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il ne se refusait aucune îles jouissances du luxe et de celles de la société, lorsqu'il unit son sort à celui d'une femme douce d'un mérite égal à son rang, et cachant sous les grâces les plus aimables la modestie la plus rare. Un jour que pour complaire à son mari elle assistait avec plusieurs dames à un bal des plus brillants, un accident funeste vint troubler tout à coupla joie du spectacle : une partie du plafond de la salle s'écroula et accabla sous ses ruines les spectatrices infortunées. Le mari apprend le danger : il vole au secours de son épouse, croit apercevoir des signes de vie, cherche à la soulager, la délace , mais en vain. Quelle fut sa surprise ! il aperçoit un eilice appliqué sur la peau de celle qu'il croyait livrée aux plaisirs du siècle. Il reste muet et absorbé dans ses réflexions sur la vertu rigide de l'épouse qui lui est ravie. Jacopo. revenu à lui, ne voit plus que le néant des vanités du monde : il veut le fuir avec la même ardeur qu'il avait mise à le rechercher. Il se dépouille, et, couvert des haillons de la misère, il consent à être méprisé des hommes; il erre de bourg en bourg, criant, gémissant, chantantdescomplaintes et contrefaisant l'insensé, au point que les enfants couraient après lui et l'appelaient par dérision Jacopone, nom qu'il conserva et qui lui est reslé. Dans sa folie apparente, nouvel Ésope, il donnait quelquefois des leçons qui faisaient faire des réflexions sérieuses. Chargé par un riche débauché de porter chez lui plusieurs volailles destinées pour un banquet, Jacopone alla les mettre dans le sépulcre de la famille de cet homme du siècle; celui-ci ne les trouvant au logis et les lui ayant redemandées : « Je les « ai portées, dit-il, dans votre maison. » Las enlin de mener cette vie irrégulière et vagabonde, il entra de prédilection dans l'ordre des frères mineurs de St-François; mais ce fut après avoir fait preuve de sens par un opuscule de sa composition intitulé De contemptu mundi. D'après ses principes d'humilité, il ne prit point le sacerdoce et ne voulut jamais être que frère lai, en se soumettant à remplir les plus pénibles ollices. Dans l'ardeur de son dévouement, il brûlait, disait-il, d'expier non-seulement ses fautes, mais celles des autres, à l'exemple de Jésus-Christ. Durant les intervalles de ses services, il composait des hymnes pleines de verve et de piété, d'imagination cl de sentiment; mais le mépris de tout ce qui tient au goùl lui faisait négliger les convenances. La chaleur de son zèle religieux le porta même à donner des avis au pape Célestin V et à reprendre la conduite de Boniface VIII. La vive apostrophe O papa Boni/azio, quanto Mai giocato al monda, etc., lui valut la prison de Paleslrine, où il fut mis au pain cl à l'eau. Jacopone ne fit pas comme le Dante , son contemporain, qui se vengea de l'exil par son Enfer. Notre poè*te souffrit sans murmurer son incarcération, dont il plaisantait dans ses rimes comme d'un bénéfice qu'il avait gagné en cour de Rome. Cependant, on rapporte que le pape, visi-
tant la prison de Paleslrine, fil demander à son prisonnier quand il comptait en sortir : « Lorsque « vous y entrerez, » lui répondit Jacopone. En effet, peu de temps après, le pape fut fait prisonnier lui-même par les Français et les Colonne, et Jacopone fut délivré. Supérieur aux consolations et aux disgrâces, désormais tout à Dieu et à ses frères, il ne cessait, dans ses élans religieux, d'exprimer en traits de feu le sentiment dont il était pénétré, et ce fut en entonnant un chant d'amour qu'il expira le jour même de Noël , 25 décembre 1306. Les annales des franciscains témoignent que c'était moins la force du mal que l'ardeur de l'amour divin qui paraissait avoir épuisé son corps affaibli par la fatigue et les ans. Wading nous a transmis l'épilaphe gravée sur sa tombe : Otta ùeati Jacuponi de Benedictis Tudertiui F. ord. min., qui ttultus propter Chritlum nota mundum arte de- Insit et ealum rapuit. Jnroponc a composé : 1° des poésies italiennes (C antiei), dont la uremière édition in-4° serait de Florence, 1 480, cWprès l'Index du Vatican, et la seeoride seulement de 1400; elles ont été réimprimées plusieurs fois, entre autres à Rome en 1558, in-4°, avec des discours moraux et une Vie de Jacopone, par C.-B. MoJio, qui revit ces poésies et les envoya à Ste-Catherine de Ricci. Mais l'édition la plus ample, augmentée du double et composée de plus de deux cents cantiques, avec des notes et des scolies de Fra Francesco Tresatti da Lugnano , a paru à Venise en 1617, in-4°, sous ce titre : Le Poésie tpiritualc det B. Jasopune aecreteiute di molli altri tuoi cantici, nocamrnle ritrociti et distinti in vu libri, etc. Cette édition est citée par la Crusca. L'éditeur, qui s'est fait beaucoup aider par J.-B. Guazzaroni da Todi , observe que les manuscrits les plus anciens dont il s'est servi , provenant de l'Académie de la Crusca et de Sl-Job de Venise, contiennent moins d'expressions grossières ou vicieuses que les autres manuscrits plus modernes, fourmillant de fautes d'orthographe qu'on ne doit pas mettre sur le compte du poè*te. Au reste, Jacopone, avec plus d'originalité que de choix, fait dialoguer dans ses v* rs, in otlaca et quarla rima, nombre de personnages abstraits et moraux, et il introduit comme le Dante, dont il semble le précurseur, des damnés et des morts qu'il ressuscite et fait parler d'une manière énergique; mais il ne lire pas du chaos la langue toscane, ainsi que ce génie créateur, bien qu'il étincelle de beautés fortes et naïves. Son style étrusque, plus animé que poli, est mêlé d'expressions populaires et de termes latins, romains et siciliens. L'éditeur n'a pas omis d'expliquer le sens de plusieurs locutions vieilles, insolites ou barbares; mais ses notes sont souvent noyées dans de longues scolies théologiques à la manière du temps. Parmi les plus remarquables des pièces de Jacopone, nous indiquerons seulement, à cause de leur singularité, les suivantes, d'après l'édition citée ci-après de 1514, où les titres sont presque tous en latin : Fol. 1, Qualiter
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ionvertus est de seeulo ad religiotiem ; fol. 58, Quod Qtnnes tancti faciunt balalam (une danse) in paradiso; fol. 66, Proverbia moralia plena tentent Us ; fol. 78, De prebeuda quant ipse /rater Jaeobus acquisicit in curia romaua (la prébende dont il parle est sa prison de Paleslrine), etc. 2° Jaeoponea fait aussi de» hymnes latine» en prose mesurée ou rimée; elles se trouvent réunies aux poésies italiennes dans l'édition de Venise, 1514, in-8° (intitulée Lande de io contemplatico e eitatico B.-F. Jacopone). Quoique mêlée» arec d'autres pièces, on y remarque surtout : i . L'hymne Cur mundus militât tub vana ghria. que Tresatti a rapportée d'après Radcr, et dont quelques endroits ont de l'analogie avec le chapitre 26 du livre de ia Parfaite imitation de Jitut-Ckrist, dan» le vieux français gothique de Ylnternelle consolation ; 2. l'hymne Ace, rex angelorum, dont plusieurs passages ont également des rapports avec le chapitre 21 du troisième livre ik l' Imitation latine, qui est de même une hymnè^S. enfin le Stabat mater dotor*sa, attribué à Innocent LU, mais restitué par Wading à Jacopone; et, ce qui est bien moins connu, la parodie faite par Jacopone lui-même de ce chant de la Pastion, sous le titre de Stabat mater tpeeiota, pour le chant de Noël : elle a été remise au jour par l'auteur de cet article en 1809, et réimprimée par Louis Verdure, avec des changements de sa façon, en 1810. G— ce.
JACOTIN (le colonel Pierre) naquit le 11 avril 1765 dans le village de Champigny près Langres, d'une famille de cultivateurs respectable, mais peu favorisée de la fortune. Il fut «le bonne heure* destiné par son oncle, l'un des directeurs du terrier de la Corse , à la profession «le géomètre du cadastre, et son éducation fut dirigée vers ce but. Sa principale étude fut celle des mathématiques, pour lesquelles il montra dès sa plus tendre enfance une grande aptitude. Une profondeur de réflexion et une perspicacité remarquables, qui ne se démentirent jamais, lui firent faire des progrès rapides et triomphèrent de l'obscurité des démonstrations de son précepteur, maître d'école de village peu instruit et routinier. Il ne se livra que tant à l'étude de la langue latine , et quinze mois lui suffirent pour être en état de bien traduire les oraisons de Cicéron. Avec de pareilles dispositions, aidé par les circonstances, distingué de bonne heure par le général Bonaparte, qui ne cessa de lui donner des témoignages d'estime, même depuis son avènement à l'empire, il eût pu parcourir une plus brillante carrière si une modestie excessive ne l'eût retenu. Arrivé en Corse vers la fin de l'année 1781, il fut d'abord employé dans les bureaux du terrier, soit au dessin de la carte , soit à la tenue des écritures : envoyé ensuite en campagne en qualité d'élève et sous la direction d'un géomètre du cadastre, tout le travail qu'il fit devint utile au terrier, et peu de temps après on le chargea de lever une des parties le» plu» difficile» de l'Ile. Le» difficultés du
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terrain, le climat, les maladies, d'injustes préventions qu'un dévouement sans borne» ne put vaincre entièrement, rien ne le rebuta. Le cadastre était à peine terminé, lorsque la capitulation de fiastia du 2 prairial an 2 (21 mai 1794) en livra les plans aux Anglais. Le» convention» en réservaient une copie au gouvernement français. Jacolin fut chargé de la faire. Sa commission fut difficile ; il éprouva une vive opposition de la part de l'amiral anglais llood, qui, malgré le» ternies formels de la capitulation , refusait opiniâtrément de laisser prendre aucune communication du terrier. La fermeté et la patience de Jacotin triomphèrent à la fin de ces obstacles : il quitta la Corse dans le mois de mars 1796, aprè» quatorze ans d'un tnvail pénible , et revint en France rapportant une copie complète de tout le travail du cadastre. A peine avait-il revu sa patrie que, déjà apprécié, il fut désigné pour faire partie de la mémorable expédition d'Egypte, sous les ordres de M. Testevuide, son oncle, directeur des opérations topographique». Bébarqué à Alexandrie avec l'armée le 5 juillet 1798, il n'y avait que trois mois qu'il était en Egypte, lorsqu'il fut appelé à remplacer son oncle, qui avait péri assassiné dans la révolte du Caire. Bientôt l'expédition de Syrie se prépara : Jacotin, qui déjà avait été remarqué parCafïarelli et par le général en chef, fut désigné pour en faire partie. Il déploya un zèle infatigable pendant cette campagne , où l'on eut continuellement à lutter contre l'ennemi , la famine et la peste ; il reconnut ou leva lui-même la presque-totalité de la partie de cette contrée parcourue par l'armée française. A son retour en Egypte, on organisa le corps des ingénieurs géographes; il en fut nommé directeur. Ban» celte position il redoubla d'activité ; non content de diriger les ingénieurs qu'il avait sous ses Ordres, de provoquer, de rassembler les matériaux qui lui étaient fournis par plus de cinquante oniciers de toutes armes, il parcourait lui-même le pays au milieu de tous les dangers de la guerre et du climat. Bans une de ees pénibles excursions , comme il passait un pont sur le canal de Moès, son cheval effrayé se renversa dans le canal , l'entraîna dans sa chute et lui cassa la jambe en deux endroit». Cet accident le força de renoncer aux opérations de campagne pour se livrer entièrement au travail du cabinet. Le 23 janvier 1800, il avait été nommé membre de l'Institut formé au Caire : il quitta l'Egypte l'un des derniers, vers la fin du mois d'août 1801. Be retour en France , promu au grade de colonel à l'époque de la formation des ,ingénieurs géographes en corps militaire, personne n'eut la pensée de lui disputer l'honneur qui lui était dû de diriger l'emploi des nombreux matériaux qu'il avait rapportés, et qui lui appartenaient en grande partie ; il fut chargé de la rédaction de la carte d'Egypte et nommé chef de la partie topographique du dépôt général de la guerre. Pendant les guerres nombreuse» qui se succédèrent presque
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sans interruption, les travaux dont il fut chargé se multiplièrent à l'infini 5 chaque campagne nécessitait une carte et des plans nouveaux : l'impatience du chef du gouvernement ne permettait pas de retard. Jacotin fit face à tout, et cependant il ne négligea pas les travaux de l'atlas de l'Êgypte et de la Syrie ; le travail était achevé, les cuivres étaient gravés, mais Bonaparte, qui sans doute par des raisons politiques ne voulait pas que cette carte fût publiée, les fit mettre sous les scellés, défendit qu'on en tirât aucun exemplaire, et en rendit le directeur du dépôt général de la guerre responsable. Ce retard qui ajournait la gloire de Jacotin lui donna l'occasion d'enrichir l'atlas de tous les renseignements qu'il obtint des voyageurs qui avaient parcouru cette antique contrée depuis le retour de l'expédition. Ce bel ouvrage aurait suffi pour lui assurer une réputation durable ; Jacotin ne s'en tint pas là : on avait rassemblé les matériaux du cadastre «le la Corse, auquel il avait puissamment coopéré dans sa jeunesse et qu'il avait sauvé des mains des Anglais : il en rédigea la carie, travail d'autant plus important qu'il contient les détails d'un pays jusqu'ici peu connu et appelé à. grandir en industrie et en civilisation. Dans le cours de ses nombreuses occupations, il encouragea les artistes employés sous ses ordres, et forma au dépôt général de la guerre une école de gravure et de dessin. Étranger à l'intrigue, il ne protégea que le mérite, et c'est à ses soins et à son amour pour la justice que l'on doit une pépinière d'artistes qui assurent à la France la supériorité dans la gravure topogra- • phique. Depuis le rétablissement de la paix, il s'occupait avec ardeur de la rédaction des travaux topographiques de la nouvelle carte de France, ouvrage immense et vraiment national, qui coûtera enaere de nombreuses années de travail au corps d'étal-major, auquel l'exécution en est confiée depuis la fusion, opérée dans son sein, du savant et regrettable corps des ingénieurs géographes. Il dressa pour la campagne de 1823, et par les ordres du ducd'Angouléme, une carte d'Espagne en onze feuilles, qui fut achevée avec une rapidité prodigieuse. Commandée depuis que la guerre avait été décidée, elle fut construite, dessinée et gravée en moins d'un an et remise à l'état-major de l'arm/e avant d'entrer en campagne. Cette première carte présentait des imperfections qu'on ne pouvait attribuer qu'au défaut de matériaux ; Jacotin depuis la fin de la campagne s'occupait d'en rédiger une nouvelle sur une échelle plus étendue. Il avait recueilli à cet effet les matériaux rapport»/* par les officiers de l'armée; il interrogeait les voyageurs, il consultait les auteurs et par la persévérance <!<• son travail il serait parvenu à donner à celte carte le cachet de perfection que portent tous ses ouvrages ; elle était conçue dans la profondeur de sa pensée, mais l'exécution en était à peine commencée lorsque la mort le frappa, le 4 avril 1827, après trois mois
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de souffrances aiguës causées par une gangrène sénile, résultat d'une vie excessivement lalwrieuse. Nid homme, peut-être, n'a porté à un plus haut point le zèle pour l'accomplissement de ses devoirs, l'abnégation de ses intérêts et le dévouement pour ses amis. Son caractère et ses travaux ont été peints, avec autant de sentiment que de talent, dans deux discours prononcés , le premier sur sa tombe par M. Jomard, l'un de ses compagnons d'Egypte , et le second par M. de Larcnauilière dans une séance solennelle de la société de géographie, dont il avait été en 1821 un des membres fondateurs. Ses principaux ouvrages sont : la carte de Corse en huit feuilles, publiée par le dépôt de la guerre en 1824 ; le grand Atlas de l'Egypte et de h Syrie en cinquante-trois feuilles, publié avec la Description de l'Egypte par ordre du gouvernement; un Mémoire sur la construction de cet atlas, un autre sur la superficie de l'Egypte ; enfin la carte d'Espagne en onze feuilles, qu'il devait remplacer par une plus parfaite en vingt feuilles. J— x.
JACOTOT (Pieiire), né à Dijon en 17.T», étudia d'abord la théologie; mais, ne se sentant pas de vocation pour l'état ecclésiastique , il dirigea ses vues vers la carrière de l'enseignement. A l'époque de la création de l'école centrale des travaux publies (2<ï novembre 1791), qui reçut le 1" septembre de l'année suivante le nom d'école polytechnique, il en fut nommé bibliothécaire. Il était en même temps secrétaire du conseil d'administration et examinateur pour l'admission des élèves, Ce 80 avril 1793, désirant retourner dans sa ville natale, il donna sa démission. Successivement professeur de physique, de chimie, de mathématiques et d'astronomie à l'école centrale, puis au lycée de Dijon , où il faisait des cours publics auxquels les dames se pressaient pour l'entendre, il devint plus tard proviseur de ce lycée, et fut enfin nommé recteur «le l'académie en 1809; mais les événements politiques de 1815 lui firent perdre sa place (1). Celle mesure fut vivement critupiée dans le temps, car I*. Jarotot, aussi remarquable par son immense savoir que par sa douceur et son urbanité, avait rendu de grands services à Dijon, en y fondant un cabinet de physique et «le chimie, ainsi qu'un ob^ servatoire d'astronomie. Il mourut dans cette ville le 14 juillet 1821, généralement regretté; les étudiants de l'Académie assistèrent à ses funérailles. On a «le lui un Cours de physique expérimentale et de chimie à l'usage des écoles centrales, et spécialement de l'école centrale de la Côte~d'Or, Paris, 1801 , 2 vol. in-8° et atlas in-4° de 61 pl. Il en donna une seconde édition , totalement refondue et aug* mtntée de plus d'un tiers, sous ce titre : Eléments de physique expérimentale, de chimie et de minéralogie, suivis d'un abrégé d'astronomie, à l'usage des lycées et autres établissements d'intiruction publique, Paris, 1803, 2 vol. in-8° et atlas in- 1 de 73 planches.
Il) Un riche particulier de Dijon l'en dédommage» en PtMftt- Uwnt héritier de tous acs bien», produisant vingt-cin<\ a ttento mille francs de revenu.
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L'Abeille, t. 4, p. 71, contient une notice sur P. Jacotot. D— i— s.
JACOTOT (Joseph), cousin du précédent, s'est rendu célèbre par une méthode qui a reçu de lui le nom d'enseignement universel et d'émancipation intellectuelle , méthode qui a excité de vives controverses et que ses admirateurs avaient crue destinée à amener une révolution dans l'enseignement. Né à Dijon le 4 mars 1770.de Henri Jacotot, d'abord boucher et ensuite teneur de livres de son beau-père Joseph Tardy, maître charpentier, le jeune Jacotot fut placé à l'âge de neuf ans au collège de sa ville natale par son grand-père maternel , qui se chargea de tous les frais de son éducation. Dès sa plus tendre enfance, il se fit distinguer par un désir insatiable de savoir et surtout par une volonté forte à laquelle il dut la supériorité qu'il ne tarda pas à obtenir sur la plupart de ses condisciples. Ce fut sous l'abbé Bertrand, connu par ses travaux sur les aérostats {ooy. Bertrand), qu'il étudia les mathématiques. Sorti du collège troisième insigne en rhétorique, ci l'âge de quatorze ans, Jacotot continua ses études, aidé des conseils de son cousin (roy. l'article précédent), qui lui servit toujours de père. Il obtint à dix-neuf ans la chaire d'humanités au collège de Dijon, suivit simultanément des cours de droit et se fit recevoir avocat. Il embrassa avec ardeur les principes de la révolution et figura dans la société populaire de Dijon. II exerçait encore les fonctions de professeur d'humanités, lorsque, en 1791, il abandonna ses paisibles occupations et s'enrôla dans un bataillon de. la Côtc-d'Or, où ses talents le firent nommer par ses camarades capflaine de l'artillerie. Ce fut en celte qualité, qu'il servit à l'armée commandée par Dumouriez; qu'il se trouva aux sièges de Valenciennes et de Lyon ; et qu'il prit une part active à diverses affaires, entre autres à celles de la Montagne-dé- Ker, près Louvain.et de Pellembcrg. Au mois de novembre 1793, les ministres des contributions et de la guerre lui donnèrent l'ordre de se rendre à Paris, où il fut placé dans le bureau central de la régie des poudres et salpêtres. L'année suivante (août J.791), il était secrétaire de Pille, commissaire de Torganisation et des mouvements des armées de terre; et il n'avait pas encore atteint vingt-cinq ans , lorsqu'il fut nommé substitut du directeur des éludes de l'école centrale des travaux publies, appelée depuis école polytechnique. Entré dans cet établissement le 1er décembre 1794, Jacotot remplissait depuis six mois les fonctions de substitut lorsqu'il crut devoir donner sa démission le 29 mai 1795. Le conseil d'instruction de l'école, où l'on voyait figurer les hommes les plus illustres dans les sciences, tels que Monge, Vauquelin , Prony, etc., n'ayant pu faire changer sa détermination , exprima par un vote spécial les regrets qu'il éprouvait de le voir s'éloigner. Jacotot ne s'était décidé à quitter l'école polytechnique qu'après avoir appris que le jury d'instruction pu-
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hlique venait de le nommer professeur de logique et d'analyse des sensations et des idées à la première école centrale de Dijon. En 1796, il occupait dans la m ■ école la chaire des langues anciennes. Familiarisé avec presque tous les genres de connaissances, Jacotot était propre à tout enseigner; dès lors, on l'appelait partout où il fallait organiser une chaire nouvelle ou donner à d'anciennes études une direction meilleure. Ce fut ainsi qu'en l'an 12 (1803) il passa de la chaire des langues anciennes à celle de mathématiques transcendantes du lycée de Dijon ; qu'en 1806 oo le nomma professeur suppléant à l'école de droit, et en 1809 professeur de mathématiques pures à la faculté des sciences. La même année, il obtint le grade de docteur ès sciences; il était déjà docteur ès lettres et docteur en droit. Lorsque les Autrichiens occupèrent Dijon en 1814 , Jacotot, naturellement frondeur et caustique, dont les Liées libérales étaient connues et qui passait pour exercer beaucoup d'influence sur la population, fut enlevé par eux pour servir d'otage. Kendu peu après à la liberté, il revint à Dijon, où , pendant les cent jours de 1813, ses compatriotes l'élurent député à la chambre des représentants. U réussit à faire échouer ses amis au collège d'arrondissement; mais ils coururent le faire nommer au collège «L- département, où il ne pouvait entrer. Élu ainsi malgré lui, à une grande majorité, Jacotot considéra cette persévérance de volonté comme un ordre auquel il devait obéir; il accepta en disant aux électeurs : « Je n'approuve pas votre •< choix; mais, puisque vous l'avez voulu si obstiné- « ment, je le veux aussi et ne puis maintenant que « vous féliciter de l'énergie et de l'inflexibilité de « votre vouloir. Puissent être ainsi voulues toutes les « représentations nationales! » Jacotot prit une part active aux débats de la chambre des, représentants. 11 fit adopter, le 20 juin, la nomination d'une commission pour coordonner les constitutions françaises dans un seul et même cadre. Chargé, avec quelques autres, de rédiger une adresse au peuple français, il déclara, le 29 do même mois, au grand étonnemenl de ses collègues, qu'il n'avait eu aucune connaissance du projet que Manuel présentait au nom de la commission dont il était rapporteur. « Je me serais ■ tu , ajouta Jacotot , si ce projet n'eût été vive- « ment attaqué. » Deux jours après, ce fut lui qui représenta la commission , et sa rédaction fut adoptée à l'unanimité. Comme dans toutes les circonstances il s'était prononcé avec beaucoup de violence contre les Bourbons, il crut devoir quitter la France avec sa famille lors de la dissolution de cette assemblée; et se retira volontairement à Bruxelles. U y vécut dans l'intimité de plusieurs conventionnels, et chercha dans le produit de quelques leçons le moyen d'économiser les faibles ressourcesqui formaient toute sa fortune. Les premières ne lui furent pavées qu'à raison d'un demifranc; mais on lui proposa, en 1818, la chaire .le
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littérature française à l'université de Louvain. Elle avait été' offerte d'abord à l'académicien Arnault, qui la refusa en désignant Jacotot comme valant * beaucoup mieux que lui. Dés lors, celui-ci se dévoua tout entier à ses élèves, avec un zèle et un désintéressement au-dessus de tout éloge. On accourait en foule à ses leçons, qu'il savait rendre aussi instructives que piquantes, et auxquelles il admettait indistinctement tout le monde sans exiger la moindre rétribution. Mais il ne savait pas le hollandais, et les trois quarts de son auditoire ne comprenaient pas le français; en réfléchissant aux moyens de vaincre celle difficulté, lé hasard offrit à ses yeux une traduction hollandaise du Télémaque de Fénélon. Il mit ce livre entre les mains de ses élèves, en leur faisant dire, par un de leurs camarades qui lui servait d'interprète, d'apprendre par cœur le français de ce livre et de s'aider pour le comprendre de la traduction hollandaise en regard, il les invita ensuite à répéter sans cesse ce qu'ils auraient appris pour ne pas l'oublier, à lire le reste pour le raconter, en ayant soin de le rapporter au petit nombre de pages qu'ils savaient imperturbablement; puis il les engagea à écrire ce qu'ils pensaient de tout cela. Quelle ne fut pas sa surprise, raconte- 1- 1 lui-même, quand il vit que, sans qu'il leur eût rien expliqué, les élèves mettaient l'orthographe et suivaient les règles de la grammaire à mesure que le livre leur devenait familier par la répétition, et enfin qu'en très-peu de temps ces étrangers écrivaient purement le français! Jacotot en conclut que les maîtres explicateurs ne sont pas indispensables ; et quand il eut appliqué la même méthode à l'écriture, au dessin, à la peinture, aux mathématiques, à l'hébreu, à l'arabe, etc.el que ses expériences eurent réussi, il conclut de plus qu'on peut tout enseigner aux autres, même ce qu'on ne connaît pas soi-même. La méthode fut trouvée, . et Jacotot lui donna , le 15 octobre 1818, le nom A' enseignement universel. Apprendre, répéter et comparer à une seule et même chose, sont les trois principes qui lui servent de fondement. Apprenez un livre et rapportez-y tout les autres, c'est là toute ma méthode, dit Jacotot. Les heureuses applications qu'il en ût à Louvain, où plusieurs institutions de garçons et de filles avaient été établies d'après son mode d'enseignement, attirèrent l'attention du roi des Pays-Bas. D'après ses ordres, l'administrateur de l'instruction publique invita, le G juillet 1826, un savant hollandais, M. Kinker, professeur à Liège, à examiner la méthode de Y enseignement universel dans les écoles établies à Louvain sous la direction particulière de Jacotot, pour être enélatde présenter au département de l'intérieur un rapport détaillé et motivé sur la nouveauté, la nature et la tendance de celte méthode. Il fut également prescrit à M. Kinker de spécifier ce qu'il pourrait y avoir de bon ou de défectueux dans le nouvel enseignement, et d'indiquer les branches d'instruction auxquelles on
pourrait le mieux l'appliquer. M. Kinker, après avoir examiné la nouvelle méthode avec Cattention In plus scrupuleuse, ce sont les termes dont il se sert , dans les écoles mêmes dirigées d'après V enseignement universel, déclara, dans son mémoire du 26 septembre 1826, qu'elle était, sous tous les rapports . digne des recherches ultérieures des savants , auxquels leur impartialité et leurs vues élevées donnent le droit déjuger une expérience nouvelle faite sur l'esprit humain ; elle lui parut plus propre que toute autre à faire faire aux élèves , en un espace de temps bien plus court que celui que l'on emploie ordinairement dans la plu- ■ part des objets des connaissances humaines, des progrès frappants et qui paraîtraient tenir du prodige, si la nature même île cet enseignement n'expliquait celle marche rapide. H. Kinker reconnut que la dénomination i\' enseignement universel lui appartenait incontestablement, puitquelle pouvait s'appliquer à toutes les branches des connaissances humaines, en émettant l'opinion qu'une dénomination qui exprimerait ce que lesCrecs nommaient aùtodidaxis (enseignement qu'on se donne à soimême) en ferait mieux connaître le caractère dislinctif. Le maître de l'enseignement universel n'est en effet qu'un guide qui montre à l'élevé le chemin qu'il doit suivre; c'est à celui-ci à marcher seul et à se rendre lui-même habile dans la branche qu'il cultive, en regardant, en réfléchissant et surtout en répétant sans cesse ce qu'il a découvert et trouvé par ses propres efforts dans la science à laquelle il s'est voué, el en comparant ce qu'il veut apprendre à ce qu'il sait déjà. La méthode de IV»seignement universel, et Jacotot n'en a jamais «lisconvenu, n'est pas entièrement neuve (I); mais ce qui doit la Taire préférer aux aulres, disent ses partisans, c'est que, dans ces dernières, {'instruction de soi-même n'est qu'accessoire et souvent purement accidentelle, tandis qu'elle constitue, au contraire, le caractère principal de renseignement universel. Quant à la tendance de cette méthode, elle consiste surtout en ce que les élèves se forment une idée claire de l'analogie, plus facile à sentir qu'à expliquer, qu'il y a enlre les différentes branches des connaissances humaines, de même qu'entre les différentes modifications que subit l'enseigne* ment dans ces diverses branches. Comme il est important, dans son appréciation, de faire attention à la manière d'en introduire l'usage, il est à craindre, dit encore le rapporteur, qu'on ne trouve pas beaucoup d'instituteurs qui sacheut l'appliquer aussi I lien que 51. Jacotot; qui joignent comme lut à des connaissances profondes et variées, et au talent de s'emparer de la confiance des élèves en leur inspirant de la confiance en eux-mêmes , celui de leur adresser les questions exploratrices convenables, de ne jamais devancer leur jugement, et de s'occuper enfin plutôt à
(1) « L'enseignement universel n'est pu une nouveauté, * dit Jacotot \Lamgu* maUmt.lt, LouTala, 3* «dit., p.
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écarter les obstacle* et à faire éviter les écueils qu'à montrer la route. Toutes le» méthodes anciennes différent essentiellement de l'enseignement universel : car, dans ces méthodes , le maître explique et interprète les principes et les règles de l'art ou de la science, qu'il enseigne, tandis que dans l'enseignement universel, au contraire, le maître, pénétré de la méthode d'apprendre par soi-même, ne doit être considéré que comme un compagnon de voyage qui fait le chemin avec l'élève, attire son attention sur chaque mot, sur chaque syllabe, sur chaque lettre dont une phrase est composée; lui fait trouver des rapprochements, le force de répéter sans cesse et de se défier de sa mémoire. On pourrait peut-être reprocher à la méthode, ajoute H. Kinker, de trop exiger de l'attention et de la mémoire , et critiquer lesefTorls qu'on fait pour obtenir des résultats rapides qui ne seraient pas toujours durables, quoiqu'on puisse plutôt appliquer cette critique à l'abui et à l'exagération de la méthode qu'à la méthode elle-même. Il conclut enfin de ces réflexions que Y enseignement universel s'alliera difficilement avec les autres méthodes, qui procèdent en sens inverse. Pour le faire prospérer, pour en connaître mieux In nature, la tendance, l'avantage durable et la juste râleur, il conviendra de l'isoler des institutions d'instruction inférieure et moyenne déjà existantes ; et de l'introduire séparément, en érigeant, par exemple, un institut qui serait en même temps une école normale pour de jeunes maîtres, et une école pour des élèves ordinaires, où l'on s'appliquerait à maintenir l'enseignement universel non mélangé, pur et sans communication avec les autres modes. A peine le rapport de M. Kinker eut-il été mis sous les yeux du roi, que ce souverain, qfli avait déjà décoré Jacotot de l'ordre du Lion des Pays-Bas, lui fit écrire par l'administrateur de l'instruction publique (M novembre), pour savoir quelle serait la voie la plus facile et la moins dispendieuse d'appliquer sa méthode d'enseignement à une étude plus générale de la langue hollandaise dans les provinces wallonnes, et de quelle manière il pourrait coopérer à établir cet enseignement et en diriger la marche. Quelques lettres avaient déjà été échangées enlrc cet administrateur et Jacotot; et celui-ci avait fait connaître qu'il devrait être, spécialement chargé d'organiser l'enseignement d'après sa méthode, sans aucune espèce d'intervention étrangère, qu'il était au surplus aux ordres du roi, lorsque, le 1" mars 1827, le prince Frédéric, commissaire général de la guerre, lui écrivit au sujet d'une école normale d'instructeurs à établir à Louvain d'après sa méthode, et dont il le priait de surveiller les opé/alions. Ayant accepté cette tâche, Jacotot se mit à l'œuvre ; et bientôt, malgré toutes les entraves que les nombreux et puissants partisans des anciennes méthodes lui suscitaient, i] réussit si complètement qu'après deux mois environ d'enseignement, Il put mander au roi , le 22 mai,
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7 ne les officier» des divers corps de formée réunis en école normale à Louvain étaient suffisamment instruits. Il fit, le 14 juin suivant, la même communication au prince Frédéric, qui s'était déclaré le . protecteur de Y enseignement uniterssd et de ton fondateur, en lui mandant que désormais toute prolongation serait inutilement dispendieuse. Cependant, comme ces officiers exprimèrent le plus
vif désir de continuer leurs éludes d'après la méthode appliquée à la fortification passagère et permanente, à {histoire, à la géographie, aux sciences physiques, aux langues et aux mathématiques . Jacotot, sur la demande du prince Frédéric (26 juin 1827), approuvée par le roi, consentit à donner encore ses soins à Fécole normale , en déclinant toute espèce de responsabilité si l'on introduisait en quoi que ce fût l'ancienne méthode. Dès le
8 du même mois, il avait annoncé au prince que les soldats wallons dont le gouvernement lui avait confié l'instruction savaient lire, écrire et compter, et commençaient à apprendre le hollandais. I.e 12 juillet, il adressa au roi des Pays-Bas, > faprés le conseil du prince Frédéric, un mémoire communiqué préalablement à ce prince, qui v retrouvait toute la doctrine du savant dijonnais a l'égard de la méthode de l'enseignement universel, exposée sans feinte ni rélicence aucune, avec franchise et abandon. Jacotot y proposait d'établir Yenseignement universel dans le royaume; mais il ne voulait se charger de la direction ou plutôt de l'inspection que . sous la condition qu'il n'aurait d'autres intermédiaires entre la puissance et lui que ceux qu'il indiquerait, qu'on JeraU tout ce qu'il dirait et rien que ce qu'il dirait. Du reste , il ne réclamait pour lui personnellement ni titre ni argent, et désirait être considéré , non comme un fonctionnaire qu'on emploie, mais comme un philosophe qu'on croit avoir besoin de consulter. Enfin , il demandait confiance entière avec responsabilité ; ou, si l'on ne voulait que l'essayer, il promettait obéissance passive, mais sans être responsable. Malgré toute la protection de la famille royale , on ne cessait de lui susciter des entraves. Alors, ne doutant point que l'on pût dire que l'essai tenté par le roi des Pays-Bas n'avait pas réussi, il crut devoir faire ce qu'il appela un coup d'Etat dans son petit empire, à l'occasion de l'installation de l'école normale de Louvain, qui eut lieu le 17 octobre 1827. Il y prononça un discours véhément, dans lequel il attaquait sans aucune espèce de ménagement ses adversaires , en rappelant avec amertume les obstacles nombreux qu'il rencontrait. Le 14 février du l'année suivante (1828). il exposa au prince les tracasseries qu'on faisait subir à l'école des cadets, auxquels on refusait les instruments qui leur étalent nécessaires ou qui n'en recevaient que d'incomplets; et le 29 du même mois, il écrivit au roi lui même qu'il avait souvent dit à Sa Majesté qu'il était impossible d'établir l'enseignement universel dans l'ordre social, à cause des préjugés et^ts intérêts opposés. 11 déclara en même temps qu'il
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devait se retirer et qu'il se retirait arec respect, bien qu'il restât toujours aux ordres du souverain si jamais Sa Majesté croyait que le moment fût venu d'écarter avant tout les conseillers de la vieille méthode pour faire jouir ses peuples de l'enseignement universel. On ne voit pas que depuis celte époque Jacotot ait entretenu de correspondance, soit avec le prince royal, soit avec le roi des Pays-Bas, ni qu'il ait été chargé de la surveillance d'aucun établissement d'instruction publique. Pendant les deux années qu'il resta encore' à Louvain, il continua de donner des conseils aux élèves des institutions qui avaient adopté sa méthode, et, malgré la défaveur attachée à ce titre auprèsiles examinateurs officiels, un grand nombre obtinrent de brillants succès dans les examens publics qu'ils eurent à soutenir. Il ne se passait pas de jour que Jacotot ne reçût la visite des hommes les plus distingués, non-seulement du royaume des Pays-Bas et de France , mais encore d'Allemagne, d'Angleterre, et même de Russie et des États-Unis d'Amérique. Presque tous rentraient dans leur patrie enthousiasmés de la méthode et de son fondateur (1). Vivement attaqué, tourné en ridicule dans quelques journaux et dans des écrits publiés par des personnes envers lesquelles il s'était montré très-communicatif , Jacotot n'a jamais voulu répondre aux eritiques, mais il était deveuu extrêmement susceptible. Celte susceptibilité disparaissait néanmoins quand il s'apercevait qu'on désirait véritablement connaître sa méthode et les meilleurs moyen* de l'appliquer à l'enseignement. 11 mourait alors une extrême bonhomie, souffrait sans impatience les contradictions et s'empressait de résoudre les difficultés qu'on lui soumettait. Le 0 août 1830, il quitta pour toujours la Belgique et se rendit à Paris. C'est là que nous avons eu l'avantage de le voir et de nous entretenir avec lui sur la méthode de l'enseignement universel, dont nous avions déjà pris une idée dans les ouvrages du fondateur, dans ceux de ses partisans et de ses adversaires, et en visitant les institutions où celte méthode était suivie. Nous bornant en général au rôle de rapporteur dans l'aperçu que
(1| Casimir Périer, alors députa de l'Aube, qui avait envoyé •es deux fils, avec M Froussard , leur professeur, pour visiter Jacotot, lut écrivait le 33 février 1839 : « La simplicité des
* moyens est le comble du l'art dans les choses matériel le* : vous «avez, monsieur, résolu le problème pour les choses intc'hx-
* tuelles en réduisant i son expression la plus simple, «l censé- « quemment la plus rationnelle, le moyeu d'instruire et de s'in-
* struiru , devenu des lors le plus rapide et le plus fecund en « résultats. La découverte que la société vous duit promet les m plus avantageux résultat* cl honorera à jamais votre nom. » M. Froussard fait un éloge semblable de cette méthode, qu'il avait étudiée pendant son séjour i Louvain , dans son Rapport à la Societe»de* miik.de» de Pari», ou il cite une multitude de faits « l'appui de l'opinion qu'il émet en faveur de Jacotot et de •on mode d'enseignement. M. Baudouin , avocat i la cour do Paris , a passé un mois i Louvain , d'après le désir que lui avait exprimé M. de Votimcsnil, alors ministre de l'instruction publique de France. Il a publié s son retour un long rapport sur la méthode de VenteignemtrU univereel, qu'il trouve admirable par sa simplicité, qui n'abrège pas seulement le temps de l'instruction , mais fournit au pauvre le moyen <Pn»truire hei-meiae ton /lit etc. MSI. de Lastey rie, Clément Désormcs, Boutmy, etc., s'accordent dans leur opinion en laveur du mode d'enseignement de Jacotot.
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nous en avons donné il y a vingt-huit ans (1) , nous reconnaissions cependant avec M. Duriveau, l'un des adversaires les plus prononcés et les plus habiles de l'enseignement universel, « qu'en « adoptant pour l'instruction de la jeunesse des « méthodes radicalement nouvelles, on a toujours « contre soi une masse énorme de probabilités (2). » Mais nous ajoutions, et sur ce point nous étions d'accord avec M. kinker, • que, sans détruire de ■ fond eu comble l'ancien mode d'enseignement, « qui a pour lui l'expérience et la sanction des « Ages, et sans faire table rase pour construire à la « place un édifice tout nouveau , un gouvernement « sage et éclairé ne doit pas rester toujours sla- * tionnaire. » Nous disions qu'il doit et peut même, non-seulement profiter des améliorations dont l'utilité est démontrée, mais encourager les essais que désirent tenter des hommes offrant toutes les garanties nécessaires par leurs talents, leur caractère et leur moralité, surtout lorsque des essais semblables ont déjà produit d'heureux résultats. Après un court séjour à Paris, Jacotot . se retira à Valcnciennes; et, pendant les sept années qu'il resta dans cette ville , il répandit sa méthode dans beaucoup dé familles. De retour dans la capitale de la France au mois de mars 1838, il continua de l'habiter et de consacrer tous ses instants jusqu'à sa mort, arrivée le 30 juillet 1840(3), à mettre tes jtêret de famille pauvres et ignorants, c'est~à~dire ne sachant ni lire ni écrire, en état d'enseigner à leurs enfants la lecture, l'écriture, les sciences, etc., en un mot ce qu'ils ignoraient. Ses obsèques furent célébrées sans ostentation; mais quatre à cinq cents personnes accompagnèrent sa dépouille mortelle jusqu'au cimetière du Père- Lachaise; plusieurs discours furent prononcés sur sa tombe par des professeurs, des élèves et même des femmes. M. Canin I a embaumé son corps, d'après la demande de ses disciples , sans vouloir accepter de rétribution, s'eslimant heureux, leur a-t-il écrit, d'avoir été choisi. Un monument doit être élevé à sa mémoire ; et M. de Cubières, ministre de la guerre , son ami et son disciple , a souscrit des premiers et accepté la présidence de la commission de ce monument (4). J. Jacotot avait épousé,
(Il Bulletin des sciences géograph., économie publique, etc., 1830. in-8».
[2) En partageant l'opinion de M. Duriveau sur les inconvénients prcsumablcs des méthode* d'instru: i on radicalement nouvllet , nous avions tort de supposer qu'on put classer dans ce nombre celle de Jacotot; car, outre que ce dernier déclare lui-même que le» principes qui servent de base â l'eiu ijnement umvertel ne sont pas nouveaux, on sait qu'ils ont été proclames avant lui par des hommes supérieurs. Ce qui constitue le mérite de Jacotot, c'est l'application et la généralisation de ces principe» , c'est d'avoir indiqué un nbjtt d'étude pour terme de emparai ton , il de faire rapporter tout le» autres atget* à celui qu'on a étudié ; ce qui nous parait radicalement nouveau , c'est d'avoir publié qu'on peut enseigner ce qu'on ij»or<,o,uol<jite la nouveauté et surtout la justesse d« cette Ue* soient très-fort contestées.
(3. On a publié en 1828 une lithographie représentant Jar0t„t la tète penchée sur son épaule, par suite de l'innnnilé appelée torticolu, dont il fut affecté pendant les vingt dernières années
(«| Nous
s'il a été
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au mois de juin 1794, une fille de M, Dcfacqz, receveur principal des douanes à Touni3y, dont il a eu plusieurs enfants. L'extrait développé du rapport de M. Kinker et les citations qui précèdent ont fait suffisamment connaître la méthode de JacoloU Nous allons examiner rapidement quelques-unes des principales objections qu'on a faites contre elle. On a d'abord critiqué les dénominations d'enseignement universel et d'émancipation intellectuelle données à la méthode. Nous avons vu comment M. Kinker justifie cette première qualification ; quant à la seconde, on ne saurait disconvenir que c'est émanciper véritablement l'intelligence, si kspromessesde Jacotot sont réalisées, que de vulgariser pour ainsi direla science, et de mettre tout individu en état de s'instruire sans recourir à une intelligence étrangère. La proposition que fautes les intelligences tont égale* , et l'adage que tout est dans tout et que rien n'est dans rien, ramenés par Jacotot à chaque page de ses ouvrages, ont été vivement critiqués par MM. Dur i veau, le duc de Lévis, Lorain, etc. Selon Jacotot, la proposition relative à l'égalité des intelligences chez tous les hommes bien conformés, c'est-à-dire le fait qu'ils naissent tous avec la faculté de comprendre, de voir, de saisir des rapports, n'est pas nouvelle, puisqu'elle aurait clé émise par Descartes , Newton, Cousin, etc. Au surplus, il ne la représente que connue une opinion qu'il énonce, comme une hypothèse qu'il cherche à vérifier, et à laquelle il rattache cependant tous les actes intellectuels. Il ne prétend point que tous les hommes manifestent la même intelligence dans tous leurs ■des, dont plusieurs sont irréfléchis et sans but; mais il attaque la distraction comme un vice et non comme une incapacité. Armé de ce principe essentiellement moral et encourageant , il juge les individus , non d'après la somme des manifestations acquises, mais d'après l'essence même de toute manifestation intellectuelle. Il ne conteste ni la supériorité de la science, ni la supériorité du talent, bien qu'il attaque l'opinion de l'inégalité intellectuelle comme fausse et immorale. Suivant lui, apprendre c'est coin, prendre, comprendre c'est rapporter, lier, embrasser; ici l'analyse et la synthèse se touchent; l'esprit, toujours prêt à succomber, a besoin d'un levier, d'un appui, d'un principe vivant, intense, profond; ce principe, c'est l'égalité des intelligences. Toute l'habileté de Jacotot comme professeur, comme instigateur, s'y rattache nécessairement. Piquer l'amour-propre, abaisser l'orgueil, élever le moral, secouer et tourmenter l'esprit par des questions inattendues, puis l'abandonner à lui-même et le laisser se développer librement dans le champ qu'il lui avait ouvert ; tel était le résultat «le l'opinion qu'il avait soin d'inculquer à ses élèves et qui le caractérise (1). Celte opinion
(Il 11 nous «érable que pont tous cet aclM U De fuit pa» un
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de l'égalité des intelligences mériterait, peutêtre, d'être prise en considération dans uos collèges, et surtout dans les pensionnats, où, sur cent élèves, une vingtaine tout au plus soûl classés parmi les intelligents dont on s'occupe, tandis que les autres, jugés incapables d'acquérir l'instruction ou supposés du moins engourdis par la paresse , sont la plupart du temps livrés à eux-mêmes et abandonnés à leur triste sort. L'adage que Jacotot considère comme un axiome signifie que tout est analogie dans les actes intellectuels, qu'il n'en est aucun qu'on ne puisse comparer à un autre sous plus ou moins de points de vue. M. Kinker, comme M. Duriveau, a dit qu'il ne fallait pas juger la méthode seulement par son fondateur, parce qu'il serait difficile de trouver des instituteurs qui sussent l'appliquer comme lui; et le dernier a ajouté qu'elle n'était bonne que dirigée par lui, qu'on ne devait se prononcer qu'après des expériences auxquelles l'inventeur eût été lout à fait étranger, et qui eussent été suivies pendant un certain temps par des hommes exempts de toute prévention. Il a demandé enfin qu'on lui montrât les hommes distingués produits par l'enseignement universel, les chefs-d'œuvre dus à cet enseignement : qu'on les lui montre, et il se déclare le partisan de la méthode. On a répondu : Depuis vingt ans environ que l'enseiguemrtit universel est appliqué, non sans beaucoup d'entraves, des expériences ont ét-i faites nonseulement à Louvain, où Jacotot a résidé jusqu'en 1850, mais à Bruxelles, à Anvers, à Verviers,à Cambrai, à Clermont-Ferrand.à i*aris,àCivray,etc. Dans toutes ces villes, les élèves ont fait des progrès rapides et constatés par des examens , ainsi que cela résulte de rapports, dont plusieurs ont été publiés, sur les résultats obtenus dans les institutions jacotistes qu'on y a établies. Si les noms d'un très-grand nombre d'enfants élevés d'après celte méthode ne peuvent être cités, il est facile d'en indiquer la cause. D'abord les universités en absorbent la majeure partie au fur et à mesure de leur sortie des instituts de l'enseignement uni* versel. Il y a, d'un autre côté, très-peu de parents destinant leurs enfants à suivre une carrière quelconque qui ne craignent de nuire à leurs succès futurs en osant avouer qu'ils les ont fait élever par la méthode de Jacotot; il en est encore moins qui se déterminent même à lenlcr l'expérience. Quelques-uns cependant agissent différemment; mais ils sont rares, par suite de la défaveur qu'on a cherché à jeter sur celte méthode. Des musiciens célèbres, parmi lesquels nous citerons de Beriot et Ourry, premier violon «le l'opéra de Londres, attribuent une partie de leurs progrès aux leçons de Jacotot, qui a provoqué en eux, disent-ils, de sérieuses réflexions sur leur art, etc. Albert Crisar, d'Anvers, auteur de la Folle, de l'Opéra a la cour, etc.; Polydore De vos, pianiste distingué, ont été élevés d'après la méthode pure par M. de Séprés, qui ne sait pas une note de
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musique (I); le jeune Bcrlcra, premier élève de l'école polytechnique, a appris de son père, suivant la même me'lhode, les hautes mathématiques, le dessin, etc. , que ce dernier ne connaissait pas (2); le père de Mlle Descos lui a enseigné plusieurs langues étrangères, l'allemand et l'arabe, par exemple, la peinture, etc., dont il n'avait pas la moindre notion. Il serait facile de multiplier des citations de faits semblables , non-seulement en Belgique et en France, mais en Prusse et en Russie , où l'école des cadets de la marine de Gotcbina était tenue suivant les principes de Jacotot (3), sans parler de ceux dont M. kinker a été témoin et qu'il cite dans son rapport (s). Nous dirons , en terminant cette notice, qu'on pourrait se demander, et cette question ne serait pas étrangère à l'enseignement universel , ce qu'on apprend en général dans nos collèges, après huit ou dix des plus belles années de la vie consacrées à l'étude (îi). La nécessité et la possibilité d'apprendre mieux et plut de choses en moins de temps amènera un jour l'adoption, sinon de Y enseignement universel lui-même, du moins de l'un de ses principes fondamentaux, la répétition continuelle et la comparaison, quoiqu'un juge compétent ait
ftensé que la répétition contiuuelle , procédé astidieux suivant lui, serait un des meilleurs moyens pour endormir ou dégoûter la plupart des élèves et pour arrêter tout progrès. Le IHctionnaire de la conversation, qui contient, au surplus, beaucoup d'Inexactitudes en ce qui concerne les événements de la vie de Jacotot, et l'Aacyrlopédie des gens du monde, au mot Enseignement universel, renferment des articles favorables à celte méthode. En 1833, une société composée de pères de famille et de professeurs se constitua à Paris pour la propagation de l'enseignement universel. Indépendamment des séances qu'elle tenait le soir à
(Il On atture cependant que le père de M. Polydorc Dévot, quoiqu'il ne fut pu musicien , avait (oit «upararant de ton Alt un improvleateur et un compositeur aswz distingué.
12) M. Bortera père notit a assuré qu'il avait eWve de la même manière ta Aile et ton tilt aiué, aujourd'hui avocat à la cour de Paris.
|S| M. le baron de Chabot, qui a voyagé en Belgique et en France, par ordre du gouvernement mate, pour visiter lea principaux établissement* dirigé» d'aprèt la méthode Jacotot, a publié à Ht-Pétcrsbourg , en 1S3G, un Rapport adressé à Son Excellence M. Garnirai barù* dê Krussnstsr», directeur du corps impérial des cadets de la marine, etc., etc., sur l'état actuel de t'enteijnement universel en Franc*, orné du portrait de Jacotot.
(4.1 Il en e»t un que noua ne devont pa» cependant pauer tout silence , ç'ctt celui de huit soldat* illettré* au 13" de ligne qui, tout le* yeux d'un officier, en 1840 capitaine instructeur de l'école polytechnique, ont apprit en quatre molt, en travaillant quatre heures par jour, d'après la mu'hode de Jacotot, la lecture, récriture, l'orthographe, la grammaire, la composition, le calcul et le detein. Il doit exister au ministère de la guerre un rapport A ce sujet de feu M. le lieutenant général Damrémont, qui avait pataé cinq heure* 4 examiner ce* soldat» pendant l'inepeetion générale de 1U32.
(6j M. Huffman , professeur de langues i Paria , d'ailleurs an* tagoniste trèt-prononeé de l 'mtiijnemtnt universel, a eu la penaée de réunir le» témoignas, t de Locke , Montaigne , Erasme , Hollin, Condillac, etc , contre le tyatéme suivi dont not collège.. Cet ouvrage, curieux par le* citation» qu'il contient, a pour Utre : Lus vies* de C instruction, publique démontrés par U
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l'hôtel de ville le premier jeudi et le premier vendredi de chaque mois, plusieurs des membres qui la composent faisaient, dans différents quartiers de la capitale, des conférences publiques sur les principe et les applications de la méthode, qui comptait à Paris, disions-nous en 1810, six Institutions pour les deux sexes et une douzaine de professeurs particuliers. D'après les renseignements que nous av,ons pris récemment (1858), nous devons reconnaître que, loin d'avoir fait des progrès, les institutions consacrées à la propagation de la méthode de Jacotot ont disparu en majeure partie, et qu'elle est aujourd'hui à peu près abandonnée en France. Quelques-unes des causes de cette défaveur peuvent s'expliquer par l'exposé que nous venons de présenter. Jacotot a publié I 1» Enseignement universel. Langue maternelle, Louvain, ÎK2i, 1 vol. in-8°, six éditions; il y en a eu deux traductions en allemand ; 2" Langue étrangère, Louvain, 1823, 1 vol. in-8°, six éditions; 3° Mathématiques, ibld., 1827, 1 vol. in-N", quatre éditions. La dernière est suivie d'un épitome de mathématiques par M. Jacotot fils, i" Musique, dessin et peinture, ibld., 1841, 1 vol. ln-8», quatre éditions ; M° Droit et philosophie panécastique , Paris, 1837, 1 vol. in-8», extrait du journal de Y Emancipation intellectuelle, avec cette épigraphe : « J'ai des élèves qui improvisent dans des langues que j'ignore. » 6° Lettre du fondateur de renseignement universel au général Lnfayttte, Louvain, 1829, brochure de 7 pages ln-8°. On a publié pour ou contre l'enseignement universel un grand nombre de brochures; void les titres des principales : 1° Rapport sur la méthode de M. Jacotot , présenté au ministère de l'intérieur du royaume des Pays-Ras, le 8 septembre 1826, par M. Kinker, commissaire nommé par le roi pour l'examen de cette méthode, Paris, 1829, deuxième édition, in-8», suivi d'un mémoire au roi des Pays-Bas, au sujet de ce rapport, par M. de Séprés ; 2° Examen raisonné de Renseignement universel, etc., par Duriveau, ex-directeur des études à l'école polytechnique, etc.. Bruxelles, 1827, in-8° de 72 pages; deuxième édition, 1821», in-8° de 103 pages; 3" Réfutation de la méthode Jacotot, considérée dans ses principes, ses procédés et ses résultats, par M. Lorain, professeur au collège Louis le Grand, Paris, 1830, in-8°; A" Lettre à M. Jullien (Mare- Antoine) de Paris, sur l'application et les développements de la méthode de l'enseignement universel, par J.-P. Coquilhat, maître de pension à Verriers, Liège, 1827, in-8n; 3» Rapport sur les résultats, l'esprit et l'influence morale et intellectuelle de la méthode de M. Jacotot, présenté à M. de Vatimesnil, ministre de l'instruction publique, le 3 août 1829, par Baudouin, avocat à la cour royale de Paris, Paris, 1829, in-8n; 6° Considérions sur les résultats importants qu'obtient en Belgique le nouveau mode d'éducation inventé par M. Jacotot, par E. Boutray, suivies d'une instruction normale et d'une lettre de M. le duc
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de Lévis sur la doctrine «le Yégalité intellectuelle, Paris, 1829, in-8°; 7° l'Enseignement universel de Jacotot en présence de l'enseignement universitaire, par Benjamin Laroche, Paris, 1829, in-8°; 8° De la méthode Jacotot, par Joseph Rey, de Grenohle, Grenoble el Paris (sans date d'impression}, in-8"; 9° Rapport sur la méthode d'enseignement universel de M. Jacotot, extrait du Bulletin de la société d'agriculture, belles-lettres, sciences et arts de Poitiers, Poitiers, 1829, in-8°; 10° Enseignement universel et traité complet de la méthode de M. Jacotot rendue accessible à toutes les intelligences, etc., par Durirtz, Paris, 1829, in-8°, quatre éditions; 11° Simple exposé de la méthode naturelle selon Jacotot, etc., par Cuillard, Lyon, 1829, in 8°; 12° Résumé de la méthode de M. Jacotot, par Souvcstre, avocat, professeur à Nantes, 1829; 15° Résumé d'un cours normal d'enseignement universel appliqué à l 'instruction primaire, professé devant MM. les instituteurs du canton de Mulhausen, par A. Penot, docteur ès sciences, professeur de chimie appliquée, Strasbourg, 1829; H° Annales de l'enseignement universel, etc., par M. de Séprés, 1829-1 830; Vj° Résumé de la méthode de M. Jacotot. Grenoble, 1829, in-12. C'est la réunion, faite par un libraire de Grenoble, des articles que M. le
r.e de tasteyrie avait publiés sur la méthode le Journal de l'éducation. 10° Journal de l'émancipation universelle, dédié aux pères de famille, rédigé par plusieurs disciples de J. Jacotot et publié sous ses auspices par ses fils, Louvain et Paris, 1819-1858 , 5 vol. in-8'; 17° Rapport a la société des méthodes de Paris sur le mode d'enseignement de M. Jacotot, par Froussard, Paris, 1829, in-S°; 18° Observations sur la méthode Jacotot, son origine, son esprit et son véritable mode, par M. Amondieu, professeur au collège royal de Nantes, in-8°; 19° l Homme-machine, ou Conséquences funestes de la méthode Jacotot sur l'inteliiligence des enfants, Paris, 1829, in- 8°; 20° la Jacotomachie, ou le pour et le contre de la méthode Jacotot, et conclusions sur cette méthode, précis indispensable aux adeptes du fondateur, aux établissements d'instruction publique et aux pères de famille , par Chompré , ancien professeur , in-8- ; 21° Une visite à Louvain, suivie des considérations d'un père de famille sur l'importante découverte de M. Jacotot, etc., par L'. Bouliny, Paris, in-8°, deux éditions; 22° Emancipation intellectuelle , ou Méthode d'enseignement universel, etc., par M. le comte de Lasleyrie, Paris, 1830, in-8"; 23° Souvelle exposition de la méthode de M. Jacotot, par B. Gonod, Paris, 1830, in-8"; 21° Ce que c'est que la méthode Jacotot, lettre du docteur Hatier, avec cette épigraphe : Qui veut peut, Paris, 1831, in-8"; 23" Résumé des principes de l'enseignenunt universel, etc., par M. Desliouilliéres, directeur de l'institut Jacotot, in-8"; 20° De la méthode et des méthodes, par K. Desliouilliéres, St-Germain, 1859, in-12; 27° Manuel complet de l'enseignentcut universel, par P.-Y.de Séprés, Paris, 1810, 1 vol. in-12;
28° Jaeotot et sa méthode, etc., par Auguste Guyard, 1840, in-8», deux éditions. On annonçait en 1840, comme sous presse, des Mélanges posthumes par J. Jacotot , et Un mot à M. le comte Tascher, pair de France, au sujet de son rapport à la chambre des pairs sur la pétition relative à la méthode Jacotot, par M. Bouvrain, disciple de Jacotot. D-i-s.
JACQUARD (Joseph-Marie), né à Lyon le 7 juillet 1732, était fils d'un simple ouvrier à la grand'tirc , c'est-à-dire en étoffes brochées ; sa mère , Antoinette Rive, était liseuse de dessin. Lire un dessin, c'est disposer les Bis de chaîne d'une étoffe dans l'ordre indiqué par le dessinateur sur une carte divisée par petites cases, de manière à élever tour à tour un certain nombre de ces fils au moyen de ficelles, pour composer et reproduire sur une étoffe un dessin semblable à celui qui est tracé sur la carte. Ses ancêtres étaient de pauvres cultivateurs du petit village de Couson , situé sur la rive droite de la Saône, à deux lieues de Lyon. Son père, qui le destinait à suivre sa propre carrière, ne lui fit donner aucune instruction; mais le jeune Jacquard apprit pour ainsi dire de luiiqéme à lire et à écrire. Dès sa plus tendre enfance, il avait montré le goût le plus marqué pour la inécauique ; tous ses moments étaient employés à faire des machines propres à différents usages. Il construisait «le petites maisons en bois, des tours, des églises, de petits meubles. Ces divers ouvrages étaient remarquables par l'exactitude des proportions. Arrivé â sa douzième année, il fut placé par son père dans un atelier de relieur de livres, puis ensuite dans celui d'un des meilleurs fondeurs de Lyon. Employé à la fonderie des caractères d'imprimerie, il montra de l'habileté, et, toujours guidé par son goût pour la mécanique, il fit plusieurs outils à l'usage des couteliers, toujours avec le même succès. Sa mère étant morte, il revint auprès de son père, dont il reprit la profession. Celui-ci étant mort aussi quelques années après et ne lui ayant laissé qu'une succession très-modique, il en employa une partie à monter un atelier d'étoffes façonnées; mais son génie ne se prêtait point à diriger un établissement semblable : son entreprise ne fut pas heureuse; il fut obligé de vendre ses métiers pour payer ses dettes. Peu de temps après, il épousa la tille d'un armurier nommé Boichon. dont il espérait obtenir une dot; mais son espoir fut déçu, et, dans la gêne où il se trouvait, U fut obligé de vendre sa maison paternelle. Jacquard était doué d'un caractère si doux et si peu intéressé, que, malgré les désagréments qu'il essuya de la part de la famille de sa femme, il n'en conserva pas moins pour celle-ci le plus tendre attachement; il est vrai qu'elle était un modèle de patience , de douceur et d'activité ; il n'en eut qu'un fils. Jacquard, sans fortune, sans ambition, sans prévision pour son avenir, ne rêvait qu'inventions et perfectionnements des métiers pour j le tissage des étoffes façonnées, la coutellerie et
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l'art typographique; mais, comme il ne gagnait pas une obole, il fut réduit à se mettre au service d'un chaufournier de la Bresse. Sa femme resta à Lyon pour faire valoir une petite fabrique de chapeaux de paille qu'elle avait établie. L'état de pénurie et d'obscurité où Jacquard vécut jusqu'au moment où sa principale invention commença à être connue, sa timidité naturelle, sa modestie, ont laissé ignorer les circonstances de sa vie, et même celles qui se rattachent à cette^ invention. On sait seulement qu'il fit une étude particulière du métier à samples; que déjà bien avant 1790 il avait conçu l'idée de la suppression du tir des lacs. On trouve la preuve de ce fait dans l'exposé de sa demande du brevet d'invention qu'il obtint le 25 décembre 1801. En 1792, Jacquard embrassa avec ardeur la cause de la révolution ; il revint à Lyon en 1793 et fut un des défenseurs de cette ville durant le siège mémorable qu'elle soutint contre l'armée de la Convention , alors qu'on vit une poignée de Lyonnais, jeunes et sans expérience dans les armes, lutter pendant soixantesix jours contre la famine et contre une armée de soixante mille hommes de troupes aguerries. Nommé sous-officier, Jacquard combattit presque toujours aux postes avancés, ayant à ses cotés son fils , âgé de quinze ans. Après la reddition de Lyon , la terreur y amena l'échafaud et les mitraillades : Jacquard, dénoncé et poursuivi, s'enfuit avec son (ils, qui avait alors dix-sept ans. Tous deux s'enrôlèrent dans le premier bataillon des volontaires du département de Hhône-et-Loire, et ils partirent pour l'armée du Rhin. Nommé membre du conseil de discipline, Jacquard avait en celte qualité la surveillance d'un certain nombre de disciplinaires prisonniers dans un petit village près de llaguenau ; tout à coup on entend le canon : « Camarades, s'écria-t-il , qui « m'aime me suive ! Je promets rémission à ceux « qui iront demander des fusils pour se battre. » Quelque temps après, le fils fut blessé à mort sur le champ de bataille et il expira dans les bras de son père. Jacquard , désespéré de la perle de son fils unique, revint à Lyon. Il y chercha vainement la maison qu'il avait habitée : elle avait été la proie des flammes. Il ignorait le sort de sa femme, qu'il n'avait pu ni prévenir de sa fuite, ni informer du lieu de sa retraite; il la retrouva enfin dans un grenier, occupée à tresser de la paille pour les chapeaux. Il se vit d'abord réduit par le besoin à partager ce travail ingrat. Cependant Lyon commençait à se relever de ses ruines , et déjà plusieurs de ses fabricants qui s'étaient réfugiés en Suisse , en Allemagne et en Angleterre , avaient rapporté dans leur patrie leurs pénates et leur industrie. Jacquard, poursuivant son idée première de trouver un moyen mécanique capable de remplacer la tireuse de lacs, se mit à y travailler de nouveau, et il parvint à fabriquer une machine qui remplissait assez imparfaitement ce but; il la présenta, en septembre 1801, à l'exposition des
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produits de l'industrie nationale, dont le jury lui accorda une médaille de bronze. La même année, il obtint pour cette machine, à laquelle il donna le nom de tireuse de lacs , un brevet d'invention pour dix ans. Il fit un métier sur ce modèle, et, en 1803, à l'époque où la consulta se réunit à Lyon pour l'élection du président de la république cisalpine,' la machine de Jacquard fixa l'attention de cette assemblée, dont les membres allèrent, avec le ministre de l'intérieur Carnot, la visiter dans l'humble domicile de l'inventeur, rue de la Pêcherie. Cependant les sociétés des arts de Paris et de Londres mirent au concours un prix considérable pour l'invention d'une machine propre à fabriquer des filets pour la pêche maritime et le bastingage des vaisseaux de guerre. Jacquard entreprit celle œuvre extrêmement difficile; il y réussit ; mais tels étaient son désintéressement et sa modestie, qu'il se borna à s'entretenir avec ses amis de sa découverte sans avoir la pensée d'en tirer parti.et.négligcaiit les perfectionnements dont son invention était susceptible, il la laissa de côté. Le préfet de Lyon; informé de cette invention, envoya Jacquard et son métier à filet à Paris ; l'essai en fut fait, et la société d'encouragement lui décerna la grande médaille d'or le 2 février 1801. A cette occasion, Carnot, qui ne concevait point ce mécanisme, lui dit brusquement : « C'est donc toi qui « prétends réussir à une chose qu'il n'appartient « pas aux hommes de faire, c'est-à-dire un nœud « avec un fil tendu! » Jacquard, sans s'intimider de cette interpellation, répondit au ministre avec la simplicité de langage qui lui était naturelle et le laissa pleinement convaincu. Placé au conservatoire des arts et métiers, sous les ordres de Molard, il y fut employé à restaurer et à mettre en état les machines et les modèles; il y inventa les métiers tisseurs pour fabriquer des rubans de velours à double face, et d'autres pour des tissus de coton à doubles et triples navettes. Il monta le fameux métier de Vaucanson, destiné à remplacer le tireur de lacs que Jacquard recherchait depuis quinze ans, et Je mit en état de fonctionner. Mais cette machine, très-compliquée, opérait lentement; c'était une espèce de cylindre à serinette dont les effets étaient trop restreints : elle n'aurait pu servir que pour des dessins de deux pouces au plus et elle aurait coûté dix mille francs, somme infiniment au-dessus des moyens d'un ouvrier; c'est pourquoi elle fut mise au rang des machines curieuses, mais inutiles. Jacquard, rappelé à Lyon en 1801, fut placé à l'hospice de l'Antiquaille pour y établir un atelier d'étoffes façonnées et de tapis façon des Cobelins, par les procédés dont il était l'inventeur. Dès lors il s'occupa des moyens de faire adopter dans les manufactures de Lyon ses deux inventions, celle du métier à fabriquer les filets et le mécanisme pour la suppression des lacs. Il fut puissamment secondé par l'influence du riche fabricant Camille Pernon, qui le mit en rapport avec le conseil
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municipal et la chambre de commerce de Lyon. I ne commission composée des plus habiles fabricants fut chargée de reconnaître les avantages de ce dernier mécanisme, et son témoignage fut unanime en faveur du procédé de Jacquard. Knlin un décret impérial, daté de Berlin le Î7 octobre 1806, autorisa l'administration municipale de Lyon à acheter de Jacquard le privilège de son procédé, moyennant une rente viagère de trois mille francs réversible par moitié sur la téte de sa femme en cas de survivance; son brevet tomba ainsi dans le domaine public. Jacquard avait en outre demandé au gouvernement qu'il lui fût accordé une prime de cinquante francs pour chaque métier de son invention. Napoléon, en signant le décret qui assurait ce droit au modeste fabricant, s'écria : En voilà un qui se contente de peuf Cette même année, l'académie des sciences et arts de Lyon lui décerna la médaille du prix fondé par, le consul Lebrun. Jacquard s'occupa dès lors à introduire sa machine dans les ateliers d'étoffes façonnées et brochées; mais il n'y réussit que difficilement, malgré la prime que lui avait accordée Napoléon pour chacune de celles qu'il placerait. Les ouvriers tisseurs, craignant de manquer de travail par cette invention, se liguèrent contre lui, gâtèrent des étoffes afin de faire croire que ce mécanisme fonctionnait mal, et en brûlèrent même sur les places publiques. Traduit devant le tribunal des prud'hommes, Jacquard eut plus d'une fois à essuyer des outrages et des sévices; un jour même, près de la porte St-Clair, on le retira des mains «l'un groupe de furieux qui voulaient le jeter dans le Rhône. Heureusement que quelques fabricants sensés lui firent construire une nouvelle machine dont ils tirèrent un parti si avantageux que bientôt de toutes parts on s'empressa de la mettre en usage. Connue à Lyon en 1805, mise en pratique en 1809, elle fut généralement adoptée en 1812; il y avait alors dixhuit mille métiers battant à la Jacquard, et depuis leur nombre s'est élevé au delà de trente mille. Son invention s'est répandue successivcmcut en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Amérique, et les Chinois mêmes commencent à s'en servir, malgré leurs préjugés et leur vieille routine. Jac-
Suard fut sollicité par des fabricants de Rouen et e St-Quentin d'aller organiser chez eux des ateliers de tissage pour des étoffes de coton et de batiste. La ville de Manchester, en Angleterre, lui fit offrir pour le même objet une somme considérable et un traitement capable de lui procurer une existence opulente ; mais son patriotisme lui fit refuser ces brillants avantages, et il resta à Lyon. Quelques années après, Jacquard fut décoré de la croix de la Légion d'honneur. Ce brave homme, ayant perdu sa femme, se retira à Ouilins , joli village situé à une lieue de Lyon , dans une petite maison dont on lui avait légué la jouissance durant sa vie ; c'est là qu'il passa ses dernières années, partageant son temps entre la culture d'un petit jardin et les exercices de la
religion catholique. Il termina sa carrière paisiblement le 7 août 1831, à l'âge de 84 ans, et sa cendre repose dans le cimetière d'Oullins, à côté de la tombe de l'académicien Thomas (roy. ce nom). Les habitants de cette commune lui ont consacré dans leur église l'épitaphe suivante :
▲ Il mémoire
De Joseph-Marie Jacquard,
Mécanicien célèbre , Homme de bien et de génie.
Mort à Oullin», dam la maison.
Le vil août M nece XJtXlv,
AuUnomDderhaUUnî^drircoginŒÎ»«, Hommage Du contell municipal Dont 0 atait fait partie.
Le corps municipal de Lyon a fait exécuter, par le directeur de l'école de peinture de cette ville et du vivant de Jacquard, son portrait en pied, vrai chef-d'œuvre, qui a été placé au Muséum. On organisa ensuite une souscription pour lui élever une statue. Ce monument, ouvrage de M. Foyalier, auteur du Spartacus, a été inauguré le dimanche 16 août 1840, sur la place Sathonay,«ù était déjà placé le buste de l'abbé Rozicr (roy. ce nom). Un concours immense de curieux et toute la population manufacturière de Lyon se pressaient à cette cérémonie, à laquelle assistaient les autorités civiles et militaires. Des discours à la mémoire de Jacquard ont été prononcés par le maire de la ville, par le préfet du département, et par le président de la commission du monument. Le nom de Jacquard est devenu, pour ainsi dire, technique dans les deux mondes. Heureux continuateur des efforts de Vaucanson , qui comme lui a perfectionné à Lyon les machines à tisser. Jacquard a inventé une machine bien simple et peu coûteuse, à la portée de la classe pauvre des tisseurs, qui a formé une époque mémorable et une nouvelle ère dans l'art des tissus. Cet art a éprouvé une révolution complète ; l'ouvrier n'est plus qu'une machine à mouvement qui produit sans peine, promptement et à bon marché, des étoffes ornées des dessins les plus riches et les plus compliqués, que leur prix modéré met a la portée de toutes les classes de la société. Cette machine , loin de diminuer le nombre des ouvriers employés au tissage des étoffes, l'a au contraire décuplé ; elle a fait élever d'innombrables manufactures de tissus dans toute l'Europe et donné au commerce de ce genre une activité et une extension inouïes. M. de Fortis a publié un Éloge historique de Jacquard, suivi d'une Sotice sur la statue éUtée à Lyon à sa mémoire et les manufactures d'étoffes de soie de cette ville, Lyon, 1838, 1 vol. in-8°. Jacquard a , dans Y Annuaire des hommes utiles, un article que M. de Fortis qualifie de roman. Oz — m et D — n— r.
JACQULLLN (JACojJES-AjiDiut), littérateur et chansonnier, naquit à Paris, non pas en 1773 comme on l'a dit dans la plupart des biographies contemporaines, mais le 18 mars 1776. Fils d'un valet de
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chambre du dernier prince de Conti, il fit de bonnes études dans un collège où il eut Désaugiers pour condisciple et ami, et il apprit si bien le latin qu'il était en étal, chose assez rare en France, de soutenir une conversation dans cette langue. Privé de toutes ressources par l'éloignément de son père, qui avait partagé la détention du prince de Conti à Marseille et sa déportation en Espagne, où il le précéda au tombeau peu d'années avant la rentrée des Bourbons en France, le jeune Jacquelin se livra à la littérature dramatique et donna aux théâtres secondaires, seul ou avec quelques collaborateurs, une cinquantaine d'ouvrages dont la plupart ont été imprimés. Ce fut à celui des Jeunes-Artistes, rue de liondy, qu'il obtint ses premiers succès. Il y fil représenter en 1799 : 1° Jean la Fontaine, vaudeville anecdotique; 8° (avec Philidor, pseudonyme de Rochelle, !roy. KlacoNj) l'Enfant de t amour, tragédie burlesque en un acte, en vers, suite des Fureurs de l'amour, tragédie hurlesque en vers et en un acte, ouvrage de sou collaborateur. Cette pièce a reparu en 1802 sous un nouveau titre : Les Héros de cuisine, ou l'Enfant de l'amour. 3" Jean Racine et ses enfants, vaudeville anecdotique j i° l'Antiquomanie, ou te Mariage sous la cheminée, arlequinade en vaudevilles; 5° la Clé forée, ou les Quatre auteurs, comédie anecdotique en vaudevilles; 6° (avec Laforlcllc) le Peintre dans son ménage, comédie en deux actes; 7° (avec Rochelle) l'radon sifflé, battu et content, comédievaudeville. En 1800 : 8° Le Préteur sur gages, ou l'Intérieur d'une maison de prêt, comédie-vaudeville, imprimée sous ce titre : Le Tableau de Raphaël, ou A trompeur, trompeur et demi, coruédie-proverbe , remise au théâtre et réimprimée en 1820 et 1821 sous les titres de le Préteur sur gages, ou A trompeur, trompeur et demi, et de le Tableau de Raphaël, ou le Préteur sur gages ; 9" U Hasard corrigé par l'amour, ou la Fille en loterie, arlequinade en vaudevilles, 1801; 10° (avec Rigaud). Molière avec ses amis, ou le Souper d'Auteuit, comédie historique en deux actes et en vaudevilles, 1801 , remise au théâtre des Variétés et réimprimée en 1806 sous le titre de Molière, ou U Souper d'Auteuil; H" (seul) Cinq et deux font trois, comédie-proverbe en un acte et en vaudevilles, 1802. Ce fut dans cette année, et non pas vers 1805 ou 180G, comme l'a dit Brazicr dans son Histoire des petits théâtres , que le mauvais état des affaires du théâtre des Jeunes-Artistes ayant provoqué la dispersion momentanée de ses acteurs et le départ des principaux pour Marseille, Désaugiers fut du voyage arec son ami Jacquelin, le premier comme directeur et chef d'orchestre de la troupe ambulante, et le second comme régisseur et souffleur. La campagne ne fut pas brillante, et quoique, en revenant à Paris, Désaugiers eut fait ressource de son talent sur. le riolon, il ne lui restait plus qu'un sou lorsqu'ils arrivèrent à I;( barrière. Il acheta un petit pain qu'il parta-
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gea avec Jacquelin en lui disant : Choisis Voile ou la cuisse. Bientôt l'existence des deux amis devint plus heureuse. Désaugiers le dut au succès de ses ouvrages dramatiques et surtout de ses chansons (voy. Désaigiers). Jacquelin obtint un modeste emploi au ministère de la guerre, ce qui ne l'empêcha pas de continuer à travailler pour le théâtre. Il avait donné (seul) à celui des Jeunes-Élèves de la rue Dauphine : 12° La Mort de Néron, folie en un acte, en vaudevilles, 1801; il y donna : 13° (avec Roiigemont) L'Amour à l'anglaise, 1803; 14° (seul) la Nièce de ma tante Aurore, ou la Manie des romans, opéra-vaudeville, 1803; 15° (avec Désaugiers) le Magister et la Meunière, ou les Escobarderies villageoises. 1803; 16» (seul) le Jaloux de villige, ou U Petit bonnet jaune, 1804. Au théâtre des Variétés (avec Désaugiers) : 17» Gilles en deuil, opéra-comique, 1802; 18" Cric-croc, ou l'Habit de Gascon , 1803; 19n (avec Rigaud) Piron aveugle, 1801; 20° (seul) la Parenté de contrebande, ou le Pauvre diable, sifflée en 1806; 21° (avec Rochelle) Pelisson, ou C'est le diable. 1807. Au théâtre du Vaudeville : 22° (avec Rigaud) Le faux Lindor, ou L'habit ne fait pas l'homme, qui fut mal accueilli en 1807, Jacquelin ayant été désigné pour suivre à l'armée le maréchal Rerthier, fut nommé à son retour sous-rhef de bureau. En 1810, il signala sa reconnaissance en publiant : 23° Ode, stances tt pot-pourri sur la naissance du roi de Rome, 1811, in-8°. Mais bientôt il célébra la restauration par des hommages poétiques. 24° Henri IV. les Rourbons et la paix. 1814, in-8", où se trouve une Ode contre la guerre dont une strophe est absolument la même, sauf deux mots, qu'une de celles de son ode au roi de Rome. Il donna aussi, avec M. Rougemont : 25° Le Chansonnier des Rourbons, précédé d'une dédicace à la duchesse douairière d'Orléans, 1814, in-18. Il obtint alors la croix de la Légion d'honneur et une pension, soit pour prix de ses chansons, soit en récompense du dévouement de son père. Quelque temps après, il fut nommé inspecteur des théâtres secondaires de Paris. Bien qu'il n'eût été admis qu'en 1812 dans la société du Caveau moderne, et qu'il n'y eût donné que deux chansons, il en fut nommé secrétaire généraf en 1815, et dès l'année suivante ses chansons y furent beaucoup plus nombreuses que celles de ses confrères, sans être meilleures, quoique plus longues ; car il y en a de soixante et quatre-vingts couplets. Cette société s'étant disSoute eu 1818 , Jacquelin n'a rien donné dans le Rèceil du Caveau. Membre de la société des sciences de Paris, il mourut dans cette ville, le 19 août 1827, dix jours après son ami Désaugiers; et M. Ourry, son confrère et son collaborateur, prononça un discours sur sa tombe. Les autres ouvrages de ce littérateur sont 1 1° Honorine, ou Mes vingt-deux ans. histoire véritable de mademoiselle !)*•», Paris, 1803 , 3 vol. in-12, flg.; 2» Histoire des templiers, 1805, in-12; 3° Ma femme, met amis et moi-même, pot-pourri en trois actes et
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en vaudevilles, pour la fétede madame Jacquelin, 1812, in-8°; 4" la Petite galerie dramatique, dialogue entre un Anglais et le libraire Martinet , Paris, 1813, in-4° de 20 pages ; 5° la GaLric des badauds célèbres, ou Vivent les enfants de Paris, chansonnette biographique, 1816, in-18, insérés aussi dans le Coteau; 6° le Sang des Bourbons, galerie historique des rois et princes de celte famille, depuis Henri IV jusqu'à nos jours, Paris, 1820, 2 vol. in-4° et 22 planches. L'auteur fui admis à présenter à Louis W 111 un exemplaire de cet ouvrage. 7° Manuel biographique, ou Dictionnaire historique abrégé des grands hommes, depuis les temps les plus reculés, sur le plan de celui de Chompré, 1825,2 vol. in-12. Jacquelin termina sa carrière comme il l'avait commencée, par des ouvrages dramatiques. Il donna au théâtre du Vaudeville : 1° (avec M. Ourry) Thomson et Ganik, ou C Auteur et l'acteur. 1822 ; 2° ( avec MM. Ourry et Chazet) C Ecarté, ou le Lendemain du bal, 1822, pièce qui eut moins de succès que celle qui fut jouée la même année, et sous le même litre, au Gymnase dramatique. A l'Ambigu-Comique (avec M. Coupart) : 3° Levez, la toile, vaudeville épisodique, 1820 ; 4° la Fête des halles, ou le Retour des braves. 1823, après la campagne du duc d'Angouléme en Espagne ; 5° le Passage militaire, ou la Désertion par honneur, pour la féle du roi, 1823; 6' (avec MM. Coupart et Varez) la Fête d'automne, 1 824 ; 7° le Retour d'un brave, 1 82 1 ; 8° le Petit postillon de Fîmes . ou Deux fêtes pour une (le couronnement et la féle de Charles X), 1825 ; 0" (avec MM. Coupart el Overnay) l'Entrée à Reims, 1825 ; 10° seul) te Fils de Pharamond . ou la Forêt enchantée, vaudcville-féeuc en trois actes, 1825; 11° (seul) aux Champs-Elysées, pour les funambules : Bravoure et Clémence , ou les Vertus de Henri IV. pantomime en trois actes, 1825; 12" Un trait de Chartemagne , ou Eginard et Imma , drame héroïque en trois actes, représenté aux fêtes de Paris pour la St-Charlcs, 1825. En société, au théâtre île la banlieue : 13u Le Béarnais, ou l Enfance de Henri IV. 182G. Au théâtre de Comte : 14° la St-Charles au collège, 1826. On voit que peu d'auteurs ont été plus constants et plus féconds dans leur reconnaissance pour les Bourbons. Il avait présenté à l'Opéra, en 1817, l'Origine des Grâces, pièce imitée des Grâces de Saint-Foix, mais qui est restée dans les cartons de l'administration. Il a été éditeur de YAlmanach des Grâces, ou Ètrennes à la beauté, de 1801 à 1808, 3 vol. in-48; de YAlmanach de l'Amour et de l'Amitié, 1800, in-18, fig.; de la Lyre maçonnique, de 1809 à 1813, 5 vol. in-18 ; du Chansonnier de la cour et de ta tille, 1811 el 1812, 2 vol. in-18, et du Chansonnier franc-maçon. 1816, in-18. Il a inséré des pièces de vers dans YAlmanach des Muses, et autres recueils périodiques. A — t.
JACQUELINE, comtesse de Hollande, née en 1400, était fille de Guillaume VI et de Marguerite de Bourgogne. Elle fut mariée, en 1415, à Jean,
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duc de Touraine, et depuis Dauphin du Viennois ; Tuais restée veuve , après deux ans d'une union paisible, elle retourna près de son père, qui avait déjà pris les précautions nécessaires pour lui transmettre ses Étals : elle lui succéda en 1417, et vit avec plaisir l'empressement de ses vassaux à l'assurer de leur fidélité. Jean de Bavière, son oncle, surnommé Sans pitié, moins touché de la beauté de la princesse que de sa riche dot, la demanda en mariage, se flattant d'obtenir de la cour de Rome Ta double dispense qu'exigeaient sa parenté à un degré prohibé et son titre d'évéque tic Liège : mais Jacqueline déclara qu'elle était dans l'intention d'accomplir la volonté de son père, en épousant Jean IV, duc de Brabant, son cousin. L'évéque de Liège, trompé dans son attente, attaqua ce mariage comme incestueux, et parvint à obtenir de l'empereur Sigismond l'iovestilure des Etats de sa nièce. Aidé par la faction des Cabelliaux (1), il se fait sacrer à Dordrecht en 1418, s'empare de Rotterdam, et oblige Jacqueline à l'instituer son héritier, au cas où elle mourrait sans enfants. A cette condition il lui accorde la paix ; mais l'ambitieux prélat détermine Jean de Brabant, par l'oflre d'une somme d'argent, à lui laisser les États de son épouse pour douze années. Les peuples se soulèvent à celle nouvelle. Jacqueline, réfugiée dans le Brabant, sollicite vainement son mari de profiter de la disposition des esprits pour chasser l'usurpateur : indignée de sa lâcheté, elle se décide à l'abandonner pour jamais ; elle part secrètement pour l'Angleterre , s'adresse à la cour de Borne pour faire annuler son mariage, et, sans attendre la réponse du pape , épouse le duc de Glocester en 1423. Elle reparaît bientôt après en Flandre, à la léte d'une armée, et s'empare du Hainault. Mais le duc de Bourgogne, craignant de perdre ses droits à la succession de Jacqueline, lui déclare la guerre ; et son nouveau mari fuit en Angleterre, la laissant seule exposée au ressentiment de son ennemi. Les habitants, la regardant comme l'unique cause de la guerre dont le poids retombait sur eux, se décident à livrer leur souveraine au duc de Bourgogne, qui la fait enfermer à Cand. La malheureuse Jacqueline, abandonnée du duc de Clocester, chercha à se réconcilier avec le duc de Brabant ; elle lui écrivit de sa prison une lettre qui coutenait l'aveu de ses fautes el la promesse de les expier : mais toutes ses tentatives pour ramener à elle un époux oulragé furent inutiles. Son courage ne l'abandonna point ; elle séduisit ses gardes, s'échappa, sous un déguisement, de la tour où elle était enfermée, et se rendit a la Haye. Sa présence ranima ses partisans ; et la mort de son oncle, l'ambitieux Jean de Bavière (1425), la rendit une seconde fois maîtresse de la Hollande.
(Il Le* (action» de* Cabtltiaui et de* Hotekens divUaient U Hollande depui* 1349. U t premier* étaient ain»i appelé* du nom d'un poi»»on tre» commun en Hollande, et le* autre» de I hameçon dont on se »erl pour le prendre.
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L'inutile cruauté dont clic usa envers ceux qu'elle soupçonnait de ne lui avoir pas toujours e'te' fidèles la perdit : la vue des échafauds excita des soulèvements, et le duc de Bourgogne en profila pour la de'pouiller. Jacqueline se défendit courageusement à la tète de ses troupes ; mais obligée de céder au nombre, elle eut recours à la voie des négociations, et consentit, en 1428, à reconnaître le duc de Bourgogne pour son lieutenant. Dans l'intervalle, le duc de Brabant était mort; son mariage avec le duc de Glocester avait été déclaré nul , de sorlc qu'elle pouvait disposer de sa main : mais le duc de Bourgogne éloignait tous ceux qui pouvaient y prétendre; et elle se détermine à épouser secrètement, en 1452, François de Borselcn, simple chevalier et né son sujet. Le duc, instruit de ce mariage, fait arrêter Borselen , et des commissaires le condamnent à morl. Pour lui sauver la Yie , Jacqueline abandonne ses Liais au duc de Bourgogne en 1433 : réduite à la condition privée, elle languit quelque lemps, et mourut le 8 octobre 1436, à l'âge île 56 ans, au château de Teilingen dans le Bhinland. Ses restes . furent transportés à la Haye, et inhumés dans une chapelle. Borselen, que le duc de Bourgogne avait créé comte dt)strevan et chevalier de la Toison d'or, prolongea ses jours jusqu'en 1470. La réputation de Jacqueline a été flétrie par la plupart des historiens , et quelques-uns la comparent à Jeanne de Naples, si tristement fameuse par ses débordements. Hais sans vouloir affaiblir les torts de Jacqueline, on est porté à penser qu'ils doivent être rejetés en partie sur la faiblesse de son mari. Baylc a examiné la conduite de Jacqueline {Répons, aux Questions d'un provincial, lett. lxviii) ; mais il la juge trop sévèrement. W — s.
JACQLELOT. Voyn Jaquelot.
JACUULMABD (Etienne), grammairien, né le 21 septembre 1772, à Paris, était fils d'un valet de pied du comte d'Artois. Il fit d'excellentes études au collège Louis le Grand, sous la direction de Champagne (coy. ce nom), pour lequel il cônserva toute sa vie une tendre affection, et suivit les leçons de l'abbé Delille , qui lui inspira le goût des vers et lui en enseigna le mécanisme. Ses études terminées, il apprit l'italien et l'anglais, et se perfectionna dans la musique et le dessin. (Quelques personnes haut placées qui lui portaient de l'intérêt jugèrent qu'il pourrait être employé à l'éducation des princes, et le firent, en attendant, attacher à la surveillance du palais et des jardins de St-Cloud. Il avait alors dix-huit ans; la révolution était commencée, mais on ne pensait pas que le trône eut rien à en redouter. La journée du 20 juin 1792 détruisit cette sécurité; congédié de St-Cloud, il revint à Paris ; mais atteint quelques mois après p«r la loi sur la réquisition, il fut incorporé dans un bataillon et dirigé sur l'armée du Nord. La délicatesse de sa santé et surtout son excessive* myopie le rendaient impropre au service actif. On le plaça dans
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le bureau du quarlier-maltrc, et il fut, pendant près de deux ans, chargé de la comptabilité du bataillon. Dès qu'il eut obtenu son congé de réforme, il décida ses parents à quitter Paris pour venir habiter Bourguignon-le-Morey, petit village de Franche-Comté, dont ils étaient originaires, et où ils avaient conservé un modeste domaine. Prévoyant bien qu'il y serait tout à fait isolé, Jacquemard avait eu soin de se précautionner de musique, de crayons et d'une bibliothèque choisie ; mais, ces ressources ne lui suffisant pas pour combaltre l'ennui, il imagina de se créer une occupation en s'imposant la tâche de donner des leçons de grammaire à quelques jeunes gens de son village, dans lesquels il avait reconnu des dispositions. La rapidité de leurs progrès l'attachant de p#lus en plus à ses élèves, il rédigea pour eux dj'S Éléments de grammaire française, qu'il soumit à des juges compétents, notamment à Boinvilliers , et, encouragé par leurs suffrages, il les fil imprimer en 1805, in-i", avec une dédicace à Champagne, tribut tardif mais sincère de sa reconnaissance. Il avait été nommé l'année précédente membre correspondant de la société d'agriculture , sciences et arls du déparlement de la Haute-Saône, et il lui communiqua successivement des traductions en vers de la première Èyloyue de Virgile ; du Vieillard de Vérone de Claudien ; de la Maison de campagne d'Ausone, et d'un épisode du Prœdium rusticum de Vanière (1). En 1811 il donna une nouvelle édition améliorée île son Abrégé de grammaire française, in-12, qu'il dédia à Fontanes, alors grand maître de l'université. Les événements de 1814 ayant ramené le comte d'Artois à Paris, le père de Jacquemard ne put résister au désir de revoir le prince qui l'avait honoré de ses bontés. Admis à lui présenter ses hommages , le vieux serviteur, à qui son ancien mallre tendait la main , fut saisi d'une telle émotion qu'il s'évanouit. Les soins qui lui furent prodigués le rappelèrent à la vie, mais ne purent lui rendre la santé , et dès ce moment il ne fil plus que languir. Jacquemard reçut alors de pressantes invitations de se fixer à Paris ; mais, exempt de toute ambition, content d'une fortune qui suffisait à ses besoins, il ne voulut pas quitter son village, dont il fut nommé maire, charge qu'il se hâla d'abdiquer dès que les circonstances le lui permirent. La poésie avait conservé pour lui le même charme que dans sa jeunesse ; mais il s'occupait d'histoire, de géographie, de statistique, et il préparait une troisième édition de ses éléments de grammaire, quand arriva la révolution de 1850. Privé de journaux et ne pouvant ajouter foi aux bruits qui circulaient, il allait s'informer des nouvelles à Morey, séparé de Bourguignon par une roche élevée, lorsqu'il tomba dans un abîme , où il fut retrouvé mort le 3 août
(1) Ce* différente» pièce» «ont Uhptimec» dm» \«» Mémoire» de la iocitté rfe la Haule-Saôn* , t. 2 et 3.
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1850. Ainsi (et cVbl une chose digne d'être remarquée), le retour îles Itolirbons en Fiance avail hâté la fin du porc, et leur expulsion coûta la vie au (ils. Indépendamment de la Grammaire français et îles différente* pièces de ver* déjà citées, on doit à Jacquemard un Centon composé de vers de Virgile, adressé à Bonaparte en 1802, et imprimé dans la Décatie, t. 32, et des Estait de fablet (ik'ssnçon, 1820, (n-18), opuscule tiré à un trèspetit nombre d'exemplaires (voy. le Cotai, de la biblioth. de Nodier, 1830, n° 394). Parmi les livres qui traitent des principes de la langue française, la Grammaire de Jacquemard mérite une place distinguée. On y trouve une nombreuse série de locutions et de constructions vicieuses avec leur corrigé, travail bien fait et très-utile aux commençants. La théorie des participes y est développée avec beaucoup d'étendue. Enfin , çet ouvrage en général exact, et où les règles sont appuyées sur des exemples choisis dans les meilleurs écrivains, atteste beaucoup de recherches et d'observations de la part de l'auteur; mais cependant les notes- dont il est surchargé, et qui parfois sont plus lougues que le texte, des répétitions fréquentes et peu utiles y jettent une sorte de diffusion. W — s.
JACQUEMART (l'abbé Nicolas-Tiiierri ) , né à Sedan vers 1730, après avoir été novice chez les chartreux, puis chez les bénédictins, fut successivement curé de Tahure , des Crandes-Loges, puis d'tpernay, de Villers-Cernay et de Villersdevant-Mézière*. Ces déplacements indiquent assez l'instabilité de son caractère ; il était plus propre à figurer sur des tréteaux que dans la chaire évangéliquc. Gaspillant le temps et jouant avec la vie , il laissait à son vicaire ses devoirs à remplir et ne songeait qu'à son plaisir. Son extérieur était peu avantageux et sa mise plus que négligée. Lui-même a décrit sa figure dans des vers insérés parmi les Mélanges de poésies publiés en 1782 par Frerain, baron de Stonhc (1) :
A consulter modeste parure,
Hon tir dolent cl »a maigre encolure,
Voua le croiriez i vu surtout sa toiiaure|
IT n avorton de la rléricature.
Hav<- et tout wc, faute de nourriture,
Un le prendrait, sans lui (aire d'injure ,
Pour un dUeur de la bonne aventure :
Ct%l un portrait calqué d'apré» nuttirc.
L'abbé Jacquemart portait dans la société un esprit caustique et frondeur dont les saillies relevaient l'originalité. Sa franchise bouffonne ne
(Il Alexandrt-Çèfar-Annihal Frevin , bar en de Stonnt rr DU Armoise* et marquiê DK 8v, maréchal de camp et chevalier de St-Louts, né à Tari» le 6 avril 174b, mort à CorU-il le la acptcniLte 18'Jl, fut 4 la foH un callih*raphe habile et un pi eu- agréable. Retiré à Londre* pendant l'émigration, Il fut Ile avec l'abbé Dcli Ile. On a de Frsmin beaucoup de vers de socit-té, dont \t* iremter* remontent A l'année 17G7, et les dernier» mnl de 1H19. I a publié, mai* a un fort petit nombre d'exemplaire», la traduction en vers français de la Chult dt liu/fin de Claudien (Londres, 1811, ln-8-ji et celle de VA ri mM|H d'Horace iLondrta I, Paris), 1S16, le,*), dédiée au roi Louis XVIII.
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faisait grâce à aucun des travers qui se trouvaient sur sou chemin. Il aimait à faire des monorimet comme on peut en juger par la citation ci-dessus, et le plus souvent sa rime portait sur le nom de la personne à qui il les adressait. Ses vers étaient souvent fort graveleux. Il mourut en 1803, i Villers-Cernay, dont il avait repris la cure, après avoir quitté cella de Villers-devant-Méziere*. Il a publié : Voyage en vert à l'abbaye de Lavaldieu, (Liège, 1750), in-8°, pièce burlesque, et faite sans doute, dit un biographe, quand la lune était eu décour t. D — a — k.
JACQUEMART (Nicolas-François), frère du précédent, né à Sedan le 2 octobre 1735, y exerça la profession de libraire et y tint un cabinet littéraire pendant quatorze ans. L'espoir de faire de meilleures affaires l'attira à Paris en 1771 ; mais il ne prospéra pas davantage, bien qu'il réunit à la profession de libraire celle d'homme de lettres. Malheureux jusqu'à la un, il mourut dans cette capitale, à l'hospice de la Charité, le 2 avril 1799. Il a donné sous le voile de l'anonyme : 1° Réjlexiont d'un cultivateur américain sur le projet d'abolir l'etclavage et la traite det nigrei, ouvrage traduit de l'anglais, Londres (Paris),
1790, in-12 ; 2° Remarques historiques et critiques tur Ut trente-trait iglitet paroittiales de Paris, d'après la nouvelle circonteription (du 4 février 1791), par ordre numérique. Paris, 1791, in-8°; 3" Remarquet historiques et critiques tur les abbayes, collégiales , paroisses et chapelles supprimées dans la ville et faubourgs de Paris, d'après U décret de l'assemblée nationale du 2 février 1791, Paris, 1791, in-8° ; réimprimé sous ce titré : Les Ruines parisiennes depuis la révolution de 4789 et années suivantes, avec des remarques historiques, Paris, 1792, in-8"; 4* prennes aux émigrét. ibtd., 1793, ln-12 , 5" le Théophilanthrope déroilé,\par Fr. J..., ibid., 1798, in-8°. Cet ouvrage fut saisi pâr la police. Toutes ces productions sont dignes d'un auteur famélique. M. Quérard (France litt., t. 4) lui attribue : 1° \.<s hommages et les vœux de la nation française présentés à IL. 4/1/. et à la famille royale, avec un Discours, 1774, ln-8°, dont l'auteur est l'abbé Jacqucmin du Valdaon , d'après le Suppl. à la France lut. de-illH, t. 5, par la Porte ; 2° Le nouveau ilissitsipi, ou les Dangers d'habiter Us bords du Scioto, par un patriote voyageur, Paris,
1791, in-8", ouvrage publié à la librairie de Jacquemart, mais qui, suivant Barbier (Dict. des anonymes, t.2), et suivant M. Querard lui-même {France litt., t. 8), a pour auteur Houx, sergent- major du district des Prémontrés. I) — n — r et P— rt.
JACQUEMIN (Jkar-Hernard), géomètre du chapitre métropolitain de Tours, naquit à Amboise en 1720. Durant le long exercice de ses fonctions, l'église de Tours ne lui présenta aucune occasion de développer ses talents comme architecte dans un ouvrage de quelque importance, et sa scrupuleuse délicatesse lui interdit , plus encore que
par lui contracté, de rien rntre-
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prendre d'élranger au chapitre qui le salariait ; mais du moins il consacra ses loisirs à des travaux utiles à l'art, travaux que sa modestie l'empêcha de rendre publics. Il a laisse' manuscrits : 1 Estai sur la structure, percussion et susptmion des cloches, accompagné de tables et de douze planches dessinées par lui. Cet ouvrage, fruit de longues méditations et d'expériences réitérées, rectifie dans ses bases les plus importantes et par une théorie complète celle qu'on trouve dans Y Encyclopédie. Les démonstrations en sont si solides et si claires qu'il eût pu devenir un guide sûr pour tous ceux qui s'occupent de la fonte des cloches. 2° Traité de géométrie pratique, remarquable par sa concision, sa lucidité et la simplicité des procédés imaginés par l'auteur, au moyen (lesquels , pour les plans levés à la boussole , on rapporte en deux heures, sur une seule méridienne, ce qu'on rapporterait à peine en huit heures par les méthodes connues qui exigent autant de parallèles que de côtés; 3" Traité de constructions de diverses espèces, accompagné de figures, tables et tarifs; ouvrage plein de vues neuves et remarquable aussi par son extrême concision; 4° un Truite de charpenterie contenant, entre autres objets, la comparaison des combles, suivant la méthode de Philibert Delorme, avec ceux des meilleurs constructeurs modernes; ensemble le nouveau système perfectionné de l'auteur qui, outre l'avantage de l'économie sur les deux précédents, concilie la légèreté de l'un avec la solidité de l'aulre. Ce travail de Jacquemin est accompagné d'une série d'excellents profils de formes de charpentes retroussées suivant ce nouveau système. J.-B. Jacquemin est mort à Tours eu 1786. C— s— d.
JACC*L'FMIN (Jacoues-Ai.exis), évéque de Sl-Dié, né à Nancy le i août 1730, entra de bonne heure dans la carrière ecclésiastique. Il remplit d'abord les fonctions de vicaire dans une des paroisses de cette ville, montra du talent pour la prédication et un grand zèle pour assister 'les criminels condamnés à mort. En 1778 il fut nommé professeur de théologie à l'université de Nancy ; mais à l'époque de la révolution, ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, il se retira en Allemagne, où il rejoignit M. de la Fare (roy. ce nom), évêque de Nancy, qui le fit son vicaire général. C'est en celle qualité que l'abbé Jacquemin rentra en France, où il courut de grands dangers sous le règne de la terreur. Lors du concordat de 1801, M. de la Fare ne donna pas sa démission, mais s'abstint de tout exercice de juridiction épiscopale dans son diocèse, et il chargea encore son vicaire général de rendre publique une déclaration à ce sujet. Plus tard Jacquemin professa la philosophie au lycée de Nancy. Après la restauration il devint secrétaire général de ta grande aumônerie. Il reçut, ' en 1823, la croix de la Légion d'honneur, et fut nommé à l'évéché de St-l)ié ; mais l'âge et les
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infirmités le contraignirent au bout de quelques années de se démettre de son siège. Il mourut le 13 juin 1832 dans sa ville natale, où il s'élait retiré avec le litre de chanoine-évéque du chapitre de St-Denis. Outre un traité imprimé De incarnatiune Verbi divini. faisant partie d'un cours de théologie qu'il se proposait de publier avec l'abbé Mezin, son collègue à l'université de Nancy, projet que les événements politiques l'empêchèrent de réaliser, on a de lui un Abrégé des mémoires de l'abbé Barruel pour sertir à l histoire du Jacobinisme, Hambourg (Nancy), 1801 ; Paris, 1817, 2 vol. in-12. Dans les premières années de la révolution, Jacquemiu fut un des collaborateurs du journal intitulé le Catholinne de Nancy. P — rt.
JACQUEMINOT (Jean-Igiuce), comte de l'empire, né à Naives-dcvant-H;ir en Lorraine, en 1738, était avocat au parlement de Nancy lorsque la révolulion commença. Ainsi que la plupart de ses confrères, il s'en déclara partisan, mais avec modération , et défendit avec courage, dès le commencement, plusieurs de ceux qui s'y montrèrent opposés. Ce fut lui qui en 1790 sauva d'une mort inévitable le général Malseigne, envoyé par le roi pour réprimer l'insurrection de Nancy, et quêtes sol lals révoltés voulaient massacrer. Plus tard, Jacqueminot sentit le besoin de se faire oublier, et par là il échappa aux périls de la terreur. Le département de la Meu the l'ayant nommé en 1707 l'un de ses dépulésau conseil des cinq-cents, en méiuc temps que Boulay de la Meurthe, il y suivit à peu près la même ligne politique que son compatriote, el jouit comme lui d'une grande faveur auprès du directoire , surtout après ta révolution du 18 fructidor an 3, où il se rangea avec beaucoup de zèle du parti des prescripteurs. Du reste il ne s'occupa guère dans celte assemblée que d'affaires judiciaires et administratives, et il se fit remarquer dans deux occasions.pir ses opinions contre la liberté de la presse, d'abord quand il s'agit de mettre les journaux sous le pouvoir du directoire, ensuite en combattant un projet de Herlier qui, selon lut, laissait trop de latitude aux journalistes. S'étant montré l'un des plus chauds partisans de Bonaparte à l'époque du 18 brumaire, il fut nommé sénateur peu de temps après, et obtint successivement la sénalorerie du département du Nord et les titres de comte de Hain et de commandant de la Légion d'honneur. C'est au milieu de ces honneurs qu'il mourut à Paris, le 13 juin 1813. Jacqueminot fut inhumé dans les caveaux de l'église Ste-Gencvièvc, alors nommée le Panthéon, et consacrée par un décret impérial à la sépulture des grands hommes. Son confrère Lacépède prononça son oraison funèbre. M— d j.
JACQL'EMONT (Victor), naturaliste et voyageur français, était né à Paris le C août 1801. Doué d'une grande facilité* et d'une intelligence remarquable, il fit de très-bonnes éludes. Il les avait l terminées à quinze ans; son père, homme iu-
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struit (1), souhaitait qu'il se destinât à la médecine. Victor, emporté par l'ardeur de cultiver les sciences qui ont pour objet la connaissance de la nature, se livra dès ce moment arec passion à ce penchant. I n accident qui manqua de lui être funeste ne put ralentir que passagèrement ses progrès sans amortir son zèle. Dans le laboratoire de chimie où il travaillait, un rase plein de cyanogène (acide prussique) se brisa entre ses mains; il respira quelques parties de ce fluide si délétère, et fut sur-le-champ atteint d'un commencement de phthisie laryngée. Les médecins désespéraient de sa tic. Il fallut qu'il renonçât à suivre les cours et qu'il allât passer le temps de sa convalescence à la campagne. Accueilli à la ('.range par le général Lafayette, ami de sa famille, il dut au séjour des champs le développement de son amour pour la botanique : « C'est à la Crange, « dit-il dans une lettre datée de 1833, que je com- « mençai à former mon herbier au mois de mai « 1818. » Ce goût, quand sâ santé fut un peu rétablie, lui fit former des liaisons avec plusieurs hommes éminents dans les sciences, et le mit particulièrement en rapport avec Bamond, dont la conversation était extrêmement attrayante et instructive. 11 puisa dans ses entretiens avec ce savant un goût très-vif pour la géologie, et depuis cette époque l'étude des plantes et des roches l'occupa principalement. Il y consacra les instants qu'il passa chez M. de Tracy à Paray en Bourbonnais, chez M. le comte Jaubcrt à llerry dans le Berry. Il y fit en 1821 avec ce dernier, à qui ces sciences étaient familières, des excursions dans les montagnes de l'Auvergne et du Vivarais, dans les Cévenncs, les Alpes du Dauphiné et de la Suisse. Vers 1821, ses rapports avec M. Jaubcrt avaient cessé : « Mais, dit-il, je lui ai pardonné « de s'être séparé «le moi , et les souvenirs de « notre amitié me sont redevenus bien doux « aussi. » Quelque temps après, des chagrins plus sérieux le déterminèrent à quitter la France : «J'étais alors, écrit-il plus tard à son frère, « M. Porphyre Jacquemont, au faite des malheurs « de la vie. » Ce frère l'accompagna jusqu'au Havre, où, le 3 novembre 1826, il s'emban|ua pour les États-Unis de l'Amérique du Nord. Il allait y joindre un autre de ses frères, M. Frédéric Jacquemont. 11 parcourut une partie des États du Nord et du Canada, vit le saut du Niagara, manqua de se noyer dans la rivière de ce nom, et navigua sur le lac Frié. A Philadelphie un incident inattendu le décida à un nouveau voyage. Un Français avait tenu des discours qu'il jugea offensants pour les siens et pour lui-même; les lois des États-Unis ne lui laissaient pas la possibilité de l'appeler en duel. Il lui douna, par une lettre, rendez-vous dan» l'Ile d'Haïti, où il arriva le 18 février 1827; son frère Frédéric était alors au Portpi J*ct)uejnc.nt p*r» , ancien cM de l'instrurtl n publique et
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au-Prince; Victor Jacquemont passa trois mois dnns ce pays, attendant inutilement son adversaire, mais ne négli geant pas l'histoire naturelle. Il rapporta en France de belles collections de plantes et de roches. Ce séjour dans une partie d'Haïti, mal famée parmi les Furopéens pour sa salubrité , lui fit prendre confiance dans sa santé, qui n'avait nullement été altérée; et, résolu de profiter de cet essai , il rédigea un plan de voyage aux Indes orientales , qu'il soumit aux professeurs du muséum d'histoire naturelle, L'intrlligence qid avait présidé à la formation de ses collections , connues de plusieurs d'entre eux , détermina l'approbation de son plan ; il est nommé voyageur naturaliste du gouvernement. Aussitôt il se prépare à son départ, et muni de lettres de recommandation de ses amis de Paris , il court à Londres. Quelques semaines passées dans cette capitale suffirent pour faire apprécier ce qu'il valait ; il s'assura ainsi d'avance dans l'Inde de puissantes protections auxquelles il dut plus tant de pouvoir poursuivre sans obstacle ses recherches dans (les contrées où la plupart des Furopéens étrangers à l'Angleterre, et même des habitants des Ti ois-Boyaumes ne sont pas admis indistinctement. Deux ans avant son départ pour l'Inde il ignorait l'anglais; il l'avait appris aux États-Unis. Il s'embarqua sur la corvette fa Zélée qui appareilla de Brest le 20 août 1828 : « Je suis • content, écrit-il à son frère Porphyre; te dire « que ma satisfaction ne soit grave et sérieuse , « cela est inutile. Il y a lutte au dedans de moi. « Ma réflexion doit combattre mes impressions « instinctives les plus vives, mais elle les domine, « si elle ne les fait taire... Maintenant en regar- « dant l'avenir devant moi , je vois une pente plus « ou moins égale , mais constante , qui me conduit « nécessairement vers une position honorable et « satisfaisante dans ce monde. C'est toi. Porphyre, « qui m'as jeté dans cette progression nouvelle » de bonheur. Tu es la cause de ce que je serai , « de ce que je ferai à présent; je ne regrette plus « rien du passé. » Le navire n'arriva qu'en mai 1829 à Calcutta. Durant cette traversée de neuf mois, il avait relâché à Ténérifle, à Rio de Janeiro, au cap de Bonne-Fspérance, à Bourbon, à Bondichéry. Les lettres de Londres et de Paris dont Jacquemont était porteur lui valurent un accueil bienveillant et flatteur de la part des principaux personnages de l'Inde anglaise. Cet accueil ne se démentit jamais. « Des recommandations hono- « rables que j'apportais, écrit-il à M. Victor de « Tracy, m'ont ouvert toutes les maisons respec- « tables. J'ai choisi celle où je pensais devoir être >< le plus libre pour me livrer sans partage à mes « études; telle avait été la prévoyance de me* « amis , qu'il n'est pas un seul homme en ce pays, « que je n'y aie vu avec plaisir et profit , auquel » Je ne me fusse adressé directement d'Europe. » Parmi les personnes qui lui témoignèrent de l'amitié, nous uous contenterons de citer lord Wil-
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liam Bentinck, gouverneur général de l'Inde. Jac- <|iiciiion! »e montra reconnaissant : « C'est, dit-il, « l'homme qui fait peut-être le plus d'honneur à « l'Europe et à l'Asie. » Sans se laisser distraire par les passe-temps agréables que lui ménageait l'obligeance de ses hôtes, il profita des six mois qu'il resta à Calcutta pour prendre connaissance des collections d'histoire naturelle qui s'y trouvent, pour consulter tous les ouvrages publiés sur l'Inde, dans celle ville, à Bombay, à Madras, et les volumineux recueils imprimés en Angleterre, pour apprendre l'hindoustan et le persan, pour se familiariser avec les mœurs et les usages du pjys. Ses préparatifs terminés, il se mit en route le 20 novembre, avec un train qui est indispensable dans ces contrées et dont il est le premier à plaisanter. Il marchait vers l'ouest : le 31 décembre Jacquemont entra dans Bénarès, la cité sainte des Hindous; le 23 janvier 1830, il visitait les mines de diamant de Panna , en ttondlecoùnd ; puis continuant son voyage , le 20 février il était à Agra ; le 10 mars suivant à Dehli, où il fut présenté au Grand Mogol. Après nvoir quitté Dehli, cheminant au nord, il atteint Herdounr, lieu de pèlerinage célèbre, a l'endroit où le Gange sort des montagnes; puis, gravissant les différents gradins de l'Ilimalaïa , il pénètre à Djamnautri , aux sources de la Djeranah ; le 25 mai il était entouré de sommets couverts de neiges perpétuelles. Le 10 juin il eut la bonne fortune de rencontrer, à Pérali, James Gérard, depuis longtemps accoutumé aux courses dans ces montagnes {wy. Gérard). Le 21 juin il fut fêté à Simlab par M Kennedy, officier d'artillerie anglais, qui commandait dans ces cantons. Le gouvernement britannique y laisse l'apparence de la souveraineté à une quantité de roitelets qu'il empêche de se nuire réciproquement et de pressurer leurs sujets. Ces ombres de potentats rendirent de grands honneurs a Jacquemont, qui, avançant toujours, franchit le 15 juillet le ghàt ou col de Borendo, et descendit le long des flancs septentrionaux de l'Ilimalaïa, dans la vallée du Setledje supérieur. Il s'approchait de la frontière de l'empire chinois; il ne put aller vers l'est au delà de Bekhar dans le Tibet, où, le 15 août, un officier de cet État lui enjoignit de retourner sur ses pas; il essaya, en se dirigeant vers l'ouest, d'être plus heureux. Au milieu de ces cantons reculés il éprouva un plaisir bien réel en recevant une lettre du général Allard, qui, de Lahore, lui faisait de» ofTres de service auprès de Bendjit-Singh, maharadjah des Seikhs; c'était d'un heureux augure pour les projets futurs du jeune voyageur. Toutefois sa tentative pour entrer sur le territoire chinois, dans le voisinage de Lan, échoua le 2 septembre; le village de Kanaour, d'où il écrivit, est à trois mille sept cents mètres d'altitude. Il avait causé à Kanera , autre village de ce pays, avec M. Csoma de Kœrœs, Hongrois qui a passé plusieurs années dans le Tibet pour en étudier la
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langue. Retournant alors vers le sud , Jacquemont repassa l'Ilimalaïa ; le 23 octobre il revit Simlah; le 1er novembre Sabathou; le 21 un messager lui remit à Chahranpour, dans les plaines de l'IIindoustan , une Gatette de Calcutta qui annonçait les événements de juillet. Jacquemont les avait prévus -. il se bftta d'arriver à Mirât, grande station militaire entre le Gange et la Djeinnab. Tous les officiers civils et militaires se réunirent pour lui donner une IV te : à cette occasion il y prononça en anglais un discours qui prouve une grande facilité à s'exprimer dans cette langue; il témoigna convenablement sa reconnaissance et enleva les suffrages de ses auditeurs ; puis il se rendit à Dehli, et, en mars 1831 , entra dans le Pendjab. Rendjit-Singh prit en amitié le jeune Français, avec lequel il pouvait causer des sciences, de la philosophie , des arls et des usages de l'Europe. Ce souverain , peu tempéré dans ses habitudes, voyant que Jacquemont était aussi sobre que laborieux et instruit, conçut pour lui un intérêt qu'il manifesta par de» dons , des largesses, des témoignages d'affection. Jacquemont eut la permission d'aller où il voudrait : des lettres patentes recommandaient de le bien traiter; des escortes lui furent données. Sans la protection et la munificence du maharadjah, Jacquemont, avec tles finances très-bornées et hors des limite» de la domination anglaise, n'eut pu poursuivre ses recherches dans cette partie de l'Inde ; comblé de» bienfaits de ce prince, il lui fut possible de les continuer. Toutefois le gouverneur d'une forteresse dan» les montagnes au nord du Pendjab eut le tort de l'arrêter et d'extorquer de lui une somme de cinq cents roupies (douze cent cinquante francs) : il lui eût même fait un mauvais parti sans l'assurance et le sang-froid du jeune voyageur, qui finit par lui inspirer du respect. ftendjit-Singh , instruit de ce méfait, dédommagea Jacquemont de ses pertes; et, à sa sollicitation , se contenta de chasser le bandit et de lui enlever tout ce qu'il possédait ; (Uns le premier moment il avait ordonné qu'on lui coupât le nei et les oreilles s'il se présentait à Lahore. « La ma- « nière dont le roi parle de moi dans ce flrman , « dit notre jeune compatriote, exprime une grande « considération, une bienveillance réelle, et a « produit ici un effet merveilleux. » C'est du Cachemire, qu'il écrivait ainsi à son père; il était entré dès les premiers jour» de mai dans cette contrée, que deux Européens seulement avaient décrite avant lui : François Bernier en 1664, George Forster en 1782 (voy. Berkier et Forster). Le gouverneur se montra très-empressé à le servir en tout, et Jacquemont dirigea comme il voulut ses investigations; il remonta vers l'est jusqu'aux sources du Djalem. Il aurait bien voulu traverser les montagne» de ce côté pour descendre dans le bassin du Setledje; les obstacles physique» l'empêchèrent d'effectuer ce dessein. Il Ht une excursion ver» le nord, revint à Serinagor, capitale du
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Cachemire, sortit de ce pays en septembre, par le col de Pyr-Panhâl, et passa près du général Allar huit jours à Amritsir, Tille sainte des Seikhs : il eut la une audience particulière de Rendjit-Singh, qui lui offrit la vire-royauté du Cachemire : ■ Je « me moquai beaucoup de lui et de sa proposition, « qui n'était sans doute qu'un piège pour eonnal- « tre ma pensée. Il me plut davantage encore qu'à i mon passage à Lahore, sans doute par les ca- « resses qu'il me lit » (lettre à son père, du 19octohre). Invité par ce prince à l'accompagner dans l'entrevue qu'il allait avoir avec le gouverneur général de l'Inde , à Roupour, sur les rives du Setledje, il montait un éléphant qui marchait côte à côte avec celui de Rendjit-Singh, et discourait comme un oracle avec lui. « Comme il n'y « avait pas la plus petite herbe à ramasser dans « les plaines sablonneuses et brûlées que nous « traversions, je ne regrettais pas de ne pouvoir
« m'arréter selon ma fantaisie Ce 21 octobre
« j'ai pris de mon cher Rendjit-Singh mon congé « définitif. Notre dernière entrevue fut longue et « infiniment amicale. Rendjit me fit mille caresses; « il me prit et me serra les mains plusieurs fois, « aux tardées les mieux servies de Hnllerie, où, « sans le chercher, je mettais un peu de senti- « ment; je ne laissai le roi qu'à la nuit noire, lui « laissant tous mes vœux pour sa gloire et sa pro- « spérité, et emportant, en échange de ces paroles « dorées, un khélat (habit d'honneur) magnifique. - En revenant à ma lente, je trouvai que le roi y « avait envoyé en outre un présent de cinq cents « roupies. « Muni d'un firman de Rendjit-Singh et d'un autre du colonel Wade, agent du gouvernement britannique près des chefs seykhs indépendants, Jacquemont, se dérobant modestement aux pompes qui l'attendaient sur les bords du Setledje, prit la route de Mondi, où il visita les* mines qui présentent beaucoup d'intérêt géologique : le radjah, que Rendjit lui avait dépeint comme le plus récalcitrant de ses vassaux des montagnes, fut pour lui très-amical. Le 9 novembre Jacquemont repassa le Setledje . et à sa grande satisfaction se trouva de nouveau sur le territoire britannique. Son nombreux équipage lui devenant inutile, il renvoya chez eux tous les Seikhs qui formaient son escorte, et qui, à sa recommandation, furent récompensés; il rencontra ses anciens amis à Sabathou, à Simlah, à Dehli, 911 il revint le 16 décembre. Il y vit M. Alexandre Burnes, à qui nous devons un voyage intéressant dans les pays de l'Asie compris entre l'Indus et la mer Caspienne, et qui fait de lui une mention honorable. C'était assez à temps pour rejoindre à quelques lieues le camp du gouverneur général qui venait de quitter la ville impériale: « J'ai passé, « dit-il, deux journées charmantes avec lord et lady « William Rentinck. » Revenu ensuite pour quelques jours à Dehli , afin de faire embarquer sur la Djemnah ses collections de tout genre, il exprime, dans ses lettres, l'esiwir de terminer heu-
reusement le voyage qu'il va entreprendre dans les contrées méridionales de l'Inde. Il quitta cette ville le Li février 1832, passa par Firouzpour, Rjeypour, la ville la plus magnifique de l'Inde, Adjmir, Tchittore, Otidjein, Indore, Mondleisir; il avait ainsi traversé le Radjooutana, le Mevar, le Mulva, le Kandetche; à Mondleisir, ville la plus chaude de l'Inde, il rentra dans la zone torride, et au delà d'Assirgour, fameuse forteresse, il fut bientôt dans le Dekhan, qui est la partie de l'Inde au sud de la Nerheddah ; il y vit successivement Adjinlah, Aurengabad et Daouletabad; il visita les ruines merveilleuses d'Rlora Le 22 mai , il écrivit de ce lieu célèbre à son père : « Entre les monc tagnes de Vindhia et celles d'Adjintah, dans tes « vallées de la Nerbeddah et du Tapti, je m'étais « habitué parfaitement à 42 et -43 degrés de cha- « leur; j'avais presque fini par trouver qu'il n'y «v avait rien de trop. » Jusque-là, malgré ses grandes fatigues, sa santé n'avait pas été altérée; il avait su, par un traitement que lui suggérait son jugement droit, et en faisant usage des ressources que les lieux lui fournissaient , se débarrasser des atteintes de quelques maladies. Mais il n'en fut pas de même quand, après avoir passé le f.odaveri et s'être approfhé des sources de la Kistnah ou Chrichna , sur le revers oriental d< s Ghàts, il eut séjourné quelque temps à Pouna, dans la saison dts pluies. Tout dans ce monde est mêlé de bonheur et de malheur. Il venait d'apprendre le 16 juillet qu'il était nommé chevalier de la Légioa d'honneur; peu de jours après, une attaque violente et soudaine de dyssenterie le retint plusieurs jours dans son lit et lui causa des douleurs cruelles. Après sa guérison , il visita l'Ile de Salsetle pour en étudier les roches, et fut forcé d'aller beaucoup au soleil, sur cette côte insalubre, dans la saison la plus malsaine de l'année; il en résulta du malaise dont il se plaint dans sa dernière lettre; il arriva épuisé à Bombay le 29 octobre, et dès le lendemain il fut obligé de garder le lit. Il reçut de M, J.Nicol, négociant anglaisqui l'avait logé chez lui, des soirts qu'il n'aurait pu attendre que d'un vieil ami. Cependant , au bout de quelques jours, il quitta la maison de ce négociant pour se faire transporter dans un appartement commode et spacieux, au quartier des officiers malades. R avait connu tout de suite la nature de son mal , il en prévit l'issue. Dans sa dernière lettre adressée à son frère, M. Porphyre Jacquemont, en date du 1" décembre , il s'exprime ainsi : « Il y a trente- « deux jours que je suis arrivé ici fort souffrant « et trente et un que je suis au lit. J'ai pris dans les « forêts empestées de l'Ile de Salselte, exposé à « l'ardeur du soleil dans la saison la plus malsaine, « le germe de cette maladie, dont au reste j'ai « reçu souvent, depuis mon passage à Adjmir en « mars, des atteintes sur la nature desquelles je « m'étais fait illusion ; c'étaient des inflammations « du foie. Les miasmes pestilentiels «le Salsetle » m'ont achevé. Dès le début du mal, j'ai fait mon
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« testament et régie1 mes affaires Tu devras
« trouver quelque consolation dans l'assurance « que je te donne que, depuis mon arrive'e ici, je « n'ai cessé d'être comblé des attentions les plus « affectueuses et les plus touchantes d'une quan- « tité d'hommes bons et aimables. Ils viennent « me voir sans cesse, caressent mes caprices de « malade, préviennent toutes mes fantaisies... « L'excellent Mac-Lennan (son médecin) a pres- « que compromis sa santé pour moi...; la maladie « heureusement lire à sa fin qui peut m'étre fatale, » quoique ce soit plus probable ainsi ; » puis il dit adieu à son frère, l'engage à consoler leur père, et finit ainsi : « Adieu ! oh ! que vous êtes aimés « de votre pauvre Viclor ! — Adieu pour la der- « niére fois ! étendu sur le dos, je ne puis écrire « qu'avec un crayon; de peur que cps caractères « ne s'effacent , l'excellent M. Nieol copiera cette « letlre à la plume, afin que je sois sûr que tu « puisses lire mes dernières pensées. » Il signe et ajoute : « J'ai pu signer ce que l'admirable M.Nirol « a bien voulu copier. Adieu encore, mes amis ! « Le 2 décembre. « Pendant tout le temps de M maladie, Jacquemont conserva une tranquillité et un contentement parfaits. I.e 7 décembre, à six heures du soir, il expira entouré de M.^JicoI et de SI. Ilac-Lennan, et garda, jusqu'au dernier moment, l'usage de ses facultés. Le lendemain au soir, il fut enterré avec les honneurs militaires, comme chevalier de la Légion d'honneur : les membres du gouvernement et beaucoup d'autres personnes assistèrent à son convoi. Une épitaphe très-simple, qu'il avait indiquée la veille à M. Nteol, fut gravée sur la pierre qui couvre sa tombe. Grâce aux soins de cet excellent homme, tous les objets d'histoire naturelle laissés à Bombay par Jacquemont, ses papiers et d'autres objets furent expédiés en France. On a de Jacquemont: \°\otesur le gitementdu gypse dans les Alpet (insérée dans les Annales des sciences naturelles. 1824, t. 3). Ce petit écrit annonçait déjà, au jugement des géologues, beaucoup de sagacité et d'instruction. 2° Correspondance de Victor Jacquemont avec sa famille et plusieurs de ses amis, pendant son toyage dans Hnde (1828-1832), Paris, 1834; ¥ édit., 1833, 2 vol. in-8°, avec le portrait de l'auteur et une carte lithographiée de l'Inde. Ces deux volumes renferment cent lettres. On en a donné une nouvelle édition, augmentée de lettres inédites, Paris, 1841, 2 vol. in-18. On y lit des détails piquants sur son voyage, sur ses aventures avant de quitter la France, sur tout ce qui le concerne personnellement. Elles ont obtenu un très-grand surcès chez nous : elles ne contiennent de science que juste ce qu'il faut pour ne pas ennuyer les gens du monde; néanmoins elles sont instructives. Celles même qui sont adressées à des savants ne s'appesantissent pas sur les objets de leurs études. Plusieurs «le ceux-ci en ont reçu qu'ils n'-ont * pas livrées à l'impression. Son père, dans l'effusion de son amour pour un fds si distingué, aurait
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voulu en faire paraître des fragments à mesure qu'elles lui parvenaient; M. Porphyre Jacquemont combattit cette idée. Victor l'en remercie le 11 avril 1831 : * Tu as eu raison de l'opposer « à ce qu'on publiât aucune partie de mes lettres. « Il est impossible qu'elles ne soient pas écrites « avec trop de négligence pour plaire à d'autres « qu'à des amis. » Il ajoute que ces publications sont prématurées, sinon indiscrètes. Ce livre a été jugé trop sévèrement en Angleterre par des hommes qui ne l'ont pas compris: ils ont cru que Jacquemont se posait comme un homme àbonnes fortunrs, et se vantait de ses succès auprès de dames très-respeclables. Tout homme raisonnable ' n'y verra que l'effusion de sentiments bien naturelle à quiconque éprouve une vive satisfaction, quel que soit son Age. Il ne tarit pas dans les témoignages de sa gratitude pour les bontés dont lord et lady William Bentinck, ainsi que d'autres Anglais habitants de l'Inde, l'ont comblé. M. l' urnes, dont nous avons cité le nom plus haut, rend justice à Jacquemont. Il parle de lui comme d'un homme très-agréable en société; il ajoute qu'il était très-réservé sur tout ce qui concernait son expédition, mais si bien au fait de toutes les nouvelles de l'Inde supérieure, qu'on aurait en de la peine à le prendre pour un étranger. « Ce jeune « Français, dit-il, a laissé dans l'Inde beaucoup « d'amis pour pleurer sa perte. Je ne crois pas « que les lettres publiées peut-être prémalnré- « ment par sa famille, depuis sa mort, suffisent « pour le faire connaître convenablement. Atten- « dons le résultat de ses recherches savantes. ■ (t. I" de son voyage, 2« édition, p. 183). On reconnaît , en lisant la correspondance de Jacquemont , qu'il a pour son père un profond respect et une vive tendresse; ses frères ont une part égale à son affection ; tous ses amis lui sont chers, son attachement pour eux est ardent et ne se ralentit dans aucune occasion ; il regrette que quelques-uns se soient éloignés de lui. Un point est blâmable dans cette correspondance , nous y reviendrons plus tard. 3° Voyage dans l'Inde pendant les années 1828 à 1832, in-fol. avec planches, Paris, 1835, et 184i, 6 vol. grand in-4", dont deux de planches. Ce livre contient des détails précieux sûr la géologie et la botanique, sur l'aspect physique de l'Ilindoustan , du Cachemire et de quelques cantons du Tibet , des observations sur l'ethnographie, des remarques sur l'état moral et politique des pays et des peuples. Si les jugements de l'auteur paraissent parfois hasardés, du moins sa franchise lui sert d'excuse, mais on ne peut qu'applaudir dans des occasions nombreuses à sa sagacité; il la manifeste de même dans sa correspondance. Ses opinions sont démocratiques; mais il trouve que l'affranchissement des anciennes colonies espagnoles a été un malheur pour elles, parce qu'elles n'étaient pas préparées à un régime d'indépendance et de liberté. Haïti, quelque grossière que soit son organisation politique,
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lui parait encore la république ou plutôt le gouvernement modèle parmi tous ces nouveaux États: c'est le seul où l'on ne se tue pas sans cesse. Il dit mie la domination des Anglais est bienfaisante pour les contrées où ils l'exercent dans l'Orient, et 6e moque cordialement des rêves que l'on débite à Paris sur ce sujet. IL dit ailleurs : « J'ai ri et « beaucoup, et d'autres Européens aussi ont ri des « grandes phrases orientales du général Lamar- « que sur la Russie, le Balkban, le Caucase, la « Perse, la Chine, et la cruelle oppression que font » peser sur cent millions d'Indiens, prêts à se ré- « volter, les perfides insulaires; je souhaiterais « que l'ordre légal allât son train à Paris comme « du cap Comorin aux cimes de l'Ilimalaïa. » S.s réflexions sur la révolution de juillet sont remarquables. 11 demande ce que ses amis, qui ont regretté son absence dans cette circonstance, eussent pu faire raisonnablement de lui, qui se sent incapable d'occuper convenablement un emploi politique. 11 fait preuve de bon sens en littérature; l'annonce des spectacles, au bas des gazelles de Paris, lui apprend comment la scène a été envahie par des pièces monstrueuses : « Tout cela est « de bien mauvais goût. En mettant sous la remise « les Grecs, les Romains el les marquis de notre « vieux théâtre, nous n'avons pas été heureux « dans le choix de leurs successeurs. » Il les appelle ileisieursde l'horrible. Dans toute sa COrrespondance on ne lit pas une seule phrase désobligeante pour qui que ce soit. 11 s'exprime trèsgaiement sur quelques actions de Rendjit-Singh; c'est que ce prince se permettait en public, dans sa conduite, des écarts par trop scandaleux.— Le plaisir que l'on éprouve à la lecture des lettres de Jacquemont est péniblement interrompu par son septicisme poussé jusqu'à l'incrédulité la plus prononcée. Ces mêmes sentiments se retrouvent dans son grand ouvrage. Probablement il eût changé ces passages avant de présenter son livre au public. Adrien deJussieu a fait imprimer, dans les Soutelles annales du muséum d'histoire naturelle (t. i, p. 360), une notice sur Jacquemont, dont il fut l'ami. Elle nous a été utile pour la rédaction de cet article : nous en emprunterons encore quelques traits: « Personne ne<*avait mieux « que Victor Jacquemont inspirer l'apillié : les
- souvenirs qu'il a laissés partout l'attestent : son
• esprit original, prompt à saisir les ridicules, et v à soutenir en jouant le paradoxe, son caractère
- Irnp indépendant pour se soumettae toujours à
• tous les ménagements minutieux Imposés par « la société, ont pu sans doute ef!ra ver quelquefois « et éloigner momentanément de lui ceux qui le
• connaissaient mal : on ne se sentait ensuite que « plus attiré vers lui, on lui savait plus de gré m d'une bonté et d'une sensibilité vraies qui ne se « trahissaient jamais sans se montrer d'une bien- ■ veillance qui n'était jamais banale, mais souvent « ingénieuse ; surtout on était flatté de son ami- « lié, parce qu'on le savait juge éclairé et difficile.
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«■ Son instruction variée et solide, avec son origi- •■ nalité d'aperçus et d'expressions, donnait à sa « conversation un piquant intérêt, que se rappel- ■ lent tous ceux qui en ont joui. Il avait le vrai « courage, celui de tous les moments, qui réflé- « chit et agit vite en présence du danger, qui ne o le recherche ni le craint. » Les figures des coupes de terrain, les vues de villes, de villages, de montagnes et de paysages, les portraits, sont gravés d'après les dessins de Jacquemont. En 1852, 11. de Warren a publié une notice sur la vie et les œuvres de V. Jacquemont, Nancy, in- s . En recon • naissance des services que Jacquemont a rendus à la science, deux genres de plantes ont été établis sous le nom deJacauemontia, l'un appartenant à la famille des composées, tribu des Sénecionidées, et comprenant quelques espèces de l'Iode publiées dans l'histoire de son voyage; l'autre, faisant partie de la famille des convolvulacées, est composée d'espèces américaines. E — s.
JACQUES (Saint), dit le Majeur, l'un des douze premiers apôtres, naquit dans le bourg de Belhsaïde, en Galilée. Son père était un pécheur nommé Zébédée, et sa mère, Salomé, l'une des saintes femmes qui ensevelirent le corps du Sauveur. L'Evangile nous apprend que Jésus, passant le long de la mer, vit Jacques et Jean, son frère, assis près de leur père dans une barque , occupés à raccommoder des filets, et que les ayant invites à le suivre, ils obéirent à l'instaut même. St-Jacques fut témoin, avec son frère el St-Pierre, de la transfiguration de Jésus sur le mont Tbabor, et reçut d'autres preuves encore de l'affection particulière de son divin maître. Peu de jours avant l'entrée de Jésus à Jérusalem, Salomé s'approcha de lui, et, l'ayant adoré, le pria d'ordonner que ses deux fils fussent assis dans son royaume , l'un à sa droite et l'autre à sa gauche. Cette demande excita l'indignation des disciples; mais Jésus les apaisa en disant : « Que celui qui « voudra être le premier d'entre vous soit le ser- « viteur des autres ». Si- Jacques accompagna Jésus dans le jardin des Oliviers; mais, l'ayant vu saisir par les hommes arm ■' - que conduisait Judas, il s'éloigna promptement, et sortit de Jérusalem, ne s'y croyant pas en sûreté. Après la résurrection du Sauveur, il revint dans cette ville, et, ayant reçu le St-Esprit, commença à prêcher l'Evangile avec tant de zèle, que les principaux des Juifs demandèrent sa mort. Hérode Agrippa, qui cherchait tous les moyens de gagner l'affection du peuple, cita le saint apôtre à son tribunal, et le condamna à périr par le glaive, l'an 44. Celui qui l'avait accusé , ayant vu comment il avait rendu témoignage à Jésus-Christ, en fut touché et confessa qu'il était aussi chrétien. On les mena tous deux au supplice; chemin faisant, l'accusateur pria St-Jacques de lui pardonner. L'apôtre, après y avoir un peu pensé, lui dit i La paix soit avec vous ! et le baisa. Ainsi ils eurent tous deux la tête coupée (Fleury, HUt. ecclis. , Ilv. i , paragT. 14),
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Ce fut le premier des apôtres qui eut le bonheur de verser son sang pour la foi. La mémoire de cet illustre martyr est honorée le 23 de juillet. On montre encore à Jérusalem le lieu de son supplice, sur lequel a été bâti un couvent d'Arméniens, dont l'église est fort riche et fort élégante (Itinéraire de M. de Chateaubriand, t. 2, p. 247). Cependant les Espagnols regardent St- Jacques comme leur apôtre, et ils se flattent, d'après une ancienne tradition , de conserver son corps dans la cathédrale de Compostelle; c'est, comme on sait , l'un des plus fameux pèlerinages de l'Europe. Bivar, dans ses notes sur la fausse Chronique de FI. Dcxter, rapporte qu'en 1305 on trouva sur une montagne du royaume de Grenade un Evangile et quelques autres livres écrits de la main de St-Jacques sur des plaques de plomb. Ces ouvrages apocryphes ont été condamnes par le pape Innocent XI, en 1682 : mais c'est en vain que les plus savants critiques, s'appuyant du texte précis des Acte* des apôtres, ont cherché à démontrer qu'il était impossible que St-Jacques eût prêché l'Evangile en Espagne; les Espagnols ont continué d'appuyer cette prétention par des ouvrages dont la liste remplirait plusieurs colonnes (Voyez les titres des principaux dans la Méthode pour étudier l'hiitoire, par Lenglet-Dufrcsnoy, art. Met. ecclét. d'Espagne}. Le P. Cuper a réuni dans les Aeta sanctorum (6* vol. de juillet) toutes les raisons favorables au système des Espagnols, pour lequel il penche évidemment par respect pour l'antiquité de la tradition. L'ordre militaire de St-Jacques fut Institué en 1170, sous le règne de Ferdinand il, roi de Léon et de Castille, pour proléger les pèlerins qui accouraient en foule visiter les reliques du saint apôtre. Fr. Caro de Toris a écrit VMttoire de cet ordre célèbre (eu espagnol), Madrid, 1629, in-fol. W— s.
JACQUES (Saist) le Mineur, surnommé le Jutte, était fils d'Alphéc et de Cléophas ou Marie, sœur de la Ste-Vierge; et c'est d'après la coutume des Juifs que l'Évangile lui donne le nom de frère du Seigneur, quoiqu'il ne fût que son cousin. Il fut saint, c'est-à-dire consacré à Dieu dès le ventre de sa mère : il ne but jamais de vin ni ne mangea d'aucun animal; le rasoir ne passa point sur sa tète; il ne se baignait ni ne se frottait point d'huile, grande austérité dans un pays chaud : il avait seul la permission d'entrer dans le sanctuaire, parce qu'il ne portait point de laine, mais seulement du linge. Dans le temple on le trouvait continuellement à genoux, demandant pardon pour le peuple (Fleury, Mst. ecclét. , liv. 1 , paragr. S). Jésus l'appela, la seconde année de sa prédication, et accorda la même faveur à St-Judo, son frère. Après l'ascension du Sauveur, les apôtres le mirent à la téte de l'Église de Jérusalem; et il la gouverna, pendant vingt-neuf ans, avec une sagesse qui fut admirée même de ses ennemis. Dans le premier concile de Jérusalem, il prit la parole après St-Pierre pour démontrer que les
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gentils ne devaient point être obligés, comme prétendaient quelques disciples, de se conformer aux pratiques légales établies par Moïse. Cependant les progrès du christianisme alarmèrent les chefs de la synagogue; et ils résolurent de faire mourir St- Jacques, que tout le peuple chérissait pour sa douceur et sa piété. Le grand pontife Ananiis, que l'histoire représente comme un homme hardi et entreprenant, profita de l'absence du gouverneur romain pour exécuter ce projet criminel : il cita St-Jacques devant le sanhédrin, et, après lui avoir reproché sa conduite, l'invita à détromper le peuple qu'il abusait , et à déclarer que Jésus n'était point le Fils de Dieu. Le saint apôtre lui ayant répondu avec une juste indignation , Ananus le fit précipiter de la terrasse du temple. Malgré les vives douleurs qu'il ressentait de sa chute, Sl-Jacqucs s'appuya sur ses genoux et leva ses mains au ciel; mais tandis qu'à l'exemple du divin Maître il priait pour ses ennemis, un ibuloH lui frappa la tête de son levier, et le tua l'an 62 de J.-C. L'Eglise célèbre la féte de St-Jacques le 1er mal. On a de lui une Kpttre qui tient le premier rang entre les canoniques ; elle est adressée aux douze tribus dispersées, et St-Jacques s'y propose de prouver que la foi n'est rien sans les bonnes œuvres : on croit que cette épUre fut d'abord écrite en grec. On a encore sous le nom de St-Jacques un Proléeangile ou Evangile de l'enfance de Marie. Mais l'Eglise a rejeté cet écrit comme apocryphe. Le fameux Guillaume Postel le rapporta de l'Orient, et en publia une version latine en 1552, in-8". Cette version fut insérée avec le texte grec dans la seconde édition des Orthodoxographi ; et Jean Alb. Fabricius l'a réimprimée dans son Codex apocryphus Non Testamenti. Enfin on attribue au même apôtre une Liturgie que Claude de'Sainetes publia en grec, Paris, 1500, in-fol., rare, et dont il parut une version latine, la même année, Anvers, in-8°(roy. CtALDE de Saincles). Léo Allatius et le cardinal Dona se sont efforcés de prouver que St-Jacques est réellement l'auteur de cet ouvrage; mais cette opinion n'a trouvé aucun partisan parmi les érudits. W — s.
JACQUES DE IS'ISIBE (Saint) est un personnage plus célèbre que bien connu : sa vie, telle que nous l'ont transmise les écrivains ecclésiastiques, n'est qu'un tissu de faits incroyables. Les Grecs célèbrent sa mémoire le 13 janvier et le 31 octobre, les Syriens le 18 janvier, les Arméniens le 13 décembre : il est marqué dans nos martyrologes le 15 juillet. Il naquit dans le 3e siècle, à Antiochc de Mygdonie ou Kislbe, ville de Mésopotamie, qui était alors soumise à la domination romaine. Les Arméniens prétendent que sa mère était sœur de St-Grégoire l'Illuminateur, premier patriarche et apôtre de l'Arménie. Son origine se rattacherait alors, de cette façon, à celle de la race royale des Arsacides. On ignore les premiers événements de sa vie : ses historiens noua ap-
prennent seulement quV'pris d'un grand amour pour la vie solitaire, il se retira fort jeune dans les montagnes des Curdes, où , vivant dans les forêts, sans habitation G\e, il ne s'occupait que de pieuses méditations. Une caverne cachée au milieu des rochers était sa seule retraite dans l'hiver; il n'avait pas d'autre nourriture que des herbes, des racines, et des fruits sauvages, et un manteau de poils de chèvre formait tout son vêlement. La plus grande partie de sa vie se passa ainsi dans une extrême austérité : on raconte <|uc dans sa solitude, Dieu opéra en sa faveur un grand nombre de miracles, et qu'il se manifesta même à lui plusieurs fois. Ce fut un événement de ce genre qui vint l'arracher à son ermitage, et l'élever au siège de Nisibe. Un jour qu'accablé de macérations il priait Dieu d'appesantir encore davantage sur lui ses rigueurs, il eut une vision ; Dieu lui dit : « Ne tourmente pas davantage ta « chair : marche; je te donnerai un signe pour h opérer des miracles et amener les hommes à la « foi. » Jacques se prosterna, et descendit de la montagne, pour aller consulter Marougé, célèbre anachorète qui habitait dans les mêmes vallées. Il trouva en chemin un torrent rapide qu'il traversa miraculeusement. Ayant rencontré des paysans occupés dans les champs : « Ojie faites- « vous là, mes frères? leur dit-il. Nous plantons « des épines, répondirent-ils en riant. Il en sera n effectivement comme vous le dites, répliqua le « saint ; » et leur vigne se changea aussitôt eu épines. Il arriva bientôt auprès de Marougé, qui lui dit en l'embrassant : « Je te salue aujourd'hui « comme mon frère; je le saluerai demain comme « .pasteur du peuple de Dieu. » Effectivement , l'évêque de Nisibe mourut alors : les principaux habitants de Nisibe, divisés sur le choix d'un successeur, vinrent trouver Marougé, pour qu'il les éclairât dans leurs décisions. Cet anachorète leur proposa St-Jacques, qu'ils s'empressèrent de conduire à Amid, où il fut sacré par le patriarche d'Antioche. St-Jacques revint bientôt après à Nisibe, pour gouverner son troupeau : il y opéra encore un grand nombre de miracles plus étonnants les uns que les autres. Profitant d'un moment où sa présence était moins nécessaire dans son diocèse, il fit un voyage dans l'Arménie, pour aller visiter sur le mont Ararat les lieux où l'arche s'était arrêtée. Ce voyage fut encore signalé par beaucoup de miracles. A son retour il passa par la province de Dosb ou Thoipites. en Arménie; il s'y arrêta auprès d'une source dans le voisinage d'une ville appelée Arlémita, où il trouva des jeunes filles qui lavaient leurs robes : elles se conduisirent avec tant d'indécence en présence du saint, qu'il leur donna sa malédiction, lit tarir les eaux de la source et blanchir les cheveux des jeunes filles. Informés de ce châtiment, les habitants du pays coururent après St-Jacques pour le prier de révoquer son «millième. Le saint se contenta de faire reparaître la source ; mais les
cheveux des jeunes filles reslèrent blancs pour rappeler à ce peuple la crainte de Dieu. En passant à Manazgerd, capitale de la principauté des Rheschdouniens, il arrêta la prévarication d'un juge prêt à prononcer un jugement inique. 11 serait trop long d'énumérer tous les prodiges qui signalèrent son merveilleux voyage : le bruit s'en répandit de tous les côtés, de sorte que tous les fidèles de son évêché vinrent à sa rencontre, et k ramenèrent en triomphe à Nisibe. Vers l'an 518, Manadjihr, prince des Rheschdouniens, général des armées du midi de l'Arménie et des troupes romaines de Cilicie, vint combattre, du côté de la Mésopotamie, Pacorus, prince de l'Arzanène, qui s'était révolté contre son souverain, Chosroès II, roi d'Arménie. Ce rebelle, soutenu par une armée persane, s'était déclaré indépendant dans sa principauté, et il avait même usurpé le titre de roi. Manadjihr le défit dans plusieurs batailles. Pacorus trouva la mort dans le dernier de ces combats : le vainqueur s'empara de toutes ses possessions, fit massacrer tous ses parents, n'épargnant que son fils Hescha, qu'il envoya au roi d'Arménie. Le prince des Rheschdouniens fit dans cette expédition une grande quantité de prisonniers, parmi lesquels étaient huit diacres de l'église de Nisibe. St-Jacques réclama leur délivrance; mais le général arménien, poussé parles habitants du pays, qui étaient idolâtres, ne voulut pas l'écouter. L'évêque résolut alors d'aller trouver le roi d'Arménie, qui était dans la province de Daron , pour obtenir ce qu'il désirait. Manadjihr, irrité, fil jeter les huit diacres dans le lac de * Van. Le voyage du saint n'ayant plus «l'objet, il revint sur ses pas ; mais avant de rentrer dans Nisibe, il lança un terrible anathème contre Manadjihr, qui mourut peu après rongé des vers. En l'an 323, St-Jacques fut un des Percs qui assistèrent au concile de Nicée, et qui y prononcèrent la condamnation d'Arius. L'événement qui contribua plus particulièrement à rendre célèbre, dans l'histoire, le nom de St-Jacques, c'est la délivrance miraculeuse de la ville de Nisibe, qui arriva en l'an 330. Celte ville était assiégée par Sapor II, roi de Perse, qui avait avec lui une nombreuse armée. Après un siège long et meurtrier, la place résistait avec opiniâtreté aux attaques des troupes de ce monarque , quand le fleuve qui l'arrosait se déborda, et renversa une partie de ses murailles. Sa prise paraissait inévitable : les habitants implorèrent auprès de Dieu l'intercession de leur évéque. Ses prières furent si efficaces, qu'en peu de jours les murailles furent miraculeusement relevées. St-Jacques monta lui-même sur les remparts, se montra aux ennemis, repoussant leurs traits par ses paroles ; puis il invoqua contre eux l'assistance de Dieu pour les chasser plus promptement. On vit bientôt l'effet de son intercession; une quantité innombrable de moucherons et de cousins se jeta sur l'armée persane, mit en fureur leurs chevaux et leurs éléphants,
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cl força enfin Sapor de lever If siège. On connaît peu la fin de la vie de Sl-Jacques de Nisibe : on ignore même l'époque de sa mort ; il parait cependant qu'elle arriva sous le règne de Tempercur Constance, par conséquent avant l'an 301. II devait être fort vieux. Ce saint personnage avait composé en syriaque vingt-six discours, qui sont tous perdus; ils avaient pour objet des points de théologie ou de piété, comme on peut en juger par leurs titres, qui se trouvent dans le catalogue des écrivains ecclésiastiques de Gennade. Il nous en reste dix-huit traduits en arménien. Ils ont été publiés dans cette langue et en latin par le cardinal Antonelli, sous ce titre : Saneli patrii nostri Jacobi Niiibeni Sermones , Home, 1736, vol. în-fol. On trouve à la fin une lettre encyclique en arménien et en latin, attribuée aussi à St- Jaequcs de Nisibe, et datée de la trente-cinquième année du règne de Sapor, roi de Perse, de la six cent cinquante-cinquième des Sélencides [311 et 315 de J.-C). S. M — H,
JACQl'ES, roi d'Aragon. Voyez Jayhe.
JACQUES 1", roi d'Ecosse, naquit eu 1391. Robert III, son père, avait déjà perdu David, son fils aîné, mort victime des embûches que lui avait dressées Robert, duc d'Albany, son oncle. Le roi, voulant soustraire au même péril le seul enfant qui lui restait, le fit embarquer pour la France en 1405. L'Ecosse était alors en trêve avec l'Angleterre : néanmoins, le bâtiment qui portait Jacques , ayant été forcé de relâcher à Flamborough, dans le Yorkshirc, fut arrêté par les Anglais. Us eurent la perfidie de faire le jeune prince prisonnier, et l'envoyèrent à la tour de Londres, avec le comte d'Orkney, qui l'accompagnait. La nouvelle de ce fatil événement plongea Robert dans la tombe. La régence du royaume fut dévolue au duc d'Albany, ensuite à Murdoch, son fils. Tous deux aspiraient au trône , et ils se flattèrent d'y arriver plus aisément pendant qu'il était vacant par le fait. Ils entamèrent néanmoins quelques négociations pour obtenir la liberté dir roi ; mais elles furent suivies avec beaucoup de négligence. Cependant ils mettaient tout en œuvre pour s'atlacher les nobles; ils favorisaient leurs usurpations et toléraient tous les désordres. L'autorité royale fut par là réduite à tin tel élat de faiblesse, que les monarques suivants s'efforcèrent en vain de l'en relever. Enfin, après dix-huit ans de captivité, Jacques fut rendu à la liberté en 1123, par un traité qui l'obligeait de payer une forte rançon et de donner des otages. L'Angleterre racheta en quelque sorte son injustice envers lui, par l'éducation qu'il reçut dans ce pays et les connais- . sances qu'il y acquit. Les réflexions que lui suggéra la différence de l'état politique des deux pays lui Inspirèrent le désir de tirer le sien de la barbarie. Suivant les expressions d'un auteur contemporain, « il n'y avait en ces jours-là point •• de loi en Ecosse ; mais le plus puissant oppri- « niait le plus faible, et tout le royaume n'était
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>< qu'un repaire de brigands. Les homicides, les • déprédations, les incendies et les autres cri nu s « demeuraient impunis. • Dans un parlement qui se tint immédiatement après son retour, Jacques gagna la confiance de son peuple par plusieurs lois très-sages. Il obtint ensuite un acte pour revendiquer les possessions de la couronne, illégalement aliénées; enfin, les ligues et les associalions , qui rendaient les nobles si formidables au roi, furent déclarées illégitimes. En même temps Jacques fit arrêter son cousin Murdoch et ses enfants, ainsi que plusieurs grands personnages; mais bientôt il se réconcilia avec le plus grand nombre d'entre eux , à l'exception du duc d'Albany, de ses enfanls et du comte de Lenox, qui furent jugés par leurs pairs et condamnés. Adoré du peuple, qui, sous son règne, vivait dans une sécurité qu'il n'avait pas goûtée depuis bien longtemps, Jacques hasarda une nouvelle démarche contre la noblesse en révoquant le pardon accordé par le régent au père du comte de Mardi, qui avait porté les armes contre Robert III. Les possessions du comte furent saisies. Cette mesure causa une alarme générale : le danger commun porta la plupart des nobles à se réunir, et leur inspira le projet d'attenter à la vie du roi. La guerre avait éclaté avec l'Angleterre; et Jacques s'était dirigé sur la frontière, où il faisait le siège du château de Roxbourgh. Tout à coup la reine arrive , et lui apprend que l'on conspire contre ses jours; mais elle ne peut lui nommer les auteurs du complot. Jacques, n'osant se fier à des hommes auxquels il avait donné tant de sujets de mécontentement, congédie les nobles et leurs vassaux. Ensuite il se retire dans un couvent, près de Pcrth, et s'occupe de découvrir la conspiration. Les conjurés, à la tête desquels était le duc d'Athol, son parent, le préviennent. Ils marchent à. la chambre du roi, enfoncent la porte et assassinent le prince dans les bras de la reine. Cet exécrable forfait fut commis le 20 février 1 137. Ses auteurs, en butte à la haine du peuple, périrent par des supplicesaffrcux. Jacques avait épousé, pendant sa captivité en Angleterre, Jeanne Beaufort, fille du comte de Somerset, petite-fille d'Edouard III. Il en eut un fils, qui lui succéda, et six filles. Marguerite, I'alnée, épousa Louis XI, roi de France. Jacques cultivait les lettres : on a de lui des pièces de poésie, dans lesquelles il décrit les occupations . et les divertissements des Ecossais. Ses oeuvres ont él<: publiées à Edimbourg, sous le titre de Restes poétiques de Jacquet hT, 1783, in-8", et sont encore lues avec plaisir par les amateurs du dialecte écossais. Ce recueil est précédé d'une dissertation dans laquelle l'éditeur prouve l'authenticité des pièces qui composent ce livre. Le poifme sur Jeanne, fille du comte de Somerset, qu'il épousa depuis, est, suivant le goût de son siècle, écrit dans la forme d'une vision allégorique; il annonce beaucoup d'Imagination et fait honneur au potfte et à l'amant. Celte édition est enrichie de notes et
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de remarques, et d'une dissertation sur la musique écossaise. Jaeqties I" était très-verse' dans cet art; il y avait peu d'instruments connus alors dont il ne pût, dit-on, jouer mieux que les plus habiles musiciens de son temps. Outre ses chansons écossaises, dont il composa lui-même les airs, il avait fait un traité de la musique. On lui a longtemps attribué plusieurs chants écossais, remarquables par leur douce mélodie; mais Burney, dans son histoire de la musique, s'est élevé contre cette tradition. Heureux ce prince, s'il eût régné sur un pays plus civilisé ! Son malheur vint de ce que ses principes et ses mœurs n'étaient pas au ton de son siècle. C'est à lui que commence cette suite continuelle de revers qui a poursuivi la maison de Stuarl pendant près de quatre cents ans, jusqu'à son extinction, à la fin du 18r siècle, et qui, suivant l'expression de Voltaire, justifie en quelque sorte ceux qui croient à une fatalité à laquelle rien ne peut se soustraire. E— s.
JACQUES H, roi d'Ecosse, fils du précédent, était âgé d'environ sept ans à la mort de son père. Durant sa minorité, la garde de sa personne fut confiée à sir Alexandre Livingston, et l'administration du royaume à GuillaOme Crichton, chancelier. Le parlement voulut éviter , par cette division des attributions de la régence, les maux auxquels celle qui avait eu lieu sous Jacques lrr avait livré l'Ecosse : mais la jalousie et la discorde furent les suites de cette autorité partagée. I.e jeune comte de Douglas , enhardi par ces symptômes de trouble, et méprisant l'autorité d'un prince enfant, refusait presque ouvertement de le reconnaître, et visait à l'indépendance. Crichton, qui avait été le principal ministre de Jacques, était parfaitement instruit de la résolution que ce prince avait formée de rabaisser la noblesse. Il n'abandonna pas ce projet, et il s'attacha même à inspirer de pareils sentiments au jeune monarque ; mais ce que Jacques 1er avait dessein d'effectuer par degrés fut suivi par son fils et par Crichton avec l'impétuosité naturelle aux Ecossais et la férocité particulière à leur siècle. Crichton, trop ûer pour supporter l'ambition de Douglas, et trop faible pour la réprimer, le fit massacrer, lui et son frère, dans le château d'Edimbourg, où il l'avait attiré sous le prétexte d'une entrevue. Crichton tira peu de fruit de cette perfidie, qui le rendit généralement odieux. Le fils du comte de Douglas n'en fut ni moins puissant ni moins redoutable à la couronne; mais sa crédulité le fit donner dans les mêmes embûches où son père avait péri. Sur un sauf-conduit, scellé du roi , qui avait déjà atteint l'âge viril, il se hasarde à l'aller trouver à Stirling en i l'St. Jacques le presse de renoncer à la ligue dans laquelle il est entré. Le comte refuse obstinément île se rendre : « Si vous « ne le voulez pas, dit le monarque furieux en « tirant son poignard, celui-ci le voudra. « El aussitôt il le lui plonge dans le cœur. A la nouvelle de cette action si indigne d'un roi, toute la nation
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fut saisie d'horreur. Les vassaux du comte marchent à Stirling, mettent la ville en cendres, menacent d'assiéger le château. Néanmoins un accommodement fut conclu ; mais bientôt les deux partis courent aux armes ; leurs troupes sont en présence : une seule bataille va décider de la possession du trône entre les Stuart et les Douglas ; tout à coup le jeune comte fait battre la retraite- Ses partisans, irrités de son peu d'habileté à profiter des circonstances, l'abandonnent. Accablé de leur mépris , il est chassé du royaume , et se réfugie en Angleterre. La tranquillité intérieure fut la suite de cet événement, qui répandit l'effroi parmi les nobles. Jacques en profita pour rendre, avec le consentement du parlement, des lois avantageuses au pouvoir de la couronne, et destructives des prérogatives de l'aristocratie. Cependant une trêve conclue avec les Anglais, au commencement de ce règne, avait été mal observée; Jacques marcha vers les frontières de son royaume, il venait de recevoir un message de Kichard, duc d'York, qui implorait son secours, et il se disposait à le lui accorder, quand le nonce du pape, gagné par Marguerite, reine d'Angleterre, le menaça de la colère céleste s'il poursuivait son entreprise. Jacques licencia d'abord ses troupes ; mais bientôt, reconnaissant qu'il avait été dupe d'un artifice, il les rappela. 11 s'était emparé de la ville de Roxbourgh et assiégeait le château. Des envoyés du duc d'York vinrent le remercier du zèle qu'il témoignait pour leur maître, et le prier de ne pas pousser plus avant. Irrité de cette proposition, Jacques ne mettait que plus d'ardeur à la poursuite du siège, lorsqu'il fut tué, le 3 août 14(30, par l'explosion d'un canon dont il faisait faire l'épreuve. Quelques jours après, le château fut emporté, et on le démolit, afin qu'il ne devint plus un sujet continuel de guerre entre les deux pays. E— s.
JACQUES III, fils du précédent, fut, le jour même de la mort de son père, proclamé roi d'Ecosse dans le camp, où il venait d'arriver arec sa mère : il avait à peine atteint sa septième année. La reine eut part à la régence, qui fut confiée à un conseil de huit personnes. Lord Boyd prit ensuite un tel ascendant sur l'esprit du jeune roi, qu'il envahit toute l'autorité. Occupé de projets ambitieux pour l'élévation de sa famille , il laissa l'autorité royale s'affaiblir, cl les nobles s'accoutumèrent de plus en plus à l'anarchie et à l'indépendance. Cependant Boyd et les siens encoururenl la disgrâce du monarque : la famille des Hamilton leursuccéda, et par ses hauteurs dégoûta le roi, qui ne donna plus sa confiance qu'à des geos de condition obscure; c'étaient un maçon, un serrurier, un tailleur, un musicien et un maître en fait d'armes. Enfermé avec ces singuliers favoris dans le château de Stirling, il paraissait rarement en public, et néanmoins s'occupait de révoquer les concessions préjudiciablesà sa prérogative, qui avaient été extorquées durant sa minorité.
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Des complots entre les nobles, des intrigues ourdies par eux avec l'Angleterre, furent les effets de leur ressentiment. Alexandre, duc d'Albany, et Jean , comte de Marr , frères du roi , entrèrent fort avant dans toutes ces cabales. Jacques découvrit les desseins des mécontents avant qu'ils eussent pu éclater, et fil arrêter ses deux frères; le duc d'Albany fut emprisonné dans le château d'ÉdimlKHirg; le comte de Marr, pour avoir blâmé avec trop de hardiesse la conduite du roi, périt par son ordre. Le duc d'Albany, craignant le môme sort, s'enfuit en France; et bientôt, cédant à des idées ambitieuses et criminelles, il conclut avec Edouard IV un traité dans lequel il prit le titre de roi « l'Ecosse : en reconnaissance du secours qu'Edouard lui promettait pour détrôner son frère, il s'engagea, aussitôt qu'il serait maître de la couronne, à prêter serment de fidélité et à rendre hommage au monarque anglais, à renoncer à l'ancienne alliance de l'hcosse avec la France pour en contracter une nouvelle avec l'Angleterre, et à livrer à Edouard les places les plus fortes et les plus riches comtés de l'Ecosse. Richard, duc de Clocesler, frère d'Edouard, conduisit Alexandre en Ecosse, à la tète d'une armée. Jacques, menacé d'une invasion étrangère, fut réduit à la nécessité d'implorer le secours de ces nobles qu'il avait si longtemps traités avec mépris. Ils mirent leurs vassaux en campagne, mais moins pour défendre leur roi que pour obtenir le redressement de leurs griefs, et pour punir les favoris de Jacques. Le projet fut exécuté près de Lavvder. Les comtes d'Angus , d'Hamilton et de Lenox , suivis des principaux barons de l'armée, forcèrent la tente du roi, se saisirent de ses favoris, et les firent pendre à l'instant, à l'exception d'un seul que Jacques tenait serré dans ses bras, et qu'ils ne purent jamais en arracher. Jacques, ne pouvant mettre sa confiance dans une armée dont les chefs se conduisaient ainsi , la congédia et alla se renfermer dans le château d'Edimbourg. Après bien des pourparlers, le duc d'Albany recouvra ses honneurs et ses biens, et même, dit-on, l'amitié de .son frère. Leur union ne fut pas de longue durée. Jacques se livre à de nouveaux favoris, que l'exemple des précédents ne put effrayer. Le duc d'Albany, sous prétexte que l'on avait voulu l'empoisonner, s'enfuit de la cour, et se retire dans son .château de Duubar, où il est suivi d'un plus grand nombre de barons que le roi n'en pouvait rassembler. Il avait déjà renoué son ancienne alliance avec Edouard : la mort de ce prince ruina ses projets ; il se réfugia d'abord en Angleterre, ensuite en France, où il mourut. Enhardis par sa retraite, le roi et ses ministres multiplièrent leurs attaques contre les nobles: les principaux prirent les armes; ils persuadèrent ou plutôt forcèrent le duc de Hothsay , fils aîné du roi , jeune prince de quinze ans, de se mettre à leur tête, et déclarèrent ouvertement leur intention de priver Jacques d'une couronne dont il
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s'était montré si indigne. Aux approches du danger, le roi sort de sa retraite, se met en campagne et rencontre les ennemis près de Bannokburn, le 11 juin 1488 : ses troupes sont mises en déroute au premier choc, et lui-même est tué dans la mêlée. L'indignation que la conduite des conspirateurs inspira, et la terreur d'une excommunication lancée contre eux par le pape, les ohligèrent d'user de la victoire avec modération : ils cherchèrent à faire oublier leur conduite déloyale envers le père par leur fidélité et leur soumission au fils. Ils le placèrent aussitôt sur le trône, et tout le royaume réuni s'empressa île le reconnaître. Le mariage de Jacques avec Marguerite, fille de Christian I", roi de Danemarck, avait affranchi l'Ecosse d'un tribut annuel qu'elle payait pour les Iles Orcades et Shetland. E — s.
JACQUES IV, roi d'Ecosse, « était né brave et « généreux, dit Hohertson ; il éprouvait fortement « toutes les passions qu'une âme noble peut res- » sentir dans le feu de la jeunesse. Il aimait la « magnificence; il se plaisait à la guerre; il était « avide de se faire un nom. Sous son règne, l'an-
cienne inimitié , devenue comme héréditaire « entre le roi et la noblesse, parut entièrement « cessée. » Constamment dévoué aux intérêts de la France, il semblait ne rouloir profiter de la tranquillité intérieure que pour prouver à l'antique alliée de son pays son empressement à combattre leur ennemi commun, l'Angleterre. Il ne fit néanmoins aucune démonstration hostile durant la guerre éphémère qui éclata en 1192 entre les deux royaumes; mais, sur la recommandation de Charles \ III, aidée de celle de Maximilien Ier, il accueillit Perkin, lui fit épouser Catherine Cordon, fille du comte de lluntley et alliée à la famille royale, leva une armée et entra m Angleterre pour soutenir les prétendus droits de son protégé {toy. Hf.xri VII). Personne, à sa grande surprise, n'ayant remué en faveur de ce dernier, qui avait cependant publié un manifeste, Jacques repassa la frontière, et ensuite écouta les propositions de Henri VU pour faire la paix , refusant néanmoins de livrer l'homme qui était venu implorer sa protection. Il lui conseilla de se retirer pour éviter tout prétexte de guerre, répondit avec une noble fierté aux diverses demandes des Anglais, et finit par conclure une trêve qui ne fut suivie d'une paix réelle qu'en 1503, par le mariage de Jacques avec Marguerite, fille de Henri. Cette alliance se négociait depuis trois ans , et le roi d'Angleterre mettait d'autant plus d'empressement à la conclure, qu'il espérait par là voir disparaître à jamais les sujets de discorde entre les deux royaumes. Sa perspicacité , qui avait prévu bien d'autres avantages de cette union, se trouva pourtant en défaut sur ce point; car Jacques, voyant, en 1513, Henri VIII faire des préparatifs pour attaquer la France, se mit en mesure d'opérer une diversion. Indépendamment de la jalousie contre les Anglais, naturelle à la
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nation écossaise , Jacques o«'«la aussi , dans cette circonstance, aux invitations d'Anne de Bretagne, femme de Louis XII. Dans tous les tournois, il s'était déclare son chevalier; elle le somma de prendre sa défense : il obéit à cet appel, malgré les remontrances de la reine et de ses plus sages conseillers. 11 envoya d'abord une escadre pour défendre les cotes «le France ; et ensuite , méprisant l'excommunication lancée par le pape contre les adhérents de Louis XII, il rassembla une armée de cinquante mille hommes, avec laquelle il envahit le Norlhumberland : mais au lieu de poursuivre ses succès avec activité pendant l'absence des ennemis, il perdit son temps au château de Ford, dont la dame lui avait inspiré la plus vive passion, bientôt ses troupes souffrirent de la disette. Le défaut de discipline se fit sentir, un grand nombre de soldats se retirèrent dans leurs foyers. Cependant l'armée anglaise, commandée par le comte de Surrcy, s'était avancée jusqu'à la rivière de Till, qu'elle passa. Le 9 septembre, on en vint aux mains près de Flowden. Les Ecossais eurent «l'abord des succès ; mais le désordre se mit dans leurs rangs, et les Anglais restèrent maîtres du champ de bataille. Le nombre des morts fut a peu près égal des deux eûtes, avec cette différence «pie les Anglais perdirent très-peu de personnes «le mnr«|ue , tandis que la (leur de la noblesse d'Ecosse périt dans cette journée en combattant auprès «le son roi , et ce prince lui-même y laissa la vie. Malgré les recherches les plus exactes, on ne put retrouver son corps. Les Anglais en rencontrèrent un qui lui ressemblait; ils le mirent dans un cercueil de plomb et l'envoyèrent à Londres, où l'on n'osa pas l'enterrer, parce que Jac«|ues était mort excommunie. Henri obtint ensuite qu'on lui donnât l'absolution. Les Écossais soutinrent que ce corps était celui du chevalier Klphinston, qu'on avait revêtu d'une armure semblable à celle du roi, afin de faire prendre le change à l'ennemi. On supposa que ce prince avait été tue au passage de la Tweed, par les vassaux d'un de ses généraux, lord Home. Le peuple s'imagina que Jacques était parti pour la terre sainte, afin d'accomplir un vœu, et qu'il reviendrait prendre possession du trùne. Cette idée absurde fut en vogue pendant très-longtemps. F— s.
JACQUES V, roi d'Ecosse, fils du précédent, n'était âgé que d'un an et cin«| mois à la mort de son père. La reine avait été investie de la régence par lu testament de Jacques IV ; ce qui fut confirmé par les étals, mais c'était à condition qu'elle ne se remarierait pas. Elle se hâta «le conclure la paix avec l'Angleterre, et, quelques mois après, épousa Douglas, comte d'Angus, qu'elle essaya «le faire associer à son aut«>rité. La crainte de donner trop «le pouvoir à une famille déjà puissante engagea les chefs des principales maisons à jeter les yeux, pour la régeuce, sur le duc d'Albany, M» du frère de Jacques IU, qui était
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né en France, où il avait toujours résidé. Etranger aux affaires «lu royaume qu'il «levait gouverner, .il fut obligé de consulter de» hommes qui lui firent partager leurs haines particulières. Persuadé que lord Home, le plus puissant des pairs qui avaient échappé à la bataille de Flowden , et le comte d'Angus étaient les ennemis de l'autorité royale, il fit mettre à mort le premier, qui cependant avait contribué à l'appeler à la régence, mais qui depuis s'était opposé à plusieurs de ses mesures, et lit bannir le second, qui se retira en Angleterre avec la reine. Des trouble» sérieux furent le résultat de ces mesures violentes ; Henri Mil, pour affaiblir le pouvoir du régent et «lu parti français, eucouragea les mécontents et leur promit son secours. Le régent marcha contre l'Angleterre avec une armée composée en partie de troupes françaises, et commença les hostilités; les nobles refusèrent de le seconder : il se désista de son entreprise et partit pour la France, afin «l'en ramener des reuforts. H laissait l'Ecosse assez tranquille : son absence, qui dura cin«| ans, la livra de nouveau à toutes les horreurs de l'anarchie. La reine et son époux revinrent; la discorde ne fit que s'accroître. Le régent reparut : quoi- <|u'il fût soutenu par les troupes de France, les nobles bravèrent son autorité. Il les conduisit une seconde foi» sur le* frontières d'Angleterre : ils refusèrent absolument d'y entrer, sans vouloir écouter ni ses menaces ni ses prières. Vivement affecté de ces marques de mépris réitérées, le duc d'Albany retourna en France et n'en revint plus. Jacques était alors dans sa treizième année : les nobles décidèrent qu'il prendrait en main les rênes du gouvernement , et que huit conseiller» l'aideraient tour à tour dans l'a«lministration «les affaires publique». Le comte d'Angus, qui était «lu nombre, ne tarda pas à s'emparer «le tout le pouvoir, et gouverna seul au nom du roi. Il était maître de la personne de ce prince; mais il n'avait pu acquérir son affection. Trompant la vigilance des surveillant» qui l'entouraient, Jacques s'échappa de Falkland, où il était retenu, et s'enfuit au château de Stirling, lieu de la résidence de sa mere, qui s'était brouillée aveo Angus. Une foule de nobles accourut auprès de lui. Angus arma se» vassaux; mais trop faible pour lutter coutre le roi, qui l'avait fait condamner par le parlement comme coupable de lèse-majesté, il fut obligé de chercher un asile en Angleterre. Jacques, parvenu à sa majorité et à la jouissance de l'autorité royale, s'occupa de réprimer le» désorilres qui désolaient acs Etals, et d'abaisser les nobles. Voyant bien que la royauté n'était pas assez forte pour contre-bulancer l'aristocratie, il crut pouvoir compter sur l'assistance du cierge' pour l'exécution de ses desseins. Le» principaux emplois furent, en conséquence, douné» à de» ecclésiastiques et à des personnes tirées de la bourgeoisie. Le cardinal Beaton, archevêque de St-André, que le roi investit de sa coimauce, était un homme d'un
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génie supérieur. Tous le* ministres de Jacques le servirent avec ardeur et fidélité'; mais ils poussèrent leur lèle trop loin, et quelques-uns -de leurs actes peuvent être taxés de cruauté. La noblesse, qui observait avec chagrin le but de toutes les démarches du roi , cachait son dépit. Voyant son royaume tranquille, Jacques avait songé à se marier. Henri VIII lui proposa sa tille Marie, lui promettant en même temps de le faire nommer duc d'York, et déclarer son héritier présomptif. Le roi d'Ecosse, doutant de la sincérité de ces offres, et cédant aux conseils du clergé, ainsi qu'à son penchant particulier, préféra une alliance avec une princesse française. Instruit d'ailleurs (lu danger qui menaçait François I", par l'invasion des Autrichiens en Provence, il envoya des troupes à son secours, et se rendit sur le continent. Il rencontra François à Lyon , et lui demanda sa fille Madeleine : clic lui fut d'abord refusée à cause de sa santé délicate; il insista, l'épousa en lîiôti, et l'emmena en Ecosse, où elle mourut peu de temps après son arrivée. Trois ans après, il donna sa main à Marie , duchesse douairière de Longueville et fille du duc de Cuise, qui avait aussi été demandée par Henri VIII. Cepeudaut l'orage grondait sur la tète de Jacques. Henri, sachant que le pipe et l'empereur recherchaient l'amitié du roi d'Ecosse, qu'ils sollicitaient de s'allier avec eux contre l'Angleterre, voulut détourner les effets de ees négoeiations, surtout dans un moment où il craignait du trouble dans son royaume : il fit donc proposer à Jacques une entrevue a York, et se transporta même dans cette ville. Jacques avait d'abord promis de s'y rendre; mais le clergé, qui redoutait le résultat d'une conférence entre les deux monarques, parvint à faire différer ce voyage, et ensuite engagea le roi à s'y refuser. Henri, outré de cet affront, aiusi que du mépris que Jacques avait montré pour des livres qu'il lui avait envoyés {roy. Henri VIII], déclara la guerre à l'Ecosse en 1542, et fit marcher contre ce pays une armée commandée par le duc de Norfolk. Jacques, de son côté, après avoir essayé vainement d'apaiser la colère de sou oncle, leva des troupes. A ses ordres, la noblesse assembla ses vassaux, mais dans les mêmes dispositions qui avaient animé ses ancêtres sous Jacques III. La disette, la rigueur de la saison et la nouvelle de l'approche du roi d'Ecosse avaient engagé les Anglais à repasser la Tweed et à rentrer dans leur pays. Jacques pensa qu'il pourrait les attaquer avec avantage dans leur retraite, et donna le signal de la marche. Les principaux barons refusèrent d'obéir. Piqué de cette insulte, et craignant quelque conspiration contre ses ministres, il licencia celte armée de mutins, qu'il accabla de reproches, et rentra dans son royaume. Avec les forces qui lui restaient, et celles que mirent sur pied les nobles des provinces voisines des frontières , il résolut d'altai|uer les Anglais : l'armée venait de passer Je golfe de Solway ; il la suivait de près.
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Par suite de son aversion pour les nobles, et de la jalousie (pie leur pouvoir lui inspirait, il ôta le commandement à lord Maxwell pour le donner à Olivier Sinclair, son favori. Aussitôt que ce nouveau général parut , l'indignation étouffa tout autre sentiment, et l'armée entière se mutina. Un corps de cinq cents Anglais, qui s'aperçut de ce désordre, en profita, et attaqua les Écossais: ceux-ci, au nombre de dix mille, mirent bas les armes au premier choc : très-peu cherchèrent leur salut dans la fuite. A la nouvelle de ce désastre sans exemple, Jacques prévit tout ce qu'il avait à redouter d'hommes qui sacrifiaient même l'amour de la patrie à leur haine particulière. Une sombre mélancolie succéda aux transports de sa rage. Il refusa toute espèce de consolation, et s'abandonna au désespoir. Les effets en furent si prompts que bientôt l'on désespéra de sa vie. Dans ces tristes moments, on lui annonça que la reine venait d'accoucher heureusement : « Est-ce d'un garçon « ou d'une fille ? — D'une fille , répondit-on. — m Lh bien, répliqua-t-il en se retournant dans « son lit, la couronne est entrée dans ma famille « par une femme, elle en sortira de même. Que « de malheurs vont accabler ce pauvre royaume I » Henri s'en emparera par la force des armes ou » par un mariage. » Quelques jours après, le 3 décembre, il mourut. Ce prince, doué de beaucoup de talents et de vertus, était bien. propre à réprimer les désordres qui déchiraient son royaume : il avait malheureusement .affaire à des ennemis trop puissants, soit au dedans, soit au dehors. Les nobles et les protestants ont essayé de noircir sa mémoire; mais, suivant le témoignage de Huma, ils n'ont pu former contre lui une seule accusation grave. Jacques V aimait et cultivait les lettres : on lui attribue des ballades et d'autres petites pièces, qui se distinguent par une versification aisée; on les trouve dans un Recueil de poèmes écossais intitulé VKsergretn. La fille unique qu'il laissa, âgée de quelques jours, fut l'infortunée Marie Sluart. E — s.
JACQUES Ier, roi d'Angleterre (ou Jacques VI roi d'Ecosse), le premier prince de la maison de Stuart qui régna sur l'Angleterre , est aussi le premier qui ait porté le titre de roi de la Crande- Hretagne. Lorsque Henri VII conclut le mariage de Marguerite , sa fille , avec Jacques IV , roi d'Ecosse, les Anglais témoignèrent la crainte que cette alliance ne les fit passer un jour sous la domination des Ecossais (roy. Hekri Vil ). Ce prince annonça que le contraire arriverait; et l'événement justifia sa prédiction dans la personne de l'arrièrc-petit-fils de Marguerite. Depuis cent dix-huit ans la maison de Tudor occupait le trône d'Angleterre, lorsque la reine Elisabeth cessa de vivre. A défaut d'héritier de la ligne masculine , elle ne laissait point de successeur plus proche que Jacques VI, roi d'Ecosse. Ce monarque était né , le 1U juin 1506, de la célèbre Marie Sluart et de Henri Darnley Stuart , second époux de cette
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reine infortunée. Elisabeth , dans son testament même, n'avait pu refuser de reconnaître pour son légitime héritier le fîls de sa plus cruelle ennemie. Jacques VI avait d'ailleurs pour lui l'acte de 1485 [Entait of the crowu) qui assurait sa couronne à la postérité de Henri VII. Aussi solidement établi, son droit n'éprouva pas la plus légère opposition. « Jamais, dit Hume, la « couronne d'Angleterre n'avait passé du père au •< (ils avec plus de tranquillité qu'elle ne passa « de la famille de Tudor à celle de Stuart. » Roi dès le berceau par l'assassinat de son père et l'abdication forcée de sa mère (1567), Jacques VI n'avait pu prendre aucune part active aux divers événements qui signalèrent la régence de son oncle, le comte de Murray, et celle de son grandpère le comte de Lenox. Tombé ensuite au pouvoir des grands du royaume, il dut sa liberté à l'entremise intéressée d'Elisabeth , qui plaça près de lui un ambassadeur chargé d'étudier son caractère et d'observer ses démarches. Occupé dès sa jeunesse de lectures sérieuses, il se livrait par inclination aux disputes théologiques qui divisaient alors tous les esprits. Il avait déjà Tingt et un ans lorsque le sang de sa mère coula sur l'échafaud, par l'ordre d'Elisabeth. C'était en vain que pour la sauver il avait employé tour à tour la prière et la menace. Quand l'horrible attentat fut consommé , il crut ou feignit de croire aux protestations de douleur de l'artificieuse fille de Henri VIII. Loin de paraître conserver le moindre ressentiment contre cette altière princesse, il mit tousses soins à ménager son humeur irritable. Mais il n'y réussit que faiblement : Elisabeth poussa même l'inquiétuile et la défiance à l'égard du fils de sa victime jusqu'à vouloir le faire enlever par son ambassadeur Wotton. Le coup ayant manqué, elle traversa de tout son pouvoir l'union projetée entre Jacques et la princesse Anne de Danemarck; mais le jeune roi d'Ecosse déploya une énergie dont on ne l'aurait point cru capable, et le mariage s'accomplit (1589). Jacques travailla constamment dès lors à s'assurer le brillant héritage qui flattait son ambition. Il eut d'autant moins de peine à gagner Robert Cecil, confident d'Elisabeth, que ce ministre trouvait lui-même son intérêt à mériter par des services la faveur de l'héritier présomptif de la couronne. Pendant plusieurs années il exista entre eux une correspondance très-active, quoique très-secrète. Cecil reçut un jour, en présence de la reine même, des dépêches d'Ecosse dans lesquelles se trouvait une lettre de Jacques VI : sans sa présence d'esprit , qui lui suggéra un prétexte pour ouvrir le paquet à l'écart, tout était découvert. Il s'en fallut peu que Jacques ne perdit en un instant le fruit de toutes ses mesures; il n'échappa que par une espèce de prodige à un complot d'assassinat [voy. Gawrv). Lorsqu'il fut sur le trône d'Angleterre, il ordonna que l'anniversaire de cet événement
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(5 août 1600) serait célébré par des actions de grâces dans toutes les églises. A peine Elisabeth avait-elle fermé les yeux (5 avril 1603), que le roi d'Ecosse, quoique absent, fut proclamé dans Londres roi d'Angleterre, sous le nom de Jacques 1' '. Le conseil lui dépécha aussitôt un courrier : mais déjà cette grande nouvelle lui était parvenue par les soins d'un de ses affidés. Fn l'apprenant, il leva les yeux au ciel; mais il affecta de ne point laisser paraître trop de joie. Il ne larda pas à se mettre en route, pour aller se . montrer à ses nouveaux sujets. Chaque parti, selon ses espérances ou ses craintes, se réjouissait ou s'affligeait de l'avènement d'un prince regardé comme étranger, malgré son origine. Cependant l'affluence des peuples qui accourraient de toutes parts fut telle, que Jacques crut devoir réprimer cette curiosité par une proclamation , où il prit le prétexte assez singulier du manque de vivres. Les acclamations étaient si bruyantes, qu'un Ecossais de la suite du prince s'écria : « Eh ! juste ciel ! je crois que ces imbé- « cil es gâteront notre bon roi. » Cette joyeuse réception n'empêcha point que Jacques ne fit pendre sur sa roule, et sans aucune forme de procès, un filou pris en flagrant délit. Une justice aussi expédilive alarma les partisans des anciens privilèges. Toute la hauté noblesse s'était rendue au-devant du nouveau monarque jusqu'à York. Cecil était du nombre : les ennemis de ce ministre s'attendaient à jouir de sa disgrâce; l'accueil que lui fil Jacques et surtout la faveur dont il l'honora en séjournant dans uu de ses châteaux annoncèrent que Cecil allait, au contraire , devenir plus puissant que jamais. Dès que le roi fut arrivé dans la capitale, il parut évident pour tous «pie la politique seule avait pu obtenir de lui quelques ménagements envers l'auteur des longues souffrances et de la mort tragique de sa mère. Non-seulement il ne porta pas le deuil de la reine Elisabeth , quoiqu'un mois fût à peine écoulé depuis qu'elle était descendue au tombeau ; il refusa même d'admeltre en sa présence ceux qui le portaient. Mais aussi empressé de témoigner aux Anglais l'envie de leur plaire , il se montra prodigue de grâces de tout genre. En moins de six semaines, il ne délivra pas moins de deux cent trente-sept diplômes de chevalier. Cette profusion de titres donna lieu à une pasquinade affichée aux portes de St-l'aul. On y annonçait une méthode pour apprendre à retenir, sans trop de peine , les noms de toute cette nouvelle noblesse. Les Anglais reprochaient aussi à Jacques d'avoir amené avec lui un grand nombre de seigneurs écossais : ils auraient dû reconnaître du moins qu'il conserva la plupart des ministres d'Elisabeth. Toutes les puissances de la chrétienté envoyèrent complimenter le nouveau monarque. Quelques-unes lui proposèrent des traités d'alliance. Le plus remarquable de ces ambassadeurs était le marquis de Rosny, l'illustre ami de
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Henri IV. Il'voulait paraître en «leuil avec toute sa suite : on lui fît observer que Jacques en pourrait être offense' comme d'un secret reproche «le ce qu'il avait refuse' lui-même «le rendre cet hommage à la mémoire de la feue reine. Ilosny, dînant à la table du roi, eut occasion d'apprécier par un seul propos le caractère vaniteux de ce prince. Jacques osa dire hautement que , plusieurs années avant la mort d'Elisabeth , c'était déjà lui qui gouvernait l'Angleterre par ses conseils et son influence. L'ambassadeur français ne tarda pas à avoir la juste mesure de cette force de tète dont se vantait le monarque. Sa mission était de lui offrir une part importante dans le vaste plan qu'avait conçu Henri le Grand pour abaisser la puissance colossale de la maison d'Autriche, en l'attaquant sur tous les points à la fois. De telles conceptions étaient trop au-dessus d'un génie étroit et timide : il fallut que Rosny se contentât d'un traité qui avait pour objet spécial l'indépendance des Provinces-l'niei. Ce ne fut pas même sans quelque difficulté qu'il amena Jacques I" à soutenir les Hollandais. Par des motifs qui faisaient plus d'honneur à son équité naturelle qu'à ses vues politiques, ce prince ne les appela longtemps que des rebelles. Il fut convenu qu'un tiers des subsides que leur payait Henri IV serait en déduction des sommes qui lui avaient été prêtées par Elisabeth , et que , si l'Espagne attaquait l'un des deux monaeques, l'autre se déclarerait immédiatement; la France devait fournir dix mille hommes et l'Angleterre six mille. L'avènement de Jacques au trône avait eu lieu avec un assentiment si général que l'on fut très-étonné de la découverte d'une conspiration ourdie en faveur d'Arabellc Stuart, parente du roi. Ce complot est resté couvert de ténèbres d'autant plus épaisses qu'il était formé deséléments les plus hétérogènes, tels que des prêtres catholiques, des puritains et des adeptes de cette secte philosophique qui commençait à naître sous le nom de Freethiukers {Libres penseurs ou esprits forts). Parmi ces derniers était le fameux Walter Raleigh ; il osa faire des ouvertures à Sully et n'essuya qu'un refus méprisant du digne représentant de Henri IV. Condamné à mort, il obtint un sursis et non sa grâce; trois autres de ses complices furent exécutés. A peine délivré des craintes qu'avait pu lui causer cet événement, le roi saisit le prétexte des réclamations élevées à la fois par les catholiques et par les puritains pour satisfaire le goût dominant qui le portait vers les discussions théologiques. Il assembla un conseil extraordinaire , ou plutôt un synode, à Hampton-Court. H affecta de garder une neutralité rigide entre les deux partis, et il les mécontenta l'un et l'autre. En revanche, il fit éclater tant d'estime pour les dogmes de la religion anglicane , et en particulier pour l'épiscopat, qu'on entendit l'archevêque de Cantorbi'ry s'écrier : « De quelque éloquence naturelle que « soit doué notre gracieux monarque , il est évi-
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■ dent que ses paroles ont quelque chose de " surhumain et qu'elles sont une inspiration du « St-Esprit. » La peste qui régnait depuis un an, et dont furent victimes trente mille habitants de la capitale, c'est-à-dire un cinquième de la population qu'elle renfermait alors (1G03J, avait retardé la convocation du parlement. Le roi l'ouvrit par un discours qui fut prôné comme un chef-d'œuvre par des écrivains du temps. Ces éloges étonnent peu à une époque où le goût et les convenances mêmes n'étaient pas encore fixés; mais comment ont-ils pu être répétés sans restriction par des historiens modernes? Dans cette harangue d'une excessive prolixité, à côté de David et de St-l'aul on trouve Astréc et Bellone; après avoir cité la loi de l'Evangile sur l'indissolubilité du mariage, Jacques dit » qu'il est l'époux et que l'Ile de la Grande-Bretagne est sa femme légitime; qu'il est la tète et qu'elle est le corps; qu'il est berger et que les Anglais et les Ecossais sont ses brebis ; que le pape, qui se croit un monarque à triple couronne , n'est qu'un monstre, etc.... « Au milieu de ce chaos d'idées les plus disparates, se rencontrent deux passages remarquables : 1° l'aveu que fait le roi de céder trop facilement aux importunités des solliciteurs de toute espèce; 2- sa recommandation au parlement d'éviter la multiplicité des lois, signe infaillible, dit-il, de la corruption des Etats. Malheureusement, il dérogea lui-même à celte sage maxime par la profusion de ses ordonnances royales. Il en est une que l'on doit distinguer ici, à cause de son analogie avec celle que rendit Henri IV en France à la même époque. De nos jours il s'est trouvé des déclamateurs assez ignorants ou assez audacieux pour imputer comme un acte tyrannique à la mémoire du meilleur de nos rois la défense rigoureuse de la chasse à tout sujet qui n'en avait pas obtenu la permission expresse. Quel esprit dégagé de préventions ne voit pas que le but direct de la mesure prudente et politique adoptée par les deux monarques était de retirer le port d'armes à une foule d'individus toujours prêts à se rallier aux factieurà la suite de longues divisions intestines? Avant de terminer cette session du parlement, remarquable seulement par les efforts que fit le roi pour établir son droit absolu, Jacques eût ardemment désiré d'y faire prononcer la réunion solennelle de ses deux couronnes, réunion que, dans son langage figuré habituel, il avait désignée et demandée de la manière suivante : • L'Angleterre et l'Ecosse étant deux « royaumes situés dans une même lie , vous ne « souffrirez pas que moi, priuce chrétien, je tombe « dans le crime de bigamie en vivant avec deux
■ femmes; que, n'ayant qu'une seule tête, je me « joigne à un corps double, et qu'étant seul pâtre « j'aie à conduire deux troupeaux différents. » Toujours jaloux des Ecossais, les Anglais se bornèrent à nommer des commissaires pour délibérer sur cette importante question ; elle sembla bientôt
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oubliée. La session suivante devint une des époques les plus me'morables de l'histoire d'Angleterre par le grand bruit que (lt la découverte «le la conspiration des poudres. Ce* événement mérite d'autant plus de fixer l'attention de l'homme réfléchi que la plupart des écrivains qui J'ont rapporté , et de ceux mêmes qui auraient le plus de droit à la confiance de leurs lecteurs, n'ont fait que se copier s -rvilcment les uns les autres. Les bornes de cet article n'admettent point une discussion approfondie ; mais il offrira du moins le rapprochement des faits et des opinions, omis parla mauvaise foi des historiens ou négligés par l'incurie des compilateurs. Dix jours avant celui qui avait été fixé pour l'ouTerture du parlement, un pair catholique, lord Monteagle, reçut une lettre anonyme dans laquelle on lui disait : « Si « vous tenez à la vie, ne paraissez point au Par- « lement : un coup terrible sera frappé, et l'on « ne verra point d'où il part.... Le danger sera « passé en aussi peu de temps que vous en mettrez « à brûler cette lettre (1). » Lord Monteagle porta le papier au comtr de Salisbury (Robert Cecil), qui le mit sous les yeux du roi. Le conseil voulait mépriser cet avis mystérieux ; Jacques seul réfléchit sur le sens des paroles et devina qu'il s'agissait d'une explosion soudaine. Par son ordre, le grand chambellan visita les caves situées sous les deux chambres; dans la nuit même qui précéda la séance royale (îî novembre 1605) , il trouva audessous de la chambre haute, dans un magasin de charbon, trente-six barils de poudre recouverts de bûches et de fagots. Un anciermflîeier déguisé se tenait auprès de cette mine : il avait sur lui tout ce qui était nécessaire pour la faire jouer au premier signal. Fawkes (c'était le nom de cet homme) ne témoigna d'abord que le regret d'avoir manqué son coup et refusa opini&trémcnt de déclarer ses complices; la crainte de la torture les lui fit nommer : les principaux étaient deux catholiques, Catesby, gentilhomme d'une ancienne famille, et Percy,de l'illustre famille de Norlhurmberland. A la nouvelle de l'arrestation de Fawkes, ils coururent avec leurs affldés dans le comté de Warwick pour y rejoindre Digby, un des chefs de la conspiration (voy. Everard Digbv); ils furent poursuivis, et la plupart périrent les armes à la main après la plus vive résistance; ceux qui furent pris vivants terminèrent leurs jours dans les supplices. On (it partager leur sort aux deux jésuites Carnet et Oldecorn, accusés, selon quelques auteurs, de leur avoir donné d'avance l'absolution de leur crime, et simplement , selon d'autres, de ne pas avoir révélé la conjuration [roy. Gaunkt). Voilà le précis des faits rendus publics dans le temp^et répétés depuis, sans examen, par une
Jl| Tel t-t«it le véritable *-n« de la phrase anglniw . nui» ctle offrait une ambiguïté qui pouralt rendre Vari» inutile : Ai toon ai you havt burntd IA* letter. Cea muta lignifiant littéralement : Animât qui vaut aurex briU ma UUrt, le péril était cewé j1»*!? ou imaginaire.
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foule d'écrivains totalement dépourvus de critique. Voici maintenant des particularités beaucoup moins connues , qui peuvent jeter du jour sur leurs relations Au moment même ou le premier ministre Salisbury faisait le plus de bruit en Europe de l'importante découverte qui, disait-il, venait de sauver d'une entière destruction le roi, la famille royale et les deux chambres du parlement, le bruit se répandit que Salisbury lui-même avait suggéré cette effroyable idée à quelques têtes ardentes, afin de se ménager un prétexte d'anéantir le parti catholique. On prétendit qu'il avait formé ce projet dès le règne d'Elisabeth , et que la mort seule de cette prin- .cesse en avait fait différer l'exécution. Il est généralement reconnu, du moins, que ce fut ce courtisan artificieux qui mit Jacques Iw sur la voie île conjecturer la nature du complot , afin de lui procurer le plaisir d'admirer lui-même sa prodigieuse pénétration. L'on a soutenu enfin que la lettre anonyme adressée à lord Monteagle n'avait été forgée que par le ministre. La plupart des conjurés, et Digby entre autres, déclarèrent en mouraut qu'ils ignoraient l'étendue de la conspiration. Les jésuites condamnés protestèrent de leur innocence jusque sur l'échafaud. L'ambassadeur de France, homme si digne de foi , prit sor les lieux les renseignements les plus précis, et il n'hésita pas à justifier pleinement les condamnés (1). Au. milieu de ce conflit d'autorités, l'homme judicieux, sans crainte de tomber tbns le scepticisme , doit suspendre son jugement. A défaut des annales de tous les peuples, l'histoire seule de notre révolution nous apprendrait avec quelle méfiance il faut lire ces récits de complots mystérieux si avidement recueillis par le crédule vulgaire. Quoi qu'il en soit, au reste, du plus ou moins de réalité de la conspiration dtt poudres, rien ne fut négligé pour donner à cet événement la plus haute importance possible. Le roi se rendit au parlement et y prononça un long (Hseourt. Tandis que la populace ameutée demandait vengeance contre les catholiques, Jacques crut déployêr une grande générosité en les défendant ; mais soupçonnerait-on quelle fut cette apologie? Le royal orateur dit en substance: « qu'il ne fallait pas croire que tout catholique ■ fût nécessairement un scélérat; qu'il existait « même des individus assez malheureux pour « croire à la présence réelle et aux sacrement*. • sans être pour cela de la religion du pape, qui « est un véritable mystère d'iniquités. ■> Fnfin le fils de Marie Stuart poussa la tolérance jusqu'à déclarer que , parmi ses ancêtres et ceux de ses sujets, c'est-à-dire pendant dix siècles où la religion catholique avait été la seule régnante dans la Crande-Brctagne, il n'était pas impossible que Dieu eût sauvé un certain nombre de papistes. El
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voilà le prince que des e'erivains protestants n'ont point rougi d'accuser d'une partialité manifeste pour les catholiques! H est vrai que dans le même discours Jacques lança quelques traits Tort amers contre les puritains, comme s'il eût prévu que de cette secte atrabilaire devaient sortir un jour les assassins de son filsCharles I". Immédiatement après avoir parlé, le roi prorogea le parlement. Ce corps ne se rassembla que trois mois plus tard : son premier acte fut de consacrer par une fêle à perpétuité l'anniversaire de la conspiration des poudres, fête qui se célèbre encore tous les ans le 5 novembre. Mais déjà des rumeurs alarmantes se renouvelaient : il se répandit que le roi avait été assassiné à Oking. Jacques fit une proclamation pour certifier qu'il n'était pas mort. Le parlement lui causa une satisfaction extrême en décrétant le fameux serment d'allégeance. Les Anglais se vantèrent alors, et ils se vantent même encore aujourd'hui, de la noble fermeté avec laquelle ils déclarèrent, dans la formule de ce serment, que le pape n'a point le droit de déposer leur souverain, de délier ses sujets de leur fidélité et de disposer de sa couronne en faveur d'un prince étranger. Mais cette doctrine a toujours été celle des catholiques les plus attachés à leur religion ; en un mot, elle a été consacrée par nous, de la manière la plus solennelle , dans la fameuse assemblée du clergé de 1682.C'est sur la proposition de notre grand Bossuet lui-même que l'Église gallicane posa pour première maxime que le souverain pontife n'a aucun pouvoir sur le temporel des rois. Défenseur zélé des doctrines ultramontaines, le cardinal Bellarmin écrivit contre le serment d'allégeance une lettre, ou plutôt une dissertation, qui provoqua de la part du roi un écrit intitulé Admonitio régit Magna Britanniœ ad principes chriuianos. 11 publia contre le même cardinal une autre diatribe bizarrement appelée Tortura tord, parce que Bellarmin, sur le titre d'un de ses livres, avait pris le nom de Matthœus tortus. Jacques, si passionné pour la controverse, s'était montré beaucoup plus indulgent envers son ancien précepteur, le célèbre Buchanan, qui avait eu l'audace de lui dédier des ouvrages remplis non-seulement de déclamations antimonarchiques, mais encore des plus odieuses calomnies contre l'infortunée Marie Smart, mère de ce prince. Avant de terminer cette session du parlement (1606), Jacques y reproduisit l'affaire qui lui tenait le plus à cœur, celle de l'union de ses deux royaumes. Déjà, de son autorité privée, il avait pris le titre de roi de la Grande-Bretagne ; et, par son ordre, les monnaies, les drapeaux des troupes, les pavillons des vaisseaux, présentaient les armes d'Ecosse écartelées avec celles d'Angleterre. Les deux chambres ne se montrèrent cependant pas plus disposées que l'année précédente à reconnaître cette union. En vain le roi les manda-t-il au palais de White-Hall : ses raisonnements, ses caresses, ses menaces, ne purent triompher de la
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jalousie invétérée des Anglais contre leurs voisins. De ce jour il s'établit entre le monarque et le parlement une froideur qui se manifesta en plusieurs occurrences, et particulièrement dans les votes de subsides , qui n'étaient accordés qu'avec une excessive parcimonie. Le trésor royal étant absolument vide en 1610, le roi se résolut à demander un revenu fixe, en échange de certains droits regardés jusque-là comme annexés à la couronne. La discussion qui s'éleva dans les communes à ce sujet est réellement curieuse, en ce qu'elle donne une juste idée de la tournure d'esprit d'un prince qui aspirait à passer pour un des plus beaux génies du siècle. Jacques voulait avoir 200,000 liv. sterl., et la chambre ne voulait lui en donner que 180,000. « Vous prétendez vous fixer, « dit le lord trésorier, selon l'expression anglaise, « à neuf vingtaines (nine score) ? mais Sa Majesté « m'a ordonné de vous faire observer que ce nombre » neuf ne saurait lui plaire, parce que l'on compte « neuf poiftes (1 : qui ont toujours été des raen- «■ diants, quoiqu'ils servissent neuf Muses. Sa Ma- « jeslé, bien qu'elle y trouvât son bénéfice, n'au- •• rait pas plus de goût pour onze, parce que le •< traître Judas est cause qu'il n'y a que onze « apôtres : mais il est un nombre moyen qui nous « accorderait facilement ; c'est dix, nombre sa- « cré, puisque c'est celui des Commandements de « Dieu. » On ne sait si ce fut ce genre d'éloquence qui désarma le parlement; mais il est sûr qu'il accorda au roi les dix vingtaines de mille livres (ten score). Jacques trouva bientôt une occasion plus éclatante encore de faire juger son caractère. On avait généralement taxé de pusillanimité l'extrême circonspection avec laquelle il s'était conduit en diverses conjonctures d'un haut intérêt pour l'Angleterre. Un incident à peine digne de remarque sembla développer en lui un homme nouveau. Toujours occupé d'argumentations scolastiques, il apprend qu'un professeur nommé Vorstius venait d'être appelé d'Allemagne en Hollande, pour y remplir une chaire à l'université de Leyde. Vorstius était arminien , et Jacques avait écrit contre cette secte. Son ambassadeur a ordre de se plaindre vivement aux états de la nomination du professeàr. Les états entreprennent de défendre leur choix. S. M. Britannique leur adresse une lettre foudroyante, où elle déclare que « jamais hérétique ni athée n'a mérité les ■ flammes à plus juste titre que Vorstius; mais « qu'elle veut bien, pour cette fois, s'en remettre « à leur sagesse chrétienne, pour décider si cet « homme sera envoyé au bûcher. » Une seconde remontrance du gouvernement hollandais provoqua, de la part de Jacques, une sorte de déclaration de guerre : on ne parvint à désarmer son courroux qu'en faisant passer Vorstius à une autre chaire. Quelques ouvrages ascétiques attribués à des jésuites ayant donné de l'humeur au
(l) 1* liite de ces poète» ne fut pat présentée au parlement.
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monarque anglais, une proclamation royale les bannit tous de la Grande-Bretagne, et défendit à tout catholique d'approcher de la cour à moins de dix milles. Au milieu des petitesses qui absorbaient presque tous les instants de Jacques 1er, on est étonné de le voir se constituer législateur suprême de l'Irlande, et se rendre, par ses soins judicieux, digne de ce titre honorable. Mais la mollesse de son caractère cl les travers de son esprit ne repartiront que trop tôt. Ce prince continuellement livré, en apparence, aux abstractions de la philosophie et aux recherches scientifiques, avait un singulier faible : les avantages physiques d'un homme, et même l'élégance île sa toilette, exerçaient sur ses yeux un pouvoir dont sa raison ne pouvait se défendre. Les Anglais et les Ecossais se disputèrent à.qui lui donnerait un favori : les derniers l'emportèrent. Robert Carre, né en Écosse, d'une famille noble, et à peine Agé de vingt ans, fut placé auprès du roi comme simple écuyer. I n jour, qu'il lui présentait son bouclier dans une joute, il reçut un coup de pied de cheval qui lui cassa la jambe. Cet accident devint pour lui la source de la plus haute fortune. Touché de sa jeunesse et de l'extrême beauté de sa figure, Jacques ordonna de le transporter sur-le-champ au palais; et, dès qu'il y fut rentré lui-même, il courut s'assurer par ses yeux que l'intéressant blessé recevait tous les soins convenables. Chaque jour, on vit le monarque passer des heures entières au chevet du lit d'un pauvre écuyer; et l'on ne tarda pas à voir quelque chose de bien plus extraordinaire. Jacques s'était promptement aperçu que le jeune Hubert manquait totalement d'études. 11 résolut de se charger lui-même de son éducation. Tandis que les ministres attendaient le roi au conseil, Sa Majesté était occupée à donner des leçons de grammaire et de latin au bel Écossais. ! m peu de temps, Jacques revêtit son écolier des titres de chevalier, de vicomte de Hochester, de comte de Somerset, et il le décora de la Jarretière. Il est très-remarquable que les historiens qui ont le plus insisté sur ce ridicule (et ce ne fut pas le dernier de ce genre que se donna Jacques [«»), n'en ont cependant tiré aucune induction infamante pour les mœurs de ce monarque- Mais , d'après une expression très-énergique de Henri IV (1), on pourrait croire que le héros français voyait d'un œil moins indulgent ces étranges faiblesses. Rempli de dédain pour ce roi pédant, Henri ne l'appelait communément que Maître Jacquet; et il poussa quelquefois, à sou égard, le mépris jusqu'à l'aversion. H y avait déjà dix ans que le (Ils de Marie Stuart occupait le trône d'Elisabeth, lorsqu'il donna l'ordre de déposer daus les sépultures royales de Westminster le corps de celte reine infortunée, qui était resté à Péterbo
|l) « J« ui« )< quoi ce o»t capable; mais croyrx que
« cela ne m'empêche point de dormir, n \Lettrt de Henii IV au président Jrannin , qui était à la Haye en 1608 pour négocier la
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rough. Cette cérémonie funèbre fut bientôt suivie d'une autre non moins lugubre : Henri, prince de Galles, mourut en 1612, à l'âge de 18 ans, pleuré de toute la nation, qui se plaisait à opposer ses qualités brillantes à l'inertie de l'auteur de ses jours. On prétendit que ce prince avait été empoisonné, et il s'éleva des voix qui osèrent accuser le roi lui-même de ce forfait : mais si quelquefois ses procédés purent le faire soupçonner d'être jaloux de son propre fils, s'il accrut ces soupçons par la défense inconcevable de porter le deuil de l'héritier de la couronne; rien, d'ailleurs, n'autorise à penser que Jacques fut capable d'une telle monstruosité. Un écrivain célèbre a ouvert une nouvelle opinion à cet égard. Selon Fox, il y a tout lieu de croire que le prince Henri fut empoisonné par Somerset (Robert Carre), et que le roi le sut quand le crime fut consommé (1 ). La faveur de cet ami particulier de Jacques n'ayant éprouvé aucun échec à cette époque , il en résulterait donc une sorte de complicité entre son maître et lui. Mais il est juste d'observer que Fox, qui ne perd jamais une occasion de reprocher à Hume de se montrer trop favorable aux Slunrts, s'est jeté dans l'excès opposé, et laisse constamment percer contro tous les princes de cette famille l'animosité ta plus révoltante. L'année suivante vit célébrer les noces de la princesse Elisabeth, fille du roi, avec l'électeur palatin, Frédéric V. Ce mariage parut alors peu digne d'attention. Qui eût imaginé que son résultat futur dût être de donner à l'Angleterre des souverains allemands, et d'une famille autre que celle qui devenait alliée de la maison de stuart? C'est cependant, comme ayant hérité des droits de la princesse FJisabelh , que cent un ans plus tard 1.1 maison de Hanovre monta sur le trône de la Grande-Rretagne. Alors même que le fanatisme religieux intervertissait l'ordre naturel de la succession, la raison d'Étal consacrait le principe de la légitimité dans les descendants des Stunrt*. Ce fut au milieu même des fêtes occasionnées par le mariage de sa fil le que Jacques éprouva le plus violent chagrin qui put affecter ce cœur biiarre. H eut la preuve trop certaine que son indigne favori, pour opérer le divorce de la jeune comtesse d'Eues et obtenir sa main, s'était souillé des plus noirs attentats {vay. Overbury et Somerset). Ses yeux s'ouvrirent enfin; mais déjà, depuis quelque temps, un nouveau mignon balançait l'iiiflutnce de Somerset, et la cour partagée flottait entre l'ancienne et la nouvelle idole. Jacques, dans une des deux tournées qu'il faisait annuellement, passa par Cambridge. Les étudiants le régalèrent d'une comédie intitulée Ignoramut, qui tournait en ridicule le droit commun de l'Angleterre. C'était un moyen assuré de le divertir : sa bonne humeur augmenta, dès qu'il eut jeté les yeux sur Georges
(l) A Hùlery o/ M* tarly part of tht rtign of /.tmu <îi ttamd, Loodo», 1808, In-*.. [Yo Ai iW«r, p. vu.)
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Villiers, jeune homme également remarquable par sa figure, sa taille et l'élégance de son costume. Par un détour singulier, qui prouve du moins que Jacques rougissait intérieurement de ses ignobles inclinations, il voulut que ce fût la reine qid le priât de prendre le bel adolescent à son senrice ; et, en le nommant son échanson, il eut l'air de céder aux instances de cette princesse (roy. Buckihgham). Il eut bientôt à s'occuper d'affaires plus graves : malgré toutes les peines qu'il s'était données pour établir son droit divin, et le consacrer aux yeux des peuples par la qualification de Sacrée Majesté, le parlement voulut aussi faire voir quels étaient ses droits, en refusant toute espèce de subsides. Jacques, surpris et furieux, n'hésita pas à faire arrêter les chefs de l'opposition. Des débats de la nature la plus alarmante s'élevèrent sur l'essence de la prérogative royale : alors Jacques, revenant à son caractère pusillanime, chercha d'indignes subterfuges dans les subtilités de l'école. Il imagina un roi in nbstracto et un roi in concreto. Il relâcha les prisonniers, et les communes lui donnèrent de l'argent. Il le prodigua avec une telle imprévoyance au nouveau duc de Buckingham et à toute la famille de cet arrogant ministre , qu'il fallut chercher au dehors des ressources extraordinaires. La reine Elisabeth s'était fait livrer aux états généraux les trois places de Flessingue, la Brille et Bamekens, comme sûreté des sommes qu'elle leur avait prêtées : Jacques I" proposa aux Hollandais de leur rendre ces places pour 2Î>0,000 livres sterling, une fois payées. Son offre fut acceptée avec empressement. La nation anglaise vît ce marché avec douleur, parce qu'elle sentit combien il diminuait son influence politique sur le continent. Jacques, qui n'avait rien perdu de la sienne en Ecosse, malgré une absence de quatorze ans, éprouvait le désir de revoir son pays natal. Il résolut de signaler son apparition au milieu de ses anciens sujets par l'acte le plus important et le plus difficile de son autorité, c'est-à-dire par la réformation du culte. Il abhorrait naturellement les puritains, et il voulait essayer d'adoucir ce que leur religion présentait de sombre et de sauvage. Cette tentative faillit exciter un soulèvement général : des prédicants soutinrent en chaire que le roi était possédé de sept diables ; et le peuple courut aux armes. Fntouré par les rebelles et réveillé par le péril, Jacques déploya, une fois en sa vie, du courage et de l'habileté. Il revint en Angleterre, où peu s'en fallut qu'il n'excitât pareillement une sédition religieuse par une proclamation où il exhortait les fidèles à se livrer, le dimanche, aux plaisirs permis, afin, dit-il, de ne point faire de cette solennité un jour semblable au sabbat des juifs. Il donnait lui-même à ses sujets l'exemple d'une vie joyeuse, abandonnant les rênes de l'Llat au duc de Buckingham, et partageant presque tout son temps entre la chasse et les divertissements de tout genre. Disposé aux sacrifices les plus hu-
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miliants pour conserver la paix , ce qui lui avait valu en Europe le surnom de fax pacifieut. il n'avait pas hésité à donner satisfaction à l'Espagne pour l'expédition de Balcigh , en envoyant à la mort cet homme célèbre, déjà coudamné, il est vrai, pour un autre fait {roy. cl-dessus). Il chercha même bientôt à captiver l'amitié de cette puissance , dans l'espoir que son intervention seule le dispenserait de prendre part à la sanglante querelle où venait témérairement de s'engager l'électeur palatin , son gendre , en acceptant la couronne de Bohême. Mais déjà le nouveau roi était vaincu et fugitif : son électorat même était tombé au pouvoir des armées autrichiennes. Jacques crut avoir trouvé un moyen sùr de désarmer la branche espagnole, en demandant pour le prince de dalles (depuis Charles I") la fille cadette de Philippe III. L'atnée, après avoir été promise au premier prince de dalles, avait épousé Louis XIII. La différence de religion semblait devoir mettre obstacle à cette alliance ; mais Jacques faisait céder à la politique sa haine naturelle pour le catholicisme. Ses ambassadeurs parcouraient toute l'Europe, et à peine daignalt^on les écouter. Une farce, jouée alors publiquement à Bruxelles, dénote dans quel discrédit était tombé le successeur d'Elisabeth : « Trois puissances, y « disait- on, envoient des secours à l'électeur « palatin : le roi de Danemarck.ccnt mille harengs « salés ; la Hollande, cent mille tonnes de beurre, « et le roi Jacques, cent mille ambassadeurs. « Partout il était peint avec un fourreau sans épée. Le parlement, écho des clameurs de la multitude, qui voyait la ruine du protestantisme dans une alliance avec l'Espagne, lit éprouver au roi toutes les contrariétés possihlcs. Vainement le prince chercha-t-ll à le gagner dans un discours trèsétudié, où il adressait aux chambres ces paroles de l'Écriture : » Je vous ai joué de la flûte, et vous ■ n'avez point dansé ; je vous ai chanté des lamen- « talions, et vous n'avez point pleuré ; « les communes ne lui répondirent que par de vives remontrances. Jacques, irrité, écrivit à l'orateur de la chambre basse une longue lettre, où, dans un style amer et véhément , il se plaignait des atteintes portées à son droit divin : l'expression méprisante, ne sutor ultra crepidam, dont il se servit à ce sujet, acheva d'aigrir tous les esprits. Les communes , pour se venger, attaquèrent les principaux défenseurs de l'autorité royale : c'est alors que tomba le célèbre Bacon, trop convaincu d'allier à un génie presque surnaturel les faiblesses humaines les plus déplorables (roy. Bacon). Soutenu par les conseils de l'entreprenant Buckingham, le roi cassa le parlement, et en envoya les membres les plus fougueux à la Tour. Les dissensions politiques éclatèrent dans toutes les classes de la société ; mais c'est à tort que quelques écrivains fixent à cette époque l'origine des Whigs et des Torys. Ces deux partis fameux ne se montrèrent sous ces dénominations que du temps
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de Charles II (1). AITeclanl «le braver toute opposition, le roi donna plus d'éclat à ses négociations arec la cour de Madrid, par l'ambassadeur du comte de Bristol. Philippe IV , qui venait de succéder à son père, se montra d'abord si favorable au mariage de sa soeur Marie avec le prince de Galles, (jue Jacques se laissa déterminer par Buckingham à envoyer le prince lui-même en Espagne, sous la conduite de ce favori. Ce n'est pas ici le lieu d'expliquer par quelle foule de motifs cette course galante n'eut aucun résultat. Jacques perdit ainsi l'espoir de faire restituer le Palatinat à son gendre par l'entremise de la cour de Madrid. Cette restitution ne pouvant plus s'obtenir que par les armes, il saisit ce prétexte pour demander des subsides au parlement. Le discours qu'il y prononça donna une nouvelle preuve de son mauvais goût . comme celui qu'il y laissa tenir à Buckingham fut un nouvel exemple de l'effronterie du ministre et de la dégradation du souverain. Lorsque le roi eut dit aux chambres assemblées « qu'il était leur époux , et qu'elles étaient ses « femmes ; qu'un voyageur mourant de soif dans « les déserts de l'Arabie ne désire pas avec plus « d'ardeur une source d'eau vive qu'il ne désirait « la prospérité publique, » Buckingham prit la parole, et, avec une inconcevable assurance, il débita le roman qu'il avait composé sur le voyage de l'héritier du trône. Jacques, par de fréquents mouvements de tête, donnait son assentiment aux assertions les plus hasardées de son favori. Une guerre contre des puissances catholiques était trop populaire pour que les communes hésitassent à voter de forts subsides; mais il fut arrêté que les sommes accordées resteraient en dépôt entre les mains d'une commission spéciale. Jacques ne s'attendait pas à cette conclusion ; et il eut beaucoup de peine à dissimuler son dépit. Il éprouvait uu chagrin plus violent : des avis secrets de l'ambassadeur d'Espagne lui révélèrent qu'il avait été indignement joué par Buckingham, dans tout ce qui concernait l'union projetée avec l'infante ; mais telles étaient et sa faiblesse et l'arrogance du favori , qu'il n'osa pas même lui faire part de sa découverte. Il poussa la complaisance à son égard jusqu'à souffrir que le comte de Bristol , à son retour de Madrid, fût conduit à la Tour et ensuite exilé, dans la crainte que cet ambassadeur ne parlât. On s'attendait à voir agir une puissante armée anglaise en Allemagne : Jacques se contenta de faire passer six mille hommes au prince Maurice d'Orange. La rupture du mariage de l'héritier présomptif avec une princesse catholique avait produit une joie si vive à Londres, qu'il n'était pas à présumer que le roi pensât jamais à conclure une alliance de cette nature. Quel fut l'étonnement général , lorsque l'on apprit tout à coup que Louis XIII avait accordé la main de ma-
(Il Voyez N;: iice hittorique iar le* Whlg» et Je» Tory*, premier Tolam* de» Mimuiru iterttt du cardinal Dutou, publiés, •n iblS, pu l'auteur de cet artlcl*.
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dame Henriette, sa sœur, au prince de Galles! Charles avait entrevu, incognito . celte jeune et belle princesse dans un bal , en traversant Paris pour se rendre en Espagne; et Jacques, fermement résolu à ne donner pour épouse à son Gis qu'une fil le de roi , ne voyait plus en Europe d'autre parti convenable que la fille de Henri IV. Voulant profiter de la conjoncture pour adoucir le sort des catholiques anglais, Louis XIII chargea l'archevêque d'Embrun d'une mission secrète auprès du roi Jacques. Le prélat , sous le nom supposé d'un conseiller au parlement de Grenoble, eut plusieurs conférences avec le monarque : mais comme elles n'eurent pas de témoins, on ne doit lire qu'avec une extrême méfiance tout ce qui a été écrit sur ce sujet, et, notamment, sur le dessein formé par Jacques 1er de proclamer son retour sincère à la foi de ses ancêtres. H est avéré, au contraire, que, peu de jours après ses entreliens avec l'archevêque français, se sentant atteint d'un mal mortel, il manda le prince d*e Galles, et, tout en l'exhortant à chérir la princesse de France, il lui recommanda, avec non moins d'instance, de persister dans son attachement au protestantisme. Jacques 1" cessa de vivre le 27 mars 16i!>, dans la 59e année de son âge, et la vingt-troisième «le son règne en Angleterre. Comme tous les princes faibles, il mourut méprisé au dedans et au dehors. On eût dit, selon l'expression de Kaynal, qu'il n'était que passager sur le vaisseau dont il aurait dû être le pilote. Si on ne peut lui reprocher aucun vice capital, on ne peut louer en lui aucune vertu pure et franche. Sa libéralité n'était que profusion, son savoir que pédanterie, son amour pour la paix que pusillanimité, sa politique qu'astuce, son amitié qu'un frivole caprice. Aspirant, pour gloire première, au titre de Roi bel esprit, rôle de tous le plus ridicule sur le trône , il ne fut <|u'un orateur prolixe et sans dignité, un écrivain amphigouritpie et sans goût. Il n'eut point de maltresses, mais il eut des favoris! Et c'est là le prince que ses adulateurs appelaient le Salomon de l'Angleterre / Notre grand Henri, entendant un jour nommer ainsi ce monarque, objet de ses profonds dédains, se permit un mot terrible qui nous coûterait moins â rapporter, s'il ne réfléchissait pas sur la malheureuse mère de Jacques lrr. Faisant allusion au prénom du fameux musicien David llizzio : « Jacques n'cst-il pas ef- « fectivement Salomon, dit Henri, s'il est fils de « David le joueur de harpe ? » Le nom de ce Rizzio, tué sous les yeux de Marie Sluart , alors grosse de Jacques I", rappelle une assertion mille fois répétée : on a prétendu que, par suite de la violente impression éprouvée \&c sa mère, jamais ce prince n'avait pu supporter sans un tremblement visible l'aspect d'une épéc nue. Ce fait, s'il éUit avéré (1), servirait d'argument en faveur d'une
(1) Il e*t «pendant attesté par le fameux Kenelm Difby dan* •on Oiiceufê mut la poudrt dt lympatAi*. .. Jacques I*', l'armant chevalier, ne put l'empêcher de détourner la tète, et pensa bt«-
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opinion presque entièrement rejete'e par les plus habiles physiologistes; mais les historiens anglais les plus accrédités, et ceux mêmes qui n'ont pas omis île critiquer la tournure et l'air gauche de Jacques I", ne parlent point de cette circonstance. On a recueilli les œuvres diverses de ce monarque, Londres (en anglais), 1616, et publiées en latin, •1019, par Jacques de Montaigu. Les plus remarquables sont : 1° Le Batiiicon Doron (le Don royal). qui a été traduit en français par Jean llotman de Villiers (roy. ce nom), Paris, 1603, in-8°; 2" The true Lato of free monarchie* (la Vraie loi des monarchies libres), et un Commentaire de l'Apocalypse. où l'auteur s'attache à prouver que le pape est Y Antéchrist (1). Il parut , à la mort de Jacques 1", une foule d'épigrammes, que des historiens n'ont pas dédaigné de rapporter. La plus sanglante, quoique la plus simple, est dans ce vers latin :
Rax fuit Elisabeth , nunc e»t rcgina Jacobus.
JACQUES 11, roi d'Angleterre, né le 30 octobre 1633, était le second fils de l'infortuné Charles Ie' et de Henriette de France. Il portait le nom de duc d'York ; pour se soustraire aux ennemis de la famille royale, il fut obligé, presque au sortir de l'enfance, de se réfugier en Hollande, déguisé en fille, il passa en France et fit ses premières armes sous Turenne. On le vit ensuite se signaler par une valeur peu cotnmuue en Flandre, où il servit sous les drapeaux de don Juan d'Autriche et du grand Condé. Charles H , son frère, ayant été enlin rappelé au trône de ses pères, le duc d'York s'empressa de rentrer dans sa patrie. Il fut nommé grand amiral du royaume, et se montra plus digne encore de ce titre par son courage et son habileté que par sa naissance. La victoire qu'il remporta, en 1665, sur l'amiral hollandais Opdam , et les combats sanglants qu'il livra au . célèbre Ituyter, en 1672, ont rendu illustre à jamais le nom de ce prince dans les fastes de la marine anglaise, mais moins encore, peut-être, que l'invention ou le perfectionnement des signaux sur mer, qui lui est généralement attribué. Enfin, on a dit du duc d'York, en Angleterre, ce qui avait été dit en France du dernier des Valois : « Il parut digne du trône tant qu'il « n'y fut point assis. » Mais parmi ceux mêmes qui ne pouvaient refuser de rendre hommage à sa gloire militaire et à ses qualités personnelles, un trop grand nombre laissaient percer la méfiance et la haine que leur inspirait l'attachement du prince à la religion catholique. Au reste, loin d'en être alarmé, il prenait peu de soin lui-même de dissimuler des opinions qui lui étaient communes avec Charles II, son frère, mais que ce monarque voluptueux et faible n'osa manifester
ici gravement Dlgby, auque! il roulait, suivant l'étiquette, donner simplement un léger coup de plat d'épée. C. M. P.
Jl) Lorsque l'on réfléchit que le grand Newton était dans les me* tcoUmenU, on om 4 peine la reprocher à Jacquet I*r,