VO
et n'ait légué à la science qu'un théorème et quelques formules. L'Académie française des sciences fut plus généreuse, plus impartiale pour lui qu'il ne l'avait été pour la France dans le cours de ses débats : elle le nomma son correspondant, titre un peu plus rare et plus recherché par toute l'Europe, y compris la Grande-Bretagne, que celui de R. S. F. (Royal Society'* felUnc), membre de la société royale de Londres. D'autres distinctions, un peu moins éclatantes toutefois, étaient venues récompenser ses travaux : en 1814, il avait reçu la médaille de Cowley, et en 1839 il fut de nouveau gratifié d'une des médailles royales. A la pension qu'il recevait de l'office de la guerre comme ancien professeur à l'école militaire royale, et bien qu'il n'eût pas complété le nombre d'années voul u par 1 es règle men ts , son.ami lord Brougliam en avait fait joindre une autre de 300 liv. sterl. (soit 7 500 fr.), par le roi Guillaume IV en 1831. Il survécut dix ans encore à cette dernière preuve de l'amitié des uns, de l'estime des autres. Sa santé n'avait jamais été des plus robustes ; sa précoce retraite de 1816 avait été nécessitée par l'impossibilité où il se trouvait de suffire aux fatigues de l'enseignement. S'il ne rentra pas précisément dans le repos (car jamais, on l'a vu, son activité intellectuelle ne se déploya plus énergiquement, plus infatigablement que depuis ce moment), les poumons, du moins, et le larynx se reposèrent. Un peu moins d'ardeur à sans cesse reparaître sur la brèche eût peut-être allongé sa vie de quelques années. Le fait est, cependant, qu'il étira le fil au delà de ce qu'auraient pensé ses amis de 1816. Sa mort eut lieu le 21 septembre 1841. U n'avait jamais été marié. Voici, très en abrégé (et l'on conçoit pourquoi ) la liste de ses ouvrages : 1° Sur Us attractions des ellipsoïdes homogènes (dans les Transact. pphiq,, 1809, t. 2, p. 315, etc.). C'est là que se trouve le fameux théorème. 2" Sur Us principes de Ut méthode de LapUsce (Méc. ccL, t. 3, u) pour cakuler Us attractions des sphéroïdes quelconques (toujours dans les Tr. philosoph., 1812, t. 2, etc.); 3°SurUs attractions d'une nombreuse classe de sphéroïdes (Tr.phil., 1812, t.2, p. 46, etc.); 4° Sur le développement en série de fattraction d'un sphéroïde (Tr. />/>Ai?.,1812, 1. 1, p. 99, etc.); 5» Sur les réfractions astronomiques (Tr. pphiq.. 1823, t. 2, p. 409). C'est à ce travail surtout qu'on a reproché de n'aboutir qu'à des formules empiriques. 6° Sur Us figure que doit avoir, pour être en équiUbrt, une masse fluide homogène qui se meut autour d'un axe (Tr. pphiq., t.l, p. 58, etc.); 7° ProbUme de géodésie (Magaùn pph., juillet 1824 , p. 35, etc.); 8° Sur la jnéthode des moindres carrés (M. pph., t. 65, p. 81 et 161); 9° Sur Us lois de U% condensation et de la dilatation de Voir et des gai. et sur Us vitesse du son {M. flpAiï..juilletl825,p.3, etc.); 10» Sur U constitution de f atmosphère (M. pph.. août 1825, p. 81, etc., et oct., p. 241 , etc.) ; 11° Sur Ux variation de densité et de pression dans l'intérieur de Ut terre (il. pph., nov. 1825, p. 521); 12« Sur Faction capitUàre et U
IWA
dépression du mercure dans les tubes barométriques ( Tr. jtph. , janv. 1838). Val. P.
IWAN Ier (Basilovitch) fut confirmé en 1328 par les Tartarcs conquérants de la Russie dans l'héritage des principautés de Wolodimir, de Moscou et de Novgorod, après la mort de son frère George. La principauté de Tver était échue ad prince Constantin, car il était de l'intérêt des Tartares que la Russie fût partagée. Iwan continua de faire sa résidence * Moscou, qu'il agrandit; il profita du repos dont 11 Jouissait pour faire entourer cette place d'un mur de charpente. Son règne pacifique dura vingt-deux ans; lorsqu'il sentit les 'approches de la mort* il entra, selon l'usage d'alors, dans l'état ecclésiastique. Il avait reçu le surnom de Kalila, d'une bourse qu'il portait toujours a sa ceinture pour faire l'aumOnc, sans toutefois que sa dévotion eût fait disparaître en lui les vices de son siècle.— Iwax II, son petitfils, fut reconnu en 1553, parles Tartares, légitime possesseur du trône de Moscou à la mort de so;i père Siméon. Son règne fut marqué seulement par les intrigues et les querelles des différents princes tartarcs apanagés, qui, par leurs discussions interminables, continuaient à s'affaiblir et préparaient la grandeur du principal souverain de Russie. On put bientôt prévoir ce que feraient les successeurs d'Iwan , lorsqu'on lui vit refuser avec fermeté l'entrée de ses États à un député tartare qui venait fixer les limites entre la principauté de Moscou et celle de Rézan. Iwan II mourut en 1338, dans la sixième année de son règne et dans la trente-troisième de son âge, après avoir reçu dans sa maladie, selon la coutume du siècle, la tonsure monacale. B— p.
IWAN III (V*ssu.UîviTr.H), fils de Basile IV, dit Y Aveugle, fut l'un des plus grands souverains qui aient régné sur la Russie. Depuis deux siècles, cet empire gémissait sous le joug des Tartares , lorsque Iwan III prit possession du trône en 1402. La discorde régnait parmi les conquérants; il ne manquait a la Russie qu'un chef qui sût profiter de leur faiblesse et qui connût sa force. Iwan III parut, et la Russie fut affranchie. Les Tartares de Crimée venaient d'altaqucr ceux de Kaptchak; Iwan marche à Kasan et rend Ibrahim-Khan tributaire. Les habitants de Novogorod se disputaient les restes d'une liberté orageuse ; les uns voulaient Iwan pour souverain, les autres appelaient le roi de Pologne. Iwan prévint la guerre civile par une incursion subite; mais il lui fallut un siège de sept ans pour soumettre sans retour cette fameuse cité, qui avait donné tant d'embarras à ses prédécesseurs. Il n'avait pas achevé cette conquête lorsque parurent à sa cour les envoyés d'Akhmet-Rhan pour lui demander le tribut et l'hommage. Iwan prend le basuca (l'ordre scellé du grand sceau tartare), le déchire, le foule aux pieds et fait égorger les députés qui l'avaient apporté , à l'exception d'un seul qu'il charge d'aller dire à son maître le cas qu'il fait de ses ordres. Akhmct assemble aus-
IWA 133
sitôtdes forces immenses pour tirer de cette double action d'un héros et d'un barbare uue vengeance éclatante; mais la terreur, comme la discorde avait passé des Russes chez les Tartares. Iwan défit Aklnuet dans plusieurs combats. La grande borde, attaquée tour à tour par les Russes et par les Nogats, finit en 1 175. Iwan conçoit alors les plus vastes desseins. Il s'unit en secondes noces à la princesse Sophie, petite-fille de Michel Paléologue,comme pour se ménager des droits au trône impérial d'Orient, qui venait de s'écrouler; et, après ce mariage, il institue les armoiries de Russie et prend l'aigle noir à deux tétes. Toujours entreprenant, souvent heureux, il bat les Lithuaniens, il réunit à ses domaines la principauté de Tver, il fait la conquête du duché de Severie, il porte ses armes jusque sous la zone glaciale. Ayant ensuite dirigé son armée du côté de Smolcnsk, il fut battu par les chevaliers porte-glaives de Livonie, qui, peu nombreux, lui opposèrent de l'artillerie et de cette cavalerie allemande que les Russes effrayés appelaient des hommes de fer. Cette défaite arrêta sa carrière belliqueuse, et il souscrivit une trêve de cinquante ans avec les chevaliers de Livonie, trêve que ses successeurs crurent devoir respecter. Iwan tourna toute son attention vers les embellisscmenLs de Moscou ; il y attira des architectes et des artistes de tous les pays. Des édifices somptueux s'élevèrent au milieu des cabanes et des tentes; mais le germe des arts refusait d'éclore. Iwan lui-même, avec le sentiment de ce qui manquait à son pays, avait les mœurs, l'ignorance et la grossièreté de son peuple. Parvenu par ses victoires au plus haut degré de gloire et de puissance, il prit en 1486 le titre de souverain de toutes les Russics. On avait vu arriver dans sa capitale des ambassadeurs d'Allemagne, de Constantin ; !' , de I»ologne, de Danemarck et de la république de Venise. L'armée de Novogorod l'avait vengé des chevaliers livoniens et ses généraux avaient pris Kazan; il y avait placé Mahmet- Amin , mais ce perfide fit- ensuite assassiner les Russes qui se trouvaient dans ses États. Iwan ne vécut pas assez pour se venger. Sa vieillesse fut remplie d'amertume. Les cruels emjiortements de son caractère l'avaient privé des jouissances paternelles : de deux fils qu'il avait eus de sa première femme, il rejeta l'ainé par les suggestions artificieuses de sa nouvelle épouse, et il tua le second dans un accès frénétique ; il en fut inconsolable. Au lit de la mort, il voulut en vain réparer son injustice à l'égard de son fils aîné l'un tri; il le fit appeler, lui tendit une main mourante , révoqua son testament, lui rendit ses droits, et cessa de vivre le 13 octobre 1505, âgé de 60 ans, après un règne de quarante-trois. Il n'avait pas fermé les yeux que bmitri fut plongé dans le même cachot dont il avait cru sortir pour monter sur le trône , et il y fut immolé à l'ambition de Basile, son frère du second Ht. Tel fut le règne d'Iwan, restaurateur de la puissance des czars, et le pre-
454 IWA
mier qui ait eu assez d'intrépidité, de fermeté' et de patience pour discipliner les Russes et en faire des soldats. B — p.
IWAN IV (Vassiliévitch), premier czar de Russie, surnommé le Terrible par les Russes et le Tyran par les étrangers, était petit-fils d'Iwan III, et n'avait que quatre ans lorsque la mort de son père Basile, en 1533, lui ouvrit l'accès du trône. La régence de sa mère, la tutelle d'un avide trium- Tirat et l'insolence des grands pendant sa minorité amenèrent douze années d'anarchie, où le sang coula dans des proscriptions sans terme et dans des guerres sans honneur comme sans résultat. Doué d'un tempérament ardent et d'un caractère énergique, accoutumé au spectacle de la débauche et des supplices, Iwan contracta de bonne heure cette férocité dont tout son règne a porté l'empreinte. Tout à coup, s'échappant des mains des tyrans qui asservissaient le trône et la nation, il rassemble ses bolards et leur déclare qu'il va régner : il était à peine âgé de quatorze ans. Se faisant ceindre le diadème par le métropolitain de Moscou, il prend la couronne qui avait servi à Constantin Monomaque cinq siècles auparavant, et se donne tout à la fois le titre de czar et d'autocrate. Jamais les Russes n'avaient été témoins d'une pareille solennité. Iwan institua d'abord les Strelitz, premier corps, russe régulier formé sur le modèle des troupes européennes; il s'occupa ensuite sans relâche de trois grands objets qui remplirent toute sa vie : l'entière destruction de la puissance tartare, l'humiliation de la Suède et de la Pologne, et la civilisation de ses États par le mobile de la terreur. Quoique la puissance tartare eut reçu de terribles atteintes sous le règne de son aïeul, elle n'était pas anéantie; de la grande horde étaient sortis des rejetons; Kasan, Astracan et la Crimée avaient encore leurs khans particuliers. Iwan tourne d'abord ses armes contre Kasan ; mais la lâcheté de ses boïards et le .-ou lavement de ses soldats l'obligent d'en lever le siège. Le malheur est l'épreuve des âmes fortes; ce premier revers irrite l'orgueil d'Iwan. Il punit la rébellion d'une manière terrible, fait trembler le peuple et l'armée, et, revenu sur Kasan, surmonte des difficultés incroyables; il prend enfin la ville, et réunit, en 1352, tout le royaume de Kasan à la Russie» A peine deux ans se sont-ils écoulés que celui d'Astracan éprouve le même sort. La puissance russe, malgré les efforts des Tartares et des Turcs, est solidement établie sur la mer Caspienne. Iwan méditait la conquête de la Finlande et de la Livonie. Cette dernière province fut livrée aux dévastations; Derpt et Narva, mal défendues par les chevaliers porte-glaives, tombèrent au pouvoir des Russes, ainsi que plus de trente places fortes. Le nouveau grand maître Gothard donna ce qui lui restait de la Livonie à la Pologne, qui devint ennemie des Russes. La Suède entra aussi dans l'alliance contre Iwan. Ce prince eut à combattre à la fois contre les Tartares
IWA
de Crimée, contre la Suède, contre la Pologne et contre ses propres sujets; mais il ne fut jamais plus terrible. Forcé d'évacuer la Livonie par la lâcheté de ses boïards, jaloux des officiers étrangers qu'il avait à sa solde, il regarda ses sujets comme le plus grand obstacle à l'accomplissement de ses desseins. Son caractère ardent s'alluma, et des torrents de sang coulèrent en Finlande, en Livonie, à Novogorod et à Moscou, par le fer du soldat et par la hache des bourreaux. Iwan tourna de nouveau ses armes contre la Pologne; mais des circonstances imprévues devaient mettre un terme à ses succès. Étienne Battori, nouveau roi de Pologne, se liguant avec la Suède, chassa les Russes de la Livonie, où ils étaient rentrés. En même temps , les Tartares de Crimée vinrent jusqu'aux portes de Moscou. Iwan, effrayé pour la première fois, eut recours à la médiation du pape Grégoire XIII, car tous les moyens semblaient bons à sa politique. Grégoire accepta la médiation, et la paix fut conclue. La Pologne rendit les conquêtes qu'elle avait faites sur les Russes; mais Iwan renonça à la Livonie et à la Courlande. Il conclut en même temps (1382) une trêve avec la Suède et un accord avec le khan de la Crimée. Ce fut sous son règne que s'ouvrirent les premières relations commerciales de la Grande-Bretagne avec les provinces intérieures de la Russie. La fière Elisabeth , caressant la férocité d'Iwan, lui donna le titre d'empereur, que toutes les autres puissances de l'Europe contestaient encore , cent cinquante ans après, à Pierre Irr. Elle l'encouragea même à braver la haine de ses voisins et de ses sujets, lui promettant un asile en Angleterre en cas de révolution à Moscou. Les atrocités que les historiens contemporains imputent à Iwan sont telles que les cruautés de Caligula n'étaient en comparaison que des jeux d'enfant ; ce tyran des Russes fut le prince le plus féroce qui ait jamais dévoré la race humaine. Mais il ne s'approcha du tombeau que rongé de chagrins et dévoré par les remords, ayant, dans un accès de colère, tué de sa propre main son fils aîné, qu'il chérissait. Abattu désormais par la douleur, il attendait dans l'inaction l'instant qui le délivrerait du tourment de vivre. D'un autre côté, la fortune semblait travailler encore pour lui en lui ménageant, vers la fin de son règne, la découverte de la Sibérie, dont la conquête occupa trois règnes successifs (roy. Iermak). Iwan n'en put apprendre que les premiers succès; il mourut le 19 mars 1384. Il avait eu successivement cinq femmes; la dernière, de la maison des Nagagui , lui donna le malheureux Bmitri , dont le nom causa dans la suite tant de maux à l'État (roy. Démétkii s U Faux). Cet Iwan, si capricieux, si colère, si vindicatif, si féroce, donna pourtant des lois plu&justes à ses sujets, dressa le code qu'on pourrait intituler le Manuel des juges , ouvrit de nouvelles routes et des marchés aux étrangers, introduisit l'imprimerie dans ses États et y fit briller quelques lumières à Ira-
IWA
vers les ténèbres de l'ignorance. Jamais aucun souverain n'avait donné tant d'étendue à son autorité, qu'il prétendait tenir du ciel même ; ses boïards, ses conseillers perdaient tout en perdant sa faveur. Peut-être les mœurs de la nation exigeaient-elles alors un semblable gouvernement. B— p.
IWAN V (Algxeiévitch) avait seize ans lorsque la couronne de Russie lui échut, en 1682, par la mort de Fédor III, son frère, qui ne laissa point de postérité. Iwan était d'une santé faible et paraissait peu capable de régner. Il avait un autre frère qui, étant le plus jeune, n'avait aucune part au gouvernement : c'était le fameux Pierre Ier. Les grands s'assemblèrent, et, après avoir exclu Iwan du trône, appelèrent pour l'occuper Pierre, qui n'avait que dix ans, mais qui annonçait déjà le grand caractère dont son règne entier porta l'empreinte. Sophie, sa sœur, qui s'était flattée de régner sous le faible Iwan , excita parmi les strélitz une révolte qui aboutit à faire nommer Iwan et Pierre czars conjointement. Pierre, ayant ensuite arraché le gouvernement à Sophie, dispersa ou massacra les partisans de cette princesse. Iwan n'eut plus que le titre de czar ; la faiblesse de son esprit, l'affection qu'il portait à son frère, exclurent de lui toute idée d'ambition ; il vécut encore jusqi^en 1696. B— -p.
IWAN VI (Axtodnvitch), empereur détrôné au berceau, fils de la princesse Anne de Russie (nièce de l'impératrice Anne) et du prince Antoinc-t'lric de Brunswick, naquit pour le malheur le 20 août 1740. L'impératrice Anne l'adopta, le retira des mains de sa nièce et le logea dans un appartement du palais contigu au sien. Atteinte peu après d'une maladie mortelle, au lieu de choisir sa nièce pour lui succéder, elle nomma pour son héritier cet Iwan qui venait de naître ; elle agit ainsi par le conseil de Biren, qui voulait s'assurer le pouvoir pendant une longue tutelle. Biren régna au nom d'Iwan, et, le 29 octobre 1740, fit prêter serment de fidélité au nouvel empereur. Un parti s'étant formé pour Elisabeth, fille de Pierre Ier, Iwan fut enlevé, le 6 décembre 1741, dans son berceau par des soldats, et Elisabeth fut proclamée impératrice. Iwan suivit le sort de ses parents, qui furent exilés et emprisonnés; il avait huit ans quand il en fut séparé et laissé à Pétersbourg. Tiré ensuite de sa prison par un moine qui le mena jusqu'à Smolensk, il y fut arrêté de nouveau et conduit au monastère fortifié de Valdal , dans une lie du lac qui porte le même nom. Le temps qu'il y resta et la manière dont il y vécut sont restés ignorés; mais il parait que ce fut en 1756, dès qu'il eut atteint sa seizième année, qu'on le renferma dans la forteresse de Schlusselbourg. Dans le cours de la même année, le comte Schouvalof , grand malire de l'artillerie, le mena secrètement dans la maison du chambellan Schouvalof,favori d'Elisabeth. Cette princesse vit Iwan, qui, dès le lendemain, fut reconduit dans sa prison ; il parait qu'on le transféra
IWA 133
ensuite ailleurs. A l'avéuement de Catherine II, il fut renfermé de nouveau à Schlusselbourg. Il y aurait traîné en paix une vie dont il ne pouvait apprécier toutes les privations, si un gentilhomme obscur, sans crédit, sans liaisons et sans partisans, n'eût tenté de porter cet infortuné sur le trône. Ce gentilhomme, Ukrainien de naissance, nommé Mirovitcb, était oublié dans le grade de sous-lieutenant, lorsqu'il imagina, étant en garnison à Schlusselbourg, qu'il s'élèverait à la fortune s'il arrachait Iwan de sa prison. Il séduisit quelques soldats, et» à la faveur d'un faux ordre de l'impératrice qu'il avait fabriqué, il voulut forcer la prison d'Iwan; mais deux officiers qui le gardaient , voyant que leur résistance serait vaine, se jettent sur ce malheureux prince* et le poignardent , selon l'ordre qu'ils en avaient en cas d'attaque à main armée. Cet événement tragique eut lieu en 1761. Quelques auteurs ont prétendu que Catherine elle-même avait porté Hirovitch , par des instigations détournées, à former un complot en faveur d'Iwan, pour avoir occasion de donner la mort à ce prince. Elle Ht rechercher avec soin et anéantir tous les titres qui pouvaient servir de preuves à la légitimité des droits d'Iwan au trône; elle défendit même, sous peine de mort, de conserver les monnaies qui rappelaient le souvenir de ce prince. La chapelle de la forterresse de Schlusselbourg, dans laquelle il avait été inhumé, fut démolie. B — p.
IWAN, (ils infortuné d'Iwan IV, naquit à Moscou en 1333, d'Anastasie, première épouse de ce tyran (eoy. Iwan). Le czar, que l'on peut appeler le 7ïbére ou le Néron de la Russie , préparant un autre lui-même dans la personne de son fils aîné , le fit asseoira côté de son trône quand il présidait son conseil ou qu'il s'occupait des affaires de l'État, et il le prenait encore avec lui dans ses parties de débauche ou quand il avait des meurtres à exécuter. Le jeune prince n'avait que seize ans lorsque son père le conduisit aux massacres de Novgorod. Par son commerce et son industrie, cette ville s'était élevée au premier rang dans l'empire russe. Sur une simple dénonciation, sans la moindre preuve, le czar crut qu'elle voulait se réunir à la Pologne; il part avec sa cour et sa troupe - infernale. En entrant sur les frontières de la malheureuse ville, au moment où les paisibles habitants venaient au-devant de lui, il donne le signal aux ministres de sa vengeance, qui tuent, égorgent, n'épargnant ni les vieillards, ni les femmes, ni les enfants. Ces monstres allaient de maison en maison, de village en' village, dans les ruisseaux du sang qu'ils répandaient. Le meurtre et le pillage de Twer durèrent cinq jours. Le petit nombre d'habitants qui échappèrent assuraient que les Tartares avaient été, dans le 13* siècle, doux et humains en comparaison d'Iwan. En arrivant à Novgorod, l'avant-garde moscovite eut soin d'entourer la ville de barrières, afin que personne ne pût échapper. Les massacres et le pillage, qui se prolongèrent pendant six semaines, furent dirigea
IXN
par le czar lui-même, que son fils accompagnait. Voilà dans quelle école fut élevé l'héritier du trône d'Iwan. A peine âge de vingt-neuf ans, il arait déjà répudié deux femmes, et il en était à la troisième. Cependant son cœur n'élait point entièrement dépravé. Durant la guerre désastreuse que la Russie soutint contre la Cologne sous le mi Ration, touché de compassion, il vint trouver son père : « Mettez-moi, lui dit-il, à la tête d'un corps t de troupes, et je réussirai peut-être à chasser « l'ennemi, à délivrer Pi koff et à relever l'honneur « de l'empire. » Cette proposition aurait dû plaire au père; mais il s'écrie en furieux : « Rebelle, tu « veux aussi me détrôner; tu t'entends avec les « boTards! » Et en disant ces mots il se jette sur son fils. Roris-Codounof veut en vain l'arrêter; il le frappe d'un bâton ferré qu'il tenait à la main, et, après l'avoir écarté, il décharge un coup violent sur la tête du jeune Iwan, qu'il renverse baigné dans son sang; et aussitôt, saisi de terreur, il se jette sur le corps de cet infortuné : « J'ai tué « mon fils, » dit-il; il l'embrasse, il essaye d'arrêter le sang qui coule d'une profonde blessure, et il appelle à grands cris les médecins ; il implore la miséricorde divine et demande pardon à son fils; mais il n'était plus temps: au bout de quatre jours (19 novembre 1382), le prince expira dans les bras de son père, qui, le lendemain, couvert de vêtements lugubres et poussant des cris déchirants, suivait le cercueil à la tombe. Pendant plusieurs jours, il parut agité, épouvanté par des spectres, se réveillant en sursaut, se jetant par terre et se roulant avec des cris lamentables ; mais bientôt, reprenant son humeur sanguinaire, ce fut par de nouveaux meurtres qu'il essaya d'oublier la perte de son fils. G— y.
IWAR, surnommé Widfadmc ou Widfame (le conquérant), roi de Suède et de Danemarck, dans le 7« siècle, dut son élévation à son courage et à son activité. Ayant eu des succès contre Ingiald, roi de Suède (roy. Ingiald), il monta sur le trône de ce pays, et s'empara ensuite de celui de Danemarck. On rapporte qu'il soumit une partie du nord de l'Allemagne, ainsi que la province de Northuraberland, en Angleterre, et qu'il allait se rendre maître de la Russie, lorsque la mort le surprit. Les relations sur ses exploits données par les écrivains islandais sont incertaines, et tiennent du roman. Les descendants qu'il eut par le mariage de sa fille Audur avec Rœrîk, prince danois , régnèrent longtemps en Suède et en Danemarck (roy. IIaiuld Hildetasi»). C— au.
IXNARD (Michel i>'), architecte et longtemps directeur des bâtiments de l'électeur de Trêves, naquit à Mmcs en 1723. Employé en France par le prince de Montauban, il eut occasion de se faire connaître du cardinal de Rohan, qui l'amena à Strasbourg et le recommanda à divers princes d'Allemagne. Ebloui de l'honneur d'être admis à leur table, il craignait toujours d'en être privé, si l'on découvrait qu'il était de basse extraction;
car il parait qu'il se donnait pour gentilhomme,
et il priait un de ses concitoyens, à qui il recommandait un seigneur allemand, de ne pas le démentir. Il l'engageait en même temps à cacher qu'il fût marié, dans la crainte qu'on ne cessât de l'employer, « attendu, disait-il, qu'on n'aime pas « les étrangers qui exportent l'argent qu'ils ga- « gnent. » Il envoyait cependant des secours à sa femme et à son vieux père, pour lequel, tout en le reniant, il montrait beaucoup d'attachement , et de respect. Les lettres dans lesquelles ces détails sont puisés, sans orthographe et du style le plus incorrect, prouvent que celui qui les écrivit fut totalement dépourvu d'éducation ; ce qui n'a pas empêché qu'il ne se soit rendu habile dans son art : le talent d'Ixnard lui fit une grande réputation. Les principaux édifices élevés sur ses dessins et sous sa direction sont l'ancien hôtel du commerce de Strasbourg, connu sous le nom d'hôtel du Miroir, le palais électoral de Clemensbourg à Trêves, et l'abbaye de St-Rlaise, dans la Forêt-Noire, dont il modifia le projet originairement fourni par Salins (roy. Gerbert). Les plans de ces monuments et de quelques autres du même auteur ont été gravés à Paris, en 1782 : ils forment un recueil de quinze feuilles. Cet artiste est mort à Strasbourg le 21 août 1793. V. S. L.
IXTLILXOCHITL ( Febna>do d'Alva) , historien mexicain, descendait par les femmes des anciens rois de Tezcuco. Son frère nlné étant mort, il fut déclaré, par un décret royal donné à Aranjurz en 1602, héritier des titres et des biens de sa famille. I! parait que cette portion de leur propriété n'était pas considérable, car dans les relations écrites de sa propre main, en 1608, il se plaint du déplorable état de misère où était réduite la postérité des rois de Tezcuco. Il exerçait alors l'emploi d'interprète de la vice-royauté, qu'il devait à sa vaste érudition, à son habileté dans l'explication des peintures hiéroglyphiques des anciens Mexicains, à sa connaissance profonde des traditions de ses ancêtres, contenues dans les chants nationaux, à ses liaisons intimes avec beaucoup de vieillards indiens renommés par leur savoir. Il mit à profil ses recherches, ses propres travaux et ceux de ses amis pour composer différents ouvrages concernant l'histoire de sa patrie. Ils étaient restés manuscrits, mais leur existence et leur importance avaient été révélées à l'Europe par Clavigero dans son Histoire ancienne du Mexique (roy. Clavigero), et par M. de Humboldt dans son Estai politique sur la Xouvelle-Espagne. Clavigero nous apprend que l'auteur mexicain les avait écrits en espagnol, sur la demande du vice-roi , et qu'on les voyait dans la bibliothèque des jésuites de Mexico. On en trouvait aussi des copies dans d'autres dépôts. L'histoire était divisée en treize livres ou relations; elle commençait aux temps les plus anciens et finissait à la destruction de l'empire mexicain. Le treizième livre fut imprimé sous ce titre : Cruautés horribles des conquérants du Mexi-