‹ Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderneChapitre 11 sur 106 · HEI «S · texte numérisé non relu

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seldorf Jacobi , avec qui il devait coopérer à un ouvrage périodique, intitulé Iris, et à la publication d'une Bibliothèque des dames. Dans sa lettre d'adieu à Gleim, il dit entre autres choses : « Après « avoir bien examiné toutes les manières de vivre, « j'ai trouvé que celle qui offre la plus grande

■ variété de scènes est la meilleure, surtout pour « un poêle et un philosophe dans l'âge de vingt

■ à quarante ans; je tomberais dans la langueur,

■ s'il fallait tous les jours parler, voir et agir de « même. » Il convenait que ce n'était pas un moyen bien sûr pour arriver à la fortune, mais qu'on pouvait élre en le pratiquant « plus heu- « reux que Crésus et Attale et que le plus riche « bourgmestre d'Amsterdam. » Ce fut probablement par ce goût du changement qu'il se lassa bientôt de 17m et de la bibliothèque de» dames. La galerie de tableanx à Dusseldorf avait d'ailleurs éveillé dans son esprit le goût des arts; il passa une grande partie de son temps à contempler les chefs-d'œuvre de la peinture, et éprouva un vif désir de voir l'Italie. Cependant ce ne fut qu'en 1780 qu'il pot satisfaire à cette envie qui était devenue chez lui une passion, comme l'étaient presque tous ses sentiments. Il prit congé de Jacobi , de Gœthe et de tous ses autres amis d'Allemagne, pour se rendre par la Suisse et le midi de la France à Gènes; de là à Venise, puis à Florence et à Rome. Dans cette dernière ville il se trouva heureux au milieu des ouvrages de l'art et des artistes étrangers. Ses amis lui offrirent quelques places pour assurer son avenir; mais, peu soucieux de son existence, Heinse ne voulait plus rien. H fit en 1782, avee le peintre allemand Kohel , le voyage de Naplex, d'où il revint à Rome auprès d'Angélique Kaufmann et des autres artistes. Cependant ses ressources pécuniaires diminuaient. En 178iil fallut songer au retour, faute d'argent. Il revint à Dusseldorf, ayant fait à pied la plus grande partie du chemin. Sa téle était remplie d'idées sur les arts, et il brûlait de trouver des moyens de retourner en Italie. En attendant, il dut s'estimer heureux d'être placé en qualité de lecteur et de bibliothécaire particulier auprès de l'électeur do Mayence, qui avait appelé aussi auprès de lui le célèbre historien Jean de Huiler. Dans cette place tranquille, il éprouva le besoin de jeter sur le papier les sensations que les arts avaient excitées en lui. Il publia le roman d'Ardingkello. ou les lies infortunées. Lemgo, 1787; traduit en français par Welxien et Faye jeune, Paris, 1800, in-12, fig. Des scènes tracées avec fes , mais parfois trop voluptueuses, y sont entremêlées de réflexions profondément senties, sur la peinture, la sculpture, l'architecture, et de tableaux vigoureux de la nature grecque et italienne. A ce roman succéda celui d'Ànatlasie. puis celui d'Uildegard de Hohenlkal, Berlin, 1795, qu'on peut regarder comme le pendant d'Ardingkello. Les descriptions y sont plus tempérées, et les réflexions de l'auteur por-

tent principalement sur la musique. Tous ces outrages respirent un enthousiasme très-vif pour les beaux-arts : on les dirait conçus dans l'ivresse des passions. Il y a des pages parfaitement ëcrites et vraiment dignes de Diderot , avec qui l'auteur allemand a quelques rapports. Heinse entreprit encore plusieurs excursions, mais sans revoir ITalie. Il perdit sa place par les révolutions qui détrônèrent l'électeur et firent de Mayence le chef-lieu d'un département français. Heinse mourut le 22 juin 1803. Il est du petit nombre des auteurs allemands dont les ouvrages sont écrits avec chaleur, qualité rare dans celte littérature. On n'a pas reconnu le feu de son imagination dans ses traductions en prose de la Jérusalem délivrée et du Roland. Il s'est peint lui-même dans ses lettres que contient la Correspondance de Gleim. Heinse et de Jean itûller. publiée par Kœrte. Une notice biographique et littéraire sur Heinse, par F. Lautsch, a été insérée dans le recueil Zeilgenosten, 3* série, vol. 2. D— c.

HEINSIUS (Daniel), philologue hollandais, naquit à (iand en 1380, d'une famille distinguée. Son père, homme sage et sans ambition, mais d'un caractère élevé, prit, dans les troubles des Pays-Bas, un parti funeste pour son repos et pour celui de sa famille. Dès l'âge de trois ans, Daniel fut envoyé, d'abord à Veere, en Zélande, d'où il ne tarda pas à [tasser, avec ses parents, en Angleterre. Peu après, il les suivit encore en Hollande. On s'établit d'abord à Delft, puis dans le village de Ryswiek, et enfin à la Haye. Le père de Heinsius se consolait de ses disgrâces, en donnant tous ses soins à la première éducation de son fils; mais les circonstances nécessitèrent le retour de celui-ci en Zélande. Il y manqua moins de bons maîtres que de dispositions pour en profiter, du moins dans les premiers temps. Il préférait au travail les jeux de son âge. Cependant la manie des vers le possédait déjà; et, à dix ans, il composa une élégie latine, dans laquelle on dut voir un présage satisfaisant. Son père le destinait au barreau ; et, à quatorze ans, il l'envoya à Franeker yow y étudier le droit. Cette destination fut traversée par la belle passion dont Heinsius se prit pour le grec. Il ne resta que six mois à Franeker, et de là passa à Leyde, dont l'université naissante jetait déjà le plus grand éclat. Scaliger le signala parmi ses disciples; Marnix de Sainte-Aldegonde, Douza le père , l'honorèrent d'une bienveillance particulière. Il s'établit entre Scaliger et Heinsius 'd'intimes rapports, d'affection d'un côté, et de vénération de l'autre. Une noble émulation enflammait l'âme de Heinsius : il lui arrivait souvent de ne pas dormir la nuit, tant il désespérait de jamais approcher d'un si grand modèle! Douza procurait d'agréables délassements à son jeune ami, en l'emmenant avec lui dans sa terre de Nordwick, à deux lieues de Leyde, et il pressait son ambition littéraire d'un aiguillon non moins

il fut attaché à l'université de Leyde, pour expliquer d'abord les classiques latins, et bientôt aussi les grecs : à vingt-cinq ans , il s'y vit appelé à la chaire d'histoire et de politique. Scaliger, qui mourut en 1609, avait voulu lui léguer toute sa bibliothèque; mais celui-ci n'en accepta qu'une partie. A la mort de Paul Merula, en 1607, la place de bibliothécaire de l'Académie de Leyde fut dévolue à Heinsius, et il y remplit également les fonctions de secrétaire. Sa réputation allait en croissant ; elle attirait à Leyde un grand nombre d'élèves : de toutes parts on enviait à la Hollande un homme d'un mérite aussi rare. Il reçut des propositions du côté de la France, de l'Allemagne et de l'Italie. Heinsius écrit, en 1616, que les Italiens faisaient beaucoup de cas de lui, et qu'il était fortement sollicité d'aller à Home. Valde liait nos amant, et jam clancultim i?ç tt;v £irrâ>o<pov, ingenti pra-mio, videndœ urbis causa, inritnmur. (Voy. Rurmanni Sytloge epistol., t. 2, ep. 230, p. 453.) Si l'on en croit Balzac, Heinsius, dans ses relations avec Borne, ménageait un peu (comme on s'exprime vulgairement) la chèvre et le chou. Dans l'apologie de son Htrodes infanticida contre les critiques de Balzac, apologie que Heinsius envoya à Rome, un passage du texte, où il est question «lu pape, portail : Ipsum etiam Ecclesia> caput, l'errata le rectifie ainsi : Ipsum Ecclesia- Romanœ caput. « Le texte, dit Balzac, était pour Rome; « l'errata pour Leyde : d'un côté Heinsius voulait « plaire au pape, qui vraisemblablement ne lirait « pas son errata ; de l'autre , avoir un moyen de « se justifier envers les ministres, si on l'accusait « d'être mauvais huguenot et d'avoir des intelli- « gences avec l'ennemi. » Mais, 1° cette duplicité tout à fait hors du caractère bien connu de Heinsius; 2° Heinsius lui-même ne fut pas l'éditeur de son Epistola tjua dissertationi D. Baltacii ad Herodem infanticidam respondetur (Leyde, 1636, în-12), mais bien M. Z. Boxhorn ; 3° l'errata en question n'est point rejeté, comme c'est l'ordinaire, à la fin du volume, mais il s'y trouve en quelque sorte à l'endroit le plus apparent, entre la dédicace et le commencement de la lettre ; 4° il parait, par le récit de Thysius, dans son oraison funèbre sur Heinsius, que, dans les propositions du pape Urbain VIII et du cardinal Barberini pour attirer Heinsius à Rome, il ne fut rien stipulé qui eût trait à la religion. La république de Venise créa Heinsius chevalier de l'ordre de St-Marc; le roi de Suède Gustave-Adolphe le nomma son historiographe, en y joignant le titre de conseiller privé. Les États de Hollande le récompensèrent de son attachement à sa patrie et du refus de ces diverses propositions étrangères , en le choisissant pour leur historiographe, et en attachant un traitement libéral à ce titre. Heinsius s'aliéna bien des amis en acceptant, en 1618, la qualité de secrétaire politique au fameux synode de Dordrecht. A l'âge de trente-cinq ans, il épousa Ermegarde, sœur du célèbre Janus Rutgersius; et il eut de

cette alliance honorable deux enfants, Nicolas Heinsius, dont l'article suit, et Elisabeth, qui fut mariée à Guillaume Van-tler-Goes ou Goesius (roy. GoEâ). Heinsius survécut à cette épouse chérie, et il a consacré à sa perte une touchante complainte. Bien qu'il ait écrit sur le mépris de la mort, il jugea sagement ne pas devoir la braver, quand une épidémie pestilentielle exerça les plus déplorables ravages à Leyde, en 1633; et l'on Toit par ses lettres qu'il se retira au village de Wassenaer. Doué d'une forte complexion, j Heinsius fut rarement malade : un symptôme particulier accompagna le déclin de ses jours, celui de l'extinction presque totale de sa mémoire. Il mourut à l.eyde, à l'âge de près de 88 ans, le 83 février 1665. Le jour même de ses obsèques, Antoine Thysius prononça son oraison funèbre, qui a été recueillie dans les Memoria philosophorum , oratorum , etc., de Witten, t. 2, p. 171-191. Heinsius trouva en lui un digne panégyriste. Le caractère de ce savant ne mérite pas moins d'éloges que sa vaste érudition. La modestie, la sensibilité, l'obligeance, la franchise , en formaient les traits distinctifs : il était naturellement grave; mais, pourtant, il aimait à se dérider avec ses amis et à se livrer à d'innocentes plaisanteries. Il eut quelques démêlés plus ou moins sérieux avec Saumaise, avec Balzac, et avec un ministre du saint Évangile , qui était loin de les valoir, et qui avait commencé par être son flagorneur, Jean de Croy. Malgré tout ce que savait Heinsius, ou peut-être parce qu'il savait tant, il avait adopté pour devise : Quantum est quod ntteimut! Son père lui avait inculqué, dans sa jeunesse, que la religion n'est communément qu'un manteau dont on se sert pour cacher ce qu'on a intérêt à ne pas montrer au grand jour; que les princes en font un jeu; que le vulgaire n'y aperçoit qu'un moyen d'existence ; toutefois ces idées moroses n'avaient point germé dans l'âme de Heinsius au point de le prévenir contre la véritable piété. Le parti qu'il prit dans les troubles religieux de la Hollande ne le lit paraître que trop calviniste. On peut voir, dans notre article Gaoms, que les déplorables querelles du temps lui donnèrent des torts avec ce grand homme. Cependant, c'est une satisfaction pour nous de remarquer ici que Heinsius célébra, non sans quelque courage , la sortie de Grotius de sa prison de Loeveslein. (Voy. Heinsii poemata, p. 410, édit. d'Amsterdam, 1649, in-12.) Un a de lui : 1° Nombre d'éditions de classiques grecs ou latins , ou d'ouvrages de critique qui s'y rapportent. Les voici a peu près dans l'ordre du temps où ils ont paru : 1. Crepundia SUiana. siée nota in Silium Itaùcum, Leyde, 1600, in-16; 2. une édition de Tkéocrite et de son seboliaste, ibid. , 1603, in-4°. 11 parait que le libraire Comroclin en arrêta une première émission fautive, et que l'ouvrage reparut l'année suivante. 3. Une édition d'Hésiode et de son scboliaale, ibid., 1603,

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