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traditions de bigoterie, d'ignorance et de mauvais goût qui survivaient à son prédécesseur Charles- Théodore. L'esprit public de la capitale, livré à toutes les passions étroites d'une ville de province, accueillait avec méfiance et jalousie les savants appelés des autres contrées au sein de l'Académie et du corps enseignant : on leur reprochait la pension qui leur était exclusivement attribuée comme académiciens , et les dépenses qu'entraînait la publication de leurs travaux ; on les prenait en aversion comme représentants du nord de l'Allemagne et du protestantisme. C'était contre des hommes comme l'illustre Jacobi, président de l'Académie, Schelling, Fréd. Thiersch et d'autres semblables que s'irritaient ces mauvaises passions, dont la violence fut portée jusqu'à une tentative d'assassinat contre Thiersch, et auxquelles Jacobs n'opposa qu'une honorable défense approuvée de ses collègues et des personnages les plus élevés de la cour. Il était plus particulièrement désigné à la malignité de cette cabale par les succès de ses leçons, que fréquentait une partie du public indépendante de l'auditoire scolaire , par une faconde oratoire qui l'avait mis plusieurs fois en évidence dans des occasions solennelles, où il avait seulement recommandé l'importance des études helléniques, par une décoration de l'ordre du Mérite, fort enviée, qui lui avait été accordée dès son début à Munich , et particulièrement par le choix qui l'avait appelé à donner des leçons sur l'histoire et la littérature grecques au jeune prince royal , depuis le roi Louis , si longtemps Adèle sur le trône aux grandes inspirations de sa jeunesse. En 1809 la politique napoléonienne, intéressée à diviser l'Allemagne , ofTrait au parti servile des prétextes de soupçons et de calomnies contre les AUemandt du nord, ainsi qu'on appelait les hommes dont nous parlons. Il fut publié une brochure remplie des imputations les plus grossières et les plus dangereuses intitulée Plant de Napoléon et de set adeenairet ; on la réimprimait, on la colportait traduite en langue française. Ce fut Jacobs qui se chargea d'y répondre par un écrit Sur le tent et l'intention de quelque! pastaqet du pamphlet publié à Munich, etc., réponse ferme et modérée, dont l'effet résultait surtout des nombreuses citations empruntées au fanatique et haineux dénonciateur. Ce personnage n'était autre que le baron Christophe d'Arctin, esprit faux et violent (roy. ce nom), préposé en chef à la bibliothèque royale de Munich, lequel ne tarda pas à s'avouer l'auteur de la brochure anonyme dans la colère que cette réfutation lui causa. Les persécutions continuèrent avec plus d'acharnement durant l'année 1810: d'absurdes délations étaient répandues, et affichées; on trouva moyen de rendre indociles une partie des jeunes gens que le professeur devait , suivant la règle, soumettre à des examens. En ces circonstances, Jacobs recevait de Berlin l'offre de la direction du collège, jointe à celle d'une chaire de profes-
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seur dans l'université qui allait être fondée en cette ville , enfin celle d'une place comme membre de l'Académie. En même temps deux postes qui venaient de vaquer à Gotha lui étaient instamment offerts , celui de bibliothécaire principal et de garde du cabinet des médailles. Trop peu rassuré sur les chances d'un établissement hors de son pays, il déclina le premier de ces messages et accepta le second , non sans regretter les avantages du séjour d'un centre d'action plus élevé, et les amitiés distinguées qu'il avait formées à Munich. Il offrit donc sa démission, qui ne fut pas acceptée sans résistance par le roi et par son ministre Montgelas. Toutefois de vives contrariétés lui furent encore suscitées avant son départ. Membre de la commission académique chargée «l'un rôle consultatif auprès de cette grande bibliothèque de Munich, récemment accrue et encore mal ordonnée, il avait été chargé d'un rapport à faire sur le catalogue des manuscrits grecs, rédigé par un Bavarois , Ignace Hardt , imprimé avec luxe en trois volumes in-quarto, travail fort défectueux, quoique très-vanté par le directeur baron d'Aretin. L'inquiétude que ses critiques consciencieuses devaient causer aux intéressés fut cause sans doute du larcin qui lui fut fait de deux volumes de ce catalogue, annotés ça et là de sa main au crayon dans les marges. 11 se plaignit en vain, recommença ses remarques, et consigna sa plainte sans désigner personne dans le rapport sévère mais tempéré qu'il donna bientôt pour s'acquitter de cette dernière tâche. D'Aretin eut la folie de lui intenter un procès en injures, exigeant de plus mille florins de caution, avec interdiction de partir, tandis que déjà sa famille était retournée à Gotha sous la conduite de sa femme qui était fort malade. On s'entendit même avec l'autorité municipale pour le faire surveiller dans sa maison par la police. Enfin le ministre recommanda la prompte expédition de cette affaire au tribunal, qui lui donna complètement gain de cause. Telles furent les seules tracasseries qui troublèrent sérieusement la longue vie de cet homme excellent , dont le langage à l'égard de ses* contemporains , constamment digne et affectueux, ajoute un intérêt de plus à ses souvenirs, C'est comme une revue caractéristique des plus célèbres philologues de cette féconde époque, la plupart ses amis, soit comme ses devanciers, s<s maîtres, ses rivaux ou ses disciples. Il lui restait à parcourir presque une seconde moitié de sa paisible carrière à Gotha, partagé entre ses fonctions à la bibliothèque et nu cabinet des médailles, le soin de sa nombreuse famille, et ses publications soit philologiques, soit familières et pédagogiques. Dès l'année 1802 il avait composé pour un de ses enfants un petit livre intitulé A Iwin et Théodore, qui parut très-supérieur à la plupart des contes moraux à l'usage de 1 enfance et de la jeunesse , et qui eut plusieurs éditions. D'autres narrations du même genre, qu'il cora-
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posa plus tard, n'obtinrent pas moins de succès. Ensuite il consacra le même talent de narration et de persuasion c'diflante à une série de romans moraux etautrescoinpositionsdestinées aux jeunes personnes au-dessus de l'enfance. Il y faisait dominer un vif sentiment chre'tien, avec l'intention marquée de faire apprécier cette source de vertus par ses lecteurs protestants même dans de* personnages catholiques. La faveur prolongée qui s'attacha à ces divers ouvrages l'a justement placé au rang des bons écrivains de la langue allemande. Lors de la guerre d'indépendance en 1813 et 14, il prit part a l'enthousiasme général par plusieurs écrits chaleureux adressés à ses compatriotes et à la jeunesse. Quelques vacances passées dans les plus belles contrées de l'Allemagne, et une course en Italie, furent les principales récréations de ses travaux, heureux intervalles dont il se montrait naïvement charmé. La vieillesse n'affaiblit point ses facultés, malgré un commencement île surdité qui lui faisait préférer la retraite à la vie du monde. Ses titres honorifiques s'étaient successivement accumulés : il appartenait aux académies de Berlin , de Pétcrsbourg , de Gœltingue, à l'Institut de France comme correspondant de l'Académie des inscriptions, à la société de Cnpenhague, etc. Il avait en outre le litre de conseiller aulique et de directeur des collections du château de Friedenslein. Lorsqu'il mourut, en avril 1847, les hommages les plus sincères furent rendus de toutes parts à sa mémoire.— Il nous reste à signaler ses principales productions : 1° S périmai emendationum in auctores vtletet tum gracot, tum lalinos: epistola erilica... adressé à Heyne, Gotha, 1786 ; 3° Animadversiones in Euripidis tragadiat, avec des corrections du texte de Stobée, ibid., 1790 ; 3° Exercitationti in teriptortt vetere*... notamment Euripide, Callistrate, les Philostrate, Leipsick , 1796, 2 vol. ; 4° Animadtersionts in AMani Hist. animalium, et I'hilostrali Vitam ApoL lonii, Iéna, 1804; 5° (avec Hottinger), Kouveau muséum attigue, en allemand, continuation d'un recueil donné antérieurement par Wicland , Zurich, 1805-11, 3 vol. ; 6° Discourt sur un avantage de la langue grecque dans l'emploi de ses dialectes, Munich, 1808. Il faut au surplus observer à l'égard de ces opuscules détachés, ainsi que des articles du recueil précédent, qu'ils se trouvent réunit et corrigés par l'auteur dans la collection qu'il a donnée de ses œuvres diverses, ainsi intitulée 7° Vermischte Schriften, Leipsick, de 1823 à 44, en 8 volumes, où sont compris les Mémoires qu'il intitule Personalien; 8° Elementarbuch pour l'étude de la langue grecque, ouvrage qui fut adopté dans toute l'Allemagne, suivi constamment sur un grand nombre d'éditions, et imité pour l'usage des écoles françaises. Ce sont des extraits choisis avec goût dans le texte des meilleurs auteurs philosophes, orateurs, historiens et portes, habilement gradués pour l'étude des cours successifs d'un collège, et accompagnés de notes où «ont rappelées
à chaque pas les observations des grammaires de Ruttmann, de Mallhiae, de Tbiersch sur les propriétés de la langue et du style ; 4 parties, de 1803 à 1819 pour les premières éditions. 9 1 Theocriti Idgllia. édition de Valckenaer, reproduite avec améliorations, 1789; ibid., 1808; 10° Bion et Uoschus, d'après le même, Gotha, 1793; 11» Tsetiès, Antehomerica , Homerica, et Poithomerica , d'après les manuscrits, avec commentaire, Leipsick, 1793; 12" Anthologia grttca, ex receitsione Brmekii. Leipsick, 1794-1814, en 13 volumes, dont les huit derniers contiennent le commentaire de Jacobs. C'est son principal monument philologique , auquel il faut joindre : 13° Anthologia gr. ad /idem codicis olim Palatini, nunc Parisien sis, ex apographo Golhano..., avec suppléments au texte et notes critiques, Leipsick, 1814-1817, 4 vol. ; 14° une traduction allemande très-estimée, accompagnée de remarques, des discours politiques (Staatsreden) de Démosthènus, Leipsick, 1805; 15" Spicilegium obss. et emendd. sur l'édition d'Athénée de Schweighamser, Altenbourg, 1805, et Additamenta... sur le même auteur, Iéna, 1809; 16° Lateinisches Lesebuch, manuel publié avec Doering, à l'instar du manuel grec pour l'étude du latin, Iéna, 1809-15, plusieurs éditions, 4 vol., plus un* petit traité y faisant suite sur la géographie et l'ethnographie des peuples anciens, 1818 ; 17° Achille* Tatius, le roman de Leucippe et de Clitophon , en grec, avec la traduction latine de Cruccius, Leipsick, 1821, texte fort amélioré ; 18° Velleius Paterculus , traduit en allemand, 1793 ; 19° Ailiani Historia anîmalium. publication considérable, qui coûta à l'éditeur huit années de travail sur les manuscrits, après qu'il eut accepté à la mort de Schneider le soin de donner une édition critique préparée par ce savant et qu'il trouva trop insuffisante, Iéna, 1832 ; 20° Tempe, Leipsick, 1803, 2 vol. C'est la traduction en vers allemands d'un grand nombre de petits poèmes grecs , surtout d'épigrammes de l'Anthologie ; le succès de ce recueil fut médiocre. II en fut de même du volume des œuvres diverses de l'auteur, où il le reproduisit avec beaucoup d'additions et de changements. Il regrette de n'avoir pas été asseï remarqué par les critiques, et déclare avoir beaucoup soigné la diction et la versification. La prose élégante et naturelle devait lui réussir mieux que la poésie. Deux recueils contiennent la double série de ses nouvelles morales destinées à l'enfance, et de celles qui s'adressent plus spécialement aux jeunes femmes, savoir : 21» Erxœhlungen, 1824-37 , 7 vol. ; 22° die Schule der Frauen, l'École des femmes, où divers écrits pour l'instruction et l'éducation morale du sexe féminin, 1827-28, 7 vol. V— c — a.
JACOBSEN, JACOBS ou JACOPSEN (Michel), marin célèbre, naquit à Dunkerque vers le milieu du 16e siècle, d'une famille noble et ancienne, originaire de la Brille en Hollande , et dont une branche s'était établie dans la Flandre maritime
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lors de la révolution des Pays-Bas. Il se signala héroïquement au service d'Espagne; en 1585, il fut élevé au grade de capitaine de vaisseau, et il en montait un en 1588 dans la fameuse armée navale de Philippe II, dite l'invincible. Ce fut à son courage et à son intelligence que l'Espagne dut la conservation des débris de cette flotte malheureuse. En 1395 il commanda une escadre espagnole, prit , brûla ou coula à fond tous les bâtiments hollandais employés à la pèche. Une continuité d'actions éclatantes lui procura successivement le grade d'amiral général et sa nomination à l'ordre de St-Jacques. En 1632, il amena d'Espagne à Dunkerquesa flotte avec quatre mille hommes de troupes, sans s'effrayer du nombre des vaisseaux anglais et hollandais qui défendaient l'entrée du port. Retournant ensuite avec cette même flotte en Espagne pour y chercher d'autres troupes, il battit dix vaisseaux turcs, et ramena tous les siens à Dunkerque. Telle fut sa dernière expédition; mais, dit Eaulconier, historien de Dunkerque, « il ne jouit pas longtemps du bon- « heur de son voyage, et mourut quelques jours « après son arrivée, en 1635. il y avait cinquante « ans qu'il servait le roi d'Espagne, et toujours « avec tant de valeur, de conduite et de fortune, « que les Hollandais le surnommèrent le Renard « delà mer. » Le roi catholique lit transporter son corps à Sévillc : il y fut enterré dans l'église où reposent les cendres de Christophe Colomb. Z.
JACOBSEN (Cornil-Gum un , arrière-petit-flls de Michel, naquit aux environs de Dunkerque, le 11 septembre 1700, et fit d'excellentes études à l'université de Couvain. Il était près d'entrer dans l'état ecclésiastique iprsque le baron deKeutlitsch, ami de sa famille, l'en détourna et lui procura un crédit considérable pour entrer dans la carrière du commerce. U l'engagea à s'établir dans l'Ile de Noirmoutier, où Jacobsen se maria peu de temps après son arrivée. C'est lui qui, le premier dans cette Ue, en faisant des dessèchements, força la mer à reculer sur elle-même. En 1755 il y renferma les lacs de mer de la Eusse, qu'il avait obtenus en concessiou , et sauva de la misère , dans cette année de disette , toute la population indigente, par des grains qu'il fit venir de l'étranger. Avant lui, le commerce de l'Ile de Noirmoutier se réduisait à quelques échanges avec le continent; c'est par l'activité seule de son génie que les bâtiments du Nord sont venus dans ses ports. Il fut le créateur et fondateur de l'Ile de la Grosnière, qu'il gagua sur*a mer. Ce fut le 1" avril 1767 qu'il déroba cette Ile à l'Océan avec l'aide de onze cents hommes qu'il avait rassemblés de dixsept paroisses du continent voisin. U avait commencé cette grande et belle entreprise par une petite clôture où il fit construire en planches une immense cambtue qui porte encore son nom, pour y loger ses travailleurs. Avant de commencer ses vastes travaux, comme ses mœurs antiques rappelaient celles des patriarches, il fit mettre tous ses
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ouvriers à genoux et entonna lui-même le Verni. Creator, en leur disant: Ici. met enfants, sera bâtie une église. En effet, cinq ans après, au mois de février 1772, il obtint l'érection d'une cure dans l'Ile de Pé, dite la Crosnière; mais l'église et le presbytère qu'il avait fait bâtir ont été détruits pendant la révolution. Il construisit sur cette Ile trente maisons. C'est une des belles conquêtes qui aient été faites sur la mer; car, indépendamment de l'accroissement d'un nouveau territoire à la Erance , ce dessèchement a procuré une communication par terre à mer basse de Noirmoutier au continent. Personne n'avait encore osé y passer à cheval ; c'est Jacobsen qui en fit l'essai le premier avec des guides; et sa fille, Elisabeth- Victoire, y passa en voiture. Il mourut en 1787, à Noirmoutier, où il était établi depuis cinquante ans, et où ses vertus le faisaient respecter comme un patriarche. D'après ses dernières volontés, son corps fut transporté dans le cimetière de l'Ile de la Crosnière. U laissa cinq enfants, quatre filles et un garçon. Sa quatrième fille, Elisabeth-Victoire, dont on a déjà parlé, fut condamnée à mort et fusillée à Noirmoutier avec madame d'Elbée dans^ le temps de la terreur. Elle s'était mariée avec un secrétaire du roi , Mourain de l'Ilerbaudière , qui fut aussi condamné à mort par le tribunal révolutionnaire des Sables. Z.
JACOP1 (Joseph), professeur de physiologie et d'anatomie comparée dans l'université de Pavie, eu 1813, mort dans la même ville, était l'élève de prédilection du célèbre professeur Antoine Scarpa (voy. ce nom). Jacopi lui était adjoint pour l'école de chirurgie pratique , et paraissait devoir, à raison de ses connaissances et de ses talents, être l'émule et le continuateur de son maître. L'Italie le perdit en juin 1813, presque au moment où il publiait un ouvrage en deux volumes, très-remarquable par l'ordre et la clarté des théories chirurgicales qu'il y expose. On y retrouve la manière d'enseignement et d'exécution par laquelle Scarpa avait illustré, de nos jours, l'école de Pavie. Cet ouvrage est intitulé Vrospetto délia scuola di àrurgia yratica délia regia université di Pana per lanno scotattico 1811 et 1812, Milan, 1813. G— B.
JACOPONE ou JACOPO da TODI , célèbre pot'tc ascétique italien, de l'illustre et noble famille des Benedetti, naquit à Todi , dans l'Ombrie , au 15e siècle, et c'est par omission qu'il a été placé parmi les écrivains du 1 1e dans I Histoire littéraire de l'Italie, publiée par Ginguené en 1811. Le» Annales italiennes des franciscains, dont l'auteur de cet article avait donné une notice insérée dans le Journal des curés en 1810, nous apprennent que Jacopo Benedetto fut, dès ses jeunes ans, destiné par sa famille à l'étude de la philosophie et de la jurisprudence; il y fit des progrès rapides, et bientôt reçu docteur en droit, il devint l'un des plus habiles avocats de Rome. S'étant occupé du soin d'accroître sa réputation ainsi que sa fortune,