale les biens de l'inquisition. Il se fit donner par la Junte un million de piastres , et vingt lieues carrées de terre. Cependant la victoire avait, suivant l'usage, amené la division parmi les vainqueurs : les républicains, les partisans de la monarchie se livraient à d'orageuses discussions; et tous les efforts des derniers pour obtenir un congrès favorable à leurs vues échouèrent contre l'effervescence mexicaine habilement stimulée par les républicains. Iturbide vit avec efTroi une majorité démocratique se dessiner avec hardiesse, quoique encore sans armes, contre son système. Le congrès débuta par décréter une solennité patriotique en l'honneur des insurgés de 1810. C'était plonger dans le passé d'Iturbide, le désapprouver en présente de tous , le flétrir soit comme apostat , soit comme tard venu , et l'empêcher de répondre. Après cela le congrès prononça la suspension de trois des cinq membres de la junte , et ne laissa en présence d'Iturbide qu'un antagoniste dont la voix valait la sienne (avril 1822). Dès lors plus de résolution possible , l'action du pouvoir exécutif se trouvait paralysée ; et pour peu que cet état durât, le congrès pouvait à son aise élaborer la constitution comme il l'entendrait. Pour y parvenir, cette assemblée méditait un troisième coup : une commission choisie dans son sein lui présenta un projet de loi d'après lequel il y aurait eu incompatibilité entre un commandement militaire et l'exercice du pouvoir exécutif. Le projet allait passer, c'était chose indubitable, et mettre Iturbide dans l'alternative d'opter. Ainsi traqué par les républicains , il précipita le projet auquel il avait déjà pensé sans doute, et résolut de sortir de sa situation par un coup d'État. L'armée, au moins pour l'instant, était à lui, et ses agents l'animèrent sans peine contre les législateurs comme ennemis du soldat, et cela au moment où l'on apprenait que les cortès avaient refusé (13 février 1822) de ratifier le traité de Cordova , et que sous peu une expédition des Espagnols rendrait les services de l'armée plus indispensables que jamais. Dans cette crise , quoi de mieux que de donner au pouvoir la force en lui donnant l'unité, et de ne, plus se bercer de la chimère de donner aux Américains un souverain né hors d'Amérique, incapable de comprendre l'Amérique et de sympathiser avec

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elle? Le 48 mai 1822 au soir, la garnison de Mexico se répandit par les rues en criant Vite l'empereur don Augustin /■ \ et une partie de la population se joignit à ce cri et proclama Iturbide sous ce nom. Le général, en apparence étranger au mouvement, feignit d'abord des hésitations, un refus. Il publia une proclamation équivoque par laquelle il recommandait avec tiédeur l'obéissance aux autorites (il en faisait partie), à la constitution (elle n'était pas encore faite), parlait du salut de la patrie et des cas graves où de funestes délibérations peuvent le compromettre, et protestait de son dévouement à ses concitoyens. Il n'était pas difficile de pénétrer ce que signifiait ce langage. Le lendemain 19, au matin, le congrès fut convoqué. On comprend que les tféputés ne s'y rendirent pas tous : la populace, la force armée étaient à leur poste; sur cent quatre-vingt-deux membres de la législature , la moitié moins trois désertèrent le leur. La comédie était préparée à l'avance; ce n'était qu'une répétition du 18 brumaire. Les créatures du nouveau Bonaparte demandèrent que le général fût appelé à s'expliquer au sein même de l'assemblée. Iturbide se mit en route à l'instant même, accompagné de quelques troupes et d'officiers de divers grades. Sa voiture, chemin faisant, fut arrêtée, dételée et traînée par des hommes échelonnés pour cette petite ovation; au congrès, son escorte d'officiers entra en même temps que lui. Après un court échange de paroles convenues, au lieu d'explications on mit aux voix la question de la royauté d'Iturbide : soixantedix-sept sur quatre-vingt-quatorze se prononcèrent en ce sens, et le général, cessant de feindre, ne s'occupa plus que de consolider sa trop rapide élévation. Les adhésions des provinces arrivèrent à la file; le 22 juin , le congrès , encore timide, quoique redevenu un peu plus nombreux , vota l'hérédité de la couronne impériale, donna au fils al né de l'empereur le titre de prince de l'empire, à ses autres enfants celui de princes mexicains, à sa soeur et à son père ceux de princesse et de prince de l'Union. Il fut décrété aussi que toutes ses dépenses seraient soldées par le trésor public, et un peu plus tard un statut spécial fixa sa liste civile à un million et demi de piastres par an (huit millions cent mille francs). Enfin Iturbide, comme pour compléter sa parodie de l'empire de Napoléon, institua l'ordre du Guadalupe. Mais rien de tout cela n'était de la force: et plus Iturbide s'entourait de clinquant, plus son trône tout neuf encore chancelait sous son poids. Les républicains avaient relevé la tête et ralliaient à eux tous ceux qui, payant l'impôt, étaient enclins à se demander à quoi bon ce luxe , et tous ceux que l'empereur omettait dans la distribution des rubans, des grades ou des postes lucratifs. Fui rainé de violence en violence , soit par des résistances, soit par la pénurie du trésor, l'empereur, au mois d'août 1822, fil arrêter, en dépit de leur inviolabilité comme législateurs, plusieurs députés du

congrès -t et malgré les demandes de l'assemblée ,

qui sollicitait ou la réintégration de ses membres ou la déclaration de leur crime et leur prompte mise en jugement, il les tint en prison sans s'expliquer catégoriquement sur leur compte. Deux mois après, il confisquait un convoi de douze cent mille piastres expédiées de Mexico à la Havane, sous prétexte que les prétendus propriétaires des navires et de la cargaison étaient des prête-noms du gouvernement espagnol ; et il fallut beaucoup de temps, de démarches et de preuves pour qu'il lâchât enfin une faible portion de sa proie. Les soupçons, au reste, n'étaient pas complètement faux. Tandis qu'Uurbide vivait ainsi au jour le jour, la guerre de plume et de paroles s'envenimait: la tribune, les journaux retentissaient de déclamations ; on critiquait amèrement tantôt le plan d'Iguala et le traité deCordova, tantôt la conduite même de l'empereur; et, comme il est une classe nombreuse qui donne toujours tort aux gouvernants et désire un changement, l'engouement des basses classes et même des soldats pour Iturbide décroissait. On peut s'asseoir aisément sur un trône, au bout d'une période de révolutions et quand les masses sont harassées, lasses de désordres; mais au commencement des troubles, c'est impossible. Iturbide l'éprouva. Dès le 30 octobre 1822 , c'est-à-dire moins de six mois après son élévation, il en était à son deuxième grand coup d'État ; il ne pouvait plus gouverner avec son congrès. A l'issue d'un grand conseil tenu avec ses ministres, ses conseillers d'État, ses principaux généraux et soixante-douze députés, il déclara le congrès dissous, fit fermer la salle des séances, et le remplaça par une junte imtituante . de quarante-cinq membres, tous choisis dans les députés. La junte devait déterminer les formes à suivre pour l'élection d'un autre congrès; et, • en cas d'urgence, exercer la puissance législative à la place de la législature non encore élue. Les nouvelles élections en effet ne semblaient pas destinées à produire vile une chambre : car les difficultés que rencontrait de toute part la junte instituante l'empêchaient de s'arrêter à aucune combinaison électorale. Les tiraillements et les actes arbitraires se multipliaient. Un chef mulâtre indépendant, Guadalupe Yittoria, avait refusé son assentiment à la révolution du 22 mai. Saint-Jean d'Ulloa résistait toujours. Le chef de la place et de la province de Vera-Cruz, le brigadier général Santanna, bloquait ce fort, mais sans avancer sensiblement sa reddition. La domination d'Iturbide l'avait toujours froissé. Les derniers événements de Mexico lui fournirent une occasion constitutionnelle d'improuver la ligne suivie par l'empereur. Il proclama la république à Vera-Cruz, elloutesles troupes stationnées dans ses cantonnements se prononcèrent dans le même sens. Yittoria joignit à lui ses guer ni las. Iturbide eût dû en cet instant paraître

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en personne sur le théâtre du mouvement; mais il redoutait que son absence ne devint le signal d'un soulèvement dans la capitale : il resta, et se contenta d'envoyer ses forces disponibles au capitaine général de la province de Vera-Cruz. Etchevarri, c'était le nom de ce dernier, opéra d'abord avec fidélité; quelques escarmouches eurent lieu entre les rebelles et le corps qu'il commandait, il parvint même à les envelopper; l'insurrection semblait réduite à capituler , quand des intelligences occultes s'établirent entre le camp impérial et les chefs républicains; et il en résulta la convention ou déclaration de Casamata, par laquelle les trois généraux s'unirent pour établir la souveraineté du peuple et rendre l'existence au congrès (février 1823). Une fols l'accord signe* , ils ne perdirent pas un instant pour se rendre maîtres des provinces. A celle de Vera- Gruz , ils joignirent bientôt celle de la Puebla et ils marchèrent sur Mexico. Iturbide enfin sortit de cette ville pour aller à la rencontre du triumvirat , et prit position entre la capitale et l'ennemi. Mais au lieu de frapper de grands coups, ce qui était la seule chance de salut, il se mit à négocier : ses adversaires pour accorder un armistice exigèrent qu'il convoquât immédiatement le nouveau congrès, et à cette condition fut tirée une ligne de démarcation entre les deux armées. Aucune défaite n'eût été plus funeste à la cause d' Iturbide que cette trêve perfide, signe de son incapacité ou de sa faiblesse : dès lors la force morale passa plus vite encore et tout entière à l'ennemi. Les dépulations provinciales vinrent en grand nombre adhérer au programme de Vera- Cruz et de Casamata, les partisans de la métropole les grossirent, des défections se manifestèrent au camp impérial. Iturbide, abandonné de plusieurs même des généraux qu'il avait avancés, demande en vain à voir les principaux chefs républicains. Dénué de ressources et d'appui, il cesse enfin de se faire illusion sur la possibilité de lutter encore: U s'entend secrètement avec les agents de Santanna, il rappelle le congrès qu'il a cassé; et, en échange du pouvoir dont il se dépouille par un acte d'abdication formel (20 mars 1825), il obtient la vie et la liberté sous condition qu'il ira vivre en Italie, avec une pension annuelle de vingt-cinq mille piastres (cent trente-cinq mille francs), dont un tiers après sa mort sera réversible i sa veuve (8 avril 1823). Ainsi évincé du trône sans coup férir , Iturbide eut la' permission de rester encore quelques jours au Mexique , et même d'avoir une escorte de cinq cents hommes à son choix pour se préserver de tout péril. Si, comme cela est probable, il avait conservé un peu d'espoir et s'il voulait tenter la fortune avec ce faible corps, il fut bientôt obligé d'y renoncer. Quoique le congrès le laissât libre de choisir ces cinq cents hommes parmi ses partisans, la vigilance de Santanna le réduisit à les prendre tous parmi les républicains, auxquels

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du reste il affecta de donner ainsi une marque de confiance et d'estime. Enfin il partit le 11 mai, et, après deux mois d'heureuse navigation, il prit terre à Livourne. Il sembla d'abord avoir renoncé à tout rôle politique , et se retira dans une charmante maison de campagne aux environs de cette ville, ne s' occupant que de la composition de Mémoires sur sa vie. Mais bientôt les encouragements de quelques Anglais, encouragements venus peut-être du cabinet même de s t-James , déterminent cet ex-empereur à quitter ce qu'il regardait comme son Ile d'Elbe, et à tenter un 20 mars au Mexique. U part de Livourne, évite la France , arrive en Angleterre, et après un séjour de plusieurs semaines, pendant lequel on ne peut douter qu'il n'ait eu des entreliens avec des hommes politiques influents, il s'embarque sur un brigantin anglais, le 11 mai 1824,, un an, jour pour jour, après son départ du Mexique. Malheureusement il n'emportait que des proclamations, des diplômes, des croix, de riches insignes , mais peu ou point d'argent et d'armes. Déjà son départ de Livourne était connu à Mexico. Le congrès de la république fédérative du Mexique, par un acte du 28 avril 1824, avait déclaré le décret du 8 avril 1823 révoqué de plein droit, et proscrit l'ex-empereur au cas où U remettrait le pied sur le sol mexicain. Le 14 juillet, le navire aborde au port de Soto-la-Marina, dans l'État de Tamaulipas. Le 15, un Polonais, Charles Beneski, son secrétaire, débarque afin de sonder les esprits. Le 16, Iturbide était en prison par ordre du brigadier Philippe de la Garza. Suivant ses amis, ce fut de la part de ce chef une trahison insigne : instruit par Beneski de la présence et des plans d'iturbide , il lui avait écrit pour lui faire offre de ses services et travailler à la chute des républicains : selon le récit officiel du gouvernement mexicain, Iturbide s'était déguisé, et la Garza le reconnut sous son travestissement Le 17, malgré l'acte du 28 avril , il sursit à l'exécution de son captif, cl le Ut conduire au lieu des séances du congrès provincial de Tamaulipas. Les députés s'étaient enfuis, à l'exception de sept : six délibérèrent sur l'événement , et votèrent la mort d'iturbide, le 19 juillet à trois heures. La sentence lui fut signifiée sur-le-champ , et à six heures il n'était plus. Le peuple le vit fusiller en silence , bien qu'avec un peu d'émotion : la troupe semblait agir à contre-cœur et comme contrainte par ses officiers. Pour lui , on convient qu'il reçut la mort avec courage. Au moment du supplice il demanda et but un verre d'eau , il assura ses ennemis de son pardon , il commença un discours qu'on ne lui laissa point achever, il remit au prêtre qui l'assistait une lettre pour sa femme et huit quadruples pour les soldats chargés de le faire mourir. Ses funérailles furent célébrées le lendemain sans pompe, mais avec décence. Ainsi périt de la mort de Murât celui qui crut un instant imiter Napoléon à Cannes. U laissait cinq

enfant- en pension en Europe. Sa femme, qui avait débarqué pendant ce temps et qui se trouva en un instant veuve et dénuée de tout, car le vaisseau qui l'amenait s'était éloigné immédiatement, n'éprouva nulle persécution de la part de la république : il lui fut même alloué une pension de huit mille piastres, à condition qu'elle fixerait sa résidence aux États-Unis ou en Colombie. Effectivement, cette dame , après un séjour à Paris, alla s'établir à New-York. Beneski fut expulsé. Avec lturbide périt pour longtemps sans doute au Mexique le système d'Etat un et indivisible dont il avait été en quelque sorte la personnification, et qui semble profondément antipathique à l'Amérique insurgée; il eût dû l'être moins au Mexique, lturbide, en L'établissant et en lui donnant pour base la forme monarchique, épargnait à sa patrie les douloureux tiraillements de luttes où s'énervent et se dissolvent les républiques, et en faisait la première des puissances émancipées. Ses idées, bien qu'ambitieuses, étaient patriotiques et dignes de succès. Le Mexique, si sévère pour lui, n'a point gagné depuis sa chute. Sa mémoire a été réhabilitée en 1835 et un monument lui a été élevé. On a de lui des Mémoires, avec préfaces et pièces justificatives, publiés en anglais par J. Quin , sous ce titre : A tintement of tome of the principalements in the publie life of, etc.; traduits en français par J.-T. Parisot, sous celui de Mémoires autographes de don Augustin lturbide, empereur du Mexique. Paris, 18Î4; et en allemand sous celui de Denkwùrdigkeiten , etc., Leipsick, 184*. Ces mémoires, arrangés probablement par l'éditeur anglais, mais dont indubitablement î'ex-emperéur a fourni le fond , contiennent peu de faits , par cette raison , très-peu satisfaisante pour un public européen, que les compatriotes auxquels surtout il s'adresse les savaient trèsbien ; ils consistent principalement en réflexions un peu prolixes et en déclamations trop partiales sur les événements. On donne aussi comme composé par lturbide, pendant sa traversée du Mexique à Livournc , le roman anonyme intitulé l'Illustre Portugais, ou Us Amants conspirateurs (traduit de l'espagnol en français, par Tarmini Almerte, 1828, 2 vol. in-12); mais l'authenticité de cet ouvrage est problématique. Enfin on -a publié en français et en espagnol Catastrophe de l). Aug. de Vturbide . 1825, in-8°. L'auteur anonyme de cet opuscule (M. Soulier) est très-favorable à lturbide et le présente comme entraîné au Mexique par le désir de prémunir ses compatriotes contre les tentatives de la Sainte-Alliance et de faciliter leur alliance avec la Grande-Bretagne, alliance impossible, ajoute-t-il, si au préalable le Mexique ne jouit pas d'un gouvernement bon et stable. Ce point de vue est d'autant plus digne d'attention que la relation a été écrite par l'inspiration et sous les yeux de la veuve d'iturbide, alors à Paris. P— ot.

IVAN. Voyez IWAN.

IVANÉ I" était prince géorgien, fils de Libarid, de la race des Orpélians. Us princes de celte famille possédaient toute la partie méridionale de la Géorgie et résidaient dans la ville de Schamschvilde, qui passait pour la plus ancienne du pays. Leur puissance égalait presque celle des rois. Après l'assassinat de son père, Ivané se mit au service de l'empereur Isaac Comnène, qui lui donna, en 1057, le gouvernement des provinces d'Ilaschdean et d'Arschamouni , sur la rive orien- , taie de l'Euphrate, avec le commandement de toutes les troupes chargées de défendre la frontière de l'empire de ce côté : il résidait dans un bourg appelé Eriza. Ce général voulut profiter des troubles qui déchiraient l'État, pour rendre indépendant son gouvernement, et en former une souveraineté considérable, en faisant des conquêtes dans les provinces voisines. Après s'être emparé par trahison de quelques places, il voulut aussi se rendre le maître de la puissante ville de Garin ou Theodosiopolis (Arzroum). Mais le gouverneur, instruit' de ses manœuvres perfides , refusa de le laisser entrer, et implora le secours du gouverneur grec qui commandait à Ani, capitale de l'Arménie. Alors, Ivané se révolta ouvertement, et invoqua l'appui des Turcs Seldjoukides , qui avaient déjà fait des invasions en Arménie. Ivané entra avec ses alliés dans les provinces de Chaldée et de Djaneth, et les guida lui-même dans toutes leurs courses vers Trébizonde et Mélitène : cette dernière ville fut prise et pillée. Ivané rentra arec sa part de butin dans son gouvernement, où, après l' éloigneraient des Turcs, il ne fut pas assez fort pour résister seul aux Grecs : il en fut chassé, et il se retira dans la Géorgie, où il fut remis en possession d'une partie de l'héritage de ses ancêtres. — Ivasé II, son petit-fils, sbasalar ou généralissime des armées de la Géorgie, sous le règne de David II, rendit à ce prince «le très-grands services dans ses guerres contre les Turcs Seldjoukides. En l'an 1125, il les chassa de Teflis, la capitale du royaume, et contribua puissamment à la conquête de Davousch, de Cad, de Lorhi et d'Ani. Pour le récompenser, David lui céda la ville de Lorhi et la province de Daschir, |>our en jouir en fief, avec la faculté d'en transmettre la possession à ses descendants. Le général Orpelian servit avec la même fidélité le roi Démétrius II , successeur de David : en l'an 1128, il chassa les Turcs de l'importante forteresse de Khounan, à l'extrémité méridionale de la Géorgie, sur les bords du Kour. Démétrius la lui céda bientôt après; et ivané y mourut fort avancé en âge. Son fils Sempad lui succéda. — Ivané III, Gis de Sempad, fut comme lui connétable de Géorgie. En l'an 1156, le roi David III mourut , ne laissant pour héritier qu'un jeune enfant appelé Temna, dont il confia la tutelle à Ivané, qui devait en avoir soin, jusqu'à ce que l'enfant fut en âge de monter sur le trône : George, frère de David , devait en attendant avoir le gouvernement de l'Etat. Cependant, peu de

temps après, George, ayant gagné le patriarche et la plupart des grands, voulut se faire couronner roi : il ne lui manquait que le consentement d'Ivané, dont il redoutait la puissance; il lui fit entendre qu'en prenant l'autorité' suprême il ne prétendait en aucune manière nuire aux intérêts de son neveu , auquel il promettait de remettre la couronne lorsqu'il aurait atteint l'âge de majorité. Ivané y consentit, et George fut sacré roi à Milkhitha, ville patriarcale de Géorgie. Bientôt après, le nouveau roi se mit à la téte de ses troupes pour entreprendre une expédition contre les musulmans, qu'il chassa de la plus grande partie de l'Arménie septentrionale. Ivané l'accompagna partout et eut la plus grande part à ses exploits. En l'an 1161, il se trouva à la prise d'Ani, qui, conquise autrefois par les Géorgiens, était depuis retombée au pouvoir des musulmans. Ivané vainquit ensuite, sous les murs de cette ville , Sokman Schaharmen , roi de Khelath , qui était venu pour la reprendre à la téte de quatrevingt mille combattants. Ildigbix, sultan de l'Aderbaldjan, qui s'avançait aussi d'un autre côté pour arrêter les conquêtes des Géorgiens, éprouva le même sort dans les plaines de Gaga dans la Gougarie : son armée fut entièrement détruite, et il fut réduit à s'échapper presque seul. Tous ces brillants succès rendirent Ivané extrêmement puissant ; et George, qui le craignait toujours, à cause des promesses qu'il avait faites à son frère, le comblait d'honneurs pour l'attacher davantage à son parti. George cependant était peu aimé des princes géorgiens. Aussi, en l'an 1177, ils se révoltèrent contre lui, avec l'intention de placer sur le trône le jeune Temna, qui avait déjà atteint l'âge viril : Us vinrent trouver Ivané à Darbas, dans le pays de Daschir, lui rappelèrent ses serments , et l'engagèrent à marcher avec eux pour détrôner George. Au premier bruit de la révolte, celui-ci s'était jeté dans Teflis, où il se tint prêt à soutenir un siège. Tous les princes du Karthel, de Dchavakhet, de Daschir, de Galan, et les Arméniens d'Ani , se réunirent sous les drapeaux d'Ivané, et formèrent une armée d'environ trente mille hommes. Us s'avancèrent vers Teflis, non pas pour en faire le siège , mais avec le dessein d'engager George à en sortir pour lui livrer bataille sous ses murs; mais celui-ci, qui n'était pas assez fort pour tenir la campagne, résolut de faire traîner la guerre en longueur, comptant beaucoup sur l'inconstance des Géorgiens : il fit seulement venir du Kaptchak, à prix d'argent, un secours de cinq mille hommes, commandés par un certain Khoubasar. Ce qu'il avait prévu arriva : les Géorgiens, ennuyés de la longueur de la guerre, firent séparément des propositions de paix à George , qui accueillit fort bien les premiers qui se présentèrent, les combla d'honneurs, et leur promit les trésors et les possessions des Orpélians. Ivané se trouva bientôt réduit à ses seules forces : il fil porter tout ce qu'il avait de plus précieux

dans la forteresse de Schamschvilde, qui passait pour imprenable, et se retira, avec ses troupes et son pupille, dans la ville de Lorhi, dont il augmenta considérablement les fortifications. Il envoya ensuite son frère Libarid et ses deux fils, Ivané et Cligoum , pour chercher des secours auprès des musulmans de l'Aderbaldjan. George, délivré de toute espèce de crainte, sortit alors de Teflis avec une puissante armée , prit le fort île Ilesar, après vingt-cinq jours de siège, et vint ensuite camper devant Lorhi. La place fut serrée de fort près. Ivané, qui n'espérait aucune grâce de George, se défendit avec opiniâtreté; il fut enfin réduit à la dernière extrémité : tous ceux qui lui étaient demeurés fidèles jusqu'alors l'abandonnèrent, et s'enfuirent par-dessus les murs à la faveur de la nuit; son pupille même l'abandonna. Ivané, resté presque seul, prêta l'oreille aux avis de quelques princes qui étaient dans le camp ennemi, et qui lui conseillaient de faire la paix avec George, en m confiant à sa générosité. Comme, depuis la fuite de Temna, la guerre n'avait plus d'objet pour Ivané, il consentit à se soumettre à George, à condition qu'il n'aurait rien à souffrir ni dans sa personne, ni dans ses biens. George lui en lit le serment. Ivané, comptant sur cette parole, se rendit dans le camp de l'usurpateur, qui le traita d'abord avec égard : mais peu après, quand il eut fait venir tous les autres princes orpélians qui étaient en Géorgie, U viola son serment; on chargea de fers Ivané, et on lui creva les yeux, on massacra le plus jeune de ses frères, Khavthar, Ion fils Sempad, son neveu Zinan ; tous les enfants mâles furent immolés; on n'épargna pas même les femmes : il n'échappa de toute la famille que Libarid et ses fils, qui étaient à la cour de l'atabck de l'Aderbaldjan. George , pour détruire entièrement dans ses États le souvenir des Orpélians, fil anéanlir tous les livres historiques et tous les monuments qui parlaient d'eux , aussi bien que tous les actes qui existaient dans les archives et dans les églises; leurs possessions furent partagées entre tous ceux qui avaient contribué à leur perte. S. M — x.

IVANÉ, prince arménien, attaché au service des rois de Géorgie, était fils de Sarkis ou Sergius, descendant d'un kourde, qui, plus d'un siècle avant lui , était venu se fixer à la cour des rois pagratides de l'Albanie , où il avait embrassé le chrisUanisme et reçu au baptême le nom de Sergius; il avait en même temps reçu en fief du prince arménien la forteresse de khoschorhni, située dans la partie occidentale de la Gougarie. La postérité de ce Sergius passa ensuite au service des Pagratides de Géorgie, quand ces princes se rendirent maîtres de l'Arménie septentrionale. Le père d'Ivané était l'un des plus vaillants et des plus habiles généraux du roi Geqrgc III , qui lui donna, pour le récompenser, la ville de Lorhi et la plus grande partie des possessions des princes orpélians, qui avaient été chassés, en 1177, de la

Géorgie : il laissa deux (Ils, qui , sous le règne de la reine Thamar, fille de George, occupèrent les plus hautes dignités de l'État. Zacharie, l'alné, fut fait ibatalarou généralissime, et Ivané eut la charge ù'atabek, ou de premier ministre. Les deux frères, toujours de concert dans toutes leurs entreprises, étaient réellement maîtres du royaume. En l'an 4186, après la mort de Sokman Schaharmen, roi . musulman de Khelath, ses États furent agités par de grands troubles. Bektiinour, un de ses esclaves, parvint à s'en rendre maître, et à en chasser Saladin, qui voulait les réunir à son empire. Il fut soutenu dans son usurpation par Schams-eddin- Pahlawan, sultan des atabeks de l'AderbaTdjan. Bektimour attaqua peu après Schahanschah, prince arménien, issu de l'antique famille des Mamigonéans, qui possédait plusieurs forteresses dans les pays de Daron et de Sasoun , près des sources du • Tigre ; il s'en empara , et accabla de tributs et de vexations tous les chrétiens de ce pays. Cette tyrannie fut la cause d'une guerre contre les Géorgiens. Zacharie et Ivané passèrent l'Araxes avec une grande armée, occupèrent Manazgerd, Ardjisch et les autres villes du royaume, puis vinrent mettre le siège devant la capitale. Dans l'un des combats qui se livrèrent sous les murs de cette place , Ivané tomba de cheval au fort de la mêlée, et r&ta au pouvoir des ennemis. Ce contre-temps força Zacharie < l'entrer en pourpar- 1er avec les musulmans pour obtenir la délivrance de son frère. La paix fut bientôt conclue ; les deux Etats contractèrent une alliance; Ivané promit de donner sa fdle Thamlha en mariage à Mohammed, fds de Bektimour, qui était encore enfant et qui monta sur le trône en l'an 4 197. Par ce même traité, les généraux géorgiens obtinrent la liberté de religion pour tous les chrétiens de Khelath et de Daron. Les deux frères montrèrent, en beaucoup d'autres occasions, leur zèle pour la foi chrétienne. Les Géorgiens ont toujours suivi la doctrine orthodoxe comme les Grecs; mais Zacharie et Ivané, originaires de l'Arménie, partageaient l'opinion de l'Église de ce pays, imbue depuis longtemps des erreurs d'Eutychès. Pendant tout le coure de leur administration, ils firent bâtir ou réparer un grand nombre de monastères, et ils donnèrent tous leurs soins pour faire refleurir l'Église arménienne dans les provinces de la grande Arménie, qu'ils possédaient en fief. En l'an 4205, ils convoquèrent à Lorhi un grand concile , dans lequel on prit des mesures importantes pour rétablir la discipline de l'Église, et pour soulager les chrétiens et ranimer leur zèle. Peu après, Zacharie et Ivané entreprirent une nouvelle expédition contre le roi de Khelath , fils de Bektimour, qui avait dû épouser la princesse Thamtha, fille divané. A la téle d'une nombreuse armée, ils attaquèrent la ville de Kars, qu'ils réunirent à la Géorgie, passèrent l'Araxes, entrèrent dans l'AilerbaTdjan , où ils mirent tout à feu et à sang; ils se dirigèrent ensuite vers Khelath ,

prirent Ardjisch sur les bords du lac, et vinrent camper auprès de la première de ces villes. Mohammed, qui en était le souverain, ayant appelé à son secoure Kilidj-Arslan, prince seldjoukide d'Arzroum, leurs armées réunies vainquirent les Géorgiens, qui furent forcés de rentrer dans leur pays. Mohammed fut assassiné peu après par Ballaban , qui tenta de s'emparer du royaume , mais qui fut chassé bientôt après par Malek-Alaouhad- Nodjem-eddin, prince de la race de Saladin, qui se rendit mattre de Khelath , et prit le titre de tchah-Armen, c'est-à-dire roi d'Arménie. La veuve de Mohammed devint ensuite la femme de Malek- Alaschraf, frère de Malek-Alaouhad, qui fut après lui roi de Khelath, en l'an 4214. La reine Thamar, dont la faveur avait élevé Zacharie et Ivané au haut degré de puissance qu'ils occupaient, était morte à celte époque; son fils George. IV leur accorda la même confiance et leur laissa tout le soin des affaires. En l'an 1209, pour se venger des revers qu'ils avaient éprouvés devant Khelath, ils entreprirent une nouvelle expédition contre les musulmans, passèrent l'Araxes avec une grande armée , entrèrent dans les États d'Abou-Bekr, fils de Pahlawan , sultan de l'AderbaTdjan; ils prirent d'abord Marand, où ils firent un très-grand nombre de prisonniers, et poussèrent ensuite leurs conquêtes jusqu'à Ardebil, où ils renfermèrent tous les chefs et docteurs musulmans dans la principale inosqnée, qu'ils livrèrent aux flammes : ils revinrent en Géorgie avec un immense butin. En 1210, Zacharie, attaqué d'une maladie dangereuse, se relira dans la ville de Lorhi, sa résidence ordinaire, et y mourut f année suivante. Ivané lui succéda dans toutes ses fonctions, et joignit par conséquenl le commandement des troupes à l'administration des aff aires. Comme son frère n'avait laissé pour héritier qu'un enfant âgé de cinq ans, appelé Schahanschah, Ivané s'empara de la ville d'Ani, ancienne capitale de l'Arménie et de toutes les possessions de son frère , pour les gouverner jusqu'à ce que son neveu, qu'il faisait élever dans sa maison avec ses enfants, eût atteint sa majorité. Sous son administration particulière, la Géorgie s'éleva au plus haut degré de splendeur, et elle jouit de la plus profonde tranquillité jusqu'à l'an 1220. A la fin de cette année, un détachement de l'armée des Mongols, qui, sous les ordres «le Djinghiz-Khan et de ses fils, avait fait la conquête de l'empire du Kbarizm, s'approcha des frontières du royaume : ce corps de troupes était commandé par Soubada-Bahadour et Tchepeh-Nouwian.

Après avoir envahi l'Aderbaïdjan , ils passèrent l'Araxes, et ravagèrent l'Albanie et le Schirwan, jusqu'aux portes de Dcrbend. Au printemps de l'an 1221, le roi George rassembla ses armées pour chasser ces étrangers de son royaume; et il se mit en campagne, accompagné de son généralissime Ivané, et de Vahram, prince de Schamk'hor, célèbre par sa valeur. Us rencontrèrent un corps de Mongols, qu'ils battirent sous les murs

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