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I que lorsque la crainte de la mort lui en imposa l'obligation (1). La découverte ou la supposition du fameux complot papiste {Popis ylot), ayant excité au plus haut degré la fureur du parti protestant, les fanatiques ne gardèrent plus aucun ménagement envers le duc d'York. Comme le roi était sans enfants, ce prince se trouvait héritier présomptif de la couronne. Dans l'espoir de mettre d'avance un obstacle insurmontable au projet qu'on lui supposait de rétablir l'ancienne religion de l'Etat, les communes méditèrent d'abord contre lui un acte de limitation, et bientôt après, osant plus encore, elles proposèrent un bill formel d'exclusion. Deux fois la chambre des pairs et le roi firent avorter ce complot contre l'ordre existant. Mais enfin Charles II mourut (16 février 1683) , et le prince auquel on avait voulu contester ses droits fut reconnu et proclamé sans opposition. Bien plus, il ne lui fallut que quelques paroles adressées au conseil privé pour exciter, dans presque toutes les classes, des transports d'allégresse et de reconnaissance. Jacques H déclara qu'en dépit de toutes les insinuations dont il avait été l'objet, il saurait convaincre la nation anglaise de sa résolution invariable de maintenir les lois de l'Etat et l'Eglise établie. Des adresses exprimant la soumission la plus profonde arrivèrent de toutes les villes du royaume. Ou remarqua le discours des quakers, qui vinrent complimenter Jacques; après lui avoir témoigné leur joie de le voir sur le trône, ils lui dirent : « On « nous assure que tu ne crois pas plus que nous « à l'Eglise anglicane : nous espérons donc que « tu nous accorderas la liberté que tu l'es ac- « cordée à toi-même. » Jacques II ne larda pas à faire voir qu'il n'avait aucun doute sur la légitimité et la force de sa puissance. Le parlement avait alloué au feu roi le produit des douanes et «le l'accise pour le temps de sa vie : cette concession était donc censée expirée à sa mort. 11 suflit à Jacques d'une simple proclamation pour se maintenir dans la jouissance du même revenu. 11 Ot plus: il alla publiquement à la messe, et avec tout l'appareil dont s'entourent les princes catholiques en pareil cas. Les écrivains qui, après un grand événement, vont en chercher les causes partout, n'ont pas manqué d'attribuer au culte que Jacques II professait ouvertement tous les malheurs de son règne : mais quand on pense à l'extrême facilité avec laquelle Henri VIII, Marie et Elisabeth firent adopter les variations les plus étranges et les plus contradictoires en fait de religion , l'on se trouve autorisé à croire que, si le catholicisme très-connu de Jacques II n'apporta aucun obstacle à ce qu'il montât sur le trône, il ne fut certainement point la cause qui l'en lit descendre. N'anticipons point sur les événements :
(l'i Hume dit positivement qui- Charles II reçut, en mourant, les aacremanla de l'Eglise romaine, et ce fait est maintenant hors de doute députa la publication des dépêche* de M. de UariUou , ambassadeur de Louis XIV auprès de ce prince.
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Jacques conserva tout les ministres , tous les grands officiers qui avaient joui de la confiance de Charles 11. Celte conduite fut regardée , par la niasse de la nation , comme une preuve de l'extrême influence qu'il avait exercée lui-même sous le règne de son frère. Les politiques plus éclairés n'y Tirent que la suite du fatal système adopté par Charles 11. « Ce prince , dit un de ses plus « fidèles serviteurs, oubliait ses amis et caressait « ses ennemis. En voulant par là ramener une « espèce d'hommes que nuls bienfaits ne pou- « vaient rendre reconnaissants, il négligea ceux « qu'aucune injure n'aurait pu détacher de lui... » (roy. Hicgoxs ). La sécurité que Jacques II plaçait dans ses propres forces ne l'empêcha point, cependant, de chercher d'autres appuis au dehors. Dès le lendemain de son avènement il fit appeler M. de Uarillon, ambassadeur de Louis XIV, et lui exprima, dans les termes les plus forts, un attachement particulier pour la personne de ce monarque. 11 ne fut point question , dans cette première entrevue, des subsides que Jacques se flattait d'obtenir du roi de France : maÏB la politique de Louis XIV n'avait pas attendu que la demande lui en fût adressée. Sa lettre de féliellation au nouveau roi d'Angleterre était accompagnée de cini| cent mille francs, qu'il le priait d'accepter pour son usage personnel. Hnrillon rapporte que celte générosité inattendue attendrit Jacques II jusqu'aux larmes. Vmilant mettre à profit de si bonnes dispositions, il expédia aussitôt à Versailles lord Churchill , si fameux depuis sous le nom de duc de Marlborough, et dont la sœur élak sa maltresse (roy. Bp.rwick). Il eût regardé comme le plus grand service que pût lui rendre le roi de France la faculté de pourvoir à plusieurs dépendes indispensables, sans recourir à l'assistance du parlement. C'est avec raison qu'il redoutait les obstacles que lui opposerait ce corps, dès qu'il pénétrerait sa résolution de rétablir la religion romaine, ou, du moins, de la mettre sur un pied parfaitement égal avec la religion protestante. Indépendamment de ses desseins particuliers à cet égard , Jacques était vivement excité par la reine à obtenir, tant pour lui-même que pour ceux de ses sujets qui professaient le même culte, une parfaite liberté de conscience. Il était, au reste, d'une nécessité absolue de convoquer le parlement au commencement d'un règne. Les élections, dirigées par la cour, eurent lieu de manière à dissiper toutes les inquiétudes du roi. Le discours qu'il prononça, et dans lequel il réitéra l'assurance de veiller au maintien des lois et de l'Église établie, renouvela les transports de joie de la plus grande partie de la nation. Sa dernière phrase n'annonçait point, d'ailleurs, un prince disposé à flatter le parlement pour en obtenir des subsides ; il dit aux communes, en propres termes : « Songez que le meilleur moyen « de m'engager à vous assembler souvent est de « vous montrer toujours empressés à remplir mes
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« désirs. » Ces paroles produisirent tout l'effet que Jacques en avait espéré: le parlement lui constitua, pour la durée de sa vie, un revenu plus fort que celui dont avalent joui le feu roi et tous ses prédécesseurs. I n de ses premiers pas pour retirer le» catholiques de l'état d'oppression où il le» trouva, fut de faire mettre en jugement l'infâme Titus Oates dénonciateur du prétendu complot papirte , et faux témoin dans l'affaire des jésuites condamnés sous Charles IL Le châtiment exemplaire de ce misérable confondit la faction qui l'avait mis en jeu. Le cours des débats parlementaires fut interrompu tout à coup par la nou* velle de l'invasion du duc de Monmouth ; mais les chambres ne se séparèrent qu'après avoir armé le roi de tous les moyens nécessaires pour dompter la rébellion. Elle avait éclaté presque en même temps sur deux points, et sous la conduite de deux chefs qui semblaient jouir d'une grande popularité : mais il ne fallut que quelques semaines pour les voir passer tous les deux de la tête de leurs armées sur l'échafaud. Le comte d'Argyle, qui fut pris le premier, reçut la mort à Edimbourg. Quant au duc de Monmouth, fils naturel de Charles II, il obtint, sur la promesse d'une révélation importante , d'être amené en présence du roi son oncle. Toute l'Angleterre croyait que ce malheureux prince aurait sa grâce s Jacques se montra inflexible, et Monmouth fut conduit au supplice [coy. Monmouth). Ces deux exécutions furent suivies d'une multitude d'actes de vengeance exécutés par les commandants des troupes royales et "au nom du roi, avec de tels excès de barbarie, qu'un cri d'indignation s'életl de toutes parts. Jacques sembla vouloir prendre sur lui l'odieux de toutes ces horreurs, en élevant à la pairie le grand juge Jeflerys, qui les avait ordonnées. La prospérité avait tellement enflé son cœur, qu'il se crut dispensé du soin de dissimuler ses projets ultérieurs. II déclara sans détour, au parlement, qu'il avait employé avec tant de succès un grann nombre d'officiers catholiques contre les rebelles, qu'il était résolu désormais à les retenir sous ses drapeaux, sans les astreindre au serment du Test, qui pourrait gêner leur conscience. Quelques membres des communes voulurent manifester leurs appréhensions pour la religion de l'Etat et la liberté publique. Jacques reçut leurs plaintes avec tant de hauteur, que la chambre, effrayée, se hâta d'envoyer à la Tour le membre qui avait rédigé l'adresse. Elle fit plus : elle passa un bill qui autorisait Sa Majesté à employer tel nombre d'officiers catholiques qu'il jugerait à propos. C'ét-iit donner à Jacques la mesure de tout ce qu'il pouvait entreprendre. « Jamais, dit ici Hume, jaunis « roi d'Angleterre ne s'était vu dans une position 'i aussi avantageuse pour se rendre absolu, lui « et sa postérité. « Dans la disposition où était à son égard le parlement, ce parlement si docile envers les rois qui avaient su le braver, Jacques
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pouvait tout entreprendre. Plusieurs personnage» de la plus haute distinction, et, entre autres, le ministre comte de Sunderland , embrassèrent la religion du roi : l'exemple se propagea parmi la noblesse d'Écosse elle-même, qui avait toujours passe pour plus rigide dans ses principes. Une manifestation vigoureuse de la part du souverain allait faire révoquer, sans opposition , les lois intolérantes sous lesquelles garnissait une partie considérable de la nation , restée fidèle au culte de ses pères. C'était l'avis de Louis XIV, qui s'exprime en ces termes dans une lettre à son ambassadeur à la cour de Londres : « Il sera facile an « roi d'Angleterre, et aussi utile à la sûreté de son « régne qu'au repos de sa conscience, de rétablir « l'exercice de la religion catholique, qui enga- « géra principalement tous ceux qui en font pro- « fession dans son royaume à le servir bien plus >' fidèlement ; au lieu que s'il laisse perdre une i conjoncture aussi favorable quelle l'est à présent, « il ne trouvera peut-être jamais tant de dispo- • sition de toutes parts, ou à concourir à ses « desseins, ou • souffrir qu'il les exécute [août « Ki85j (1J. » Lu ministre qui jouissait de la confiance particulière de Jacques 11, lord Sunderland, disait à la même époque : ■■■ Le roi mon « maître n'a rien dans le cœur si avant que l'en- « vie de rétablir la religion catholique; il ne peut « même , selon le bon sens et la droite raison, « avoir d'autre but : sans cela il ne sera jamais ■ en sûreté, et sera toujours exposé au zele in- « discret de ceux qui échaufferont les peuples « contre la catholicité, tant qu'elle ne sera pas plus « pleinement rétablie (2). » Ces derniers mots sont d'un grand sens: ils étaient d'un politique éclairé par lei grandes leçons de l'histoire, où l'on voit les demi-mesures n'enlraluer jamais que de funestes résultais pour leurs auteurs. Il fallait que l'exemple de Jacques 11 fût ajouté à tant d'autres. Il hésita : il crut obtenir du temps et des voies détournées ce qui, en pareil cas, doit toujours être emporté de haute lutte , et il s'éloigna du but au moment de l'atteindre. Des discussions très-vives entre les catholiques et les anglicans commençaient à aigrir les esprits de part et d'autre, lorsque arriva en France la fameuse révocation de l'étlit de Nantes. Les protestants ne manquèrent point de tirer avantage des malheurs et des déclamations de leurs frères pour attirer la pitié sur eux-mêmes et crier à la persécution. Jacques II, effrayé de leurs clameurs, affecta luimême de blâmer Louis XIV. Mais résolu, néanmoins, à ne pas abandonner la poursuite de ses desseins, il se flatta de parvenir à leur accomplissement en usant sourdement d'un pouvoir qui, en diverses occurrences, avait été reconnu inhérent à la couronne. C'était le droit de dispenser des lois pénales par une simple déclaration. Mais
(H Voyu Pi*«8 jurtWcatires de l'ouvrage de Fox : A Hitlory Hf Ikt «aWy fart o/ t\e rtiyn oj Jamcê tht U«md. 12) Ibid.
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on fit encore ici un nouvel effet «le lu marche oblique que ce prince semblait s'être tracée. Au lieu d'user de son droit de dispense comme d'une prérogative incontestable, il imagina le détour suivant: il avait donné un brevet de colonel à sir Edouard Haies, nouveau catholique converti, lin des domestiques de cet officier eut ordre de le dénoncer et de le poursuivre en payement de l'amende de cinq cents livres sterling que la loi du Test accordait au dénonciateur. Au moyen de cette action feinte, le roi espérait que l'autorité d'une décision légale lèverait tous les doutes sur le pouvoir dont il était investi. Le jugement fut conforme à ses espérances, et aussitôt quatre pairs catholiques furent nommés membres du conseil privé. Le clergé anglican s'alarma et fit même entendre des murmures. Dès lors Jacques se rapprocha des non-conformistes, quoiqu'il eût pour eux une aversion naturelle. Comme tous les princes sans élévation et sans caractère, il se persuada qu'eu mettant les deux partis aux prises il triompherait sans peine de l'un et de l'autre : l'événement ne tarda pas à lui démontrer la fausseté de son calcul. Les sermons incendiaires d'un prédicant nommé Sharpe excitèrent tellement la colère du monarque , qu'il donna ordre à l'évêque de Londres d'interdire sur-le-champ cet ecclésiastique- L'évêque répondit qu'il n'était pas en son pouvoir d'obéir. Alors le roi résolut de punir lui-même le prélat : il nomma une commission qui le suspendit de ses fonctions. De ce moment la guerre fut déclarée entre la couronne et l'Église anglicane : un miuistre, nommé Johnson , adressa une exhortation véhémente aux troupes que le roi avait rassemblées entre Londres et Windsor, pour les détourner de l'obéissance à un prince qui menaçait ouvertement de renverser le culte protestant. Jacques fit condamner ce séditieux au fouet et au pilori. Cessant alors de se contraindre, il envoya le comte de Castelmaine à Rome, avec le titre de son ambassadeur extraordinaire. Sa mission était d'exprimer au souverain pontife le vœu du roi pour la réconciliation de ses trois royaumes avec l'Église romaine. Les écrivains protestants ont tous répété , sur la foi les uns des autres, que le pape Innocent XI avait reçu cet ambassadeur non-seulement avec froideur, mais même avec mépris. Ce qui est constant, c'est qu'il fil partir aussitôt un nonce pour Londres. Jacques II le reçut au château de Windsor avec tout le cérémonial usité dans les cours catholiques. Le parlement laissait entrevoir une secrète irritation t au lieu de lui imposer par nnc attitude ferme, Jacques descendit à un rôle indigne de lui ; il tenta de séduire individuellement les membres d'un corps qu'il avait précédemment bravé avec succès. 11 les appelait l'un après Vautre dans son cabinet , et là , il ne rougissait pas de s'abaisser envers eux jusqu'aux promesses et aux prières. Ces conférences secrètes furent ridiculisées sous le nom à'intrigttes du cabinet (ehsetings).
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Le clergé anglican devenait de jour en jour plus récalcitrant. Le roi envoya un religieux bénédictin à l'université de Cambridge, pour y recevoir m le grade de maître ès arts : jamais l'université, en pareil cas , n'avait fait acception de religion, et il n'y avait encore que peu de temps qu'elle avait admis sans difficulté le secrétaire de l'envoyé de Maroc : elle refusa de recevoir un catholique. Uientot après l'université d'Oxford fit éclater la même opposition et la même intolérance. Outré de celle résistance inaccoutumée, Jacques rédigea une déclaration portant liberté de conscience, et il ordonna au clergé anglican de lire cet acte dans tous les temples après le service divin. L'archevêque de Canlorbéry et six évéques présentèrent des remontrances pour motiver leur refus de faire la lecture prescrite : le roi envoya les sept prélats à la Tour. On les descendit dans un bateau sur la Tamise, et bientôt le châtiment qu'on avait voulu leur infliger devint un véritable triomphe. Le peuple se portait en foule sur les deux rives du fleuve pour contempler les vénérables prisonniers. Les prélats dis» tribuaient de tous côtés de fréquentes bénédictions : à cette vue, les transports de la multitude devinrent si violent^ que les soldats eux-mêmes, qui formaient l'escorte des évéques, tombèrent à leurs genoux. Le roi fit commencer immédiatement leur procès ; mais, de ce moment, ils devinrent pour le peuple des martyrs de la foi. Lorsque le jury, après une longue délibération, eut déclaré les accusés non coupables, les cris de joie d'une multitude innombrable retentirent depuis Westminster jusque dans les quartiers de la capitale les plus éloignés, et bientôt jusque dans le camp même où le roi passait la revue de ses troupes. Étonné, il demanda au général, lord Feversham, quelle pouvait être la cause de ce tumulte extraordinaire: « Hien, Sire, répondit « le général ; ce sont vos soldats qui se réjouissent « du jugement rendu en faveur des évéques. — « Vous appelez cela rien ! reprit Jacques ; mais, « au reste, tant pis pour eux. » Peu de jours avant l'issue de cette importante affaire, un événement heureux avait rempli le cœur du roi d'une nouvelle confiance. La reine, qui depuis six ans n'avait point eu d'enfants, accoucha d'un prince (10 juin 1688). La naissance d'un héritier de la couronne semblait la raffermir sur la téte de Jacques II : cet événement écartait du trône le prince et la princesse d'Orange, dont le violent attachement au protestantisme consternait d'avance toute la partie de la nation qui partageait les opinions du roi et désirait voir l'accomplissement de ses projets. Par le motif contraire , une autre partie du peuple osa prétendre que le jeune prince n'était qu'un enfant supposé. Une fermentation sourde annonçait une explosion prochaine : mais ce n'était pas des mécontents de l'intérieur que Jacques avait le plus à craindre ; c'était du dehors qu'une main perfide dirigeait tous les ressorts du
complot qui devait opérer sa ruine, et cette main était celle de son propre gendre, le prince d'Orange, époux de sa fille Marie. On a peine à concevoir le funeste aveuglement de Jacques II sur les machinations de ce prince, aveuglement d'autant plus inexplicable que , dès longtemps Louis XIV avait cherché à lui inspirer à cet égard de trop justes soupçons. Quelque dissimulé, quelque artificieux que fût Guillaume, Louis le Grand, dont Fox lui-même ne peut s'empêcher d'admirer la sagacité (1), avait pénétré ses projets. Trois années entières avant la catastrophe dont nous allons avoir à rendre compte, le roi de Franre mandait à son ambassadeur à Londres : « Faites « connaître au roi d'Angleterre et à ses ministres « que le prince d'Orange ne recherche que l'ap- « parenec d'une bonne intelligence avec lui pour « augmenter par là son crédit en Hollande ; mais « qu'au fond il veut toujours entretenir une se- .« crête correspondance avec les mécontentt rfMu- « gleten*. Le prince d'Orange cherche des pré- « textes pour introduire des troupes étrangères « en Angleterre ; il pourrait bien , pour tes fitu « particulière!, désirer d'avoir dans ce pays des « troupes qui lui seraient dévouées, et dont il « disposerait ensuite contre les intérêts du roi (2). » Le moment était arrivé où le gendre de Jacques II crut pouvoir enfin lever le masque : son envoyé à Londres ne se contenta point de faire des remontrances publiques au roi sur diverses opérations de son gouvernement ; il mit tout en œuvre pour rallier tous les partis, toutes les sectes contre la religion catholique, ou plutôt contre le roi, en les efTrayant d'un péril commun. Des agents déguisés travaillaient en même temps à corrompre les troupes. Plusieurs personnages importants entrèrent en correspondance suivie avec le stathouder : les amiraux Herbert et Hussel se rendirent à la Haye pour se concerter avec lui. Henri Sidney, frère du célèbre Algernon, sous prétexte de prendre les eaux de Spa, ourdissait tous les fils de la conspiration; en lin, lord Dumblaine, qui commandait une frégate, effectua plusieurs transports d'argent que les conjurés envoyaient au prince d'Orange. Guillaume faisait en secret tous les préparatifs de son expédition : mais ils ne purent échapper à la vigilance de Louis XIV. 11 donna aussitôt avis à son allié du péril qui le menaçait ; il alla plus loin : il lui offrit de Taire passer une armée française en Angleterre, ou de marcher sur la Hollande pour occuper le stathouder sur le continent. Mais Jacques , tout en témoignant sa gratitude au roi de France, crut devoir refuser ses propositions généreuses. La sécurité de ce malheureux prince serait vraiment incompréhensible, si l'on ne savait aujourd'hui que le ministre dans lequel il plaçait toute sa confiance, lord Sunderland, était honteusement
(Il Iliitory of tk* tarly part af Ik* rixgn of Jamtt II, p. 80. (2| Lettrti it Louis XIV à il. dt Barillon , extraite* du dépôt de* affaire* étrangère* 120 mai et 13 juillet i686.i.
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vendu au prinrc d'Orange. Le comlc d'Avaux, ambassadeur de France en Hollande , en avait acquis la certitude (1). SkHton, ministre d'Angleterre à Paris, lit une peinture effrayante de tout ce qu'il avait appris, il Tut rappelé aussitôt, et, |>our prix de son «le, envoyé à la Tour. Ce trait est singulièrement remarquable, en ee qu'il prouve jusqu'à l'évidence la Iraliison qui enveloppait Jacques II de toutes parts. Il n'ouvrit les yeux qu'à la lecture d'une lettre du marquis d'Alliéville, son ministre à la Haye. Tout le plan de l'invasion qui allait s'exécuter y était clairement développé, d'après le» aveux du grand pensionnaire Fagel lui-même. Dans son premier effroi, Jacques révoqua toutes les mesures qu'il avait prises en faveur des catholiques. Cette condescendance, loin de ramener les ceeurs, n'inspira «pie le mépris. On jugea, non sans raison, qu'elle était l'effet de la peur et non du repentir. Jacques, au reste, ne s'abaissa pas au point de renier la religion qu'il professait ; car ce fut à cette époque même qu'il fit solennellement baptiser le jeune prince de dalles selon le rite catholique, et lui donna le pape pour parrain. Mais cette cérémonie, source d'une joie si vive dnns les monarchies héréditaires, sembla marquer la fin du règne de Jacques H. Le manifeste du prince d'Orange était déjà dans toutes les mains : bientrtt lui-même passa la mer et débarqua à Torbay, au milieu des acclamaiinus de la multitude, le jour anniversaire «le la conspiration des poudres (3 novembre 1088). Il marcha immédiatement sur Exeter. Plusieurs officiers de l'armée royale passèrent sous les drapeaux du slnthouder : de ce nombre était lord Churchill, le célèbre Marlborough, ancien page de Jacques H, et comblé des bienfaits de ce monarque. Ce ne fut pas assez pour l'ingrat Churchill : il employa tout son ascendant sur le prince Ceorges de Danemarck, second gendre du roi, pour l'entraîner dans la même défection. La princesse Anne suivit son époux. Ln apprenant que ses deux filles mêmes l'avaient indignement trahi, le roi ne put retenir ses larmes, et à la nouvelle de cet affreux triomphe du fanatisme religieux sur les sentiments les plus sacrés de la nature, l'Europe entière poussa un cri d'indignation. " C'est ainsi , dit un historien célèbre, " qu'un prince, dont tous les torts se réduisaient « à des imprudences et à des erreurs, éprouva « un supplice auquel échappèrent les Néron et « les Domitien : ces monstres ne furent pasahan- « donnés par leurs propres enfants (2J ! » Le. prince d'Orange était un politique trop éclairé pour ne pas sentir que Jacques, par sa présence seule et par la seule force de son droit héréditaire, défendait le trône de ses pères contre la violence d'un usurpateur. Mais, malheureusement, Jacques n'était pas assez maître de sa raison pour
(1) Voyes, ilan* te* Nrgocintiotkt, «m ilvp^ches Je» G et 20 mal, 18 et 2J iL'jjtc.ubro, et 2i novembre ltis».
|2) //uiîif'i flislory ,f Kngland • Jam^b ttic second.
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faire ce raisonnement qui l'eût sauvé. Guillaume employa l'artifice pour le déterminer à quitter Londres, et dès qu'il fut instruit de ce départ, il marcha sur la capitale. Dans ces crises effroyables, où les droits les plus saints cèdent devant l'audace d'un ambitieux, et la voix de la raison devant un délire populaire, on ne doit pas omettre un Ml que les historiens les plus graves n'ont pas dédaigné de rapporter. Ce que n'avaient pu sur beaucoup d'esprits les proclamations du prince d'Orange et les discours des prédicants, une simple chanson le lit : le Litli bnlltro se chanta bientôt jusque dans l'armée du roi, et les vieux soldats rougirent de leur fidélité (1). C'est alors que Jacques II dit ce mot justement célèbre : f Oue ceux qui veulent aller trouver l'usurpateur « se déclarent ! Je leur donnerai des passe-ports « pour leur épargner la honte de trahir leur sou- « verain légitime. >» Dans cet horrible état d'abandon, Jacques prit la résolution si ardemment désirée par ses ennemis. Il s'embarqua pendant la nuit sur la Tamise (12 décembre 1688), jeta le sceau de l'Étal dans la rivière, et voulut se réfugier en France, où il avait déjà envoyé la reine et le jeune prince, sous la conduite du fameux comte de Lauzun. A la nouvelle de la fuite du roi, la capitale d'abord, et bientôt tout le royaume, tombèrent dans une confusion inexprimable. On répandit à dessein le bruit que des Irlandais débandés parcouraient les campagnes le fer et la flamme à la main. Les habitants fuyaient des villages dans les villes k toutes les autorités étaient méconnues , et c'est ce que désiraient les agitateurs. Un incident imprévu déconcerta un moment tout le parti orangistc : Jacques, en fuyant, fut arrêté à Feversham (entre Hochcster et Salisbury) et ramené à Londres pour y régner, en quelque sorte, malgré lui , et surtout malgré h; p rince d'Orange, qui s'était hâté d'expédier l'ordre de lui laisser continuer sa route. Les gardes hollandaises s'emparèrent de Whitehall, à l'exclusion des Anglais. Guillaume lui fit signifier qu'il eût à se rendre au château de Ham, appartenant à la duchesse de Lauderdale. Jacques demanda la permission de se retirera Hochcster. Le prince d'Orange vit avec plaisir que le malheureux monarque, en se rapprochant de la mer, manifestait l'espoir de fuir une seconde fols. En effet, peu de jours après, le 23 décembre 16*88 r. s. (2 janvier 1G8U), Jacques gagna une frégate qui l'attendait. Il avait laissé sur sa table, à Rochestcr, une lettre où il s'exprimait avec autant de noblesse que de candeur sur les torts qu'on lui Imputait. Il descendit à Atnbleteuse, en Picardie, et partit aussitôt pour St-Germain, où Louis XIV Itd fit l'accueil le plus généreux et le plus amical \ conduite, disent les historiens anglais cux-tnêuies, plus honorable encore pour ce monarque que les
(1) Ce Lilli balltro était une sorte de ronde composée de couplets Infimes contre le roi et la religion catholique : c'était, en un met, la Carmayndt de ce tcmps-14.
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Yictoires qui lui ont valu le nom de Grand (1). Ainsi finit le règne d'un prince regarde' par ses ennemis mêmes comme plus malheureux que coupable. Le 23 février 1689, une assemblée nationale qui prit le nom de Convention, décerna la couronne au prince d'ûrange et à sa femme, la princesse Marie, fille de Jacques II (roy. Guillaume III}. Jacques II, grâce à la généreuse assistance de son allié, ou plutôt de son protecteur, reparut sur la scène politique peu de mois après sa cbute. Il débarqua à Kingsale, en Irlande, le 12 mars 1689, et, dès le 2i, fit son entrée triomphante à Dublin. Il y convoqua le parlement d'Irlande, et somma ses sujets anglais de rentrer dans le devoir. Guillaume ne passa lui-même en Irlande qu'un an plus tard. La fameuse bataille de la Boyne (juin 1690) décida encore une fois du sort de l'infortuné Jacques. Il repassa la mer et revint goûter le repos dans la magnifique retraite que Louis XIV lui avait préparée à St-Germain. C'était de là qu'il dirigeait les menées secrètes des partisans nombreux qui lui restaient dans les trois royaumes. Louis XIV, résolu de tente/ un nouvel effort en faveur du monarque détrôné, lui confia une armée rassemblée sur les côtes de Normandie. C'est du cap de la liogue que Jacques fut spectateur de ce terrible combat naval, le plus glorieux et l'un des plus malheureux qu'ait soutenus la marine française. Cent fois on a répété que, n'écoulant que l'amour propre national, au préjudice de ses intérêts personnels, le roi Jacques s'écriait pendant l'action : « 0 mes « braves Anglais ! » Quelle que pût être la bravoure des Anglais, il semble que Jacques eût dû être plus surpris encore de celle des Français, qui combattaient des forces doubles des leurs ; mais un fait beaucoup plus avéré que ce propos est la lettre qu'il écrivit à Louis XIV, aussitôt après ce désastre : • Ma mauvaise étoile, lui disait-il , a « fait sentir son influence sur les armes de Voire « Majesté, toujours victorieuses jusqu'à ce qu'elles « aient combattu pour moi ; je vous supplie donc « de ne plus prendre aucun intérêt à un prince a aussi malheureux, mais de me permettre de « me retirer avec ma famille dans quelque coin « du monde, où je ne puisse plus être un obstacle « au cours ordinaire des prospérités et des con- « quêtes de Votre Majesté. » La reine, pendant l'absence de Jacques il, était accouchée d'une princesse. C'était la meilleure réponse aux factieux qui , lors de la naissance du prince de Galles, avaient prétendu que la reine ne pouvait plus donner d'héritier au trône, et que cet enfant était supposé. Cependant Louis XIV ne perdait point de vue les intérêts de son illustre protégé. Le parti jacobite ayant fait de grands mouvements en 1696, des troupes françaises se rassemblèrent aussitôt entre Dunkcrquc et Calais, et Jacques se rendit lui-même dans cette dernière ville. L'n
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complot, dont le but était d'enlever le prince d'Orange, fut découvert et fit avorter l'expédition. Au reste, ou doit à la mémoire du roi Jacques d'observer que, s'il ne cessa d'exciter ses partisans contre l'usurpateur de sa couronne, jamais, du moins, il ne donna son assentiment aux conspirations dirigées contre sa vie. Plusieurs fois on vint lui offrir de l'en délivrer d'un seul coup : il repoussa toujours ces propositions avec horreur. Louis XIV crut avoir trouvé l'occasion de replacer Jacques II au rang des rois, et il s'empressa de la saisir. Le trône de Pologne était- vacant (1697) : Louis voulut l'y faire monter. Jacques répondit qu'accepter tout autre sceptre que le sien serait abdiquer >es droits légitimes , et renoncer pour ses enfants à l'hérilage qui leur appartenait. Cette réponse était trop conforme au caractère de Louis le Grand pour ne point lui plaire. Sur le refus de Jacques II, il jeta les yeux sur le prince de Conti. Ce fut cette même année que se négocia le traité de Kyswick. Déterminé par des raisons d'État à faire la paix avec Guillaume III, Louis XlV déclara qu'il était prêt à le reconnaître, si toutefois il voulait s'engagera reconnaître lui-même pour héritier le prince de Galles, fils de Jacques II. Au grand étonnement de Louis, ce fut Guillaume qui consentit à cet arrangement, et Jacques qui s'y refusa : « Je puis supporter, dît-il avec une « résignation chrétienne, l'usurpation du prince « d'Orange ; mais je ne supporterai jamais que « mon propre fils devienne complice de l'usur- « pateur. >< De ce moment, Jacques parut abandonner sincèrement toute idée de règne et de pouvoir. Il trouva de puissantes consolations dans la pratique des devoirs les plus austères de la religion. On peut en juger par celle prière tracée de sa main : « Je vous remercie, ô mon Dieu, « de ra'avoir ôté trois royaumes, si c'était pour « me rendre meilleur. » Il mourut à Si-Germain le 16 septembre 1701. Comme pour adoucir ses derniers instants, Louis XIV lui déclara, dans les termes les plus positifs, qu'il reconnaissait son fils, le prince de Galles, pour son légitime successeur au trône d'Angleterre. Ce fait, qui est maintenant hors de doute, a été ou blâmé ou nié par des écrivains qui n'avaient pas eu connaissance des articles secrets du traité de Ryswick. Toutes les actions de la vie de Jacques U te peignent assez fidèlement pour qu'il semble inutile de discuter ici les divers jugements qui ont été portés sur sa personne, selon l'esprit des deux partis que la catastrophe de ce prince rendit irréconciliables. Encore moins doit-on s'attendre à voir grossir cet article de la multitude de petites anecdotes et de bons mots qui nous ont été transmis, sans aucune garantie, par les mémoires du temps. Nous ne répéterons donc point, par exemple, que Jacques U, en arrivant à Paris , descendit directement chez les jésuites, en leur disant qu'il était un de leurs confrères, et nous n'ajouterons pas que la chose était vrai*.
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Nous ne rapporterons pas que l'archevêque de Reims, en voyant passer ce prince, s'écria : « Voilà « un bon homme qui a perdu trois royaumes pour- « une messe ! ■ Nous ferons seulement observer au lecteur que les écrivains anglais les plus contraires aux Stuarls ont dédaigné ces puérilités. La postérité aurait trouvé sans doute un portrait plus ressemblant de Jacques II, si l'ouvrage dans lequel il s'était peint lui-même fût parvenu jusqu'à nous. Les détails que nous allons donner sont encore fort peu connus, quoique puisés à-unc source authentique. Le roi Jacques II avait laissé des Mémoires de sa vie depuis l'âge de seize ans. Cet ouvrage , écrit en entier de sa main, ne formait pas moins de quatre volumes in-folio. Aussitôt après sa mort, ils furent portés au collège des Ecossais, à#Paris. C'est sur ce manuscrit que fut composé un abrégé qui porte le nom de Macpherson , quoiqu'il soit connu aujourd'hui que Charles Dryden, fils du célèbre poète, en est le véritable auteur. Ce n'est que d'après cet abrégé que Macpherson rédigea ses extraits. Les mémoires autographes cités plus haut existaient en parfaite conservation au commencement de la révolution. Lord Cower, qui était alors ambassadeur auprès de Louis XVI, offrit de les transporter en Angleterre. Cette proposition n'ayant point eu de suite, M. Innés, prfeipal du collège des Ecossais à Paris, eut l'idée de confier ce précieux dé|>ôt à II. Stapleton, principal du collège anglais à St-Oruer, pour qu'il le fit passer à Londres. Afin d'éviter les soupçons, la caisse fut adressée à un habitant de St-Omer, nommé M. Charpentier, qui par prudence la cacha dans sa cave. Comme il fut arrêté peu de temps après , sa femme , qui craignait l'effet que pouvait produire sur les inquisiteurs révolutionnaires des livres magnifiquement reliés, .avec des armoiries et des couronnes royales, arracha les couvertures et les détruisit. Les manuscrits furent portés à St-Momelin, maison de campagne de M. Charpentier. La terreur redoublant, tous les pajrfers furent livrés aux flammes. Ces détails, appuyés d'un procès-verbal, sont extraits d'une lettre de l'évêque catholique d'Edimbourg; lettre qui fait partie de la préface de l'ouvrage de Fox, cité dans cet article et le précédent. C'est ici le lieu de donner une légère idée de cet ouvrage, qui porte le titre d'Histoire de la première partie du règne de Jacques 11. Ce fragment historique a été mutilé et défiguré dans la traduction qu'en a fait faire le gouvernement de Napoléon Ier (par d'Andrezel), Paris, 1809, 2 vol. in-8°. Peut-être ne sera-t-il jamais retraduit, et il faut convenir qu'il mérite peu de l'être. C'est une ébauche trouvée dans les papiers de l'auteur, et qui ne contient que les cinq premiers mois du règne de Jacques IL Le ton qui y domine, en général, est celui des discussions parlementaires dont Fox avait contracté l'habitude. Il reproche à Hume d'être trop favorable aux Stuarts, et il n'a pas senti qu'a chaque instant il encourait le