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bililé qui les avait rendus hostiles à toutes les réformes, et que, depuis Rabelais jusqu'à Voltaire, tous les esprits libres leur avaient reproché. Aux yeux des révolutionnaires, les magistrats comme les avocats étaient de trop ; ce qu'il fallait, c'était la justice arbitrale qui effaçait les suprématies, détruisait les intermédiaires , faisait de la justice quelque chose de facile et de familier, en attendant qu'une trop longue expérience vtnt en démontrer les abus. Il ne pouvait venir à l'esprit des légi-lateurs de cette époque de reconstituer l'enseignement du droit, que rendait inutile à leurs yeux la simplicité de la législation qu'ils j avaient rêvée, et qui devait perpétuer une caste idolâtre du passé, séparée des intérêts généraux, pour laquelle la haine des partis avait inventé le mot de « robinocratie. » L'enseignement du droit réduit à d'humbles proportions, dépouillé de son caractère i!levé, était alors abandonné à quelques hommes laborieux, modestes et inconnus, dont les cours, suivi» par une rare jeunesse, ne rappelaient que de bien loin les grandes écoles du 16* siècle. Deux cours, au milieu de ces enseigne- ! ments divers , avaient acquis une sorte de caractère officiel ; c'était l'Académie de législation et | l'université de jurisprudence. Hennequin, élève de l'université de jurisprudence, eut pour maître M. Agresli, dont le nom est aujourd'hui moins connu que celui de son disciple. Lorsque, plus tard , on voulut pourvoir aux besoins de la société, en pourvoyant à ceux de la justice, il fut décidé que ceux qui avaient suivi les cours soit de l'Académie de législation, soit de l'université j de jurisprudence, pourraient être reçus licencies, j comme s'ils avaient suivi les cours d'une faculté I de droit régulière ; ce fut en vertu de cette dis- j position , que Hennequin soutint , le 13 Truc- j tidor an 13, sa thèse de licence. Le diplôme atteste comment le jeune étudiant avait profité d'un en- : scignement qu'un esprit comme le sien avait su féconder et agrandir. Hennequin, après les années de la jeunesse bien employées, voyait s'ouvrir devant lui la carrière de son choix, lorsqu'il fut atteint le 3 septembre 1806 par la loi de la conscription, aux nécessités de laquelle la position de sa famille ne lui permettait pas de se sous- i traire. 11 fut incorporé comme soldat dans un régiment d'artillerie en garnison à Wesel, où un de ses oncles servait en qualité d'aide de camp du général commandant la place. 11 n'eut jamais du soldat que le sentiment du devoir, qu'il devait porter avec lui partout, et la résolution de l'accomplir, ainsi qu'il convient à un homme de cœur, dans toutes les circonstances. Attaché comme | secrétaire au commandant de la place, il demanda et obtint de n'être pas dispensé à cause de cela I du service de la tranchée. D'ailleurs il aurait été détourné de la carrière militaire par ses idées, j ses opinions , ses études, ses travaux , lorsqu'il j n'en aurait pas été éloigné par ses mœurs et ses I habitudes, dont ses camarades respectèrent l'in- I
altérable et constante gravité. Le 31 août 1807,
11 était nommé sous-lieutenant par le maréchal Kellermann. Une pareille nomination était un honneur pour Hennequin ; elle ne pouvait être un engagement. Ses chefs eux-mêmes l'avaient compris, comme on put en juger par l'empressement avec lequel ils le rendirent à la vie civile après la paix de Tilsitt. Autorisé à rentrer dans ses foyers le 12 novembre 1807, il fut inscrit le
12 novembre 1808 sur le tableau des avocats à la cour impériale de Paris. Il avait moins d'eflbris à faire qu'on aurait pu le supposer pour reprendre une carrière et pour continuer des études qui, en réalité, n'avaient jamais été interrompues. S'il était permis, on pourrait dire que l'avocat avait fait son stage sous l'uniforme d'artilleur. En 1807 des paysans allemands étaient traduits devant un conseil de guerre français, comme accusés de résistance envers des gendarmes qui s'étaient introduits dans leurs domiciles sans mandat, la nuit et pour lever des contributions. On conçoit ce qu'une semblable accusation avait de grave, au milieu de populations frémissant sous le joug, et qui ne pouvaient être contenues que par la force. Aux yeux de tous, un exemple paraissait nécessaire. Un jeune soldat, présent à l'audience, demande à défendre les accusés. Il s'avance à la barre, il parle, il attendrit ses juges, il obtient l'acquittement de ses clients; le jeune soldat était Hennequin. Cette circonstance de sa vie devait être rappelée , parce qu'elle est pour lui comme le premier pas dans une carrière qui devait être si bien remplie, et parce qu'Hennéquin lui-même y fit plus tard une allusion indirecte, en adhérant à la consultation de faveur de M. Isambert, lors d'un procès qui fit quelque bruit dans les dernières années de la restauration. La vocation d'Hennequin s'était trahie. Plus tard, il était nommé d'office pour défendre des soldats devant un conseil de guerre; il était choisi ensuite par les officiers du régiment auquel il appartenait pour offrir l'expression de leurs hommages au maréchal Kellermann , duc de Valmy, commandant en chef. Il semblait, en un mot, que ses camarades, comme ses chefs, eussent pressenti en lui l'attrait de cette heureuse parole, qui , mûrie et perfectionnée par la réflexion et par l'élude , devait faire d'Hennequin un avocat si utile et si brillant. Sa dette une fois payée aux lois de son pays , il revenait avec la pratique de la vie active; avec la résolution que l'apprentissage de la vie militaire laisse toujours après lui , et une vocation d'autant plus décidée que les années ne l'avaient pas vaincue , et qu'elle avait résisté aux séductions de la gloire des armes. Hennequin, à peine rendu à la vie civile, s'était fait , par la droiture de son caractère et la grâce de son esprit, des amitiés qui durèrent autant que sa vie, au sein d'un barreau qui s'était reconstitué tout seul , par la force de la discipline et de la tradition; en attendant la reconstitution
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légale, qui ne devait être opérée que quelques années plus tard. Il avait mérité la bienveillance d'un homme qu'on connaît mal , lorsqu'on ne le connaît que par sa conduite publique et officielle ; homme excellent, austère et passionné, qui portait dans l'exercice de sa profession la noblesse et la dignité des grands avocats; de M. Bellart, que sa santé avait éloigné des audiences, qui était employé et considté dans toutes les affaires importantes, et dont le cabinet était devenu un centre d'instruction et d'encouragement pour cette partie de la jeunesse qui ne s'était pas laissé conquérir par les idées de 1789. Hennequin ne débuta qu'en 1813, c'est-à-dire ayant près de vingthuit ans, et cette lenteur prudente, imitée des orateurs habiles de tous les temps, qu'un esprit comme le sien rendait plus méritoire, en la rendant plus difficile, atteste assez par quels travaux il se préparait aux succès qui allaient honorer sa vie. Ses débuts Turent brillants ; ils devaient l'être. A eux seuls ils n'auraient pas suffi peut-être pour lui assigner une place, sans un événement qui changeait le monde, et qui devait avoir tant j d'influence sur sa destinée, La restauration , pour Hennequin, ne pouvait avoir rien d'imprévu; il y avait été préparé par ses opinions, par ses habitudes, par ses amitiés. 11 l'accueillit, avec joie, comme un gage de repos, de paix , de concorde et de bonheur pour la France. .V au sein d -s classes moyennes, il était animé d'un dévouement réfléchi dont il se plaisait à retrouver lcxpression dans les espérances qui saluèrent les premiers jours de l'assemblée constituante, et qui s'alliait en lui , comme chez quelques hommes de cette époque, à un sentiment monarchique, dont les épreuves de la révolution n'avaient fait i que redoubler la ferveur. Suivant lui, les rois devaient être les tuteurs des peuples , et les rois légitimes peuvent être plus facilement que d'autres des tuteurs fidèles. La mémoire de Louis XVI, auquel rien n'avait manqué que le pouvoir de faire le bien , était l'objet de ses respects et de ses regrets. La restauration le trouva dans l'entier épanouissement d'une jeunesse qu'il avait bien employée, et avec un talent qu'il n'avait pas voulu montrer trop tôt et dont il se sentait le maître. Son zèle pour le pouvoir nouveau était ardent; mais il était sage, comme son caractère; il le préserva des vivacités excessives qu'on regrette , et dont il est malaisé dans tous les temps de se défendre. Dans l'année 1817 il adhérait à une j consultation en faveur de MM. Comte et Dunoyer, en même temps qu'il défendait Fiévée, un des écrivains les plus spirituels et les plus incisifs de la presse royaliste , auteur d'une correspondance politique et administrative, dédiée à M. le comte de Blacas d'Aulps, et dirigée contre le ministère de M. Decazes. Fiévée, condamné è trois mois de prison et à cinquante francs d'amende, rendit hommage à la rare habileté avec laquelle son jeune avocat avait plaidé sa cause. * M. Hennequin,