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arec une vérité frappante l'esprit malicieux du modèle. Il est seulement à regretter que cet ouvrage capital soit si peu convenablement placé* dans un lieu qui sert d'antichambre aux laquais (voy. à ce sujet l'article Préville). Ce fut aussi en 1781 que Houdon exécuta pour l'impératrice de Russie une statue de Diane à laquelle on crut devoir refuser les honneurs du Louvre. « La
• déesse est très- belle, dit à ce sujet la Harpe
• dans sa correspondance, mais on la trouve trop « nue pour une statue exposée en public. » Le plus grand tort du sculpteur était évidemment d'avoir représenté la sévère déesse de la chasteté comme on représente ordinairement la voluptueuse Vénus, qui avait, comme on sait, le privilège de s'offrir sans voile à tous les regards. C'était, en effet, ne tenir aucun compte des traditions mythologiques. Les autres ouvrages de Houdon , ceux du moins qu'il exécuta avant les dix dernières années de sa vie, n'eurent pas moins de succès que les précédents. Sa Frileuse , dont les copies et les contrefaçons se sont si prodigieusement multipliées, et son Oiseau mort, dont Crimm fait, en termes passablement ridicules, un éloge si sentimental, sont des productions pleines de naïveté. Le buste de Molière, qu'on voit au foyer de la Comédie-Française, est d'une exécution simple , large et hardie. Les bustes du prince Henri de Prusse, de Gerbier, de Gluck, de Sacchini, de Franklin, de d'Alembert, de Mirabeau , de l'abbé Barthélémy , de Napoléon , de l'impératrice Joséphine, du maréchal Ney et de vingt autres personnages appartenant à l'histoire , prouvent tout le soin que l'artiste apportait dans les moindres détails pour arriver à une parfaite ressemblance. A ce talent d'imitation, qu'on pourrait appeler matérielle, il joignait celui de rendre sensible l'humeur et l'esprit du modèle. Plusieurs de ses ouvrages , néanmoins, laissent à désirer quelque chose de ce grand caractère qu'on admire dans les chefs-d'œuvre de la sculpture grecque. 11 ne paraissait pas avoir sur la beauté physique les mêmes idées que les anciens , et , plus occupé du vrai que de l'idéal, il s'est particulièrement attaché à représenter les femmes de son siècle avec leurs grâces naïves et piquantes, qu'il était peut-être permis de préférer aux formes sévères des statues antiques. Houdon a rarement entrepris des groupes compliqués ; il ambitionnait peu l'effet théâtral ; mais il excellait à rendre avec une exquise simplicité le sentiment de la pudeur. Ses têtes de jeunes fdlcs respirent l'innocence, la modestie, l'enjouement et l'ingénuité. Il se rapprochait par là du célèbre Grcuze , son ami , qui avait su faire entrer dans ses tableaux de mœurs champêtres , non moins d'intérêt et plus de vérité que les peintres d'histoire n'en mettaient alors dans leurs plus vastes compositions. Il est presque superflu de dire que Houdon fut membre de l'Institut , professeur à l'école royale des beaux-arts , et chevalier de la
Légion d'honneur. A quel autre que lui ces récompenses dues au talent pouvaient-elles être plus justement décernées ? Cet artiste était petit de taille, mais d'un extérieur agréable; ses yeux surtout étaient pleins de feu. Arrivé à l'âge où commence la vieillesse , sa tête , presque entièrement ciiauve, avait pris un caractère si vénérable que le peintre Gérard le pria de poser pour la figure d'un des magistrats qui présentent au roi les clefs de Paris, dans le tableau de l'entrée de Henri IV. 11 y est représenté les mains jointes, regardant avec attendrissement la personne du monarque. Houdon possédait toutes les qualités de cœur qui commandent l'estime et inspirent de l'affection. Bon mari , bon père , ami fidèle , il était d'une humeur enjouée , et nul n'applaudissait plus sincèrement que lui aux succès des artistes ses rivaux. Ses facultés intellectuelles s'affaiblirent un peu dans les dernières années de sa vie, mais sans que la douceur de son caractère en fût altérée , sans même qu'aucune infirmité corporelle l'empêchât de suivre assidûment les séances académiques et les représentations du Théâtre- Français, pour lesquelles il avait toujours eu un goût passionné. Il fut pris d'un assoupissement subit dans les premiers jours de juillet 1828, et il s'éteignit doucement le 15 du même mois. 11 était entré depuis peu dans sa 88* année. — Marie-Ange-Cécile Langlois Houdon, son épouse, était aussi distinguée par son esprit que par sa beauté. On a de cette dame une traduction élégante et fidèle d'un roman anglais intitulé Dalmour ( 1 ) . File mourut à Paris en 1823 , âgée de 73 ans. F. P-t.
HOUDRY (Vikcmt), jésuite, néenlGol, à Tours ou aux environs de cette ville, fut destiné d'abord à l'enseignement , et professa les humanités , la rhétorique et la philosophie; il s'appliqua ensuite à la prédication, et occupa trente ans les chaires des principales villes du royaume. 11 partagea le reste de sa vie entre la prière et les travaux du cabinet ; parvint à un Age très-avancé sans cesser de jouir de la santé la plus ferme, avantage qu'il parait avoir moins dû à la force de sa constitution qu'à la régularité de sa conduite, et mourut à Paris, au collège Louis le Grand, le 29 mars 1729, dans sa 98» année, avec le regret, dit-on, de ne pas pousser sa carrière à un siècle. C'était un homme extrêmement laborieux : il passait tes jours et une partie des nuits à lire ou à écrire, et cependant jamais il ne se servit de lunettes. Travaillant avec une extrême facilité , il ne retouchait presque jamais ses ouvrages t c'est dire assez qu'ils sont écrits d'un style lâche et diffus. On a de lui t 1" Des Poésies latines, parmi lesquelles on cite un Poème sur Fimprimerie, et un autre de la Collation, oû l'on remarque, dit-on, des descriptions très-agréables de la fraise , du melon , etc. ; 2» Des Sermons sur
(I) Par miN Damer.
îiO HOU
tout let tujets de la morale chrétienne, Paris, 1696 et années suivantes , 20 vol. in-12 ; on doit y joindre : Traité de la manière d'imiter let bons prédieateurt , avec let tablet pour les différent! usages qu'on peut faire det sermons tur tout let tujett, etc., Paris, 1702, in-12. Ce recueil n'est point estimé. 5° Bibliothèque det prédieateurt, Lyon, 1712-33, 22 vol. in-4° avec les suppléments. Le traité du P. Gisbcrt, De l'éloquence chrétienne dans ridée et la pratique, forme le vingt-deuxième volume {voy. Gisbebt). L'édition de Liège, 1716, 4 vol. in-fol. , ne contient pas les suppléments. Cette vaste compilation a été traduite en allemand, Augsbourg, 1739, in-fol. M. Hrunet en a indiqué la division et l'ordre des volumes dans son excellent Manuel du libraire. L'auteur a mis à contribution les sermonnaires anciens et modernes ; mais on lui reproche de n'avoir pas montré assez de discernement dans le choix des morceaux qu'il rapporte. L'ouvrage du P. Houdry , malgré ses défauts , est utile aux ecclésiastiques ; mais le Dictionnaire apottolique du P. Hyacinthe Montargon , rédigé sur.le même plan, peut leur en tenir lieu. W — s.
HOUEL (J. P. L. L.J, peintre et graveur, naquit à Rouen en 1735. Il étudia d'abord l'architecture dans cette ville, et ensuite la peinture chez Descamps. S'étant décidé pour la gravure , il vint à Parts se mettre sous la direction de le*Mire ; mais son penchant naturel le reportant à l'étude de la peinture, il quitta le Mire pour entrer dans l'atelier de Casanove. Curieux de voir l'Italie , il entreprit le voyage de cette contrée et parcourut le royaume de Naples, la Sicile et les Iles de Malte et de Lipari , autant en observateur qu'en artiste et en naturaliste. Ce fut dans ce voyage qu'il amassa les matériaux de son grand ouvrage. De retour en France , il se lit agréer à l'Académie de peinture comme peintre de paysage. Jaloux d'exécuter le projet qu'il avait conçu de publier ses recherches et ses observations, de graver les vues et les sites pittoresques, ainsi que les monuments qu'il avait dessinés, et sentant que le genre de la taille-douce était trop long et trop diflicultucux pour remplir l'objet qu'il se proposait, il résolut de se borner à celui du lavis. H se servit en partie des procédés de Leprince, auxquels il ajouta quelque chose de son invention, et vint a bout, à force de travail, d'exécuter à lui seul , en ce genre , les deux cent soixantequatre planches de cet ouvrage, et d'écrire le texte des quatre volumes in-folio dont il est composé dans l'espace de six années (Voyage pittoresq ue det ilet de la Sicile, de Malte et de Lipari) ( 1 ). Cet ouvrage, sans être supérieurement écrit, renferme un grand nombre d'observations curieuses et intéressantes , tant sur les moeurs et le cos-
(I) Ce bel ouvrage, qui n'ert pu commun, parut de 1782 4 1787, à Parti, chez Dtdot le jeune, en 4 volumes grand in-fulio, accompagne» de îfbU d£urv». lien parut a Gotha, de 1797 a 1806, une traduction allemande par J .-II. Kcerl, en b vul unies m -y».
tume que sur l'histoire naturelle : la partie des volcans surtout y est fort étendue. Les principaux monuments, les théâtres, cirques, amphithéâtres, aqueducs, vases, statues, bas-reliefs, monnaies , etc. , y sont représentés dans le plus grand détail. Houel a publié aussi un extrait in-8° du même livre, avec un très-petit nombre de planches, intitulé, comme le grand, Voyage pittoresque de Sicile, de Malte et de Lipari. On a de lui un autre ouvrage fParis, 1802, petit in-fol.) orné de dix-huit planches dessinées et gravées par lui à l'eau- forte, intitulé Hittoire naturelle des deux éléphants, mâle et femelle, du muséum de Parit, etc. On y trouve des détails assez intéressants et curieux sur ces animaux. Houel a gravé aussi, toujours pittoresquement , différents sujets analogues aux circonstances. Il se délassait de ses travaux pittoresques par la poésie : il a produit une foule de pièces de vers médiocres qu'il lisait dans les sociétés , mais qui heureusement n'ont point été imprimées. Houel était d'un caractère fort gai, d'un commerce très-doux et parfaitement honnCle. 11 est mort à Paris le 14 novembre 1813, âgé de 78 ans, regretté de tous ceux qui l'ont connu. P — e.
HOL'GHTON (le major), voyageur anglais, mérite une place dans cette Biographie comme martyr de son zèle pour les progrès de la géographie. Il avait résidé quelque temps chez le consul anglais dans l'empire de Maroc, et ensuite, en 1779, à Goréc, sur la côte d'Afrique, comme major du fort de cette Ue. La connaissance qu'il avait ainsi acquise des mœurs des Maures et des nègres l'engagea, en 1789, à offrir ses services à la société d'Afrique qui venait de s'établir à Londr.es. Le comité le chargea de déterminer le cours du Niger , et , s'il était possible , la source et l'embouchure de ce fleuve mystérieux , de visiter les villes de Tombut et de Houssa dans l'intérieur du continent , et de revenir ensuite par le désert : mais ce projet était subordonné aux circonstances, Uoughton partit le 16 octobre 1790, et arriva le 16 novembre à l'embouchure de la Gambie. Il remonta le fleuve jusqu'à une distance de neuf cents milles de la mer, et s'avança ensuite par terre vers le nord-est , traversant plusieurs royaumes nègres, tantôt bien, tantôt mal reçu. Le 1er septembre 1791 il était à Simbing , village sur la frontière du pays de Bambouc: il fut volé ; son domestique nègre ne voulut pas le suivre dans le territoire des Maures. Cependant Houghlon ne perdait pas courage , ainsi que le témoigne une lettre qu'il écrivit de ce lieu , et la dernière que l'on ait reçue de lui. Un peu plus loin , à Jarra , ville frontière de Ludamar, il lit connaissance avec des marchands maures qui allaient acheter du sel à Tischit, à dix journées plus au nord dans le grand désert, et leur offrit un fusil et du tabac pour qu'ils le menassent avec eux. On ignore s'ils le trompèrent sur la route à tenir, ou s'ils avaient dessein de
noc
Si.
l'égarer dans le désert : mats au bout de deux jours, Houghton, soupçonnant leurs intentions, refusa d'aller plus loin ; ils le volèrent et l'abandonnèrent. Il revint à pied par le désert. A son arrivée à Jarra il n'avait pas mangé depuis quelques jours. Plusieurs bruits différents coururent sur sa mort ; mais il parait aujourd'hui certain qu'il mourut d'une dyssenterie. Son corps fut traîné dans les bois , et l'on montra de loin à Muugo-Park l'endroit où il était resté sans sépulture. On chercha vainement à recouvrer ses papiers. Sa catastrophe a été en partie attribuée à ce qu'il avait avec lui un bagage trop considérable , bien fait pour tenter les nègres, et à ce qu'il avait pris sa route trop au nord. La société d'Afrique recueillit les lettres d'Houghton et les inséra dans le second numéro de ses Mémoires, qui parut en 1792, Londres, i vol. in-4». Il en existe une traduction française sous ce titre : Voyages et découvertes dam l'intérieur de t Afrique, par U major Houghton et Mungo-Park, Paris, an 0, 1 vol. in-8°, avec trois cartes. Le traducteur, M. Lallemand, a, comme on le voit, réuni le second et le troisième mémoire de la société d'Afrique. Celui-ci avait été imprimé en 1708. Les détails fournis par Houghton étaient précieux et nouveaux à l'époque où ils furent publiés. E — s.
HOULAGOU, premier prince des Mongols de Perse, de la race de Djenghiz-Khàn , était le cinquième (ils de Touly, quatrième (Us du conquérant mongol. Sa mère, Soulourkoukini Beghi, était tille de Djakembou , frère d'Awenk ou Wang-Khàn, prince des KeraTts. Quand Mangou-Khân monta sur . le trône des Mongols, en l'an 1251, il tint un grand kouriltaï (assemblée générale de la nation), où se trouvèrent la plupart des princes du sang, des généraux, ou nouviam, et des princes feudataires. On y fit le partage de toutes les provinces du vaste empire soumis à la postérité de Djenghiz-Kban ; on y régla ce que chacun devait posséder, sous l'autorité du Grand Khan, et ce dont on devait encore faire la conquête. Mangou envoya du côté de l'orient et du midi son frère Koublal, pour achever de soumettre la Chine et le Tibet { Chitsoi ); son autre frère Houlagou, qui était plus jeune, fut destiné à gouverner toute la partie d'Asie située à l'occident du Djyhoun, jusqu'aux frontières de l'Egypte , ou , comme on le lit dans la patente d'investiture, depuis la rivière appelée par les Mongols Amou-Moran (le Djyhoun) jusqu'au pays des Francs. Ces régions, d'abord conquises eu grande partie par Djengbiz-Khan en personne, avaient été depuis abandonnées, puis occupées de nouveau sous le règne d'Oktaï, par le général Tcharmaghoun, et ensuite par Batchou ou Baïlchou.qui lui avait succédé, et qui campait alors en Arménie, dans la plaine de Mougban, située au midi de l'Araxes. Mangou donna à son frère une armée très-consitlérable. qu'on avait levée en prenant deux hommes sur dix dans toutes les tribus de la gauche et de la droite ; on y joignit milJe Chinois
habiles à construire des machines de guerre, à lancer le naphte embrasé, et à se servir de la poudre. Houlagou fut suivi dans son expédition par Sabatat-Oghoul , un de ses frères, par Boulgal, (ils de Sibakan , par Kotar-Oghoul et par Kouly, tous de la race de Batou, (ils de Djoudjy, fils atné de Djenghiz-Khàn , par Takoudar de la postérité de Djaghatay, et enfin par son beau-frère Bouka- Timour, qui menait à sa suite une grande quantité d'Oulrats. Le prince mongol laissa à la cour de son frère la principale de ses femmes avec l'enfant qu'il en avait eu, ne prenant avec lui que deux de ses fils, Abaga, l'alné de tous, et Iaschmout. A son départ, selon la coutume des Mongols, Mangou lui donna en mariage une des femmes de leur père, et cette princesse devint en conséquence la première en rang parmi les femmes d'Houlagou. Elle se nommait Dokouz-Khatoun, et était fille d'Atkou , fils de Wang-Khàn , roi des Keraïts, nation dans laquelle il y avait beaucoup de chrétiens ; elle professait elle-même la religion de Jésus-Christ, et la soutint de tout son pouvoir : aussi sous le règne d'Houlagou les chrétiens jouirent-ils d'une très-grande considération à sa cour; leurs églises et leurs monastères furent exempts de tributs, et ils eurent même des chapelles et des oratoires jusque dans les campements du prince mongol. Avant qu'Houlagou partit de Karakoroum, on envoya des messagers sur toute la route qu'il devait parcourir, pour qu'il pût la suivre sans difficulté avec toute son armée; et Batchou reçut ordre de passer dans l'Asie Mineure avec les troupes qu'il commandait. Kitoubougba, de la nation des Nalmans, fut envoyé en avant avec un corps de douze raille hommes, pour annoncer l'arrivée d'Houlagou; ce prince partit au commencement de l'an 1254, traversa les monts Altaï, la partie méridionale delà Sibérie, passa par Almalik , d'où, au milieu de l'année 1255, il vint camper dans les environs de Samarkand. Il y fut reçu par Masoud-Beg, gouverneur de la Transoxiaoe et du Turkestan. Schems-eddin- Kourt, l'un des plus puissants princes musulmans de la Perse, informé de son arrivée, s'empressa de venir lui rendre hommage. Houlagou se rendit ensuite à Kesch , où Arghoun-Aga , gouverneur du Khorasan pour les Mongols, vint lui remettre les pays qu'il administrait : il était accompagné d'un grand nombre de princes de la Perse, de l'Yrak, du Khorasan, de l'Aderbaïdjan, de l'Aran, du Schirwan et de la Géorgie; dans ce nombre on distinguait les deux sultans des Seldjoukides de l'Asie Mineure, Azz-eddin et Itokn-cddin, ainsi que Saad,fils de l'atabek de Perse, Modhafer-eddin. Suivi de ce brillant cortège, le petit-fils de Djcughiz-Khân, traversa le Djyhoun au commencement de l'année 1256, et vint camper dans les plaines de Schebourghan dans le Khorasan. De là Houlagou tourna ses pas du côté du Dilem, pour y soumettre les Ismaéliens, sectaires retranches dans des châteaux inexpugnables, qui, par les ravages
non
qu'ils commettaient, étaient devenus la terreur des pays environnants (roy. Haçah beî» Sabbaii). Les Mongols leur avaient déjà fait la guerre sans succès; et Kitoubougba les avait attaqués avant l'arrivée d'Houlagou. I* prince mongol força tous leurs châteaux les uns après les autres, et réduisit enfin leur chef, Hokn-eddin-Khourschah, à se remettre à discrétion entre ses mains. Désarmé par sa soumission, liouiagou se contenta de raser toutes ses forteresses, en le traitant d'ailleurs avec beaucoup d'amitié; et, peu de temps après, il lui permit d'aller à Karakoroura , afin de solliciter «le Mangou-khân une patente qui le réintégrât dans ses possessions; mais Khourschah eut en route une querelle avec le général mongol chargé de le conduire, oc qui fut cause de sa perte; car ce général l'accusa devant Mangou, qui le fit mourir, et chargea Houlagou de détruire toute la nation des Ismaéliens sans distinction d'âge ni de sexe. Cet ordre barbare fut mis à exécution, en l'an 1257, dans les plaines entre Abher et Kazwin. Houlagou, s'étant rendu ensuite à llamadan, obligea Baltchou de quitter les plaines de Moughan, pour se diriger vers l'Asie Mineure; et lui-même vint fixer sa résidence habituelle dans fa ville de Tauriz, qui fut, pour cette raison, appelée parles Arméniens, Houlavou-Takhd, c'est-à-dire trône d'Houlagou. Ce fut de cette ville qu'il partit pour Tenir attaquer Baghdad , et anéantir le khalifat : Batchou et tous les généraux mongols dispersés dans l'Asie Mineure et dans l'Arménie , furent mandés pour prendre part à cette grande expédition. David Varamoul, roi de Géorgie, ainsi que tous les petits princes de la Géorgie et de l'Arménie, fut sommé de fournir des troupes auxiliaires. Zacharie, prince d'Anî, Sempad, prince des Orpelians, Sevada, prince de Khatchen, et Thaghiatin, issu de l'antique race royale des Pakratides, le suivirent en personne. Houlagou desrendit avec son armée des montagnes de l'Aderbaïiljan , pour s'approcher de Baghdad , èt passa par la route de Hamadan, de Dinewar et de Kirmanschah, afin d'attaquer la ville du côté de l'orient, tandis que Batchou prenait celle de Mousoul, et venait l'attaquer du côté opposé, en suivant les rives occidentales du Tigre. Le premier combat qui se donna devant les murs de Baghdad, fut livré par les troupes de ce corps, le 1U janvier 1238; Batchou y fut repoussé par les musulmans qui avaient fait une sortie. Fiers de cette victoire, ceux-ci voulurent, malgré l'avis de plusieurs de leurs chefs, camper hors des murs; mais pendant la nuit, les Mongols rompirent un des canaux du Tigre, firent périr un grand nombre de troupes du khalife par une inondation subite, et contraignirent les autres de 6e réfugier promptement dans la ville. Houlagou arriva bientôt de l'autre côté; et la ville se trouva serrée de si près, que le khalife Mostasem, convaincu qu'il ne pouvait résister, envoya demander la paix au prince mongol, par sou vizir et par le patriarche des chré-
tiens jaeobites; ces envoyés étaient chargés de riches présents, et accompagnés des ambassadeurs mongols, qu'on tira de prison. Houlagou refusa d'entendre ces supplications tardives, fit charger de fers les députés, et pressa le siège avec plus de vigueur qu'auparavant : enfin les Tartares entrèrent dans la ville le 2 février 1258; mais ils en furent chassés le même jour par les habitants. Le triomphe de ceux-ci fut de courte durée; car, le lendemain même, les Mongols rentrèrent dans Baghdad, et y firent un horrible carnage : les chrétiens seuls furent épargnés par la protection de la reine Dokouz-Khatoun. Les Géorgiens se signalèrent entre les vainqueurs par les cruautés qu'ils commirent. Les deux fils du khalife, et ce pontife lui-même, furent pris. Après l'avoir gardé prisonnier pendant sept jours, Houlagou le fit enfermer dans un sac et fouler aux pieds jusqu'à ce qu'on l'eût étouffé. Telle fut la fin du dernier des successeurs de Mahomet. Le roi des Tartares envoya ensuite ses généraux dans le Khouxistan et le reste de l'Irak, pour achever la conquête des pays qui avaient appartenu au khalife; puis il nomma gouverneur de Baghdad Aly Behadir, et revint passer l'été à Maraghah dans l'Aderbaï.Ijan , où il reçut le fils de Bedr-eddin-Loulou , sultan de Mousoul, qui vint, avec une troupe de mille cavaliers, pour lui offrir ses services. Houlagou le traita fort mal, et le renvoya vers son père, en lui disant que si la victoire s'était déclarée pour le khalife, il ne serait sans doute pas venu le trouver : Bedr-cddin se rendit alors en personne auprès de lui , pour désarmer sa colère, et il parvint à faire sa paix avec lui. Dans le même temps, Malek-Aschraf, prince de la race des Aloubites, qui régnait à Miafarekin, attaqua plusieurs petits commandants tartares qui étaient dans le voisinage de ses États, et lit même crucifier un prêtre syrien de Betblis, qui était venu vers lui comme ambassadeur, avec une lettre du Grand Khan qui l'invitait à se soumettre à l'empire des Tartares. 11 alla ensuite à Damas, demander des secours à son parent Malck- Naser, et tâcha de l'engager à se joindre à lui pour combattre les Infidèles; mais celui-ci se contenta de le renvoyer avec de vaines promesses. Houlagou fit partir, peu après, son fils laschraont, avec une forte armée de Tartares, soutenus par un grand nombre de Géorgiens, pour punir Malek- Aschraf. Celui-ci se renferma dans Miafarekin, et s'y défendit avec tant d'opiniâtreté, que la ville ne put être prise qu'après uu siège de deux ans. Houlagou envoya ensuite des ambassadeurs à Malek-Klnasa, pour lui ordonner de venir en personne se soumettre à sa puissance : ce prince, d'après l'avis de ses ministres, ne voulut passe rendre à cette invitation, et se contenta de faire partir son fils Malek-Alaziz avec de riches présents en l'an 1259. Mais Houlagou le renvoya en lui disant que ce n'était pas lui qu'il demandait, mais son père ; que s'il voulait avoir la paix , celui-ci n'avait qu'a se hâter de venir, et que sans cela il
irait bientôt le trouver lui-même. Comme ce prince ne se pressa pas d'obéir aux ordres du conquérant mongol, Houlagou prépara tout pour porter la guerre en Syrie. Avant qu'il se mit en route, les sultans seldjoukides , Azz-eddin, et Bokn-eddin, qui se disputaient la possession de l'Asie Mineure, vinrent le trouver à Maraghah : il donna la ville de Sébaste avec son territoire à Rokn-eddin, et à son rival Azz-eddin celle d'Iconium. Ensuite, dans l'automne de l'an 1260, Houlagou se porta vers la Syrie -avec une armée de 400,000 hommes : les habitants de Harran, d'Édesse et de toute la Mésopotamie se hâtèrent de se soumettre, tant on redoutait lesTartares. La ville de Saradj , qui n'avait pas envoyé implorer la miséricorde du vainqueur, fut mise à feu et à sang. Houlagou arriva ensuite sur les bords de l'Euphrate, fit jeter des ponts devant Malathiah, à Kalaah-Erroum, à Birah et à Karkesiah, et entra dans la Syrie avec toute son armée. Aussitôt qu'il eut traversé le fleuve, le roi d'Arménie, U avion I«, vint le joindre avec ses troupes, pour prendre part à cette expédition. En passant l'Euphrate, Houlagou eut le soin, pour assurer sa retraite en cas de revers, de laisser de fortes garnisons à Birah, à Kalaah-Djabbar, à Kalaah-Nedjin, et à Rakka, situés sur le Meuve ; puis il dirigea sa marche vers Halep, qui était gouvernée au nom de Malek-EInasa , sultan de Damas , par Malekal-Moastam Touranschah, fils de Saladin. Après un siège assez court, la ville et la forteresse furent prises, et la plupart des habitants passés au fil de l'épée. Les Tartares se répandirent alors dans toute la Syrie, s'emparèrent de Hems, de Haras et de Damas; de sorte que le sultan Malek- EInasa, dépouillé de presque tousses Etats, songeait à se retirer, avec ce qui lui restait de troupes, en Egypte, pour demander du secours au sultan des Mamelouks : mais il en fut dissuadé par quelques-uns de ses conseillers, qui l'engagèrent à se joindre ou prince des Mongols, plutôt qu'à ceux qui avaient dépouillé sa famille de l'Egypte et de la plus grande partie de ses possessions. Alors Malek-EInasa se retira dans le désert, en attendant une occasion favorable de faire la paix avec Uoulagou, qui, peu après la prise de Halep et des forteresses du voisinage, repassa l'Euphrate en l'an 4200. 11 laissa en partant à Kiloubougha le soin de défendre ses conquêtes de Syrie : en rentrant dans ses Étals, Houlagou reçut la nouvelle de la prise de Miafarekin, après un siège opiniâtre de deux ans. Il retourna ensuite à Tauriz, sa capitale. Peu après le départ d'Houlagou, le sultan de Damas vint se remettre, avec un grand nombre de princes de sa famille, entre les mains du général qu'il avait laissé en Syrie. Kitoubougha les envoya tous à la cour d'Houlagou , qui les traita fort bien. Quand les Mamelouks d'Egypte apprirent qu'lloulagou avait quitté la Syrie, et qu'il n'y avait laissé que Kitoubougha, avec un corps de troupe» trop faible pour le défendre, ils y entro-
rent avec une puissante armée, et en chassèrent sans peine les Tartares, dont le général fut vaincu et tué à Aïn-Djalout dans les environs de Damas. Les débris de l'armée mongole se réfugièrent daus les Etats de Hayton, roi d'Arménie, qui était leur allié, et qui leur fournit des vivres et des chevaux pour aller rejoindre leur souverain. Quand Houlagou apprit la destruction de ses troupes, il fut transporté d'une telle fureur, qu'il fit massacrer tous les princes de la famille de Saladin qui étaieut à sa cour ; et il jura que bientôt il se mettrait luimême à la tête d'une nouvelle armée, pour anéantir l'empire et le nom des musulmans. Ces menaces n'eurent cependant pas un grand effet ; car il fut trop occupé pendant la durée de son règne, pour pouvoir les mettre à exécution. Il se contenta d'ôter leurs possessions aux fils de Behr-eddin- I. ou lou , sultan de Mousoul, qui avaient fait alliance avec les Égyptiens, après la défaite de Kitoubougha. Uoulagou eut dans le même temps à soutenir une guerre contre Berka, fils de Djoudjy, prince des Mongols du Kaptchak, qui avait embrassé l'islamisme et fait alliance avec les Mamelouks d'Êgypte. En 12G3, Berka passa le défilé de Derbent à la tête de son armée, et entra dans le Schirwan, où il défit complètement, auprès de Schamakhy, les armées des Mongols, qui étaient commandées par Schiramoun; mais l'année suivante, Houlagou, ayant envoyé de nouvelles forces du côté de Derbent , força Berka de repasser le mont Caucase, et le vainquit sur les bords du Terek. U dut la plus grande partie de ses succès , dans cette occasion , aux troupes des Arméniens et des Géorgiens , qui étaient comme auxiliaires dans son armée. Depuis cette époque, Berka ne chercha plus à attaquer la Perse, et le prince mongol ne songea pas à pénétrer dans ses Étals, pour tirer vengeance de ses agressions. Houlagou reçut, vers le même temps, une nouvelle patente d'investiture pour les États qu'il possédait, de la, part de son frère Koublaï, qui venait de succéder à Mangou dans la dignité de Grand Khan; et en 1204, il fit convoquer à Tauriz un grand kouriltaï, où se trouvèrent , outre les princes et généraux mongols, beaucoup de princes musulmans; les deux Drfvid, rois de Géorgie ; Hayton, roi d'Arménie; le prince d'Antioche, qui s'était soumis à la domination des Mongols, et un grand nombre de princes géorgiens et arméniens. Feu après, dans le mois de janvier de l'an 12G5, Houlagou mourut à l'âge de 48 ans (1). U eut pour successeur son fils aîné Abaka. La reine Dokouz-Khatoun mourut quatre mois et onze jours après Houlagou, et trois jours avaut l'inauguration d'Abaka. S. M — M.
HOUUÉRES (des). Voyat, Deshouuèiies.
IiOULLlEK (Jacques), en latin HoUeriut. célè-
(1) Lorsque Houlngou mourut, on lui amenait pour è*pou»o une Aile naturelle Je l'empereur <!• ConatanUnoplo Michel Palèologuc, qui (ut iufurmt-e de m mort a Cca&réc en Cappadure. On l'empêcha de «'en retourner; et Abaka, fil» d'Houlagou. en fit ta femme. Ella l'appelait Marie ; mata lea Mongola l'appellent Twbineû, corrupUo* u u m\ grec ti*****, gui touille maltrw* .
bre médecin français du 16* siècle , naquit à Élampes, yint faire d'excellentes éludes à Paris, où il prit le bonnet de docteur en médecine, et Tut élu doyen de la faculté en 154b*. Dans un temps où l'autorité de Galien et des Arabes pesait encore sur les écoles , Houllier fut le premier à secouer le joug des subtilités théoriques pour embrasser franchement la doctrine d'Hippocrate; et c'est en donnant aux éludes cette utile direction, qu'il prépara les succès de Duret, son élève, de Kernel , de Baillou, qui dans la suite surpassèrent leur matlre. Les soins pénibles d'une pratique étendue ne l'empêchèrent point de cultiver la littérature médicale, de commenter Hippocrate et de composer plusieurs ouvrages d'après sa propre expérience. Houllier avait aussi acquis de vastes connaissances dans la thérapeutique chirurgicale. De son temps, on se servait du fer chaud pour appliquer le séton : c'est lui qui proscrivit cette méthode, pour lui substituer celle qui est en usage aujourd'hui. De Thou fait un grand éloge de ses talents. Houllier ne publia lui-même aucun de ses ouvrages : les éditions qui parurent de son vivant furent données par ses disciples, d'après des cahiers écrits sous la dictée de leur maître. Ce médecin mourut en Voici la notice de ses écrits : i° Ad librot Galeni de compositions tnedicamentorum secundum locos periochœ octo. Paris, 1543, in-16; Francfort, 1589, 1603, in-12; 2" De maieria chirurgica libri 1res, Paris, 1544, 1610, in-fol.; Lyon, 1547, in-8°; Francfort, 1589, 1603, in-12. Cet ouvrage se trouve ordinairement joint aux diverses éditions de celui de J.Tagault intitulé Chirurgie* itutitutiones. 3° De morborum curai lune , de febribut, de peste, Paris, 1565, in-8°, par les soins de D. Jacot ; 4° De mot bis inlernù tibri duo, ibid., 1571 , iu-8°; 1611, in-4°; Venise, 1572, in-8»; Lyon , 1578, in-8"; Francfort, 1589, 1603, in-12. Cette production est, suivant l'expression de Daller, ad Grœcorum saporem; 5° Magni Hippocratis caea prasagia, gr.-lat., Lyon, 1576, in-fol. ; ouvrage important, enrichi de variantes, de corrections de texte, d'interprétations diverses • les commentaires très-étendus qui l'accompagnent sont de Jacot, qui en a été l'éditeur; 6° In Aphorismas Hippocratis commentant septem, Paris, 1579, 1583, in-8°; Lcipsîck, 1597, in 8°; Francfort, 1597, in-16; 1604, in-8°; Genève, 1620, 1644,1675, in-8°. Ces commentaires , publiés parJ. Liébault, sont consacrés à justifier la doctrine d'Hippocrate. A l'exception des deux derniers, tous les écrits de Houllier ont paru réunis sous ce titre : Omnia opéra practica, Paris, 1612, in-4°; Genève, 1635, in-4°; Paris, 1664, in-fol. Ce recueil, outre une préface de son premier éditeur, R. Chartier, renferme les annotations de L. Duret, les remarques d'Ant. Valet, les commentaires de J. Hautin, et la thérapeutique des femmes en couches , par J. le Bon. R — D — h.
HOLMA10LN OU HÉMAIOUN , HLIAMAION' , A M A 10 L M , dit Mtcireddm Mohammed, deuxième
sultan mongol de l'Hindoustan , naquit le 4 mars 1509, au château de Kaboul. Son père Babour (roy. ce nom), petit-fils de Tamerlan et véritable fondateur de l'empire mongol aux Indes , lui donna le nom d'Iloumaloùn (heureux augure), parce que ce même jour il avait vaincu les Ouzbeks. Quant à son deuxième nom , on sait qu'en arabe il veut dire auxiliaire de la religion. Houmaïoùn monta sur le trône n'ayant encore que vingt et un ans (26 décembre 1530). H s'en fallait de beaucoup à 'cette époque que les Mongols, comme ils y parvinrent depuis, étendissent leur domination sur la presque totalité de la péninsule cisgangétique. Le Goudjerat à l'ouest, le Bengale à l'est, au sud le Dékan , Bedjapour, Golconde et toutes les riches contrées avoisinantes appartenaient ou à des dynasties musulmanes ou à des indigènes. Houmaïoùn résolut de compléter l'œuvre de son père en soumettant toute la presqu'île. Il dirigea ses premières attaques sur le royaume de Cambaie, qui comprenait la plus grande partie du Goudjerat, et il choisit habilement pour commencer l'invasion le moment auquel les querelles entre le sultan de Cambaie ( Uahader ou Badour ) et les Portugais, nouveaux venus aux Indes, venaient d'éclater en guerre ouverte. Grâce à cette division des forces ennemies, Houmaïoùn remporta sur Bahader la victoire la plus complète (1531), et le poursuivant de ville en ville, s'empara successivement de presque toutes ses places, Mandou, Tchanpanir, Cambaie, d'où il se préparait à fondre sur Diu; mais là s'arrêtèrent les succès de cette première campagne. Bahader, vaincu, se hâta de conclure la paix avec le vice -roi portugais Nunho da Cunha en lui cédant l'Ile de Diu avec le droit d'y bâtir un fort. Ainsi c'est au contrecoup de l'expédition d'Hounialoùn que le Portugal dut cette possession importante devant laquelle devaient sous peu se briser (en 1538 et 1545) les efforts des Osmanlis et du roi de Cambaie. L'année suivante (1533), Houmaïoùn reparut en armes, et après avoir à peu près achevé la soumission du Goudjerat, il mit le siège devant Baçain, alors aux Portugais. Mais, quoique ceux-ci n'eussent que de quatre à cinq cents hommes, leur supériorité dans l'art des sièges et l'ignorance complète des Mongols dans cette partie de la guerre déterminèrent bien vite Houmaïoùn à ne pas languir devant des murs savamment défendus, et à tourner ses forces d'un autre côté. H fit la conquête du Malouah, qui appartenait aussi au sultan de Cambaie. Dépouillé de ses possessions , Bahader en passa par les volontés d'Iloumaloùn, et trop heureux d'obtenir la paix, il céda le Malouah , et se contentant du Goudjerat, promit de payer tribut au monarque d'Agrah (1536). Tranquille de ce côté, Houmaïoùn employa l'année suivante en préparatifs contre le Bengale (1537), qui, partagé en plusieurs souverainetés , devait offrir à ses armes une résistance moins compacte et à sa politique des auxiliaires parmi le» princes mêmes des pays
qui imploreraient son appui contre des rivaux. L'événement sembla d'abord justifier ces pre'sages. Parti d'Agrah, Houmaïoùn à la tête de son armée défit bientôt les troupes du sultan de Patnah (1558), prit possession de sa capitale, dont il métamorphosa le nom en celui de Senct-Abad. Mais les autres dynasties patanes se serrèrent autour de l'habile et belliqueux ministre du roi de Djouanpour, Férid, le tueur de tigres, qui d'un coup de sabre avait abattu la tète d'un tigre marchant droit à ce moiiarquc,et qui de simple cavalier du pays de Rou s'était élevé par.cet acte de bravoure et par son adresse au rang de gendre de celui qu'il avait sauvé. Férid, alors nommé Chir-Khan , n'était point un inconnu à la courd'Houmaïoûn. Disgracié pendant un temps par suite des cabales et de la jalousie de quelques grands , il s'était réfugié à Debli, où, comme au pays qu'il venait de quitter, il s'acquit bientôt un grand crédit et où il étudia les ressorts de la puissance des Mongols. Soit franchise , soit dissimulation , il s'écria un jour, dit-on, voyant les discordes qui mettaient le trouble dans la famille régnante : « Qu'il serait « aisé de jeter les Mongols hors de l'Ilindoustan ! » Cette exclamation lui valut l'ordre de quitter les Étals d'Uoumatoùn et l'honneur d'être afiectueusèment reçu par le vieux roi de Djouanpour, dont il redevint le favori, et qui en mourant le recommanda de la manière la plus vive à son fils. Ce dernier pourtant eût bien voulu se débarrasser d'un ministre qui était plus maître que lui, et probablement il provoqua , indubitablement il favorisa le complot des grands, qui, pour en finir avec son crédit , résolurent de l'assassiner; mais Chir-Khan sut tout, leur fit la guerre, prit toutes leurs places fortes , punit ou sévit selon son plaisir, et en récompense du grand service qu'il venait de rendre à son maître se fit donner la main de sa fille, et prit dans la principauté de Rou, grossie des dépouilles de ses rivaux , le titre de radjah. Tandis qu'lloumaïoùn, poussant toujours vers l'est , suivait le cours du Gange et arrivait dans les riches plaines du Bengale proprement dit, Chir-Khan, à la téte de soixante mille montagnards ou septentrionaux, s'avança pour lui ravir ses conquêtes. Il reprit ainsi le Béhar, sans en excepter le château de Radjah Rotas, et pour peu qu'il eût usé de célérité ou s'il eût pris moins de précautions pour s'assurer à lui-même une portion des pays qu'il venait de délivrer des Mongols, il eût coupé la retraite à Houmaïoùn, ou du moins il l'eût rendue très-difficile (1559). Houmaïoùn à cette nouvelle se hâta de revenir sur ses pas, et du Bengale rétrograda jusqu'à- la principauté de Patnah. Chir-Khan n'eut point assez de ce succès : avançant toujours, il vint se placer non loin de lui à Tsioka; et bientôt la supériorité de ses dispositions militaires, l'intrépidité de ses soldats, les avantages qu'il eut dans quelques combats partiels, contraignirent Houmaïoùn à quitter sa position et à repasser la
frontière (1540). Ce ne fut pas sans se promettre de prendre sa revanche à la prochaine campagne. Renforcé par les immenses contingents qu'il fit venir des provinces , Houmaïoùn franchit encore une fois le Gange , malgré vingt mille chevaux qu'avait détachés son ennemi pour disputer le passage du fleuve , et assit son camp à peu de distance du rivage, dans le territoire de Kanodje. Malheureusement il ne se doutait pas de la nécessité d'une discipline exacte, ou bien telles étaient l'indiscipline , la trahison autour de lui , qu'on n'exécutait point les ordres qu'il eût dù donner. Point de grand' gardes, point de précautions; partout la licence, l'ivresse, le bruit ou bien la torpeur du sommeil. Chir-Khan, instruit de tant de négligence par ses espions, prend dix mille cavaliers , et avec ces troupes fraîches qui n'ont fait que cinq lieues, il tombe à la pointe du jour sur le camp mongol, où il amoncelle sans résistance possible des milliers de cadavres cl dont il s'empare. Houmaïoùn se sauve à grand' peine et traverse le Gange sur un cheval dont le maître vient de se noyer. Ses trésors, ses femmes, ses filles restent aux mains de Chir-Khan (1541). Les suites de cette déroute furent incalculables. Non-seulement le vainqueur ne laissait point à Houmaïoùn le temps de respirer, car il parut sous les murs d'Agrah un mois après la bataille de Kanodje, non sans s'être ouvert, chemin faisant, les portes de plusieurs places importantes , mais il semble que tout le monde s'était donné le mot pour abandonner ou insulter l'infortuné sultan. Déjà, au moins dans cette troisième campagne, il avait pu soupçonner une trahison de la part des principaux officiers , et dans l'intervalle même de la seconde à la troisième , il avait découvert uu complot ourdi par ses frères dans le but de le détrôner : il avait fermé les yeux ou pardonné , et même, s'il faut en croire les historiens orientaux , il les combla au contraire de bienfaits et d'honneurs dans l'espérance qu'ils reconnaîtraient sa générosité par leur dévouement. Peut-être y a-t-il ici confusion de deux époques différentes et a-t-on pris le commencement du règne d'Houmaïoùn pour l'époque du complot. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'après la prise d'Agrah la partie orientale seule de l'empire mongol était au pouvoir de l'ennemi et qu'il restait au moins les deux tiers des provinces à soumettre. Houmaïoùn se préparait à soutenir opiuiâtrément la lutte, mais il n'avait plus de forces qui lui appartinssent en propre, et il lui advint ce qu'on a vu si fréquemment dans l'Orient. Tous les gouverneurs de provinces refusèrent leur concours au monarque qui n'avait plus de quoi se faire respecter, et se préparèrent ou à vendre leur soumission au conquérant ou à se ménager l'indépendance. Il venait de quitter l'Adjcmir, où il ne se jugeait pas en sûreté, et le Djesselmir, où la sultane principale, Temla, venait de le rendre père d'Akbar. Toutes ses tentatives pour rallier des sympathies
furent infructueuses. A Lahore, il n'obtint de son frère Mirza-Kamran que des reproches, comme si jamais il n'eût osé envisager les Patanes et qu'il eût fui à l'annonce seule de leur approche. A Cachemire , le gouverneur venait de mourir, et les indigènes, veillant eux-mêmes à leur défcns«, avaient fermé les passages des montagnes : ils ne voulaient pas plus recevoir le sultan des Mongols que le rajah ou khan des Patanes. A Trinlebeg se rencontra encore Mirza-Kamran , qui, maigre sa jactance, rapidement chasse à son tour de la ville et de la province de Lahore, et ne pouvant chercher un asile dans le Moultan, conquis aussi, venait de se rendre à marches forcées sur la roule du Kaboul et prétendait en prohiber l'entrée à à Houmaïoûn. A Kandahar, un autre frère, le gouverneur Mirza-Askéri , aux prières que le prince fugitif lui fit de mettre la place en état de défense, ne répondit qu'en lui notifiant qu'il n'y mettrait jamais les pieds. Semblable refus lui vint de Tattah au nom du khan Hussein, auquel il fit demander de lui laisser le passage par sa province pour se rendre en Perse : « La « route de Perse , dit llossein , c'est Kandahar. » Ainsi rebuté de tout côté et près de tomber aux mains des Patanes, le malheureux Houinatoun vit bien enfin qu'il fallait laisser sur cette terre inhospitalière et la foule des inutiles valets et le harem. 11 laissa aussi Temla et son fils (à Tsanouan) , et accompagné d'un petit corps d'élite, que commandait le fidèle Behram-Khan, il entra en Perse par le Sidjestan. Thahmasp I* (voy. ce nom) était alors sur le trône des sofys. Il ne pouvait voir d'un oeil indifférent la puissance nouvelle qui vouait de surgir dans lllindoustan et qui , d'un pied s'appuyant sur l'embouchure du Gange, semblait de l'autre vouloir franchir les limites du Kandahar et du Kaboul. Avoir en ses mains et être toujours à même de lâcher contre les Patanes un prétendant, un ex-monarque, était un moyen infaillible de contenir cette ambition fière de succès non interrompus. Il voulut donc quTIoumafoùn en mettant le pied sur le sol de la Perse y fût traité en roi qui visite un roi son ami , et que la renommée en retenttt aux oreilles de Chir-Schah ( e'est le nom que venait de prendre avec le diadème l'heureux Chir-Khan). Effectivement, Houmaïoûn se vit prodiguer à satiété les vains honneurs, les frivoles déférences. Les gouverneurs faisaient cinq lieues à sa rencontre. Le frère du schah Mirza- Bairam le servait à table.. On lui recomposa un sérail, un harem. Mais, quant aux mesures décisives, l'empressement était moins grand. Thahmasp ne prenait nul engagement positif, à terme précis ; et les mois , les années se passèrent sans qu'on mit un corps d'armée à sa disposition , sans qu'on le laissât libre de recruter des volontaires. Sans doute plus d'une fois On marchanda sa vie. Nul doute que Chir-Schah n'ait fait en ce sens des ouvertures à Thahmasp ; et nul doute
que , soit par suite de ces ouvertures , soit sous l'influence de quelque intrigue du palais, Thamasp n'ait eu au moins une fois la velléité de se débarrasser de son hôte. Mais, malgré ses fréquents désappointements, ce dernier ne s'endormait point dans son palais de Kazbin, et de même qu'il avait des amis et des espions dans l'Inde, entre autres son fidèle fakir Chahddaoula , de même il avait auprès du sofy des protecteurs adroits à sonder et à raffermir lo terrain. Mirza-Bairam, cet éch.mson que lui avait donné un caprice de Thahmasp, était devenu son ennemi, depuis qu'en louant son protecteur Houmaïoûn avait compté parmi les plus hautes preuves de son génie la défiance où il était de ses frères, et le soin qu'il avait de les tenir dans la dépendance et de leur faire toujours sentir la main du maître : « Que n'ai-je été de « même, disait-il , à l'égard des miens! Mirz.v « Bairam ne me servirait point à boire aujour- « d'hui. » Mais si cette sadlie avait mécontenté Mirza-Bairam au point de lui faire tout entreprendre pour décider Thahmasp à la mort d'tloumaïoùn, elle ne put qu'être agréable h Thahmasp, qui sans doute ne l'ignora point , et peut-être contribua-t-elle à préserver les jours du sultan dépossédé plus qu'à les compromettre. Mirza- Bairam d'ailleurs avait pour antagoniste à la cour de Bahram sa sœur Bégoura Soulthana', dont Houmaïoûn s'était ménagé la faveur et qui ne manquait nulle occasion de parler pour lui à son frère. Au milieu de ces fluctuations et des incertitudes que Thahmasp laissait planer à dessein sur sa conduite ù l'égard de l'affaire de l'Inde, Cbir-Schah, après un règne glorieux de cinq ans, périt au siège de Kalindjar, qu'il assiégeait depuis neuf mois et qui se rendit un moment avant qu'il expirât (15413 j. Sur-le-champ la désunion se mit parmi les Patanes , attaqués en outre ou menacés par les Kadjepouts. Sélim-Schah , un des fils de Chir-Schah, s'était saisi de sa couronne au préjudice de son aîné Adel-Khan, puis l'avait laissée à son fils Fcroze-Schah ; mais ce dernier avait été détrôné par son oncle maternel Moubarès-Khan, que ses adhérents décoraient du nom d'Adcl- Schah. D'autres compétiteurs, Ibrahim - Khan , Ahmed-Khan, l'un et l'autre ses beaux - frères , armaient de leur côté (1550) et marchaient chacun à la tête de troupes nombreuses. C'est en ce moment favorable que Thahmasp déféra aux conseils de sa sœur : il y avait alors huit ans qu'lloumaïoùn avait la Perse pour asile. L'habile sofy lui donna, pour commencer la conquête d'un pays que son absence devait lui avoir rendu aussi favorable que naguère il s'était montré hostile ou indiffèrent, douze mille hommes et une douzaine d'officiers et fonctionnaires principaux, tant pour les conduire que pour s'opposer à ce qu'IIoumaloùn acquit sur eux une autorité trop directe, et pour veiller à l'exécution decertainesconditions stipulées en secret; car nous ne nous imaginerons pas que la générosité du protecteur fournit ainsi
gratis hommes et subsides au protégé. H est certain par exemple que , entre autres clauses du traité, Houmaïoùn proiuettaitde se reconnaître tributaire de la Perse. Il est possible aussi qu'il dût faire quelques cessions territoriales , par exemple le Kandahar ou bien le Kaboul. C'est contre ces deux provinces que se dirigèrent d'abord ses efforts. Mirza-Askéri était toujours gouverneur de la première. Houmaïoùn mit le siège devant la ville, qui fut prise au bout de six mois (1551), puis devant la citadelle, qu'il ne voulait recevoir qu'à discrétion. Mirza-Askéri pour se défendre (it paraître sur les murs le jeune Âkbar. A cette vue Houmaïoùn fléchit, il promit la vie sauve et la liberté à son frère. Mirza-Askéri se hâta d'aller rejoindre Mirza-Kamran à Kaboul , pour concerter avec ce prince leur plan de défense. Mais la chance avait tourné. Kaboul tint moins longtemps que Kandahar, et tout le pays se soumit avec la ville principale (1552). Kamran lui-même se laissa prendre et fut puni de sa longue rébellion et de son ingratitude par la perte de la vue et parla déportation à la Mecque, d'où quelque temps après revint la nouvelle de sa mort. Pendant ce temps, la guerre civile divisait toujours les Patanes, et Ahmed, triomphant de ses adversaires dans une affaire générale, venait de se faire proclamer souverain sous le nom de Sikander-Schah (1552). Tandis qu'il songeait à s'affermir, Houmaïoùn passait le Sindh, traversait les riches plaines du Pandjab, prenait Rotas (1553), et marchait sur Lahore. En vain Azir- Kban , qui de gouverneur de cette forte place comptait se rendre souverain indépendant, prépare tout pour une résistance formidable : des soldats travestis en pèlerins s'introduisent dans les murs, poignardent Azir et ouvrent les portes à Houmaïoùn. Revenu des chimères qui l'avaient enivré un instant et brûlant de renverser son vainqueur, l'usurpateur Moubarès-Khan ou Adel- Schah traite avec le Mongol, et faisant à la tête de cent mille cavaliers, que commande son général Emond , une importante diversion en Bengale , s'empare de Tchilmari , la ville sainte. Sikander- Schah entre ces deux antagonistes qui le pressent résout d'aller d'abord au plus redoutable ; U se trouve en face de lui dans les environs de Sirhind, sur cette ligne qui partage les eaux du Shind et du Gange ; il engage la bataille à la tête de quarante mille cavaliers, et il est vaincu (1554). Il résiste pourtant encore : des flancs des montagnes sur lesquelles il s'est replié, il ramène des forces nouvelles qui , unies aux débris de ses troupes dispersées, mais non taillées en pièces à Sirhind, s'élèvent à plus de quatre-vingt miUe cavaliers. Houmaïoùn cependant n'est plus qu'à quelques lieues de Dehli. Sikander-Schah prend position entre Paniput et Nagar-Kot pour couvrir sa capitale. La fortune prononce encore contre lui , et cette fois Houmaïoùn , réintégré dans tous ses droits par la victoire décisive de son brave corn-
pagnon d'exil Behram-Khan , rentre en triomphe dans Dehli , tandis qu'AUan-Kouli , Samaran et Bahader promènent leurs armes triomphantes dans le Doab et lui ouvrent les portes d'Agrah (1555). Ainsi au bout de quatorze années s'opéra la restauration de la dynastie mongole , qui devait encore près de deux siècles régner aux Indes avec tant de magnificence. Cette grande révolution eut lieu l'année même où Charles-Quint, las des splendeurs de la royauté, commençait ses abdications : l'empereur européen descendait du trône, l'empereur du Mongol y remontait. Mais ce ne fut que pour peu de moments. On eût dit que la mort pour le frapper n'attendait que sa rentrée au palais héréditaire. A peine eut-il le temps de signaler son nouveau règne par un acte mémorable. Il ne se hâta point d'envoyer à Thahmasp le tribut promis, et sans doute son dessein était de manquer à sa parole. H traita favorablement les Radjepoutes, il désarma et humilia les Patanes. Il préparait par ces mesures, mieux que par des guerres , la réunion des provinces non encore annexées à l'empire, lorsque, ayant trop pris d'opium , il se laissa tomber, suivant les uns, d'un escalier qu'il descendait pour se rendre à la prière, suivant les autres, du haut des murs d'un monument tumulaire qu'il s'érigeait de son vivant, le 21 janvier 1556, et il mourut trois jours après. Son (ils Akbar lui succéda. Son corps fut déposé dans le mausolée qu'il s'était préparé sous un dôme magnifique étincelant de dorures. P — ot.
HOl'NG-WOU est le nom que les Européens* ont coutume de donner au fondateur de la vingt et unième dynastie chinoise, parce que c'est celui que reçurent les années de son règne. H se nommait Tchou-youan-tchang ; et le titre sous lequel il fut honoré dans la salle des ancêtres et célébré dans l'histoire est celui de Tai-tsou (ou grand aïeul), parce qu'il fut le premier de sa famille qui fut élevé à la dignité impériale. Il naquit en 1327 à Sse-tcheou, petit bourg de la province de Kiang-nan, du ressort de Foung-yang-fou. Son père était un pauvre laboureur; et comme Tchouyouan-tchang, son second fils, paraissait daus son enfance être d'un tempérament faible, il le voua au culte d'une divinité bouddhique, dans le temple de laquelle fut élevé ce jeune homme, qui devait un jour se voir possesseur d'un puissant empire. A dix-sept ans il embrassa la profession religieuse , ou , comme disent nos missionnaires , il se fit bonze , la quinzième année du règne du dernier empereur des Mongols , auquel il succéda. Ce prince tartare si décrié dans l'histoire , qui est souvent injuste envers les rois malheureux, vit son empire troublé par suite d'une entreprise qui n'avait pour objet que le bien de se* peuples, et qui, si elle eût réussi, lui eût mérité les hommages de ses contemporains et de la postérité : U s'agissait de creuser un nouveau lit au fleuve Jaune {Hoang-ho), dont les eaux font souvent
payer cher aux provinces qu'elles traversent la vie qu'elles donuent au commerce et à l'agriculture. Les dépenses énormes et les corvées accablantes qu'exigeait cette entreprise produisirent un mécontentement général , et causèrent un soulèvement universel. Les Mongols ne purent suffire à étoufler toutes les révoltes qui se manifestèrent à la fois sur presque tous les points de l'empire. L'un des rebelles qui firent les progrès les plus rapides fut Ko-tseu-liing, qui sut se maintenir dans la province de Kiang-nan. Au milieu de ces troubles , le jeune Tcbou-youantebang se dégoûta de la vie monastique, et s'enrôla comme soldat dans les troupes du rebelle , qui occupait sa province natale. Il s'y distingua bientôt par ses talents, obtint un petit commandement, et gagna si bien les officiers qui lui étaient subordonnés , qu'en peu de mois il fut en état de se déclarer lui-même cbef de parti. Cependant, tout en songeant à se faire un sort indépendant, la reconnaissance qu'il devait à Ko-tseu-bing fit qu'il ne voulut pas l'abandonner sans lui rendre quelque service considérable. II l'aida à se rendre maître d'une des villes les plus Importantes de ces contrées; et se croyant ensuite quitte envers lui, il s'empara de Ho-yang, ville située sur le Kiang , à peu de distance de Nanking, puis de Taï-p'hing, et enfin de la capitale même de cette province, qu'on appelait alors Kin-ding. Au lieu d'imiter les autres chefs de révolte en fatiguant continuellement les peuples par des expéditions mal conçues et dépourvues de résultat, il établit dans sa nouvelle capitale une sorte de gouvernement, sur le plan de celui que les lettrés regardent comme le chef-d'œuvre de la politique, et la condition essentielle de toute bonne administration. Ayant su gagner par là cette classe nombreuse et puissante, il s'inquiéta peu des attaques de ses rivaux , et l'un des plus redoutables, Tchin-yeou-liang, étant venu l'insulter jusque dans le cœur de son petit royaume, il parvint non-seulement à le repousser, mais à s'agrandir aux dépens de cet ennemi, en ajoutant à ses propres conquêtes une partie considérable du Kiang-si, et plus de la moitié du llou-kouang. Ce n'étaient plus dès lors de simples partisans qui combattaient pour la possession de quelques cantons de peu d'importance, mais des généraux devenus habiles, dont les succès et les revers intéressaient des provinces entières. L'armée que commandait Tchou-youan-tchang était forte de plus de 200,000 hommes; il serait aussi long que fatigant de suivre en détail les marches des officiers qui s'étaient attachés à sa fortune , et d'énumérer les villes qu'ils enlevèrent pour lui, soit aux autres rebelles, soit aux Mongols euxmêmes. Mais il est intéressant de voir ce chef, qui sut mériter sa fortune et faire pardonner ses succès, entrer en vainqueur dans la ville qui lui avait donné naissance. Kn y arrivant, il s'empressa de témoigner à ses ancêtre» cou respect et
sa reconnaissance, parce que dans les idées chinoises c'était à leurs vertus qu'il rapportait la cause de son élévation. Il se prosterna plusieurs fois en frappant la terre du front devant la maison de la sépulture, puis, s'y étant assis, il dit à ses généraux : « Dans les premières années de ma « vie, n'étant que le fils d'un pauvre laboureur, « je n'ambitionnais pas d'autre fortune que celle « de mon père. En entrant au service , je n'avais « d'autre désir que de m'acquitter de mon devoir. « Aurais-je jamais pu espérer d'être un jour en « état de rendre la paix à l'empire? Après plus de « dix ans d'absence , je reviens avec quelque gloire « dans ma patrie , près des tombeaux de mes an- « cétres ; j'y retrouve les vieillards que j'y avais « laissés. Lorsque je quittai la maison de mon « père , pour entrer dans les troupes en qualité « de simple soldat , je vis les plus braves et les « plus estimés de nos officiers permettre à leurs « soldats d'enlever les femmes et les enfants du « peuple, et de lui ravir tout ce qu'il (possédait. « indigné de ce brigandage, et pénétré de dou- « leur à la vue de ces malheureuses victimes, « j'osai élever la voix et faire des reproches à « ceux qui l'autorisaient; mais les voyant sourds « à mes représentations , je pris le parti de « me séparer d'eux ; j'assemblai les officiers qui « m'obéissaient ; je leur recommandai de ne ja- « mais souffrir parmi leurs troupes d'aussi grands « désordres, d'épargner en tout le peuple, afin « de lui faire connaître que nous n'avions pris les « armes que pour le tirer de la misère et lui pro- « curer une paix solide. L'auguste ciel a sans « doute approuvé ma conduite , puisqu'il m'a tiré « de l'état abject où j'étais né, et que je suis par- « venu à l'honneur d'être votre chef. » Un conquérant qui professait et savait faire valoir ces sentiments ne pouvait guère manquer de l'emporter à la fin sur ses compétiteurs, qui tenaient, pour la plupart, une conduite tout opposée. Il s'attacha à les détruire les uns après les autres, et euxmêmes, par leur mauvaise administration, contribuèrent à le faire triompher. Depuis longtemps ses officiers le pressaient de se déclarer empereur; mais craignant l'infamie attachée au nom de rebelle, et voulant encore garder des ménagements avec les Mongols , il se borna , pour préparer les esprits par une élévation graduelle, à prendre le titre de prince de 'Ou , suivant en cela l'exemple de la plupart de ceux qui, à la Chine, visent à la souveraine puissance , et commençant par renouveler le souvenir d'une do ces anciennes principautés qui, sous la troisième dynastie, constituaient le système féodal de l'empire. Il s'empara ensuite successivement, soit par luimême, soit par ses généraux, des provinces de Kouang-toung, de Kouang-si, et de Cfaan-toung. Cette dernière était comme le rempart de la province de Pe-tchi-li, où les Tartares tenaient leur cour. Le prince de 'Ou la traversa rapidement , et se présenta devant Toung-tcheou , qu'il emporta
nou
de vive force. Alors l'empereur mongol , voyant ses affaires désespérées , et ne voulant pas se laisser prendre dans Péking, prit la fuite et passa en Tartane. Le conquérant fit son entrée dans la capitale , et y reçut enfin le titre d'empereur. Il donna à sa dynastie le nom de iling. oui signifie lumièr*, tant au propre qu'au figuré, et aux années de son règne celui de Houng-wou (1) , qu'on peut traduire par guerre fortunée, ou plutôt fortune immente produite jrar la guerre. La soumission de la capitale et des principales provinces ne fut pour le nouvel empereur qu'un motif de redoubler d'activité afin d'achever la conquête de l'empire. Tous ses généraux furent envoyés à la fois pour réduire ce qui pouvait rester du parti des Mongols, ou des chefs de rebelles, naguère rivaux de Houng-wou. Lui-même, tranquille à Péking sans y être oisif, s'occupa de consolider par de sages institutions sa grandeur, qui ne reposait encore que sur le succès de ses armes. Ennemi du luxe, comme presque tous ceux qui s'élèvent par leur mérite , et qui veulent se montrer supérieurs à leur fortune, il mit ses soins à réformer toutes les folles dépenses qui avaient rendu la cour tartare odieuse aux peuples. Il fit abattre les tours et les palais somptueux que les Mongols avaient construits à Péking, et remplacer par des ornements de cuivre les figures d'or et d'argent qui brillaient sur les chars et les meubles; et comme un de ses grands lui représentait la perte que ce changement allait produire, et la nécessité de conserver des superfluités qui augmentaient l'éclat extérieur de sa dignité : « La gloire d'un prince, répondit Houng- « wou , n'est pas d'avoir des meubles somptueux « et superflus, mais d'être le maître d'un peuple « qu'il rende heureux. J'ai tout l'empire pour i domaine : en serai-je plus pauvre quand je per- ■ drai la façon de quelques meubles inutiles? Si • je donne l'exemple du luxe , comment pourrai- « je le condamner dans mes sujets? » Houng-wou était doué de trop de grandeur d'âme pour oublier le rang obscur d'où il était sorti , et loin de rougir de sa naissance , il semblait plutôt en tirer vanité. Tous ses discours à ses courtisans , les instructions qu'il adressait au peuple , les exhortations qu'il faisait à ses armées avaient pour objet d'enflammer leur Ame en leur montrant l'élévation où l'avaient fait arriver, disait-il , la vertu simple et modeste de ses aïeux et son attention à se conformer aux intentions bienveillantes du ciel pour les hommes. Néanmoins le désir qu'il avait de pacifier l'empire ne l'empêcha pas d'entreprendre des guerres qui pouvaient le conduire à cet objet. Ses généraux, après avoir soumis ou dispersé tout ce qui restait des armées mongoles en deçà de la grande muraille, sortirent des limites de l'empire par plusieurs point*, et allèrent atta-
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quer en Tartaric les princes de la dynastie fugitive, dont le retour sur les frontières aurait pu inquiéter ou troubler l'empire. Le Tibet , le Liaotoung, et même plusieurs divisions de la nation mongole, se soumirent à leur tour aux armes chinoises , et le prince tartare , qui conservait le titre d'empereur, se vit contraint de se retirer à Karakoroum , dans le pays même d'où ses ancêtres étaient partis pour aller à la conquête de l'Asie. Mais dans cet éloignement ils ne cessèrent pas de tourmenter les Chinois, soit en venant à l'improviste fondre sur les frontières, soit en harcelant ceux des Tartares qui avaient reconnu les Ming , et qui servaient de boulevard à l'empire. Houng-wou ne vit pas la fin de ces guerres, qui lui donnaient toujours de l'inquiétude sur la stabilité de sa dynastie. Ce ne fut que dans les années Young-lo , sous son second successeur, que les Chinois, prenant enfin leur revanche sur les Mongols, pénétrèrent dans la Tartarie, et la réduisirent en province chinoise. Mais Houngwou eut toujours la gloire d'avoir délivré sa patrie du joug que les étrangers lui avaient imposé depuis cent ans; d'avoir réuni à ses Etats des pays immenses qui avaient été subjugués par les Mongols; d'avoir rendu la paix à un vaste empire, et rétabli l'ordre troublé par les révoltes et les guerres; d'avoir enfin répandu la terreur et la gloire du nom chinois dans des contrées éloignées, ■ d'où un grand nombre d'étrangers « vinrent lui payer le tribut, participer a ses « bienfaits , et admirer son gouvernement ; » c'està-dire, en langage chinois, que sous son règne l'accès de l'intérieur de l'empire fut ouvert aux étrangers , et que l'attrait du commerce attira en Chine les marchands de tous les pays de l'Asie; car, quant à la soumission des contrées qui sont situées au delà du Tibet , dans l'Inde , la Perse et la Tartarie , on doit la regarder comme une de ces exagérations dont les Chinois sont assez prodigues quand il s'agit de rehausser l'éclat et d'augmenter la splendeur du règne de leurs souverains. Houng-wou avait d'abord désigné pour son héritier un de ses fils qui promettait d'ètra un jour le digne successeur de son père ; mais ce jeune prince étant mort à la quatrième lune de l'an lô'Ji, l'empereur choisit pour le remplacer son petit-fils, l'atné des fils de ce prince qu'une mort prématurée venait d'enlever. Il ne fut pas longtemps sans se repentir de cette disposition qui privait de l'empire le prince de Yan, un autre de ses fils, homme habile et entreprenant, dont la conduite, après la mort de son père, justifia les craintes que celui-ci avait conçues. Au commencement de l'an 1598, la trente et unième année Houmg-un>u, l'empereur fut attaqué de la maladie dont il mourut, le dixième jour de la cinquième lune intercalaire, à l'âge de 71 ans. Il laissa la réputation d'un des plus grands princes que la Chine ait eus; il avait de belles qualités et point de défauts essentiels. Persuadé que l'intérêt
personnel conduit toujours le peuple, il refilait avec soin à ce que ses sujets ne manquassent jamais du nécessaire, et cette conduite, également fondée sur son discernement et sa bonté, lui mérita l'amour des Chinois et des étrangers. Sa clémence était égale à son courage. Maïtilipala , petit -fils du dernier empereur mongol , étant tombé entre ses mains, les grands, qui craignaient que ce prince ne causât quelque trouble, demandèrent qu'il fût immolé dans la salle des ancêtres de la famille impériale. Ils s'appuyaient pour cet acte d'une barbare politique, de l'exemple d'un des plus illustres empereurs chinois, de Taïtsoung, fondateur de la dynastie des Thang : « Je « sais, répondit Houng-wou, que ce prince fit « mourir Wang-chi-tchoung dans la salle de ses « ancêtres. Mais s'il eût eu entre ses mains quel- « qu'un des descendants de la famille des Souï, à « laquelle il faisait succéder la sienne, je doute m qu'il se fût conduit de même. Qu'on mette dans * les trésors publics les richesses venues de Tar- « tarie, pour subvenir aux besoins de l'État. A « l'égard du prince Maïtilipala, ses ancêtres ont « été les maîtres de l'empire pendant près de « cent ans : les miens ont été leurs sujets, et « quand même ce serait une coutume constante « de traiter ainsi les rejetons d'une dynastie qu'on r éteint, je ne saurais jamais m'y résoudre. » Il ordonna qu'on fit quitter l'habit tartare au prince captif, et qu'on le vêtit à la chinoise ; il le déclara prince du troisième ordre, lui assigna un cortège et des appointements convenables, et lui fit donner un palais pour lui et les princesses ses femmes. Peu de temps après même, il le renvoya en Tartarie près de son père, recommandant à ceux qui étaient chargé sde le reconduire de prendre bicu garde qu'il n'arrivât aucun accident à celui qui devait continuer la ligne directe de la dynastie mongole. La suite fit voir que Houng-wou avait su allier dans cette circonstance les principes de l'humanité avec ceux d'une sage politique. Contemporain deTamerlan, il parvint, par des moyens bien différents , à une puissance et à une célébrité non moins grandes. L'ambition de l'un causa les plus grands malheurs à la partie de l'Asie qui se trouva exposée à ses ravages : l'ambition de Houng-wou tourna toute au bonheur des hommes, et sauva sa patrie des horreurs de l'anarchie et de la guerre civile. Tamerlan voulut, dit-on, porter ses armes en Chine, pour y venger les princes de la famille de Tchinggis-Khan (1), dont il était l'allié. Les historiens chinois ont pour la plupart ignoré ce fait, et n'ont vu dans Tamerlan qu'un sujet fidèle de l'empereur des Ming, qui reconnut le premier l'autorité de Houng-wou, et lui envoya, avec le tribut qui marquait sa soumission , la lettre la mieux écrite qui soit jamais venue des pays étrangers. On sait cependant que
(1) Plui généralement corn
dont le nom * été altéré' de
1»J IMGH l VZ-K H »n; .
le nom de GcngiiUan, maû
lt»y.
Houng-wou fut informé des préparatifs que ce prétendu sujet avait dirigés contre lui; car on trouve dans le recueil de ses ordonnances un décret pour assembler des troupes, fortifier les places et construire des camps sur la route qui conduit de la Perse à la Chine. Si la mort ne fût venue arrêter Tamerlan dans cette expédition , on eût vu si le bonheur qui avait accompagné jusque-là le libérateur de la Chine se serait démenti dans cette occasion , ou si le vainqueur de Bajazet, arrivant à l'extrémité de l'Asie avec des troupes fatiguées, ayant pour auxiliaires ces mêmes Mongols que Houng-wou venait de disperser, eût pu combattre avec avantage toute une nation animée de l'enthousiasme de sa délivrance , et conduite par un chef habile qui ne devait ses succès qu'à ses talents et à sa bravoure personnelle. Sous ce dernier rapport on peut comparer Houng-wou à Tchinggis, dont il détrôna la postérité. Celui-ci, héritier d'une principauté inconnue en Tartarie, et commandant à quelques cavaliers , ne devait pas plus espérer d'obtenir l'empire de l'Asie que le fils du laboureur de Sse-tcheou ne pouvait prétendre à l'enlever aux descendants de Tchinggis. Tous deux eurent les plus grands obstacles à surmonter, et parvinrent de l'état le plus humble à la puissance la plus vaste. On ne met point ces conquérants orientaux au niveau de César ou d'Alexandre, parce que, selon l'opinion commune, nés au milieu de la barbarie , ils n'eurent à combattre et à soumettre que des barbares; mais il faut remarquer que tout est relatif, et que les moyens en pareil cas sont proportionnés à la fin. D'ailleurs l'histoire moderne prouverait , à défaut de l'histoire ancienne, que les nations qui se disent éclairées se soumettent aussi facilement au joug que celles qu'on traite de barbares. Si Tchinggis trouva dans la barbarie même de sa nation et dans son état peu avancé un grand obstacle à ses projets, Houng-wou éprouva peutêtre plus de difficultés à surmonter dans les lumières de ses concitoyens; car il était plus aisé de se rallier des cavaliers tartares que de subjuguer et de se concilier les esprits hautains des lettrés chinois. Les deux entreprises demandaient des talents différents. Mais si Tchinggis joua un rôle plus éclatant en apparence , Houng-wou mérita mieux le titre de grand homme. Les fureurs de l'un désolèrent deux parties du monde et coûtèrent la vie à des millions d'hommes : les guerres que Houng-wou fut obligé de soutenir eurent pour effet de rétablir l'ordre dans un grand empire, d'y faire régner les lois, la paix et l'abondance, et d'en chasser des dominateurs étrangers. On a sous le nom de Houng-wou un recueil de lois et d'instructions , que le premier empereur des Mandchoux a fait traduire; ces lois et ces instructions sont un beau monument de la haute sagesse et des sentiments élevés de ce prince recommandable.Le père de Mailla s'en est servi avec avantage, dans la rédaction du commencement
de l'histoire des M ing (Histoire générale de la Chine. t. 10). A. R— t.
HOUPILAI. Voyez Cih-tsod.
HOURCASTREMÉ (Pierre), littérateur médiocre, mais original, naquit le 24 décembre 1742 à Nararreins dans le Béarn, de parents pauvres. Au sortir de l'école où il avait appris à lire, à écrire et à calculer, il fut placé chez un marchand pour s'y former aux usages du commerce. Mais sentant le besoin de s'instruire, il lisait avidemment tous les livres qui lui tombaient sous la main. Bientôt il composa de petites pièces dp vers , d'après le cardinal de Bernis, qu'il regardait comme le plus sublime des poètes; et dans le même temps il apprit sans maître le dessin et la musique. Ses parents émerveillés se décidèrent à faire un sacrifice pour l'envoyer à Paris perfectionner ses talents. 11 y fréquenta les cours de droit, se fit recevoir avocat en 1759, et revint exercer sa profession à Navarreins. Son cabinet était sans doute assez peu achalandé, car il continua de faire de mauvais vers et de cultiver les dispositions qu'il croyait avoir pour le dessin. Il ne tarda pas à reprendre le chemin de Paris, où il se trouvait en 1767, puisqu'il nous apprend lui-même qu'au mois de janvier il présenta au roi Louis XV plusieurs dessins à la plume de sa composition. En 1770 il adressa des vers à Voltaire, qui, toujours prodigue d'éloges, lui répondit par des stances ainsi terminées :
Je vnu.« cède ma lyre ,
Vo» doigt» sont («lu pour l'animer.
Ce compliment, qui pouvait bien être ironique, fut pris au sérieux par Hourcastremé , et il ne manqua pas de Taire imprimer les stances de Voltaire, à la tête de ses Poésies et œuvres mêlées (1773, 2 vol. in-12) , recueil indigeste de toutes les compositions de sa jeunesse , qu'il publia sans même les corriger. En 177ÎS il remit au directeur de l'Opéra Marins et Arisbe, drame lyrique en 5 actes, qui lui fut renvoyé pour y coudre un divertissement; mais, piqué des mauvais procédés du directeur, il garda son drame et ne voulut plus le laisser jouer. 11 concourut en 4780 à l'Académie de Marseille pour réloge en vers de Christophe Colomb ; mais le chevalier de Langeac remporté le prix. Déjà la littérature n'occupait plus exclusivement Hourcastremé ; il étudiait la philosophie et les mathématiques. Pour être plus à portée des savants avec lesquels il sentit la nécessité d'entrer en communication, il s'établit en 1784 à f.raville près de Rouen , et bientôt il s'imagina qu'il avait trouvé la solution des problèmes qui, depuis la renaissance des sciences, fatiguaient vainement les géomètres, tels que la quadrature du cercle, la trisection de l'angle et la duplication du cube. La révolution le trouva plongé dans ces innocentes rêveries ; cependant à l'époque des états généraux il se mit en correspondance avec les hommes les plus marquants, Mirabeau, Bailly,
Tronchet , etc. , auxquels il s'empressa de communiquer ses vues sur les moyens les plus prompts d'opérer la régénération politique de la France. Après la prise de la Bastille, il conçut un plan qu'il qualifie lui-même « le rêve le plus grotesque m qui jamais ait occupé la tête d'un dormeur, » et dont la réalisation n'aurait pas coûté plus de soixante millions. C'était de construire , sur les terrains de cette ancienne forteresse, un vaste bâtiment où l'on aurait placé l'assemblée nationale , les Académies , etc. Au mois de novembre 1780, il fit hommage à l'assemblée constituante d'un opuscule intitulé Des tribunaux, qui fut réimprimé dans les Annales universelles, et dans lequel, suivant lui, se trouve la première idée des bureaux de conciliation. Le 13 novembre 1790 il fit encore hommage à l'assemblée de la solution du problème de la duplication du cube , et de son roman politico-philosophique : Les aventures du chevalier Anselme, qu'il regardait « comme son « premier titre à l'estime de la postérité. » Ce roman était terminé depuis dix ans; mais aucun censeur n'avait voulu le revêtir de son approbation; enhardi par les événements, il s'en était passé, et les premiers livres circulaient dans le public depuis le mois d'avril 1788. Hourcastremé avait sur l'éducation des idées qu'il croyait neuves et qu'il aurait été bien aise de pouvoir mettre en pratique. Aussi vit-il avec un extrême dépit qu'on ne songeât pas à le choisir pour instituteur du Dauphin qui venait de recevoir le titre de prince royal. La préférence accordée à Bernardin de Saint-Pierre lui parut une injustice révoltante; mais il se consolait en pensant qu'on ne tarderait pas à revenir sur un choix aussi singulier. Car, « que pouvait-on attendre d'un homme qui s'ap- « puyait sur la Genèse pour expliquer la fonte ■ des glaces polaires et la théorie des marées? » Quoiqu'il fût et depuis longtemps trés-mûr pour notre sublime révolution , on doit à Hourcastremé la justice de dire qu'il n'en approuva point les excès. 11 se serait contenté de la monarchie telle que l'avait faite l'assemblée constituante. La république arriva sans qu'il s'y attendit, et il lâcha de s'accommoder, le mieux qu'il pùt , d'une forme de gouvernement pour laquelle il ne parait pas avoir eu beaucoup de sympathie. A l'approche de la crise il avait quitté prudemment Paris pour revenir à Cm ville, et il y passa les temps les plus orageux de la révolution , seul avec ses livres. Les Aventures de messire Anselme étaient décorées du portrait de l'auteur avec ces mots au bas : Vir simplex et reclus. Le comité révolutionnaire du Havre, dont aucun membre ne savait le latin , trouva cette devise suspecte. Un mandat d'avoir à comparaître fut lancé contre Hourcastremé ; mais les explications qu'il donna parurent satisfaisantes , et il en fut quitte pour la peur. Il avait employé le temps de la terreur à réfléchir sur les défauts de la constitution de 1793; et lorsqu'une commission eut été nommée pour la réviser, il s'empressa
de lui adresser (mai 4795) un plan qui lui parais «ait propre à prévenir le retour dos désordres. Malgré le zèle qu'il ne cessait de montrer pour la chose publique, il ne fut point compris dans le nombre des auteurs qui reçurent des secours de la convention. Cette nouvelle injustice, qu'il attribuait à Chénier, le blessa vivement; mais il crut se venger suffisamment en le qualifiant : « le plus « incorrect et le plus faible des versificateurs. * De retour à Paris après 4706, il concourut à la rédaction du Courrier lyrique et des Etrennes de iliiémosyne; les différents opuscules qu'il publia plus tard ne produisirent pas l'effet qu'il espérait de leur importance ou de leur singularité. Hourcastremé mourut oublié vers 1845. On connaît de lui : 4° Poésies et ouvres diverses, Londres (Rouen , 4773), 4 parties en 2 volumes in-42. 1,'auteur ignorait, lorsqu'il publia ce recueil , les règles de la versification ou du moins ne se piquait pas de les observer scrupuleusement. Pour justifier ce qu'il regardait comme des négligences excusables, il a rassemblé dans sa préface les vers les plus défectueux de Voltaire, qui, dit-il (p. 5), <• a souvent « chevillé ses vers pour plus de solidité sans doute ; » mais il est impossible d'admettre une comparaison qui, de la part du poi'te béarnais, est le comble de la vanité ; par exemple il fait rimer texte avec sexe, etc. 2° Catéchisme du chrétien par le seul raisonnement, Toulouse, 4789, in -8°; 3° Aventures de me s sire Anselme, chevalier des lois, Paris, 4790, 2 vol. in-42; 2* édit., 4706, 4 vol. in-8°, ouvrage singulier dans lequel l'auteur parle presque sans cesse de lui, et où l'on a puisé la plupart des détails qu'on vient de lire. On trouve dans le 4"" volume de la 2* édition Uérope, de Voltaire, mise en prose, et dans le second, le drame de Marius et Arisbe. 4° Essai sur la faculté de penser et de réfléchir, dans lequel l'instinct se trouve caractérisé et mis à sa véritable place, Paris, 4805, in-S" ; 5° Essais d'un apprenti philosophe , sur quelques anciens problèmes de physique, d'astronomie, de géométrie, de métaphysique et de morale, 4™ partie, Paris, 4805, in-8°, avec le portrait de l'auteur. L'apprenti philosophe n'admet point la rotation de la lune sur son axe ni le mouvement de la terre autour du soleil. Après avoir exposé ses découvertes en astronomie, il parle du trisecteur qu'il a imaginé pour couper un angle en trois parties égales. Les deux derniers chapitres contiennent l'histoire de l'animal connu sous le nom de beroe (mollusq.) et de ceux qu'il appelle le peigne et la fileuse. On y trouve des observations neuves et intéressantes. 6" Solution du problème de la trisection géométrique de l'angle, suivie de celles de la quintisection , septisection , etc. , Rouen, 4812, in-8° de 42 pages, réimprimé la même année in-8°. Ce ne furent pas là les seuls ouvrages d'Ilourcastremé : dès 4773 il annonçait un Traité sur le commerce qui devait être mis incessamment sous presse; et dans les Aventures du chevalier Anselme il parle , comme étant achevé,
d'un Extrait du Dictionnaire philosophique, revu, corrigé et augmenté; « où nous avons, dit-il, « donné à tous les arts et à toutes les sciences, « sans exception, le plus haut degré de perfection « possible. » W — s.
H0URELLE (Piedre-François), médecin, né à Reims en avril 4758, mort du choléra, le 45 mai 4832 , dans la même ville, a publié : 1° Dissertation sur t'emjtyème et les différentes espèces d'épanchements qui peuvent se faire dont la capacité de l'estomac, Strasbourg, 4808, in-4°; 2° Remarques topographiques, médicales et politiques sur la ville de Reims et son territoire. Reims, 4810, in-4° de 20 pages. 11 s'occupait d'un ouvrage sur les différentes épidémies qui ont affligé son pays et notamment la dernière peste de 4668. Z.
HOLSSAÏE. Voyet AmelOT.
ROUSSEAU. Voyet Bouquet.
HOUSTON ou HOUSTOUN (Guillaume) , naturaliste anglais, né vers la fin du 47e siècle, s'embarqua comme chirurgien à bord d'un navire qui faisait voile pour l'Amérique , revint ensuite en Europe, où il continua ses études médicales interrompues; et après avoir passé les deux années 4728 et 1720 à l'université de Lcyde, alors à l'apogée de sa gloire, grâce à la présence «le Boerhaave, il prit ses degrés sous le patronage de cet illustre maître. Condisciple ou peu s'en faut de van Swieten, il ût en commun avec lui une série d'expériences sur les conditions de la transpiration des animaux. De retour à Londres, il fut reçu membre de la société royale, et presque aussitôt se remit en mer et lit voile vers l'Amérique. Malheureusement le climat délétère des côtes du Mexique influa mortellement sur sa santé : il expira en 4733, à la fleur de l'âge et au grand regret de tous les amis des sciences naturelles. Nul doute qu'il n'eût immensément enrichi la phy tographie par ses découvertes. Déjà , dans le court espace de deux ou trois années passées en Amérique, il avait recueilli beaucoup de plantes inconnues en Europe. On a de lui : 4° deux articles dans les Transactions philosophiques. L'un , t. 39, contient le récit et le résultat des expériences auxquelles il s'était livré avec van Swieten, et desquelles les deux jeunes savants conclurent que les animaux , s'il vient à s'introduire de l'air dans les cavités des plèvres, ne peuvent vivre et respirer longtemps (Houston avait eu plus de part que van Swieten à ces recherches). L'autre, t. 37, est une description en latin de la Dorstenia contra-yerva. Houston l'envoya d'Amérique à la société royale. 2° Reliquiœ Houstoniana, seu plantarum in America meridionali a Gulielmo Houston collectarum icônes, Londres, 4781 , in-4u, 26 planches. Les originaux des gravures qui forment le fond de cet ouvrage étaient de la main de Houston. Ils passèrent, avec le catalogue manuscrit des espèces dessinées, au célèbre jardinier Miller, et de ce dernier à sir Jos. Banks, qui s'en rendit l'éditeur. P— ot.
HOUTEViLLE(CLAODfi-FiuiNçois), abbé de St- Vincent du fiourg, et membre de l'Académie française, était né à Paris l'an 1688; il y fit ses études, et entra dans la congrégation de l'Oratoire à seize ans : il y remplit divers emplois , et fit entre autres à Tours, sur l'histoire ecclésiastique, des conférences qui lui acquirent quelque réputation. C'est alors qu'il rassembla les matériaux de son ouvrage sur la vérité de la religion chrétienne. Le Dictionnaire de Moréri dit qu'il resta dix-huit ans dans l'Oratoire; mais il y a toute apparence que l'abbé Uouteville en sortit plus tôt. Il fit connaissance avec le cardinal Dubois, alors tout-puissant à la cour du régent , et qui se l'attacha comme secrétaire. En 1722 il publia la Vérité de la religion chrétienne prouvée par Us faits, Paris , in-4°; ouvrage qui essuya beaucoup de critiques. On reprocha à l'auteur le défaut d'exactitude théologique sur quelques points de doctrine, et particulièrement sur les miracles. On lui reprocha aussi des omissions importantes et un style peu assorti à la gravité du sujet 11 y eut une espèce d'éclat contre son livre. L'abbé Houteville essaya de calmer l'orage par une lettre imprimée du 48 mars 4722, où il s'expliquait sur quelques difficultés. Ses explications ne réunirent pas tous les suffrages. Les Mémoires de Trévoux publièrent, au mois d'août 1722, une lettre qui coulient de solides objections contre l'ouvrage. Le savant Fourmont (Etienne) en attaqua divers endroits dans une lettre sous ce titre : Lettre de Ismaêl ben Abraham, juif converti, à M. l'abbé Uouteville sur son livre. Le P. Hougnant , jésuite, et l'abbé Desfontaines firent paraître en 4722 vingt lettres également dirigées contre ce livre. Xe fond des dix-huit premières est du jésuite, qui était un des rédacteurs des Mémoires de Trévoux : Desfontaincs ne fit guère qu'en retoucher le style, et il composa seul les deux dernières, qui roulent sur le style néologique et maniéré de l'abbé Uouteville. Ces critiques n'empêchèrent pas l'auteur d'être reçu à l'Académie française, où il entra le 25 février 4723. Le 40 août suivant, il perdit son protecteur ; mais, à la fin de la même année, il fut nommé à l'abbaye de St-Vincent du Bourgsur-mer, au diocèse de Bordeaux. En 4728 il fit paraître un Essai philosophique sur la Providence , qui fut critiqué dans le Spectateur littéraire de celte année. Uouteville est encore auteur d'un Eloge historique de Bossuet, d'un Éloge du maréchal de Villart, et de plusieurs autres Discours prononcés à l'Académie. En 4740 il donna une seconde édition de son livre, sous ce titre : la Religion chrétienne prouvée par les faits, l'aris, 3 vol. in-4°. Elle est dédiée au duc d'Orléans, fils du régent, qui demeurait à St< -Geneviève, et qui encourageait les gens de lettres dont les travaux avaient la religion pour objet. Dans cette édition, qui est fort augmentée , l'auteur avait profité de plusieurs observations qu'on lui avait faites. L'ouvrage commence par uu Discourt historique et cri-
tique sur la méthode des principaux auteurs qui ont écrit pour et contre le christianisme depuis son origine. Entrant ensuite en matière, Uouteville établit la vérité de la religion par les faits de l'Évangile , qui réunissent tous les caractères de crédibilité et de certitude. Il a ajouté dans cette édition la discussion de l'authenticité des Évangiles. Dans le deuxième volume, il montre l'accomplissement des prophéties en la personne de Jésus-Christ. Dans le troisième il examine et résout les principales difficultés des incrédules. Il finit par une Dissertation sur les faux principes et sur les divers systèmes des incrédules. Cette dissertation n'existait pas dans la première édition. L'auteur a fortifié plusieurs raisonnements, étendu quelques parties, et rendu l'ouvrage plus méthodique et mieux lié. Son livre était un des plus complets pour l'époque où il a paru; et quoiqu'il ait précédé les grands assauts livrés au christianisme, on y trouve repoussés d'avance en grande partie les efforts et les objections qui ont été accumulés par tant d'écrivains contre les faits qui servent de base à la religion. L'abbé Uouteville survécut peu à la publication de son ouvrage. 11 mourut à Paris le 8 novembre 4742; il avait été élu, le 27 février précédent, secrétaire perpétuel de l'Académie, après la mort de l'abbé Dubos. 11 parut en 4749 une autre édition de son livre, en quatre volumes in-12. On trouve, dans le premier volume des Mémoires de littérature du P. Desmolets, deux Dissertations de l'abbé Uouteville , l'une sur la préférence à donner à Hérodote sur Ctésias; l'autre sur la religion de Chalcidius, commentateur du Timée, et, dans le second volume des mêmes Mémoires, une réponse à la réfutation qu'on avait faite de cette dissertation. P— c— T.
HOUTHEM (Libert) , poè*te latin, naquit à Tongres au commencement du 46* siècle. Résolu, dès l'âge le plus tendre , d'entrer dans les ordres , il fit profession dans la congrégation des hiéronymites ou frères de la rie commune; et, après avoir enseigné avec succès les humanités à Mons, il fut élu prieur du couvent de son ordre établi à Liège. Arrivé à un âge assez avancé , il entreprit le voyage de Rome et mourut en revenant de cette ville en 4382. Uoulhem avait un talent remarquable pour la poésie; on ne peut lui reprocher qu'une trop grande érudition qu'il étale dans ses compositions : c'était , comme on le sait, le goût de l'époque, et malheureusement il y a trop sacrifié. Ses contemporains, malgré ces défauts, lui ont décerné le titre de poète lauréat. On a de lui : 4° Ethiea vitœ ratio, seu moralia prœcepta, senariis comprehensa , Liège, 4573, in-4°; 2° Theatrum vitœ humanat, comadia, ibid. ,4574, in-4"; 5>Gedeo, tragi-comeedia, ibid., 4575, in-4°; 4oj0ratio in natalem Christi, ver su heroico, Anvers, 4577, in-8° ; 5° KaxoYtiTvfav, seu De mala vicinia, Mons , 4580, in-8°. llouthem a laissé manuscrit l'ouvrage suivant, indiqué sous le n° 3406 du catalogue
du baron tic Crassier : G° Tradalut de eœlo, peste et tudore anglico, excerpta ex Ph. Ulstadii Xoric. ab auno 1517 ad annum 1556, iu-4°. L — L — L.
HOUTMAN (Corneille), voyageur hollandais, le fondateur du commerce de sa patrie dans les Indes orientales, était ne à Gouda. Conduit par ses affaires à Lisbonne sur la fin du 1G* siècle, il fit d'abord, par pure curiosité, des questions sur le commerce des Indes, qui enrichissait alors exclusivement le Portugal , et sur les routes qu'il fallait tenir pour aller dans ces régions éloignées : il ne tarda pas à reconnaître quel avantage immense ses compatriotes pouvaient retirer d'une navigation qui leur était interdite, surtout comme ennemis du roi d'Espagne, alors souverain du Portugal. Mais ces enquêtes étaient défendues sévèrement aux étrangers : Houtman, emporté par son zèle, y mettait si peu de circonspection, qu'il éveilla les soupçons ; il fut donc emprisonné et condamné à une grosse amende. Ne pouvant la payer , il manda aux négociants d'Amsterdam que s'ils voulaient le tirer de peine il leur découvrirait tout ce qui concernait les routes et le commerce de l'Inde : il lui accordèrent l'objet de sa demande. De retour dans sa patrie, en 1594, il tint sa promesse : les négociants formèrent une association qui prit le nom de compagnie des pays lointains. Elle équipa quatre vaisseaux ; Houtman en fut nommé subrécargue. On partit le 2 avril 151)5 ; on atterrit près du cap de Bonne- Espérance et à Madagascar, où l'on fit à deux reprises un long séjour; enfin le 1er juin 1596, les Hollandais curent connaissance de Sumatra ; le 23 ils mouillèrent devant fiantam, dans l'Ile de Java. Ils furent d'abord bien accueillis par les habitants; mais les Portugais, alarmés de l'arrivée des Hollandais, parvinrent à les brouiller avec les Javanais. Houtman fut arrêté par l'ordre du roi de Bantam, qui ne le relâcha que pour une forte rançon. Des hostilités furent commises , et il ne se fit que peu de commerce. Les Hollandais quittèrent enfin la rade de Bantam le 6 décembre. A lacatra , ils ne vécurent pas en meilleure intelligence avec les insulaires : ils continuèrent à naviguer à l'est , et abordèrent aux lies de Liboc et de Bali, où ils furent mieux accueillis. Ils avaient déjà été forcés de brûler un de leurs vaisseaux. Houtman voulait poursuivre sa route vers les Moiuques : les équipages se mutinèrent. En partant de Hollande ils étaient forts de deux cent quarante-neuf hommes : ils se voyaient réduits à quatre-vingt-neuf. Ils partirent donc le 26 février 1597 pour retourner en Europe, et le 14 août ils entrèrent dans le port d'Amsterdam. Quoique ce premier voyage eût donné peu de profit, son succès encouragea néanmoins à en entreprendre d'autres. De nouvelles associations se formèrent tant à Amsterdam que dans différentes autres villes maritimes des Provinces-Unies. La crainte de se nuire réciproquement les porta ensuite à se réunir en une seule, qui, sous le nom
de compagnie des Indes orientales, enleva le commerce aux Portugais, les chassa de la plupart de leurs possessions, devint maîtresse du commerce de ces mers lointaines, et le garda exclusivement jusque vers la fin du 18e siècle. Houtman fut nommé commandant de deux vaisseaux équipés, en 1598, par des négociants de Middelbourg. Jean Davis {voy. Davis) était pilote dans cette expédition ; elle partit le 15 mars: la navigation fut heureuse. Après avoir touché à Madagascar, aux Comores, aux Maldives, à Cochin, on mouilla le 21 juin devant Acbem dans l'Ile de Sumatra. Après avoir été bien accueilli d'abord par le roi , Houtman fut arrêté dans un festin avec plusieurs de ses compatriotes : d'autres furent tués. Les vaisseaux, qui avaient déjà chargé du poivre, se retirèrent à Malacca , puis allèrent aux Iles de Nicobar et à Ceylan , et rentrèrent à Middelbourg le 29 juillet 1606. On avait cru Houtman tué ; mais le 31 décembre de la même année on le vil venir avec trois matelots, à bord d'un vaisseau hollandais mouillé dans la rade d'Achcm, et commandé par Paul van Caerden. Il déclara qu'il ne voulait pas se soustraire à sa prison, de crainte d'attirer de fâcheuses affaires à ses compatriotes ; ajoutant qu'il ne désespérait pas d'obtenir sa liberté et celle de ses gens , et qu'il comptait bien faire conclure avec le roi un traité avantageux pour le commerce des Hollandais. Le roi avait en effet montré des dispositions favorables : mais cédant aux suggestions des Portugais, il renvoya dans l'intérieur du pays Houtman, qui finit ses jours parmi les insulaires. Dix de ses compagnons d'infortune furent relâchés, entre autres son frère, Frédéric Houtman, qui était en 1607 gouverneur d'Ambome, dont il a donné une bonne description, et duquel on a un dictionnaire malai et malgache {Spraakende woord-bork in de maleitche ende madagartche talen met tele arabische en turksche woorden, Amsterdam, 1603, in-4°), et quelques observations d'étoiles employées par Blaeu dans son globe céleste. La relation du premier voyage des Hollandais aux Indes fut publiée dans la langue du pays à Amsterdam et à Middclbourg, 1598, iu-fol. fig. La même année il en parut un supplément , ibid., fig., et une traduction latine sous ce titre : Diariutn nauticum itineris Batavorum in Indiam orientaient, annit 1595-1597, Amsterdam, iu-fol.; Arnhein, in-4°, fig. Il y en a une traduction française intitulée Premier livre de Fhistoire de la navigation aux Indes orientales par les Hollandais, et des choses à eux advenues, etc., Amsterdam, 1606, in-fol. fig. et cartes. Un second livre imprime' dans la même ville et sous la même date contient la seconde expédition. Celles-là et celles qui suivirent jusque vers le milieu du 17e siècle furent réunies en un corps d'ouvrage, en hollandais, intitulé Histoire du commencement et des progrès de la compagnie des Indes des Provinces - Unies des Pays-Bas, contenant les principaux voyages, Am-
sterdara , 1646, ln-fol,, ou 2 toi. In-4«, avec fig. C'est cet ouvrage qui a donné naissance au suivant : Recueil des voyages qui ont servi à rétablissement et aux progrés de la compagnie des Inde* orientales, formée dans les Provinces - Unies de* Pays-Bas, Amsterdam, 1702-1706, 5 vol. in-12, Gg.; ibid., 1707 , 1710, 5 roi. in-12; nouvelle édition revue et augmentée de plusieurs pièces, ibid., 1725, 7 vol. in-12, fig. ; Rouen, 1725, 10 vol. in-12, fig.; nouvelle édition, avec les voyages de Gautier Schouten, ibid., 1725, 12 vol. in-12 ; 1728 , 12 vol. in-12. Us éditions de Hollande sont plus beUes que celles de Rouen. Ce recueil, trop dédaigné aujourd'hui, contient les premières bonnes notions que l'on ait eues sur les lies de la Sonde, les Moluques, Formose, le commerce du Japon , etc. ; le cap de Bonne- Kspérance, Madagascar, etc. On y trouve aussi les navigations au Nord, entreprises par les Hollandais, et leurs voyages autour du monde. Le même motif qui avait excité les Portugais à cacher leurs découvertes, la défiance, finit par agir aussi sur les Hollandais. Après l'an 1646 ils ne publièrent plus rien de leurs navigations. Mais, * auparavant même, tout ce qui pouvait servir à faire connaître les pays et les parages à l'est et au sud des Moluques avait été enseveli dans les archives de la compagnie ; ce n'est que par une espèce de hasard que l'on apprit les découvertes de quelques-uns de leurs navigateurs : elles furent consignées sur des cartes géographiques ; mais l'on ne connut pas les détails de leurs travaux (voy. Tasmah). Quelques-unes des expéditions qui composent le recueil des voyages aux Indes offrent des particularités curieuses (voy. Rontexoe). E— s.
MOUTON DE LARILLARDIÈRE. Voyes Labiixar-