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et là des accents de sympathie pour les vaincus : « J'ai vu, s'écrie-t-il, j'ai vu mon bon ange étouffe « par un kobold, puis, tout a péri, la terre et le ciel « n'ont fait qu'une ruine immense, et le chaos prit mitif est revenu. » Maintenant, c'est lui-même qui conduit, pour ainsi dire, les divinités helléuiques à l'assaut du ciel hébraïque et chrétien , c'est lui qui, au nom des dieux d'Homère, insulte le Dieu de la Bible et de l'Évangile. 11 a parfois des retours inattendus; à côté des pièces si poétiquement sauvages que nous venons de rappeler, un beau chant intitulé la Paix, glorifie magnifiquement la divinité du Christ, mais bientôt le poète s'abandonne ; de plus belle à sa fantaisie irritée, et, la bouffonnerie se mêlant à la colère, il parodie , sous la figure grotesque du sommelier de Brème, l'idée d'un dieu personnel, créateur et conservateur du monde. Cette œuvre étrange, au milieu de ses contradictions et dans l'ivresse même de son délire, révélait un poèHe du premier ordre. La grâce et la passion, la douceur la plus virginale et les plus audacieuses bouffonneries, s'y unissaient naturellement. C'étaient de suaves chansons , des murmures plaintifs, puis des sanglots, puis des cris de douleur et de haine, et tout à coup de burlesques clameurs, plus terribles encore que les explosions de la colère. L'Allemagne n'avait jamais entendu de pareils accents. Ajoutez que le poète maniait la langue en artiste consommé ; issu de l'école romantique, ami ou disciple de ces potftcs qui avaient réveillé le goût des chansons populaires, il joignait à la simplicité naïve des chants du moyen âge, l'art suprême de Cœthe, et personne, depuis l'époque où l'auteur de Faust écrivait ses lieds les plus charmants, n'avait donné à la langue aile- , mande autant de dextérité et de grâce. Les Reise- ! bilder ou tableaux de voyage, publiés en 1823, con- i tinuèrent le succès du Livre des chants. C'était la , même imagination tour à tour enfantine et hardie, < le même mélange de sentiment et de gatté, d'ironie et de colère, et la prose du poè te égalait presque le mérite de ses strophes. A ses poétiques fantaisies, à ses hardiesses philosophiques, il ajoutait ici des pensées sociales, quelquefois même des rêveries révolutionnaires, mais dans cette juste mesure que permettait l'humour. Henri Heine, tout jeune encore, avait vu sur les bords du Rhin les soldats de Napoléon , et il les considérait comme les missionnaires de la révolution en Europe. En 1815, à peine âgé de seize ans, au moment où l'Allemagne entière venait de se soulever contre l'empereur et jouissait de son triomphe, il écrivait une de ses plus belles pièces lyriques, les Deux grenadiers, où éclataient ses ardentes sympathies pour le prisonnier de Sainte-Hélène. Ce juvénile enthousiasme devient un sentiment réfléchi dans les Reisebilder, bien que l'auteur le produise sous les formes les plus fantasques. L'Histoire du tambour Le grand est certainement une des meilleures inspirations d'Henri Heine. Écoutez ce vétéran de la grande armée, lorsqu'il
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fait l'éducation du poe'te dans la caserne de Dusseldorf: il lui raconte la révolution rien qu'en jouant du tambour; avec son tambour, il le fait assister aux batailles du consulat, aux triomphes de l'empire. Comme tout devient clair à la pensée de l'enfant, dès que le tambour bat la charge! il n'avait jamais bien compris la prise de la Bastille; le tambour retentit, aussitôt, il aperçoit la France entière qui se lève, et les vieilles iniquités sociales qui s'effacent. Il ne comprenait pas le rôle de l'Allemagne en face de Napoléon ; le tambour bat:dumm! dumra ! (Sot! sot!) et il a tout compris. Le tambour bat encore, c'est léna, c'est Austerlitz! le poe'te, comme on voit, ne craint pas de braver les colères de ses compatriotes; il prend plaisir à aiguillonner le paisible tempérament de son pays. Lui aussi, comme le tambour Legrand, il a battu la charge dans les contrées allemandes , et au bruit de ce joyeux tambour, l'esprit de 89 a pénétré partout. Ce n'est pas seulement l'histoire du tambour Legrand qui révèle sous la forme de Y humour le caractère du publiciste libéral. Les Reisebilder sont le récit d'un voyage à travers l'Allemagne, et tous les épisodes de ce voyage , tous les tableaux que l'auteur déroule ne sont pour lui que des occasions de persifler la vieille Germanie. Les guerres de 1813, en réveillant chez les peuples allemands le sentiment enthousiaste d'une patrie commune, avaient créé ce parti du teutonisme entretenu avec soin par les gouvernements hostiles à l'esprit de la France; Henri Heine, comme ce vaillant Louis Bœrne, qu'il a plus tard si misérablement outragé, comprit que le teutonisme cachait la confusion d'idées la plus funeste. Les rancunes du patriotisme accoutumaient les esprits à méconnaître les principes de 89; c'est pour dissiper les préjugés, pour percer les déclamations gonflées de vent, qu'il manie comme une épéc son étincelante ironie. Le premier volume des Reisebilder avait paru en 1826, le second en 1827, les deux derniers en 1830 et 1831. Après des voyages en Pologne, en Angleterre, en Italie, dans plusieurs contrées d'Allemagne, à Berlin surtout, où l'attirait l'amitié du fougueux et malheureux poe'te Christian Grabbe , de la brillante Rahel Levin et de M. Varnhagen d'Ense , il s'était établi à Hambourg, où demeurait une partie de sa famille, et c'est de là qu'il partit au printemps de l'année 1831, pour fixer sa résidence à Paris. Nous avons insisté avec quelque détail sur le Livre des chanté et les Reisebilder. Henri Heine est là tout entier! le poe'te et le publiciste sont complets dans cet deux ouvrages. Ajoutons que le Livre des ehanti et les Reisebilder, malgré la différence de la forme, sont unis par des liens manifestes; le poe'te se retrouve sans cesse chez le prosateur, comme le prosateur chez le poè*te. Plusieurs pièces lyriques, plusieurs cycles de lieds. le Retour, par exemple, et la Mer du Nord, qui ont pris leur place plus tard dans le Livre des chants, avaient
paru d'abord danslepremieret ledeuxièmc volume des Reisrbilder. Encore une fois, c'est là l'inspiration primitive, l'inspiration la plus originale d'Henri Heine; les excitations de 1830, le désir d'étonner la France et l'Allemagne vont lui dicter d'autres œuvres, les unes très-spirituelles, trèsbrillantes, les autres qui méritent une condamnation sévère; les meilleures pages que tracera sa plume nous montreront toujours le développement des idées exprimées déjà dans les Tableaux de voyage et le Livre des chants. Ses lettres sur la France, insérées dans la Gazette d'Augsbourg (1832-1835), son livre sur la philosophie et la littérature de FAllemngne (1833), son tableau de l'école romantique (1834), le Salon (1834), Atta-Troll (1 813} , 1 e Co nie d'hiver et I es Poésies nouvelles (1 8 44), renferment certainement de rares beautés. I/histoire de la pensée germanique , depuis Kant , est présentée avec une verve entraînante et contient même des aperçus vrais, quoique l'écrivain, décidé à faire la contre-partie de l'éloquent livre de madame de Staël, exagère à dessein le caractère destructif de ces hardis systèmes où l'auteur de Corinne n'a vu que l'enthousiasme du spiritualisme. Atta-Trollel le Conte d'hirer sont des poPmes satiriques où une verve boufTonne est associée à une imagination étincelante; la poésie domine dans le premier, la satire dans le second. Les Poésies nouvelles sont aussi pleines de trésors , et le gracieux Cantoniere intitulé Xoureau printemps est une des œuvres les plus fraîches et les plus parfumées du Pétrarque germanique. Pourquoi faut-il qu'auprès de ces productions exquises l'im. pitoyable railleur ait tracé tant de pages sans vergogne, où il semble bafouer lui-même ses meilleures inspirations? Ces fleurs si parfumées distillent du poison; derrière les haies d'aubépine on entend tout à coup le rire saccadé de Méphistophélès. Ce qu'il y a de plus fâcheux, c'est que c'est là un Méphistophélès très-artificiel, un Méphistophélès qui a appris son rôle et qui ne le joue pas toujours sans gaucherie. Il veut avoir de l'esprit et gâte celui qu'il a. Ces accents de la débauche, au milieu des purs épanchements de la poésie, attestent souvent un procédé vulgaire quand ils n'accusent pas une imagination souillée. L'artiste et l'homme y sont également compromis. C'est aussi pendant cette période que parut ce triste livre où un des plus nobles esprits de l'Allemagne, Louis Bœrne, est l'objet de si indignes attaques. Ce livre dont le titre seul (Heinrick Heine ùher Ludxcig Bôrve, 1840; Henri Heine sur Louis Bœrne) est déjà une singulière outrecuidance et un des écrits qui ont le plus irrité l'esprit libéral en Allemagne , et attiré à l'auteur les plus violentes inimitiés. Les dernières années d'Henri Heine ont été tourmentées par une maladie douloureuse et terrible. Paralysé, privé de l'oeil gauche, voyant encore un peu de l'œil droit, mais obligé, pour percevoir un pâle rayon de lumière, de soulever du doigt sa paupière
inerte, il sentait son mal faire chaque jour des progrès. Il éprouvait souvent d'intolérables douleurs. On ne pouvait songer à le guérir; tout l'art des médecins consistait ici à calmer, à engourdir les souffrances, et à prolonger d'heure en heure une vie à chaque instant menacée. Ce martyre a duré plus de cinq ans. Au milieu de tant de tortures, il avait conservé sa verve et sa galté ; l'inspiration poétique sembla même se réveiller chez lui, aussi fraîche, aussi étincelante qu'aux premiers jours. La poésie, Vhumour surtout, ce mé« lange de tristesse et d'ironie qui était la forme naturelle de sa pensée, était devenu pour lui un refuge d'où il bravait la douleur. Ceux qui l'ont vu dans ces dernières années conserveront le souvenir d'un esprit ailé qui s'envole et triomphe en riant des tortures du corps. C'est dans le recueil intitulé Romancero que se déploie cette sérénité victorieuse. Quelques-unes des ballades, plusieurs des pommes et des récits épiques que renferme ce volume ont leur rang assure parmi les plus heureuses productions de l'auteur. Citons aussi trois volumes de Mélanges (Vermischte Schriften. 1834) où sont rassemblés de brillants programmes de ballets, Faust. Diane, etc., d'ingénieuses fantaisies comme les Dieux en exil, des confidences profondément ironiques sur l'état de son âme, et surtout les admirables poésies intitulées Laxare. Une des joies d'Henri Heine, pendant la maladie qui l'enchatnait sur ce lit de mort, c'était la publication de ses œuvres en français. Malgré l'opinion contraire très-répandue en France et en Allemagne, Henri Heine n'écrivait pas notre langue ; il la connaissait parfaitement , il en appréciait les finesses, les délicatesses , mais il était incapable de tourner une phrase élégante et qui ne fut pas embarrassée de germanismes. Toutes les œuvres qui ont été publiées sous son nom dans notre idiome ont été traduites de l'allemand par des littérateurs français. MM. Lœwe-Weimar, Gérard de Nerval , d'autres encore lui ont prêté le secours de leur plume. Les dernières compositions poétiques insérées par Henri Heine dans la Revue des Deux-. Mondes, le Romancero (15 octobre 1851), Méphistophéla et la Ugende de Faust (M féj vrier 188Î), le Livre de Lazare (1" novembre 1834), le Retour (1 3juillet 1 854), Xouveau printemps (1 5 septembre 1855), ont été traduites par l'auteur de cette notice. Il faut ajouter que si Henri Heine ne maniait pas élégamment la langue française, il savait apprécier en maître les traductions que lui apportaient ses amis. C'était plaisir de l'entendre discuter un mot, proposer un tour de phrase, combiner des alliances de termes, avec le sentiment le plus fin des lois du style et des ruses de la langue. Nous parlons surtout de la traduction de ses poe*mes à laquelle il attachait un prix particulier; dans les traductions de ses écrits en prose bien des pages lui appartiennent , et ce sont sans doute les pages que la postérité déchirera. 11 y a, en effet, pour le fond comme pour la forme,
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bien des chapitres de ses livres que ses amis eussent voulu supprimer. Que n'a-t-il suivi leurs conseils à propos de son livre sur la France ! Que ■'a-l-il effacé tant de vulgaires bouffonneries adressées aux plus illustres personnages d'un pays qui l'avait accueilli peut-être avec une indulgence trop généreuse ! Ou s'est demandé souvent quelle était la religion d'Uenri Heine. Né israélite, il avait été baptisé dans la communion luthérienne, à Heiligenstadt , le 38 juin 1825; il suffît de parcourir ses écrits pour savoir qu'il n'était ni juif ni chrétien. Il n'a jamais pu se débarrasser du panthéisme de Hegel. Son admiration pour Spinosa était sans bornes. C'est au nom du spinosisme et des théories hégé-
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qu'il a passé sa vie à persifler toutes religions établies. Le contraste de l'infini et des formes limitées dans lesquelles l'homme est obligé d'enfermer cette conception sublime est une dés principales idées qui alimentaient sa verve impitoyable. Vers la fin de sa vie, cependant, il tourna celte ironie agressive contre le Dieu sans conscience et sans volonté que le panthéisme essaye de substituer au Dieu du genre humain. Des esprits sérieux , qui souhaitaient pour cette vie de eaprice et d'ironie une conclusion plus haute, espérèrent un instant que celte longue pratique de la souffrance n'avait pas été stérile pour son âme. L'ironie était décidément la plus forte ; elle avait tout détruit. L'impossibilité «le croire soit a un Dieu personueL soit à un Dieu confondu avec le monde , tel élait le dernier mot d'Henri Heine, lorsque la mort est venue mettre (in asessouffrancestlanslamatinécdu 18 février 1X5G. Henri Heine a remué trop d'idées, harrHé trop de systèmes, jeté pêle-mêle trop de noms propres dans ses pages sarcastiques pour qu'il soit possible de donner en quelques lignes une appréciation complète de ses travaux; on n'a voulu ici que marquer les caractères généraux de son talent, indiquer avec impartialité le bien et le mal que contiennent ses écrits, et faire soupçonner l'action qu'il a exercée sur l'Allemagne. Lu effet, bien qu'il ait passé vingt-cinq ans à Paris, et malgré son désir de prendre rang dans la littérature de la France, c'est à l'Allemagne que s'adressent ses ouvrages. Séparées du mouvement littéraire de son pays , les pages qu'il a signées perdent leur physionomie véritable; rattachées à cette histoire , elles acimièreut un intérêt inattendu. Henri Heine noua apparaît alors comme «n des plus brillants initiateurs de l'esprit nouveau en Allemagne. 11 est de ceux qui ont voulu arracher la vieille Germanie à ses contemplations mystiques pour l'associer bon gré mal gré à la vie de la société européenne depuis la révolution (aise. Ce que le puhlieisle Louis Bœrne, le Kophe hdouard Canl, l'historien Gervions, d'autres encore à leur suite, ont essayé par des moyens plus sérieux , il l'a tenté à sa manière par l'ironie et Y humour. S'il aviit mi» phi» de suite
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et plus de dignité dans sa vie, cette influence, malfaisante sur tant de points, lui eût fait une place meilleure dans l'histoire intelleclueUe de l'Allemagne, et un juge impartial ne serait pas obligé d'adresser de sévères reproches à l'homme, au milieu des éloges qu'a mérités le poète. — On peut consulter, pour de plus amples renseigne» ments, Les poésies d'Henri Heine par Gérard de Nerval (Renie des Deux Mondes, 15 juillet et 15 septembre 1848) ; Henri Heine, sa vie et ses terits (Revue des Deux-Mondes, f** janvier 185*2); f Histoire de la littérature allemande depuis Lexsina , par II. Hilkbrand (en allemand), et l Histoire de Us littérature allemande au 19e siècle, par H. Julien Sohruidt (en aUemand); parmi les écrits publiés sur Henri Ueine depuis sa mort, il faut citer: Heinriek Heine, Erinnerungen von Alfred Meisiner,
I volume, Hambourg, 1856. Ueber Heinrich Hein*, von Schmidt-Weisseufels , 1 volume, Berlin, 1857. Heinriek Heine , Denkwûrdigkeilen und Erlebnisse aus meinem Z usammenleben mit Mm. ton Friedrich Steinmann, 1 volume, Prague et Leipsick,
llhl.\F£CIUS(J^-MicjreL),ou plus exactement Htinecke. savant écrivain et théologien saxop, était né à FJsenberg le 1 i décembre 1674. S'étanl destiné à la carrière ecclésiastique, il remplit d'abord les fonctions de pasteur à Goslar, fat nommé inspecteur, vice-surintendant des église* luthériennes du duché de Magdebourg, premier pasteur de la paroisse de N. I)., et professeur au gymnase de Halle; il mourut eu cette ville le
II septembre 1722 à 48 ans. Il avait beaucoup d'érudition , et était très-versé dans l'histoire et les autiquités de l'Allemagne, ainsi que le prouvent les ouvrages ipi'U a laissés. Ce sont : 1° DediaUclica SU. Pauli dissertatio. Helmstadt, 1698, in-4°; 2" Scripiores rerum oermanicarum , Francfort, 1700 , 2 vol. in-fol. Ce recueil renferme les Antiquités de Goslar, en huit livres, contenant l'histoire de celte ville depuis 918 jusqu'à 1599, par Heineccius, et les anciens historiens
I de Cbarletuagne , revus par J.-G. Leuckfeld. I 3° Xummorum Uoslariensium anliçui portier ac J recensons wvi si lidorum aque ac braetcatorum tutloge. Francfort, 1707, in-fol. Ce volume forme la continuation du précédenL 4» De vêlerions Germanontm aliarumque nationum sigillis suntagma , ibid., 1709, in-fol. Traité rare et estimé. 5» Diatribe geuealogica de domns l'russico- Brandenburgicœ ex stirpe Carolina originibus, Quedlimbourg , 1707, in-fol. 0* De aéioluttone mortuorum exrommuuicatorum seu tumpanicorusn. in Ecclesia greeca , Helmstadt, 1709, in-4»; 7° Tableau de l' Église grecque ancienne H moderne (en allemand), Leipsick, 1711 , in-4° avec flg., ouvrage fort estimé des protestants roy. RflMMàM, Cal. biU. theol. p. 801); mais les Crées eux-mêmes, surtout le savant Helladius, se sont inscrits en faux contre quelquesunes de ses assertions. 8» De ministris f GentiUum ckrùsiams. Halle , 1712, ln-4°.
HEINECCIUS(Jbah-Théophile), frère du precédent, l'un des, plus célèbre» jurisconsultes qu'ait produits l'Allemagne, naquit le 21 septembre 1681, à Eiseuberg, dans la principauté d'Altembourg. Son père, régent de l'école de cette ville , bomme d'un esprit supérieur à sa position, le familiarisa de bonne heure avec les chefs-d'œuvre de l'antiquité, et lui inspira ainsi un goût trèsvif pour l'étude. Hcineccius était fort jeune lorsqu'il eut le malheur de perdre son père ; mais il retrouva dans son frère aîné, pasteur à Goslar (coy. l'article précédent), tous les soins qui lui étaient nécessaires De Goslar, Use rendit à Leipsick, où il suivit les leçons des illustres professeurs dont s'honorait alors l'université. Il y publia en 1702 une thèse : De insignUms tacerdolaiiimi apotlolorum ; sujet qui pouvait bien prêter à un grand étalage d'érudition , mais qui n'annonçait pas le véritable talent de l'auteur. Il essaye d'y combattre quelques assertions de Baronius. Ileineccius reçut, l'année suivante , le degré de maître ès arts, et retourna auprès de son frère, qui voulut l'engager à entrer dans la carrière ecclésiastique. Mais lui ayant fait approuver les raisons qui l'en détournaient, il suivit ce frère peu de temps après à Halle, où il devint répétiteur des (ils du comte Golofkin. Heineccius se lit agréger en 1708 à la faculté de philosophie de cette vUlc . et y publia une dissertation académique : De genuin* naticitatis Christi ara e numis et inscriptiontbus illustrât* , Halle, 1708, in-4° ; Gietscn, 1735, avec les notes de l.-C. Liebknecht. Deux ans après, il en obtint i la chaire, emploi qu'il remplit d'une manière distinguée, mais sans que sa réputation s'en accrût. Il ne regardait toutes ses études que comme une préparation à celle de la jurisprudence ; mais il ne déclara ses projets que lorsqu'il se lit agréger en 1716 à la faculté de droit : il était alors âgé de trente-six ans. Sa thèse inaugurale, De origine algue indoU jurisdictionis patrimoniatis , était un chef-d'œuvre qui força l'estime de ses juges. Son Abrégé des Antiquités du droit romain confirma bientôt la haute idée qu'on s'était faite de son mérite, et étendit sa réputation dans toute l'Allemagne. 11 fut nomm^en 1721 à la chaire de droit, et l'occupa avec un éclat qui rejaillit sur l'université. De nouveaux ouvrages, qui se succédaient avec une inconcevable rapidité, ajoutèrent chaque jour à sa renommée. II jouissait de la plus haute considération ; et néanmoins l'on ne songeait pas à lui assurer des honoraires suffisants pour qu'il pût élever sa famille. Il se vit donc obligé d'accepter en 1724 une chaire à l'université de Franeker, qu'on lui offrit avec des appointements convenables. Trois ans après il se rendit , sur l'invitation du roi de Prusse, à Francfort sur l'Oder, d'où ce prince l'obligea en 1755 à revenir à Ualle. Partout ses leçons furent suivies par un concours d'élèves extrêmement nombreux. Lue instruction solide et profonde , une méthode lumineuse, une diction claire et élégante, telles
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étaient les qualités qui distinguaient cet illustre professeur. Sa vie , peu fertile en événements, ne fut qu'une suite de travaux utiles. Malgré »es continuelles occupations, il remplissait avec exactitude tous les devoirs de la société. Resté veuf, il soiguait lui-même l'éducation de ses trois enfants , et trouvait le loisir d'entrer dans tous les détails de 6on administration domestique. Un genre de vie trop sédentaire et une application trop constante ruinèrent euûn sa santé. Il mourut, généralement regretté, le dernier jour du mois d'août 1741, à GO ans. Heineccius avait été décoré par le roi île Prusse du titre de son conseiller intime. On trouvera la liste de ses nombreux ouvrages dan» la Bibliothèque germanique, tome 2, partie 1". Us principaux sont : 1° F undament* styli cullioris mua cum syllcge exemplorum. Halle, 1719, in-8°, avec les notes et les additions de J.-M. Gcsner et de Nie. ÎS'iclas, Leipsick, 1761 , 1 706, 1791, in-8°. C'est un excellent traité de rhétorique , qui a longtemps été classique dans les écoles d'Allemagne et même de Russie. 2° Elément* plulosophiœ rationalis et moralis quitus pramissm est hutoria pLilosophica , Francfort, 1728, io-8°; 5° Autiquitatum Rouwma~ rum juritprudentiam iUiutraulium sgntagma juxtm seriem iustitutiouum Justiniani, Ualle, 1718, in-S» très-souvent réimprimé en 2 volumes in-8°. C'est un tles plus importants ouvrages qu'ait publiés Heineccius. 4° Elément* juris naturœ et geutium. Halle, 1738, in-8°; nouvelle édition, corrigée d'après les principes des docteurs catholiques, par J. Marin et Mcndoça, Madrid, 1780, in-8°. U eu existe une traduction anglaise, 1742, iu-8°; 1763 , 2 vol. in-8°. Le système d'Heineccius se rapproche beaucoup de celui de Cumberland. 5° Pralectiones academicœ in H. Grotii de jure beUiacpacis libros, Berlin, 1744, in-8°. C'est un recueil de dissertations pour préparer à la lecture de Grotius. Files sont courtes, dit Slruvius, mais très-substantielles. 6° Pralectiones academicœ in Sam. Pujfendorf de offi io hominis et cicis, ibid., 1742; Vienne, 1757, in-8°. Elles ne sont pas moins estimées que les précédentes. 7° Historia juris eivilis Romani ac Germanici. Halle, 1755, in-8a; Lcyde, 1740; ibid., avec des additions, 1748 ; avec les notes de J.-Dan. Rilter, cl l'Abrégé de l'hiitoire du droit français, par J.-Mart. Silberradt, professeur à Strasbourg, ibid., 1751, 1765, in-8". On trouvera une bonue analyse de cet ouvrage dans le Dictionnaire de Cbaufepié , article Heineccius. 8° Elément* juris cieilis secundum ordinem Institutionum, in-8°, Franekcr, 1725; avec les notes de J.-Grorg. Estor, Strasbourg, 1727, in-8°. Cette édition a été souvent reproduite. Louis-Jules-Fréd. Hœpfner, Jean-Ch. Woll.er, C.-G. Rieuer, J.-P. Waldeck, ont donné chacun des éditions, plus ou moins refondues, de cet ouvrage vraiment classique. 11 a été traduit en français par Berthclot, Paris, 1806, 1812, 4 vol. in-12 ; 9» EUmenta juris cieilis secundum ordmem
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Pandectarum. Cet ouvrage a eu aussi de nombreuses Alitions : les meilleures sont celles de Francfort, 1756, 2 vol. in-8», et d'Utrecht, 1772, 2 vol. in-8°. Ce livre ainsi que le précédent, a été réimprimé à Louvain en 4778 avec des notes pour redresser les préventions de l'auteur contre l'Église catholique. Ces notes auraient pu être plus nombreuses; car, si l'on en croit Feller, le savant professeur saxon se permettait souvent contre l'Église romaine des déclamations, des injures et même des calomnies. 10° Elementa jurit eambialit, in-8°, Amsterdam, 1744; Wittcmberg, 1748. Les œuvres d'Heineccius ont été publiées par J.-L. L'hl , professeur à Francfort sur l'Oder, SOUS ce titre : Opéra ad universam juritprudentiam , philosophiam et lilteras humanioret pertinentia, Genève, 1744-1748, 8 vol. in- i ; et elles ont reparu dans la même ville avec des additions, 1771 , 9 vol. in -4°. On a joint à ces deux éditions un volume supplémentaire, Genève, 1771, in-4°. Celte collection, dit Camus, est la plus nécessaire à un avocat après celle des oeuvres de Cujas. Le commentaire d'Heineccius sur les lois Julio et Papia suflîrait pour le mettre au rang des plus grands jurisconsultes , et si son autorité, comme on le prétend, décroît un peu en Allemagne, ce n'est qu'en profilant de ses recherches qu'on est renu à faire mieux que lui. On doit encore à
Heineccius îles éditions de la Juruprudentia Ramona et Attira. Leyde, 1738-1741 , 3 vol. in-fol. avec une savante préface en tête du premier volume (roy, Wesselisg , De Seriptoribus de jure nautico et marilimo, Halle, 1740, in-4°, etc.) On peut consul in- , pour plus de détails, la Bibliothèque germanique et les autres auteurs cités dans l'article, et surtout la ilemoria lok. Gottl. Heineccii, suivie du catalogue de ses ouvrages, au nombre de quatre-vingt-neuf, à la tête de l'édition de ses Recitationet in elementa juris civilù tecundum ordinem Imtituiionum . donnée à Breslau en 1763 (et 1789), par son fils. — J.-Chr. -Gottl. Heineccius, né à Halle en 1718, mort en 1791, auquel on doil aussi une excellente édition du Didionarium juridicum. Halle, 1743 ou 1744, in-fol. ; il y a inséré plusieurs remarques de son père , et il a eu la plus grande part à la première édition de ses œuvres complètes. W — s.
HEINLCKLN (Christian-Henri), l'un des phénomènes les plus surprenants qui aient jamais paru parmi les hommes, naquit à Lubeck en 1721. Cet enfant parla presque en naissant : si l'on en croit les témoins oculaires, à un an il connaissait les principaux événements rapportés dans le Pentateuque; à treize mois il savait l'histoire de la Bible, et à quatorze, celle du Nouveau Testament. Dès l'âge de deux ans et demi , il fut en état de répondre aux questions qu'on lui adressait sur la géographie et sur l'histoire ancienne et moderne. Il apprit ensuite le latin et le français avec beaucoup de facilité; et pendant un voyage qu'il lit en Danemarck, dans sa quatrième année, il eut
l'honneur d'être présenté au roi et aux princes, qu'il complimenta. Cet enfant , dont l'intelligence était si précoce, avait une constitution très-faible; il ne vivait presque que du lait de sa nourrice, qu'il préférait à tout autre aliment. On crut possible de le sevrer : mais il tomba malade peu après ; et ce qu'il y eut de vraiment remarquable, c'est qu'il envisagea sa fin prochaine avec toute la fermeté d'un homme fait, avec toute la confiance d'm' chrétien Adèle , donnant lui-même des consola- 1 tions à ses parents désolés. Il mourut à Lubeck le 27 juin 1723, dans 6a »• année. Tous les journaux du temps ont parlé de ce prodige , et l'on trouvera des particularités à son égard dans les Mémoires de Trévoux, janvier 1731 , et dans la Bibliothèque germanique, t. 17. Sa vie a été en outre écrite par Christ, de SchtJneich , son précepteur, et Martini a cherché à expliquer les causes du développement extraordinaire de l'intelligence de cet enfant, dans une dissertation spéciale publiée en 1730. W— s.
HEINECKEN (Charles-Henri de), frère atné du précédent, homme d'État, distingué par son grand amour pour les arts, naquit à Lubeck en 1706. Il s'appliqua de bonne heure à l'étude, et ses parents avaient beaucoup de peine à l'empêcher de travailler toute la nuit. Cependant on ne lui donna presque pas de maîtres, et l'alchimiste Scbôneich , qui influa beaucoup sur l'éducation de son frère cadet, ne pouvait souffrir le premier. De son côté, Heinecken , voyant tous les écus de son père passer dans le creuset , avait conçu pour SchUneicb la même antipathie , et par ses espiègleries il lui fit manquer plusieurs opérations chimiques. Forcé par son père de passer toute une nuit auprès d'une retorte jusqu'à ce que la matière qu'elle contenait se teignit en noir, Heinecken voulut accélérer ce bienheureux moment; en conséquence , il vida son encrier dans la retorte, et appela ensuite son père et SchOneich. La joie des deux alchimistes le réjouit d'abord beaucoup : mais bientôt la ruse fut découverte; le jeune profane fut puni sévèrement, et pour toujours exilé du laboratoire. C.-H. Heinecken étudia ensuite le droit à Leipsick, et, après avoir été chargé de quelques éducations particulières à Dresde, il fut attaché au comte de Briilil comme secrétaire de confiance. Cet habile ministre reconnut bientôt en lui de grandes qualités ; il l'employa dans différentes missions importantes et l'avança rapidement dans les emplois. Heinecken reçut des lettres de noblesse immédiate, et l'électeur lui conféra le titre de conseiller intime de Pologne et de Saxe. Le caractère de cet homme d'État, l'ami le plus fidèle du comte de Briihl , était remarquable par une grande simplicité : très-peu communicatif, il paraissait peu sensible aux douceurs de la société intime; un serrement de main était la plus grande marque d'attachement que pouvaient obtenir de lui ceux qui avaient le plus de droit à son amitié. Mais il
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fut toujours prêt à rendre service , et jamais l'ingratitude ne changea chez lui cette disposition. Les prodigalités du roi de Pologne ayant amené un grand désordre dans les finances, Heinecken persuada à son maître de ne rien payer sans la signature du roi. Cette précaution sauva la réputation de probité de ce ministre qui , a la mort du prince, fut vigoureusement attaqué par ses ennemis. Le comte de Bruni apprécia les services que lieinecken lui rendait : il ne lui fixa aucun traitement; mais il lui témoigna sa reconnaissance par des gratifications considérables, et lui légua une très-belle terre. Heinecken au surplus, quoique très-économe, n'attachait pas un grand prix à la richesse. Les arts trouvaient en lui un protecteur généreux, et le magnifique ouvrage intitulé la Galerie de Dresde, qu'il flt exécuter à ses frais par les artistes les plus habiles , aurait entraîné la ruine totale de sa fortune, si le roi de Saxe n'était venu à son secours. Ce prince acquit de Heinecken, pour une pension viagère, sa riche collection d'objets d'art et toutes les planches de la Galerie de Dresde. Après avoir cédé son cabinet, Heinecken se relira dans sa terre d'AltdObern, dans la basse Lusacc, et y mourut le 5 décembre 1792. Ce savant amateur des arts a publié plusieurs ouvrages, soit en français, soit en allemand : 1° Traité du sublime, par D. Longin, en grec et en allemand, avec sa Vie; une Notice sur ses écrits, une explication de ce que Longin entend par le mot sublime, et une préface par un inconnu, Dresde, 1737, in-8°; ibid., 1742, in-8°; 2° les Devoirs de l'homme , ou Résumé de toute la morale, ibid., 1738, in-8°; 3° Recueil d'estampes d'après Us plus célèbres tableaux de la galerie royale de Dresde (en français), Dresde, 1755-1757, 2 vol. in-fol. 4° Notices sur quelques artistes et sur quelques objets d'art. Leipsick , 1768-1771 , 2 vol. in-8»; 5° Lettre à J.-P. Krause , ayant pour objet Us différentes critiques des Notices sur quelques artistes, etc., ibid., 1771 , in-8°; 6» IdèegènèraU d'une colUction compUte d'estampes , avec une Dissertation sur l'origine de la gravure et sur Us premiers livres d'images (en français), Leipsick et Vienne, 1770, in-8°; ouvrage estimé et très-recherché. 7° Dictionnaire des artistes dont nous avons des estampes , avec une Notice détaillée de Uurs ouvrages gravés (en français), Leipsick, 1778-1790, 4 vol. in-8». Il est à regretter que ce livre n'ait pas été continué; le quatrième volume se termine à la syllabe dix. 8° NouvetUs notices sur des artistes et des objets dart, Leipsick et Dresde, 1786, in-8°, avec gravure. Heinecken n'en a publié que le premier volume. La Ribliothèque des betles-Uttres , publiée à Leipsick, est riche en articles fort intéressants de cet auteur; on trouve son portrait à la tète du vingt-sixième volume (1781) de ce recueil. Sa vie a été écrite par Scblicbtegroll dans son Nécrologe pour l'année 1791 , 1" vol., p. 294-305. B-h-d.
HEINICKE (Samuel), instituteur allemand des sourds-muets, naquit en 1725 à Nauschutz, près
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| de Weissenfels en Saxe. Heinicke se livra d'abord chez ses parents à l'agriculture, jusqu'à sa vingt-
Juatrième année : il fut ensuite garde du corps e l'électeur de Saxe; et son séjour à Dresde le mit à portée d'acquérir des connaissances assez étendues. H quitta le service militaire, et étudia en 1757 à l'université de Iéna. Le comte de Schimnx lmann, à Hambourg, lui confia depuis l'éducation de ses enfants, et il resta pendant dix années dans la maison du comte. Heinicke avait beaucoup médité sur l'instruction des sourds-muets : la place de chantre à Eppendorf , qu'il accepta lorsqu'il eut quitté le comte Schimmelmann , lui offrit l'occasion d'essayer sa théorie sur un sourd-muet qu'il trouva dans cette commune. Sa méthode eut le plus grand succès : on lui envoya des élèves de divers endroits, et sa réputation détermina l'électeur de Saxe à créer à Leipsick, en 1778, un institut pour l'instruction de cette classe malheureuse, et la direction en fut confiée à Heinicke. Malgré les résultats de sa méthode, qui, sous quelques rapports, surpassait, dit-on, celle de l'abbé de l'Épée, on a accusé Heinicke , avec raison, d'avoir traité ses élèves trop brutalement. Mais son premier genre de vie lui avait douné un caractère brusque , qui se manifeste jusque dans ses écrits, où beaucoup d'idées neuves et ingénieuses manquent leur but par la grossièreté de son style, rempli d'invectives les plus véhémentes contre les auteurs contemporains. Toutefois, on ne peut refuser à Heinicke la justice d'avoir été l'un des premiers qui, dans le nord de l'Allemagne, se soit occupé avec succès d'instruire les sourds-muets. Cet instituteur mourut le 30 avril 1790 : sa veuve continua de diriger son école. Heinicke a publié une vingtaine d'ouvrages; voici les titres des principaux : 1° Histoire sainte de r Ancien Testament à l'usage des sourds-muets, Ham* bourg, 1775, in-8°. L'auteur n'en a donné que la première partie. 2° Observations sur les muets et sur Us parole , en forme de UUres, ibid., 1778, in-8°. Il n'en existe également qu'un premier volume. & De la manière dont se forme la pensée chet, Us sourds-muets, et des mauvais traitements auxqucU iU sont exposés par des soins et des méthodes d'enseignement déraisonnables , Leipsick, 1780, in-8°; 4° Découvertes importantes en psychologie et sur le langage humain, ibid., 1783, ln-8°; 5° Axiomes de Uoses MendeUsohn expliqués daprès U* méthode de fiant, avec une critique par Frédéric Nicolas, C0tben, 1787, in-8°; 6° Clackuia Salomonis, ou Us CUfs de Ui plus haute sagesse expliquées. Presbourg, 1789, 2 vol. in-8°; 7* Dictionnaire de la critique de la raison pure et des ouvrages philosophiques de Kant, ibid., 1789, in-8» Schlichtegroll , dans le premier volume de son Nécrologe, 1790, attribue à Heinicke ce dictionnaire. Meusel dit seulement qu'il est auteur de la préface. Le Mercure allemand, le Musée alUmand. le Journal du fanatisme et de la civilisation, les Apologies publiées par Kausch à Leipsick et le Journal allemand pour l'Allemagne,
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renferment plusieurs articles fort intéressants de 1 Heinicke. Le Magasin hanowien , 1773, p. 1485, a publié une Instruction sur la manière d'insinuer aux sourds-muets des idées abstraites, et de leur apprendre en très-peu de temps à lire et à parler à haute roise. Ce mémoire est de Heioickc et de Wittenberg, éditeur de la Gaiette d'Altana. On trouve une notice assez détaillée sur la vie et la méthode de cet instituteur, dans le Chronologue de Weckhrlin, n° 6, p. 277-288. B — H — o.
HEIN1TZ . Amoinc-Fxéoémc, baron de), ministre d'Etat prussien, né en Saxe le 14 mai 1724, se destina à l'administration des mines de son pays, j et à cet effet étudia cette partie à Freiberg , où est le siège de la direction des mines. Il quitta d'abord sa patrie pour un emploi dans le Brunswick ; mais en 1763 le gouvernement de Saxe l'appela pour le charger de l'organisation d'un établissement de haute instruction pour les mines, d'après le plan qu'il avait présente. C'est ce plan qui a valu à la Saxe l'institution de Freiberg, connue sous le nom de Bergbau-Academie , où les élèves suivent les cours de hautes mathématiques, chimie , minéralogie , géognosie , cristallographie, etc., et qui a formé des savants d'un grand mérite. En 1774, Heinitz quitta ses fonctions pour raison de santé ou sous ce prétexte, et fit des voyages. Le roi de Prusse Frédéric II, ayant apprécie ses connaissances spéciales, l'appela dans ses États, le mit a la téte de l'administration des mines en Prusse et le nomma ministre d'État. > Heinitz, justifiant la confiance que ce monarque ; avait en lui, rendit très-florissante l'exploitation de la branche des revenus qu'il avait à diriger. ; Sous le successeur de Frédéric H, il fut aussi chargé de la présidence de l'Académie des beauxarts à Berlin. Heinitz était déjà membre de l'Académie des sciences de la même ville. U y Ml mort j en 1802. Les seuls ouvrages que l'on connaisse de lui, sont : 1° un Essai d'économie politique. Bile, 1785, in-4", qui se compose de quatre tableaux de statistique et des observations de l'auteur. Ces tableaux concernent la Saxe , et sont le résultat des renseignements officiels que Heinitz s'était procurés pendant l'exercice de ses fonctions publiques; mais il a poussé la discrétion au point de ne pas même nommer l'Etat dont il veut donner la statistique, ni les années auxquelles se rapportent ses tableaux. l)e plus il a gardé l'anonyme. Comme à cette époque plusieurs États allemands faisaient encore mystère de leurs res- ' sources, on conçoit que l'auteur, n'étant plus au service de Saxe, a dû être prudent; mais il faut convenir que jamais statisticien n'a poussé la précaution plus loin. 2° Mémoire sur les produits du régne minéral de la monarchie prussienne et sur tes moyens de cultiver cette branche de l'économie poli' tique. Berlin, 1786, in-4». Cet ouvrage est anonyme et en français. D — g.
HEINROTH (Jeak^hristum-Aocuste), médecin philosophe , né à Leipsick , le 17 juin 1773 , étudia
dans sa ville natale la philologie et la médecine, s'y fit graduer dans ces deux sciences, et fut autorisé à ouvrir un cours particulier à l'Université. En 18H il fut nommé professeur extraordinaire de médecine, et en 1819 professeur ordinaire. Plus tard il reçut le titre de conseiller aulique et médical du roi de Saxe. Il n'était pas moins distingue comme penseur que comme médecin expérimenté et instruit , et quoique ses ouvrages aient essuyé plus d'une critique , à cause d'un certain mysticisme qu'ils respirent, il sera toujours nommé avec reconnaissance et respect pour les services qu'il a rendus à la médecine et à l'humanité. A l'occasion de ses petits écrits en prose et en vers, publies sous le nom de Treumund Weltentreter (franche-bouche qui marche SOT les flots), un critique autorisé, F.-G. Wetzel, qui écrivait dans la Gatttte littéraire de léna, disait de lui : « Également éloigné de l'abstraction sans vie « d'un entendement toujours relégué dans la vaine « apparence , et de ce mysticisme nébuleux et faux « qui est à la mode , mais qui ne porte que des « fruits pleins de cendres, pareils à ceux qui « croissent sur les bords du lac Aspbaltite, l'au- « teur parle de ce qui doit être le terme extrême « de toutes nos pensées et de tous nos efforts , « comme quelqu'un qui n'est plus sur le seuil du « temple, mais que la vue du sanctuaire réjouit « déjà; partout il signale avec amour et respect « l'un, le durable , l'éternel , qui peut seul dans ■ les tempêtes de ces temps d'affreuse agitation « reposer le regard et tenir le cœur élevé. » Heinroth est mort en 1843. Il a laissé : !• Esquisse de la physique de l'organisme humain, leipsick, 1807 ; 2° Manuel des désordres de la rie de l'âme, ibid., 1818, 2 vol.; 3° Feuilles réunies de Treumund Wellentreter, ibid., 1818 et suiv., 4 vol. ; 4° Manuel d'anthropologie , ibid., 1822; 5° Psychologie comme théorie de la connaissance de sou même, ibid., 1827 ; 6° Des tiees principaux de l'éducation et de leurs conséquences , ilnd. , 1828 ; 7° Des hypothèses concernant fa matière, ibid., 1828 ; 8" Pisthéodicée ou résultats d'un libre examen sur l'histoire, la philosophie et la foi , ibid., 1829 ; 9° la Ctef du ciel et de l'enfer dans l'homme. W. T.
HEINS. Voyt% HEIN et HEYNS.
HEINSE Jf Aw-JACQims-GoittAuuE), littérateur allemand, né en 1746 à Langewiesen dans la principauté de Schwarzbourg-Sondershausen, montra dès sa première jeunesse un goût très-vif pour la poésie, pour l'indépendance, et ne Ht quelque* études qu'avec beaucoup de répugnance. Erfurt et Iéna lui déplurent parce qu'il fallait y étudier. Dans la première de ces villes il eut pourtant le bonheur de s'attirer l'amitié de Wieland , qui y résidait comme professeur de philosophie , et de recevoir de cet homme célèbre des encouragements pour ses premiers essais poétiques. Wieland fit plus encore; Heinse, Agé de vingt-quatre ans, composait force vers, mais il n'avait pas de quoi vivre, et il ne possédait aucun
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autre talent dont il pût tirer parti pour son existeDce. L'auteur d'Obtron recommanda le jeune nourrisson des lluses au pot île Gleim, connu pour encourager les jeunes poètes. Heinse lui fit remettre par Wicland ses essais, qui furent trouves dignes d'éloges et récompenses de l'envoi de quelques pièces d'or, avec la promesse de s'intéresser au sort de l'auteur. Encouragé par Gleira, le jeune Heinse fit de nouvelles pièces de vers, chanta Y Elysée malgré sa triste position, et, faute de mieux, consentit à accompagner dans ses voyages un ancieu capitaine danois, espèce d'aventurier qui Toulait faire sa fortune par l'établissement de loteries, et qui avait besoin de quelqu'un pour rédiger ses projets. Ce n'était pas un travail de poêle; aussi Heinse se dégoûta bientôt du capitaine et de ses loteries. Au bout d'un an il l'abandonna pour reprendre le chemin de son village, n'étant pas plus riche que lors de son départ. Il trouva là demeure de sa famille réduite en cendres, et son père n'ayant sauvé de l'incendie qu'un clavecin et quelques livres. Il implora de nouveau la compassion de Gleim, qui l'appela à HalbersUdt, où il lui procura un emploi de précepteur dans une maison particulière; en même temps il l'excita au travail, lui fit connaître d'autres littérateurs, et sut ainsi le lancer dans la carrière littéraire. Heinse avait débuté en 1771 par la publication d'un recueil d'épigrammes; mais son imagination ardente ne tarda pas a prendre une autre direction. Étant encore avec son capitaine, il avait fait une traduction du SatyriVon de Pétrone, qu'il publia, et à laquelle I succéda un ouvrage non moins libre, de son invention, Laidion, ou Us Mytteres d'Eleusis, Lcmgo, j 177-4. Les mœurs licencieuses d'une courtisane grecque y sont peintes en traits vifs, mais trop j colorés. Ces deux ouvrages scandalisèrent beaucoup les hommes à principes sévères; ils lui en firent des reproches , ainsi que. de sa traduction libre des Cerises de Dorât. Heinse avait beau assurer qu'elles étaient aussi innocentes que celles qui pendent aux arbres, on les trouva indécentes. Wieland, quoiqu'il eût peint dans ses potfmes des ; scènes erotiques ne put approuver la licence des j peintures de Heinse. Celui-ci , sans oser se dé- ! fendre, prétendit, dans une lettre à Wieland, qu'on peut être l'homme le plus innocent du momie , et, dans la fougue de la jeunesse , se laisser entraîner par son imagination. H s'excusait d'avoir été excité par son capitaine à traduire Pétrone, et soutenait que cette traduction avait paru à son insu. D'autres écrits qu'il publia dans I un âge plus avancé, prouvent pourtant que son imagination se plaisait dans ces créations lascives. L'éloge que Goethe fit de faidiou diminua d'ailleurs beaucoup les regrets de Heinse d'avoir composé cet ouvrage, si jamais il s'en repentit sincèrement. On voit, par ses lettres, que sa vanité | d'auteur était excessive. En 1776, il quitta Gleim et sa société littéraire pour accompagner à Dus-