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voir la réussite pratique, fut l'invention de sa peigneuse automatique. Le succès Immense de cette machine, mieux connue par ses résultats que par les difficultés qu'elle a vaincues et les principes sur lesquels elle repose, attendu qu'elle n'a encore été publiée nulle part , nous autorise à entrer dans quelques détails, dans le but de la faire apprécier autant que nous le pourrons sans le secours des figures, si utilesà de semblables descriptions. — Les substances textiles se présentent avec des caractères variés et dans divers états. Tantôt ce sont des organes définis, indivisibles, formant un duvet épais composé «le fibrilles éminemment flexibles, comme celui du cotonnier; tantôt ce sont des fibres longues , peu élastiques* divisibles à l'infini, comme la filasse du chanvre, du lin, etc. Dans les matières animales, les unes ont les brins rugueux , vrillés , de longacurs variables, et tellement tassés et adhérents, qu'ils i présentent une résistance considérable à la pénétrabilité : les laines, en général , sont dans ce cas. ' La bourre de soie et les duvets animaux possèdent au contraire une propriété de glissement très-remarquable. Quelle que soit (railleurs la nature de la substance, elle se compose d'une masse de fibres noueuses d'inégales longueurs» | se croisant dans toutes les directions. Trier les ( filaments, les redresser, les épurer, enlever les nœuds et boutons apparents ou microscopiques, I réunir parallèlement entre eux ceux d'égale longueur, enfin les diviser et les affiner lorsque la matière le comporte , telle est la lâche réservée au peignage. — Le travail à la main est resté en possession exclusive de cette opération délicate jusqu'en 1830. Ce n'est qu'à partir de cette époque que des applications sérieuses de peignage automatique ont eu lieu. Près de vingt années s'écoulèrent en essais plus ou moins heureux dont les résultats ne purent rivaliser avec ] ceux obtenus à la main. — Les auteurs des nombreux systèmes de peigneuses produits depuis un demi-siècle n'ont eu en vue que l'imitation du travail à la main , et la création de machines spéciales à chaque espèce de filaments. La supériorité du peignage manuel et la diversité des caractères des matières premières expliquent | l'opiniâtreté avec laquelle les plus habiles et les plus compétents ont suivi cette voie. Avant j Ileilmann , nul n'aurait supposé qu'un même système pouvait être indistinctement appliqué I aux diverses fibres, et bien moins encore «fue . l'opération automatique distancerait bientôt les I résultats les plus perfectionnés, exceptionnelj lement fournis par l'ouvrier le plus habile. C'est I en abandonnant les errements du passé que le célèbre inventeur a si remarquablement réussi. II a imaginé deux machines : l'une ébauche le travail par un démêlage, l'autre reçoit le produit de la première sous forme de ruban : celle-ci le fractionne , en redresse et épure les fibres presque une à une, réunit celles d'égale longueur, les pa-
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rallélise et les souile par juxta-position pour reformer un ruban peigné dans tous les sens. Les propriétés de la machine sont telles, que les fibrilles les plus courtes, mêlées aux impuretés constituant les étoupes, les blouses ou les déchets du coton, réservés jusqu'ici à l'action de la carde, peuvent être peignés désormais. Celte faculté toute nouvelle de travailler, avec un égal succès, des filaments d'une longueur quelconque, nonseulement des matières usuellement peignées, mais aussi celles qui n'avaient pas été transformées de la sorte avant l'invention de Heilmann, a eu des conséquences inespérées pour l'industrie. Des rebuts sont ainsi propres aux fils les plus estimés. La supériorité du système nouveau sur ceux qui l'ont précédé est si tranchée , que son emploi a été le point de départ d'une phase nouvelle de progrès dans les arts textiles en général. —•Le génie de Heilmann parait s'être résumé dans cette dernière œuvre de sa vie. Des démonstra- ) tions géométriques aussi neuves qu'ingénieuses en exposent le principe; plusieurs solutions élégantes et sûres, et des combinaisons de détails d'une précision mathématique en assurent la réalisation. Le succès inouï de la nouvelle méthode <!' peignage a provoqué les recherches et fait surgir de nombreux essais; mais jusqu'ici, ou leurs résultats sont moins parfaits et moins généraux, ou les moyens participent de ceux de Heilmann. Son œuvre, après avoir traversé les phases plus ou moins pénibles réservées surtout aux grandes découvertes, fait aujourd'hui le profit de toutes les nations industrielles. L'exploitation commerciale de la nouvelle machine remonte à quelques années à peine, et les profits annuels qu'elle a réalisés se comptent par millions pour chaque spécialité qui en fait usage. Son emploi a pour résultat une perfection inconnue antérieurement, une économie importante dans les transformations, et la disparition des opérations insalubres réservées aux ouvrières. Ce sera pour Heilmann un éternel honneur d'avoir affranchi 1 les femmes d'un travail pénible et dégradant, qui 1 était une protestation contre l'art mécanique et un tort bien plus grave envers l'humanité. — Cette découverte donne une impulsion nouvelle aux arts mécaniques , provoque une foule de recherches, alimente d'importants ateliers de construction, et substituera bientôt une méthode saine et parfaite de travail à des moyens insalubres, vicieux ou irrationnel». Elle crée, régénère et transforme, en un mot, les spécialités qui lui doivent leur prospérité. Sous quelque aspect qu'on l'envisage, elle commande à un égal degré l'estime de la société, l'admiration de la science et la reconnaissance de l'industrie. Elle a été proclamée par le jury international de l'exposition de 1853, la découverte la plus importante qui ait eu lieu depuis quarante ans dans l'art de la filature. La «ociété d'encouragement pour l'industrie nationale vient de lui décerner le prix d'Argenteuil de
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I 12,000 francs, destiné à récompenser la déeou ! verte la plus importante faite dans la période de six années. Ces témoignages ont une signification trop élevée pour que nous ayons à insister sur la valeur et les services de cette invention. I Nous devons seulement ajouter que l'homme, par ' ses qualités privées, était à la hauteur du savant; nous n'en donnerons pour preuve qu'un seul fait : c'est l'énergie et la persévérance avec laquelle Josué Heilmann a poursuivi toute sa vie l'obtention d'une loi pour régler le travail des enfants dans les manufactures, et pour empêcher qu'ils ne fussent exploités trop jeunes et dans des con- | ditions déplorables au point de vue moral et humanitaire. La collection des bulletins de la société industrielle de Mulhouse témoigne suffisamment de sa constante préoccupation pour tout ce qui pouvait améliorer le sort de ses semblables. Lorsqu'on songe que Heilmann n'a vécu que cinquante-trois ans, on est frappé de tout ce que l'homme peut faire de grand et de bon dans sa courte carrière, lorsqu'il est animé du souffle béni de son Créateur. M. A— n.
HEIN (Ernest-Louis), médecin allemand, naquit à Solz, duché de Meiningen, le 22 juillet 1747; il était l'un des onze enfants du pasteur du village, qui pratiquait la médecine dans son presbytère, et trouvait encore le loisir de composer quelques ouvrages d'histoire sur son pays, et de tenir école pour ses six garçons et ses cinq filles. Il sortit des hommes distingués de ce presbytère , séjour de la famille Heim pendant un siècle. H était tenu avec la rigueur d'un cloître, ou plutôt d'une maison de correction. Quand il s'était commis quelque délit dont l'auteur était inconnu, le châtiment du père inflexible commençait par le plus âgé, et passait par rang d'âge jusqu'au plus jeune; quelquefois la correction recommençait dans le même ordre. Ernest-Louis hérita du goût pour la médecine, goût qui était dans la famille depuis longtemps. Un de ses aïeux maternels avait même été médecin de Henri IV, roi de France. Préparé par l'enseignement du père, le fils se forma à l'université de Halle, et ayant pris le degré de docteur, il accompagna le fils de Muzel , médecin de Frédéric II, dans des voyages en Hollande, eu Angleterre et en France. Il rechercha, pendant les trois ans que durèrent ces voyages, la connaissance des hommes célèbres en histoire naturelle et en médecine, et profita de leur expérience. En Angleterre, il s'attacha au célèbre Banks, et l'aida à classer ses richesses végétales; en France, il suivit les cours de Thouin et d'Adanson, et accompagna assidûment Desault dans ses tournées i Î'ilotel-Dieu. Ses biographes ont marqué comme un trait de témérité de sa part, lors de son passage à Strasbourg, d'avoir monté au clocher de la cathédrale jusqu'à la croix, et de s'y être mis à cheval en dehors, à une hauteur de quatre cent quatre-vingt-quatorze pieds. Après ses voyages, Heim, sur l'invitation de son ami II met, s'établit
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en Prusse, et pratiqua la médecine d'abord à Spandau (1776). Il eut beaucoup de peine à Taincre dans cette ville la répugnance générale pour les dissections, que les médecins ne pratiquaient jamais. Bientôt sa réputation se répandit aux environs, et en 1780, il jugea à propos de s'établir à Berlin, où il était souvent appelé. Quoique aimant beaucoup la botanique, il ne put plus s'y adonner que dans ses rares moments de loisirs. Cependant, il forma encore des élèves dans cette science. Ilumboldt, à l'âge de huit ans, apprit de If eim les éléments de la botanique. Ce médecin n'avait pas encore trente ans, qu'il jouissait déjà de la confiance publique ; peu à peu sa popularité s'accrut au point que jamais médecin n'avait eu à Berlin une clientèle comme la sienne. Pendant un demi-siècle, riches et pauvres eurent recours è lui, et quand on désespérait de l'art des autres médecins, on recourait à Heim comme à la dernière ressource. Infatigable , n'ayant besoin que de cinq heures de sommeil, se mettant à la disposition de toutes les classes de la société, sans distinction de rang et de fortune, se faisant bien payer des riches, traitant gratuitement les pauvres, recevant des malades peu aisés ce qu'ils pouvaient donner, il était appelé partout, dans les palais comme dans les mansardes, estimé, chéri, et connu de tout Berlin. On dit qu'il voyait souvent soixante-dix à quatre-vingts malades par jour, et qu'il traitait environ quatre mille pauvres par an, indépendamment de quelques milliers de consultations qu'il donnait le matin chez lui. Il ne se fâchait que lorsqu'on le dérangeait pour une bagatelle , et lorsqu'on lui faisait perdre du temps. Sans être intéressé, il acquit une fortune considérable, que tout le monde regardait comme bien gagnée. Une grande affabilité et un caractère droit et indépendant se joignaient à ses connaissances médicales pour lui mériter l'affection publique. Moins profond peul-être que plusieurs autres médecins dans la théorie , il avait acquis par son immense pratique une habitude extraordinaire à bien discerner les symptômes des maladies; quoique vieux médecin, il avait d'ailleurs le bon esprit de ne pas tenir obstinément à la vieille routine, et d'abandonner les méthodes anciennes, quand de nouvelles découvertes venaient les remplacer. C'est ainsi qu'il fut le premier médecin à Berlin qui pratiqua la vaccine ; il fut aussi le premier à essayer les arséniates dans la pharmacopée. Entouré d'une famille à laquelle il pouvait procurer de l'aisance , il se garda bien de faire subir à ses enfants les privations de toute espèce auxquelles son rude père l'avait soumis autrefois. On raconte que la liberté de ses enfants était si grande qu'il était le dernier à apprendre les fiançailles de ses filles, et qu'il dit à un jeune homme 1 qu'on lui présenta comme son gendre futur: 1 « Puisque vous devez être mon gendre, faites-moi le plaisir de me dire voire nom. » Honoré du gou- Ternement prussien, il avait le titre de conseiller
intime et la décoration de l'Aigle rouge, avec l'Étoile polaire. La célébration de son jubilé de médecin en 1822 fut une fête pour la foule innombrable de ses amis. Quelques années auparavant, il avait voulu revoir son village natal. Là, il rassembla dans un banquet , autour de lui , les paysans qui avaient été les compagnons de son enfance. Dans sa vieillesse, il se vit obligé de restreindre beaucoup sa clientèle. Presque nonagénaire, il se sentit affaibli au point qu'il désira la mort. Elle l'enleva à la lin de septembre 1834. Ses funérailles pompeuses furent un dernier hommage rendu par la population de Berlin à son médecin chéri. Au milieu des occupations dont il était accablé, il écrivait le soir ses observations sur les particularités qu'il avait observées dans le cours de ses visites, ou les pensées que lui suggéraient ses lectures. Ce journal est un document curieux de la naïveté de ses sentiments. 11 se demande, dans un passage de ce journal, si, au lieu de s'associer une jeune et jolie femme , il n'aurait pas mieux valu s'associer un jeune médecin qui aurait suivi et rédigé la masse d'observations faites dans ses innombrables visites. Ailleurs, après une lec- 1 ture d'Homère, il a marqué, sous la date du 7 mars 1 1776 : « J'ai passé une très-mauvaise nuit à cause [ « de la mort d'Hector. » Ce qu'il y a de remarquable, c'est que cet homme si occupé a toujours conservé la même vigueur de corps et d'esprit. La Vie de Heim a été écrite par G.-W. Kesslcr, en 2 volumes, Leipsick, 1855. Un de ses élèves a publié les Matinées du docteur Heim; enfin, le doc- | leur Paetsch a mis au jour, à Leipsick, en 1836, les Mélanges de médecine de ce doyen des docteurs, que Bliicher appelait, en badinant, son collègue ' et le feld-maréchal des médecins. D — G. HEIM (Jeas-Louis), minéralogiste allemand, né en 1741 à Solz, duché de Saxe-Meiningen, était le frère aîné du précédent. Après avoir achevé ses études à Gceltingue, il accompagna en 1774 les jeunes ducs de Meiningen à l'université de Strasbourg, et fut placé ensuite au consistoire du chef-lieu du duché, dont il devint plus tard le vice-président. Mais ce fut particulièrement à l'étude de la minéralogie qu'il s'adonna. Il passa plusieurs années, malgré la faiblesse de sa santé, à observer la constitution géologique et m im: illogique des montagnes de la forêt de Thuringe , et à la décrire dans le plus grand détail , ayant sous ses yeux les échantillons de toutes les roches pris sur les lieux soit par lui-même , soit sous sa direction. Ce travail important fut publié en 6 volumes sous le titre de Description géologique des montagnes de la forêt de Thuringe d'après ses banct de roche, Meiningen et Hildburghausen, 1796-1812, avec des gravures dont les dessins avaient été exécutés par sa fille. Cet ouvrage, exempt de toute espèce de système, quoique l'auteur se fût déclaré d'abord pour les vulcanistes, et qu'il eût publié un Essai géologique sur la formation des rallées par le moyen des fleuves. Weimar, 1791,
in-K -, mérite des éloges pour le soin avec lequel le gisement des roches est décrit. L'auteur fit présent au musée d'Iéna de la collection d'échantillon* qui serrait en quelque sorte de pièces justificatives à son travail. Sa santé sVtant beaucoup altérée, il ne donna pas snite a ses recherches. 11 mourut le 19 janvier 1819. — Son frère George- Christophe, pasteur à Gumpelstarit, h qni il avait inspiré le goût de la minéralogie, et qu'il avait emmené souvent pendant ses excursions dans les montagnes de Thuringe , se borna à l'emploi de collecteur d'échantillons minéralogiques; ce dont îl fit im commerce assez lucratif ; et comme son frère cadet, Ernest-Louis (roy. son art. ci-dessus), loi avait inspiré anssi le goût de la botanique, H fit de plus des herbiers. Aidé de ses enfants, il débita en quantité ses collections de minéraux et de plantes, qui eurent une grande vogue, surtout en Allemagne, ou elles furent recommandées comme moyen d'instruction dans les établissements publics. George-Christophe coopéra à la BU bliothèqtu économique d'André, où il fit connaître, surtout aux gens du monde, la flore allemande, et à la Gaieite littéraire dléna. Il était membre d'un grand nombre de sociétés d'histoire naturelle. Il mourut le 2 mai 1807. — Un autre frère, Frédérie-Timothée, né en 1751 , fut pasteur à Effelder dans le même duché de Melningen, tint un pensionnat dans son presbytère, et s'adonna à la culture des arbres fruitiers. Grâce à ses soins, la commune dont il était le pasteur devint un vaste verger. Il fut l'éditeur de la Classification systématique et de la Description des diverses sortes de cerne/, par le baron Truchsess de Wetzhausen, Stultgard, 1819. Frédéric-Timolhée mourut le S juillet 18it. D— c.
HEIN (Pierre), vulgairement appelé en Hollande PU Hein, né à Delflshaven en 1570, mort à son bord en combattant pour sa patrie, et couronné par la victoire le 18 juin 1629, doit être mis au nombre des plus illustres marins de la Hollande. Son père était matelot , et fait prisonnier par les Espagnols, il fut réduit chez eux au dur métier de galérien pendant quatre années consécutives. Il avait avec lui son fils, qui , en ga-
Sant quelque argent au tricot, adoucit ainsi ir misère. Le fils n'en devint pas moins marin à ton tour et fit preuve de beaucoup d'intrépidité dès son entrée au service; en Hollande même, on ne tarda pas à se servir de son nom , devenu la terreur de l'ennemi , comme d'une espèce d'épouvantail pour les enfants. En 1626, il fut chargé d'une expédition spécialement dirigée contre le Brésil. H commandait treize bâtiments arec lesquels, parvenu le 3 mai dans la baie de Tous-Ies- Sainls, il battit complètement les Portugais, leur prit treize vaisseaux qu'il brûla, à l'exception d'un seul, et leur enleva un riche butin. Peu de jours après, entré dans la rivière de Janeiro, il eut d'autres succès signalés. Mais son plus beau fait de guerre est la prise de la flotte espa-
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gnole, dite la Flotte d'araent, le 9 septembre 1628. La compagnie des Indes occidentales lui avait confié le commandement d'une escadre de trente et un vaisseaux. Il se rendit à la Havane : peu de temps après, ayant eu connaissance de la flotte espagnole qu'il guettait, il courut à sa rencontre. Les Espagnols se réfugièrent dans la baie de Matanza, où, le commandant hollandais les ayant attaqués, ils se rendirent presque sans coup férir. Le butin fut immense. De solennelles actions de grâces nationales eurent lieu a cette occasion dans les Provinces-Unies, et Hem se rit élevé au grade de lieutenant-amiral de Hollande. A peine de retour de sa glorieuse expédition , il fut envoyé pour croiser avec une escadre sur les cotes de Flandre. Il s'y trouva le 20 août engagé dans un combat , où il prit à l'ennemi trois vaisseaux ; mais il paya cette victoire de sa vie. On lui fit à Delft de pompeuses obsèques, et un superbe mausolée lui fut érigé dans le chœur de la vieille église. L'inscription dont il est orné le caractérise comme brave sans témérité , magnanime sans orgueil , sévère dans le maintien de la discipline, également digne d'admiration dans l'une et dans l'autre fortune. Il était profondément religieux, et se préparait toujours au danger comme s'il eût dû n'en pas revenir. M. de llaren , dans les notes dont il a accompagné son poème des Gueux, observe que, dès 1578, Guillaume I* avait proposé aux états généraux l'expédition contre la flotte d'argent des Espagnols, si glorieusement mise à exécution par PU Hein. H—M.
HEINE. Voyez. Hevne.
HEINE (Hexiu;, le poè*te le plus original de l'Allemagne depuis la mort de Goethe, naquit à Dusseldorf, le 12 décembre 1799(1), d'une famille israélite justement considérée. Après avoir fini ser études au lycée de sa ville natale, il alla suivre les cours de jurisprudence à l'université de Bonn ; il se rendit ensuite à Gœtlingue, puis à Berlin , où il se livra avec une curiosité assez vire à l'étude de la philosophie. C'était un esprit ardent, une imagination fantasque , et lorsque l'illustre philosophe Hegel, qui l'admit dans son intimité, lui expliquait familièrement son système , l'humoriste y puisait déjà ces inspirations agressives et railleuses qui forment le fond de sa poésie. Cette Influence ne saurait être mise en doute ; il faut ajouter seulement que le potte la transformait avec une verre qui n'est qu'à lui. Figurez-vous le panthéisme grandiose du philosophe de Berlin,
(Il Cet* du mol m la date que ports «on artc à-s baptême. l'Urne ur» biographe», prenant au aerieux un« plauanterie d« poète , le font naître quelque» semaine* plu» tard : - Je »ui* le
■ premier homme du siècle , » aurait dit Henri Heine , u je «ait
■ ai le 1*' janvier 1800. » Cette plataanlcrie ne méritait guère d'Être coniervéc ; elle contient d'ailleurs une erreur de calcul , et pour que Henri Heine fut ne le premier jour du dix .neuvième tiède, il faudrait fixer «elte date au 1" janvier 1401. On peut lire «ur ce point une lettre f
de Henri Heine lui-même adressée 4 narrée en partie daaa un article de la [huri UtiB*. «a si* u tu étrilt,
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interprété par un esprit tour à tour audacieux ou bouffon, représentez-vous ces arcanes de la dialectique, ces rigides et mystérieuses formules traduites dans le langage de l'ironie et de l'humour; ce sera la poésie d'Henri Heine. Le système de Hegel , selon la manière de le comprendre, pouvait inspirer ou une audace révolutionnaire, ou une indifférence universelle; ces deux inspirations sont réunies chez l'auteur des Reitebilder et du Livre des chants. Tantôt, au nom de cette philosophie allière qui semblait être la révélation d'un nouveau dogme, il se mettra à la téte de ceux qu'il appelle UsChevaliers du saint-esprit, et il s'écriera :
• Je n'ai jamais considéré la poésie que comme « un saint jouet, comme un moyen consacré à un « but céleste. Qu'on loue mes ebanta ou qu'on lea « blâme, peu m'importe. Vous placerez un glaive « sur ma tombe, oui, un glaive ! car j'ai toujours été « un bon soldat dans la guerre de délivrance du
• genre humain. «Tantôt, au contraire, chantre de l'amour ou de la fantaisie, il dira galment: « Mon
■ poème est le songe d'une nuit d'été; il est sans
• but, comme la vie, comme l'amour ! » ou bien :
■ C'est moi qui ai chanté le dernier chant dans les « libres et printaniéres forêts du romantisme, » on bien encore : « Je suis né sur les bords de ce beau
■ fleuve où la folie pousse sur des vertes monta- « gnes !» et il 6e moquera des prétendus Chevaliers de l'esprit , il sifflera les poêles politiques, il flagellera les tribuns dont il fait un triumvirat si plaisant, Brutus, Cassius et Asinius. Trop souvent aussi, ivre de sa verve intempérante, emporté au hasard par cette turbulence railleuse que ne guide plus aucun principe, il lancera contre les hommes le* plus dignes de respect, poètes, artistes, hommes d'État, des bouffonneries de mauvais ton qui ne nuiroat qu'à lui-même. Unissez , s'il se peut, ces inspirations si différentes, faites une nature complète de ce libre penseur si vaillamment armé, et de ce capricieux poète enivré de sa folie; vous aurez le représentant de toute la période qui a suivi Goethe et Hegel, vous aurez l'auteur des Reiubiider et du Litre det chants, l'auteur iVAtt-Troll et du Romancero, le brillant, le fantasque, l'insaisissable Henri Heine. Les débuts d'Henri Heine furent singulièrement éclatants. Son premier ouvrage, dont quelques fragments parurent en 1821 et une autre partie en 1825 , est un recueil lyrique intitulé te Livre det chaatt-Ce livre, formé de strophes éparses, compose pour ainsi dire une symphonie unique, où éclatent dès le premier jour toutes les inspirationsdu poëte.Ce sontd'abord des accents d'une douceur inliuie: le poète a aimé, il a souffert, et il chante son amour et sa souffrance avec une grâce incomparable. Itien de plus frais que ses peintures, rien de plus pénétrant que ses plaintes. Ces deux premiers cycles de Ueds, l'un intitulé Jeunet souffrances , l'autre Initrm.uo, sont peutêtre ce que la poésie allemande a produit de plus tendre et de plus pur. La musique de Schubert peut seule donner l'idée d'une telle poésie à ceux
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qui ne connaissent pas l'idiome si délicatement employé par l'auteur. Mais tout à coup, cette plainte si douce s'évanouit, le poêle ne cherche plus à calmer sa douleur, il l'irrite au contraire, et l'amertume de son âme s'exhale en de terribles paroles. C'est le nouveau cycle intitulé le Retour. Revenu , après maints voyages , aux lieux où il a souffert, le chantre de Ylnternum aperçoit le monde entier sous une lumière sinistre; de sa douleur particulière, il va se composer une philosophie générale, et pour se venger d'une affection trahie, il embrassera l'univers dans une ironie tour à tour formidable ou grotesque. Telle est la sensibilité altière de ce jeune cœur; toutes les misères de l'humaine nature , évoquées par une souffrance individuelle, apparaissent subitement i ses yeux désenchantés. Nul ordre, nulle loi, partout le mal , partout l'impuissance ou la contradiction, partout (ironie que Dieu a mise dont tin univers, et que le grand poile de Don Quichotte a imitée dans le sien. Cette pensée, qui reviendra si souvent chez Henri Heine, apparaît ici, pour la première fois, avec une poignante amertume: > Que ce monde est mal fait! s'écrie-t-il; qu'il est ■ plein de fragments inachevés ! J'irai chercher un « professeur allemand , qui de tout cela m'arran- « géra une synthèse. » Ce philosophe à qui il a demandé des consolations c'est Hegel ; mais ces consolations ne l'ont pas guéri, et il a été obligé de se composer à lui-même sa théorie du monde. De là la synthèse d'Henri Heine, c'est-à-dire cette ironie ardente, née d'abord d'une souffrance personnelle, qui grandit, s'élance, prend un libre essor et enveloppe bientôt le monde entier, de la terre au septième ciel . 11 y a donc trois parties distinctes dans le Livre des chants. Les premiers vers, Jeunet souffrances et Intermexxo, sont l'œuvre d'une poésie toute printanière, et la plainte même s'y exprime avec la douceur la plus suave; le désenchantement éclate dans les strophes amères du Retour, et prépare toutes les impiétés qui vont remplir la fin du pol'me. Dans cette dernière partie du Livre det chants, le poète ne semble occupé qu'à réfuter la première; déchu de son idéal, il prend plaisir à flétrir l'idéal partout. Le ciel est mort dans son cœur; il chantera les catastrophes du ciel et l'antique nuit qui recommence. C'est la l'inspiration qui le possède, lorsqu'il nous montre les dieux du monde barbare ravageant le paradis chrétien. Des divinités brutales se ruent, comme une invasion de Huns , sur les hôtes de la cité divine, si bien chantée par Dante; tous les satellites du dieu Thor, des gnomes, des nains monstrueux, d'affreux Itobolds aux formes trapues, terrassent les doux anges et déchirent leurs ailes de les dramatiques ballades, Il mu Clara et . vous y trouverez cette même pensée, qui éclate avec une franchise plus audacieuse encore dans la pièce intitulée let Dieux de la tirèce. Tout à l'heure, c'étaient les dieux barbares qui saccageaient le ciel du Christ, et le poète laissait échapper ça