JAC 4SI
volumes, quand la mort le frappa le 15 janvier 1830. Suivant ses intentions, sa dépouille mortelle fut déposée au cimetière du Père-Lachaise , dans le lieu qu'il avait fait disposer lui-même dès le il juin 1827, peu de temps après son arrivée à Paris. Voici son épitaphe telle qu'il la composa, en laissant à ses enfants le soin d'y ajouter b dernière ligne :
A la fin de ce tire Qu'on nomme la vie, Ici reporte Gérard Jacob , K-iivrr, chevalier de ta Légion d'honneur. Membre de la société philhellénique, Correspondant des sociétés royales Des antiquaire* de France De Chàlona-sur-Marne, Né a Reims le 16 janvier 1775.
Jacob-Kolb a publié les ouvrages suivants : 1° Recherches historiques sur les antiquités d'Augst, ancienne colonie romaine, située prés de Râle en Suisse. traduites de l'allemand et augmentées de notes et observations critiques, etc., Reims, 1823, brochure in-8° avec des planches ; 2° Description historique de la ville de Reims, ibid.« 1823, brochure in-8». Ce petit ouvrage sur une grande et ancienne ville n'a satisfait personne, pas même son auteur, qui pouvait mieux faire; mais on le lui demanda quelques jours avant le 29 mai 1823 et absolument pour ce jour (où le sacre de Charles X eut lieu). Ce travail précipité valut cependant à l'auteur la croix de la Légion d'honneur. 3° Traité élémentaire de la numismatique ancienne, grecque et romaine, composé d'après celui d'Eckhel, Paris, 1823, 2 vol. in-8° avec planches; 4° Notice sur la rareté des médailles antiques, leur valeur et leur prix, calculés par approximation, d'après Jean Pinkcrton et Jean-Godefroi Lipsius, avec des notes et observations du traducteur, ibid., 1828, brochure in-8°. Cet opuscule peut servir d'appendice au Traité élémentaire. 5D Recherches historiques sur Us croisades et les templiers, ibid., 1828, in-8°, orné de gravures au trait. Ce livre, auquel son auteur pouvait donner un tout autre titre, puisqu'il a fort peu de rapport avec les croisades, n'est cependant pas sans intérêt, et c'est, comme l'a fort bien dit le rapporteur de la société d'agriculture de Chàlons-sur-Marne (séance de 1829), un recueil curieux de documents déjà connus, qui se trouvent disséminés dans plusieurs historiens et dans quelques livres français et allemands, qu'on n'est pas fi. hé de trouver réunis dans un seul volume. G° Voyage • philosophique dans T Amérique méridionale , rédigé par l'éditeur de l'An 2440, Paris, 1829, in-12. 7° le Frondeur, ou Observation sur les mœurs de Paris et de la province au commencement du 19e siècle, ibid., 1829, in-12. Ce petit ouvrage, quoique inférieur à ceux que plusieurs auteurs ont publiés sur le inéme sujet, se lit encore avec plaisir. Jacob était un des collaborateurs de la RiographU universelle, à laquelle il a fourni, entre autres, les articles Rurigny, Goulin, Linguet, etc. Il avait terminé uu Traité des participes de la langue française,
452 JAC
et il s'occupait d'un ouvrage sur l'astronomie et la géographie physique ; mais la mort l'empêcha de publier l'un et de terminer l'autre. L—c—i. JACOB. Voyet Jakob.
JACOB EUS (Olioer), savant danois, né à Aarhuus en Jutland, l'année 1650, fit ses études à Copenhague. Il entreprit ensuite un voyage dans plusieurs pays étrangers, et visita les universités d'Allemagne, de France et d'Italie. A son retour, il professa successivement la géographie, l'histoire et la médecine. Il reçut ensuite le titre de conseiller de justice, et devint assesseur au tribunal suprême de Copenhague, il s'allia, par deux mariages, à la famille Bartholin, fameuse dans les sciences et les lettres. Apres avoir fourni une carrière honorable, il mourut en 1701. Ses principaux ouvrages sont : i°Obsercationes de ranit et lacertis, Paris et Copenhague, 1676 et 1686, in-8°; 2° Bartholomai Scala hisloria'Floretitinorum édita ex bibliotheca medicaa. Borne, 1677, ill-4°; 3° Muséum regium, Copenhague, 1695, dvec un supplément ou auctarium, 1699, ibid., in-fol. Le cabinet royal de Copenhague était déjà riche en curiosités naturelles, en antiquités, en tableaux, à l'époque où écrivait Jacobanis : mais il a été considérablement enrichi depuis; et J. Laurentzen en a continué la description, s'attachant surtout à faire connaître la partie des antiquités et de la numismatique danoise. Son ouvrage parut en 1710. Depuis, le même sujet a été traité par Jonge, dans sa Description de Cojtenhngue , en danois, et par Hauber, dans la description de la même capitale, en allemand et en danois. C — au.
JACOB.fXS (Jean-Adolphe), savant danois, fils du précédent, naquit à Copenhague le 21 mai 1698. Après avoir terminé son éducation au collège de Borch , il fut nommé curé de la paroisse de Lidoe et Smorum en Sélande, et mourut le 3 août 1772. On a de lui : 1° Thèses physica, Copenhague, 1718, 1719, ln-4°; 2» Schedion de plan- (arum structura et tegetatione, ibid., 1727, in-8°; 3° Thèses miscellaneœ. ibid., 1730, in-i°. — Jaco- BjCcs (Jacques), frère du précédent, naquit comme lui à Copenhague et fut élevé aussi au collège de Borch. De même que son frère, il entra dans la carrière ecclésiastique, fut nommé en 1710 curé de Faxoe, ensuite prévôt, et mourut en 1758. Il a publié : 1° Disp. de arte Christi mechanka, Copenhague, 1703, iu~t° ; 2° De Schytha pra B.irbaro prœrogatica, ibid., 1701, in-i°; 3" Deveterum grammaticorum censura, ibid., 1705; 1° De materia et forma librorum ap. vetrres, ibid., 1706. — Jacob.eis (Mathiasj, surnommé le jeune, pour le distinguer d'un autre célèbre médecin danois appelé comme lui Mathias Jacobaeus, dit l'ancien, Né à Aarhuus dans le Jutland le 1" mai 1637, Ce savant était fils du docteur Jacob Matthiiesen, évêque d' Aarhuus. Il termina en 1656 ses études à l'école de sa ville natale, voyagea pendant quatre ans, de 1660 à 1661, dans les pays étrangers, et fut nommé à son retour professeur d'histoire et de géogra-
JAC
phie à l'Université de Copenhague. En 1G68 il devint professeur de langue grecque et enfin professeur de médecine. Il mourut le 23 janvier 1688. On a de lui : Observntwnet tnedicet, opuscule inséré dans les Acta medica de Copenhague. I) — z— s.
JACOBATU'S. Voyex Giacobazio.
JACOBI (CwusTiAfc-FnÊDfBic), savant danois, naquit à Asminderod dans l'Ile de Sélande, le 12 mars 1739. Son père, appelé Pierre Jacobi, était prêtre du château de Fredensborg, et Charlotte ShefTer, sa mère, devint plus tard dame de la chambre de la reine Juliane-Marie. Après avoir étudié la jurisprudence, Jacobi fut nommé en 1770 assesseur au tribunal de la cour; l'année suivante il devint assesseur au tribunal de la cour et de l'Etat siégeant à Copenhague, en 1772 lecteur chez le roi, et la même année assesseur à la cour suprême. Nommé en 1774 conseiller de Justice, il était en 1776 vice-secrétaire de la société des sciences de Copenhague et conseiller d'Etat. En 1780, la même société le choisit pour son secrétaire, et le roi l'éleva en 1781 au rang de conseiller de conférence. 11 était aussi membre de la société des sciences de Trohdhiem , en Norvège, cl de la société d'économie domestique de Copenhague. Il avait occupé pendant plusieurs années le poste de grand rualtre desgpages de la reine Juliane-Marie. Il a publié : 1» Éloge de l'archevêque Absalon, qui obtint le prix proposé par la société des belles-lettres et sciences utiles de Copenhague, et fut Inséré dans son recueil. Cet éloge a été aussi imprimé à part, Copenhague, 1769, in-8°. 2° Ditp. de moralilate causa moralis ad physicam relata, Copenhague, 1 739, in-8° ; 3° lettre de Sapho à Vhaon, traduite d'Ocide, Insérée dans le recueil de la société des belles-lettres, Copenhague, 1770, in-8°; -1° Oraison funèbre de Henri Hielmstierne , lue à la société des sciencès, le 3 novembre 1780, Copenhague, 1780, in-88. — Jacobi (Haldor), savant islandais, après avoir fait ses études à Copenhague, obtint en 1737 la place de préfet ou sysselmand du district de Westmandoe en Islande. Quelques années plus tard il passa en la même qualité dans le district de Strande, dépendant de la même lie. 11 a publié : !• Relevé com~ plet des montagnes d'Islande gui jettent des flammes, Copenhague, 1737, in-8°, en danois; 2° Vie de Biame Halthorsen, ibid., 1777, in-8°, en islandais; 3° Grutiarum actio Frid. V, nomine patriœ persoluta, oh naves eibariis onustas sub hitmem in Islandiam famé laborantem missas, Copenhague, in-fol., sans indication d'année ; 4° Chronologia tentamen , Hrappsoe, 1781, in-i°, en islandais. D — z— s.
JACOBI (Jeax-George), poè*lc allemand, naquit à Dusseldorf en 1740. Il annonça de bonne heure, par quelques essais, un talent distingué pour la poésie. On ignore les circonstances de sa vie jusqu'en 1738, époques laquelle il se rendit à Cœttingue pour étudier la théologie. Les événements de la guerre le forcèrent d'aller à HchnsUed ; mais au bout d'un an les circonstances ayant changé, .
JAC
il rerint à Gœttingue, où il acheva ses études. Il s'y lia avec le fameux professeur Klotz, qui, ayant été plus tard appelé à Halle, le fit nommer professeur de philosophie et d'éloquence dans la même université. C'est là que Jacobi Ht connaissance avec Gleira : cette liaison décida du sort de sa vie. Gleim le ramena à la poésie, et, désirant lui assurer une honnête indépendance, lui (it obtenir une prébende au chapitre de St-Boniface à Halberstadt. Jacobi vécut dans cette position pendant quinze ans. En 1784, l'empereur Joseph II lui offrit la chaire de belles-lettres à Fribourg en Brisgau. Jacobi passa dans cette ville le reste de sa vie, estimé et aimé de tous ceux qui le connaissaient. Il mourut le 4 janvier 1814. Cepotle, de mœurs très-douces, d'un caractère Irès-aimant, a peu fourni aux biographes; mais il a eu beaucoup d'amis : il a vécu très-heureux et a partagé avec les premiers génies de l'Allemagne, ses contemporains, et la plupart ses amis, la gloire d'enrichir la littérature allemande. Jacobi se forma principalement, comme il nous l'apprend lui* même, par la lecture de Chapelle, de Chaulieu-el de Gresset; aussi trouve-t-on dans ses compositions un peu de l'abandon et du moelleux de ces poè*tcs, mais rarement la précision de l'auteur du Vert-vert et de la Chartreuse. Ses vers sont faciles et souvent harmonieux. Souvent aussi sa facilité dégénère en négligence, de même que sa philanthropie dégénère en sentimentalité. Toutefois ces défauts se rencontrent beaucoup plus dans ses premiers écrits. Ceux qu'il composa dans un âge plus avancé se distinguent par une plus grande précision, et approchent davantage de la perfection de ses modèles français, et de Glèim, son modèle allemand. Comme celui-ci , il chante les jouissances pures de la vie; et il a travaillé avec lui au potfme du meilleur det mondes {voy. Gleim). Ses écrits sont moins remarquables par une grande élévation d'idées que par la grâce avec laquelle il sait présenter, ennoblir et rendre aimables les idées les plus simples. Sa prose a les mêmes qualités et les mêmes défauts que ses vers. Son Voyage d'hiver et son Voyage d'été, en vers et en prose, offrent un mélange de la manière de Sterne et de celle de Chapelle, et ont les inconvénients du genre : mais 11b renferment des détails, sinon piquants, du moins agréables, et respirent, comme toutes ses compositions, l'amour de l'humanité. On a rais en français le Voyage d'hiver, traduction libre de l'allemand, par Armamlrv, Hambourg, 4784, in-12; Lausanne, 17iMi,in-li. Jacobi a composé des Èpitres en vers et en prose , des Chansons, des Cantates, des Opéras, des Comédies, des Romances, des Fablet, quelques Dissertations en prose, et des Sermons. Les deux premiers genres sont ceux dans lesquels il a le mieux réussi. Il publia une première édition de ses œuvres à Halberstadt, en 3 petits Volumes in-8°, en 1 770 et 1773, et une deuxième en 1773 et 1775. Peu d'années avantsa mort, une troisième fut publiée à Zurich en
JAC
5 volumes, ctbientôtsuivied'une quatrième. Jacobi a rédigé, outre cela, quelques ouvrages périodiques, entre autres le journal intitulé Iris, auxquels plusieurs hommes distingués ont pris part, et qui ont contribué a répandre en Allemagne, surtout parmi le beau sexe, le goût de la bonne littérature. Enlin on a de lui un assez grand nombre de pièces de vers, de critiques et de dissertations sur des objets de littérature , qui ont été Insérés dans des recueils, tels que la Bibliothèque allemande des beauxarts par Klotz; le Mercure allemand, de Wieland; le Nouveau Musée allemand, etc. Plusieurs de ses poésies ont été recueillies dans l'Anthologie des Allemands, par Schmid, et dans l'Anthologie lyrique de Matthisson. Ds-u.
JACOBI 1 m m kic-He5ri), l'un des principaux philosophes contemporains de l'Allemagne, frère du précédent, né à Dusseldorf le 23 janvier 1743, était une de ces intelligences rêveuses dont les apparences extérieures sont d'autant plus impénétrables pour des observateurs peu clairvoyants, que l'activité intérieure est plus profonde et plus secrète. Comme rien n'en transpire au dehors, on prend volontiers pour un esprit engourdi et paresseux l'esprit qui travaille ainsi dans l'ombre , et qui, tout entier à l'opération du dedans, donne fort peu aux mouvements qui pourraient la révéler. Les parents eux-mêmes peuvent s'y tromper. C'est ce qui arriva au père de Jacobi , Cet honnête négociant , croyant à ce second de ses fils peu d'étoffe littéraire ou scientifique, ne songeait à rien de mieux pour son avenir qu'à lui repasser son commerce et sa clientèle. Dans cette perspective, il le fit voyager dès l'Age de seize ans; 11 l'envoya d'abord à Francfort, puis à Genève. Mais la tenue des livres , la connaissance des affaires l'intéressaient beaucoup moins que le grand livre de la nature ; et les conversations savantes de Lesage , de Bonnet , de Voltaire avaient pour lui un attrait bien autrement puissant que les leçons du comptoir. La médecine, comme profession savante, était bien plus dans ses goûts que la comptabilité commerciale, et les écrits de J.-J. Kousseau occupaient plus ses loisirs et ses veilles que les détails «lu Doit et de l'Avoir. Peu fait pour les abstractions de l'ordre purement rationnel , l'étude des sciences naturelles et physiques le releva pour ainsi dire à ses propres yeux : il t'était entendu dire tant de Fois qu'il tnanquait d'aptitude pour les sciences, qu'il doutait bien un peu lui-même de son intelligence. Il en lit l'aveu à Lesage, qui sut le rassurer, l'encourager et lui prouver qu'il comprenait fort bien les vérités concrètes. 11 alla plus loin ; il lui persuada qu'il n'y en a pas d'autres , et que sa prétendue infirmité d'esprit était droiture de sens. La philosophie empirique du temps, nous parlons de la philosophie française, les conceptions passionnées de Rousseau, son style plein de chaleur, de mouvement et de vie devaient impressionnef une âme ardente et généreuse comme celle de
4ÎU JAC
Jacobi. Aussi peut-on «lire que la philosophie sentimentale du philosophe genevois exerça sur lui la plus grande influence. C'en était fait ; l'impulsion était donnée : Jacobi devait être penseur, écrivain, philosophe, et philosophe empirique de l'école française d'alors, mais modifiée, corrigée par la générosité et l'élévation des sentiments de Jean-Jacques, par son enthousiasme et sa verve. Toute la philosophie de Jacobi s'explique par là , le fond comme la forme , la doctrine comme le style, les résultats comme la méthode, la doctrine pratique comme la spéculative. Mais Jacobi ne s'appartient pas encore ; il ne cesse pas d'être sous la puissance paternelle, et peut-être croit-il lui-même qu'il mènera de front les affaires et les lettres, le positif de la pratique commerciale et l'idéal de la spéculation philosophique. De retour de Genève à vingt ans , et placé à la tête de la maison de commerce d.e son père, il achève d'entrer dans le positif de la vie par k mariage. Betty de Clermont, qu'il prit pour compagne, était une femme d'un rare mérite, qui pouvait apprécier celui de son mari et en être Hère. La situation et la marche des affaires de Jacobi étaient telles qu'il put, sans les compromettre, se livrer à ses goûts littéraires et se dégager peu à peu d'un genre de vie qui lui allait moins, en s'en ménageant un autre plus d'accord avec ses besoins intellectuels. Une fois nommé conseiller de la chambre aulique de Juliers et de Berg, puis conseiller intime à Dus&eldorf , il pul abandonner complètement le commerce, former des relations d'une autre nature , et appliquer plus activement son esprit à d'autres soins. Ses goûts littéraires et philosophiques lui firent rechercher les hommes de son pays qui s'étaient acquis le plus d'éclat dans les différents genres de littérature. Il se trouva bientôt en correspondance avec Goethe, Wieland, Richtcr, Lavater, Lessing, Kant, Fichte, Reinhold, etc., et ne tarda pas à prendre rang, comme penseur et comme écrivain, parmi ces illustrations. Sa fortune s'élant accrue, par suite de la mort de son beau-père (1776), sa maison de Pempelfort, près de Dusseldorf, devint un rendez-vous des esprits les plus distingués. Ce bonheur ne fut cependant pas sans mélange : des douleurs nerveuses assez fréquentes ; des spéculations commerciales où son père manqua du sens habituel qu'il apportait aux affaires, et qui nécessitèrent de la part du fils d'àssez grands sacrifices pécuniaires; une disgrâce de cour, pour avoir voulu éclairer le prince palatin sur des réformes dont le système douanier paraissait susceptible ; mais par-dessus tout la mort de son fils et de sa femme, vinrent troubler une existence jusque-là si heureuse. Il trouva bien quelques distractions dans des voyages à Londres et à Weimar, dans la conversation d'hommes supérieurs; mais il était réservé à d'autres épreuves. Les années françaises envahirent ses propriétés des environs d'Aix-la-Chapelle, tandis que les émigrés français
JVC
inondaient Pempelfort. Sa fortune en reçut quelque atteinte , et son humeur en souffrit plus encore. Il crut devoir quitter une demeure qui avait seni jusque-là de retraite paisible aux arts, aux lettres et à la philosophie, pour aller lui-même chercher un asile moins agité dans le Holstein. Il laissa donc ses enfants dans ses domaines, et passa dix ans dans le nord de rAllemagne>, à Hambourg et à Eutin, toujours occupé de littérature et de philosophie, entretenant ou formant des liaisons avec des hommes éminents, au nombre desquels nous citerons encore Stolberg, Wolff, Beinhold, les généraux Dumouriez et Dumas. En 1801 , il alla voir ses enfants, restés sur les bords du Rhin, à Dusseldorf. En retournant à Eutin, il passa par Paris, où il fit la connaissance de Diderot, dont le sentimentalisme enthousiaste dut trouver un écho sympathique dans le philosophe allemand. Peu de temps après, il. fut appelé à faire partie de l'Académie royale de Munich, que le nouveau ministre, Montgelas, voulait réorganiser. Il vint s'établir dans cette capitale, et fut mis à la tête de cette compagnie savante en 1807. Il n'y put pas faire tout le bien qu'il avait médité; les ennemis de la philosophie le regardaient comme un révolutionnaire qu'il fallait contenir. Après douze ans d'efforts et de luttes, il résigna ses fonctions de président, tout en conservant le titre de celte dignité et le traitement qui y était attaché. Il avait alors soixante-dix ans; il vécut encore quelques années dans la retraite, à Munich, occupé à revoir ses ouvrages. Il mourut le 10 mars 1819, laissant la réputation d'un esprit supérieur, d'un grand écrivain et d'un homme de bien, réputation que la postérité lui conservera. Ses principaux ouvrages sont : 1° un roman philosophique qui eut beaucoup de succès, Woldemar, 1779, 2 vol.; 2" Lettres d'AUwill. 1781,2 vol.; 3° Quelques mots de Lessing, en guise de commentaire aux rouages des papes, 1782 ; 4° De la doctrine de Spinoza, en forme de lettres adressées à Moïse Mendelssohn,178S, et 1789 avec augmentation ; 5° Réfutation des inculpations de ilendelssoÂn. 178G; 6° David Hume, sur la foi, ou t idéalisme et le réalisme, 1787 ; 7° Jacobi à Fichte. 1799 ; 8° Propositions préliminaires concernant la contrainte et la liberté de l'homme, parut d'abord, en 1799, sous ce titre : De Finsépambilitè de Cidée de liberté et de providence d'avec l'idée de raison ; 9° Des choses divines et de leur révélation, 1811. Une édition complète de ses ouvrages, commencée en 1812 et achevée après sa mort, en 1827, Leipsick, forme huit volumes in-8°. Elle comprend une correspondance avec Herder, Forsler, Jean Mu lier, Kant, Lavater, Hamann, Goethe, Schiller, G. de Humboldt, Necker, madame de Staël, Ch. Villers, le comte d'Angivillers, et d'autres personnages, qui n'est pas la moins intéressante ni la moins instructive de ses écrits. Après sa mort, l'Académie de Munich consacra une séance à la lecture de trois éloges de Jacobi, composés par ses an-
JAC
ciens collègues, Schlichtegroll, Weiller et Tiersch. Ces éloges forment une publication à part , sous le titre de F.-tl. Jacobi, ta rie, ta doctrine et set oucraget. Comme ses écrits ont presque tous un caractère polémique, il est nécessaire d'en faire TOir pour ainsi dire la genèse, c'est le moyen d'en connaître l'esprit, et de mieux pénétrer le sens et la portée de sa. doctrine philosophique. On trouve, du reste, une analyse estimable de cette doctrine dans les Annales littéraires de Heidelberg, 1817, et dans le recueil périodique qui a paru, en allemand, sous le titre de Hermès. Leipsick, 1822, t. li. Woldemar suffit pour mettre Jacobi au rang des premiers écrivains de l'Allemagne; mais sa réputation de philosophe ne commença dans le public qu'à partir de ses Lettres à Mendelssohn sur Lessing, où, voulant prouver que Lessing, d'après les entretiens qu'il avait eus avec lui peu de temps avant la mort de cet illustre écrivain, était spinoziste, il fut porté à faire une étude approfondie de la doctrine de ce père du panthéisme moderne. Il en fut même un peu séduit; et c'est en partie sous l'influence de Spinoza qu'il fut conduit à la philosophie de la foi. Il contribua aussi pour sa part à ramener à l'étude du spinozisme et à le remettre en crédit. Toutefois, il ne réussit pas à persuader à tout le monde que Lessing eût été spinoziste ; Mendelssohn tout le premier réclama contre celte assertion. C'est pour la soutenir et pour se défendre lui-même contre certaines attaques que Jacobi dut s'occuper de la philosophie de Hume, de celle de Kant et de Kichte. L'admiration qu'on l'avait vu professer pour Spinoza l'obligea d'établir plus nettement les points de doctrine qui l'en séparaient, notamment en ce qui touche le libre arbitre, question où il n'a pas toujours été d'accord avec lui-même. Il fit plus, il attaqua le panthéisme de Schelling; ce qui lui valut une réponse très-vive, et qui fut pour Mui l'occasion de beaucoup de désagréments. Jacobi est assez connu dans le monde littéraire et philosophique ; il a laissé dans l'histoire de l'esprit humain des traces assez profondes pour qu'il convienne d'esquisser ici sa doctrine. Elle a son point de départ ostensible dans sa dispute arec Mendelssohn, qui soutenait que ce qu'on ne peut concevoir comme vrai ne doit pas inquiéter comme doute; qu'une question qui n'est pas saisie, qui ne peut par conséquent pas être résolue, doit être considérée comme non avenue ; que ce qu'aucun élre pensant ne conçoit comme possible ou comme réel n'est en effet ni réel, ni possible; que si l'on fait abstraction de la notion de quelque chose par une intelligence, de la notion de la possibilité ou de la réalité de ce quelque chose , la chose pensée cesse d'être par là même ; qu'aucun être fini ne peut parfaitement concevoir la réalité d'une chose, et encore moins apercevoir la possibilité et la réalité de toutes les choses existantes ; qu'il doit par conséquent y avoir un être ou un entendement qui conçoive parfaitement
comme possible l'ensemble de toutes les possibilités, et comme réel l'ensemble de toutes les réalités ; c'est-à-dire qu'il doit y avoir un entendement infini, et que cet entendement est Dieu. Jacobi soutenait, au contraire, que l'acte de la pensée ne produit aucune réalité ; qu'on ne peut conclure de la pensée à l'être ; mais qu'il faut admettre antérieurement à la pensée quelque chose de primitif qui ne pense point; quelque chose qui puisse être conçu, sinon comme absolument primitif dans sa réalité, au moins cependant quant à la représentation. Celle manière de concevoir le rapport de la pensée à l'être enveloppait de la confusion, de l'obscurité, de l'erreur. Aussi Mendelssohn réplique-t-il en disant : « Vous « me semblez ici avoir la prétention de concevoir ■ quelque chose qui n'est pas pensé ; la raison ne « peut vous suivre dès qu'il vous prend fantaisie de « sauter ainsi dans le vide. Et c'est bien s'y pré- « cipker en effet, que de vouloir concevoir quelc que chose qui précède toute pensée, et qui ne « soit par conséquent pas concevable à l'cntende- « ment le plus parfait lui-même. » Celte polémique touchait, comme on voit, à la méthode et à la théorie des idées et de la connaissance. Or, avec le sentimentalisme qu'on connaît à Jacobi, son tour d'esprit porté au concret, à l'empirisme, à l'intuition, à une inspiration prime-saulière même, il devait avoir peu de foi en la méthode, et s'y assujettir très- difficilement. Confondant l'enchaînement démonstratif des idées spéculatives d'un certain ordre avec l'enchaînement des faits , et ces idées toutes rationnelles ellesmêmes avec les idées de l'ordre expérimental , il confond aussi la nécessité logique avec la nécessité dynamique. De là, pour lui, une sorte d'horreur de la méthode a ftriori ou par voie de démonstration ; il en voit naître le fatalisme, le spinozisme et l'athéisme. Dieu, qu'il confond avec l'idée de Dieu, ne doit plus lui apparaître alors que comme un être inférieur, secondaire, ayant un antécédent, une raison supérieure d'être, une cause enfin. Voir l'existence de Dieu dans une idée qui en serait pour ainsi dire la raison logique, c'est donc, suivant Jacobi, suballerniser Dieu luimême ; c'est le réduire à la condition d'effet, c'est le rendre fini à titre d'effet, et par conséquent à titre de cause. Connaître Dieu médiatement ou par le moyen du raisonnement est donc impossible : une connaissance de cette nature ne sau • rait avoir que le fini pour objet. Mais quelle idée Jacobi se fait-il donc de la connaissance en général, de la connaissance des choses sensibles et des choses intelligibles en particulier? Ayant d'abord admis deux grandes facultés de connaître, la raison (Vemun/t) et l'entendement {Verttand), comme on le faisait généralemènt alors en Allemagne, il les réduisit plus tard à une seule, l'entendement, parce qu'il avait cru reconnaître que la faculté de pénétrer jusqu'à la connaissance des causes, jusqu'à la connaissance de l'intelligible comme con-
iî>6 JAC
tlilion du sensible, n'était qu'une raine prétention ; que l'esprit humain peut bien remonter d'une cause à une autre, mais sans sortir du mécanisme général de la nature ; que nous ne comprenons une chose qu'autant que nous pouvons la rapporter à sa cause immédiate, mais non pas en la dérivant per saltum de causes plus éloignées, surtout de la plus éloignée de toutes, qui est Dieu. Mais celte connaissance, qui peut s'étendre indéfiniment par l'observation, est la connaissance du fini, et ne peut par conséquent pas conduire à l'infini. C'en est donc fait de l'argument physique de l'existence de Dieu , de celui-là du moins qui, remontant la série des effets et des causes, prétend atteindre par voie de raisonnement la cause universelle, Dieu. Nous sommes si peu capables de nous élever à l'intelligible par le sensible, suivant Jacobi, que nous n'avons pas l'idée, la notion des qualités sensibles des choses, que nous n'en possédons qu'une connaissance sensible, une intuition. Bien plus : nous n'avons que le seniïment de notre propre existence, nous n'en avons pas la notion. Toutes les notions que nous possédons se réduisent aux catégories ou concepts fondamentaux de l'entendement, c'est-à-dire à ces notions essentiellement destinées à s'appliquer aux perceptions, et qui en sont comme la forme ; telles sont les notions de figure, de nombre, de position, de mouvement, et quelques autres qui s'appliquent à la pensée, aux phénomènes internes, comme les précédentes aux phénomènes externes. S'élever graduellement des effets à leurs causes immédiates, telle est donc la tâche de la raison appliquée à la nature ; c'est en l'accomplissant qu'elle engendre la connaissance. Son autre procédé, qui consiste à saisir l'identité d'abord inaperçue de certaines idées, à suivre la chaîne de ces idées suivant la loi de nécessité qui l'engendre, n'est plus connaissance, mais spéculation. Ces deux fonctions de la raison, connaître et raisonner ou spéculer, diffèrent bien moins qu'il ne le parait, puisque l'intelligence humaine, finie qu'elle est, faisant elle-même partie du tout fini universel, ne peut pas sortir du fini, du contingent, du conditionné pour saisir l'infini, le nécessaire, l'absolu. Stns doute la première série de ces idées suppose la seconde, et nous croyons aussi fermement à l'existence de l'infini qu'à celle du fini, qu'à la nôtre propre, puisque celle-ci n'est que dans celle-là et par celle-là ; mais nous ne savons rien de plus de l'infini que son existence même ; nous ne le connaissons pas. Nous ne pouvons pas même, sans contradiction, entreprendre de le connaître comme nous connaissons le fini, c'est-à-dire en recherchant sa possibilité ou s;i condition, en le résolvant dans une cause, puisque l'infini est sans cause, sans condition, absolu en un mot. Kl pourtant connaître n'est pas autre chose qu'assigner la condition de ce qui est ; on connaît donc d'autant mieux qu'on peut remonter plus haut dans cette série indéfinie
JAC
de conditions, comme on cesse de connaître du moment qu'on cesse de s'élever ainsi , comme on ne connaît pas du tout, si l'on ne peut faire un pas dans cette voie. « Dès que cette chaîne est « interrompue, nous cessons de comprendre, et " l'enchaînement qui , dans son ensemble , prend « le nom de nature, disparaît aux yeux de l'esprit. « La notion de la possibilité de l'existence de la « nature (ou, comme d'autres disent encore, la « possibilité de la déduction de la nature) , serait « donc la notion de l'inconditionné même, en « tant que l'inconditionné est la condition pre- « mière et sans possibilité de la nature même.
• Mais une pareille notion de l'inconditionné est « contradictoire, puisqu'alors l'inconditionné cesse ■ de l'être, ou que, tout inconditionné et sans u possibilité qu'il soit, il se trouve néanmoins sou- « mis aux conditions de sa possibilité, et rentre « par là dans le naturel, quand cependant il devait <t être en dehors de la nature. De cette manière, « l'absolument nécessaire doit commencer à de- « venir le possible pour pouvoir être construit. - Ce passage prouve clairement la confusion de l'idée et de son objet, de la possibilité logique et de la possibilité physique, de la réalité de l'idée et de la réalité de la chose. Il y a, dans cette manière de concevoir la nature, le surnaturel et les idées de l'une et de l'autre, du Kant et du Hegel tout à la fois. Voici du Spinoza et du Schelling : « L'inconditionné est aussi appelé le surnaturel, « l'incompréhensible. Et comme toul ce qui est en « dehors de l'enchaînement ou de la composition « du conditionné, du subordonné (littéralement: « du moyenné, Vermilteltcn) , est naturellement « aussi en dehors de la sphère de notre claire « connaissance, et ne peut être conçu par notions
* (ou idées de l'intelligible), le surnaturel ne « peut être saisi que comme immédiatement don- « né, comme fait (c'est-à-dire par une sorte d'in- « tuitionj : // est! Ce surnaturel, celle essence « de tous les êtres, toutes les langues l'appellent " Dieu. • Ainsi, suivant Jacobi, l'intelligible pur, autant du moins qu'il appartient à la réalité, Dieu singulièrement, ne se démontre pas; il se perçoit d'une perception particulière et s'affirme, ou bien il s'ignore, mais en tout cas ne se comprend point; il n'est pas susceptible d'une connaissance scientifique. Telle est la raison pour laquelle Jacobi appelle sa philosophie, pour la partie métaphysique du moins, la philosophie de la/cw. ou du savoir immédiat. Suivant lui, donc, nous ne connaîtrions Dieu, nous n'en saurions l'existence que comme nous savons notre existence propre, par la conscience ; mais aussi nous n'en saurions pas plus sur la possibilité de notre être que sur celle de Dieu même ; nous ne pourrions pas plus déduire l'une que l'autre ; et comme déduire est comprendre, nous serions à nos propres yeux un mystère aussi impénétrable que le mystère même de l'existence de Dieu. Il eu est tout autrement des phénomènes qui constituent le monde de la
JAC
pensée ou celui de la nature; nous pouvons les comprendre, et nous les connaissons juste dans la mesure où nous pouvons les relier les uns aux autres suivant le principe de causalité'. Et comme aucune phénoménalité en Dieu ne nous est connue, nous n'avons par là même aucune connaissance proprement dite de Dieu, quoique son existence soit certaine. Ce savoir immédiat de Dieu est un point que Jacobi tient beaucoup à établir ; c'est pour ainsi dire sa foi par excellence, le fondement de tout le reste. Suivant lui, la conscience de Dieu est nécessairement liée à la pensée de Dieu , à la pensée que Dieu est. Et cette base philosophique de toute théodicée, si peu solide qu'elle puisse paraître à d'autres esprits, est néanmoins, d'après Jacobi, le point de départ de toutes les autres théories positives sur Dieu ; philosophes et théologiens la supposent à leur insu, s'ils ne l'admettent pas avec réflexion. C'est ce qu'il appelle aussi une révélation, mais une révélation naturelle ou par savoir immédiat, une révélation intérieure, par opposition à celle qui consisterait dans un savoir communiqué du dehors. Le savoir immédiat joue un très-grand rôle dans la philosophie de Jacobi ; il l'oppose à chaque instant à la connaissance philosophique, à la raison. Ce qui fait dire à Hegel , qui est au contraire pour le savoir médiat et qui veut tout déduire, que ceux qui partagent une pareille opinion, philosophes ou théologiens, parlent de la raison, de la philosophie, etc., comme l'aveugle des couleurs. Au fond, cependant, nos idées fondamentales en toutes choses, celles du moins qui nous portent à l'affirmation de nous-mêmes et du monde, à la suite des intuitions et des perceptions, ne sont point des démonstrations. Et c'est néanmoins sur la foi de ces idées , qui , d'un autre coté, n'ont pas la vertu de contenir leur objet, qui ne sont pas identiques avec lui, que nous croyons à l'existence de ces objets. Jacobi pourrait donc bien avoir quelque raison lorsqu'il admet une révélation naturelle et qu'il dit : Tout ce que je sais immédiatement est de foi. Hegel lui-même est obligé de convenir que la foi ;un- i entendue , la foi qui correspond à la révélation de la nature, par laquelle toute espèce de matière de la connaissance nous est donnée , est le point de vue le plus élevé, le plus général de notre époque. Jacobi n'oppose pas sa foi uniquement au savoir médiat, il l'oppose aussi à la pensée. Il la compare à un œil spirituel, sorte d'organe incorporel dont l'existence nous est révélée par le sentiment, et dont la fonction est de nous faire connaître , par une sorte de perception , les objets de l'ordre intelligible. C'est, comme on voit, la faculté plus généralement appelée raison; non pas la raison raisonnante, mais la raison percevante ou intuitive. Nous n'avons pas à discuter la valeur de cette distinction, ni à rechercher si la raison a réellement une vertu perceptive, si ses idées propres ont un objet réel ; car, à ce compte,
JAC 457
il faudrait tout réaliser, le bien,- le beau, le vrai , etc. La morale de Jacobi se trouve particulièrement exposée dans son Woldcmar : il professe pour le libre arbitre une foi aussi ardente que Fichte : « La liberté est à la fois la racine et « le fruit de la vertu. C'est par la liberté seule ■ que l'homme se sent homme ; par elle seule « deviennent possibles l'estime de soi, la confiance « en soi-même, la bonne toi, la paix, l'amitié, la « fidélité et la constance, vertus sur lesquelles « tout repose'parmi les hommes. » La liberté, loin d'être douteuse ou chancelante pour Jacobi , est nécessaire : « 11 est impossible, dit-il, d'ab- « diquer le gouvernement de soi-même; im- « possible de mettre à la place de la raison et a de la conscience une autre autorité. En cher- « chant par ce moyen à préserver l'homme de <r l'erreur et du mal, on lui ôte toute dignité; « car sa dignité consiste à pouvoir chercher et « choisir par lui-même. » Son idée de la vertu ne fait pas moins d'honneur à ses sentiments : il croit à l'instinct du bien, comme à une force essentielle, véritable et supérieure de la nature humaine. De là, suivant lui, le pouvoir de régler tous nos désirs, nos penchants, nos passions sur les exigences de la raison morale. C'est ce pouvoir qu'il appelle proprement liberté morale; liberté, dit-il, qui consiste si peu dans la triste faculté* de vouloir des choses contradictoires, le bien et le mal, que lorsqu'il en est ainsi nous ne sommes plus libres. Nous ne pouvons nous attribuer la liberté qu'autant que nous avons la conscience de posséder une force capable de nous porter au bien et supérieure à toute résistance. De même qu'il donne pour base à la connaissance la révélation naturelle et la foi, de même il fait de toutes les vertus un don du créateur, des instincts naturels immédiats. La morale devient ainsi, dans ses règles, une affaire de sentiment, d'inspiration , d'intuition rationnelle, et dans sa pratique une affaire d'instinct ou d'impulsion divine; tranchons le mot, c'est la grâce. « Celui que son propre « cœur n'avertit pas immédiatement de ce qui est « bien ou mal, ni l'instruction divine , ni l'instruc- « tion humaine ne sauraient le lui apprendre. La « musique ne donne pas les oreilles, ni la pein- « ture les yeux ; mais la peinture est créée avec « les yeux et la musique avec les oreilles. Toutes « les vertus sont antérieures aux notions par lesa quelles on cherche à les définir, et la morale « procède de l'existence naturelle et immédiate « de la vertu. La règle du vrai et du bon n'est <t que dans l'homme de bien : toutes les analyses « des idées morales, et tous les raisonnements sur « l'essence de la vertu et de son origine, ne con- ■ duisent à rien. » C'est en mettant ainsi l'instinct moral, le sentiment, au-dessus de la raison et de la réflexion , que Jacobi est conduit à sacrifier la conscience raisonnée du bien à l'élan passionné : « Il y a des cas où il faut voiler pour un in- « stant les images sacrées de la justice et de la
458 JAC
« clémence. La morale elle-même se soumet à « une suspension momentanée de ses lois, afin de « conserver ses principes. » Ce qui voudrait dire qu'elle est tombée quelquefois en contradiction avec elle-même, ou qu'elle peut fermer les yeux sur des actes qu'autrement elle serait obligée de condamner. Nous doutons fort aussi qu'il soit vrai de dire que « la grammaire de la vertu n'ait point « de règle pour ces licences d'une haute poésie; — i que la science du bon soit, comme la science du « beau, soumise à la condition du goût, dans « lequel et au delà duquel elle ne puisse rien « entreprendre ; — que la vertu par principes soit « aussi ridicule que l'amour par principes ; — que « la vertu héroïque (une certaine vertu de cette « espèce du moins) , soit quelque chose de plus « grand, de plus sublime que la vertu morale « ordinaire. > Mais lorsqu'il est question de l'influence de la sensibilité sur nos déterminations, il peut être vrai de dire, à certains égards, que « l'amour de l'agréable, lorsque la vertu y préside, « est l'amour du bien même ; — que nul , par « exemple, n'est juste pour qui la justice n'est « une chose agréable. » Mais il est plus douteux « que la satisfaction qui résulte aune bonne « action soit moralement bonne elle-même, comme « le plaisir qu'on trouve à commettre une action « blâmable 6oit lui-même digne de blâme. » Il n'y a là qu'un fait pur et simple, qui n'est ni bon ni mauvais; le bien et le mal commencent dans la délectation volontaire. Les principaux disciples de Jacobi furent Jacques Salât, Gaétan Weiller et Fréd. Kœppen. On ne connaît guère en France, des œuvres de notre philosophe , que son roman de Wotdemar, ou la peinture de V humanité, refondu en 1794 par l'auteur, et traduit en français par Vanderbourg, en 1796. J. T— t.
JACOBI (André-Rodolphe), jurisconsulte, né à Hanovre en 1746, était fils d'un membre du consistoire de Celle. D'abord auditeur, il fut élu en 1773 secrétaire et deux ans après syndic des états de Lunebourg. Il prit une part active à l'exécution du partage des vaines pâtures, ainsi qu'aux travaux de la société d'économie rurale de Celle, dont il était membre. Lors de l'occupation du Hanovre par les Français en 1806, Jacobi fut nommé subdélégué de la commission administrative pour le pays de Lunebourg; et, après l'organisation du royaume de Wcstphalie , il fut directeur des contributions indirectes à Lunebourg, puis directeur des douanes à Magdebourg et à Brunswick. Au rétablissement de l'indépendance du Hanovre , il eut la direction des impôts pour le pays de Lunebourg. Au jubilé de sa carrière administrative,'en 1825, il reçut du roi la décoration de l'ordre des Guelfes , et de l'université de Gœttingue le diplôme de docteur en droit. Il mourut le 22 juillet 1825. Parmi ses écrits on remarque : 1° Etsai d'une apologie des peines capitales . Lemgo, 1776; 2° Sur l'utilité des clubs. Celle, 1782, in-4°; 3° Exposé des droits du pouvoir suprême par rap-
port à la liberté civil*. Dessau et Leipsick, 1783, in-8"; 4° Pièces relatives à la constitution des états de Lunebourg, Hanovre, 1794-95, 2 vol. Il a publié pendant dix ans avec Kraut et Benecke les Annales du pays de Brunswick, Lunebourg et Hanovre, 1780-1795; et avec Ende il a commencé un Recueil pour l'histoire des pays de Brunswick et Lunebourg, Celle, 1802, dont il n'a paru que le premier volume. D— c.
JACOBI (Chables-Gdstave-Jacob), mathématicien allemand de mérite, naquit en 1804. Son père, marchand à Potsdam, lui fit faire ses premières études scientifiques au gymnase de cette ville. A l'âge de dix-sept ans, le jeune Jacobi alla les terminer à l'université de Berlin. Il y étudia d'abord les mathématiques, la philosophie et la philologie. Esprit lucide, pénétrant et profond, il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il avait uu avenir certain dans la carrière des sciences. Après avoir reçu ses derniers grades universitaires en 1824, et fait ses preuves comme professeur particulier, il fut nommé l'année suivante, sur la recommandation de Hegel , à la chaire de mathématiques de l'université de Kœnigsberg. Au bout de deux ans d'enseignement comme professeur extraordinaire ou chargé du cours , il fut nommé titulaire en 1829. Des raisons de santé l'obligèrent à renoncer à renseignement en 1842. Nommé membre de l'Académie des sciences de Berlin , il passa ses dernières années dans cette ville , et termina sa carrière le 18 février 1851. Jacobi réunissait au savoir le plus solide et le plus étendu le don d'une parfaite clarté dans l'exposition. 11 savait s'emparer de l'auditeur, l'enchaîner pour ainsi dire , et l'emporter avec soi dans les régions supérieures de la science. Ses découvertes dans la théorie des fonctions elliptiques de l'analyse furent le fondement d'une réputation qui aura sa place dans l'histoire des mathématiques. Son esprit investigateur s'est distingué dans d'autres branches de l'analyse encore, dans l'arithmétique , la géométrie et la mécanique supérieures. Les résultats de ses travaux se trouvent en partie consignés dans plusieurs ouvrages publies par lui , tels que : Fundamenta nova theoriet functionum eUipticarum, Kœnigsberg, 1829, et Canon aritkmeticus, Berlin, 1839; en partie dans de nombreux mémoires insérés dans le Journal de mathématiques pures et appliquées de Crell, et dans les traités de l'Académie des sciences. Les travaux de Jacobi ont été recueillis et publiés sous le titre de Œuvre* mathématiques, Berlin, 1846-51, 2 vol. Jacobi, Bessel et Neumann formaient à l'université de Kœnigsberg une école supérieure de mathématiques, d'astronomie et de physique, qui ne le cédait à aucune autre en Europe. -—Son frère, Maurice- Hermann Jacobi , conseiller d'Etat en Russie, membre correspondant de l'Académie de St-Pétersbourg dès 1838, et membre titulaire en 1847, s'est acquis une réputation méritée par sa découverte de la galvanoplastie (1839), et de l'ap-
JAC
pllcation de l'électromagnétisme au mouvement des machines, et par d'autres inventions analogues. Z.
JACOBILLI (Louis) , laborieux compilateur, prêtre et proto-notaire apostolique , naquit à Rome en 1598. Le cardinal Baronius, qui était son parrain , lui inspira de bonne heure le goût ou plutôt la passion des recherches historiques et agiographiques; et Jacobilli, retire" à Foligno, d'où sa famille était originaire, s'y forma une bibliothèque considérable à cette époque pour un simple particulier (elle était d'enriron huit mille volumes); et il ne cessa, pendant sa longue carrière, d'amasser des matériaux pour l'histoire civile, ecclésiastique, généalogique et littéraire de l'Ombrie et des provinces voisines. Il mourut à Foligno en 1670 ou en 1664 (roy. Mandosi, Biblioth. rom., p. 56) , après avoir publié vingt-sept volumes, la plupart en italien, et tous imprimés à Foligno, depuis 1626 jusqu'à 1659. Nous indiquerons seulement les plus importants : 1° Vita del beato Tomasuccio, del len'ordine di S. Francisco, con le sue profetie in terza rima, da lui dettate; 2° Vite de vescovi di Foligno; 3° Rime di diversi poeli de If Umbria; 4° Vite de' santi e beati di Foligno, etc., 1028, in-4"; 5° Vite de santi e beati di Gualdo e delta regione di Taino nelC Umbria, 1658, in-4°; 6° Discorso délia citià di Foligno, cronologia de' vescovi, governatori e podestà, etc., 1646, in- 4" de 90 pages. On y trouve la série des podestats (ordinairement annuels) de cette ville, depuis 1198 jusqu'à 1642, et le tableau de la population de tous les châteaux et villages du diocèse de Foligno , avec une précision si minutieuse qu'on y indique jusqu'aux localités qui n'ont que deux ou trois habitants. 7U Cronica delta chiesa e monastero di Sanla-Croce di Sassovino, net territorio di Foligno, 1653, in-4°; 8° Di Nocera nell' Umbria e sua diocesi, e cronologia de' tescovi di essa città , 1 653, in- 4° de 140 pages avec des armoiries gravées en bois. 9° Vite de' santi e beati deli Umbria e di quelli, i corpi de' quali riposano in essa provincia, 1647 et suivantes, 5 vol. in-fol; 10° Bibliotheca Umbria:, sire de scriptoribus provincia Umbria, to lumen primum(et unicum), 1658, in- 4° de 323 pages. Après une courte description de la province d'Ombrie, qui n'occupe pas vingt pages, il donne, suivant l'ordre alphabétique de leurs prénoms, le catalogue de tous les écrivains ombriens, anciens et modernes, depuis Achilles JEgidius a Montefalco jusqu'à Zampolus Primaparte de Primolis, avec la liste de leurs ouvrages tant imprimés que manuscrits, mais sans aucun jugement critique, et avec peu de précision bibliographique. On voit parmi ces écrivains cinq papes, soixante-treize évéquesou archevêques, trois empereurs et dix femmes. Le nombre total s'élève à neuf cent quarante-six , parmi lesquels la ville de Pérouse en a seule fourni deux cent trente-sept, Foligno cent vingt-cinq, Gubio cent quinze, Trani quarantecinq, Spolète, Assise et Camermo ,chacune trente-
cinq, etc. Un appendix ou supplément, qui termine le volume, indique encore trente-cinq auteurs omis dans le cours de l'ouvrage , ce qui en porte le nombre total à environ neuf cent quatre-vingts. Quoique le père Oldoïno, jésuite, ait donné depuis, dans son Atkeneum romanum, une bibliographie plus étendue des écrivains de Pérouse, l'ouvrage de Jacobilli n'en est pas moins précieux pour l'histoire littéraire du reste de la province; et il est étonnant que cet estimable et fécond écrivain n'ait aucun article dans les dictionnaires historiques , même dans les dernières éditions publiées à Naples ou à Bassano. 11° Vita délia B. Angelina (Corbaraj institutrice délie monache claustrali del ters' ordine di S. Francesco; con le vite di tre beati délia famiglia de' M ntemarti, édite da D. Tadeo Terzi, Bologne , 1659, in-4°; 12* Vite del Santiss. somma jtonteftee Pio V, del B. Bonaparte (1), délia B. Fitippn, e delli servi di Dio P. Paolo, uno de' quattro institutori de' Teatini, e del P. I). Francesco, nformatore ed ampliatore delta congregatione di S. Salvatore di Bologna, tutti cimpje délia famiglia Ghisiliera, con un' elogio genealogico sopra 112 huomini illustride Ghisilieri. Foligno, 1661, in-4°de 118 pages. L'auteur fait remonter l'origine de la famille Ghislicri jusqu'au temps de Charlemagne, et cite partout en marge les chartes et pièces justificatives, Jacobilli donne lui-même (Bibl. Umbr,, p. 189) le détail de trente-cinq ouvrages manuscrits de sa composition, dont le plus important est une chronique de la ville de Foligno, en un très-gros volume ; il est à croire qu'on la conserve dans quelque bibliothèque d'Italie. G. M. P.
JACOBS [{Christian-Fiiédéric-G cillai h l [désigné habituellement par le second de ces prénoms] ), philologue et écrivain moraliste, a laissé en Allemagne la trace d'uue grande influence classique et pédagogique, avec une mémoire personnelle des plus respectées. Il naquit à Gotha le 6 octobre 1764, et mourut dans la même ville le
(1) Lo bienheureux Bonaparte Ghullicri. né A Bologne ver* l'an 1833, (Haït fils de Kambert ou Lambert d't'gulino Gliisilkri, sénateur, qui lui en 1233 podestat de Péruuse.et en 1861 an>bajaafeur de la ville de Bologne auprès du papu Urbain IV. Bonaparte embrassa la vie pénitente du tiers ordre de 8t-Krançols, et fut le principal disciple et le successeur du bienheureux Kiuneil , de Pérousa, instituteur de* coolréries de pénitents [disciplinant! t en Italie, et qui établit a Mantoue. en 1861, la première con fréri* da pénitents noirs ou confrères de la miséricorde. Après avoir parcouru diverses ville» d'Italie en y préchant la pénitence, et avoir fondé plusieurs hôpitaux, le B. Bonaparte revint A Bologne et y mourut , le 1" décembre 1994 , dan* l'arcni-hùplUl de S. -Maria délia Vita, qui était regarde comme le chel lieu de ce» confrérie*. Le sénat de Bologne lui ût élever un tombeau dan* la deuxième chapelle de celte église, avec celte inscription :
Archa Bonapartl corpua {tën*t\ isla beati. Multo» wnavit. Se attncU» etae probavit.
Jacobilli assure qu'il «'opéra plusieurs miracle* à ce tombeau. On vpit encore dans cette chapelle (de* GbUilieri | un tableau d'Aurcliano Milani, représentant St-Jért.me avec Bonaparte, dont la téte est environnée de l'auréole de* bienheureux [Piltur* Scolf are, etc., di Bologne, 1776, ln-13, p. 806). Giaeomo OhUilleri, frère du B. Bonaparte, fut l'on des principaux chevalier* de l'ordre de Stc-Marie, appelé de" Conjugati Gaudtnli (coy. Quittons o'ArkzzoI, et fit partie de la députation envoyée a Naples, en 1394 , au pape Célestin V, pour la réformaUon de cet ordre.
4fc0 JAC
"iO mars 1847. Il a donné lui-même sa biographie à l'âge de soixante-seize ans: ce volume, qui mérite d'être compté parmi les modèles de la prose allemande, claire, facile et pure , est aussi par la candeur et l'exquise probité du récit un assez rare monument en ce genre. On y reconnaît, en l'absence de toute préoccupation égoïste, ce que fut constamment Fréd. Jacobs , l'homme de bien et l'homme de goût , l'homme de talent et de bon sens. 11 était né dans une famille fort appauvrie, malgré le rang honorable qu'elle avait occupé à Gotha en la personne d'un conseiller de justice et de gouvernement, et d'un premier médecin bourgmestre. Leur auteur avait été un brave officier danois du duché de Schleswig. distingué durant la guerre de trente ans. Le père de l'écrivain qui nous occupe était un avocat instruit et modeste, pieux protestant, veuf de bonne heure, qui avait donné en se remariant une bellemère affectueuse à ses deux flls. laissons parler Jacobs lui-même de cette première époque de sa vie, pour offrir du moins un exemple du charme de ses honnêtes mémoires. a La vie de la classe « moyenne était alors très-simple : mon père, « élevé en tutelle, avait perdu presque tout son « héritage ; son revenu était inégal et précaire ; « ainsi nous grandîmes dans une situation étroite, « qui aujourd'hui semblerait fort pénible à des « familles de notre état. Mais les jouissances dans « lesquelles on élève maintenant les enfantsétaient « encore inconnues à ceux de ce temps-là , et ils « ne sentaient point la privation de ce qu'ils « ignoraient. On ne comptait guère d'apparte- « ments spacieux , où une famille pût être répar- « lie de divers côtés, et ceux qui en possédaient « de pareils ne se servaient de tout l'espace m qu'en de rares occasions. La plupart du temps « parents et enfants vivaient réunis dans une « même chambre : les enfants travaillaient et « jouaient sous les yeux de leurs parents, et une
* grande partie de l'éducation consistait en cette ■ commune présence. L'obéissance de l'enfance, « commencement et principe de toutes les vertus
* domestiques et civiles, se trouvait ainsi irapli- « citement établie, et les parents ne laissaient « pas de profiler beaucoup eux-mêmes dans leur « conduite et leurs discours de la contrainte « imposée parla présence des enfants. Le respect « que ceux-là inspiraient dans presque toutes les « familles épargnait au profit de ce devoir bien « des remontrances et des sermons, supplément « banal et inefficace de la vraie éducation pra- « tique. Il en était ainsi du moins dans notre « maison. De sociétés il n'en était guère question : « tout au plus les dimanches la parenté se réu- « nissait après le service divin du soir : les femmes « pour dire leur avis sur le sermon , les hommes m pour causer de leurs affaires et des événements « publics, ou quand la matière était épuisée pour « se donner la récréation d'une partie de dames « ou d'échecs. Les fêtes de famille étaient encore
JAC
« à peu près inconnues : aux jours de naissance « et de nouvel an les proches parents offraient « leurs compliments ; c'était de la part des en- « fants quelque petite harangue en allemand ou « en latin ; de présents à leur faire il n'en était « pas question. C'était pour la veille de Noël « qu'on les leur réservait, et alors les cadeaux i d'utilité plus ou moins indispensable auxquels « on pouvait atteindre empruntaient une sorte « d'éclat aux rameaux de l'arbre solennel chargés « de petits cierges et de quelques sucreries. Béth- « léhem et son étable, et sa crèche, ne pouvaient « manquer au spectacle : ce lieu de bénédiction « était entouré d'un petit paysage florissant avec « allées et pièces d'eau ; tous objets construits de « la main de notre père , qui pendant plusieurs
■ semaines à l'avance y avait consacré les loisirs
■ de ses soirées. Enfin à l'heure tant désirée il se « trouvait richement récompensé de sa peine par « nos transports de joie et d'admiration. Le riant « souvenir de cette pieuse fête, que l'on édifiait « en reprenant en entier lé récit de St-Luc (per- « sonne en ce temps-là ne s'avisait de n'y voir
■ qu'un mythe) , a depuis perpétué ce même usage « dans ma maison et dans celle de mon frère. « Du reste nos récréations d'hiver étaient renfer- « mées dans l'enceinte d'une cour assez étroite ; « en été quelquefois nous avions la diversion « d'un petit jardin loué à l'intérieur des murs de « la ville. Jamais on ne faisait de parties de prom menade : une fois seulement dans l'année , vers « la moisson et la première maturité des fruits, « nos parents nous menaient avec eux à travers « champs pendant quelques heures du soir. » Suit une touchante effusion de reconnaissance pour les leçons paternelles, tant de dévouement, tant de sacrifices, et l'immortel hommage d'Horace à la mémoire d'un père auquel il doit d'être ce qu'il est, surtout un honnête homme. Nous ne voudrions pas entrer avec de semblables développements dans les âges suivants de cette existence laborieuse et simple : mais nous devons dire qu'il appartiendrait à une grande histoire de la philologie allemande, à dater de l'illustre Heyne, ou de l'époque hellénique des lettres modernes, de faire apprécier à la fois cette seconde renaissance séparée de la première par une longue ruine, et la part de Jacobs comme l'un des plus habiles entre ses nombreux promoteurs. L'analogie des situations et des travaux de tous ces hommes éminents peut bien rendre leurs biographies un peu monotones : mêmes études, mêmes promotions universitaires, mêmes textes antiques rectifiés et interprétés : et il est vrai aussi que la philologie partage le sort des sciences exactes , où l'originalité de chaque effort individuel est absorbée dans le résultat collectif d'un progrès qui se diversifie en avançant toujours. Le gymnase de Gotha offrit de bonne heure au jeune Jacobs des maîtres zélés faiblement secondés encore par l'état de la grammaire et de la lexicologie : les personnes et le»
JAC
mœurs scolaires qu'il décrit ont de l'intérêt dans sa narration. En 1781 il devient étudiant à léna pendant deux années, aimé et estimé d'hommes tels que llanso, Schiitz et d'autres, cultivant les lettres latines sans préjudice de sa passion pour la langue grecque. Déjà sa première vocation pour la carrière théologique cédait à celle de l'enseignement littéraire, et il ohtint de son père d'aller suivre à Gccttingue les célèbres leçons de Heyne. Une année de séjour en cette école lui suffît pour obtenir l'amitié dévouée du maître, qui plus tard le désignait pour son successeur, et dont il nous a conservé par fragments une correspondance pleine dé sympathie et d'intérêt jusqu'en 1812, époque de la mort de Heyne. En 1 783 , à l'âge de vingt et un ans , il fut appelé à enseigner au gymnase de Gotha , dont il devait bientôt occuper la première place et agrandir la renommée. Ici commence la série de ses nombreuses publications, dont nous donnerons la liste plus loin. Malgré de fréquents appels qu'il reçut de la part des principales universités allemandes, sa ville natale devait le posséder presque constamment jusqu'à la fin de sa vie, dont le seul épisode mémorable est un séjour de quelques années dans une autre résidence. Il s'était épris dès l'âge de seize ans d'une jeune personne qu'il avait admirée en silence ou secrètement chantée à la manière de Pétrarque et de Klopstock ; il eut la douleur de la voir se marier à un autre. Plus tard, à vingt-huit ans, il épousa la soeur cadette d'une dame Amélie Seidler, qui lui inspira une amitié très-tendre mais constamment irrépro- . chable. Devenu veuf vers l'âge de cinquante ans, il épousa une seconde sœur. La révolution française ne troubla point l'équilibre de cet esprit honnête et juste : il en apprécia sainement d'abord les pensées généreuses, ensuite les déclamations, les sophismes et les crimes, déplorant les querelles que suscitaient ces nouveautés dans sa sphère jusquelà si paisible, puis les souffrances de quelques émigrés auxquels il rendit de généreux services, et plus tard profondément sensible à tous les maux que la tyrannie militaire fit peser sur l'Allemagne. De tous les travaux philologiques de Jacobs, celui dont la renommée devait s'attacher particulièrement à son nom, -c'est le commentaire sur Y Anthologie grecque. Il s'était préparé par des recherches et des communications avec beaucoup d'érudits contemporains à ce travail de prédilection : mais il lui fallait pour l'entreprendre d'une manière suivie sacrifier beaucoup de travaux secondaires, dont les profits étaient nécessaires aux besoins de son ménage. Sur l'avis d'un de ses collègues, le duc de Saxe-Cobourg-Cotha, Ernest II, consentit à lui prêter un capital pour remplacer cet indispensable supplément jusqu'à la publication de l'ouvrage. Le même prince avait fait acheter à Rome une copie du fameux manuscrit de l'Anthologie, dite Palatine parce que le précieux manuscrit devenu la propriété