I1KL
HEL
tandis qu'il n'aurait dû voir dans cet événement que l'ignorance de ses prédécesseurs. Dès lors il abjura sa profession , jusqu'à témoigner un vif repentir d'avoir dérogé pour ainsi dire à sa noblesse par le choix d'un tel état. Dans son dépit , l'exmédecin résolut de quitter sa patrie pour n'y plus rentrer : il fit don de ses biens à sa sœur, r et , pour mettre le comble à son mépris pour la médecine, il dissipa tout l'argent qu'il avait retiré de la vente de ses écrits. Après avoir erré pendant dix ans, Van Helmont rencontra un empirique, sans lettres, qui lui donna quelques notions de chimie expérimentale : il prit goût pour cette science, avec son emportement ordinaire, et à l'exemple de Paracelse qu'il choisit pour modèle, il se mit à chercher dans la chimie le remède universel. Quelques préparations médicinales, obtenues en opéraut sur les fossiles, les animaux et les végétaux, lui parurent renfermer les vertus suffisantes pour composer sa panacée. Ces succès rendirent à Van Helmont son ancienne passion pour la médecine , mais c'était une médecine nouvelle et toute de sa création -, il s'intitula medieut per igtum, faisant allusion par là à la source d'où sortaient ses remèdes. Van Helmont «'étant alors marié avec une demoiselle noble et riche, se retira dans la petite ville de Vilvorde, à deux lieues de Bruxelles. Là , renfermé dans son laboratoire, il s'occupa de ses travaux chimiques jusqu'à la fin de ses jours, se vantant d'avoir trouvé le moyen de prolonger la vie et la santé , écrivant des théories extravagantes sur l'organisa» tion intellectuelle et physique du genre humain, sur les causes et le traitement de nos maladies. Van Helmont ne connaissait point les principes élémentaires de la chimie, science alors encore au berceau : il ignorait même l'art de manipuler ; en sorte que son noviciat dans ses expériences fut long, et qu'il y courut souvent risque de perdre la vie au milieu des explosions, des expansions gazeuses qui s'opèrent inopinément pour l'ignorant qui , procédant au hasard , ne les saurait prévoir. Ce chimiste finit cependant par devenir un habile manipulateur , et découvrit l'huile de soufre per campanue.i. le laudanum de Paracelse, l'esprit de corne de cerf, celui de sang humain , le sel volatil huileux, et beaucoup d'autres préparations chimiques, qui, selon lui, devaient remplacer les remèdes galéniques. Ce fut l'époque où d prit à tâche de renverser les doctrines admises par les écoles. Plusieurs des critiques de Van Helmont étaient sans doute fondées; mais ce qu'il proposait à son tour était moins raisonnable encore. Selon Van Helmont , il existe en nous deux principes , ayant des degrés divers d'intelligence ; ce sont des êtres abstraits qu'il nomme , le premier duvmvira.. et le second or«.Aé». Ces deux puissances se partagent l'empire du corps humain ; mais le duumvirat agit avec plus de despotisme et de pouvoir : il siège dans l'estomac et dans la rate, préside à toutes les actions de l'âme, dont
la demeure est aussi dans l'estomac et la rate ; le duumvirat résulte d'un accord, d'un concours d'action entre ces deux viscères, et se compose de l'intelligence ou force sensitive, et de l'intclligence propre à l'esprit immortel. Or, le duumvirat est en même temps l'âme et la matière. L'on voit que les idées les plus contradictoires, les plus absurdes, déshonorent ce système. Bientôt la religion est invoquée pour expliquer ces contradictions : « Nous avons, dit Van Helmont, une âme « brute qui préside aux actes de nos organes ; « cette âme est devenue mortelle depuis qu'Eve « pécha : c'est l'archée. Le duumvirat, seul, re- « cèle l'âme immortelle, et reçoit d'elle sa su- '< prême intelligence. » A l'époque où vivait le médecin brabançon, les médecins se perdaient en spéculations sur le siège de l'âme, et cherchaient à expliquer ce qui est incontestablement au-dessus de l'entendement humain : Van Helmont, qui ne connaissait ni la circulation du sang ni la propriété irritable de la fibre musculaire, trompé par les phénomènes qui en résultent, raisonne souvent en matérialiste , tout en croyant à la spi* ritualité de l'âme. H refuse au cerveau l'honneur de donner asile à l'âme , parce que, selon lui, ce viscère ne contient point de sang : l'âme habite l'estomac , car des qu'on reçoit une mauvaise nouvelle l'on perd l'appétit. Est-on affamé ? l'on ne rêve que festins , parce que l'estomac médite sur le besoin qu'il éprouve. L'âme, divisée en deux puissances dans le duumvirat, partage son empire en deux : l'orifice supérieur de l'estomac est le siège de l'un, et le pylore ou la rate (que l'auteur confond) est le chef-lieu de l'autre. Le premier gouverne despotiquement la tête et préside au sommeil, à la veille, à la folie, au délire, etc.; le second régit le ventre, la vessie, l'utérus, la génération, etc. Est-on malade? si le médicament envoyé au duumvirat est convenable , celui-ci le savoure et le dirige vers l'organe lésé. Venons maintenant à l'archée : ce principe intelligent commande à la matière ; il la modifie ; il s'en enveloppe, pénètre dans les parties les plus intimes; il préside au goût, à l'odorat, à la digestion , à la nutrition et à la réparation : cet archée se passionne, s'irrite si les choses ne se sont point passées, dans l'acte de l'assimilation des aliments, selon ses volontés ; de là , les maladies contre lesquelles l'archée se met en défense. Les médicaments relèvent ou diminuent ses forces, selon la situation de l'archée. Indépendamment de cet être intelligent et fort, il existe, sous sa dépendance, plusieurs petits archées, agents inférieurs, chargés du soin d'un département, dans lequel ils sont tenus de résider. Ainsi le cerveau, le foie, l'utérus, etc., ont leurs petits archées. Le chef suprême leur envoie ses ordres , auxquels ils sont tenus de se conformer : dans ce cas, la santé n'éprouve aucun trouble ; mais la moindre désobéissance détruit l'harmonie de nos fonctions. Ainsi l'archée, tantôt inteHigent comme
82 HEL
l'âme, gouverne la matière, et tantôt imprévoyant comme celle-ci, est exposé aux mêmes vicissitudes. Tel est, en abrégé, le système de Van Helmont, qui eut des partisans, des sectateurs après lui , mais que les modernes rangent parmi les rêveries. Ce médecin, pendant plus de trou u- ans qu'il habita Vilvorde, ne quitta point sou laboratoire ; il assure cependant dans ses ouvrages , qu'il guérissait plusieurs milliers de malades par an. 11 est à croire que ceux qui venaient le consulter dans son cabinet ne souffraient que dans leur imagination. Van Helmont, lorsqu'il annonça les merveilles opérées par sa chimie, y croyait de bonne foi ; car c'était un homme d'honneur, qu'il faut bien se garder de confondre avec les charlatans : il ne voulait ni argent ni honneurs ; il refusait le salaire qui lui était offert et pour ses conseils et pour ses préparations. Il ne voulut point accepter les offres brillantes des empereurs Rodolphe H , Mathias et Ferdinand H, qui pour l'attirer à Vienne lui proposaient des dignités et des richesses. H préféra l'indépendance de son laboratoire. Toutefois, malgré la science qu'il croyait avoir et la vertu de ses remèdes chimiques, Van Helmont eut la douleur de ne pouvoir préserver quatre de ses enfants, ainsi que sa femme , moissonnés par des maladies diverses. Lui-même, n'étant âgé que de 67 ans, périt victime de sa doctrine , ayant refusé de se faire saigner dans une violente pleurésie. Lorsqu'il sentit approcher sa dernière heure, il remit tous ses manuscrits à son fils, François-Mercure, en lui recommandant de les réunir et de les faire imprimer s'il le jugeait utile. Le célèbre FJLrevir fut chargé de l'impression du recueil des œuvres de Van Helmont , sous ce litre : Ortut medkimœ, ià est initia physica inaudita , progressus mfdicinœ noeus, in marborvm ultionem ad tu In m lougam, Amsterdam, 1648, 1652, in-4« ; Venise, 1651, in- fol. Cette même collection des œuvres de Van Helmont a depuis été souvent réimprimée sous le titre d'Opéra omnia. et traduite en hollandais, en français et en anglais. La meilleure édition est la seconde, qui fut publiée par Elzevir en 1652; la plupart des autres, celle de Venise surtout, sont infidèles et contiennent des additions étrangères à l'auteur. Nous ne donnons point ici la liste des ouvrages que publia Van Helmont de son vivant , puisqu'ils sont tous compris dans le recueil de ses œuvres et qu'ils n'ont pas été réimprimés séparément. Nous indiquerons seulement * 1» Ftbrium dottrina iuaudita. Anvers, 1642, in-8"; 2» Ik maaiieliea vuinerum naturali et légitima cura- «kwi<\ cotdra Joh. Roberti. soc. Je su , Paris, 1621, Un autre médecin , R. Goclénius, avait aussi fait un traité sur les guérisons magnétiques et répondu au P. Roberti, qui l'avait combattu. La dispute était devenue très-vive de part et d'autre ; Van Helmont, en soutenant avec oe médecin la réalité des guérisons magnétiques naturelles, prit parU contre le jésuite, qui niait les unes et attri-
HEL
huait les autres au démon ; mais il crut pouvoir les expliquer plus naturellement encore que Goclénius, auquel il reproche d'avoir confondu la sympathie avec le magnétisme , propriété occulte , appelée ainsi , dit-il , à cause de son analogie arec l'aimant , et en vertu de laquelle le monde visible est gouverné parle monde invisible. On voit combien ce système a d'analogie avec le mesmérisme {voy. Jacq. Howell, et Robebti). Depuis longtemps les érudits seuls lisent les écrits de ce médecin , qui ne figurent dans les bibliothèques que comme un monument historique, utile aux professeurs, aux auteurs et surtout aux critiques. Van Helmont, ne sachant garder en rien aucune mesure , était insultant et dur envers ceux de ses confrères qui n'admettaient point sa théorie : il prenait auprès du public un ton d'enthousiasme et d'inspiration qui n'imposa que trop à ses contemporains. Il avait plus d'instruction et de talent que Paracelse, auquel on le comparait souvent. Après sa mort, il eut le sort de celui qu'il avait pris pour modèle : la postérité range l'un et l'autre dans la classe des visionnaires, et non dans celle des vrais savants. Van Helmont a néanmoins rendu des services essentiels aux sciences physiques, comme l'a reconnu Cabanis; et l'on doit, en jugeant ses ouvrages, songer à l'époque où il les composait. F — h.
HELMONT I k\n<;ois-Mi tcum , baron Van), 01a du précédent, né dans la Belgique et probablement à Vilvorde en 1618, hérita du goût de son père pour les sciences occultes, et étudia aussi la médecine, mais d'une manière superficielle. Il s'appliqua davantage à la chimie, parée qu'eUe lui donnait le moyen de passer pour le possesseur de recettes merveilleuses , et de se procurer par là de l'argent et de la réputation, deux choses qu'il parait avoir préférées de beaucoup à la science. Doué d'un esprit singulier et très-vif, il apprit dans sa jeunesse les procédés de tous les arts littéraux et de presque tous les métiers ; aussi savait-il peindre, graver, tourner, et même faire de la toile et des souliers. 11 se joignit à une caravane de Bohémiens pour connaître leur langue et leurs usages, et parcourut avec eux une partie de l'Europe. Il fut arrêté en Italie, sans doute pour avoir tenu quelques propos indiscrets , et jeté dans les cachots de l'inquisition. Rendu à la liberté , H vint en Allemagne, où il publia qu'il avait retrouvé la langue que tout homme parlait naturellement avant la corruption de l'état social , et alla jusqu'à prétendre qu'un muet de naissance en articulerait les caractères à la première vue. On ne peut trop s'étonner que le célèbre Leibnitx ait ajouté foi à cette rêverie , et qu'il ait conserve de l'estime pour ce visionnaire , malgré la bixarrerie de ses idées. F.-M. Van Helmont se donnait le titre de Ckercbear ; et rélectricc de Hanovre disait qu'il ne s'entendait pas lui-même. Il croyait ou feignait de croire i la métempsycose, à la ■ , à la pierre philosophale ; et i
HEL
ses libéralités, ses profusions même , semblaient peu compatibles avec la médiocrité de sa fortune, on lui a supposé le secret de faire de l'or. Il mourut en 1699, à l'âge de 81 ans, non h Cologne , comme le dit Moréri , mais à Colin sur la Sprée, l'un des faubourgs de Berlin (1). La mort de cet homme, qui avait joué un rôle assez marquant, ne fut presque pas aperçue. Leibnltz, qui lui a supposé une magnifique épitaphc, se plaint qu'on l'eût si tôt et si facilement oublié. » Ce bon « M. Van Helmont , dit-il , est délogé sans trom- « pette et sans carillon ; mais j'espère que sa cou- • sine ne laissera pas de lui faire faire des obsèques « dans quelque église. S'il n'y en avait pas d'autres, « on pourrait peut-être obtenir dispense à Wol- « fenbutel pour les faire dans la chapelle du jar- « din de Saltzdulen , où H. le duc le voulait ense- « velir vivant. » Van Helmont publia les ouvrages que son père avait laissés en manuscrit , sous ce titre : O pus eu la médita inedita, Amsterdam, Elzetir, 1618, in-4° ; mais on lui reproche de n'avoir pas donné à cette édition tous les soins dont il était capable [toy. l'article précédent). On a de lui : 1° Alphabeti vere naturalis hebraiei breeitrima delineatio qua? rimul methodum ruppeditat juxta quam qui surdi nati sunt . rie in/ormari pottunt, ut non atios sallem loquentes intelligant, ted et ipti ad termonit vtnm perreniant, Sulzbach, 1667, in-12 de 34 et 108 pages, avec 56 planches, dont les 33 premières représentent les mouvements de la langue dans la bouche, pour l'articulation de chaque consonne. C'est dans ce livre, dont il existe des traductions en allemand et en hollandais, qu'il cherche à prouver que l'hébreu est une langue si naturelle aux hommes, que les caractères en sont comme nés avec eux, puisque la forme de chaque lettre , dans l'alphabet hébreu , n'est, selon lui, que la représentation de la position des organes vocaux nécessaire pour la prononcer. On a reproduit de nos jours l'idée bizarre de chercher dans la langue hébraïque et dans la Genèse l'art de faire parler les sourds-muets (poy. Fabre d'Olivet). 2° Opuseula philosophiea quitus eontinentur principia philosophia antiquissima et recentissimœ , item philotophia vulgaris refutata ; quitus subjecta sunt ce problemata de revotutione animarum humanarum. Amsterdam , 1690, in-12. Cest le recueil de la doctrine de Van Helmont , et on peut juger, par le titre, de toutes les bizarreries qu'elle renferme. 3° Seder olam , site ordo sorcutorvm, ht s lanra enarratio doctrinœ , 1693, in-12 de 196 pages. Reimmann {Histor. atheismi) dit qu'il n'a point paru depuis l'invention de l'imprimerie de livre aussi rempli d'absurdités, d'idées singulières et contraires à la foi. 4" Quadam premeditata et considerala rogitationrs super quatuor priora capita libri primi Moisit, Genesis nomiiiati , Amsterdam , 1697, in-8» rare. Dans l'avertissement , l'au-
1 1) Il y a encore d'autre» variantes sur ce point. J - r ; . Wubter pente que Van Helmont mourut a Emmerick en décembre 16M; Foppene le tait mourir en Sulwe.
HÉL 83
teur annonce nn autre ouvrage qui devait contenir ses réponses aux questions que lui avait adressées un jeune sourd-muet de naissance, qui, formé par la méthode de Conrad Amman (poy. Amman) , était parvenu à lire la Bible en hébreu, à l'aide de la version Interlinéaire d'Arias Montanus. C'est, comme on le pense, un tissu d'idées paradoxales, indignes d'aucun examen sérieux. S° Plusieurs opuscules en allemand et en hollandais, dont l'un traite d'un Remède souverain contre la peste, un autre, de Y Enfer, etc. Dans quelques dictionnaires on a distingue F. Van Helmont d'un baron de même nom , vrai illuminé; mais il est certain que c'est le même personnage (roy., pour plus de détails, Y Histoire de la folie humaine, par Adelung, t. 4, p. 294-323). W-s.
IIÊLOISE ou LOUISE , était nièce de Fulbert, chanoine de Paris , aumônier du roi Henri I«. Belle, mais surtout spirituelle, elle se livra avec ardeur à l'étude des sciences, et se Ht un nom dans le monde, dès sa première jeunesse, par une érudition rare chez les femmes , plus rare encore dans le temps où elle vécut. Elle possédait à la fois la science de la philosophie et les langues latine, grecque et hébraïque. Après avoir été matlrcsse, ensuite femme d'Abailard, elle devint religieuse, puis prieure au couvent d'Argenleuil; enfin, première abbesse du Paraclet, où elle mourut le 17 mai 1161, âgée de 63 ans, et vingt-deux ans après son mari. Le nom d'IléloTse réveille une foule de sentiments et de pensées; c'est un des personnages du 12e siècle que nous connaissons le plus , mais non pas le mieux. La première partie de sa vie, livrée aux égarements d'une passion ardente, l'accuse; la deuxième l'absout et l'honore : mais c'est à ses erreurs surtout qu'elle doit sa célébrité. Les gens du monde la voient comme une espèce de Figure poétique; ils l'aiment et la jugent d'après des romans où il n'y a d'elle
Îu'un amour déjà condamné par la société, avant 'être devenu sacrilège dans le cloître, mais rien de ce qui fait le mérite de cet esprit distingue, et de ce grand caractère que sa vie révèle à qui l'a dépouillée des Actions. Défigurée par les poè'tea et les romanciers, elle l'est aussi par le critique Bayle, dont la mauvaise foi poursuit dans Hélotse le catholicisme et les cloîtres. On ne rapportera point ici l'histoire de ses amours et de ses malheurs [voy. Abailard); mais ceux qui voudront la bien connaître chercheront dans ses lettres originales ce qui peut pallier ses fautes. On est prêt i pardonner les torts d'IIéloïse à l'excès, même à la constance de son amour : on ne l'excuse point, mais on conçoit qu'égarée par la lecture des anciens philosophes, elle ait pu préférer la gloire de son amant à son propre honneur en refusant de l'épouser, lorsqu'on pense qu'elle sacrifiait, avec l'honneur, les intérêts mêmes de sa passion; lorsqu'on la voit marcher à l'autel , portant dans ses mains l'ordre qu'elle en a reçu d'Abailard, prononcer ses vœux dans l'éclat de la jeunesse et
81 HËL
de la beauté, et se séparer du monde, parce que son époux n'y pouvait plus vivre, quoique éclairée sur la défiance injurieuse de cet époux ( on sait qu'Abailard exigea que la profession d'Héloïse précédât la sienne); lorsqu'on l'entend dire : « Dieu le sait , si tu t'étais précipité dans les « flammes , je n'aurais pas hésité à t'y suivre ; » Ego aulem (l)eut scit) ad vulcania lora te properantem prtreedere tel sequi pro justu tuo minime dubitarem (Epist. I); a car mon âme n'était point avec « moi , mais avec toi ; » non enim mecum animus meus, sedtecum erat (ibid.). Après la mort d'Abailard , Héloïse obtint de Pierre le Vénérable la translation du corps de son mari au Paraclet, et le reçut le 16 novembre H 12. Elle y vécut encore vingt-deux ans, mais sans aucune communication avec le monde : elle cessa d'écrire à ses amis; elle ne parla plus que pour prier et pour instruire , cessa même de prononcer le nom d'Abailard, et ne s'entretint du passé qu'avec Dieu seul. C'est alors qu'elle embrassa avec ardeur toutes les austérités de la règle de St-Benolt : les constitution* ou règlements de vie qu'elle donna ellemême à ses religieuses, l'attestent d'une manière qui étonne l'imagination , et force d'avouer que si jamais l'amour n'a obtenu de plus grands ellorts du cœur d'une femme, le repentir n'a jamais honoré la foi par une plus grande expiation. Adorée des saintes filles du Paraclet; objet de l'édification du monde et de l'amitié de Pierre le Vénérable; comblée des bienfaits des princes, bienfaits que les papes s'empressaient de confirmer, Héloïse mourut enfin après avoir rempli la tache de la pénitence. Elle fut réunie à son mari dans le tombeau , comme elle l'avait demandé : on crut dans le temps, et plusieurs ^vants assurèrent qu'Abailard ouvrit les bras pour la recevoir lorsqu'on voulut la déposer auprès de lui (royes Bayle sur ce prétendu miracle). Dans les translations diverses du monument qui renfermait les cendres de ces deux époux , on a respecté leur vœu , et on ne les a jamais séparés. Du Musée des monuments français , où elles avaient été déposées lors de la spoliation des églises, ces dépouilles ont été transférées au cimetière du Père la Chaise. HéloTse a mérité un nom parmi les femmes françaises qui ont écrit, par ses lettres latines, imprimées avec celles d'Abailard : la latinité en est élégante pour son siècle ; le style en est animé , énergique : tout ce qui part du cœur y est véhément et naturel; mais un abus d'antithèses et d'oppositions trop soutenues décèle l'admiratrice de Sénèque et l'élève des écoles de ce temps : elle cite tour à tour les poètes latins et les Pères de l'Église , qu'elle possède également bien. C'est dans les deux premières lettres que se trouvent ces tableaux des combats entre la ferveur religieuse et les souvenirs d'un sentiment qu'elle réprouve; cette opposition de la paix du cloître avec l'agitation du cœur de la cénobite, dont Pope a tiré un parti
1IEL
si heureux dans sa fameuse épltre d'Héloïse, tant de fois paraphrasée par des imitateurs. L'épttre française de Colardeau est loin du mérite de l'original anglais; il affaiblit dans les plus beaux passages l'expression énergique de Pope ; et cependant cette imitation poétique a fait en France la réputation de son auteur, dont eUe est le meilleur ouvrage. La troisième lettre originale d'Héloïse n'est plus adressée à l'amant, mais à l'abbé de Saint-Cildas; elle n'est remplie que de projets d'institutions pour le Paraclet, et de discussions savantes sur les règles monastiques, appuyées des passages des SS. PP. V-z.
HELSHAM (Richard), médecin anglais du 18* siècle, professeur de médecine et de philosophie naturelle à l'université de Dublin , est auteur d'un cours de leçons sur la philosophie naturelle, qui ont été publiées après sa mort par le docteur Bryan Robin son, 1739, in-8°. Ces leçons sont au nombre de vingt-trois : la science y est présentée avec beaucoup de clarté. Elles ont joui longtemps d'une grande réputation , et n'ont perdu de leur prix que par reflet des progrès qu'ont faits de nos jours les sciences physiques. Helsham fut intimement lié avec le docteur Swift. Il mourut le irT août 1738. L.
HELTAI ( Gaspar ) , né en Transylvanie au 16e siècle, et placé d'abord comme ministre protestant à Clausenbourg, établit une imprimerie dans cette ville; il passa ensuite du côté des antitrinitaires. Ses principaux ouvrages sont : 1° une Traduction de la Bible, en hongrois, Clausenbourg, 1551-1301 , 5 vol. in-4° ; 2° Ilistoria inclyti ilathim Hunyadit régit Hungariœ, ibid., 1505, in-fol.; 3° Decretum tripartitum jurit consuetudinarii regni Hungariœ, en langue hongroise, ibid., 1574, in-4»; 4° une Chronique de Hongrie, en hongrois, traduite en grande partie de l'ouvrage historique de Bonflnius, ibid., 1575, in-fol. C— au.
HELVÉT1US (Jean -Frédéric), en allemand Schweitter, naquit vers 1625 d'une famille noble de la principauté d'Anhalt, probablement originaire de la Suisse, ainsi que l'indique le nom allemand ci-dessus. Il fut premier médecin du prince d'Orange, et écrivit d'abord contre les poudres sympathiques de Digby (eoy. K. Digbï); il donna depuis dans les chimères de l'alchimie. Dans son Vitulut aureut, il raconte lui-même ce qui lui arriva le 27 décembre 1666. Un inconnu lui montra trois morceaux d'une métallinc couleur de soufre, extrêmement pesante, assurant qu'il y avait de quoi faire vingt tonnes d'or. Helvétius pria l'inconnu d'opérer sur-le-champ. Il fut refusé; mais il avait, avec l'ongle, détaché d'un des trois morceaux un très-petit fragment. Lorsque l'inconnu fut sorti , Helvétius se mit au travail ; mais il eut beau avoir employé son fragment , il n'obtint qu'une espère de vitrification. A quelque temps de là , l'inconnu revint , et Helvétius en obtint un grain de sa métal line ; mais il lui fut recommandé d'envelopper ce grain dani
HEL
on
de la cire , pour le projeter sur du plomb en fusion, sans quoi la volatilité de la matière ferait évaporer le tout. Le médecin opéra sur six drachmes de plomb, qui devinrent de l'or extrêmement pur. Plusieurs autres essais furent faits, et donnèrent le même résultat. Lenglet-Dufresnoy, dans son Histoire de la philosophie hermétique, t. 2, p. 47, raconte le fait si gravement, qu'on serait ! tenté de croire qu'il y ajoutait foi lui-même. J.-Fr. Helvétius mourut le 29 août 1709. On a frappé en son honneur une médaille, dont le type est un Apollon, entouré des signes chimiques des métaux, ayant dans l'exergue : Cito, tu te etjuatnde. On a de lui : 1° De alchimia opvscula complura veterum philosophorum . 16îi0, in-4°; 2° Mors morborum. 1661 , in-8»; 3° Microscopium phusiognomia medicum . id est traclatus de phusiognomia. 1664, in-4°. Une édition allemande avait paru en 1660. 4° Vitulus aureus quem mundus adorai et oral, in quo traetatur de rarissimo naturel miraculo transmutandi me/alla, 1667, in-12, inséré dans le Uusa-um hermetieum reformatum et amplificatum, et encore dans la Bibliotheea chimica de Manget ; 0° Diribitorium medicum de omnium morborum accidentiumque in et exttrnorum definitionibus ac eurationibus , 1670, in-12. A. B— T.
HELVÉTIUS (Adrien), médecin hollandais, fils du précédent, naquit vers l'an 1661, d'une famille originaire du Palatinat, et dont le nom primitif était Helvet (1). Il fit ses études à Lcyde, et ne les eut pas plutôt achevées, que Jean-Frédéric son père , parvenu aux places honorables de premier médecin des états-généraux et du prince d'Orange , l'envoya en France, sans dessein de l'y fixer , mais pour lui faire connaître les curiosités de la capitale , et lui faire débiter des poudres de sa composition qu'il croyait capables de l'enrichir dans un pays où tout ce qui est nouveau est souvent adopté avec empressement et prôné avec enthousiasme. Le débit des poudres n'ayant pas eu cependant le succès que le jeune Helvélius s'en promettait , la nécessité le ramena près de son père, qui le renvoya de nouveau tenter la fortune avec d'autres poudres, selon lui plus éprouvées et plus efficaces, et qui néanmoins ne furent pas mieux accueillies. Sur ces entrefaites , livré à ses propres ressources, notre empirique fit connaissance avec un riche droguiste de Paris, alors affecté d'une maladie très-grave, et que traitait Dafforty, médecin de la faculté. Délivré de sa maladie par les soins de ce dernier, le droguiste lui offrit par reconnaissance quelques livres de racine du Brésil , qu'il regardait comme quelque chose de fort précieux ; mais ce médecin, ignorant la vertu de cette racine, mit, par le peu d'estime qu'il en fit, le droguiste dans le cas de la céder au jeune Helvétius. Celui-ci , entreprenant et actif, ayant multiplié les expé-
(1) Ce»t ce qu'uiure Hirsching d»nt »on Dictionnairt *:».-..rifùt littéraire atiptrtenMgu dm 16» tiicit, «rtlcle Hh.vi."tiu», p. 88.
riences et cru reconnaître à cette substance une vertu spéciale contre la dyssenterie, publia aussitôt sa découverte par de nombreuses affiches ; la ville et la cour retentirent bientôt du bruit de ses succès, et le ministre Colbert honora le jeune médecin de sa confiance et de sa protection. Dans ce même temps , le Dauphin , fils de Louis XIV, ayant été attaqué de la dyssenterie, Daquin, alors premier médecin, envoya chercher Helvélius, qui offrit de soumettre sa poudre à de nouvelles expériences dans les hôpitaux, et avoua même à Daquin que ce spécifique n'était autre que l'ipécacuanha , dont on ignorait encore l'usage. La réputation du remède gagnant de plus en plus, le P. Lachaise, confesseur de Louis XIV, engagea Helvétius à le communiquer au P. Beize, qui allait en mission , en lui promettant de lui en garder religieusement le secret. Helvétius y consentit dans des vues d'humanité auxquelles on ne peut trop applaudir, et bientôt après, le P. Lachaise ayant parlé au roi lui-même des succès étonnants du remède , le médecin eut ordre de rendre son secret public, et reçut du roi une gratification de mille louis d'or. Dès lors il ne fut plus parlé que du médecin hollandais : c'était à qui li>i donnerait sa confiance, et il fut successivement revêtu des titres d'écuyer, de conseiller du roi, de médecin inspecteur général des hôpitaux de la Flandre française et de médecin du duc d'Orléans , régent du royaume. Au milieu de tous ces succès et de tous ces honneurs , Helvétius ne fut cependant pas exempt de quelques tribulations. La racine d'ipécacuanha avait paru en France en 1672. Un certain Legros, qui avait fait trois voyages en Amérique , en avait apporté une assez grande quantité. Craquenel, apothicaire, en avait eu de lui; mais, n'en connaissant pas la vertu, il s'était avisé d'en donner deux gros pour une dose, et l'avait par là décréditée. Au moment où Helvétius s'empara de l'emploi de cette poudre , un nommé Garnier, que le désordre de ses affaires avait réduit à subsister à l'aide de quelques relations qu'il avait en Espagne, fut celui que choisit noire médecin pour lui procurer tout ce qui était arrivé de racines d'ipécacuanha en France. Cet homme, ainsi employé comme simple commissionnaire, osa prétendre que c'était à lui qu'on était redevable du nouveau remède. Il fut condamné au Chatelet et au parlement de Paris par deux jugements extraordinaires. Helvétius enfin jouit paisiblement de sa réputation et des succès de son remède , et mourut à Paris le 20 février 1727, âgé de 65 ans. Si l'on en croit le P. Griffet, dans son Histoire des négociations qui précédèrent le traité d'Utrecht (1 ), Adrien Helvétius aurait été employé dans ces négociations par H. de Chamillart, et s'en serait tiré avec toute la sagesse et la prudence d'un homme occupé toute sa vie du maniement des aflaires. On a de ce mé-
(1) Lâége, 1767, ln-12,p. 1».
fO HEL
decin : 1° Remèdes contre let court de ventre, Paris, 1688 , in-12 ; 2° Lettres sur la nature et la gtiériton du cancer, 1694 , in-4°, et 1706, in-12. L'extirpation est, selon l'auteur, le seul remède contre le cancer confirmé : dans les meilleurs topiques , H ne voit que des palliatifs. 3» Méthode pour guérir toutes sortes de fièvres sans rien prendre par la bouche, Paris, 1691 et 1746 , in-12 ; Amsterdam et Leipsick, 1694, in-8°, en latin. Il propose le kina pris en lavement. 4e Traité des pertes de sang mec leur remède spécifique, accompagné d'une lettre sur la nature et la guéri son du Cancer, Paris, 1697 et
1706 , in-12. Son spécifique n'est autre chose que la combinaison de deux parties d'alun et (Tune de sang-dragon , connue dans la pharmacie sous la désignation d'alun teint de Mynsicht , ou pilules dUelvetlus. 3* Dissertation sur les bons effets de l 'alun, 1704 , in-12 ; 6° Mémoires instructifs de différents remèdes pour les armées du roi, Paris, 1705, in-18 ; 7" Traité des maladies Us plus fréquentes et des remèdes spécifiques pour les guérir, Paris, 1703, 1707, in-12 ; 3» édition, 1724, 2 vol. in-8« ; 4« édition , 1739 ; 8° Méthode pour traiter la vérole par les frictions et par les sueurs, la Haye, 1710, in-12; ouvrage insignifiant ; 9° Recueil des méthodes approuvées des écoles de médecine pour la guérison des plus dangereuses maladies qui attaquent le corps humain, Trévoux, 1710, in-12; 10° Remèdes contre la peste, Paris , 1721 , in-12. C-I.-E.
HELVETIUS {Jeas-Ciaude-Adrir*!, fils du précédent , naquit à Paris le 18 juillet 1685. Élevé d'abord dans la maison paternelle , il fit ensuite ses études au collège des Quatre-Nations , où il se distingua, et passa de là sur les bancs de la faculté de médecine. Il y reçut le bonnet de docteur en 1708 , à l'âge de vingt-deux ans , et se livra presque aussitôt à la pratique avec tant de succès qu'un an après sa réception il fut appelé en consultation pour Louis XIV, dans la maladie à laquelle succomba ce monarque. En 1713, son père acheta pour lui une charge de médecin du roi par quartier; et dès lors il se fit connaître si avantageusement à la cour, que Louis XV étant tombé dangereusement malade en 1719,Helvétius fut consulté ; it donna des conseils qui obtinrent la préférence, et furent justifiés par le plus entier succès. Ayant proposé In saignée du pied , il fut d'abord seul de son avis ; mais il sut l'appuyer de raisons si judicieuses , qu'il y ramena bientôt tous les consultants, et que la saignée faite produisit tous les bons effets qu'on en attendait. Il ne fallait sans doute pas moins de courage «pie d'habileté pour oser se charger de la responsabilité de l'événement dans une circonstance aussi importante : aussi, après ce succès, le duc d'Orléans, régent, accordat-il tant de confiance à Helvétius, qu'il ne voulut plus lui permettre de s'éloigner du jeune monarque; et, lorsque la cour fut à Versailles, il engagea ce médecin à venir s'y fixer, en lui offrant une pension de dix mille francs, que celui-ci n'accepta qu'avec l'aveu de son père. Helvétius
HEL
fut ensuite conseiller d'État , inspecteur général des hôpitaux militaires de Flandre, et premier médecin de la reine Marie Leczinska, dont il possédait toute la confiance. Sa réputation le fit également nommer membre des Académies de»
sciences de Paris, Londres, Berlin , Florence, et de l'institut de Bologne; et en général l'on peut dire que recherché, comme son père, par la cour et la ville, il hérita de toute la considération dont jouissait ce dernier. Ce médecin était d'ailleurs aussi respectable par sa probité que par son savoir. La douceur de ses moeurs et la tranquillité de son âme étaient peintes sur son visage. Il mourut le 17 juillet 1755, âgé de 70 ans moins un jour. Par suite de l'affection qu'il avait toujours eue pour la faculté de médecine de Paris, il mi légua tous ceux des livres de sa bibliothèque que cette compagnie n'avait pas dans la sienne. On connatt de lui les ouvrages suivants : 1° Idée générale de r économie animale, et observations sur la petite vérole, Paris, 1722, in-12; et 1723, in-12; Lyon,
1727, in-12; en anglais, 1723, in-8». Dans cet ouvrage, après avoir établi des principes généraux hypothétiques et même fort peu judicieux sur la théorie des fièvres, qu'il fait dépendre de l'épaississeinent ou de la vicieuse fermentation du sang, il s'appuie sur ces raisonnements pour proposer différents moyens curatifs , tell que la saignée , le vomissement, la purgation. 2° lettre au sujet de la critique de cet ouvrage par M. Besse, Paris, 1725, in-8°; 3" Éclaircissement* concernant la manière dont F air agit sur le sang dans les poumons, Paris,
1728, in-4°. Cet ouvrage est écrit contre Michlotti. L'auteur n'apporte aucun fait à l'appui de ses raisonnements; et tout y repose, comme dans la plupart de ses ouvrages, sur des hypothèses plus ou moins hasardées. 4° Principia phyrieo-medica in tyronum medicina graliam conscripta , Paris, 1752, 2 vol. ln-8»; Francfort, 1755 , 2 vol. in-4°. C—l—e.
HELVETIUS (Clabde-Amuew), auteur du fameux livre de l'Esprit, né à Paris en janvier 1713, était fils du précédent. Il étudia chez les jésuites , an collège Louis le Grand , où , suivant Grimm et Chastellux, de fréquents rhumes de cerveau lui donnèrent longtemps une apparence de stupidité. Saint-Lambert aime mieux imputer la lenteur de ses progrès au despotisme de ses régents. Lorsqu'il fut en rhétorique, le P. Porée découvrit en lui le germe d'un esprit observateur dont il hâta le développement par des soins particuliers. La famille d'Helvétius, le destinant aux emplois de la finance, l'envoya chez son oncle maternel , M. d'Armancourt , directeur des fermes à Caen. A l'âge de vingt-trois ans il obtint, par la protection de la reine (Marie Leczinska), une place de fermier général , qui valait cent mille éeus de rente. Le jeune financier, à son entrée dans le monde, cherchait partout le mérite malheureux , et le secourait avec une ingénieuse délicatesse. Il donna trois mille francs de pension a Saurin; et, dan*
la suite, lorsque celui-ci voulut se marier, H lui en assura le capital (soixante mille francs). Il fit accepter aussi une pension de deux mille francs à Marivaux, quoiqu'il eût à souffrir de son amourpropre irascible. Dans une discussion, ce dernier s'était emporte plus vivement qu'à l'ordinaire; lorsqu'il fut parti , son généreux ami se contenta de dire : « Comme je lui aurais répondu, si je ne « lui avais pas l'obligation d'accepter mes bien- « faits! » M. l'abbé Sabatier de Castres se met au nombre des pensionnaires d'Helvétius (voy. Les trois siècles de la littérature) : mais d'autres hommes connus ont eu la petitesse de dissimuler la reconnaissance qu'Us lui devaient. On sait que la compagnie des fermes envoyait dans les provinces les plus jeunes de ses membres, pour y surveiller le service des employés. Helvétius, en sa nouvelle quaUté , parcourut successivement , pendant plusieurs années, la Champagne, la Bourgogne et la Guienne. Au lieu d'aggraver le régime fiscal, il en tempérait la rigueur. On dit même que, désapprouvant un droit établi sur les vins , il osa exciter plusieurs habitants de Bordeaux à s'y soustraire par la rébellion. Ce conseil imprudent ne fut pas suivi 5 mais on devine que cette manière de faire exécuter les ordonnances ne dut pas être goûtée de ses confrères, qui lui suscitèrent plus d'un désagrément. Dans ses tournées, quelques gens de lettres, entre autres Dumarsais, l'accompagnaient presque toujours. Il visitait Voltaire composant Mahomet, etc., etc., dans sa retraite de Cirey ; Buffon préparant , à Montbar, les matériaux de V Histoire naturelle; Montesquieu, dans sa terre de la Brade, méditant l'Esprit des lois. Grimm tenait d'Helvétius lui-même les détails qu'il transmet sur sa vie privée, et que la décence nous défend de répéter. (Correspondance, 2* partie, t. 2.J S'il faut l'en croire , l'épicurien financier, étranger aux jouissances du cœur, se livrait à l'inconstance de ses goûts, et, pour les satisfaire dans toutes les classes de la société, il profitait également des dons de la nature et de la fortune. Sa figure , parfaitement régulière , où se peignaient la dou ceur et la bienveillance , lui valut beaucoup de ces liaisons passagères, que, d'après nos mœurs, on nomme bonnes fortunes. Un soir, au foyer de la Comédie française , un homme dont la richesse était l'unique moyen de séduction, offrit six cents louis à mademoiselle Gaussin en parlant assez haut pour être entendu. « Mon- ■ sieur, je vous en donnerai deux cents si vous « vou lez prendre ce visage-là , répondit l'actrice « en montrant Helvétius. » Dans le tourbillon du monde, Helvétius était tellement avide de tous les genres de succès, qu'il rechercha les applaudissements publics, en dansant une fois au théâtre de l'Opéra , sous le nom et le masque de Javillier (1). Ii n'excellait pas moins dans l'escrime, et aspirait encore à la gloire des sciences et des
(1) Avant NoT«rr«, U* daoMon de l'Opéra étaient moque»
lettres. Ses premiers efforts se dirigèrent vers les mathématiques, parce qu'il avait vu dans le jardin des Tuileries le géomètre Maupertuis entouré d'un cercle des dames les plus brillantes , malgré sa mine grotesque et ses vêtements bizarres. Ensuite , par des épltres philosophiques, par un poe*me sur le Bonheur, Helvétius voulut se montrer l'émule de Voltaire. On assure qu'il s'essaya dans la tragédie, sur le sujet de la Conjuration de Fiesqne. Enfin le succès prodigieux de Y Esprit det lois, publié en 1748, lui fit concevoir le hardi projet d'élever un monument à coté de celui de Montesquieu. Dès lors , il résolut de vivre dans la solitude. Outre les fonds qu'il avait dû, comme fermier général, avancer au gouvernement, il lui restait des sommes considérables -. il acheta des terres. Mais il lui fallait une femme qui , dans la retraite , pût Caire son bonheur et le partager. Son choix se fixa sur mademoiselle de Ligniville, élevée sous les yeux de sa tante , madame de Grafligny. Elle sortait d'une des plus anciennes maisons de Lorraine , et joignait à une beautv remarquable une âme supérieure à sa mauvais fortune. Avant de l'épouser Helvétius quitta sa place , qu'il avait eiercée pendant treize ans t il témoigna , pour s'en démettre , l'empressement qu'un autre aurait mis à se la procurer. « Vous « n'êtes donc pas insatiable comme vos confrères?» lui dit l'austère Machault , contrôleur général des finances. Simple dans ses manières, Helvétius ré ■ servait ses hommages à l'ascendant du mérite. Il faisait une cour assidue à Fontenelle; et c'est probablement à l'époque du mariage d'Helvétius, que le doyen des gens de lettres, presque centenaire, fit une de ces réponses charmantes qui lui étaient si familières. Il venait de dire mille choses aimables à la nouvelle mariée, lorsqu'il passa devant elle , sans l'apercevoir, pour se mettre i table : « Quel cas dots-j* faire de toutes vos ga- « lanteries? lui demanda madame Helvétius; vous « passez devant moi sans me regarder. — Madame, « repartit le vieillard , si je vous eusse regardée, « je n'aurais pas passé. » Aussitôt après son mariage, en 1781, Helvétius partit pour sa terre de Voré, située dans le Perche, où régulièrement il séjournait huit mois de l'année. Il conserva, par un sentiment d'humanité, ses deux secrétaires, qui lui était devenus inutiles. L'un d'eux, l'ayant connu dès l'enfance , conservait avec lui le ton d'un pédagogue impérieux et chagrin. « Je n'ai ■ pas tons les torts que me trouve Baudot, mais « j'en ai quelques-uns. Qui m'en parlera si je ne « le garde pas? > Telle était la seule réflexion que se permit l'indulgent protecteur. La composition de ses ouvrages, le bonheur de sa femme, celui de ses vassaux, l'occupaient entièrement. Un habile chirurgien était fixé par lui dans ses domaines, où l'on distribuait aux malades et aux infirme» des remèdes et des aliments. 11 inspirait le goût de l'agriculture dans toutes ses terres; mais il encourageait principalement l'industrie à Voré»
IIKL
parce qu'elle pouvait seule donner aux habitants J l'aisance que refuse un terrain stérile. Après bien des tentatives infructueuses , il y flt prospérer une manufacture de bas au métier, qui n'existe plus. Ses fermiers essuyaient-ils des pertes, il les dédommageait : s'élevait-il un procès, il se rendait médiateur entre les parties. La chasse était j le seul droit dont il fût jaloux : il en aimait trop le plaisir pour souffrir patiemment que le gibier | fût tué par d'autres; mais il finissait par faire restituer aux braconniers le montant des amendes auquclles ils avaient été condamnés. Un gentilhomme, M. de Vasconcelle, avait un petit bien chargé de redevances, pour lesquelles on le poursuivait depuis longtemps au nom du seigneur de Voré. En prenant possession de cette terre, nonseulement Helvétius n'autorisa pas de nouvelles procédures ; mais il remit au débiteur une quittance générale et lui fit accepter une pension de rent pistoles pour l'éducation de ses enfants. Andrieux, en 1802, a mis sur la scène ce trait de bienfaisance. Helvétius n'avait encore rien publié, lorsqu'au mois d'août 1758, il donna, sans y mettre son nom, le livre de l Esprit, in-4° de 643 pages, avec cette épigraphe, qui en indique l'objet mieux que ne le fait un titre plus vague que piquant :
... Undc anirai constet n.ttura videndum ,
Qua liant rationc , et qua vt quieque gerantur
In terri»... (Lucarr. , dt R*r. Natura, Hb. I.)
Par déférence pour son père , il avait acheté une charge à la cour. Croyant sans doute, au moyen de certaines précautions de style, s'être mis à l'abri des attaques, il porta l'assurance jusqu'à présenter son ouvrage à la famille royale. Ce singulier hommage fut agréé d'abord avec un intérêt que l'indignation remplaça presque aussitôt. Le Dauphin, fils de Louis XV, manifesta le premier sa juste surprise. On vit ce prince éclairé sortir de son appartement, un exemplaire de YEspr>t à la main, disant à haute voix : < Je vais chez la « reine, lui montrer les belles choses que fait im- « primer son maître d'hôtel (1). » Dès le 10 août, un arrêt du conseil d'État révoqua le privilège accordé le 12 mai , sur l'approbation du censeur Tercier, premier commis des affaires étrangères, et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. Effrayé de l'orage qui le menaçait, vaincu par les larmes de sa mère, Helvétius rédigea, sous la forme d'une Lettre a t écére.'d pire •*• (Berthier, ou, suivant Collé, le P. ?\tix),jétu'.te, son ancien ami, une rétractation, ou plutôt une apologie, qui fut trouvée insuffisante. U y joignit une seconde déclaration plus courte, énoncée en termes moins ambigus, et finissant ainsi : « Je « n'ai voulu attaquer aucune des vérités du chris- « tianisme , que je professe sincèrement dans « toute la rigueur de ses dogmes et de sa morale, « et auquel je fais gloire de soumettre toutes mes «pensées, toutes mes opinions, et toutes les
11] Vo,« les Milangu d* Kléraiur* publies par Suard, 1 1,
« facultés de mon être, certain que tout ce qui « n'est pas conforme à son esprit, ne peut l'être « à la vérité. Voilà mes véritables sentiments; j'ai « vécu, je vivrai et je mourrai avec eux. » L'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont , exilé dans le Périgord , signala son zèle contre le nouveau livre par un mandement daté du château de Laroque , le 22 novembre. D'autres prélats réunirent leurs voix à la sienne. Helvétius remit luimême à l'avocat général Joly de Fleury une troisième rétractation , plus positive que les deux précédentes. A la sollicitation de l'abbé de Chauvelin, l'impression n'en fut pas ordonnée (roy. la deuxième Lettre d'Helvétius à ce conseiUer). Le magistrat reçut cette rétractation au parquet , le 22 janvier 1759, et prononça le lendemain son réquisitoire contre l'ouvrage, qu'il regardait comme ( abrégé des principes du Dictionnaire encyclopédique; mais il usa d'un ménagement particulier envers la personne de l'auteur : « Si moins ■ livré, dit-il, à des impressions étrangères, il « n'eût consulté que les sentiments intimes de « son propre cœur, il n'aurait jamais donné le
« jour à cette production funeste » La lettre
apostolique de Clément XIII parut le 31 janvier; et la faculté de théologie de Paris, dans sa censure du 9 avril, s'exprima de la manière suivante : * Nous avons choisi le livre de Y Esprit, « comme réunissant toutes les sortes de poisons « qui se trouvent répandus dans différents livres « modernes. » En effet , dans celte censure, divisée en quatre parties : De. Idme., ds la morale, de la religion, du goueernemmt, on rapporte, sous chacun de ces titres, les passages de Spinosa, Collins, Hobbes, Maudeville, la Mettrie, d'Argens, etc., où Helvétius a puisé ses erreurs les plus contagieuses. Un arrêt du parlement, rendu le 6 février 1759, fit brûler, le 10 du même mois, l'ouvrage condamné de toutes parts. Neuf ou dix autres ouvrages, qui avaient été publiés par divers auteurs depuis plusieurs années, furent compris dans la même prohibition, et subirent la même flétrissure. Cette circonstance avait été préparée afin d'atténuer les torts de l'homme qui dans ce moment fixait l'attention publique, et qui d'ailleurs jouissait d'une grande considération. Après un tel éclat, Helvétius ne pouvait plus rester attaché au service d'une princesse renommée pour son éminente piété : il se défit donc de sa charge. Le censeur fut admis à déclarer que son approbation était l'effet de Y inadvertance, et qu'il renonçait désormais à l'exercice de la censure (1). Si l'ouvrage
(11 Chex un peuple qui met en couplet» même le» événement» le» plua sinistres, un livre pernicieux devait être l'objet d'un* chanson. Celle-ci courut dans le temps :
Admirez tous cet auteur-là , Qui de VBipril intitula Un livre qui n'est que matière, Lairr, lanlaire, etc.
Le censeur qui l'examina,
Par habitude imagina Que c'était a fait» ctrangirê, Laire, lanlaire, etc.
HEL
HEL
d'Helvétius annonce partout le matérialisme , le mot ne s'y rencontre nulle part. Voici les principaux résultats des quatre discours qui le composent : 1° toutes nos facultés se réduisent à la sensibilité physique; se ressouvenir, comparer et juger ne sont proprement que sentir; nous ne différons des animaux que par une certaine organisation extérieure; 2° notre intérêt , fondé sur tamottr du plaisir et sur la crainte de la douleur, est l'unique mobile de nos jugements , de nos actions, de nos affections; nous n'avons pas la liberté de choisir entre le bien et le mal ; il n'existe point de probité absolue ; les notions du juste et de l'injuste changent selon les coutumes; 3° l'inégalité des esprits ne dépend pas d'une organisation plus ou moins parfaite; elle a sa cause dans le désir inégal ie s'instruire, et ce désir provient des passions dont tOUS les hommes, communément bien organisés, sont susceptibles au même degré : nous pouvons donc tous aimer la gloire avec le même enthousiasme, et nous devons tout à l'éducation; 4" l'auteur fixe les idées que l'on attache aux différents noms donnés à l'esprit, tels que le génie, l'imagination, le talent, le goût, le bon sens, le bel esprit, etc. Les définitions de ce genre sont ce qu'il offre de plus satisfaisant : il les discute avec finesse, et choisit adroitement ses exemples. D'après ce résumé fidèle, on voit combien la doctrine d'Helvétius est généralement avilissante, funeste et paradoxale : elle est d'autant plus insidieuse qu'il la cache sous le voile transparent des allusions, ou la montre avec des ménagements oratoires qui semblent en affaiblir le danger. L'amour des hommes et de la vérité l'anime; et par ses sophisme» il brise jusqu'au moindre lien social ! Le mot imposant de vertu, dont il dénature l'acception véritable, est à chaque instant sous sa plume, et il conseille d'abandonner les détails de la vie à l'empire des pass:ons! Lorsqu'on établit la morale sur des principes variables au gré des lieux et des temps, on l'expose à des interprétations bien étranges. Aussi, nous le disons à regret, les ouvrages d'Helvétius sont-ils l'un des arsenaux dans lesquels la perversité des factieux a dû choisir ses armes les plus meurtrières. C'est en consacrant la maxime, « Tout devient légitime, et même vcr- « tueux, pour le salut public » (Discours II, chap. Vide l'Esprit), que les comités d'une assemblée trop fameuse envoyaient à l'échafaud l'élite des Français. On a pu concevoir l'idée du plus grand des attentats, en voyant l'auteur blâmer les Anglais d'avoir , « après le crime affreux com-
<* mis dans la personne de Charles 1" , mis au
« rang des martyrs an prince qu'il était de leur in- « térêt, disent quelques-uns d'entre eux, de faire re- « garder comme une victime immolée au bien gé- « néral, et dont le supplice, nécessaire au monde, « devait à jamais épouvanter quiconque entrepren- « drait de soumettre les peuples à une autorité ar- « bîtraire et tyrannique.» (Discours II. chap. XXII). Ces mots souligné», disent quelques-uns d'entre
eux. Infirment le blâme jeté sur la nation anglaise, et rendent vicieux le raisonnement de l'auteur; ou plutôt ils sont un des palliatifs employés pour faire passer les assertions les plus répréhensibles. Cette autre phrase n'était guère plus favorable au maintien de la monarchie : < Mettez dans « le fils d'un tonnelier de l'esprit, du courage, « de la prudence, de l'activité, chez des républi- « cains où le mérite militaire ouvre la porte des « grandeurs, vous en ferez un Thémisto 1 un Ma» « rius; à Paris, vous n'en ferez qu'un Cartouche. » (Discours IV, chap. XIV). Palissot a vanté la progression lumineuse avec laquelle Helvétius présente les moyens de concilier l'intérêt particulier et l'intérêt général , en les dirigeant sans cesse l'un vers l'autre (Mémoires sur la littérature). Sans doute il faut unir ces deux intérêts par la distribution des récompenses et des peines. C'est une vérité élémentaire, reconnue par tous les législateurs : mais peut on regarder les plaisirs physiques comme le ressort le plus actif d'un gouvernement sage et bien constitué? Est-ce en dégradant l'homme qu'on forme le citoyen? N'est-ce pas des sentiments nobles et généreux que le patriotisme tire sa plus grande énergie ? Comment le vainqueur de Mahon, le maréchal de Richelieu, rappela-t-il nos soldats à la discipline? Ln menaçant ceux qui s'en écartaient de les priver de l'honneur de monter à l'assaut. Helvétius , comme moraliste, dépouille de leur lustre les plus hautes vertus, et fournit des excuses aux vices les plus honteux : comme politique, il bannit les lois religieuses; il méconnatt l'influence des vertus privées, fondement des vertus publiques, et rejette l'autorité des siècles, en prédisant aux novateurs, avec l'abbé de Saint-Pierre , que tout timaginable existera (Discours II, chap. XXV) : comme métaphysicien, loin d'ajouter aux découvertes de Locke, il en abuse en les outrant , et ne fait, pour ainsi dire, que des faux pas, lorsqu'il marche sans l'appui de son maître. Madame du Défiant consultait son cœur aride , lorsqu'elle prétendait qu'Helvétius s'était attiré des ennemis, pour avoir révélé le secret de tout le monde. Ce mot a fait fortune, et n'en est pas plus vrai. En général, les partisans de notre auteur sont les hommes qui ont besoin de fermer l'oreille aux cris de la conscience : ses adversaires sont les esprits justes, qui repoussent des opinions insoutenables ; et les âmes honnêtes, auxquelles il s'efforce d'enlever leurs consolations. Sa composition n'est pas d'un talent vulgaire, quoique les idées principales y disparaissent au milieu des détails et des digressions. Sa diction , travaillée et correcte, est presque toujours claire, quelquefois agréable, sans avoir une physionomie distincte; mais l'élégance y dégénère souvent en ornements puérils (1). Voici un
(]| Soirint Grimm , on y reconnaît facilement ■ toute» le* ■ belle» pages qui ne tont, qui ne peuvent être que de Diderot. » [Cvrreipondanet, 3* partie, t. 4 ) Rien ne ressemble moin» 4 la diction négligée, ob»cure, inégale, quelquefou éloquente et
exemple frappant de celle afféterie, que la Harpe n'a pas relevée dans sa longue et solide réfutation. Au lieu de se borner à la propositon suivante, exprimée d'une manière préciae : « L'absence du « ma lueur est la seule félicité dont jouissent les
■ gens froids ; » lielvétius gâte sa pbrase , en voulant la rendre sensible par une image : ■ et « l'espèce de raison qui les guide sur la mer de « la vie humaine, ue leur en fait éviter les écueils a qu'en le* écartant sans cesse de l'Ile fortunée « du plaisir. • ( Discourt IV. chap. XV.) Dépourvu d'une imagination vive , il s'étudie à colorer des tableaux, et réussit particulièrement dans ceux où il peint la volupté. Afin de séduire la multitude des lecteurs, d prodigue, dans un sujet essentiellement grave, les figures, les mouvements, surtout les anecdotes frivoles, les histoires scandaleuses. Le P. Beltinelli assure que madame de Graffigny disait : « Croiriex-vous bien qu'une « grande partie de l'Esprit, et presque toutes les
■ notes , ne sont qne des balayures de mon appar- « tement? » Un tel propos a fait croire que ce livre était on composé de conversations incohérentes. Nul doute que les principes n'en soient légèrement posés; mais, en partant de ces principes, sur lesquels l'auteur glisse avec intention, les conséquences qu'il en déduit forment un ensemble dont les parties s'enchatnent. Peu d'écrivains sont autant dominés par le penchant à généraliser les idées, penchant qsù entraîne l'esprit à de vaines chimères, et qui conduit le génie seul à des vérités fécondes. Certes, il faut être bien esclave d'un système adopté, pour ramener le dévouement de Régulus à l'intérêt personnel. Nous ne donnerons pas ici le détail des ouvrages écrits pour et contre le livre de l'Esprit (eoy. Qxv- CBat, la Harpe, C.-G. Lekov et Ljgnac) (lj. Hcl- Tétius avait fait tirer , pour ses amis, des exemplaires tans cariont; ce que prouve une lettre de M. l'abbé Morellet à Bcccaria (sept. 1766). On y rencontre peu de changements. Au sujet des
{rinces modérés, on substitue le nom de fleuri IV celui de Louis XV (Discours II. chap. VI). On met dans la bouche d'un despote des Indes cette formule : Tel est mon bon plaisir, au lieu de telle est ma volonté, etc., etc. A la première apparition de Y Esprit. Buflbn dit de l'auteur, avec lequel il était étroitement lié : « Il aurait dû faire un livre « de moins, et un bail de plus dans les fermes du « roi. » Jean-Jacques, dont les paradoxes n'étaient pas ceux d'Helvélius, attaqua l'ouvrage de celui-ci, mau» discontinua son entreprise en apprenant que l'auteur était poursuivi. 11 existe un exemplaire de V Esprit que Rousseau, pendant son séjour en Angleterre, vendit à Dutens, avec toute sa bibliothèque, et sur les marges duquel sont des notes
rapide de ce dernier, que in diction fleurie, nette, uniforme et mémo un peu languissante de l'auteur de ï Et prit; on aperçoit A peine , dan» cet ouvrage , quoique* morceaux où l'on pourrait retrouver la manière de Diderot.
1 1| Un anoarme a publie im Aom9élU rt/+laiia dm livre de m, prit, Clermont-Ferrand , M7, in-S*.
écrites de sa main. A la maxime dont on a si crurllement abusé : « Tout devient légitime , et même
■ vertueux, pour le salut public; » il répond : « Le talut public n'est rien, si tous les particu- « liers ne sont en sûreté. » Quand tout fut pacifié, il eut occasion de s'expliquer sur les sujets traités par lielvétius , et il le fit sans nommer le livre ni l'auteur. Il combatlit ses subtilités contre le pouvoir de l'organisation (Xoucelie U flotte, ÎJ» partie, lettre 3) ; et ce fut à lui qu'il adressa ( Émila . li v. 4) ce reproche honorable : « Tu veux en vain t'avilir: > ton génie dépose contre tes principes , ton « cœur bienfaisant dément la doctrine, et l'abus « même de les faculté* prouve leur excellence, en
■ dépit de toi. » Si les rétractations d'Helvélius l'humilièrent, il se consola par le bruit que faisait son livre. Les étrangers les plus éminenls par leurs dignités ou par leurs lumières désiraient d'être introduits chez un philosophe dont le nom retentissait dans toute l'Europe. Pendant les quatre mois d'hiver qu'il passait à Paris , sa maison était, un jour de semaine, Leur rendez-vous habituel. Ce fut vraisemblablement pour mieux jouir de toute sa célébrité, qu'en 1764 il visita l'Angleterre , où le roi l'accueillit avec distinction. L'année suivante, sur les instances de Frédéric II, il partit pour la Prusse. Le monarque le logea dans son palais, et l'admit à sa table. U aimait la personne d'Helvélius, estimait son admirabia caractère; mais son ouvrage ne U persuadait pas (I). Une réception flatteuse l'attendait également chez plusieurs princes d'Allemagne, surtout à Gotha. Telle était l'aveugle sécurité des souverains; ils répandaient les grâces sur ceux dont les écrits préparaient le renversement des trônes. A son retour de ces deux voyages, Uelvétius reprit son genre de vie ordinaire. H employait ses matinées à méditer et à écrire : le reste du jour, il cherchait un délassement. Sa complexion vigoureuse semblait être le présage d'une longue carrière, lorsqu'il mourut à Paris, d'une goutte remontée, le 26 décembre 1771, à l'âge de 56 ans. U laissa dans la douleur sa veuve , dont nous parlerons, et deux filles, qui se marièrent, l'aînée à M. le comte de Heun; la plus jeune 1 M. le comte d'Andlau. Aussitôt après celle mort, le marquis de Chastellux publia l'Éloje d* monsieur Heleétius, sans date, sans nom d'auteur, d'imprimeur ni de lieu, in -8" de 28 pages, d'un style obscur et diffus, où l'on n'apprend presque rien sur celui qui en est l'objet. Le Bonlutur, poème en six chants, Londres, 1 vol. io-8°, parut en 1772. Cet ouvrage posthume et non achevé j n'offre que de faibles lueurs d'inspiration. La fiction en est commune ou plutôt nulle, la marche uniforme et traînante : les vers sont une prose sans couleur, péniblement assujettie à la rime; il en est pourtant quelques-uns de gracieux, et d'autres remarquables par la pensée et par une pré-
\l) Lutrtt à iCAimbtrt. M mare 1765, et 36 Janvier 1772.
HEL
eision didactique. Le poète , Adèle au système qu'il s'est crée, déclame contre tous les cultes, et place le bonheur dans *» siècle de lumière, où l'on verra se lier l'intérêt de cA ■■un à l'intérêt de tnu. Quelques mois avant sa mort, Ilelvétius retoucha ce poème , qu'il avait abandonné depuis vingt-cinq ans. On l'a réimprimé longtemps après, avec des additions et de nombreuses corrections, qui l'ont rendu moins imparfait, mais non plus attachant s la versification en est moins sèche ; il y a plus de liaison : le quatrième et le cinquième chants, qui étaient deux épltres sur les arts et sur U plaisir. en sont retranchés; et ces épltres reparaissent sous leur véritable forme : il est douteux que ces corrections soient de l'auteur lui-même. En tète de ce poème du Bomkevr, un a, sur ta vie «/ Us trnm-aae. d'Hehéti**, un Etsté de cent vingt pages, que les différents éditeurs ont inséré dans les oeuvres de cet écrivain. Par un artifice employé fréquemment, on assurait l'avoir trouvé dans les papiers de DucJos. On ne saurait lire avec trop de défiance ce morceau méthodique et très-spécieux , dont le bat était de rabaisser nos institutions, et dans lequel on avance des faits évidemment supposés. Par exemple, on affirme que lors du soulèvement général excité contre l'auteur de l'Esprit, un cardinal loi demandait : « On ne con- « çoit point à Rome la sottise et la méchan- « ceté des prêtres français. » Grimai a l'inconséquence de présenter comme un modèle de sagesse ce long plaidoyer en faveur des opinions d'Heivétius, après avoir dit « qu'en écoutant raisonner « ce philosophe, on pouvait être souvent tenté « de le prendre pour un homme ivre qui parle au ■ hasard. » Saint-Lambert s'est déclaré l'auteur de cette vie d'Helvétius, qu'il a placée dans ses OEutrts philosophique», « comme un hommage « rendu à l'amitié et au mérite. » Quoique le chantre des Saisons ait assisté aux désastres de la révolution, il n'a fait, dans cet Ruai, aucun changement essentiel aux principes qu'il professait trente années auparavant, il s'est contenté d'y supprimer quelques traits contre les grands, et de modifier les éloges donnes à la verve de -on ami. Les ruines qui l'entouraient, obtieunent de lui néanmoins cet aveu , consigné dans une note : « U y a des préjugés, même religieux, né- « cessaires à la conservation des empires. » En 1772, on vit paraître un autre ouvrage posthume d'Helvétius, ayant pour titre : De ("nomme, de ses factilt-.s intellectuelles et de son éducation, 2 vol. in-S*; production indigeste, partagée en dix sections, et qui est un commentaire de l'Esprit: mais on y trouve un style plus convenable au sujet. L'auteur s'attache particulièrement à démontrer l'égalité des esprits , et la toute-puissance de l'éducation : à cet égard , il iuvoque avec peu de bonne foi l'autorité du judicieux QuintiUeo. Dans tout le cours du livre, il ne garde aucune mesure ; il se permet , contre la religion et contre l'État, les plus violents outrages. « Su lie crise
HEL 94
• salutaire, dit-il en parlant de la France, ne lui « rendra la liberté ; c'est par la consomption « qu'elle périra : la conquête est le seul remède « à ses malheurs » ( Préface). Frédéric s'était longtemps amusé des combats livres à l'Eglise. La guerre que l'on déclarait aux rois ne lui parut
1 pas aussi divertissante , et son zèle pour les nouvelles maximes s'était refroidi sensiblement, même avant la publication de l'ouvrage De r Homme. Aussi, malgré les éloges réitérés qu'A y reçoit, en parle-t-il avec dédain. Il n'y voit « que des paradoxes et des folies complètes, à U ■ tête desquelles il faut placer la république' fran-
* çaise. Et cela s'appelle des philosophes, écrit-il « à d'Alembert? Oui, dans k goût de ceux que « Lucien a persiflés » {Lettre du 7 janvier 1774). Le livre de l'Homme fut dédié à l'impératrice de Russie Catherine II, par l'auteur d'une seconde édition (le prince Galitxin), Londres (la Haye), 1773. Le 9 'ai sens du Système de la nature, oueraaa posthume de U. Helcttms. Londres, 1774, in- 8° de 96 pages, passe pour être un écrit pseudonyme. Nous ne disputerons point à Helvétius des qualités personnelles, attestées par tous ceux qui l'ont connu particulièrement. Nous n'attribuerons point ses bienfaits aux calculs de l'ostentation : mais les actes d'une libéralité facile au sein de l'opulence expient-ils des systèmes où l'un pervertit ses semblables? L'homme bienfaisant passe, et l'écrivain dangereux reste. Comment concilier un cœur droit et bon avec une persévérance obstinée è propager les théories corruptrices qui ont accéléré la décadence des peuples de l'antiquité? C'est par la soif de la célébrité qu'il nous semble possible de résoudre un tel problème. Quand les vérités sont épuisées, quand elles ont reçu tout leur éclat des mains du génie, on s'éloigne des routes battues, afin de se faire distinguer, et l'on ïambe dans des écarts inconcevables. D'ailleurs Helvétius, sans être un auteur de premier ordre, traite avec tant de logique certaines questions, il annonce tant de sagacité dans certains rapprochements, qu'il est difficile de le croire convaincu des sophismes qu'il lâche d'accréditer sur d'autres points, en se mettant à une espèce de torture. On voudrait se persuader, pour l'honneur de sa mémoire, qu'il n'a fait un si grand nombre de tours de force qu'a Un de déployer à tous les yeux la souplesse de son talent, sans pré' voir les déplorables conséquences de sa témérité Marmontel, qui avait vécu dans un commerce intime avec lui, raconte qu'il arrivait dans le cercle de madame Geoffrin, Utile encore fumante de son travail de la matinée, qu'il jetait sur le tapis les difficultés dont il était en peine; mais que , dans les moments où il n'était pas préoccupé de son ambition littéraire, il se laissait aller au courant des entretiens, et qu'alors il se montrait n aï cernent sincère. Marmontel ajoute que rien ne ressemble moins au caractère ingénu d'IIelvJtius que U singularité préméditée et factice de ses écrits (Mé-
HEL
HEL
moires, livre 6). On a souvent réimprimé les œuvres d'Helvétius. Les éditions les plus complètes ont paru en 1795; l'une chez Servière, 5 vol. in-K"; l'autre chez P. Didot, 14 vol. in-18. Les passages cartonnés du livre de Y Esprit y sont restitués. L'édition de Servière comprend les Progris de la raison dans la recherche du vrai, morceau de 130 pages, inséré pour la première fois dans une édition de Londres, 1777, 2 vol. in-4°, et qui n'appartient pas à Helvétius, puisque le légataire de ses papiers, l'abbé Lelebvre de la Roche, lui a refusé place dans celle de Didot, à laquelle il a présidé. Cette dernière édition est augmentée de cent soixante Pensées et réflexions détachées, extraites des manuscrits de F auteur, à la réputation duquel elles n'ajoutent rien. Vraisemblablement elles faisaient partie des matériaux de YEsprit et de Y Homme; ouvrages où la plupart de ces pensées se retrouvent en substance. Lefebvre de la Hoche a donné, de plus, deux nouvelles lettres, qu'Helvétius lui avait adressées sur la constitution d'Angleterre, et sur l'instruction du peuple. Enfin, il prétend que la première édition de Y Homme a été faite, on ne sait comment, en Hollande (1772), sur une copie envoyée, en 1767, à un savant de Nuremberg, qui devait traduire ce livre et le faire paraître d'abord en allemand , afin d'éviter les persécutions de tandem despotisme. Il affirme que , depuis l'envoi de cette copie en AUemagne, l'auteur avait corrigé et perfectionné son travail ; que beaucoup de notes en ont été retranchées ou fondues dans le texte; que des chapitres entiers ont été refaits ou supprimés. C'est avec ces changements qui n'ont pourtant pas toute l'importance annoncée par l'éditeur, que Didot a imprimé le livre de l'Homme. Comment la première édition de cet ouvrage a-t-elle pu se faire sur une copie envoyée , en 1767, à Nuremberg ? L'auteur, dans sa préface, parle d'événements arrivés au commencement de 1771. Une correspondance plus ou moins étendue se trouve dans presque toutes les éditions des œuvres d'Helvétius. Elle se compose en très-grande partie de lettres de Voltaire, dont plusieurs sont pleines d'excellents conseils sur l'art des vers. On doit à François de Neufchâteau la connaissance d'une Epitre sur f orgueil et la paresse de Fesprit. dont Helvétius a soumis à l'auteur de la Henriade jusqu'à trois levons successives ( Le Conservateur, t. 2). Cette épltre fut abandonnée; mais les meilleurs vers et les détails principaux en ont depuis été placés dans le poème du Bonheur. Le Ml a g as m encyclopédique a publié (1814) une autre Epitre sur l'amour de l'élude, à madame Duchastelet , par un élève de Voltaire, arec des notes du maître; et l'on annonce qu'on en ignore Fauteur. Cette ébauche informe d'une muse encore novice est certainement d'Helvétius. Il en est question dans trois ou quatre lettres de Voltaire, surtout dans la première du recueil. « Plutus, écrit-il, ne doit être que le valet de chambre d'Apollon; le tarif est bientôt
« connu ; mais une épltre en vers est un terrible « ouvrage : je défie vos quarante fermiers géné- « raux de la faire. Madame Duchastelet vous « remercie ; allons , qu'un ouvrage qui lui est « adressé soit digne de vous et d'elle. » (Cirey, 4 décembre 1738.) L'original de cette pièce est déposé à la bibliothèque de Paris. Les vers sont écrits , de la main d'Helvétius , sur le recto des pages; et le verso est couvert de remarques, où l'on reconnaît l'écriture de Voltaire , et les traits saillants qui lui échappaient, même dans ce qu'il rédigeait à la hâte. Quoique ce dernier n'ait cessé de prodiguer des témoignages d'estime et d'amitié à son disciple, il ne lui pardonnait pas d'avoir dit : « H. de Crébillon exprimera ses idées avec « une force, une chaleur, une énergie qui lui sont « propres; M. de Fontenelle les présentera avec « un ordre, une netteté, un tour qui lui sont « particuliers; M. de Voltaire les rendra avec une « imagination, une noblesse et une élégance con- « tinues ■> {de l'Esprit , discours 4, chapitre S). L'homme qui prétendait à l'universalité des talents, ne pouvait être flatté de ce parallèle ; et c'est probablement ce qui lui faisait écrire à Marmontel , un mois après la mort d'Helvétius : « Je n'avais pas beaucoup à me louer de lui » (Lettre du 26 janvier 1772). On lit dans ses Questions sur F Encyclopédie (article Quisquis), une critique superficielle du livre de YEsprit. Didot a joint à YEsprit des lois (édition de 1795), les notes qu'Helvétius avait écrites sur les marges de son exemplaire. L'auteur de YEsprit ne devait pas applaudir à la circonspection de Montesquieu, dont le génie, mûri par l'expérience, a voulu plutôt justifier les idées reçues qu'en établir de nouvelles. Une téte systématique, accoutumée à chercher un principe unique là où il y en a plusieurs , ne pouvait guère admettre les balances compliquées des pouvoirs intermédiaires, et les combinaisons variées des divers gouvernements. En 1792, la municipalité de Paris donna le nom d'Helvétius à la rue Sainte-Anne, où il logeait, et qui a repris, en 1814, son ancien nom. — Madame Helvétius, née en 1719 au château de Ligniville, en Lorraine, avait eu vingt et un frères ou sœurs. Après avoir perdu son mari, qu'elle aimait passionnément, et dont elle partageait les inclinations bienfaisantes, elle choisit le séjour d'Auteuil, où elle a toujours vécu. Turgot et Franklin voulurent l'épouser. Sa maison était un point de réunion pour les hommes les plus célèbres. Peu après son retour d'Egypte , Bonaparte vint pour ainsi dire y déposer les faisceaux consulaires. Se promenant dans son jardin avec l'ambitieux conquérant, madame Helvétius lui dit : « Vous ne « savez pas combien on peut trouver de bon- « heur dans trois arpents de terre. » Elle est morte le 12 août 1800, au milieu d'amis qui demeuraient chez elle et qu'elle n'oublia pas dans son testament. Entre autres dispositions, elle laissa la jouissance de sa maison à Lcfebvre
HEL
de la Roche et a Cabanis. Le médecin Roussel (Notice sur madame Helcétius), la représente comme douée d'un beau naturel, qui n'empruntait rien à l'étude, et d'une bonté que ne dirigeait pas la réflexion. Obéissant aux impulsions subites de son âme, elle donnait tant mesure. Ses soins journaliers s'étendaient sur une foule d'animaux, chiens, chats, poules, serins, etc., etc. Un des Conseils à ma fille, par M. Rouilly, est intitulé Us oiseaux de madame Helvétius. ( Voy. Cabanis et CiumpronT.) St-S — H.
HELVETIUS (Jean), fils d'un négociant d'Amsterdam , qu'on croit avoir appartenu à la même famille que les précédents, dut le goût des lettres à sa première éducation et à l'exemple paternel. On assure qu'à l'âge de quatorze ans il s'était déjà familiarisé avec Démosthène. Ayant achevé ses études, il voyagea en Angleterre et en France. Après la mort de- son père, il fut victime d'une confiance mal placée, et perdit la presque totalité de son patrimoine : la principale chose qu'il avait sauvée , sa bibliothèque , fut encore menacée depuis d'un semblable malheur. Des amis lui procurèrent une place , qui , bien qu'au-dessous de son mérite, le mettait désormais à l'abri des dangers qu'il avait courus. La culture des sciences et des lettres fit toutes les délices de sa vie. Il aimait passionnément la liberté, et il se plaisait à la chanter. Il faut le compter parmi les bons poètes latins de son temps. Dans l'élégie, Properce est bien plutôt son modèle qu'Ovide ou Tibulle. Dans l'ode il ne pouvait imiter qu'Horace. Ses idées étaient grandes, ses expressions et ses images hardies : quelquefois chez lui l'élévation nuit à la clarté. Comme jadis les titres de prophète et de poèfte étaient synonymes, on ne fut pas trèsétonné de quelques prédictions sur le sort de la Hollande et sur la révolution américaine qu'offraient les vers d'Helvétius. Doué d'une profonde sensibilité, il faillit ne pas survivre à la mort d'un de ses amis (van Hinlopen), qu'il célébra avec l'accent de la plus vive douleur. Petit et d'une complexion assez valétudinaire, il avait une voix de Stentor, qui, réunie à une action pleine de feu, donnait à ses vers, quand il les déclamait, une force et une expression peu communes. Les sciences mathématiques et naturelles ne lui étaient rien moins qu'étrangères. Il est mort dans un âge peu avancé. Son ami , Laurent van Santen a publié à Leyde, en 178Î, Heleetii poemala, in-8°; Us sont partagés en elegiaca et lyrica. Son lier Bntanniatm , antérieurement imprimé, en fait partie. Il a encore paru, depuis, deux cahiers à'Anecdota Heleetiana. Le recueil de van Santen , intitulé Delicia poetiea, présente trois pièces d'Helvétius. Les éditions de classiques, publiées par dis amis d'Helvétius (tels que Pierre Burman le second, Laurent van Santen, Jérôme de Bosch), offrent de judicieuses corrections qu'il leur avait communiquées sur divers auteur». M— on.
HEL 95
HELVICUS (Christophe), célèbre philologue allemand, né à Sprindlingen près de Francfort, le 26 décembre 1581 , flt ses études à Marbourg, d'une manière si brillante qu'il fut reçu bachelier à quatorze ans. Il possédait déjà le latin , le grec et l'hébreu , et parlait ces trois langues avec une égale facilité. A quinze ans il avait composé un grand nombre de vers grecs (1) et jouissait de la réputation d'un savant; aussi Klefeker lui a-t-tl donné une place dans la BibUoth. eruditor. praeocium. Il est certain que, sans son extrême jeunesse, il aurait été retenu dès lors pour la première chaire vacante; mais on n'était point encore dans l'usage de nommer de si jeunes professeurs. Il ne se présenta qu'à dix-neuf ans pour prendre le grade de maître ès arts; il avait employé son temps à étudier la médecine et la théologie, et à se familiariser de plus en plus avec les beautés des auteurs anciens. En 1605, le landgrave de Hesse le chargea d'enseigner le grec et l'hébreu au collège qu'il venait de fonder i Giessen, et qui reçut, l'année suivante, le litre d'université. En 1610, il fut nommé à la chaire de théologie: ses talents étendirent sa réputation, et on lui offrit des emplois plus considérables; mais il les refusa tous par attachement pour ses élèves. Il fut comblé des bontés du landgrave, et reçut des marques d'estime de plusieurs autres princes. Il mourut à Giessen, le 10 septembre 1617, âgé de 35 ans. Son collègue Winckelman prononça son oraison funèbre, qu'il fit imprimer, avec d'autres pièces à sa louange, sous le titre de Cypus memorialis : ce recueil a eu une nouvelle édition en 1650. Helvicus était d'un caractère très-aimable; il fut chéri de ses confrères, et n'eut jamais aucune de ces querelles littéraires alors si fréquentes entre les savants. U préparait plusieurs ouvrages qu'une mort prématurée l'empêcha de terminer; et il en « publié quelques autres dont Paul Freher a donné une liste exacte dans son Theatrum. On se contentera de citer : 1° une Grammaire générale. Bayle souhaitait de pouvoir la comparer avec celle de Port-Royal. 2° Des Abrégés de grammaires latine, grecque, hébraïque, chaldalque, syriaque, et des Lexiques grec et latin. Ces ouvrages, composés d'après un système particulier à l'auteur, n'eurent que peu de succès. 3° Theatrum chronologicum . sioe cAronologia systema novum. 1609, in-fol. Ces tables ont été très-estimées. Jean Steuber en donna une nouvelle édition en 1618; et J. Balt. Schuppius, gendre d'Helvicus, une troisième en 1639. Elles avaient déjà été reproduites en Angleterre, avec des additions d'EUis, et elles l'ont été plusieurs fois depuis. Tann. Lefèvre y a relevé quelques erreurs, et Lenglet reproche à Helvicus d'avoir
(1) K Déni*, Bibl. Vf t. tt NOM.eito parmi le» ouvrages en langue grecque que Helvicus avait compotes alors, une traduction en ver» des lititiquu de Catoa, à treize ans , Tobit , comédie en ven , 4 quinie ans j et un Pittovs sui la descente du Sl-Ë* prit, i dix-sept ans.
94 HEL
trop suivi les prétendus historiens publias par Annius de Vilerbe. 4° Chronologia vnipcrsali; ab origh.e rmundi p*r quatuor sum. imper, ad ann. usqut 1612. Elle a été imprimée en 1618, in-4°, par les soins de Sleuber, et, en 1609, avec une continuation, par Schuppius. 3° Synopsis historiée unirtrtalis. Giessen,1612; Grypswald, 1637, in 4°. 6° Diflerents traités i De dialectitis arase is ; Dera- I tioue tarmina gréera eonscribeadi; De para pkrasi hibliomm chaldàUa; et enfin une Poétique hébnrique dont l'impression était commencée et que l'auteur supprima par des motifs «pie Winckelman n'a point expliqués. On peut consulter, pour plus de détails, Freher, Bayle et les autres auteurs cités dans cet article. W — g.
HELV1DHS, hérésiarque du 4» siècle, disciple d'Auxence, évéque de Milan, et arien , vivait sous le pape St-Damase. Il écrivit un traité où il prétendait prouver par l'Ecriture sainte, qu'après la naissance du Sauveur, la sainte Vierge avait vécu en épouse avec St- Joseph, et qu'elle en avait eu des enfants que les saints livres appellent les frères du Seigneur. Helvidius soutenait en même temps que la virginité n'avait rien de plus parfait que le mariage. La première erreur avait déjà eu cours en Orient, et y avait donné lieu à une secte d'hérétiques appelés anlidicomariauites . laquelle tirait son origine des apollinaristes. Le livre d'Helvi I i us ne fit pas grande sensation, et parut d'abord à St-Jérome ne mériter que du mépris; cependant, à la prière de personnes pieuses, il se décilla à l'examiner et le réfuta : il montre que rien dans l'Ecriture ne favorise cette opinion; qu'au contraire tout y prouve que Marie demeura toujours vierge, et que St- Joseph ne fut que le gardien de sa virginité, il fait l'éloge de cet état qu'd met fort au-dessus de celui du mariage, quoiqu'il ne blâme point ce dernier. St-Épiphanc et Gennade ont parlé d'Helvidius et de l'erreur qu'il avait cherché à accréditer; elle n'eut guère d'autre sectateur que Bonose, évéque de Sardaigne. L — v.
HEL W ici! (George), né le 21 juillet 1588, à Maycnce, où il fit ses éludes, reçut les ordres le 28 août IGOR. Il devint vicaire à St-Alban, le 23 mars 1610, et ensuite à la cathédrale, le 6 février 1616; il obtint aussi par la suite un canonicat à St-Maurice. Dès sa tendre jeunesse il se livra avec ardeur à l'étude de l'histoire, et principalement , à celle de sa ville natale , qui lui doit de grandes obligations. Ce fut le premier qui, avec un zèle infatigable, rechercha dans les archives et autres lieux où ils étaient enfouis les documents cachés, et qui puisa dans leurs sources et publia des faits inconnus au profit de l'histoire de Mayence. 11 avait aussi beaucoup de talent pour la poésie latine; le savant Gudenus , dans sou Codex diplomaticm , t. 2, p. 023, reproduit une élégie remarquable que Helwich composa à l'Âge de quinze ans sur la mort de son condisciple Gaspard, comte de Valevilie, jeune gentilhomme
HEL
français qui étudiait à Maycnce, où il mourut le 30 avril 1603. Lorsque les Suédois occupèrent Mayence en 1631, presque tout le clergé de cette ville se réfugia à Cologne. Helwich fut parmi le petit nombre de ceux qui eurent le courage de rester à la téte de leur troupeau ; il mourut pendant cette occupation, le S décembre 1632, dans la 45* année de son âge. Il a laissé un grand nombre d'ouvrages dont quelques-uns n'ont été publiés qu'après sa mort , et une grande partie est restée manuscrite. Nous nous bornerons à en indiquer ici les principaux : 1° Rlenckut nobilitatis KccUriee Moguntiua, Moguntia:, 1623, in-4°; 2° hloguntia devicta, site de dissidio iuttr duos archiépiscopal Dietherutn et Adoiphum. Francofurli, 1026, in-8°; 3° Conradi, sel potius Christiaui Chroniam Moguntinusn cum annotationibus. Francof., 1630 et Mogunt., 1716, in-8*; 4° Antiquitales Laurishmmenses, Francof., 1631 1 in-4°; 3° Hiitoria et origines comMum de Wartenberg, Amslelod., 1710, in-8°. De ses ouvrages restés manuscrits, les plus remarquables sont: 1° Annules Wormatiense*. dont il ne publia que le l'rodromus en ICI 5; 2e Annales pralatonun et canonicorum ecclesiat metropol. Mogunt., 4 vol. in-fol.; 3° Antiquitales Moguntina ; 4° Histoire généalogique de l'ancienne noblesse rhénane (en allemand) , ouvrage précieux auquel il a travaillé pendant vingt ans et dont il a rassemblé les matériaux avec une persévérance digne d'admiration dans les archives, les églises, les monastères, les nécrologes, etc. 3» Epitaphia et sepulchrorum interiptiones. Une grande partie des ouvrages de Helwich a été reproduite par Joanuis. dans les Scriptores renia* Uoguntàoco^ rum, où l'on trouve aussi son éloge dans le tome 3, p. 13-16. Z.
HELWIG (Jean-Ottoh), né en Thuringe en 1634, étudia la médecine aux universités d'Iéna, d'Erfurt, d'Altorf et de Bâle. U se fit recevoir docteur à Erfurten 1675, et vécut pendant quelque temps à Amsterdam, puis s'embarqua pour Batavia, où, pendant plusieurs années, il étudia la médecine, et se livra à l'étude des curiosités de la nature. De retour en Europe, il visita l'Italie, le Portugal, la France, les Pays-Bas, l'Angleterre et le Danemarck : il possédait presque toutes les langues de ces pays. L'électeur palatin le fit son conseiller, son premier médecin, et professeur à Heidelberg; Charles 11, roi d'Angleterre, lui donna le titre de baronnet, et le roi de Danemarck, celui de son conseiller. Helwig se fixa ensuite à Bareulh, en Franconie, où il mourut en 1698. H s'était beaucoup occupé de chimie, et de cette espèce de physique ou de cosmogonie que l'on appelle mosaïque ou hermétique. L'ouvrage qu'il a composé sur ce sujet singulier {X'lutrottus, etc.), est un des plus curieux que l'on connaisse. 11 y développe ses idées sur la formation des mixtes , et sur la substance unique et homogène dont il les croit composés. 11 prétend même y reproduire aux yeux et aux autres sens une microcosmogonie ou
formation d'un petit monde. On a de Helwig : 1° httroUus m teram otque inauditam pkysictm. Batavia, 1678; Hambourg, 1680, in-8»; Heidelberg, 4680, in-12, augmente' de deux lettres, dont une aux frères de la Rose-Croix. Cet ouvrage, adressé à l'Académie des curieux de la nature, a été traduit en français par Massiet de la Garde, Londres, 1682, in-8°. 2» Cent mm nmturm eoncentrntum , sire tract u lus de régénérât» sale naturcr quod improprie vocant lapider* pbilosophorum. Dantzick, 1682, in-12. 3" Judicium de viribus her. meticis, Amsterdam, 1683, in-12. 4* Observatio de rébus tariis indicis, dans les Ephemer. nntur. cunos., années 9 et 10. — Christophe Helwic, son frère, né en Tburinge en 1663 , le suivit dans ses voyages; mais il revint en Europe en 1688. H fut médecin à Tennstadt, puis se vint Axer à Erfurt, où il mourut en 1721. 11 s'était livré particulièrement à la botanique, et il composa un grand nombre d'ouvrages sur cette science, la plupart en allemand, sous les pseudonymes de Valentin Krautermann , Gaspard Schrocder et Constant Alétopbile llerzberger : les principaux traitent des Exotica curiosa, Francfort, 1711, in-8°; de l'économie rurale et domestique; des animaux et de la médecine vétérinaire , de celle des pauvres , de la nielle, etc. On a encore de lui des dissertations particulières de antimonio, ci eut a et siiuro, Greifswald , 1708, in-40; de creta, 1705, in-4»; de rnbrica, 1711, in-4°; de studii botanici nobitUeUe, oratio, Leipsick, 1696, \n-l° , de ckterophyllo, 1711, in-4° ; de quinquina Europeorum (l'écorce de fn'ne), 1712, in-4"; de ligno br eut lien si. 1709, in-4°. — Helwig (Jean), né à Nuremberg en 1609, étudia la médecine, et se lit recevoir docteur à Padoue. Revenu dans sa patrie , il entra dans le collège des médecins, et exerça son art avec succès jusqu'en 1649 qu'il alla se fixer à Ratisbonne, où il mourut en 1674. On a de lui : 1° Mphabetum imtrieum, Nuremberg, 1631, in-fol.; 2° Obsertationes phusko-medkœ poslkuma, Vienne, 1680, in-4*. D. L.
HELWIG (George-Armé), minéralogiste et botaniste, naquit en 1666 à Angerburg en Prusse, étudia la théologie dans les universités de K a nigsberg et de léna, et s'appliqua dans ses loisirs avec succès à l'élude de l'histoire naturelle. Après avoir voyagé en Allemague et en Italie, il commença de donner à léna des leçons publiques qui forent fort applaudies; mais il fut obligé de les interrompre , et de se rendre à Angerburg pour y aider son père dans ses fonctions de ministre du saint Évangile. Il fut, en 1703, après la mort de son père, nommé pour lui succéder, devint prévôt et archipretre, et termina le 3 janvier 1748 sa longue carrière. Helwig a enrichi l'histoire naturelle d'observations intéressantes et en partie nouvelles. Il avait formé plusieurs herbiers trèsconsidérables, dont l'un se voit à la bibliothèque royale de Dresde, et un autre a été vendu à St- Pétersbourg. Nous citerons parmi ses ouvrages :
DÊL 95
i° Fiora auasmodagtnita, seu mumeratio plantarum indigenaritm in Prussia , quorum im herbariis hoc tenus editis Borusricù, ont nu Ha. aut superficiartm farta est mentio, additis nonnuitis konibus, descrijh tiomibus et obsenat., neenon annexa fiorilegio ad clima Prussias acannmodato; cum Praf J. P. Breynii, Dantzick, 1712, in-4°, avec 3 planches. La préface de Breyn traite des auteurs qui ont écrit sur l'histoire naturelle de la l>rosse et de la Pologne, et rectifie quantité d'erreurs qui s'étaient glissées dans la Flora Prussica. On trouve dans le corps de l'ouvrage la figure de quelques plantes nouvelles. 2° Tractalus de iapidibus et fossilibut, Kœnigsberg, 1717, in-4°. 3° Litkograpkia Angerburgka. ibid., 1717-1720, 2 vol. in-4°, avec beaucoup de planches. Le second volume de cet ouvrage, assez curieux , traite des pétrifications des règnes animal et végétal, d'autres fossiles qu'on a découverts dans le district d'Angerburg, et surtout de l'origine des pierres littéraires (qui offrent des lettres tracées naturellement), à l'occasion d'une semblable pierre qui représente les lettres latines L, V, R. On sait que l'imagination et quelquefois la supercherie aident assez souvent a ces sortes de jeux de la nature. 4° Flora Campana, seu Putsalilia cum suis speciebus et varittatibus , Leipsick, 1719, in-4», avec 12 planches. Ce petit ouvrage contient la description de quelques espèces nouvelles. 5° Supplementum Flora Prussieat, Dantzick, 1726, in-4°. Outre la description d'un grand nombre de mousses, on y trouve aussi celle de quelques plantes. Helwig a laissé en manuscrit, Tournefortius Prussiens seu enumeratio plantarum in Prussia ind<9enarum. B — a— D.
HÉLY0T (Pierre), savant religieux piepus, connu aussi sous le nom de P. Hippoluie. naquit à Paris en 1660 de parents moins distingués par l'ancienneté de leur famille que par leurs vertus héréditaires. Il embrassa la vie monastique à l'âge de vingt-trois ans dans le couvent du tiers ordre de St-rrançois , fondé et doté par son oncle, Jérôme Hélyot, chanoine du Saint-Sépulcre. Se* supérieurs l'envoyèrent deux fois à Rome; et il profita de cette circonstance pour visiter l'Italie en homme curieux de s'instruire. De retour dans sa patrie , il fut choisi pour secrétaire par plusieurs provinciaux de son ordre ; ce qui lui fournit l'occasion de parcourir la France, et d'achever de recueillir les matériaux nécessaires pour le grand ouvrage dont il s'occupait : il y travailla pendant vingt-cinq ans, en fit paraître les quatre premiers volumes, et mourut pendant l'impression du cinquième, dans le couvent des Piepus, près de Paris, le 5 janvier 1716, âgé de 36 ans. L'ouvrage du P. Hélyot est intitulé Histoire des ordres monasti* ques religieux et militaires, et des congrégations séculières de l'un et de l'autre sexe, qui ont été établis jusqu'à présent; contenant leur origine, fondation, progrès , événements considérables , leur décadence, suppression ou ré/orme, etc., Paris, 1714-21, 8 vol. in-4°. Les trois derniers sont du P. Maximiben
96 HÉM
Bullot, Pun de ses confrères (1). Cet ouvrage, le plus complet qu'on ait sur cette matière, est trèsestime'. 11 a été* abrégé sous le titre d'Histoire du clergé régulier, Amsterdam, 1716, 4 vol. in-8°, et d'Histoire des ordres militaires, ibid., 1721, i vol. in-8° ; mais cet extrait, fait avec trop peu de soin, n'est recherché que pour les gravures dont il est orné. L'Histoire des ordres monastiques a été réimprimée à Paris, 1829 et années suivantes, 10 vol. in-8°, revue et corrigée, disposée dans un meilleur ordre par une réunion d'ecclésiastiques (ou plutôt par le chevalier de Roujoux) et enrichie de plus de 800 ligures gravées d'après les dessins de II. Bouillon ; et de nouveau en 1838, 7 vol. grand in-8", avec notices, annotations et comple'ment par V. Pbilipon de la Madeleine. Ces éditions présentent le double avantage d'être bien exécutées et d'être d'un format plus commode. — Une autre édition de l'Histoire abrégée a été publiée, revue, corrigée et disposée dans un meilleur ordre, par une réunion d'ecclésiastiques et d'hommes de lettres, Paris, 1837, 2 vol. in-4°. On a encore du P. Hélyot quelques ouvrages ascétiques, parmi lesquels on cite le Chrétien mourant, Paris, 1705, in-12. W— s.
HÉMÉItÉ (Claude), docteur en théologie, né à St- Quentin, dans le 16e siècle, acheva ses études à Paris, et y fut admis, en 1611 , dans la maison de Sorbonne. Nommé, l'année suivante, principal du collège de sa ville natale, il en remplit les fonctions jusqu'en 1628, avec autant de lèle que de succès. U obtint alors sa retraite, avec un canonicat; mais il ne tarda pas à se lasser d'un genre de vie qui convenait peu à son activité naturelle : il revint à Paris, et le cardinal de Richelieu s'intéressa pour qu'il pût y demeurer en conservant son bénéfice. 11 fut choisi, en 1638, pour remplir la place de bibliothécaire de Sorbonne. Il consacra le reste de sa vie à l'étude, et mourut eu 16r>0, âgé d'environ 70 ans. On a de Iui:l° Carthusianus , site lier ad sapientiam, St- Quentin, 1627, in-g°. C'est un choix des plus belles sentences des Pères grecs et latins, et des auteurs ascétiques les plus estimés. Il l'avait composé pour son frère, chartreux, et il le dédia au général de cet ordre. 2° Cérastes in semita, Paris, 1632, in-8°. Quelques calvinistes étant venus s'établir à St- Quentin, il publia cepoè-me dans le dessein de prévenir ses compatriotes contre leurs erreurs. 3° De s chu li s pubtieis, earumque magisteriis , Dissertatio pro regali ecetesia S. Ouintini. ibid., 1633, in-8*; 4° De academia Parisiensi : Qualis primo fuit in insula; et de episcoporum sckotis liber, ibid., 1637, in-4°. Dans l'épttre dédicatoire au cardinal de Richelieu, il annonce que son intention était d'écrire l'histoire de la m >ison de Sorbonne, mais 'il a renoncé à ce projet, et qu'il se propose donner celle de la faculté de théologie de
(1) Le P. Bullot , mort i Paris en 1748 , est encore tuteur d'un Cemncnlaire lur ta rigU 4$ St-Fra»fou.
HÉM
Paris, pour laquelle il a déjà rassemblé de nombreux matériaux. Ses notes passèrent à Égasse du Boulay, qui s'en servit pour son Histoire de l'université de Paris. 5" Augusta Viromanduorum vindicata et illustrata, Paris, 1643, in-4°. Dans la première partie, il réfute Jacques Levasseur, chanoine de Noyon, qui place Y Augusta Viromanduorum au bourg de Vermand, et il prouve que St- Quentin occupe l'emplacement de cette ancienne ville. La seconde partie contient l'histoire chronologique de St-Quentin, depuis son origine jusqu'au 17« siècle. Cet ouvrage, dit Hordret, bon juge dans cette matière, est fait avec soin, très-précieux, mais trop sommaire, et écritdans une langue trop peu connue de nos jours. (Voy. Histoire des droits anciens de Saint-Quentin , p. 9.) W — s.
HÉMERT (Paul van), écrivain et philosophe hollandais, né en 1736, à Amsterdam, commença ses études dans cette ville, et passa à l'université de Leyde, puis à celle d'Utrecht où il reçut le grade de docteur en théologie. Nommé successivement prédicateur à Baarn et à Wik-hi-Duurstcde, il eut avec le consistoire des démêlés sur des matières doctrinales , publia quelques lettres à ce sujet et renonça enfin à ses fonctions ecclésiastiques pour se livrer uniquement à la littérature. U remporta plusieurs prix à la société Teylerienne de Harlem, un entre autres sur cette proposition : « Tout homme, doué de jugement, n'est pas scu- « lement autorisé, mais obligé de juger par lui - « même en matière de religion. » C'était précisément pour cette opinion qu'il avait été précédemment accusé d'hétérodoxie devant le consistoire. Retiré dans les dernières années de sa vie à la Haye, il y mourut le 10 février 1823. Van Hémert était membre de l'Institut des Pays-Bas, et secrétaire de la société de bienfaisance dont il seconda avec beaucoup de zèle les travaux de défrichement et de colonisation. Outre un discours en hollandais sur le sublime , et un opuscule sur Us opinions des premiers chrétiens et Pérès de l'Église relativement à la personne du Christ, publié en 1797, SOUS le nom de Paulus Samosatenus, on a de lui : 1° Etéments de la philosophie de Kant ( B -gins fis , etc.), Amsterdam , 1796 , 4 vol. in-8» ; 2° Magasin critique {Magasine, etc.), ibid., 1798-99, 6 vol. in-88. C'est une défense du même système philosophique. Daniel Wyttenbach (voy. ce nom) l'ayant attaqué dans sa Bibliothèque critique, et dans sa Philomathie, van Hémert répondit par deux brochures (Epistola, Trias epistolarum, 1810). Enfin , pour repousser une autre attaque d'un élève de Wyttenbach (M. Mahne, professeur à l'université de Gand),il fit paraître un dialogue satirique, intitulé Strenna Pauti van Hemert ad Danielem Wyttenbachium. missa ipsis kalendis janunriis 1814; 3° Des mélanges de littérature, de philosophie et d'histoire, 1807, 11 vol. Z.
HEMEY IXACBEBJVE (l'abbé Nicolas-Philibert), né en 1739 à Châlons-sur Marne, où il fit ses premières étude», vint les achever à Paris, et y obtint
HEM
un tel succès que peu après l'évêque de Lescar le nomma ton grand vicaire. Celui d'Autun(Marbeuf) lui confira plus tard les mêmes fonctions. Ce prélat étant président des états de Bourgogne, Henu v l'aidait dans cette administration temporelle, comme dans celle du diocèse; et lorsqu'il fut chargé de la feuille des bénéfices en 1777, l'administration du diocèse fut presque entièrement confiée au grand vicaire. En 1780, il succéda au neveu de Hassillon, dans l'abbaye d'Ëbreuil, diocèse de Clermont. En 1781, il fut nommé à un siège épiscopal qui est , à ce que l'on croit , celui de Digne; mais il refusa par modestie. L'évêque d'Autun ayant été nommé en 1788 à l'archevêché de Lyon, l'abbé Hemey l'y suivit, et des changements importants furent opérés. On éloigna de l'enseignement la théologie dite de Lyon , publiée par le P. N'alla , et les professeurs qui tenaient trop ouvertement au jansénisme , favorisé par M. de Monta z t , furent renvoyés. Lorsque la révolution arriva , Hemey crut trouver un asile dans son abbaye d'Ëbreuil, mais il y fut bientôt menacé et obligé de prendre la fuite; c'est alors qu'il confia son mobilier , ses papiers et ses livres , à une famille sur la fidélité de laquelle il croyait pouvoir compter. A peine était-il parti, que le mobilier fut pillé et la maison abbatiale mise en vente. Ses livres, des extraits, des notes, fruits de longues recherches, furent dispersés ou brûlés. Après avoir erré longtemps en ttressc, en Suisse et en Savoie , il vint se cacher à Paris , où il fit paraître, sous le voile de l'anonyme : Anecdotes sur tes décapités. 1796, in-8°. S'étant lié avec l'abbé Ëinery, il l'aida de ses lumières, pour la publication du Cli mil ' mit me de Bac un . des Pensées de Leibuiti et de Descaries, et de quelques autres écrits (roy. Énkrv). Une circonstance particulière pouvait alors être fort utile à d'Auberive. Cet ecclésiastique avait été autrefois chargé par la maison Marbeuf de conduire à l'école de linon ne le jeune Napoléon Bonaparte. Celui-ci , devenu maître de la France , n'oublia pas un tel service. L'évêchéde Digne, et ensuite celui d'Agen, furent offerts à d'Auberive; mais il les refusa l'un et l'autre, et, quoique vivement pressé par le cardinal légat, il obtint la permission de vivre dans la retraite. Ce fut dans ce temps-là qu'il publia la Doctrine de f Ecriture sur Us miracles, Paris, 1808, 3 vol. in-12, ouvrage traduit de l'anglais de Hay, vicaire apostolique en Ecosse, par Nagot, prêtre de St-Sulpice. A la sollicitation de l'abbé Émery, Hemey entreprit son travail sur Bossuet, dont on voulait de nouveau publier les OEuvres. On s'était d'abord proposé de continuer l'édition commencée par D. Deforis; mais on y renonça bientôt. Un imprimeur de Versailles fut chargé de l'impression. Hemey, qui soignait l'édition, publia un Prospectus, contre lequel on fit paraître une brochure ; il ne daigna pas y répondre, et en 1813, il présenta les deux premiers volumes de Bossuet à Louis XVU1, qui lui dit les choses les
nr\i
plus flatteuses. D'un tempérament très-robuste , l'abbé Hemey n'avait jamais été malade; il fut enlevé subitement à Paris, le 10 octobre 1816, par suite d'un effort qu'il avait fait en soulevant quelque chose de trop pesant. G — \ .
IIEMMERL1N. Voyex Kempis cl Malleolus.
HEMMINGFORI) (Gautier de), historien anglais du 14e siècle, mort à Gishorough en 1317, était chanoine régulier de l'abbaye de ce nom, près de Cleveland, dans le comté d'York. On a de lui une relation historique , qui commence à la conquête par les Normands, et finit au règne d'Edouard II. c'est-à-dire, de 1066 à 1308. Cette chronique est écrite avec soin et exactitude , et d'un style passable pour le temps. Gale l'a publiée dans »e< Veteres scriptores, avec une notice sur l'auteur; et Th. Hearne en a donné une édition en 1731, Oxford, 2 vol. in-8°. X— s.
HEMPEL (Frédéric-Ferdinaxd), écrivain saxon né à Meuselwitz en 1778, avail rempli les fonctions d'avocat auliquedu duc de Saxe-Altenbourg, et s'était caché souvent sous les pseudonymes d'Esprit mde(Spiritusasper),<\c Pérégrin Syntaxe, de Simplicissime, de Nestorius, de Cébès, lorsqu'il mourut le 4 mars 1836, à Pcstb. Nous indiquerons parmi ses ouvrages: 1° Le duc de Saxe-AUtnboutg et ses paysans , Altenbourg, 1819; 2° Pensées nocturnes sur ["abécédaire ; 3° Les mac le s politiques. (> titre annonce assez que Fauteur a voulu être piquant; il y a réussi parfois. 4° Feuilles d'Orient : 5" l'Almanack sans titre; 6° un Dictionnaire de rimes;!9 le Banquet (recueil de chansons), Altenbourg, 1825 ; 8° Divers articles dans la Géorgie de Kilian, dans la Gatette du soir, dans YUranie, dans la Feuille de conversation pour la littérature, ei autres ouvrages périodiques. P — ot.
HEHPR1CH (Guillaume-Frédéric), naturalisé et voyageur prussien, né le 24 juin 1796, à Clat*. où son père était chirurgien du cercle de la ville, se fit remarquer par la rapidité de ses progre», tant au gymnase de sa ville natale qu'à l'universUde Breslau. Ses études furent interrompues par les soins qu'il donna aux blessés durant la guerre; il fit une partie de la campagne de France en 1814. Les fatigues qu'il éprouva altérèrent sa santé; à la paix, il acheva son cours de médecine à Berlin. L'histoire naturelle et surtout la zoologie le captivèrent, et dès l'âge de vingt trois ans il publia sur cette science un ouvrage qui lui ouvrit les portes de plusieurs sociétés savantes. Vers le même temps, eu 1820, il se lia d'une étroite amitié avec M. Ehrenberg, botaniste distingué, et tous deux furent désignés par l'Académie des sciences de Berlin , pour se joindre comme naturalistes a l'expédition que le général Henu de Hinutoli entreprenait pour faire des recherches scientifiques en Orient. Au mois d'août la plupart des personnes qui devaient la composer se trouvèrent réunies à Trieste; on fit voile le 3, et on débarqua le 2 septembre dans le port d'Alexandrie. Dès \< 17, on essaya une excursion vers Tcheilc; enfin,
sa HEM
le l*r octobre, oa se mit en route avec une nombreuse caravane pour la Cyrénatqne. De» querelles continuelles arec les Bédouins qui faisaient partie 1e la troupe, causèrent un tel découragement qu'elle se sépara. Le général Minuloli prit le chemin de l'oasis de Siouah. Les naturalistes et les savants avancèrent jusqu'à la frontière de Tripoli, et résolurent d'attendre le retour d'un messager expédie au gouverneur de Derne, capitale de la Cyre'naïque ; ce fut vainement. On s'enfonça donc dans le désert au sud, et l'on mareha vers Siouab. Les chefs de cette oasis, regardant les Européens comme des espions, menacèrent de faire feu sur eux s'ils s'avisaient de sortir d'un emplacement qu'ils leur assignèrent. On fut obligé de regagner Alexandrie. Plusieurs voyageurs tombèrent malades, quelques-uns moururent au Caire. Hemprich et Ehrenberg se conformèrent à leurs instructions, et voulurent visiter le Fayoum ; mais un-' flèvre nerveuse qui attaqua ce dernier, en mars, interrompit l'exécution de ce projet. Ehrenberg, rendu à la santé par les soins continuels «le son ami pendant trois mois, put aller avec lui, en juillet , dans le Fayoum. Un de leurs adjoints s'e'lanl refroidi sur les bords du lac Ma vis . termina ses jours eu Egypte. Depuis août 1821 jusqu'en février 1823, Hemprich et Ehrenberg suivirent en Nubie l'armée d'Ismati-Pacha, fils de Mohammed, et y firent d'amples récoltes tn histoire naturelle. Ils étaient parvenus au désert d'Emboukol et de Corti, qui sépare les uns des autres le Sennar, le Dongolah et le Kordofau. La diminution de leurs finances et le désir de mettre en sûreté leurs collections, les décidèrent à une séparation momentanée. Hemprich de retour à Alexandrie, trouva, au lit u d'argent, un ordre de revenir. Ehrenberg resté à Dongolah quitta bientôt ce canton, livre aux troubles par la mort violente dlsmatl- Pacha. Sa santé avait beaucoup souffert de la chaleur du climat; il perdit deux personnes de sa suite. Uemprich et Ehrenberg réunis, furent obligés de vendre leurs chameaux et leurs effets. Ils se préparaient à regagner l'Europe, quand la nouvelle d'un prochain envoi de fonds leur arriva. Ils entreprirent alors une course à Suez, au mont Sinaï et aux Iles du golfe d'Akaba jusqu'à Uohilé; elle dura de mai 1823 à mars 1824. Cependant, les ravages de la peste leur firent quitter Alexandrie; durant trois mois, ils parcoururent le Liban et la Cœlesyrie jusqu'à Balbekj au commencement d'août, ils revirent l'Egypte. Avec de nouveaux fonds, ils reçurent l'ordre de continuer leur voyage. Le 27 novembre, ils s'embarquèrent à Suez pour Djidda, et de là ils allèrent vers la Mecque, afin «le bien déterminer le fameux végétal qui donne le baume. A Gomfodab, plus au sud, un gouverneur turc qu'ils avaient guéri, leur témoigna sa reconnaissance en leur fournissant une escorte pour le mont Derban, qui est dans le voisinage. Us longèrent ensuite la côte de l'Arabie jusqu'à Loheia, et, le 24 avril 1823, atteignirent
l'Ile de Massaouah sur la cote d'Abyssinie. Les premières tentatives pour recueillir des objets d'histoire naturelle dans ce pays furent heureuses; mais bientôt les choses changèrent de faee. Plusieurs de la suite des deux naturalistes tombèrent malades , quelques-uns moururent ; Hemprich , fatigué d'une course pénible dans les monts Gbe- «lam, fut pris de la fièvre; il expira le 30 juin 1825. Ehrenberg, privé de son ami, ne dut plus songer qu'à quitter l'Afrique. Il revint en Egypte, par Djidda et CosscTr , et au commencement de novembre, rentra dans le port de Trieste. On a de Hemprich, en allemand : Histoire naturelle pour Us écoles supérieures, Rerlin, 1820, in-8*. Ce livre fut trouvé si utile, que plusieurs écoles t'adoptèrent pour base de l'enseignement. Hemprich avait composé un grand ouvrage sur les amphibies; il allait le faire imprimer quand il partît pour le long voyage qui lui coûta la vie. M. EhrenberR, qui a publié le résultat de leurs recherches communes, a joint, sur le titre, le nom de Hemprich au sien. M. «le Humboldt a lu, en 1826, à l'Académie «les sciences «le Berlin, un rapport sur ce voyage, dont nous avons profité pour cet article. e — s.
HEHRICOURT (Jacques de), gentilhomme liégeois, chevalier de m -Jean de Jérusalem, n'était pas de U famille qui porte encore aujourd'hui ce nom, comme il est aisé de le voir par In manière dont il en parle en plusieurs endroits de Miroir. Son nom de famille était Tomboit. H cendait par les femmes, de la maison de martin. Né à Liège en 1333, il mourut fe 18 décembre 1103. U a laissé deux ouvrages écrits en vieux français, et imprimés à Bruxelles en 1673, fn-fol., avoe une traduction pres«pie aussi obscure que l'est l'original. Le premier a pour titre: Jrïroir d't nobles de Hnsbaye. C'est un recueil de généalogie de la noblesse liégeoise. L'autre e«t intitulé Abrégé det guerres d'tiwant et de Wnnmx. Cet auteur a encore laissé un Traité de la temporalité, et autres curieux Recueils. Cet ouvrage, qui traite du domaine temporel du prince évéque de Liège, n'a point été imprimé. Hemrieourt avait été successivement bourgmestre de Llég«, secrétaire de. la ville et maleur. On voit par ses écrits qu'il avait une à nie franche et vertueuse. H. l'abbé de Villenfagne a publié dans VKsprèt des Journaux de 1786 une Notice sur cet auteur et sur ses ouvrages. T— ».
UEMSEN (Jean Tt chse»), né dans Jtle de Foehr, duché de Sleswig, en 1 792, était ut* «l'un capitaine de navire. Sa mère, fille du pasteur de la commune, le m instruire par cet ecclésiastique ; Hcmsen étudia ensuite la théologie a Copenhague, puis à Ccettingue , où les cours de philosophie eurent aussi beaucoup d'attrait pour lui. Afin de se perfectionner dans cette science, H se rendit en 1824 à Kiel, auprès du professeur Retahold. De retour à GoJtUngue, il y prit les degrés de docteur en philosophie, et obtint U faculté d'enseigner la
HEM
théologie; en 1893, il fut nommé professeur extraordinaire de théologie, et second prédicateur de l'église de l'université*. Celle-ci lui accorda le diplôme honoraire de docteur en théologie. Mais sa carrière comme professeur et pasteur fut très-courte: il mourut le 14 mai 1830, après une inalndie de près d'une année, pendant laquelle il avait pourtant continue' de se livrer à ses travaux scientifiques. Ses principaux écrits sont : \°Anaxagorat Klazowen , seu de rita ejut et philotophia, Gorttingue, 1821 ; 2° Examen de l'authenticité des écrit* dr Jean l'Êcaugélitte, Sleswig, 1823. C'est une réfutation des l'rot>abifitét (Probabilien) de Bretschneider; 3°!' Apôtre St-Paul, sa vie, set actions et tes écrits, puhlië après la mort de l'auteur, par le docteur Lûtke, Cœttingue, 1830. Il a été éditeur de l'ouvrage historique du docteur Stoendlin , oncle de sa femme: Littérature de thittoire ecclétiastique . Hanovre, 1827; et de Berengarii Turonentit liber de ticra ea-na adrertns Lin/rancum. Leipsick, 1830. C'est seidement un? partie du manuscrit conservé à Wolfenbuttel, que Hemsen a publié, sur la copie que possédait Stœudlin. Ce traité entier de Bércnger de Tours a paru à Berlin en 1834, par les soins de MM. Vischer. Hemsen a fourni des articles au journal savant de Gœt- Ungue, et à la Nouvelle bibliothèque critique de Seebode. B — g.
HEMSKF.RK. Voyez lin m^kvi k
HEMSTERHUYS ( Tintur. ), l'un des plus savants hellénistes du 18e siècle, naquit à Croningue le l,r février 1085. 11 montra dès l'enfance les dispositions les plus remarquables. A quatorze ans, il était déjà entré à l'université, et II suivait les leçons des plus habiles professeurs, quand la plupart des jeunes gens de cet âge en sont encore nux éléments. Lfl mathématiques eurent pour lui un attrait singulier, et il s'éleva aux plus hautes spéculations de la géométrie avec un tel essor, que Jean Bernoulli, qu'il avait pour profrsseur, le regardait comme le premier de ses élèves. Après avoir passé quelques années à l'université de Croningue, il vint à Leyde, attiré principalement par la réputation de l'érixonius, qui professait les belles-lettres, et surtout l'histoire ancienne, avec un éclat et un succès dont il n'y avait pas encore eu d'exemple. Ce jeune Hemsterhnys fit de rapides progrès dans l'étude de la littérature et des langues savantes; et sa réputation fut bientôt si grande, que les curateurs de l'université de Ceyde le chargèrent de mettre en ordre les manuscrits de la bibliothèque. Cette marque de confiance faisait croire généralement (pic la chaire de grec qu'occupait Jacques Gronovius serait , si elle venait à vaquer, donnée à Hemsterhuys; mm H en fut autrement; C.ronovhis mourut; et, par l'effet de certaines intrigues, il eut 1 laver-camp pour successeur, t'arhénée d'Amsterdam offrit , en 1703, à Hemsterhuys, la chaire de philosophie et de mathématiques. Ce professeur de vingt ans ne parut point au-dessous de ces foncions diftl-
HEM fiO
elles. Brockbuys, Bergler et Kuster vivaient alors è Amsterdam. Il se lia d'une étroite amitié avec eux ; ce commerce décida sa vocation , et l'attacha pour toujours aux lettres savantes. Vers cette époque, Il fut invité è terminer l'édition de Pollux, que Céderlin avait commencée. Encouragé par Graevius, il accepta cette tâche laborieuse, et s'en acquitta d'one manière satisfaisante ; mais deux lettres qu'il reçut de Bentley vinrent altérer la joie de ce succès, en lui ouvrant les yeux sur les imperfections de son travail. Ce grand critique y corrigeait avec son talent accoutumé plusieurs passages de portes comiques cités par Pollux, et contre lesquels avait échoué la sagacité du jeune éditeur. Hemsterhuys fut presque découragé. Pendant deux mois, il n'ouvrit pas un livre grec, et il parlait partout, même dans sa chaire , des lettres de Bentley et du déplaisir qu'elles lui causaient. Mais il ne tarda pas a sentir qu'il n'y avait point de comparaison à établir entre un novice I tel que Ini, et le prince des critiques; que ses fautes n'avaient rien de honteux, et ne devaient pas lui faire perdre courage. Réconcilié bientôt avec lui-même et les lettres grecques, il résolut d'acquérir, par de grands efforts , l'érudition qui lui manquait encore, et de prendre pour modèle le censeur même de ses premiers essais. Alors, il se mit à lire tous les auteurs, commençant par le plus ancien , et s'avançant ainsi par degrés d'âge en âge jusqu'au plus moderne; et il les lisait toujourf la plume à la main, notant dans de vastes recueils et les choses et les mots, et les imitations et le» passages corrompus, enfin tout ce qui lui semblait digne d'observation et mériter dVtre retenu. C'est è cette méthode qu'il dut cette richesse de lecture, ce luxe de passages , qu'il a déployé quelquefois jusqu'à l'abus dans ses différentes productions. Hemsterhuys introduisit dans l'étude du grec une méthode fondée sur l'analogie, et par laquelle réduisant le termes à leurs éléments primitifs, il en déduisait avec autant île clarté que de simplicité toutes les autres formes que prennent les mots innombrables de cette langue s* étendue et si riche. Sa méthode fut développer par Walckenaer et Cennep , et adoptée dans toutes les école* de la Hollande. Viltoison k» (Il connaître en France, où elle fut froidement accueillie; elle l'a été plus froidement encore m Allemagne; et k-s ahus de ee système étymologique y ont été vivement critiqués. Mais Hemsterhuys a rendu aux écoles de son pays un service plus grand que celui de sa méthode. A l'époque où il entra dans la carrière littéraire, le grec «tait tort négligé. Crosius, les Gronove, les lleinsius, Grxvius, héritant des principes de Joseph Scajiger , le restaurateur des lettres en Hollande, avaient partagé leur culte entre les Mus s grecquœ et latines-, mm «je aèle s'était ralenti; et ee met de Juste-Cipee, que la connaissance du grec fait honneur à un savant, mais ne hi» est pas nécessaire, semblait être devenu la devise de presque tous les littérateurs du cette
ton HEM
époque. Il fallait un autre Scaliger pour retenir les Muses grecques près tle s'enfuir. L'exemple d'Hemsterhuys produisit cette heureuse révolulion. Comme lui , on voulut réunir l'étude des deux langues et les faire marcher de front, et la Hollande lui dut la supériorité qu'elle obtint pendant presque tout le dernier siècle en manière de ■ rilique et de phUologie. Cet homme si habile a peu écrit. Il était riche; et, s'il faut en croire Mosheim, il aimait le plaisir; voilà plus de raisons qu'il n'en faut pour être paresseux. Ses disciples et ses amis ont dit, pour l'excuser, qu'il ne pouvait s'arracher au charme de lire et de méditer, et que, quand il se décidait à prendre la plume, il ne lui était presque jamais possible de satisfaire x>n propre goût , et de croire ce qu'il écrivait digne des yeux du public. On a de lui : 1° La Continuation du Polluz de Léderlin, dont nous avons déjà parlé. Mécontent de ce travail , dont Bentley lui avait si bien montré le faible, il avait composé un nouveau Commentaire qu'il se proposait de donner à part, un commentaire immense , où il avait répandu tous les trésors de sa vaste lecture; ».i mort en a empêché la publication. 2° Un Choix Ht dialogues de Lucien, avec des notes. Il y en a plusieurs éditions; la première est de 1708. Le mérite singulier de ce petit ouvrage fut cause que l< s Wetstein.qut avaient le projet de donner les œu- ' f < > complètes de Lucien, désirèrent qu'il emsterhuys en fût l'éditeur. L'édition fut commencée en 1 720 ; et en 1757, ou n'était encore parvenu qu'au Dialogue des Sectes à {"encan, c'est-à-dire à peu près an tiers de l'ouvrage. Cette lenteur sans mesure força les YYetstein de chercher un successeur à Hemsterhuys; et Reitz , aidé de Gesner, acheva médiocrement, pauvrement et sèchement, ce que le premier avait commencé avec une érudition Admirable, bien qu'un peu surabondante. Ce luxe de doctrine, cette profusion savante, rendirent encore plus sensibles la maigreur et la nudité des nouveaux commentateurs ; mais enfin , ils terminèrent l'édition de Lucien; et si elle est, pour l'interprétation, la meilleure qui ait été donnée, ifat aux notes «l'Hemsterhuys qu'elle doit cet avantage. 3» Le Ptutus d'Aristophane, avec des notes (1744). Hemsterhuys en avait promis une seconde édition , avec un commentaire plus étendu; mais elle n'a point paru. Le travail •l'Hemsterhuys sur cette comédie est digne de sa réputation et de son talent. Il est juste toutefois d'observer qu'il a commis quelques erreurs légères, faute de connaître parfaitement les règles de la métrique. Sur ce point, il n'avait pas assez profité des conseils que Bentley lui avait donnes; et cette ignorance ne porte pas sur certaines règles «•«niroversées de la versilication lyrique; c'est dans la mesure facile et presque vulgaire deslauihiques que l'illustre éditeur se trompe. M. Schaefer a réimprimé, au commencement de ce siècle, ce volume dilemsterhuys , avec d'importantes additions. 4° Plusieurs Harangues latines, composées
HEM
pour différentes solennités académiques. Walckenaer, le plus savant des disciples dilemsterhuys, en a rassemblé six dans un recueil publié en 1781. Comme il n'est pas fort aisé à rencontrer, surtout en France, l'on ne trouvera sûrement pas inutile que nous donnions les titres de ces discours : 1 . De St-Paul ; 4. De la supériorité de la langue grecque, prouvée par le génie et les mœurs des Grecs ; 3. Qu'il faut faire tourner l'étude des lettres à la correction des mœurs; 4. Qu'il faut joindre l'étude des sciences mathématiques et de la philosophie à celle des lettres; 3. Eloge de Campége Vitringa fils ; 6. Éloge de George d Arnauld. 3° Des Notes sur Xénophon d'Éphèse, imprimées d'abord dans lesObtercations mêlées d'Amsterdam, et réimprimées par extrait dans la bonne édition que le baron de Locella a donnée de ce romancier. 6° La traduction latine des Oiseaux d'Aristophane dans l'édition de Kuster. 7° D'excellentes Notes, dans le Thomas Magtster de Bernard, dans le Calliinaque d'Ernesti, dans l'IIésychius d'Alberti, dans le Properce de Burmann. A la fin du commentaire de Raphélius sur le Nouveau Testament, il y a trois pages de Remarques anonymes sur St- Chrysostome; elles sont d'Hemsterhuys. Saxius, qui les indique, leur donne l'épilhète de praclar»; l'éloge pourra sembler un peu exagéré à ceux qui les liront. Hemsterhuys est mort le 7 avril 1706, à l'âge de 82 ans. Ses papiers et ses recueils, que l'on avait eu longtemps l'espoir de conserver , et dont la bibliothèque publique de Leyde devait s'enrichir , ont été dispersés sans que l'on ait pu découvrir en quelles mains ils sont tombés. Son éloge a été écrit en latin par Ruhnkenius, 1708, in-i°; c'est un chef-d'œuvre de goût et de style, qui a été plusieurs fois réimprimé. B — ss.
HEMSTEBJHJYS (Fbaxçois), philosophe hollandais, né en 1720, hérita des qualités estimables et des profondes connaissances de son père ; il passa la plus grande partie de sa vie à la Haye , où un emploi modeste, en lui assurant l'indépendance, lui laissait des loisirs pour la méditation et le travail. 11 les employa à la culture des beauxarts, de la littérature ancienne et de la philosophie; il vécut dans l'obscurité au sein de quelques amis choisis, ne connaissant d'autres passions que celle de l'étude. Sa vie fut exempte d'orages ; ses mœurs étaient douces, sa conversation pleine de charmes dans l'intimité : il était d'ailleurs fort réservé dans le commerce du monde. La simplicité, la modestie, la sérénité qui accompagne l'amour et la pratique de la vertu , formaient les traits principaux de son caractère. 11 ne fut jamais marié; il mourut à la Haye au mois de juin 1790, remplissant les fonctions de premier commis de la secrétairerie du conseil d'État. Le premier ouvrage d'Hemsterhuys est une Lettre sur In culture, qu'il composa à la Haye en 1763, et qui fut imprimée à Amsterdam, en 1769, brochure in-4°. U y cherche à puiser dans les facultés de l'aine le principe de* beaux-arts : « L'âme veut
■ avoir la plus grande étendue d'idées dans le
■ moins de temps possible ; son essor est maîtrisé • par les organes du corps, qui la soumettent à « la succession du temps et à la division des par- « ties; les arts du dessin satisfont au besoin de « l'âme en même temps qu'aux conditions des « organes. » La Lettre sur Us désirs fait la suite de la précédente, et parut un an après; Paris (Harlem), 1770, in-4°: « Il y a dans l'âme une « sorte de force attractive, qui la porte hors d'elle « vers l'idéal; une force étrangère et d'inertie « combat ce noble élan : la première de ces deux « forces tend i l'union, la seconde à l'isolement : - la première est l'amour, principe de la vie mo- « raie et intellectuelle; la seconde est la personi nalité. » La Lettre sur l'homme et ses rapports fut imprimée en 1775, Paris (Harlem), in-12: elle indique, plutôt qu'elle ne développe, les nombreuses conséquences auxquelles les méditations d'Hemsterhuys étaient conduites par les vues renfermées dans les deux premières lettres; elle sert aussi d'introduction et de passage aux Jeux dialogues : Sophule ou la philosophie, Aristée ou de la Divinité. C'est dans ces deux dialogues, imprimés en 1778 et 1779, in-8°, que la doctrine du philosophe hollandais se déploie tout entière; elle se complète dans deux autres dialogues: Alexis ou de CAge d'or, imprimé à Riga, en 1787, petit in-8°; Simon, ou des Facultés de Came, composé en 1787, et publié seulement après la mort de l'auteur. Dans ces quatre dialogues, liemsterhuys a employé la méthode socratique, qu'il affectionnait particulièrement, et dont il a fait un heureux usage. L'esprit de la philosophie de Socrate l'anime aussi : il en emprunte le but, celui de faire consister la sagesse à devenir meilleur, il soumet les systèmes métaphysiques au tribunal du sens commun : mais il se montre ensuite disciple et imitateur de Platon ; avec lui , il porte et dirige vers l'idéal l'activité intellectuelle et morale de l'homme; avec lui, il se complaît quelquefois dans les formes poétiques, et quelquefois même dans des allégories ou des hypothèses auxquelles on ne saurait dire s'il n'accorde pas une certaine réalité. ■ L'univers a un - grand nombre de faces réelles, dont quelques- « unes seulement se montrent à nous dans notre « condition présente : nous ne voyons pas les « objets tek qu'ils sont en eux-mêmes ; et nous
■ apprécions avec incertitude leurs rapports, leur
• analogie , leurs différences. L'essence considé-
• rée sous les faces qui sont perceptibles pour nos sens, est la matière; mais un autre organe,
« un organe moral, l'âme, atteint une face diffé- « renie. Les rapports de l'intelligence avec la « matière sont inconcevables pour nous, et nous « paraissent contradictoires , parce que l'univers
■ n'est pas tourné pour nous du coté qui pour- <• rait les faire apercevoir. Pour obtenir ces eon- « naissances qui nous manquent, il faut être m dégagé de l'enveloppe matérielle. La vie pré-
« sente n'est qu'une ébauche , une préparation • laborieuse à cette vie véritable qne nous annon- « cent, à laquelle aspirent, tous les soupirs de « l'âme vers l'avenir, vers la perfection , vers cet « idéal, en un mot, dont la Divinité est le type, « le centre. Un état primitif de pureté et d'inno-
■ cence avait placé l'homme plus près de ce but, « où se rencontre à la fois le vrai bien et le vrai « beau, la perfection et le bonheur. Toutefois,
■ sous le régime d'épreuves imposé aujourd'hui « au libre arbitre, les affections sociales sont le
■ premier essor de ce besoin de l'union, qui tend « et s'élève à Dieu. Dieu s'annonce à la raison « par les déductions d'une saine logique; mais il « s'annonce aussi, d'une manière en quelque « sorte intime, à l'âme elle-même. » Dans la Lettre de Dioclês à Diotime sur l'athéisme, qui ne parut qu'après sa mort , le philosophe distingue trois sortes d'athéismes, qui se sont succédé à diverses périodes : la première, à l'origine et après la chute de l'homme, engendrée par une ignorance encore aveugle^ la seconde, prenant la forme d'une incrédulité raisonnée , à la suite des aberrations du polythéisme; la troisième, née , dans les temps modernes , de l'orgueil et de la fausse science. La philosophie d'Hemsterhuys, sans ofTrir aucune de ces vues neuves qui méritent le nom de découvertes, est toujours originale; on y reconnaît un observateur judicieux, un penseur qui avait constamment jugé d'après lui-même : elle renferme des aperçus ingénieux, et parfois subtils; elle est ornée, quelquefois même entraînée, par l'imagination : mais, et c'est ici son caractère essentiel, ce qui la recommande à l'estime, nous dirions même au respect, elle respire constamment les nobles sentiments de l'homme de bien; elle est l'amie de la vertu; on y sent une chaleur secrète qui émane de l'âme de son auteur : elle associe la morale à la recherche de la vérité; tout en elle conduit et exhorte au perfectionnement; tout en elle combat l'égofsme, encourage les mouvements généreux : philosophie vraiment digne de ce nom , si nécessaire à notre siècle, et dont la direction est éminemment juste, alors même que les doctrines qui s'y rattachent offrent, comme dans Hemslerhuys.quelques points faibles, hasardés, quelques hypothèses arbitraires, ou quelques vues incomplètes ! Nous avons encore d'Hemsterhuys une Description historique du caractère de feu M. Fa gel . mort à trente-trois ans, 1773, in-12 (cou. Facel), et une Lettre sur une pierre antique du cabinet de M. Smath , écrite en 1702, publiée après sa mort : c'est au premier de ces amis qu'il a dédié sa Lettre sur l homme et set rapports; au deuxième, celles qu'il a écrites sur la sculpture et tes désirs, et à la princesse Galitzin les deux derniers dialogues; cette princesse est désignée par le nom de Diotime dans la Lrttre de Dioclis. Hemsterhuys avait des connaissances
, en optique, en mathe-
MM
qu'il en étudia* les principes; il était bon dessinateur . et possédait une collection précieuse de pierres gravées, de morceaux dp sculpture, rte. H i écrit en français; il n'avait fait imprimer ses ouvrages qu'à un très-petit nombre d'exemplaires, et seulement pour les distribuer à ses amis? ils Mit été" reunis et n'imprime**, «près sa mort, en trois édil ons successives, la première en 1792, la deuxième en 1800, en î volumes in-8°, et la troisième, revue et augmentée, est accompagnée d'une notice sur Hemsterhoys, et d'un eowp d*<ril sur sa philosophie par S. Tan de Weyer, Louvain, 482Sou 1827,* vol. I.esdenx premières ont étéexéculées à Par» par les soins de M. Jansen : toutes deux sont ornées de vignettes, dont la plupart ont été dessinées par llcmsterhuys Ini-méme, pour les éditions originales. On y a réuni une lettre de Herder sur l'amour et lé'goirme . faisant suite à celle sur /es désirs, et une de M. Jacobi au philosophe hollandais avec lequel il parait que ce savant était uni par une étroite amitié. D. C-o.
HKNAO (Gabriei w), jésuite espagnol, né à Yalladoltd en I6H, mort âgé de 03 ans en février 1704, commença par se livrer à sou goût pour la poésie, et se fit dans cette carrière une certaine réputation : il composa une infinité de pièces, dont quelques-unes seulement ont été imprimées. Mais lneotôt les idées religieuses prirent chez lui le dessus; et, cédant à leur empire, il entra dans la compagnie de Jésus, et y fut professeur de philosophie et de théologie à l'université de Salamanque, dout il devint recteur. Il y enseigna la théologie positive pendant phis de cinquante ans, et il faisait encore sa classe tous les jours à l'âge de quatre-vingt-dix ans. Ce fut là qu'il acquit une grande renommée, qui n'est pas même encore tombée aujourd'hui pnrmi ses compatriotes. Il est auteur d'un ouvrage tout à fait original, intitulé Mmpfrohj/ta, sfae pMfospMi rhrhtianu de empg ,0 ttelo duabus pmtibus, Léon, 1654, in-fol. Outre Cette Philosophie chrétienne du rielempyrée, il a publié divers écrits de scolasliqne, estimés de son temps par les théologiens espagnols, tous écrits en latin , et dont le recueil forme onre volumes in-foho. Le seul que l'on consulte encore dans les pays étrangers, est son grand ouvrage sur les Antiquités de la Biscaye : AtKrigu*chnet de las antiguedade* de Cautabna. ender.nndat primripatmente a éeseubrir las de Gtiipuzcoa, Vitraya y A/ni .'. Salamanquc, 1689-91, ï vol. in-fol. G-».
1IÉNAULT (J.). Voyez Hesmolt.
HËNAL'LT (Crarles-Jean-François), président en parlement de Paris, surintendant de ta maison de la reine, et ensuite de madame la Dauphine, naquit à Paris le 8 février 1688 , et mourut, dans h même ville, le 94 novembre 1770. Malgré nue constitution délicate , il a vécu quatre-vingt-cinq ans; et il a été, dans sa longue carrière, un des hommes les plus heureux de son temps. Il fit ses c*tudes à l'Oratoire, connut le grand Racine, et rtçut des kçons et des conseils de Massillon. A
peine avait-il terminé 6 es étude*, que son père, riche fermier général , lui aclreta la lieutenancc des chasses et le gouvernement de Corbeil. Il parut i la cour, gai, spirituel, doux, conciliant, faisant de la musique, des vers faciles et des chansons ingénieuses: il fut remarqué, lou-*, fêté, et devint ce qu'on appelait alors dans le grand monde un homme à la mode. « D'asse» grandes dames, « dit son contemporain, le marquis d'Argenson, n lui ont pardonné le défaut île noblesse, de « beauté, et même de vigueur. » Il s'est toujours conduit, dans l'occasion, avec modestie; il fut surtout très-répandu dans la société de la duchesse du Maine; et, tant que dura cette cour brillante et légère, il en fut nn des principaux ornements. Cependant il paraît que , même dès le premier essor d'une jeunesse folâtre, il respecta toujours les convenances dans sa conduite, et la religion dans ses discours. Il eut beaucoup d'amis, et pas un seul ennemi. Il s'essaya de bonne heure dons la carrière littéraire : il obtint un pris à l'Académie française; et en traitant une question 1 proposée par l'Académie des jeux Floraux, il l'emporta sur La Hotte. Il fit deux tragédies médiocres en vers, un drame historique en prose , des comédies, des poésies diverses, quelques disserta- ! lions, et fut reçu de l'Académie française et de ! celle des inscriptions et belles-lettres, et aussi de celles de Nancy, de Merlin et de Siockhobn.il prit enfin une place distinguée dans la littérature française par la composition de son Abrégé chronologique de l'histoire de franc*. Cet ouvrage méritait du succès, et fut loué au delà de son mérite. L'auteur rut le bon esprit de s'y tenir, d'y attacher toute sa gloire, et de le perfectionner %i ns cesse : il s'occupa, jusqu'à la fin de sa vie, à en soigner et à en multiplier les éditions. Il en fit paraître huit de sou vivant, in-8» et in-4°, et il le | vit traduit en anglais, en italien, en allemand, et ' même en chinois, si l'on en croit un de ses pané- J gyristes (1). Il avait embrassé la magislrature : i il fut reçu président au parlement en 1706, avec ! dispensa d'âge; ensuite président en la première | chambre des enquêtes, en 1710. La reine le prit j en affection, etdoona ki charge de surintendant de sa maison, après la mort de M. Bernard de , Coubert, qui avait payé cette charge 500,000 fr. Le président Hénault fut assez délicat pour partager ce bienfait «le sa souveraine avec la veuve de son prédécesseur; et il lui lit payer exactement, 1 à titre de pension , la moitié des appointements | de la place. Un jour, la reine entra chez une du- ! chesse, au moment où celle-ci écrivait au prési- ! dent; elle mit au bas du billet : « Devines la main • qui vous souhaite ce petit bonjour. » I président ilénault ajouta à la réponse le quatrain suivant :
•i: . « Cm mot»,tucn par une main divine.
?î« m ont can*é qa? frouble el qu Vmharra» t
trop o*t, ai av.n emu »• >»• ; C'eat éUc ingrat que ne deviner p«a.
(0 JhnMmù du émmrimUon», t SB, » Sa*.
A cinquante ans , le président Hénault renonça à toute occupation frivole ; il s'adonna entièrement à la dévotion et à l'étude. » Mais sa piété, dit en- « core le marquis d'Argenson , était aussi exempte « de fanatisme, de persécution , d'aigreur et <r"in- « trigue, que ses études, de pédanterie. » On trouve, parmi les lettres de madame du Défiant, une lettre dn président Hénault, pleine d'esprit, de force et de raison , écrite à l'âge de quatrevingts ans et adressée à Voltaire. Il tâche d'y faire repentir ce grand homme de ses attaques contre la religion de son pays (I). Voltaire, de son coté, missionnaire dans un sens opposé, s'était efforcé d'attirer le président Hénault dans le parti philosophique; il tache en vain, dans ce but, de lui faire changer plusieurs passages de son Abrégé chronologique fi). Voltaire contribua beaucoup , sous les rapports littéraires , à la réputation du président Hénault, par les éloges qu'il lui donna : il ménageait en lui le confident de la reine , l'ami de plusieurs personnages puissants , et il lui adressa différentes fois des vers, qui sont au nombre des plus jolis qu'il ait faits : il l'inscrivit ainsi que Fontenelie, de son vivant, au nombre des hommes remarquables du siècle de Louis XIV. Hénault avait épousé en 17U la fille de M. Lebas de Montargis, garde du trésor royal. Il vécut avec elle dans la plus parfaite union, et la perdit en 1728, sans avoir eu d'enfants ; mais il traita comme les siens propres ceux, de sa sœur, la comtesse de Jonsac, dont la postérité s'allia aux plus illustres maisons de France : ces brillantes alliances contribuèrent encore è l'éclat dont les dernières années du président Hénault furent environnées. Sa maison était tenue par madame de Jonsac, et ce que Paris offrait de plus spirituel, de plus aimable et de plus d i sti n gué pa r le rang et la na issance , att i ré par le double attrait des plaisirs de la conversation et de la bonne chère, se rassemblait dans cette mai~ ton. C'est à cette dernière circonstance que Voltaire faisait allusion , lorsque , dans le comme nd'une épltre adressée au président, il
Héritait , lumen* par to« soupes, Et par votre Chronologie, Par de* *«rs au bon coin fra 1*1
Le président Hénault fut piqué de e« qu'on paraissait faire entrer ses soupers pour quelque chose dans sa réputation, et Voltaire changea sur-le-champ ces vers. Cependant Hénault n'avait point paru offensé lorsque Voltaire traçait de lui ce portrait ;
l'oot pria tort (ont «et
Pour"un
1 1 ) V o y ri , Lrltra de madamt du Dr font , la »i»ft -troisième
de celle* qui «ont adrr»ic« à Voltaire, t. 4, p. 181 , ■" édit. * Vn> " Vo!l:lire ' Corr"Pon'So*c* $énércU, lettre du s )an-
Lm gens en tu pour un aérant,
H le dieu Joufflu de la tab V
Pour un contiah'eortrf* cuurmand.
Qu'en bon estomac aoit te iud coeur, de ton carac ses chaînons , de m écrit».
prr« •re.
Il a tout : 11 a l'art de plaire.
L'art de noua donner du plaisir.
L'art si peu eonno de jMilr; il n"* rien s'il m <
Ces vers sont dans une lettre particulière adressée au président Hénault lui-même , et il ne trouvait pas que les convenances y fussent blessées comme dans on écrit publie. Les dernières années d'Hénault furent douces et tranquilles, malgré quelques infirmités. La lettre que nous avons citée prouve qu'il conserva j usqu'â la fin toutes ses facultés. Terminons en donnant unelistecomplèteet exacte de ses ouvrages. Il les a presque toujours publiés sans nom d'auteur ou avec des noms d'au» teurs supposés, et, à cet égard, sa destinée a été singulière : nos modernes bibliographes ne lui ont pas disputé ceux qui portaient le nom d'un autre, et qu'il n'avouait pas; et Y Abrégé chronologique, le seul qu'il ait avoué, ils ont voulu l'attribuer è un écrivain utile, mais ohscur, l'abbé Boudot. Palissot avait dit, dans une note de ses Mémoire» de littérature, que l'abbé Boudot avait fourni au président Hénault le plan de V Abrégé chronologique, et avait eu part à cet ouvrage. Cette assertion , qui contenait une vérité et une erreur, a été* répétée dans plusieurs diclionnnires (t»y. Boodot). \ju plan de l'ouvrage du président Hénault était tout entier dans celui de Marcel Guillaume Marcel) : mais cependant Hénault a considérablement modifié ce plan ; le sien est inoins vaste et plus clair. Dans ses préfaces, il n'a cessé de lépéter que son abrégé était en quelque sorte un résumé des conférences tenues chez lui ou chez le chancelier d'Orme&son , par les hommes les plus instruits dans notre histoire , tels Foncemagne, Secousse, d'Aguesseau, dom quet. On sait aussi qu'Hénault se servait de Pierre Boudot pour l'aider dans ses recherches historiques, et il a pu l'employer pour la mise au net de son abrégé; il serait donc tout simple qu'on eût trouvé dans les papiers de famille de cet abbé une copie de l'abrégé , faite par lui, sans qu'on dût inférer de là qu'il en fût l'auteur. L'esprit de législation qui l'a dicté, l'esprit parlementaire qui y règne, annoncent un écrivain bien différent. Le choix, la disposition et la rédaction des matériaux , les pensées et le style , enfin tout ce qui constitue le mérite de l'auteur, dans V Abrégé chronologique, est incontestablement du président Hénault , et ses contemporains n'ont jamais songé à le lui contester : cependant ils n'ignoraient pas qu'il se servait de l'abbé Boudot, et lui-même ne s'en cachait nullement. Dans une de ses lettres (cccvui), Voltaire, en transmettant au président plusieurs faits sur notre histoire à vérifier dans les manuscrits de la bibliothèque de Paris, lui proposa d'en charger l'abbé Boudot.
104 UtS
* L'abbé Boudot, dit Grimm (1), employé à la « bibliothèque du roi , aujourd'hui paralytique à ■ force d'avoir gagné de» indigestions chez le
• président, était spécialement chargé du dépar- « tement littéraire et historique. » Ces témoignages des contemporains suffisent pour déterminer le rang que l'abbé Boudot tenait dans le monde et dans la littérature , et la part qu'il a pu avoir dans la composition de Y Abrégé chronologique. 11 faut se garder de juger les hommes et les choses de ce temps par les seules plaisanteries de Grimm et de madame du Défiant ; cependant, quoique tous deux donnent l'essor à leur esprit caustique pour jeter quelques ridicules sur le président, alors vieux et infirme, nulle part ils n'insinuent qu'il ne fût pas l'auteur des ouvrages qui portaient son nom. Ce ridicule, le plus grand de tous, ne leur eût point échappé : ils savaient, au contraire, que le président Hénault mettait volontiers sous le nom d'autrui les ouvrages qu'il composait , mais qu'il n'avait jamais été soupçonné de s'attribuer ceux des autres. i° Nouvel Abrégé chronologique de l'histoire de France, 1768 , in- i C'est la dernière édition donnée par l'auteur, la seule bonne. Les précédentes avaient paru en 1744, 1746 et 1749. Celle de 1753 porte, sur le titre , Quatrième édition ; mais ce n'est , ainsi que l'auteur le déclare dans une noie, que la troisième, réimprimée et réduite en un seul volume au lieu de deux, in-8* et in-4°. On imprima en 1756 un supplément pour la troisième et la quatrième édition, ld., 1756, in-4°, avec un semblable supplément ; id., 1756, 2 vol. in-80, cinquième édition, dédiée à la reine : Hénault a signé l'épltre dédicatoire de cette édition , et c'est la première fois qu'il s'est nommé comme auteur de cet ouvrage. Id. , 1761 , 2 vol. in-8" ; id., 1765, 2 vol. in-8». Ces deux dernières éditions ne paraissent être que des réimpressions, quoiqu'elles portent sur le titre Revue et corrigée ; mais l'auteur fit de grands changements dans la huitième et dernière. [Nous ne parlerons pas des éditions données dans l'étranger, des réimpressions faites en France depuis la mort de l'auteur (2), ni des nombreuses imitations auxquelles son ouvrage a servi de modèle. Resserrer dans l'espace d'un ou de deux volumes les sommaires de notre histoire puisés
(1) Qrimn, Correspondante littéraire, seconde partit, t. 1,
(2| Dan» ce» dernier- temps on a publié de nouvelles édition» de Y Abrège chronologique du président Hénault avec de» continuations. Outre celle» qui ont été citée» à l'article Fantin- Detodoarts iroy. ce nom | , nous mentionnerons : 1» une édition de Y Abrégé chronologique , corrigée, augmentée de note» .supplémentaire» et d'un* notice par Walckrnaxr, suivie d'une nouvelle continuation, depui» Loui» XIV jusqu'à l'année 1821, Pari», 1821-1823,6 vol. In-8*. Walckeliarr a revu les 3 premitr» volume», et y a ajouté (les notes supplémentaire»; mai» il n'a tu aucune part 4 la nouvelle contiuuation depui* la mort de Louis XIV jnsqn'i l'année 1871. Cette nouvelle continuation forme le» volume» 4 à 6, et aile est de M. Augui». 2* Unt édition continuée jusqu'aux événements de 1830, et revue uar Michaud de l'Académie, Pari», 1836, grand ln-8- (wy. Mic«àpp). B. D-a.
HÉN
dans les monuments originaux ; présenter en quelques mots les résultats de longues recherches et de discussions approfondies sur les points importants du droit public; éclaircir souvent, par une seule phrase, des doutes historiques qui ont demandé un long examen ; surprendre agréablemenl son lecteur par des réflexions courtes et justes, qui le forcent à s'arrêter et à réfléchir; faire ressortir, par un trait rapide ou par une remarque ingénieuse, les mœurs particulières de chaque siècle et les caractères des principaux personnages; offrir, des plus illustres d'entre eux , des portraits quelquefois dessinés avec vigueur et toujours avec élégance et précision ; choisir avee un jugement exquis, parmi cette multitude de faits dont se compose notre histoire, les plus importants à connaître et à retenir ; les ranger dan*, un ordre chronologique; disposer avec clarté , en tableaux synchroniques, les noms et les dates de manière à les rendre plus faciles à consulter et à rappeler ; tels sont les divers genres de mérite de cet abrégé. Us suffisent sans doute pour en justifier le succès; mais on doit dire aussi que ce livre, aujourd'hui trop peu lu, trop déprécié, a été d'abord beaucoup trop loué. Indiquer un événement n'est point le raconter ; un sommaire n'est point un récit, ni une table chronologique une histoire. Les véritables modèles des abrégés ce sont, chexles modernes, le Discours sur l'histoire universelle, de Bossu et ; et, chez les ancien» . les ouvrages de Velleius Paterculus et de Florus. 2° Histoire critique de rétablissement des Français dans les Gaules, ouvrage inédit du président Hénault, imprimé sur le manuscrit original écrit de sa main. Paris, 1801, 2 vol. in-8". Il n'y a aucun avis ni préface d'éditeur. Nous avons été informé* que le manuscrit de cet ouvrage était seulement annoté de la main du président Hénault, mais non pas écrit par lui. il n'est peut-être pas de lui. Ni Lebeau, dans son Éloge, ni aucun contemporain , n'en ont fait mention. Cet ouvrage ne contient aucune recherche nouvelle , mais seulement l'analyse de celles de l'abbé Dubos sur ce sujet ; on y compare le système de cet abbé à ceux de ses antagonistes, afin de lui donner tout l'avantage. Nous voyons, par un passage de celivre(t. 1", p. 168), que son auteur, quel qu'il soit, l'écrivait eu 1738. A cette époque lien nuit devait, en effet, être occupé de recherches historiques , puisqu'il publia, six ans après, son Abrégé. 11 est donc possible qu'il ait fait cette analyse pour se rendre compte de ses idées ; mais il ne la destinait pat» à l'impression. II y a plus de véritable instruction, sur cette matière, dans les cinq pages in-iqui sont à la fin de la première race de son Abrège chronologique, que dans les deux volumes de cette Histoire critique. Le nom du président Hénault a cependant procuré les honneurs de la traduction à cette insignifiante production. 3° Lettre du président Hénault sur la régale, adressée à f abbé l'eilu. dans le Mercure de France (roy. le recueil de Kon-
HÊN
tanieu , t. 548, à la bibtiolhèque de Paris) ; 4° Lettres du président Hénault à Marmontel , au sujet d'un extrait de l'abrégé de l'histoire de de Thou, dans le iferatre de France, avril, 1733 (même recueil, t. 363). 3° Mémoire sur les abrégés chronologiques , t. 28 des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres. C'est le seul mémoire que le président ait fourni à l'Académie des inscriptions. 6° Discours gui a remporté le prix d'éloquence de t Académie française, MOI, par Hénault, conseiller au parlement. Paris, Coignard, 1707, in-4°. 7° Pièces de théâtre en vers et en prose , 1770, in-8°. Ce recueil a été imprimé à petit nombre et renferme : Cornélie vestale. François II. la Petite maison, le Jaloux de lui-même , le Réveil d'Epiménide, te Temple des chimères. Cornélie avait clé déjà imprimée en Angleterre à l'imprimerie particulière d'Horace Walpole (Strawberry-Hill). Cette pièce fut jouée sans succès au Théâtre-Français en 1713, sous le nom de Fnzelier. François //, drame historique en cinq actes et en prose, avait en une première édition en 1747, in-8°, et une deuxième, augmentée de notes curieuses et instructives, en 1768, in-8°. Le premier titre est Nouveau théâtre français, titre que l'auteur cherche à justifier dans sa préface. Le Réveil d'Epiménide est fondé sur une idée ingénieuse, et eut beaucoup de succès. La musique du ballet intitulé le Temple des chimères, donné en 1760, fut composée par le duc de Nivernais, et Voltaire adressa sur ce sujet au président Hénault une épttrc en vers, qui se termine ainsi :
Von» célèbre» le* chimère» :
Klles sont de toui le» temps; Kl le» uouk «ont nécessaire» ; Nous nomme* de vieux enfants.
Nos erreurs sont nos lisières, Et les vanités légères Non» bercent «a cheveux blancs.
Ces vers valaient seuls tout le ballet du président Hénault. 8° Marins , tragédie en cinq actes , en vers, ne se trouve point dans le recueil que nous venons de faire connattre : elle fut jouée avec assez de succès en 1713, et parut imprimée en 1716, sous le nom de de Caux. Dans l'article de ce dernier auteur il est dit que Lebeau s'est trompé en attribuant cette pièce au président Hénault , puisque celui-ci ne l'a point comprise dans son recueil ; mais il parait que de Caux fit à la pièce de Hénault des changements assez ronsidérables pour que le véritable auteur jugeât à propos de l'abandonner à son prête-nom. On a retrouvé, dans les papiers du président Hénault, un manuscrit de la pièce de Marius à Cyrthe, tout entier de sa main : il diffère , en beaucoup d'endroits, de la pièce imprimée de de Caux; ceci confirme l'assertion du secrétaire perpétuel de l'Académie des belles-lettres, qui d'ailleurs a eu tous les moyens d'être bien informé ; enfln , une note du président Hénault, en tête du manuscrit, et la préface dont il l'a accompagné , ne laissent aucun doute a cet égard. Ce manuscrit a été im-
HÉN
primé dans les Œuvres inédites de M. le président Hénault, Paris, 1806, in-8°. La plupart de cea œuvres n'étaient rien moins qu'inédites. Parmi les pièces de vers que renferme ce recueil , nous eri avons distingué une intitulée Prière à l'Amour (p. 211), et qui commence par ces mots :
Si tu ne veux, dieu d'Amonr, que j'en meure, Va voir Iris, et va»-y promptement, etc.
La chanson , qui porte le même titre de Prière à l'Amour (p. 253) , et qui commence par
Amour, ne me trompes-tu pas !
Deux autres chansons du président Hénault, qui se trouvent p. 239 et 267 de ces œuvres inédites, et dont la première commence par ces mois :
Qnoi I vous parte* sans que rien roue arrêta !
et la seconde par
Il faut.
t. quand on s'aime une fol», S'aimer tonte la rie.
ont été réimprimées bien des fois, et dans un grand nombre de recueils. En général , les diverses poésies du président Hénault sont habituellement faibles et incorrectes ; mais on trouve presque toujours ce qui manque souvent aux compositions plus travaillées des poftes de nos jours, de la facilité, du naturel et de la grâce. L'éditeur de ce recueil d'oeuvres inédites a mis en tète une notice sur la vie et les ouvrages du président Hénault, dans laquelle il lui attribue une Vie du connétable de Luynes, dont personne n*a entendu parler comme étant de cet auteur. Le même éditeur cite encore du président Hénault, une Réponse à M. de Ste-Albine, au sujet de la régence de Catherine de Médicis ; une Lettre sur tes croisades, dans le Journal de Verdun ; une dissertation sur cette question : Pourquoi la langue française est-elle chaste et que la langue latine ne l'est pas (1)? Noua croyons que cet éditeur des œuvres inédites est l'auteur du Précis de fabrègè chronologique de l'histoire de France, augmenté de plutieurs pièces inédites du même auteur, Paris, an 13, in-12. H est certain du moins que cet écrivain a été l'éditeur de l'ouvrage de Y Établissement des Français dans les Gaules, dont nous avons parlé plus haut , et aussi celui des Nouveaux mémoires du maréchal de Bassompierre, recueillis par le président Hénault et imprimés sur le manuscrit de cet académicien, Paris, Locard fils, an 10, in-8°. L'auteur de l'article Oassompuzere, dans cette Biographie universelle, pense que ces mémoires, où les noms sont défigurés et qui fourmillent d'erreurs, sont supposés. Nous sommes de son avis ; il n'y a rien dans les écrits des contemporains du président Hénault
|l) Nous transcriront ce Ulre tel que l'éditeur nous le donne; et nous n'avons pas vénflé ai le» recueils de l'Académie de Nancy conUennent en effet sur la langue française une phrase
ITÊN
qui puisse faire penser qu'il se soit occupé d'un pam I ouvrage. Tous les bibliographes et auteurs de dictionnaires historiques disent aussi que le président Renault a travaillé à l'Abrégé chronologique de thistoire d'Espagne et de Portugal, de Macquer (1 ).
RENAUX (ÊTiEKfre-JosBPH ), potte belge, né à Liège le 1 janvier 1818, mort dans sa 25" année, le 23 novembre 1843, débuta dans les lettres à l'âge de dix-huit ans par un poè*me sur le dévouement des Franchimontoit. Bientôt après il prit une part active à la rédaction d'un journat quotidien , YEspoir, et ses articles sur le théâtre, sur les concerts et sur un grand nombre de productions nationales ou françaises furent goûtés du public. En 1839, il y publia une chronique liégeoise du 12* siècle, la Reine de Pdques, qui parut en sept feuilletons et obtint nn légitime succès. Reçu docteur en droit le 3 septembre 1841 , il avait peu de penchant pour le barreau , et préféra s'occuper de littérature. Son existence a été si courte, qu'il a malheureusement peu produit et peu publié, maigre une facilité de travail prodigieuse. 11
• fait imprimer : 1° Pauline, histoire de tous les rs, poe*me, Liège , 1841 , in-8°; c'est une boule spirituelle, de 20 pages seulement, datée
d'avril 1839, et précédemment insérée dans la Revue belge; 2° le Mal du pays, Liège, 1842, in-8", recueil où l'on trouve quelques pièces qui ne manquent pas d'originalité ; 3° la Statue de Grétry, Liège, 1842, in-8° ; c'est un essai dans le genre lyrique. Dans ce poème de 24 pages , Hénaux parait s'être inspiré de Victor Hugo ; 4° Galerie des poètes liégeois, Liège, 1843, in-8°. Il a laissé inédit : les Chants de la patrie; une suite de la Oaltrie des poètes liégeois , des Chroniques liégeoises et des Scènes de la vie vallonné, « L'imagi- « nation d'Ilcnaux, dit de ReikTenberg, facile « à s'impressionner, reflétait heureusement les « fraîches images de la nature ; il parlait une
• langue mélodieuse, animée, facile, qui s'épu- « rait chaque jour davantage. » E. D — s.
(1) On a publié tout récemment : Mrmatrrt du ptéridtut Ut.uvull te Ul par iui-mémr , recueilli» «i mw en ordre par ton
arriére-neveu, M. le baron de Vigan, Paris, IbOô, 1 vol. in-*K a Cest , dit I éditeur dans une courte préface, le dernier ouvrage
• au'ecnvit Je président Hènault po«r son plaisir et comme a del. asan.ent dan* »& vieilles»*. Daiis ce reCM il ne parait pas a avoir eu la prétention d'écrire l'histoire, il voulut seulement
• laia»r des matériaux à ceux qui tersuml lentes de le taire. « L'- nianu*ciil original de Cet ouvrage est reste longtemi>*
• enfoui dut.» une bibliothèque de la famille Je l'auteur » Les il ra i - . i s , j.r: .1 r* ■ UtMuU «firent quclqne* traita piqwaate sur llii.toire de «on siècle, mais on y remontre peu de rensci gnements sur ta vie propre. A peine mime y parle-t II de son JLlirt,' . ..>,,»• On y trouve le* intrigues de la cour, l'anecdote du moiticnt, et d s portraits tien trace», notamment celui de Fotiquet. I.e président Henault a de plus inséré dans on Mtmomt un documest curieux et iiHvrvesant sou* p. us d'tta point de vue CV»t un t-tt'axt ii is a> /•»<. ht ; du ç+rd nul at Futurm •« cardinal de Ttndn, p ndamt ton miuntrrt dt 1739 à 1748, m» Ut jfuiut tt if jvraxiiwru. Cst extrait ne larme pas moins d'une centaine de pages du volume publié par M le baron de Ylgan. Le président Hénautt le fait précéder des observations suivantes : * Ce on* je vais expuser, c'est un manuscrit qui
• m'est tombé entre les mains et qui m'a paru curieux. Ce sont u des fragments de lettres du cardinal de Fleury et de l'abbe de m Tein lu , depuis la cardinal , au sujet de* jésuites, qui contient a d'ailleurs quelques anecdote* de cour. « E. D— S.
■BP
HENCKEL. Voyez HcNKf L.
IIE.NDERSON (Jom), célèbre acteur anglais, n*î à Londres en 1746, était d'une famille originaire d'Ecosse. Il flt d'abord des progrès si rapides dans le dessin , qu'il remporta le prix de la société des arts. La lecture de Shakspeare fit naître et décida son goût pour le théâtre. Rebuté par Garrick et par Colman à cause de sa voix trop grêle, il redoubla ses efforts , et parut avec succès en 1772 sur le théâtre de Bath. Ce ne fut qu'en 1777 qu'il fut admis aux théâtres de la capitale. Quelques années après, il attira une grande aflluence aux spectacles de Hay-market, de Drury-I.anc et de Coveot-Garden. Il ne cessa d'obtenir les plus grands applaudissements sur ce dernier théâtre jusqu'à sa mort , arrivée le 3 novembre 1783. Il est l'auteur d'un très-petit nombre de pièces de poésie ; mais ces essais font voir qu'il aurait pu faire davantage s'il s'était lirre' plus constamment à ce genre. T — o.
HKNDEItSON (John), savant irlandais, qui, sans avoir publié aucun ouvrage, a cependant laissé une tres-grande réputation littéraire, na-
Suit en 1737 à Belle-Garance, près de Limerick. reçut sa première éducation parmi les méthodistes. A huit ans, il entendait le latin de manière à pouvoir l'enseigner à l'école de Kingswood; à douze ans, il professait le grec dans le collège de Trevecka, au pays de Galles. Le docteur Tucker, frappé de son mérite précoce , l'envoya étudier à ses dépens à l'université d'Oxford. Son érudition tenait du prodige et s'étendait à tous les genres de connaissances, quoiqu'il se fût attaché avec plus de goût à la théologie , à la morale , à la chimie et à la médecine. Il y joignait un caractère essentiellement bon et généreux et un esprit singulier, que rendait plus piquant encore l'originalité de ses habitudes. Il passait une partie du jour à fumer et lisait eu fumaul ; c'étaient ses tlcux grandes jouissances. Ses vêlements étaient faits d'une manière qui lui était toute particulière. Il ne portail point de cravate , et , à l'âge de vingt-quatre ans, il laissait flotter ses cheveux, comme ceux d'un enfant de six ou fept ans. Ce qui devait surtout faire ressortir ce genre de ridicule, c'était une démarche grave et mesurée qui lui donnait l'air d'un homme affaibli par l'âge ou les maladies. 11 se mettait ordinairement daus son lit au point du jour et se levait dans l'après-midi. Souvent, avant de se coucher, après s'être déshabillé jusqu'à la ceinture, il se plaçait en face d'une pompe située près de sa chambre , et la faisait jouer sur la partie supérieure de son corps jusqu'à ce qu'elle fut complètement inondée : il lâchait ensuite la pompe sur sa chemise, mettait la chemise sur lui et se couchait dans cet état i c'est ce qu'il appelait prendre un excellent bain froid. On verra, à l'article de i. Howard , que ce célèbre philanthrope avait à peu près la même habitude, que d'autres hommes n'essayeraient peut-être pasiiupuiiémentdecontractvr^uusaJlou»rapj^-
ter une anecdote qui pourra donner une Idée de la modération du caractère d'Hendersoo. Un étudiant d'un collège voisin du sien et qui se piquait d'être un grand logicien, l'attaqua an jour sur un sujet qu'il arait choisi lui-même, ruais qu'il ne connaissait probablement pat encore assea : vaincu, et ne sachant que répondre, il n'imagina rien de plus convaincant que de lancer un verre rempli de vin au visage de son antagoniste. Henderson, sans se décontenancer, s'essuya tranquillement, et dit avec plus de ealme encore à ce mauvais logicien : « Ceci , monsieur, n'est « qu'une digression; examinons maintenant votre « argument. • Cependant cette inanité grossière indigna tellement les assistants qu'ils mirent l'agresseur à la porte. Il avait une sorte d'éloquence froide et sentencieuse ; sa mémoire égalait celle qu'on a attribuée à Crichton et à Psalmanazar, et joignait de plus à sa richesse on ordre admirable. Il avait aussi uu talent singulier pour imiter les dialectes des différents peuples et les accents des différentes personnes, et il aurait pu, dit-on, se donner avec assurance pour natif de tel pays qu'il aurait voulu. Henderson montrait beaucoup de sagacité dans les jugements qu'il portait sur le moral des hommes d'après leur physionomie; c'était le genre de science dont il était le plus vain. On peut supposer, par tout ce qu'on rapporte de lui, qu'il avait beaucoup plus d'imagination et de mémoire que de jugement , surtout quand on sait qu'il croyait aux sciences occultes, et que sa bibliothèque était en partie composée de livres de magie et d'astrologie. On lui a reproché d'aimer un peu trop le vin ; ce penchant , son application continuelle , sa pipe et ses bains froids furent sans doute les causes éloignées de sa mort prématurée, arrivée à Oxford en 1788, dans la Si* année de son âge. Il est fâcheux qu'on n'ait pu recueillir au moins des fragments des conversations d'Uenderson ; on en aurait formé un livre intéressant et utile. Un de ses élèves lui exprimant un jour le regret de ce qu'il n'avait pas fait jouir le public des richesses de son esprit , Henderson répondit : « L'ignorance « fait plu s dYr ri vains que la science; un grand noa> « bre de prétentions à l'originalité doivent être « regardées comme nulles, à moins que les auteurs « ne puissent convaincre leurs prédécesseurs de • plagiat. Il faut penser lentement et écrire tard, a
Gentleman t mot)., avril 1789, p. 29B.) X — S.
HENDERSON (Thomas), astronome anglais, naquit à Dundee le 28 décembre 1798. Ses études terminées, il fut placé à l'âge de quinze ans dans l'étude d'un • sollicitor • auquel son frère était associé, et qu'il qui [la au bout de six années pour aUer occuper une situation plus importante dans les bureaux d'an légiste d'Edimbourg. Mata «a gout des plus vifs pour l'astronomie le dominait tléjà depuis longtemps ; et c'est à- cette
HE» m
et entre autres avec le capitaine Basil Hall et les professeurs l .es lie et Wallace. Ce dernier, sous la direction duquel se trouvait i cette époque le petit observatoire de Col ton Hill dépendant de l'institut astronomique d'Édimbourg, ne balança pas à lai permettre le Kbre usage des instruments, et le mit ainsi à même de perfectionner ses connaissances par la pratique. Henderson ne tarda pas à se faire connaître comme astronome par la communication qu'il fit au docteur Young. secrétaire du bureau des longitudes, d'une méthode pour calculer les observations d'occultations d'étoiles fixes par la lune ; méthode dont, trois ans après (1837) il publiait dans l'Ai, manack naottqtu une amélioration , et à laquelle il ajouta plus tard une autre méthode, avantageuse du moins en ce sens qu'elle offre un moyen de contrôler et de vérifier la première. Ces travaux furent insérés dans le Qmarierlf-Jourmal de» sciences de Londres, etlui valurent les remerdments du bureau dont Young était le chef. En même temps, il lisait à la société royale de Londres un travail sur la différence des méridiens des observaluire* royaux de Londres et de Paris, travail qui fut imprimé dans les Transactions philosophiques de 1827. Dans les observations que l'observatoire royal avait officiellement fournies à sir John Herscfael pour ses opérations de 1 825, ayant pour objet de déterminer les différences de longitude entre Greenwich et Paris au moyen de signaux enflammés , se trouvait une erreur d'une seconde l'un des nombres , et cette erreur avait < que irrégularité dans les résultats des divers travaux journaliers. Comme lesdilïerences étaient petites, elles avaient été attribuées à des erreurs d'observation. Henderson reprit les faits originaux, découvrit où gisait l'erreur, et, non content d'en déterminer la quotité, il soumit le travail tout entier à une nouvelle vérification. Du résultat qu'il obtint à l'ancien, la différence ne consistait qu'en sous -décimales d'un ordre minime ; mais la correction de l'erreur, en rendant le travail plus |
accordée à la conclusion générale. Hertchel déclara lui-même « que celte découverte avait eu « pour effet d'élever au rang d'un fait scientifique « certain un résultat susceptible de beaucoup de « doute , par suite de la discordance des ohserva- « fions de chaque jour, et de donner ainsi à une « opération nationale toute l'importance qu'elle « devait avoir. » On ne s'étonnera pas qu'après des preuves si saisissantes d'une minutieuse délicatesse d'observation réunie au savoir, Henderson aitéléau mois d'octobre 1831 , après la mort de Fallows, nommé directeur de l'observatoire placé au cap de Bonne-Espérance par le gouvernement anglais, et auquel on venait de donner une importance en rapport avec le besoin de multiplier les observations asl ronoinii | ues dans l'hémisphère austral. Hender-
TmSmttlu^ ** ''"ïjtilSmn
108 HEN
suivante), développa une activité de tous les instants. Il détermina , outre la latitude et la longitude de cet établissement, la position des étoiles circumpolaires australes pour en conclure avec la dernière justesse la situation polaire de ses instruments et le chiffre vrai de la réfraction de son horizon. Il observa la lune et les étoiles, pour mieux préciser la parallaxe horizontale de la lune ; puis Mars, pour obtenir la parallaxe de cette planète , et par elle celle du soleil. Il étudia les éclipses des satellites de Jupiter, l'occultation des étoiles fixes par la lune, un passage de Mercure, la situation des comètes d'Encke et de I Biela. Enfin il fit de cinq à six mille observations sur la déclinaison. Riche alors d'une énorme masse de matériaux , et commençant à se fatiguer | sous un climat si différent de celui de son Ecosse, ! Ilenderson, au mois de mai 1833, résigna ses fonc- * lions ; el de retour en Kurope, il se fixa à Edimbourg, où , libre d'engagements officiels , il se mit à rédiger les trésors d'observations qu'il avait rapportées de son séjour à la pointe de l'Afrique. Le premier résultat de ce nouvel ordre de labeurs fut la détermination d'un élément astronomique important, une parallaxe du soleil plusrigoureuse, telle qu'elle ressortait de la collation des observations de la déclinaison de Mars près du point de l'opposition, faites à Greenwich, Cambridge et Altona, avec les observations correspondantes i faites au Cap. Bientôt après parut un mémoire re- | levant et discutant à fond les anomalies du beau I cercle mural de six pieds anglais de diamètre dont ( est muni l'observatoire du Cap. A la sollicitation > de Baily , il accepta ensuite la tâche un peu maté- ; mile, un peu monotone, mais éminemment utile j à la science, de réduire les observations faites par ! le capitaine Foster à l'Ile de l'Ascension, sur la comète de 1830. En 1834, l'institut astronomique t d'Edimbourg s'étant entendu avec l'Etat pour lui ] céder son observatoire, à condition qu'une dota- • tion spéciale, jointe au don d'instruments nou- ] veaux, le transformerait en établissement public, Ilenderson, par le choix unanime du gouvernement et de l'université , fut nommé professeur d'astronomie pratique et directeur de l'observatoire. Se» travaux dans ces fonctions sont trèsconnus des astronomes par les cinq volumes qu'il a publiés de 1834 à 1839 , et tous les jours encore on y puise avec fruit. Henderson fut plus qu'un savant au courant de la science astronomique, plus même qu'un observateur soigneux, un calculateur habile et un manipulateur intelligent: il dominait la science ; il a rendu plus sûres, plus simples et plus expéditives les méthodes auxquelles tiennent ses progrès. C'est un des noms qui doivent surnager. II mourut à Edimbourg, ègé de 48 ans seulement, le 23 novembre 1845. Z.
HENEL (Nicolas), historien silésien, naquit en 1582 à Neustadt, dans la haute SUésie, étudia le droit à Breslau et à léna , voyagea ensuite en Allemagne, en Hollande, en France et ta Italie, et
HEN
reçut à Bâle le degré de docteur en droit. A son retour, Henel fut nommé vice-chancelier du duché de Munsterberg, conseiller impérial , et dans la suite syndic de la ville de Breslau. Il mourut le 23 juillet 1650. Il est auteur de plusieurs ouvrages historiques sur la Silésie ; quelques-uns ont été publies : i" Sites ograpkia et Breslograpkia , Francfort, 1613, in-4°. Cet ouvrage fut froidement accueilli par le public. L'auteur composa dans la
SUite , Silesiograpkia renova! a et Bretlograpkia r#-
novata, qui n'a pas été imprimée à part, mais qui se trouve insérée dans les Seriptores rerum Sib nacarum , publiés par Sommersberg ; 2° Cornmtntariut de ceteritms JCtis, quorum Ugibut justitia; Romanœ templum exstructum est, Leipsick, 1611, in-8°; ibid., 165-4, in-8°. Ce livre peut être regardé comme un recueil de panégyriques plutôt que comme un ouvrage utile aux recherches historiques. Le style en est trop affecté. 3» Otium Vratislaeiente, h. e. variarum obserrationum ac comtnenlationum liber, léna , 1658 , in-8°. Cet ouvrage posthume fut publié par C.-F. Henel , fils de l'auteur ; on trouve dans ce même volume : Epùioia de studio juris , et auctarium seu dissertatio de pritnatu D. Pétri, ac per hune Pontiftcis Romant in Ecclesia Christi. Les autres ouvrages de Henel , S lie si n togata; Genealogia omnium pêne Silesiœ dur ut»; Adeersaria Silesiaca, etc., n'ont pas été livrés à l'impression. B — a — ».
HENGIST, fondateur du royaume de Kent dans la Grande-Bretagne, était, ainsi que son frère Horsa, célèbre chez les Saxons par sa valeur et par l'antiquité de sa race, que l'on faisait remonter à Odin. Vers 450 les Bretons, délaissés par les Bomains, ne pouvaient défendre leur patrie contre les incursions des Ecossais et des Pietés. Suivant l'avis de Vortiger leur roi , ils allèrent , de l'autre côté de la mer, demander du secours aux Saxons. Ceux-ci se félicitèrent d'être appelés dans un pays que depuis longtemps ils brûlaient d'envahir. Hengist et Horsa se mirent à leur tête ; ils débarquèrent dans l'Ile de Thanel, à l'embouchure de la Tamise, marchèrent contre les ennemis des Bretons, et les défirent près de Stamford. La facilité avec laquelle ils avaient obtenu ce succès, leur fit juger combien il leur serait aisé de soumettre les Bretons eux-mêmes , qui n'avaient pu repousser d'aussi faibles ennemis. Hengist el Horsa envoyèrent donc en Saxe les rapports les plus séduisants sur la fertilité et la richesse de la Bretagne, et représentèrent comme immanquable la conquête d'une nation qui avait perdu depuis longtemps l'usage des armes , et dont les diverses tribus n'étaient pas unies entre elles. Hengist sut en même temps persuader aux Bretons qu'il convenait de faire venir des renforts de Saxe , pour s'opposer plus efficacement à toute tentative de la part de leurs ennemis du Mord. Quand les deux frères eurent reçu ces renforts , qui consistaient en cinq mille hommes, ils cherchèrent querelle aux Bretons, sons prétexte qu'on ne leur payait
HEN
pas leurs subsides et qu'on ne leur fournissait pas de provisions. Bientôt ils levèrent tout à Tait le masque, firent alliance avec les Écossais et les Pietés, et en vinrent aux hostilités contre les Breton». Ceux-ci indignés prirent les armes, et ayant déposé leur roi Vortiger, exécré pour ses vices et devenu odieux depuis le funeste résultat de ses conseils , ils déférèrent le commandement à son fils Vortimer. On fit la guerre avec acharnement. Les annalistes saxons et bretons ne sont pas d'accord sur le parti qui fut généralement victorieux ; mais les progrès constants des Saxons prouvent que l'avantage était ordinairement de leur coté. Ilorsa fut tué dans un combat livré près d'Églesford, aujourd'hui Âilsford. Hengist, resté seul chef, dévasta jusqu'aux coins de l'Ile les plus recules; les édifices furent détruits, les prêtres égorgés sur les autels par les usurpateurs idolâtres. Les Bretons n'eurent d'autre ressource, pour échapper à la mort, que de se soumettre au joug du vainqueur; quelques-uns se réfugièrent dans l'Armorique, à laquelle ils donnèrent leur
Ambroise , né Breton , quoique d'origine romaine. Ce nouveau chef réussit à rallier les Bretons contre les Saxons, et à ranimer leur courage. Hengist conserva néanmoins le territoire qu'il avait conquis ; et pour diviser les forces et l'attention des habitants du pays, il fit venir une nouvelle horde de Saxons, commandés par Octa et E bissa , son frère et son neveu , qu'il établit dans le Northumberland. Pour lui il resta dans une partie plus méridionale, et fonda le royaume de Kent, qui comprenait le comté de ce nom et ceux de Middlesex , d'Essex , ainsi qu'une partie du Surrey. Il fixa sa résidence à Cantorbéry, et mourut vers 488, laissant à sa postérité les États qu'il avait acquis. Les succès d'Hengist encouragèrent d'autres chefs saxons à venir s'établir en Bretagne ; ce qui donna lieu successivement à la fondation des différents royaumes connus sous le nom d'Heptarchie. E-s.
HÉNIN DE CUVILLERS ( Etienne- Félix , baron d'}, naquit le 27 avril 17!» à Balloy (Seineet-Marne), d'une famille noble de Champagne. D'abord cadet gentilhomme, puis sous- lieutenant au régiment des dragons de Languedoc, il fut ensuite employé dans la diplomatie auprès de l'électeur de Trêves en 1784, et passa l'année suivante en Angleterre par autorisation des ministres de la guerre et des affaires étrangères. La même année , il fut nommé secrétaire d'ambassade à Venise, et en 1786 il devint chargé d'affaires près la république de cette ville. En 17!)"), il quitta ce poste et fut envoyé comme ministre chargé d'affaires de France à Constantinople, où il resta jusqu'en 1795, époque à laquelle il rentra en France. Employé à l'armée d'Italie, il fut blessé à la seconde journée de la bataille d' Aréole le 36 novembre 1796. Pendant les années 1797 à 1802, il remplit plusieurs fonctions administratives et militaires, et Ait
HEN 109
chargé de diverses opérations. En 1800, il avait été nommé chef d'état-major général au siège de
[ ' K I aba nn A \Ji \ i ft a> a S a In A ta Hnl Aaa^ a *1 A l'umiLi
l escniera, en INln rte toute la cavalerie rte l armée d'Italie. En 1803, il fit partie de l'expédition de St- Domingue en qualité d'adjoint à l'état-major, fut chef d'état-major de la division de droite du nord , au môle Saint-Nicolas, et chargé du désarmement des blockaus à Dutreillis et à Duplas, en présence des nègres révoltés dans la plaine du cap Français , le 15 novembre 1803. Ce fut sur le champ de bataille , où il eut un cheval tué sous lui i l'attaque générale des nègres contre le Cap , le 18 du même mois, qu'il obtint le grade de colonel adjudant-commandant. Le 20 novembre, il était chef d'état-major de la première division de l'armée de Saint-Domingue, et fut, le lendemain , envoyé comme parlementaire à Dessalines pour régler les articles de la capitulation et de l'évacuation du Cap : il fut ensuite chargé de faire la remise de la place et des forts. 11 commandait le détachement de trente grenadiers et de trois officiers restés pour protéger les embarcations; et lorsque l'armée y fut toute rendue, Christophe voulut faire prisonnier ce détachement , et le retint pendant plus de quatre heures. Embarqué le 30, d'Ilénin fit naufrage le même jour à la sortie du port , et fut alors, avec tout son équipage, fait prisonnier par les Anglais, qui le conduisirent à la Jamaïque. Le général en chef Rochambeau, son compagnon d'infortune, lui donna l'ordre secret de conserver et d'envoyer en France les archives de l'armée de Saint-Domingue, et d'Uénin remplit cette commission. Ayant obtenu en février 1804 de retourner en France, prisonnier sur parole, après une traversée de plus de deux mois, il arriva à Paimbccuf avec les archives de l'armée, qu'il inventoria et classa par l'ordre du ministre de la marine. Rendu à l'activité , il fut employé soit en qualité de chef d'état-major de division , soit en qualité de commandant de diverses places fortes en Allemagne , en Prusse , en Pologne, en Italie et dans l'intérieur de la France. Créé baron le 15 août 1809 , officier de la Légiond'honneur en 1811, chevalier de St-Louis en 1814, il fut, le 4 mars 1819, promu par Louis XVIII au grade de maréchal de camp honoraire et mis a la retraite. Sa vie active ne l'a pas empêché de s'adonner aux sciences et à la littérature , et on lui doit un assez grand nombre d'ouvrages sur divers sujets. Il s'est particulièrement occupé du magnétisme , et il fut secrétaire de la société établie pour la propagation du magnétisme animal comme moyen curatif. En 1816, il en prit la défense contre le Journal <Ui Débats. Voici en quels termes un biographe expose les vues qu'il a soutenues ou développées sur le magnétisme dans ses écrits : « Hénin nie l'existence du fluide, etat- « tribue tous les effets à l'imagination ébranlée « du malade. Il admet une transfusion de facultés « morales et une atmosphère de sensibilité, agis- « sant réciproquement parmi les êtres animés au
110 HÉN
>i moyen des 8e»», agents physiques «le l'imagina- « tion, et explique, avec ce système, les guérisous « et lei prodiges du magnétisme animal , qu'il > croit devoir appeler phanlasitxousit . du grec « phrmtana , imagination, et exousia, puissance.
• H prétend que la phantasiixousie est esseutiel- « lement liée à l'histoire de tous les cultes, à
■ l'établissement desquels die a servi de base et « prêté son appui ; «pie les prêtre» de» différente» « religions ayant souvent obtenu du raagnêlisme m d'étonnants résultat» , le» ont présenté» au « vulgaire comme de» miracle» , témoignages « irrécwwble» de leur contact avec La Divinité;
• qu'on a ainsi to ckf de tous les prodiges attri- « bues aux oracles, pythie», sibylles, sorciers, « possédés, etc., comme aux fanatiques, tel» que
• les cenvulsioonaires de St-Médard et des Gé- « rennes. Dans le tome 8 de ses Archives du ma-
■ g i et t s me animal . p. 97 et suivantes , le baron
■ d'Uénin, fidèle à son système, traite une ques-
■ tion théologique fort délicate , mais arec rcs- « pect et convenance, il affirme que tous le» « miracles de Jésus-Christ n'étaient pas suroatu-
• reb, attendu qu'étant i la foi» Dieu et homme, « ses actions participaient également de la nature « divine et de la nature humaine ; il en conclut que
■ plusieurs de «es prodige» étaient dus au magaé- « tisme, que Jésus aurait appris en Égypte.Cetteas- « sertiou est fondée sur un passage d'Arnobe l'an- « cien, célèbre apologiste du christianisme , où il
■ est dit que les païens accusaient Jésus «l'avoir dé- « roi» les pratiquessecrètesdesprêtres égyptiens. • Le baron d'Henin de Gurillers est mort le 2 août 1841 . Il a publié : 1» Mémotre concernant le système de paix et de guerre des régences barb<srvsques sur Us côtes d'Afrique. Venise, 1787, ni- 12, traduit de l'italien, 1788, in-42 ; 2* Kssmi sur ta wirine ancienne des Vénitiens, traduit de l'italien de Formaleoni, 1788, in-8°; 3» Coup d'atii historique et généalogique sur l'origine, de la maison impériale des Comném. Venise, 1789, in-8*; 4° Histoire philosophique et politique du commerce et de fa narigation des anciens dans la mer Noire, traduit île l'italien (voy. Fonuaixom), Venise, 1789, 2 vol. in-8" avec cartes ; 5» Sommaire de la correjj tendance diplomatique du citoyen tttienne-Félix d'Uénin, ministre chargé d'affaires de la république française à Comtantinople . années 1793 95, Paris, 1796, in-8»; »»" Appel du peupla vénitien au peuple français, concernant la destruction de la république de Venise (Venise), an 7 (décembre 1797), et Milan, 1798, in-8»; 7° Rapport du 22 septembre 1799 sur te jugement contre le capitaine Guillaume Maris, commandant deCeea, condamné àmor t. Gènes, 1799, in-8° de 13 pages. Le capitaine Maris avait été condamné à la peine de mort par deux conseils de guerre successifs , les 8 août et 4 septembre 1799. Héniu, membre du conseil de révision, et deux fois rapporteur dans celte affaire, sauva la vie à cet officier par le rapport clair et lumineux qu'il ût de l'affaire, et en fit renvoyer la décision
au corps législatif. 8* Recueil de» tais militait eu à l'usage des conseils de guerre et de rétision. suivi d'une laide analytique des lois esters dans oe recueil, imprimé par ordre du général de div Sucbet , Gènes, 1799, in-8°; 9» Jour des opération! mUkaires du siège de Pesthiera et du l'attaque des retranchements de Sermioue . mandée par le général dt division i.uuiat, accompagné de carte» et de plans, suivi de note» archéologiques sur la maison de campagne du poète Catulle, sur la presqu'île de Sermione* dans le lac de Garda, Gène», 1801, in-8°; 10» Mémoire sur la direction des aérostats. Paris, 1802, in-8* de 16 pages avec une planche; 11° Réponses aux articles du Journal des Débats contre le magnétisme animal. Pari», 1816, in-8° de 24 page». Ces Réponses avaient été adressées en juin et juillet 1618 parle baron d'Hénin à cinq journalistes de Paris , qui tous refusèrent de les insérer. Elles ont été reproduites dans les A*c du magnétisme animal. 12° X ut ire biographique t'archiprétre Henri- Bertrand- Joseph Coll. curé de Dangé (Vienne), suivie de la relation d'une cure magnétique très- remarquable, opérée par cet archiprétre , depuis le 9 novembre 1791 jusqu'au 30 décembre de la même année, Paris, 1817, in-8* de 116 pages, extrait de la Bibltothéqueém magnétisme animal; 13° Le magnétisme éclairé ou Introduetion aux Archives du magnétisme animai. Paris, 1820, in-8»; 14» Lt magnétisme animal re-
éiymologique et mythologique sur Rsculape, Hippo— crate et tialien, sur Apis. Sérapis ou Ostris et nrr tsU. suivie de recherches sur l'origine de l'alchimie, l'a ns, 1821 , in-8". On trouve en tête de ce volume un dictionnaire de six cent soixante nouveaux termes scientifique» concernant la physiologie et le magnétisme animal. \& La morala chrétienne vengée ou Réflexions sur les crimes commis sous le prétexte spécieux de la gloire de Dieu et des intérêts de la religion , et observations hisseri» ques et philosophiques sur les faux miracles opérés par le magnétisme animal. Pari», 1H22, in-8°, cm» vrage dan» lequel on trouve de bon» raisonnement» sur la politique, des arguments puissants en faveur de» idées libérales, de l'esprit, de l'érudition , et des rapprochement» heureux dan» lesquels l'auteur a fait jaillir des vérités et dm aperçus philosophiques d'un haut intérêt. 16° Rèjl extons en faveur de la cause des Gaves. Paris', 1822, in-8*, opuscule de 4 page»; 17* Krposttiom critique du système et de la doclrime mystique des maqnétistes. Pari», 1824, in-8*. On trouve dans cet ouvrage les vues du baron d'Uénin sur le magnétisme T et dont nous avons donné un aperçu plus haut. 18° Portraits et caractères des jésuites aneieus et modernes , ou pères de la foi. pour servir de discours préliminaire è l'histoire de ta monarchie des Solipies (du P. Scott i). Pari», 1824, in-8". 19° Dre comédiens H du clergé. Paris, 1825, in-8»; i l'auteur a donné uni
BÊN
le titre : Encart dos comédiens et dm clergé, accompagne d'une notice sur le ministère français en 1825, et de quelques réflexions politiques et religieuses au sujet des journaux le Constitutionnel et le Courrier, attaqués par le réquisitoire de M. le procureur général Bellart, Paris, 1835, mS°. L'auteur cherche à venger les comédiens des •légouts qu'on leur fait éprouver, et il aUrihue 1* vices de quelques-uns d'entre eux à l'espèce de réprobation dont est frappée leur profession. 9ûp Discourt prononcé à Paris dans orne séance entraordinaire de tordre des Templiers, le 3 tkehrtk 708 (2 dèeembrt 182ty, Paris, 1836, in-8» de 48 pages. Cest une attaque violente dirigée contre le prétendu ordre aitlitaire et religieux des templiers modernes. 21* Discours de réception d'un orateur franc-maçon (sur la morale des francs- maçons, des jésuites, des Turcs , sur la victoire de Navarin, etc.), Paris, 1827, in-8», deux éditions dans la même année, 3* édition augmentée, Paris, 1" janvier 1828, in-8». 22" Lettre en faxeur du pourvut en cassation de léonngile Touquet. Paris, 1827, in-8» ; il y présente le pouvoir absolu comme une divinité terrestre née de l'arbitraire et de la cruauté. H exprime ses regrets de ce que l'intelligence humaine n'ait pas encore pu deviner quel est le meilleur gouvernement , ni se choisir une religion à l'abri du fanatisme destructeur de toutes les vertus sociales. Le baron d'tténin a été en outre le rédacteur des Archives du magnétisme
8 volumes iu-8°. Z.
ULNISCH (Ctoace), né à Bartfetden en Hongrie, le 24 avril 1549 , reçut à Italc , en 1578, le bonnet de docteur en médecine ; il /établit la même année à Augsbourg, en qualité de professeur de logique et de mathématiques, et y fut quatre fois doyen du collège de médecine. Il y fut nommé prérident du gymnase , et bibliothécaire de la ville après la mort de Jérôme Wolf , et il exerça ces fonctions jusqu'à sa mort, arrivée le 31 mai 1018. Outre une bonne édition lï'Arétét de Cappadoee (Augsbourg, 1605, in-fol., greo.-lat.); une d'Hésiode («aie, 1880, in-8», gr.-lat.), et une traduction latine du commentaire de TxeUës sur ce po«te (ibid., 1574, in-8»), il a publié : 1° Institu* Uonum diaUfticarum libri h II , Augsbourg , 1590 , fa-8° ; 2" Praeeptwnum rhetoricamm Ithri V, etc. , ibid., 1593, in-8°; S" De numeratione multiplirt, tolère oi récents , ibid., 160», in-80; 4» s% tisse et partout ejus. opuscatum, ibid., 1606, in-8". .V' Contmentarius in Spàterum l'roeit , item Computus ecctesMuttcns , etc., ibid., 1009 , tt>4u} 6" ArttÂmxtka perfeeta r* demomtratet. ibid., t6tt£>, Uft-4»; T* Tkeemurut Laquas tl sapienhm fermamcat . in quo ooeabutm osnmia germanica... cum suis sunonymis, dencatis , phrnsièus , composais, epilhetis , prvoerbiit , antithèses continent ut, ri latine esc optimis quibnsqne ssnctoriéns reddnntur; ndjette» su ni gnoque dictiombus phtrisque augltcet, bohémien:, gaitteee , gretcat , heoreéca. hispantea, Ualicat , polo-
HEN il!
mica, pan prima, ibid., 1646, in-fol. de trois cent quarante pages : ouvrage très-remarquable pour l'épo |ue où il a paru , et capital pour l'histoire de la langue allemande; c'est ce qui nous a engagés à copier en entier ce titre qui est en latin, suivant l'usage du temps, quoique l'ouvrage suit en allemand. C'est dommage qu'il n'ait pas été terminé; car cette première partie, la seule qui ait paru , ne va que jusqu'à la lettre H. Il peut passer pour le premier dictionnaire raisonné et complet de la langue allemande ; l'on n'avait auparavant que de courts et insignifiants voeabulaires, tels que celui de Josué Maaler, intitulé : Die ttutsekeSpraoKh. Zurich, 15C1 , in-4°, et le Deutsche Dictionarius de Simon Rhote, Augsbourg, 1571, in-8". On peut voir une notice détaillée avec quelques échantillons du Thésaurus dlleniscb, au tome 1", p. 571-592 des Mémoires (Beylrajge) pour l'histuire critique de lu tangue allemande, Leipsick, 1732, 4 vol. in-8°. 8° Enfin l'on attribue à llenisch la première édition du Catalogue des livres de la bibliothèque d'Augibuurg, ibid., 1600, in -toi.; ouvrage bien imparfait sans doute, mais qui est peut-être le plus ancien catalogue complet d'une bibliothèque publique, quoiqu'on eût déjà imprimé le catalogue des manuscrits grecs de la même bibliothèque : Wolf en avait donné d'abord une première édition, en seize pages in -4e, et David Jloeschel en publia une non» relie , Augsbourg, 1595 , in- 4°, de cinquante-neuf pages, contenant 122 manuscrits. Conring en cita une troisième édition, sous la date de 1605; mais Brucker assure qu'elle n'a jamais existé. Le catalogue d'Iloe&cbel est ainsi demeuré le plus complet jusqu'en 1675, époque où Heiser publia son catalogue de tous les manuscrits (tant grecs que latins) de la bibliothèque d'Augshourg. Quant au catalogue donné par llenisch , il devint si rare, que la plupart des auteurs qui en parlent ne le citent que sur l'indication de Heiser [cou, I iiixokr.) — Adolphe-CuiUtiumt HsMSCu ou Uumcu, a publié à lleliiiktadl, en 1724, in-l", une dissertation académique De itinertbns rrUgiosit quiirumdam principum (iuelphicorum in Palsststiuam , et une autre, De Uiuere armalo et curioio quorumdam priucipwn Gmlfhicurum in Palantiiam. U. M. P.
HhNhJdtT (Pf£Hax-Jo£Ej>u), littérateur, naquit à Uége, le 13 février 1701 (t). Son père, procureur à la cour épiscopale, remarquant les plus heureuses dispositions chez sou fils, résolut de lui donner une instruction solide. Il l'envoya au collège des Oratoriens» à Visï, où il se distingua en remportant chaque année tes premiers prix. Il termina son cours de rhétorique a seize ans, et obtint encore le prix. Ces succès continuels engagèrent ses conciloyeus à lui faire une réception brillante à sau retour de Visé; le prince lui-même auquel on le présenta l'accueillit avec les plus
111 Nom uaou Ici déUiU de celle notice de 1* femilk de Heokart. , „ i . , | ,
112 ITES
grandes marques de bonté. Cest an collège des Oratoriens que Henkart connut Régnier et Bassange, et dès lors
ils formèrent cette étroite et intime liaison qui ne devait cesser qu'avec eux. Destiné au barreau, on l'envoya e'ludier à l'université de Louvain ; mais un
Eût irrésistible l'entraînait vers l'étude des bellestres; aussi la lecture des bons écrivains le délassait de l'étude pénible et sérieuse des lois. Son amour pour la poésie le fit connaître du prince de Ligne et du prinee-évêque de Liège, alors à Bruxelles; il fut mime admis dans la société intime de ces seigneurs , où on s'occupait exclusivement d'art et de littérature. Ses études terminées, Henkart revint à Liège et fut attaché à la chancellerie du conseil privé. La manière dont il sut remplir cette charge lui valut de la part du prince , qui saisissait toutes les occasions de récompenser le mérite, un canonicat à l'église collégiale de St-Martin , distinction ecclésiastique honorable et lucrative à la fois , et qui n'imposait pas l'obligation d'un célibat perpétuel. Les idées qui annonçaient une prochaine révolution commençaient à se répandre à Liège, et vinrent surprendre Henkart au milieu de ses occupations littéraires. Son esprit éclairé les adopta franchement ; il s'associa de cœur avec les gens sages et modérés pour demander la réforme pacifique des abus, réforme qui aurait concilié les intérêts et calmé l'effervescence populaire. C'est dans ce but qu'il fonda avec ses amis Bassange et Régnier le Journal patriotique pour servir à Fkistoire de la rérolution arrivée à lÀége le 18 août 1789(1). Ce journal, écrit avec beaucoup de clarté et d'esprit, était consacré à relever les vices de l'administration, les moyens de les réformer, et en général tout ce qui avait rapport à la constitution liégeoise; malheureusement cette feuille périodique (2) , dans laquelle Henkart avait continuellement montré des intentions pures et patriotiques, fut pour lui, dans la suite, une source de vicissitudes. L'assemblée du tiers état du pays de Liège ayant décrété le 24 avril 1790 la création d'un conseil de régence de neuf personnes, destiné à remplacer le conseil privé, nomma Henkart membre et secrétaire de cette régence le 8 du mois suivant. Peu de temps après, il reçut une nouvelle marque de confiance de ses concitoyens; le conseil municipal le chargea ainsi que Bassange et Régnier d'aller à Paris , afin de poursuivre le recouvrement d'une créance à la charge du gouvernement français, à titre de payements et fournitures faits à l'armée française de 4757 à 1763; n'est à cette occasion que fut écrit le discourt
(1} Ki non te Journal gémirai Ht l'Surope, ainai juc l'avance l'auteur de la Bit graphie liégtrritt. EU* paniaaait ton* Ici samedi».
prononcé par Régnier à l'assemblée nationale le 18 septembre 1790, auquel Henkart eut la plus grande part. Leur mission resta sans résultat, malgré les promesses faites au nom de l'assemblée nationale par son président. En attendant, la révolution liégeoise marcha et fut même une des causes qui firent échouer lesdémarehes ultérieures de nos députés. De retour dans son pays, Henkart fut chargé d'une nouvelle mission : 11 fut envoyé à Francfort afin de seconder Bassange auprès du comte de Mette rnich ; mais leurs efforts en faveur de la révolution liégeoise restèrent encore sans succès. L'arrivée des Autrichiens a Liège , le 11 janvier 1791, força Henkart de prendre la fuite. Après deux mois de séjour a Givet, il revint à Liège; mais la commission impériale de Wetzlar lança contre lui un décret de proscription qui le força de s'expatrier de nouveau. Henkart ne revit ses foyers que lorsque les armées françaises vinrent occuper le pays. Retiré dans une modeste habitation à Sclessin, il s'y livrait à ses goûts littéraires quand les désastres des armées républicaines sur les rives de la Roer vinrent l'arracher à sa douce solitude et le forcer pour la troisième fois à quitter le sol natal. 11 se réfugia à Paris avec Bassange, Fabry et Defrance, ses amis, exilés comme lui. A l'abri des réactions qui bouleversaient sa patrie, il y fut cependant en butte aux calomnies de plusieurs de ses concitoyens dont il ne partageait pas les opinions exaltées. Lebrun était alors ministre des affaires étrangères; il avait connu Henkart à Liège quand il y rédigeait le Journal général de l'Europe, qui s'imprimait à Hervé; leurs goûts, qui avaient une grande conformité, avaient établi entre eux une étroite amitié. Lebrun, accusé de nwdérantisme, privé de son portefeuille et jeté en prison , trouva dans Henkart un chaleureux défenseur; il provoqua et rédigea la fameuse lettre du 6 juin 1793 adressée à Lebrun au nom du comité des Liégeois, dont il faisait partie. Ce comité, divisé en deux camps, comptait Henkart et ses amis parmi les défenseurs des opinions modérées; l'autre parti, qui se qualifiait de jacobins , de sans-culottes, et voulait la révolution avec ses conséquences les plus terribles, refusa de souscrire à cette lettre; Henkart se réfugia à Cbarleville, et ne revint à Paris qu'après la mise en liberté de Lebrun. Les victoires des Français en Belgique ramenèrent Henkart à Liège, où il vécut désormais tranquille. Il occupa successivement différents emplois : en l'an 2, il fit partie de l'administration générale du pays, et fut chargé, en cette qualité, de plusieurs travaux de haute importance; en l'an 3, on lui confia le dépôt des archives; il tira du chaos une foule de documents précieux , qui rendent le dépôt de Liège l'un des plus importants de la Belgique ; cette même année il fut nommé président de l'administration centrale provisoire et donna sa démission d'archiviste; en l'an 4, il fut appelé aux fonctions déjuge du tribunal en il du dépar-