‹ Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderneChapitre 25 sur 106 · II EN · texte numérisé non relu

II EN

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de la Rochelle. La cour proposa le mariage du prince de Béarn arec Marguerite, soeur du roi. La reine de Navarre se rendit à la cour; et Charles IX la reçut avec une déférence filiale. Coligny suivit l'exemple de la reine, et fut accueilli arec la plus tendre vénération : on lui promettait toute la puissance d'un premier ministre. Les protestants affluaient dans la capitale, où leurs têtes avaient été si souvent mises à prix. La reine de Navarre gémissait pourtant du sacrifice que commandait la paix générale. Les mœurs de la cour révoltaient son austérité. Comme elle revenait de faire des emplettes pour les noces prochaines de son fils , elle fut atteinte subitement d'une maladie violente, et succomba, au bout de cinq jours, aux douleurs les plus aiguës (1572). Des bruits d'empoisonnement se répandirent : Coligny refusa d'y croire. Le nouveau roi de Nararre, navré de la plus profonde douleur , n'obtint que peu de temps pour s'y livrer. On continuait les préparatifs de son mariage. La magnificence en fut peu commune; les jeux en furent sinistres. On avait arrangé un bizarre tournoi, dans lequel Henri se présentait pour disputer l'entrée du Paradis, et était repoussé dans l'Enfer : Mercure et l'Amour venaient l'en délivrer. De quelle horreur ce prince ne fut-il pas pénétre lorsqu'il apprit, trois jours après , que l'amiral de Coligny, revenant à pied du conseil , avait été blessé dangereusement d'un coup d'arquebuse! Le soir, les protestants s'assemblèrent chez le roi de Navarre. Plusieurs d'entre eux parlaient de quitter en armes une ville où tout leur annonçait un massacre prochain. Les plus magnanimes furent les plus confiants : ils avaient été témoins de l'alarme du roi, lorsqu'il connut cet attentat; on commençait des poursuites rigoureuses contre les meurtriers. Toutefois le calme des Guises paraissait suspect. Le lendemain , les seigneurs protestants étaient réunis au Louvre auprès de Bourbon , et proposaient des avis divers. Un coup de pistolet, et, bientôt après, le son du tocsin, frappent leurs oreilles. Des gardes viennent saisir le roi de Navarre et le prince de Condé. On les enferme : leurs compagnons sont massacrés dans le palais du roi. Henri entendait les gémissements, les cris d'horreur de ses amis mourants, et s'attendait à partager leur sort, lorsqu'au point du jour il est conduit, avec son cousin , devant Charles IX. L'as- .' pect de ce monarque était terrible : agité de toutes les convulsions du crime, il leur raconta, l'un air de triomphe , tous les massacres exécutés «r ses ordres, leur apprit, avec un rire féroce, a mort de Coligny, que la veille ils l'avaient vu ous deux presser dans ses bras. « Je veux , ajouta «le roi, qu'il ne reste plus en France aucun « rebelle, aucun hérétique : ma bonté, un reste « de pitié pour votre âge, me force à vous épar- « gner; mais il faut rentrer, sur-le-champ , dans « le sein de l'Église, ou mourir. » Les deux prince: cédèrent à la force , mais ne songèrent

qu'au moyen d'échapper aux bourreaux de leur»

amis. Charles IX, après la Saint-Barthélémy, était effrayé de sa cour, de ses complices et de luimême. La vue du roi de Navarre semblait lut rendre quelque calme; il en était réduit a se féliciter de n'avoir pas commis un fratricide. Quelquefois il entraînait ce prince dans des débauches et des courses nocturnes, par lesquelles il cherchait à s'étourdir. D'un autre côté, Catherine de Médicis tendait au jeune Bourbon tous les pièges de la corruption dont elle tenait école. Elle voulait avilir celui dont elle n'avait pu résoudre ou obtenir la mort. Henri ménageait ses tyrans; mats il méditait sa fuite, et il était venu à bout d'engager dans ses projets le duc d'Alençon , troisième frère du roi. La cour était à St-Germain. Un oflîcier, nommé Guilri, dévoué au roi de Navarre, se tenait prêt, avec cinquante hommes, à recevoir dans la forêt les deux princes fugitifs ; mais le duc d'Alençon , effrayé de cette entreprise hardie, vient lui-même, auprès de sa mère, se rendre le dénonciateur de tous ses compagnons. Les deux princes sont arrêtés, ramenés à Paris, et gardes à vue dans leur appartement , dont on fait une prison. La cruauté de Charles IX était assouvie : atteint d'une langueur mortelle, en proie à la défiance, et surtout aux remords, il gémit de ce qu'on ne le laissait pas mourir en paix. Deux compagnons du duc d'Alençon, Lamôle et Coconas, eurent la tête tranchée. Le procès du roi de Navarre s'instruisit : un parlement que la terreur avait forcé de remercier le roi à la suite des massacres de la St-Barthélemy, était chargé déjuger un prince qu'on s'étonnait d'avoir épargné. Le chancelier Birague se présenta pour l'interroger, accompagné de plusieurs commissaires. « Je suis « roi, leur répondit Henri, je n'ai rien à vous ■ répondre : je ne souillerai point le nom de roi « en subissant un interrogatoire. Mes amis ont « été égorgés sous mes yeux, j'ai voulu fuir ; je n'ai « point de complices : je donne des ordres à mes r serviteurs; je ne séduis, je ne trahis personne. « Continuez vos procédures; je n'y prends aucune « part. Le parlement de Paris doit réfléchir avant « d'instruire le procès d'un roi. » Birague , Italien pervers, qui avait conseillé la St-Barthélemy, fut ébranlé par cette fermeté inattendue. Catherine de Médicis parut incertaine. Cependant Charles IX mourait en rendant le sang par tous les pores; il ne donnait plus aucun ordre. On fut surpris de le voir demander, à ses derniers instants, le prince qu'il tenait dans les fers. Henri, qui s'attendait à de nouvelles fureurs du monarque , fut confondu de s'entendre adresser par lui des paroles pleines d'amitié. Charles IX lui confiait ses derniers vœux, ses intérêts les plus cbers, et pourtant le laissait livré à ce qu'il plairait à la reine d'ordonner de son sort. Il mourut le 30 mai 1573. Le duc d'Anjou, fameux par les deux victoires de Jarnac et de Montcontour , héritier du trône de France, occupait alors le trône élec-

lif de Pologne. Catherine de Médicis, une troisième fois rëgentc, épargna le roi de Nararre. Son autorité n'était point assez affermie pour qu'elle osât se permettre de la signaler par le meurtre juridique d'un roi. Les protestants avaient repris les armes : l'indignation leur redonnait plus de force qu'un effroyable massacre ne leur en avait fait perdre. Une quatrième paix que Charles IX lui-même avait été forcé de signer avec eux , était déjà enfreinte. Henri III s'échappa, comme un déserteur, de la Pologne, qui l'avait élu sur la foi de sa renommée, et il marqua son long royage par les prodigalités et les caprices extravagants qui allaient remplir tout son règne. La reine mère vint le trouver au Pont de Beauroîsin, frontière du royaume en Dauphiné; elle était accompagnée du roi de Navarre, et du duc d'AIençon, qui, malgré son repentir, restait encore prisonnier. Catherine intercéda pour eux : le roi, qui leur avait fait d'abord un accueil sévère, finit par les embrasser , et voulut le lendemain communier avec eux. Le roi de Navarre, libre, mais surveillé avec soin , parut avoir renoncé à tous projets politiques. Henri III, qui semblait l'aimer, lui fit pourtant, un jour, la proposition la plus insidieuse et la plus atroce. Il s'était persuadé que le duc d'Alençon avait voulu l'empoisonner : après s'en être plaint au roi de Navarre, il le conjura de tuer ce prince dans le Louvre même , et lui offrit ses propres gardes pour l'aider dans cet attentat. Henri de Bourbon rejeta une telle proposition avec horreur, et justifia vivement le duc dont il était envié et haï. Les protestants croyaient Henri perdu pour eux; ses amis Jes plus fidèles gémissaient de la mollesse i laquelle il paraissait s'abandonner. Une nuit, d'Aubigné, l'un de ses gentilshommes, l'entendit soupirer, en récitant quelques versets d'un psaume dans lequel David déplore la dispersion de ses amis. D'Aubigné, reconnaissant à ces paroles, qu'Henri sentait toute l'amertume de sa position, tira les rideaux de son lit, et lui tint le discours le plus véhément pour l'engager à la fuite. Henri se plaignit d'avoir été mal jugé par ses amis, et apprit à d'Aubigné qu'il touchait au moment de tenter encore une fois sa délivrance. En effet plusieurs seigneurs catholiques, jaloux des préférences scandaleuses que Henri III accordait à ses mignons, avaient promis au roi de Nararre de l'aider, et même de l'accompagner dans sa fuite. Fervaques, l'un d'eux, ayant commis une indiscrétion, fut trahi par sa maîtresse. Henri de Bourbon était sorti de Paris sous prétexte d'une partie de chasse, et attendait à Saint-Germain les gentilshommes qui devaient venir le joindre. Le même soir, le roi, averti du complot, interrogea sévèrement Fervaques, dont il tira beaucoup d'aveux. Cependant, ce seigneur, que le roi laissait libre, donna l'alarme à ses compagnons; et dans cette même nuit , ils partirent pour Saint- Germain. Le roi de Navarre avait auprès de lui

deux gentilshommes, dont la reine mère avait fait ses surveillants : on proposait de les tuer; Henri s'opposa fortement à ce meurtre, et les chargea d'aller annoncer au roi qu'il se mettait en route pour se justifier. Débarrassé de ses deux surveillants, il s'échappe; sa troupe le suit. Comme il était arrivé à Poissy, un bateau, qui avait été commandé, se fit longtemps attendre. L'irrésolution et bientôt le repentir se manifestèrent dans la troupe : Henri déclara qu'il mourrait plutôt que de revenir sur ses pas. Le bateau se présente : après avoir traversé la Seine, on s'enfonce dans une forêt épaisse; le surlendemain on gagne Alençon, ville de l'apanage du frère du roi , et l'on s'y crut en sûreté. Le duc d'Alençon ne tarda pas a s'évader lui-même : une partie de la noblesse se prononça pour lui. A la faveur de ces nouveaux troubles, Henri passa d'Alençon à la Rochelle, et il rentra parmi ses frères les protestants. U lui tardait de reconquérir le Béarn (I); à peine y parut-il, suivi de quelques gentilshommes, que ses anciens sujets volèrent au-devant de leur prince chéri , et lui aidèrent à conquérir par les armes une partie de la Guyenne. Cependant la reine mère négociait avec son fils rebelle. Henri III et son frère signèrent une paix honteuse. Le duc d'Alençon , tout occupé de ses avantages personnels, avait peu stipulé ceux du roi de Navarre. Cette paix avait rendu Henri III méprisable à ses sujets. Henri de Guise se mit à la tète des catholiques mécontents. Les états de Blois, qui s'assemblèrent, devinrent les organes de ses plaintes et les instruments de son ambition. On prêta de nouveaux serments de haine et d'extermination contre les protestants : la Ligue se forma. Henri III crut avoir fait tout ce que la politique a de plus habile, en se déclarant chef de cette ligue , afin d'en ravir l'empire au duc de Guise : mais il obéit à une partie de ses sujets armée contre l'autre; et lorsqu'il essaya de briser le joug qu'il s'était imposé, ses sujets le traitèrent comme un rebelle. Le roi de Navarre n'avait plus à compter que sur ses propres forces; elles consistaient dans le secours de 4 à SOU gentilshommes ou soldais, les uns catholiques, les autres protestants. Il maintint leur union, excita leur zèle; et par la rapidité de ses courses, par l'audace de ses attaques, il prévint les grands préparatifs qui se formaient contre lui. Jamais il ne consultait le nombre de ses ennemis. U chargeait le premier, à la tête d'un escadron, qui faisait presque toute son armée, épargnait les villes soumises, et celles même qui lui avaient opposé une longue résistance. H y eut un jour un soulèvement général

(1) Henri n'eut jamais besoin de reconquérir le

resta toujours fldélc.Ce pays était gouverné pendant l

par sa saur Catherine de Nararre. sa HeuUuantc générale . qui tenait sa cour au château d« Pau. M Poirson (t. 1, p. 35 1 tait remarquer qu'après la mort de Henri III , le» Etala héréditaires du prince de Navarre, le comté de Folx et la souveraineté de Bearn, la différence des autre* provinces, n'eurent pas besoin de le ilUIur.

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contre lui dans une ville où il entrait en vainqueur ; on criait de tous cotes : Tirei au panacht blanc. Bourbon, qui avait tenu tête à cette multitude, fut secouru par un renfort. Comme il s'agissait de punir les séditieux , il crut exercer une vengeance assez sévère en faisant pendre un seul homme. La corde cassa : « Grâce , dît-il , à «r ceux que le gibet épargne! » A la fin de la camp a . ne il occupait beaucoup plus de villes qu'au commencement. Henri III, d'ailleurs, ménageait pour i; première fois son beau-frère, parce qu'il craignait de donner trop d'avantages au duc de baise. Il paraissait s'être enfin convaincu de la nécessité d'accorder à ses sujet» la liberté de conscience. Une paix , qui fut suivie de l'édit de Poitiers, aurait peut-être terminé le long cours des guerres de religion, si l'Espagne et le duc de Guise eussent pu consentir, l'une à laisser du repos à la France, et l'autre à laisser du repos à son roi. Bourbon, qui voyait combien Henri III était peu obéi, crut devoir rester sous les armes. Catherine de Médicis, pour les lui faire poser, vint le chercher dans son camp auprès de Nérae : elle amenait avec elle un essaim de jeunes et belles personnes, dont elle employait la coquetterie, les faiblesses, les prostitutions au gré de • sa politique. Elles réussirent à détacher du roi de Navarre plusieurs des seigneurs catholiques qui s'étaient voués à sa fortune , tels que Fervaques , Lavardin et Duras. L'une de ces dames obtint un plus grand succès, en séduisant un vieux gouverneur de la Réole, qui eut la lâcheté de livrer ce fort à Catherine de Médicis. Bourbon en apprit la nouvelle au milieu d'un bal que lui donnait la reine mère. Il se garda bien de témoigner aucune émotion; mais, en sortant du bal, il appela ses plus vaillants gentilshommes, et vint à leur tête s'emparer, dans cette même nuit, de la ville de Flainarens. La guerre se ralluma : Henri conçut une entreprise audacieuse, celle de surprendre la ville de Cahors, défendue par une forte garnison, et par Vezins, gouverneur aussi vigilant qu'intrépide. Après avoir fait faire à sa troupe une marche de dix lieues par un soleil brûlant, il se tient en embuscade sous des noyers, et attend que la nuit favorise son entreprise. Il fait sauter une des portes par le moyen d'un pétard; il entre dans la ville, lui septième : un détachement de 700 hommes le suit; un autre de même force garde la campagne , pour empêcher les secours que doit recevoir la place. Le bruit de l'explosion a donné l'alarme au gouverneur; sa troupe est sous les armes: les habitants de Cahors font pleuvoir les pierres et les tuiles sur les assaillants. Vezins est tué, après avoir donné la mort à plusieurs compagnons du roi. La défense continue; le jour parait : Bourbon n'a emporté qu'une faible partie de la ville. On le conjure de se retirer : cr Point de retraite, » s'écrie-t-il. Les pieds écorchés, couvert de contusions, il combat, adossé à des boutiques. On lui apprend qu'un

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renfort arrive à la garnison ; on le conjure encore une fois de se retirer : « Non , dit-il , ma retraite « hors de cette ville sera celle de mon ame hors « de mon corps. » La troupe qui venait au secours de Cahors est battue et dispersée ; mais il faut faire le siège, non plus de chaque rue, mais de chaque maison. Enfin, ce n'est qu'à la cinquième nuit que Cabors est soumise. Cette conquête avait de l'importance; mais c'était surtout la manière dont elle avait été opérée qui fondait la puissance de Henri. On n'avait jamais entendu parler d'une telle obstination de courage, même eu France, même au milieu des guerres civiles. Le maréchal de Biron, le militaire alors le plus renommé, fut chargé de combattre le roi de Navarre. Henri montra, dans une guerre savante, toute l'étendue de ses talents militaires. Guise n'attribuait les revers de l'armée royale qu'à la faiblesse ou à la trahison du roi. H avait quitté Paris, mais en méditant un éclat terrible : un manifeste, où la rébellion se couvrait du voile du fanatisme, déclarait le plan de la ligue. La Champagne et la Picardie étaient déjà soulevées. Henri HI tremblait dans Paris, et n'osait appeler le roi de Na* varre à son secours. Habitué à céder, il plia encore une fois sous le duc de Guise, et se fit l'allié de son plus mortel ennemi. Quand Bourbon connut le traité de Nemours , qui renfermait les conditions de celte alliance, il desespéra pour la première fois de sa fortune. A la suite d'une rêverie où il était resté immobile, la tête appuyée sur les mains, la moitié de sa barbe avait blanchi Un rayon d'espoir se présente à lui; le maréchal de Montmorency, gouverneur du Languedoc, a la générosité d'appuyer un prince qui va être assailli par une armée de 80,000 combattants. Henri vient le trouver par des sentiers détournés, concerte avec lui ses mesures; et tous deux, sans rien écrire, se donnent la foi de chevalier. Le pape Sixte-Quint s'est décidé à lancer contre le roi de Navarre une bulle d'excommunication. Désormais il n'y aura plus de frein à la fureur dont les catholiques sont animés contre lui. Bourbon ne rien pour faire tête à l'orage : il veut les yeux d'un monarque faible et d'un peuple frénétique. Ses manifestes, ses lettres au roi, à la noblesse, au tiers état, sont animes de cette éloquence du cœur, dont l'art ne peut égaler ni remplacer l'effet. Afin d'éviter l'effusion du sang qui doit suivre ce grand choc, il envoie un cartel au duc de Guise, qui refuse de répondre à cette sommation de l'honneur. Quelques gentilshommes sont restés autour de lui; mais il n'a rien pour les solder. La belle Corisande, qu'il aimait alors de la passion la plus tendre , engage ses domaines pour le secourir (ooy. Gwchb). Bosoi entreprend le voyage le plus périlleux, pour rendre ses bois de haute futaie, et en apporter le prix à son maître, déjà son ami. 40,000 hommes, sous le commandement du duc de Mayenne, frère du duc de Guise, viennent investir le rai

dessiller

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de Navarre, qui n'en a pas plus de 4,000 sous les I armes; une autre partie de l'armée catholique presse le prince de Coude dans le Maine; une troisième partie attaque Montmorency dans le Languedoc. Henri voyait le duc de Mayenne pro- I céder lentement dans ses attaques : il crut pouvoir se rendre dans le Béarn (1) auprès de la comtesse de Guiche. Mayenne en fut instruit, fit une diligence inaccoutumée, et peu s'en fallut

Îu'il ne cernât le roi de Navarre dans le château e la comtesse, aux environs de Pau. Henri, un peu confus de sa faute, n'est point étourdi de son danger; il s'évade lui troisième : d'Aubeterre, jeune officier, qui aperçut ce prince passant une rivière à gué, feignit de ne pas le reconnaître, et dirigea 6a troupe d'un autre côté; enfin Henri a pu gagner Nérac, sa ville principale. On l'y aasiége; il sent l'impossibilité de s'y défendre longtemps : il redouble d'audace, tente des sorties , tient les assiégeants en haleine , se montre une nuit sur le rempart, à la lueur des flambeaux, et parait disposé à faire une sortie nouvelle. Les assiégeants portent leurs forces sur le point menacé; mais, pendant ce temps, Henri sort par une autre porte, enfonce avec ses troupes les lignes peu épaisses des ennemis, bat plusieurs délacheiuenlsdansla campagne, et arrive à Sainte- Foy , où il a donné rendez-vous à tous les siens. Son armée s'élève à 5,000 hommes et se croit invincible. H reprend en une nuit des villes qui ont coûté trois mois de siège à Mayenne; puis, changeant de marche, il se dirige vers le Poitou, pour s'appuyer sur la Hochelle : il assiège Fontenay. Les magistrats de celte ville, après avoir soutenu un terrible assaut, demandent à parler au roi de Navarre. Henri dicte les articles de la capitulation. « Pourquoi écrire? disent les magistrats; la parole t du roi de Navarre suffit. » Les princes protestants d'Allemagne s'étaient fait un devoir de secourir ce prince belliqueux. Henri III, réveillé un moment de sa léthargie, part pour s'opposer à l'invasion de ses frontières. Joyeuse , l'un de ses favoris, est chargé d'aller combattre le roi de Navarre. Bourbon marche à sa rencontre : deux armées catholiques le suivaient par derrière. Il prend position dans la plaine de Goutras, auprès du confluent de l'isle et de la Dronne. Joyeuse est transporté de joie en apprenant que Henri accepte le combat; il rassemblait autour de lui l'élite des maisons les plus illustres et les plus opulentes. L'or brillait dans son camp : on ne voyait que fer dans le camp de Bourbon. Deux princes du sang étaient à ses côtés; l'un le prince de Coudé, l'autre le comte de Soissons, tous deux fils du héros tué à Jarnac. Avant la bataille, Henri s adressant à ses deux cousins : « 11 n'est pas be-

|ll Cette ancrd ;te est contredite par la situation des lieux. Corisande n'avait pas de cuâteau aux environs de Pau, elle tesidjit ordinairement auprès de Catherine , stf'ir du roi, au milku de mm sujet» (UlIck. Henri n'a jamais eu blttfa de fuir à 1» najre. Nerac n'e»t pas en Beam et se trouve a une distance cousidviable de Tau, capitale de» pilucf* de Savane. L-ïS.

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« soin ici de longues paroles, leur dit-il; sou- « venez-vous que vous êtes Bourbons, et vive « Dieu ! je vous montrerai que je suis votre atné. « — Et nous, repartit Coudé, nous vous montre- « rons que vous avez de bons cadets. » A huit heures du matin le canon tire; Joyeuse avait disposé son artillerie sur un terrain peu favorable : celle du roi de Navarre, qui consistait en trois canons, fit de grands ravages dans les rangs ennemis. Joyeuse ordonne la charge; «es jeunes compagnons déploient une valeur héroïque : l'avant-garde des protestants plie, mais parvient à se rallier. Le roi de Navarre s'élance avec ses deux cousins; il aperçoit Joyeuse, et court à sa rencontre : « Écartez-vous, crie-t-il à ses compa- « gnons, ne m'offusquez pas ; je veux paraître. » Il arrache de sa main un drapeau. Joyeuse, accablé de cette charge , ne peut se décider à la retraite. L'un de ses frères meurt à ses côtés. Emporté dans la mêlée, et séparé des siens , il reçoit le coup mortel. La victoire est certaine s « Plus de sang, s écrie Henri; ils sont braves, ils " sont Français : recevez-les tous à merci. » La fureur des soldats s'arrête. Artillerie, drapeaux, bagages, tout restait au pouvoir des vainqueurs ( 1 ). Henri vint le soir souper au château de Coutras •. les cadavres des deux Joyeuse étaient exposés nus ; quelqu'un osa plaisanter sur leur malheur : « Silence , messieurs , leur dit « Henri avec sévérité ; ce moment est celui des « larmes, même pour les vainqueurs. » Il on* donna que leurs restes fussent portés au roi ; et, avant de se couchtr, il lui écrivit une lettre dont voici le début : « Sire, mon seigneur et frère, ■ remerciez Dieu; j'ai battu vos ennemis et votre « armée » (1S87). L'indiscipline se manifesta pour l.i première fois dans l'armée de Henri après la victoire de Coutras. Des gentilshommes, harassés de fatigue, reprirent le chemin de leurs châteaux. Henri ne put venir au-devant de l'armée protestante , qui s'avançait vers lui à travers la Champagne et la Bourgogne. Le duc de Cuise battit en deux rencontres celle armée étrangère, qui, consumée par la faim, se rendit à discrétion. Mais la victoire de Coutras établit solidement Henri dans plusieurs provinces de l'Ouest et du Midi. Tout l'eflbrt de la Ligue était maintenant dirigé contre Henri III. Guise, aidé d'une populace furieuse, l'assiégea dans le Louvre : le monarque s'échappa , en abandonnant aux chefs de la Ligne la capitale et ses provinces. Pour préparer sa vengeance il feignit une réconciliation avec le duc de Cuise, enlretiul sa présomption et sa sécurité, et le lit assassiner, en 1588, au château de Blois, pendant la tenue des états (roy. Guise). Ce meurtre, suivi de celui du cardinal de Guise, souleva tout le royaume. A peine sept villes restaientelles fidèles au roi de France. La nécessité le

ai L'aimée royale comptait 10,000 comtatUats et l'armée

calviniste U nwilie moins. L—n.

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força de recourir au roi de Navarre , qui , par la mort du duc d'Alençon, était l'héritier présomptif de la couronne. L'entrevue des deux monarques eut lieu au château du Plessis-lès- Tours : la cordialité, l'enjouement et la confiance héroïque de Bourbon relevèrent l'âme abattue de Henri 111. Bientôt on n'entendit plus parler que des exploits et des conquêtes de l'armée des deux rois. Crillon, Lanoue, d'Aumont, le maréchal de Biron , Châtillon (ils de Coligny, réunis maintenant sous les mêmes étendards , combattirent avec une vigueur digne de celle de Bourbon. Les deux rois marchèrent sur Paris ; et déjà ils menaçaient cette ville des hauteurs de Saint-Cloud , lorsqu'un moine fanatique enfonça dans le cœur de Henri III, un couteau dont on croit que l'avait armé la duchesse de Montpensier, sœur du duc de Guise (\" août 1589). Les feux de joie allumés par les Parisiens, à la nouvelle de cet attentat, firent connaître à Bourbon, devenu roi de France par la mort de Henri III , qu'il lui faudrait livrer autant de combats pour conquérir sa couronne , qu'il en avait soutenu pour défendre sa liberté. Les catholiques royalistes, qui formaient la moitié de son armée , hésitaient à le reconnaître. Givri donna le signal de l'obéissance. « Ah ! sire, s'écria- « t-il en tombant aux genoux du roi , - vous êtes « le roi des braves , et il n'y a que les poltrons « qui vous quitteront. » Ces mots déridèrent plusieurs de ces nobles ; mais d'autres se retirèrent. Il n'était plus temps de penser au siège de Paris. Cette ville, livrée au plus sombre délire, semblait toute peuplée de Jacques Cléments. Aidée de l'or de l'Espagne , elle fournit bientôt au duc de Mayenne une armée puissante, qui se mit en campagne. Henri s'était dirigé vers Dieppe, pour y attendre un secours qui lui était envoyé par Elisabeth . reine d'Angleterre. L'armée de Mayenne était de 32,000 hommes : Henri n'en avait que 3,000; il fit halte et accepta le combat (1). Sa

(M D'après M. Poirson. il n'y aurait pas eu de bataille d Arque*. Il t'exprime ainsi : « Les historiens modernes n'ont u rien compris du tout A la lutte qui eut lieu er.tre Henri et « Mayenne. Les termes mêmes dont ils se servent le prouvent ; « il n est quesUon chez eux que de la bataille d'Arqués, comme m si les deux adversaires n'avaient combattu qu'un seul Jour et « s'étaient mesurés en plaine et en bataille rangée. Les auteurs « du 1G« siècle parlent partout de retranchements , de tieget , et « mettent ainsi sur la voie de la vérité {t. 1, p. 441. n « Dans « cette mémorable lutte, ajoutc-t-il p. 47, il n'y eut pat vue u seule bataille, mais il y eut une grande victoire résultant des « nombreux avantages remportés par le roi. » M. Berger de Xivrcy avait du avant lui t • La bataille d'Arqués lut moins u une affaire décisive qu'une suite de rencontres pendant près

• d'un mois , au bout duquel le duc de Mayenne opéra sa « retraite [Lellret missives dt H.nr: IV, t. 3, p. 42|. » M. Lacrctelle ne nous parait pas aussi loin de la vérité qu'on pourrait le croire d'après M. Poirson. Le 21 septembre 1689, il y eut un véritable combat. Cest le mot que les auteur* du temps, les témoins oculaires, ont généralement adopté. M de la l'orce \Mêm»irt*t\ 1 , p. bi et suivantes) donne des détails qui ressemblent au récit de Lacrvlelle. L'armée de Mayenne était de 3U,(KH) hommes et de 8,000 chevaux Elle se rangea en batailtt oès le point du Jour, résolue de faire un puissant effort pour défaire ("année du rui , se saisir de sa personne et le contraindre i une fuite honteuse « Le suce. » , ajoute M. de la Force , ne s'en u peut représenter qu'en admirant la puisante de Dieu et sa « merveilleuse providence cnvciseeux qu'il lui plaît de protéger, si II ne se vit point d'exemple pareil à celui qui m- peut appe.'cr

• la merveille Ue. nicmilies. n Le duc d'Anb-ouK-nje , dans ses

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petite armée occupait des retranchements autour du château d'Arqués, qu'il avait fait fortifier avec soin, et que défendait le maréchal de Biron, devenu l'un de ses plus zélés partisans. Mayenne, qui pouvait se confier au nombre , avait encore appelé la ruse à son secours. Des soldats allemands, soldés par la Ligue, quoiqu'ils fussent protestants, avaient pénétré dans le camp de Henri comme déserteurs. Bientôt ils tombèrent sur ceux qui les recevaient en amis. On eut le temps de les exterminer avant que Mayenne se présentât pour seconder leur attaque. Un brouillard épais avait gêné les mouvements des deux armées : dès qu'il fut dissipé , Henri se retira un peu sur le flanc pour attirer l'armée de Mayenne sous le feu des batteries du château. Pendant que Biron foudroyait l'armée de la Ligue, Henri en rompait les lignes par des attaques furieuses. La victoire fut complète. Le soir de cette journée il écrivit ces mots à Crillon (t) : « Pends-toi, brave « Crillon , nous avons combattu à Arques , et tu ■ n'y étais pas. Adieu, brave Crillon, je vous aime

Mémoires (édition de 1677, p. M), raconte aussi tous les incident* de cette célèbre journée. ■ Le combat , dit il , commença sur les « dix heures du matin et dura Jusqu'à onze heures. » Il énumére les pertes éprouvées dans les deux armées . et parle des efforts de Mayenne pour déguittr ton malheur & la populace qui le tecuniiait. Nous ne reproduisons pas les passage* de tous les auteurs du 16» siècle cités par M. Berger de Xivrcy (t. S, p. 42, note 3 ; mais voici un ouvrage très-rare qui n'est, non s croyons, indiqué nulle part, il a pour titre : La de faute et roulis du troupes du roy dt Navarre eutrt le ch&leau d'Arqué» et la ville de Dieppe , le vingt et unième jour de trptsmbre, par monteigntur le duc de M aient , avec le nombre des mort» et priso»nisrt, et ente gnet qu'on a apportées. Paris, pour Hubert Vélu, 1689. L'auteur de ce livre rapporte (p. 13) que U combat fut merveilleusement furieux et rute. Le duc de Nemours eut deux chevaux tués sous lui dans cette fort grande et mtrvtii- Itute batterie. Mayenne fil de tris-beaux exploits; et Henri de Navarre rit de grandes pertes, notamment le sieur de Châtillon, flls de Coligny, le marquis de ConU , dit le prince de Condé , le sieur de Larochefoucault , etc. On ajoute : « Et des troupes des « François du party du roi de Navarre est estimé de 16 A 1GO0 m tant uns, morts que blesses, et dura la dicte bataille depuis • cinq heure» du matin qu'elle commença jusqnea sur les deux u ou trois heures après midy qui fut le Jour de St-Mathieu, m vingt et unième Jour de ce mois de septembre, n Les écrivait* du parti du roi d« Navarre et ceux du parti de Mayenne racontent d'une manière bien différente celte action sanglante , mais tous s'accordent A lui donner le titre de merveilleux combat. Nous croyons donc que M. Poirson s'est trompé , et nous aurions regretté qu'on eût été obligé de rayer de l'histoire de Henri IV la célèbre et mémorable bataille d'Arqués.

|l| Si la vérité en histoire, comme en toute chose, pas toujours être proclamée , on regretterait de voir des mots historiques qui font honneur A l'esprit français impitoyablement efface» par la critique moderne. Le billet rendu célèbre par Voltaire, et reproduit par Lacrc'.clle, ne se retrouve nulle part avait la Henriade. Il est difficile d'admettre que Henri , lors des combat* d'Arqués, ait attendu Crillon. A cette époque, Crillon, chevalier de Malte et télé caUioli iue, n'avait guère servi dans les armées calvinistes. Le savant M. Berger de Xivrcy a publie la véritable lettre. Elle (ut adressée A Crillon , non pas en 1669, mais en 1697, non A l'occasion du siège d'Arqués, mais à l'occasion de celui d'Amiens , qui n'entrait pas dan* le plan de la Henriade. Voici le texte véritable publié dan* le Jiecueil dit lettres missives, avec Ic/ae-iimiic de l'original autographe, t. 4, p. 848 : » Brave Grillon, pendés-vous de n'avoir esté îcy prv* u de moy lundy A la plus belle occasion qui se soit Jamais vue m et qui peut-estre ne *c verra jamais. Croyés que je vous y ay « bien désiré. Le car Jinal nous vint voir fort furieusement , mais « il s'en est retourné fort honteusement. J'espère jeudy prochain « estre dans Amiens, où Je ne se'journeray guère* pour aller n entre prendre quelque chose, rar j'ay maintenant une des tc"e5 « armées que l'on sçauroit Imaginer. Il n'y manque rien que le « brave Grillon, qui sera toujours le bien venu et veu de moy. u A Dieu. Ce vingtième septembre, au camp devant Ami

« IlBS*V. » L-Z£

ÏIEN

« à tort et à travers. » Le roi se rendit à Dieppe, et entra dans ce port au moment où l'on y signalait les voiles de la flotte anglaise. Sa petite armée fut ainsi accrue de 5,000 hommes. Reprenant bientôt l'offensive, il reconduisit le duc de Mayenne jusque sous les murs de Paris, observa cette ville, et désespéra de l'emporter avec 8,000 hommes ; mais pour y laisser la terreur de son nom , il permit à ses troupes d'y faire une incursion qui les mena jusqu'au pont Neuf. Différents sièges occupèrent Henri. Nous ne pouvons le suivre dans ces entreprises secondaires , où il déployait la même bravoure et la même activité que dans les actions importantes. Une armée espagnole, commandée par le comte d'Egmont , avait ranimé les espérances de la Ligue. Mayenne voulait encore une fois délier Henri IV. Les armées se rencontrèrent dans les plaines d'Irry, sur les bords de l'Eure. Henri, prêt à faire sonner la charge , dit à ses soldats : « ides corner pagnons, vous êtes Français, voici l'ennemi. Si « vous perdez vos enseignes , ne perdez pas de « vue mon panache, vous le verrez toujours dans « le chemin de l'honneur. » H avait, la veille, blessé par un mot dur un de ses meilleurs officiers , le colonel Schomberg ; il vient à lui en présence de toute l'armée : « Colonel, lui dit-il, nous voici « dans l'occasion; il peut se faire que j'y meure : « il ne serait pas juste que j'emportasse l'honneur « d'un brave gentilhomme comme vous; je dé-

■ clare donc que je vous reconnais comme un « homme de bien , et incapable de faire une 14- • chelé : embrassez-moi. — Ah! sire, répondit « Schomberg, Votre Majesté m'avait blesse" hier; " mais elle me tue aujourd'hui : car elle m'im- « pose l'obligation de mourir pour son service. » Ce brave officier tint parole; il commença le choc, et mourut couvert de blessures. Le comhat s'engagea corps à corps. Henri tua de sa main l'écuyer du comte d'Egmont ; et, presque au même moment, le général flamand tomba sous d'autres coups. Un accident compromit la victoire. Un cornette revenait blessé ; à son panache on le prit pour le roi : l'armée saisie de douleur ne retrouvait plus son courage. Heuri , instruit de la méprise qui faisait plier les siens, s'écria d'une voix forte : « Tournez vos visages, je suis plein de vie, « soyez pleins d'honneur. * Une réserve amenée par Biron rétablit le combat, et rendit la victoire décisive. Le roi criait dans les rangs : « Épargnez

■ les Français » (1590). Mais les prédicateurs de Paris réparaient bientôt l'efTet des défaites de Mayenne , et fournissaient des aliments toujours nouveaux au fanatisme. L'ambassadeur d'Espagne, le légat du pape, les princes lorrains , les Seixe, magistrats sanguinaires formés par l'anarchie, une foule de délateurs , opprimaient la ville rebelle , et défendaient le repentir sous peine de mort. Henri IV, après sa victoire d'ivry, avait cru devoir s'assurer de toutes les villes qui servaient à l'approvisionnement de la capitale. Mais pen-

dant qu'il exécutait cette entreprise , le duc de Nemours, gouverneur de Paris , avait donné à la défense de cette ville l'aspect le plus formidable : soixante-quinze canons en bordaient les remparts; la rivière était fermée par d'énormes chaînes. Les moines étaient devenus des combattants ; ils paraissaient en armes aux processions ; on courait du sermon au rempart. La famine commençait à se faire sentir à ces furieux, lorsque Henri se présenta sur les hauteurs de Montmartre. Le duc de Nemours se hâta de faire sortir les bouches inutiles. Henri avait d'abord résolu de ne point recevoir cette foule de malheureux , que la ville rejetait ; mais à l'aspect de leur misère : « Qu'on les laisse passer, dit-il ; il y a pour eux * des vivres dans mon camp. » Les jardins des faubourgs fournissaient encore quelques aliments à la ville. Henri a résolu d'emporter les faubourgs en une seule nuit. Son armée, presque toute composée de protestants , reçoit cet ordre avec joie ; elle croit qu'il lui sera permis de pénétrer dans le centre de Paris, et s'apprête à venger les massacres de la Saint-Barthélemy. Dix corps d'armée ont commencé l'attaque à la fois. Les bombes pleuvent de tous côtés : les Parisiens, furieux mais interdits, ne savent où porter la défense. Les dix faubourgs sont enlevés. On venait annoncer successivement au roi la nouvelle de ces succès. Il contemplait du haut de l'abbaye de Montmartre un spectacle qui navrait son cœur. D'épais tourbillons de flamme lui faisaient craindre la destruction de Paris; il tremblait pour la ville assiégée. En vain on le conjura de profiter de la terreur des habitants pour emporter Paris dans un assaut général : il préféra un succès incomplet à un succès qui l'eût vengé trop cruellement. Après la prise des faubourgs il n'y eut plus de terme à la misère et aux souffrances des Parisiens. On fut obligé de chercher un aliment dans les ossements des morts. Cette exécrable pâture coûta la vie à quinze mille personnes. Les hôpitaux ne servaient qu'à donner une mort plus prompte. Le seuil des églises était jonché de cadavres. Henri IV versait des larmes en apprenant les progrès de la famine : Faudra-t-il donc, disait-il, que ce soit moi qui les nourrisse ! Il ne faut point que Paris toit un cimetière ; je ne peux point régner sur des morts. Il sollicitait pour son peuple auprès du duc de Nemours, et ce gouverneur restait insensible. La pitié se fit sentir au cœur de Gondi, archevêque de Paris. Il vint se présenter dans le camp du roi : il le trouva entouré d'une noblesse nombreuse. Comme il avait peine à percer la foule : Cette noblesse, dit Henri, me presse bien autrement un jour de bataille. Malheureusement l'archevêque arrivait sans aucun pouvoir de traiter avec un prince hérétique. Cette conférence n'eut d'autre résultat que de montrer la belle Ame du roi : Je ressemble, dit-il , à la traie mire de Salomon ; j'aimerais mieux naeoir point de Paris, que de ravoir 1 déchiré en lambeaux. Il relâcha la rigueur de ses

ordres, et laissa eutrer dans Paris d'abord quelques charretées de vivres, ensuite des convois (i). Ce genre de magnanimité, sans exemple dans l'histoire, ût une profonde impression sur le cœur des Parisiens ; mais ce n'était point encore l'instant où ils pouvaient s'abandonner à leurs sentiments. Farnèse , prince de Panne , le plus heureux et le plus habile des généraux de Philippe II , s'avança de la Flandre avec une forte armée , pour secourir Paris. Henri leva le siège pour marcher à sa rencontre. Le prince de Parme sut éviter le combat ; il surprit la vigilance d'un des lieutenants du roi, se jeta sur Lagny, protégea l'arrivée d'un long train de bateaux Qui venait sur la Marne , et entra en libérateur dans la ville affamée (1590). Après ce revers, que Henri ne pouvait imputer qu'à sa clémence, il fut forcé de revenir à des entreprises partielles, qui exerçaient son armée sans augmenter de beaucoup sa puissance. Il négociait au dedans et au dehors, grossissait son parti des gens de bien qui avaient tardé à le rejoindre, montrait aux catholiques le grand respect pour leur culte , trouvait dans sa pauvreté les moyens de récompenser ses plus fidèles serviteurs, ne perdait rien de sa gaieté,

Ui De' auteurs de no* jour* ont prétendu que l'introduction des vivre* dam Pari* avait eu un but fort peu louable , et i 'avait eu Heu que d'une manière trè»-rc*treinte. Givrv, amoureux de mademoiselle de Ouise, désobéit an roi pour f .'ire passer quelque» »ecour» & ta mahres«e. Henri ftu*«i autorisa l'entrée de certain* convois , mais en faveur d'une traîne d'amour, mademoiselle de la Bavcrle; st c'eat peut-être, ajoute M. Jung, cette complaisance de la luxure qui s'est travestie en héroïsme do la bonté. Nous croyons qu'il faut avoir des preuves bien certaines aour démentir un fait accepté pendant des siècles par l'histoire comme Incontestable- I-e roi, dit-on, n'avait pas I air de songer i la nourriture dis Parisien*, quand il éc ivait i Corisande de Gramonl |14 mai IMW, : « Hier j'ai pria le faubourg de Parla

■ de force; je fis brûler tous leurs moulins, comme j'ai fait de

■ tous les autres cMés. » Il est évident que le roi n'assiégeait Parut que pour s'en emparer ; qui! r.e pouvait réduire se» ennemis qu'en resserrant le blocus. Il est évident que la ville fut désolée par la famine. An milieu des affreuses souffrances du peuple , que fil «aient les Seite et le» chefs dee ligueurs! Ils /talent résolus 4 laisser périrParis et la France, j. ut. t que de faire le sacrifice de leur ambition. Henri , en apprenant le* horreurs d'une famine dont le souvenir seul fait frémir, sentit son CQPUr ému en faveur de ses sujets égarés. Au moment où il prescrivait des rigueur* nécessaires et défendait ouvertement l'introduction des vivres, il tolérait qu'on dormit quelques secours 1 furtifs aux assiégés « Le roi, dit Serres (Inventaire dtl'Mttoir*

u de Franc* , in-folio , p 627 ) , rendant le bler. pour le mal ,

• souffrait qu'on partit de» vivres pour le doc de Nemours ,

• pour le* dames, et pour autre* qui ne machinaient sinon sa a raine. » Mézeray rapporte que le* capitaine* , voyant que le Ni ne voulait pas user de la dernière rigueur, ■ envoyaient des a rafraîchissements à leur* amis , 4 leurs anc eus faites , et parti-

• entièrement aux dame*. A leur exemple, le» soldats se llccn-

• ciaient de passer de la viande, du pain et des baril» de vis par- « dessus les murailles ( Itittoirt de France, édiUon de 183», a p. &31|. x Cet acte d'humanité est conforme au caractère du bon Henri. « Il ne faut pas, disait -il . que Pari» soit un eims-

• tière; Je ne veux pas régner sur des morts. Aimant mieux « faillir aux règles de la guerre qu'A celle* de la nature, con-

• sultan t la sienne, qui a toujours été pleine de clémence,

« rompant la barrière des lois militaires et considérant que os I « pauvre peup'e était chrétien, et que c'étaient tous se» sujets, si il accorda prendeicmcnt posee-port pont toute* les femmes,

■ fille*, enfant* et éolier* qui voudraient sortit. Lequel s'éten- « di: enfin 4 tous les autres, Jusque* 4 ses plus cruels ennemis,

■ desquels même il eut soin de commander qu'ils tussent hu-

■ mainement reçus en toute* le* villes où ils se voudraient

■ retirer. Ce départ de toutes les bouche» inutiles eut lien le a 20 août l voir Si. Poirson, t . I , p. 77, et le* auteurs qu'il

• cite) - M. Jung | p. 197) reconnaît que Henri IV évita les horreurs d'un assaut général, et préféra entrer par surprise, d'une façon moins triomphante, mais plu» humaine. L— rs.

n'oubliait la prudence que pour la gloire on pour l'amour, s'informait du caractère de chacun de ses ennemis, balançait par l'amitié . l'Elisabeth d'Angleterre la haine aussi persévérante qu'atroce de Philippe II , et gagnait à sa cause quelques prélats et quelques curés, qui ne concevaient pas que les scandales , l'anarchie et les crimes de la Ligue fussent prescrits par la religion. Jamais il n'avait réuni plus de forces que pour le siège de Rouen. Son armée cette fois s'élevait à 40,000 mille hommes , parmi lesquels étaient 5,000 Anglais , sous le commandement du valeureux comte d'Essex. Viflars , gouverneur de la place , opposa la plus habile résistance au efforts de cette armée. La prise de quelques forts importants annonçait la soumission prochaine de la capitale de la Normandie; mais le roi apprit que le prince de Parme arrivait en grande diligence pour délivrer Rouen, comme il avait déjà délivré Paris. Henri laisse la conduite du siège au maréchal de Biron , et va chercher le prince de Parme, qui marchait à la tête de 50,000 hommes. Le roi n'en avait avec hii que 7,000. Comme il débouchait d'Aumale, H apprit que l'armée espagnole n'était pas loin : il ne voulut pas abandonner à d'autres le soin d'aller la reconnaître, lî place 500 hommes dans une embuscade, en laisse 300 dans le fort d'Aumale, et vient, avec 100 cavaliers, braver 30,000 combattants, dont la marche était embarrassée par de nombreux équipages. Il ose charger l'avant-garde , i) est bientôt poursuivi , et s'en félicite pour le succès de son stratagème militaire : mais les 500 hommes qu'il avait placés en embuscade s'étaient repliés trop près d'Aumale. Henri bat en retraite en combattant toujours, repasse le dernier de sa troupe sur le pont d'Aumale , reçoit une blessure , ne se retire point de la mêlée, et il est enfin dégagé par les siens. Henri, pour la première fois, se reprocha son excessive bravoure. II avait l'habitude d'appeler ce combat Vememr fAummle. Pendant ce temps, Biron, chargé du siège de Rouen , éprouvait une défaite. ViJIars dans une sortie avait détroit les travaux des assiégeants, et encloué leurs canons. Henri voit entrer te prince de Parme dans la ville, et se contente de dire : Nous verrou* comment il en sortira. 11 se retire vers la mer, et prend des villes en passant. Le prince de Parme, qui ne peut endurer cet affront , se met en marche pour reprendre Caudebec. Henri manoeuvre avec tant d'habileté , qu'il parvient en peu de jours i couper aux Espagnols toute communication avec Rouen. U tombe sur leur avant-garde , commandée par le duc de Guise, et lui fait éprouver une sanglante défaite. II engage une autre action auprès d'Yvetot, contre le prince de Parme. Celui-ci, vivement attaqué dans un bois qui couvrait toute sa position, s'y défend avec autant d'habileté que de valeur; néanmoins il est obligé de céder i l'impétuosité des royalistes. En se retirant, Farnèse reçoit une blessure dangereuse; mais, dans

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la nuit même qui suivit sa défaite , il parvint à faire passer toute son armée sur deux ponts de bateaux formés à ia hâte , et il regagna la Flandre. On ne sut qui l'on devait le pins admirer de Henri IV, qui arait réduit à ane telle extrémité une armée si puissante, ou du prinec de Parme, qui arait pu sortir d'un tel danger (1592). Cependant un nouveau cours de choses se préparait. Philippe Il avait trahi l'orgueil de ses prétentions : il osait réclamer le tronc de France pour l'infante née de son mariage avec l'infortunée Isabelle, soeur des trois derniers rois de France. Plusieurs des seigneurs de la Ligue se souvinrent alors qu'ils étaient Français. Mayenne secondait secrètement leur opposition. U avait perdu de son crédit sur le peuple en réprimant les Seize au milieu de leurs attentats. La Ligue renfermait dans son sein d'autres éléments de discorde , qui se développèrent au milieu d'une assemblée des états généraux formés par les rebelles. Ce fut alors que le roi manifesta le projet de rentrer dans le sein de l'Église catholique; il avait réussi à convaincre les protestants qu'en quittant leur religion, il userait toujours de son pouvoir pour leur assurer la liberté de conscience. Celte résolution jeta un nouveau trouble dans l'assemblée des états. Les Espagnols ne purent empêcher que des conférences ne s'ouvrissent à Sun. sues, entre les commissaires du roi et des prélats jusque-là dévoués à la Ligue. Henri annonça que son abjuration solennelle serait reçue à St-Denis. Plusieurs curés de Paris eurent le courage de s'y trouver, malgré les menaces de la Ligue. La plus grande partie des habitants suivirent cet exemple. La plaine de St- Denis offrit un tableau de paix et de cordialité, dont on n'avait pas joui depuis plus de quarante ans. Les Parisiens oubliaient leurs malheurs, et désavouaient les crimes de leur ville. Tous ceux qui voyaient , qui ni tendaient Henri IV, l'aimaient et croyaient l'avoir toujours aimé. Cependant quelques chefs de la Ligue étaient encore assez aveugles et assez barbares pour vouloir faire supporter aux Parisiens les horreurs d'un nouveau siège. Henri bloquait cette capitale, mais en montrant plus que jamais les ménagements d'un père; il avait déjà su engager dans ses intérêts Driss.ic, gouverneur de Paris, la plupart des échevins, et tout ce qui restait du parlement. Ces nouveaux royalistes dissimulaient leur zèle pour le rendre plus utile au roi ; mais les Espagnols étaient virement alarmés. Le 22 mars avait été choisi pour l'entréc du roi à Paris. Le prévôt des marchands i'iluillier et les échevins Langlois, Nérel et Beaurepaire, rassemblant autour d'eux leurs parents et leurs amis , parvinrent pendant la nuit à chasser les Espaguols de leurs corps de garde , et à s'emparer des portes St-Denis et St-Uonoré. Le roi leur avait donné par quelques fusées le sigual de son arrivée. 11 entre dans le moment où la ville était encore livrée au [dus profond sommeil ; son armée s'avance dans le plus bel ordre; les

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Parisiens , à leur réveil , sont frappés de stupeur. L'habitude de la crainte fait que les plus fidèles n'osent encore s'abandonnera toute leur joie ; mais bientôt on apprend que le roi et tous ceux qui le suivent répètent ces mots : Pardon général; la foule devient immense autour de lui ; l'air retentit des cris de l'ire U roi! on le suit à l'église Notre- Dame. U a peine à s'ouvrir un passage au milieu de son peuple qui le béa il : « Laissez-les lotis « s'avancer, dit-il; Us sont affamés de voir u» « roi. » Les Espagnols n'avaient osé opposer de la résistance que dans un seul poste : une de leurs compagnies avail élé taillée en pièces. Le roi fit signifier au duc de Feria , leur chef, qu'il était libre de se retirer à Laon, auprès du duc de Mayenne. Ils sortirent : les ligueurs les plus forcenés se cachèrent dans leurs rangs (1); d'autres suivirent le cardinal légat (1391). Henri, maître de sa capitale, ne l'était point encore de tout son royaume. Des négociations que Rosni suivit avec Villars, gouverneur de Rouen , lui soumirent cette ville et toute la Normandie. La Picardie offrait de grands obstacles; Mayenne y dominait, soutenu par l'armée espagnole des Pays-Bas. Le roi vint l'assiéger à Laon; Mayenne se hâta d'en sortir : mais pendant que le roi pressait le siège de cette ville, Mayenne revint sur ses pas avec une armée espagnole , et eut recours à mille stratagèmes pour porter du secours dans la place. Henri, aussi actif que s'il avait eu à commencer sa renommée, battit trois fois les Espagnols, s'empara de Laon, [mis d'Amiens, et de presque toute la Picardie. La Champagne restait a soumettre. Cette province était devenue comme un apanage de la maison de Guise. Henri IV avait eu la magnanimité, le jour même de son entrée à Paris, de faire rassurer la duchesse de Monlpensier. U avait traité avec les plus grands égards la veuve du duc de Cuise, tué à Blois : celle-ci engagea son fils à se soumettre au roi , qui lui offrait les conditions les plus favorables. La Champagne rentra d'elle-même dans le devoir; mais le roi n'en tint pas moins toutes les conditions du U-aité qu'il avait conclu avec la maison de Guise. Plusieurs traités de ce genre , faits avec divers gouverneurs de provinces ou de citadelles , accroissaient

(1| M. Polrson (t. 1 , p. 10) fait remarquer que l'apologie <1«

ia Ligue , tentée de nos jour», n'ent autre chose que l'apologie de* doctrine* de révolta et de renversement de» Souvettienient», c'est l'insurrection proclamée tantôt au nom de la foi , tantôt r.u nom de la liberté. Kieo n'a tait plua de tort a la reliai'. u catholique , ai ré» les horreur» de la St-Daitl é'.cmy, que les exci j de» ligueur». Le» rral» | rincipe» du catboli isme ieur défendaient d'appeler sur leur pays la guerre civile et la domination é'.ran gère; »'ll» n'eussent obéi qu'à des «crapules de conscience, l'abjuration du prince Intime le» eût aussitôt désarmée ; mail l'ambition seule les avait poussé* à la révolte, et leur inU-rèt seul rut les laire consentir a déposer le* armes. Ils mirent à prix leur soumission. Henri aima mieux acheter ennemi» que de les écraser. Le total de» tomme» qu'il fallut payer poux le* capitulation» de la Ligue s'élevc à p'.u» de trente deux mUliun» de livres du temps correspondant à cent dix-huit millions d'aujourd'hui. On disait un Jour à Henri IV : - Knfln, on a rendu « à tVsar ce qui appartenait a ('«.-ar. — Ventre saint gris ! ré- I • pondit-Il , on t e m'a pas faict comme à CVsar, on i.e me l'a I « pu rendu a moy, oa me l a bien vendu. » L-u.

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beaucoup la détresse du trésor. Les malheurs du peuple n'en furent pas moins allégés. Henri s'imposait gaiement les prirations les plus dures. Son équipage était celui d'un pauvre gentilhomme; toutes ses paroles et ses actions étaient celles d'un grand roi. Quelque temps après son entrée dans Paris, plusieurs ordres de religieux refusaient de réciter pour lui les prières nominales et publiques. Quand on lui parlait de les punir : « 11 faut « attendre, dit Henri; ils sont encore fâchés. • Le crime d'un jeune et atroce fanatique faillit d'enlever aux Français le prince qui les rendait à la paix , à la raison , à l'honneur. Le 27 septembre 1594, vers sept heures du soir, le roi, au milieu de sa cour, recevait deux gentilshommes qui venaient à ses pieds abjurer leurs erreurs. Comme il se baissait pour les embrasser, il se sentit frapper à la bouche d'un coup de couteau qui lui cassa une dent. On découvrit bientôt que l'assassin était un jeune homme de dix-huit ans. Celui-ci avoua son crime, et déclara qu'il se nommait Jean Chatel, qu'il était fils d'un marchand de draps de Paris , et qu'il avait fait ses études chez les jésuites. Deux tle ces pères furent gravement compromis dans l'instruction du procès. Le parlement de Paris prononça l'expulsion de cette société hors du royaume. Jean Chatel fut condamné au supplice des régicides (roy. Chatel). Deux ans auparavant un autre scélérat, nommé Jean Barrière, avait tenté le même crime; mais il fut arrêté et jugé d'après la déposition d'un dominicain , son confesseur. Philippe II , encore secondé par plusieurs milliers de Français rebelles, continuait la guerre, comme entraîné par l'habitude du mal. Au commencement de l'année 1595, une armée espagnole descendait des Alpes , entrait dans la Franche-Comté, et se préparait à pénétrer dans la Bourgogne. Celte province était encore sous le joug des ligueurs. Mayenne, qui en était gouverneur, y commandait en rot. Henri se mit en marche pour aller combattre l'armée espagnole. Avant son arrivée, trois villes importantes, Beaune, Autun et Dijon , venaient de secouer le joug de la Ligue par une conspiration généreuse. Ces rapides succès animèrent Henri. Il ne voulut pas laisser aux troupes de Mayenne le temps de se replier sur l'armée espagnole; il les poursuivit à la téte de cent cinquante chevaux et d'un même nombre d'arquebusiers; mais le connétable de Castille, général des Espagnols, avait marché au secours de Mayenne. Le roi , arrivé au village de Fontaine- Française, découvrit des troupes qui se formaient sur les hauteurs. La retraite lui paraissait dangereuse; une compagnie qu'il avait envoyée à la découverte revenait en désordre, vivement chargée par les cavalit rs espagnols. Le roi avait à ses côtés le second maréchal de Biron , qui avait succédé au titre, à la renommée et au courage de son père. Il lui donne la moitié de sa cavalerie, s'élance avec le reste : tous deux étaient sans casque; les officiers et les soldais n'étaient qu'im-

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parfaitement armés. Henri, avec quatre-vingts chevaux ; attaque trois gros escadrons, rompt le premier, et passe à travers le second pour aller culbuter le troisième. Biron, quoique blessé, obtient les mêmes succès. Henri poursuit les Espagnols; mais arrivé au pied d'une colline il voit se déployer 15,000 hommes d'infanterie : il se retire sans souff rir que l'ennemi l'approche de trop près, regagne au petit pas le village de Fontaine-Française, et a le bonheur d'y rencontrer 2,000 Français qui étaient accourus au bruit de son danger. Le connétable de Castille, étourdi du merveilleux exploit qui venait de s'accomplir sous ses yeux , n'osa engager une action générale. La soumission de la Bourgogne et la conquête d'une partie de la Franche-Comté furent le fruit du combat de Fontaine-Française (1595) : mais les lieutenants de Henri n'avaient point été heureux dans la Picardie. Le comte de Fuentes les avait complètement battus auprès de Dourlens. Henri vint promptement réparer leurs revers et leurs fautes, et termina cette campagne avec honneur, par la prise de la Fère. Dans cette même année, Lyon avait reconnu son autorité. Marseille, dernier rempart de la Ligue, avait été délivrée de ses oppresseurs par le courage et l'habileté de ce jeune duc de Guise envers qui le roi venait de signaler sa clémence. Le duc de Mayenne s'était soumis lui-même : Rome enfin avait reçu l'abjuration de Henri. L'empressement que le pape Clément Vil! mît à seconder les projets pacifiques du roi dédommagea ce monarque de quelques conditions pénibles auxquelles sa réconciliation avait été attachée. Philippe H , livré à des infirmités cruelles, commençait à se lasser de faire le malheur du monde ; mais un de ses officiers , par son ambition et par son audace, retarda la paix générale, et mit de nouveau en péril la fortune du roi de France. Il se nommait Hernando Tello, gouverneur de la citadelle de Dourlens : il parvint i surprendre la ville d'Amiens, qui se tenait mal sur ses gardes. Cette ville avait réclamé le privilège de ne point avoir de garnison. Des Espagnols déguisés en paysans amusèrent un corps de garde en ouvrant un sac de noix : Hernando , pendant ce temps, entra dans Amiens avec sa troupe embusquée, et par d'impitoyables rigueurs fit presque un désert de cette cité. Une bataille perdue n'aurait pas été plus fatale pour Henri que l'inconcevable succès du stratagème des Espagnols. Le roi sentit la nécessité d'enflammer vivement le patriotisme des Français ; ils répondirent à son appel. Les villes, les provinces, les seigneurs, et Mayenne à leur tète , offrirent à leur roi des dons volontaires. Henri avec 5,000 hommes assiégea dans Amiens une garnison qui comptait le même nombre de combattants. Son armée s'étant ensuite accrue, il attendit de pied ferme une armée espagnole qui se mettait en route pour secourir Hernando Tello. H en battit l'avant-gardc de manière à décider la retraite de celte armée, et re-

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courra bientôt après la capitale «le la Picardie. De là il rint fondre sur la Bretagne, où tenait encore le duc de Mercœur, l'un des princes de la maison de Lorraine. Toutes les villes ouvraient leurs portes à l'approche de Henri. Le duc de Mercœur n'en réussit pas moins, comme tous ses parents, à rendre sa soumission lucrative. Des conférences pour la paix générale se tenaient à Vervins (1), entre les envoyés de France et d'Espagne. Philippe Il rendit Calais , qui restait encore en son pouvoir, et reconnut l'intégrité d'un royaume que cinq ans auparavant il regardait comme sa conquête et comme le salaire de tous les crimes de sa politique (1598). Dans cette année si heureuse, Henri accorda à ses sujets la liberté de conscience par l'édit de Nantes, et obtint de ses parlements l'enregistrement de cet édit, tant par l'énergie de son caractère que par la mâle et naïve éloquence de ses discours. Déjà Rosni était à la tête de ses finances (2) ; l'ordre commençait à renaître : voici un nouveau genre de prodiges. Les concussions des grands sont réprimées, les taxes militaires supprimées; des administrateurs pleins de vigilance et d'activité succèdent à des usuriers italiens , auxquels toutes les branches de revenu du trésor royal avaient été déléguées; d'année en année , les bons des fermes de l'État s'améliorent, les arriérés se soldent. Le roi abolit plusieurs impôts, adoucit celui de la gabelle, et remet à son peuple plusieurs millions sur les tailles. Les soins principaux de Henri IV et de Sully sont dirigés vers l'agriculture. Des récoltes favorables permettent l'exportation des blés du royaume. La France , par son industrie agricole , lève sur l'Espagne des tributs plus abondants qu'elle n'en avait auparavant obtenu de Philippe II, pour prix de ses discordes, de ses fureurs et de ses crimes. «Je veux, disait Henri, que chaque laboureur « de mon royaume puisse mettre la poule au pot

(I) M. de Sismondt ( Hiiloirt dti Fronçait, t. 21, p 473- 477 ) a prétend u que Heurt IV était toujours prêt a sacrifier ses 1 allié» pourvu qu'il obtint de» conditions avantageuse» , et qu'à Vervins il conforma sa conduite à ces principes. M. Poirsoa |t. 1 , p. 3311 a victorieusement démontré qu'il n'y avait pas un mot de vrai dans octta accusation. Le roi avait formellement déclaré qu'il ne voulait pas encourir de honte et de reproche envers ses allies , et qu'il perdrait plutôt non-seulement les villes qu'on parlait de lui rendre, mais son Etat même, que de faire une pareille lâcheté. Telles sont les propres expressions d'une lettre de Villeroy aux négociateurs français Belllêvre et Sillery, du 31 mars 1598 \ Mimoirts de Dmpltssh , t. 18, p. 2&U|. M. Poirson établit d'une manière incontestable, qu'en stipulant pour lui , le roi stipula des avantages considérables pour l'Angleterre, la Hollande et Genève, qui avaient contracte alliance avec la France. L— Z*.

|1) Tout ce que fit Henri IV, secondé par son ministre 8ully, pour rendre la France la première puissance financière de l'Europe, pour relever le gouvernement et l'ordre public, pour créer l'admirant ration et réorganiser la justice, pour protéger l'agriculture et l'industrie, pour étendre le commerce extérieur et développer le commerce intérieur, pour fonder de grand» établissement» de ton» genre», pour imprimer un puissant essor aux progièsdc» lettre», des arts et de» science», enfin pour agrandir dan» le par* Imita le» sources de prospérité et de gloire, c'était M un beau et vaste «ujet d'étude, qui méritait d'être entrepris arec talent et qui vient d'être approfondi avec succé». Les »avanle« investigation» des historiens contemporain* ont prouvé que la rapide esquisse drs bienfaits du régne de lieari IV tracée par Lacrciellc c»t plutôt faille ^u'exagéiée. L-ZI.

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« le dimanche. » Et ce vœu est bientôt réalise*. Olivier de Serres, par les plus sages leçons que l'agriculture ait encore reçues, seconde les travaux d'un roi agriculteur. Les routes, dévastées par quarante ans de guerres civiles, sont réparées ; on en construit de nouvelles : elles sont plantées d'ormes et d'arbres fruitiers, nenri conçoit, et bientôt exécute la magnifique entreprise du canal de Briare. II introduit dans le royaume la culture du mûrier, et prépare ainsi l'établissement de nos grandes soieries. Il crée la manufacture des Cobelins, encourage toute espèce d'industrie, et se montre pourtant ennemi du luxe. Deux colonies françaises s'établissent avec plus de sagesse que d'éclat : l'une, dans le Canada; l'autre, dans la Guyane. Henri achève les travaux du pont Neuf, commencés par Catherine de Médicis; bâtit le château de St-Germain ; embellit celui de Fontainebleau; continue le Louvre, et commence la galerie qui joint ce palais aux Tuileries. II fonde le collège de la Flèche, l'hôpital St- Louis, rétablit le collège de France, augmente de moitié les honoraires des professeurs, et fonde une chaire de mathématiques en faveur du Flamand Bertius. Il fait transporter dans la capitale la bibliothèque des rois, confinée auparavant à Fontainebleau , l'enrichit de la précieuse collection des manuscrits grecs de Médicis, et la rend publique. U attire en France le fameux Casaubon , et veut y retenir le jeune Grotius. Juste-Lipse fut étonné de recevoir en Hollande une lettre d'invitation de ce prince , qui lui proposait une place honorable et 600 écus d'or d'appointements. Henri IV alla jusqu'à offrir, pour les fixer dans ses États, le chapeau de cardinal à s t -François de Sales, et une charge de premier président à Antoine Favre, nés sujets du duc de Savoie. 11 y fit venir, et y retint, en l'élevant à l'épiscopat, leur compatriote Pierre Fenolliet, le premier des orateurs français qui firent entendre dans la chaire une éloquence douce et insinuante. Au milieu de tant de soins bienfaisants, Henri IV garnit son arseual, fortifie toutes ses places, et les couvre de la plus puissante artillerie qui fût alors. Quel usage fait-il d'une si vaste puissance? Il se rend médiateur entre tous les États de l'Europe, et recommence, à cet égard, le noble rôle de St-Louis. C'est lui qui termine la longue guerre entre l'Espagne et les Provinces-Unies ; et il a le bonheur d'assurer l'indépendance d'une république qui, dans ses malheurs, lui avait procuré de généreux secours. Il réconcilie le pape avec une autre république (celle de Venise), et prévient une guerre qui eût pu être aussi fatale au saintsiège que le schisme de Luther. La paix du rojaume ne fut un moment troublée que par une imprudente attaque du duc de Savoie. Ce prince comptait sur des trahisons que lui-même avait ourdies à la cour de France, et dans lesquelles il avait engagé des seigneurs jusque-là distinguas par leur amour pour le roi. Henri, pur ia vivacité

de ses attaques , déconcerta les traîtres. H s'empara de Montmélian , qu'on avait cru imprenable; et bientôt la Savoie presque tout entière devint sa conquête. Fidèle à sa magnanimité, il parla de paix, lorsqu'il pouvait porter sa vengeance jusque sur le Piémont : mais il se fit céder par le duc de Savoie la Iiresse, le Ougey et le pays de Gex. Peu de temps après, sa conduite fut encore plus généreuse envers le duc de Bouillon , qui lui devait tout : il entra dans Sedan , plutôt pour humilier ce prince que pour le pHnir, et lui rendit sa principauté. Il faut mettre au rang des titres de gloire de Henri IV les harangues aussi familières qu'éloquentes qu'il prononça dans diverses occasions, et qui produisirent autant d'effet que ses plus brillants exploits. Tout bon Français doit savoir par cœur celle qu'il prononça dans l'assemblée des notables de Rouen (1). Plusieurs de ses réponses au parlement de Paris, au clergé, à différents seigneurs, ont le même caractère de franchise et d'énergie. Ses lettres brillent d'esprit (2), de sentiment et de cette fleur de chevalerie le seul genre de grâce dont les anciens ne nous aient laissé aucun modèle. 11 aimait les savants, conversait avec eux moins comme un protecteur que comme un ami. Le peuple français répète et répétera toujours avec idolâtrie la chanson que ce roi si sensible composa pour Gabrielle (3). Nul des héros les plus vantés n'eut autant d'occasions d'exercer sa clémence ; nul ne rendit plus aimable une si haute vertu. Il avait coutume de dire : « La salis- « faction qu'on tire de la vengeance ne dure qu'un o moment, mais celle qu'on tire de la clémence « est éternelle. » Il dit un jour au maréchal d'Es-

(l| Cette belle barorutuc a été" altérée par prwque ton» le*

historien,. L'original ckiste a la bibliothèque 'te Paris; il c»t tout entier écrit de la main de Henri IV, y ct.mtTis le titre et la date ( le lundi après dtner, 4 novembre 16'*f>|. Les rature* nombreuse» dont il eut surcharge portent l'cin,>:eintc du travail et • ?nt ta preuve qu'il émane du roi lui-même. M. BerçiT de Xkrey, en publiant le véritable texte :, t, 4, p. 667| , l'a même accomj agné d'un/ac-timiU. L — ZI.

(2i M. Vîîlemain , alors ministre, eut la belle pensée de faire réunir et public.- toute* le* lettres du béarnais. Comme il le disait dans son rapport au roi : » L'image authentique de « Henri IV, tracée pâl lui-même a travers toutes les épreuve* a de sa vie ri active et ai souvent cxpo*ée pour la France, mé- « ritait d'être reproduite. » Cet intéressant travail fut confié a un des membres le» plus savants de l'Institut, M. Berger de XIvrcy ; G volumes in-4» ont été publiés de 1843 a 1853. Cette correspondance personnelle, politique, diplomatique ot militaire a fourni à l'histoire de Henri IV, de s'jn règne et de son tem] s, les détail» ks plus curioux qu'on eût jamais recueilli* . Cette révélutkn posthume de confidentes intimes, de documents destinés a rester secret», n'a effacé aucun de» traits dont se compose l'image qoo noua noua étions faite de Henri IV. M. berger de Xurty a eu raison de dire que cette noble figure liistori'iue , en restant aussi aimable d'esprit, d'ardeur et de bonté, )ai"»c voir de plus en plus l'homme supérieur, le prince vraiment, digne du trône, le bon Francai» par excellente. M Juni: a publié un remarquable travail, sou,! le titre de BmrtIVkAmhk.il prouve que ce roi e*t i peu prés en France

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trées, en lui montrant un de ses gardes du < « Voilà le soldat qui me blessa , à la journée d'Àu- ■ maie. Un bon roi, ajouta-t-il, est comme un « habile pharmacien qui compose d'excellents « antidotes avec des poisons. * Dès sa jeunesse Henri avait visité les chaumières; et il ne s'abstint de ce plaisir ni dans ses plus rudes traverses, ni dans ses prospérités. A une époque où Philippe II et la Ligue l'environnaient d'assassins, on lui représentait le danger d'entrer sans escorte chez les paysans : « Je n'ai jamais entendu dire, reprit-il, a qu'aucun roi ait été assassiné dans une chau- « mière. » Mais, à mesure que nous rapportons des anecdotes et des paroles si connues, nous sentons que la richesse des matériaux vient accabler le biographe ; nous devons d'ailleurs éviter des répétitions qui seraient importunes dans ce dictionnaire , et respecter la tâche de nos collaborateurs qui ont eu ou qui auront le bonheur de parler de Henri IV, en traçant le portrait de ses plus illustres contemporains, de ses amis, de ses ennemis, des femmes qu'il aima. Nous devons nous partager l'intérêt qui est attaché à ce grand nom, comme un patrimoine commun. L'on a vu, ou l'on verra, dans plusieurs articles, l'amitié affectueuse que montra et cultiva Henri (1); sa reconnaissance pour Duplcssis-Mornai , qui se dévoua noblement à lui dans toutes ses traverses, l'aida de la sage sévérité de ses conseils, du puissant secours de sa plume, de la vigueur de son bras; sa tendresse pour Givri, pour St-Luc; la rançon qu'il paya, pendant sa plus grande détresse, pour délivrer Lanouc; sa déférence pour le premier des Bïron ; tous ses efforts pour arracher le Ois de ce héros à de coupables intrigues; les mots tendres et magnanimes par lesquels il tâcha d'exciter en lui un repentir sincère; les grâces dont il le combla , même après un premier crime; les nouvelles et inutdrs instances qu'il lui lit à Fontainebleau avant de le livrer à la trop juste rigueur des magistrats toy, Hiron); mille scènes touchantes avec Rosui; leurs paisibles entretiens à l'Arsenal ; la force de caractère avec laquelle le roi défendit Rosni du ressentiment et des caprices d'une femme qu'il aimait éperdument ; les courtes froideurs de ces deux amis , suivies de réconciliations si cordiales, et ce mot sublime : « Relevez- « vous, Rosni , on croirait que je vous pardonne. »

11) M. Lacreieilc ne parle pa. de d'Aublgné.

le premier qui ait senti cl trouvé le vrai style épistolairc , et que l'homme qui a maintenu l'unité de la nation a preraré l'unité

de la langue. L gg,

|3| On a voulu ravir a Henri IV l'honneur d'avoir composé lui-mime cette chanson, qui a tant contribué à sa popularité. L'autrur de cette note a dans un autre ouvrage , le Châttau de fau . 3* parlie, essayé d'établir que Henri IV était poète, qu'il a réellement composé et cette romance et d'autres pièces de ver» peu connues, notamment un beau cantique sur la bataille dlvry.

Ce prince est d'étrange t,*iurc , Je ne sais qui diable l'a fait ;

On pourrait croire qu'a son égard Henri IV se serait montré ingrat et avare. Ce serait une grave erreur. Entré capitaine tr«pauzrt, d'après son aveu, au service du roi de Navarre, il loi dut le litre de maréchal de camp et de gouverneur d-: Maillerais; il en reçut encore une lorlune en biens-fonds de cent soixantequinze mille livres (£30,000 fr. d'aujourd'hui) et une pension de sept à huit nulle livres. D Aubignc, après avoir fidèlement servi le roi tant qu'il resta huguenot, ne lui pardonna jamais tos abjuration cl pnusea envers lui l'ingratitude jusqu'à la diffama-

d by Goo

(99y. Sirttv). Le» amours de Henri IV sont exposés, ou le seront, dans d'autres articles de cette biographie (voy. Essarts, Estriîes, Gimncsr.viLtE, Guicux, Vebuecil). Cette partie de son histoire, quoiqu'elle inspire quelquefois beaucoup d'intérêt , n'est pas celle que l'on verrait répété* arec le plus de plaisir. Henri ne connut point l'amour pour sa première épouse , pour la belle et méprisable Marguerite de Valois; mais il la vengea noblement d'un affront cruel que lui fit éprouver le roi son frère : il lui procura , dans la petite cour de Né>ac, mille plaisirs dont elle abusa; et lorsqu'elle eut l'imprudence de s'armer contre lui, il usa envers elle de clémence, mais sans pouvoir s'abstenir d'un trop juste dédain. Depuis, il parut toujours ressentir pour elle une pitié mêlée de quelque tendresse. Sa passion pour la comtesse de Guiche eut longtemps le caractère le plus chevaleresque : amant infidèle, lorsqu'elle eut perdu ses charmes , il essaya de la dédommager par tous les soins de l'amitié; mois elle ne voulut pas les accepter. îl arma dis ans Gabrielle (fEstrées, tenta beaucoup d'aventures périlleuses pour la voir, lorsqu'elle était sous la surveillance d'un père , en fit la confidente de toutes ses pensées , goûta toujours auprès d'elle Poubli de ses plus rudes traverses, eut le bonheur de la trouver bonne et simple , lorsqu'elle partagea sa prospérité; il honora en elle la mère de ses enfants, et se résolut à braver les conseils de la politique, les murmures de sa cour et la censure de ses amis pour l'élever au rang de son épouse et de reine. La mort vint frapper Gabrielle, duchesse de Beaufort, lorsque son amant allait combler tous ses vœux. Les regrets de Henri IV furent déchirants : mais il connut trop lot l'artificieuse Henriette d'En tragues. Cette femme, qui était à la fois coquette, hypocrite, infidèle, jalouse et vindicative , fit connaître à Henri toutes les tortures d'un amour suranné et d'un lien adultère- Il épousa, en 1600, Marie de Médicis, nièce du grand-duc de Toscane. Cette princesse ne sut point lui faire oublier ses penchants infidèles, et ne les lui pardonna jamais. Henri IV , après avoir pardonné à Henriette d'Enlragues , qui fut deux fois coupable du crime de haute trahison, eut le malheur de connaître encore l'amour. Après avoir uni la fille du connétable de Montmorency au prince de Condé, il troubla la tranquillité de son parent par les soins d'une galanterie trop empressée. L'éclat que fil le prince de Condé , en quittant la cour et se retirant avec sa femme à Bruxelles, fournit des prétextes aux ennemis de la France et du roi , pour décrier une guerre que des griefs légitimes allaient faire entreprendre à Henri IV : il avait ménagé, pour cette grande entreprise, un trésor considérable, une belle armée ; il en avait préparé le succès par les plus grands ressorte que la politique ait jamais mis en jeu ; enfin elle devait être suivie des plus heureux résultats que la philosophie ait jamais implorés :

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mais les ennemis de ce grand roi employèrent bientôt contre lui d'autres armes que la calomnie. Henri IV était près de partir pour son armée ; il avait résolu de déclarer la reine Marie de Médieis régente pendant son absence, et avait formé un conseil composé d'hommes d'une foi et d'un talent éprouvés. La reine obtint de lui , par les plus fâcheuses importunités, qu'avant de partir il la fit sacrer et couronner à St-Denis. Le roi, pendant cette cérémonie , avait montré une tristesse que le peuple semblait partager. Il était revenu à Paris pour y préparer l'entrée de la reine , qui devait avoir lieu le lendemain 15 mai 1610. De noirs pressentiments le poursuivaient depuis plu» sieurs jours. On lui avait souvent entendu dire ; « Mes ennemis n'ont plus qu'une ressource contre « moi ; ils me tueront. » En s'entretenant avee Bassompierre et le duc de Guise, qui tâchaient de dissiper sa tristesse et lui faisaient l'énumération de tous les genres de bonheur qu'il était parvenu à réunir : « Mes amis, leur dit-il, il faudra bientôt « quitter tout cela : Linquenda telht H domut. m Après avoir passé la matinée dans un profond accablement , il annonça , vers quatre heures , Il résolution d'aller voir à l'Arsenal le duc de Sully. Il monta en voiture, accompagné des ducs d'Épernon et de Monbazon, du maréchal de Lavartlin, de Boquelaure, de la Fare, de Mirabeau et de Liancourt. Le duc d*Êpernon était auprès de la portière ; le roi, au milieu du carrosse, dont les mantelets étaient levés. Comme on était arrivé à la rue de la Ferronerie , le carrosse fut arrêté par deux voitures, l'une de vin et l'autre de foin; les valets de pied travaillent à débarrasser le passage. Un assassin monte sur une roue de derrière , et frappe le rot d'un coup de couteau entre les côtes. Le roi s'écrie : « Je suis blessé. » L'assassin redouble, porte un second coup dans la poitrine, et perce le cœur. On cache sa mort au peuple; on annonce seulement que le roi est blessé; on le ramène au Louvre. La reine s'occupe de se faire décerner la régence. Le duc d'Epernon assemble le parlement, et environne de troupes le lieu de ses séances. Le corps inanimé du roi n'est gardé au Louvre que par un petit nombre de serviteurs fidèles. Cependant le peuple, encore trompé, croit que Henri existe toujours, se fait ouvrir les églises, et ne cesse , pendant toute la nuit, d'intercéder le ciel pour la conservation des jours du bon roi. Au point du jour, les alarmes redoublent. On voit se former au parlement l'appareil d'un lit de justice. Des officiers du roi paraissaient couverts de deuil : à cet aspect , les sanglots éclatent ; les femmes courent écbevelées; la douleur s'exprime tantôt par des hurlements, et tantôt par un affreux silence. On accuse les Espagnols; on soupçonne la cour. Ravailiac, avant de subir le supplice dût au régicide, dicte au greffier Voisin des déclarations qu'on ne put ou qu'on ne voulut pas déchiffrer. Paris, d'un autre coté, maudissait la Ligue. Un grand nombre de personnes, en appre-

nant la mort du roi, éprouvèrent un saisissement qui mit leur rie en danger; d'autres moururent subitement. Le brare de Vie, passant quelques jours après dans la rue de la Ferronerie, tomba en défaillance, en regardant la plaee où son roi avait été Trappe , et expira le lendemain. Henri IV mourut le 14 mai 1610, âgé de 57 ans, dans la vingt et unième année de son règne. L'armée l'appela le Roi des bravet ; l'Europe lui donna le surnom de Grand; le peuple a coutume de le nommer le bon Henri. Son nom dit tout ce qu'un Français, tout ce qu'un guerrier, tout ce qu'un administrateur, tout ce qu'un roi doit être (1); il semble qu'on lui sache gré d'avoir eu quelques faiblesses qui le rapprochent de nous : avec une perfection plus entière , on l'eût peut-être moins aimé (2).

(1) La vie de Henri IV (ut pleine de périls, de difficulté* et de gloire. Jamais roi légitime ne se rit en naissant «épuré du tronc par autant de prince» que la mort devait moissonner pour lui ouvrir un passage. Jamais héros n'eut A combattre tant d'obstacles divers pour conquérir une couronne qui lui appartenait de droit. Chef des huguenots , il ne pouvait être accepté des catholiques qu'en abjurant sa religion; et s'il abjurait, se» défenseurs les plus ardents allaient devenir ses plus implacables ennemis Héritier éventuel et allié du roi de France, U devait éviter de lui faire ouvertement la guerre ; et s'il r cotait à la cour, il compromettait sa liberté et même sa vie. Pour réussir, il lui a fallu un courage poussé Jusqu'à ta témérité ; par des prodiges de va'eur, il a su parvenir, des champs de bataille de Coulras et d'Ivry, jusqu'auprès de Paris, dont sa générosité a forcé le* portes. Il lui a fallu tout son génie pour triompher de tant de médiocrités ambitieuses conjurées contre lui. Sa gaieté et son esprit, toujours les mêmes dans des moments d'épreuves et de malheurs , lui ont gagné, autant que son intrépidité, lecteur des soldats; son activité a lasse ceux qui te combattaient, et son affabilité lui a attaché pour toujourt ceux qui l'avaient une fols i. 8a connaissance approfondie des hommes lui donnait sur un grand empire. 8a finesse naturelle l'empêchait d'être

' Bati

t. Il écrivait un jour i M. de

• coup m'ont trahi vilainement ; mais peu m'ont trompé. Celul- « ci me trompera s'il ne me trahit bientôt, n II aimait le peuple et il ambitionnait la gloire d'en être aimé. Il comprit parfaitement la vérité de ce que lui disait Montaigne dans une lettre récemment découverte : « Les inclinations du peuple se mènent

• A ondées; si la pente est une fois prise en votre faveur, elle si l'emportera de son propre branle jusqu'au bout, n Chef de parti , il est parvenu à faire triompher les droit» de la conscience et i établir l'harmonie entre la société civile et la société religieuse. Guerrier toujours vainqueur, c'est le seul héros qui ait sérieusement conçu le grand dessein de la paix universelle. Roi , il a fait des réformes ou des créations si importantes dans la justice , dans l'administration, dans les finances, dans l'art de la diplomatie, qu'il semble avoir rompu avec le moyen Age et commencé une ère nouvelle ; c'est avec raison qu'on l'a appe'é le premier roi de» temps modernes. Fondateur de l'unité de la France, il fit de ta royauté , qui n'avait été jusque-la, dit M. de Carné, que le commencement de l'édifice ■ocial, la baie même de la société contemporaine. Palriott aimirailt , selon l'expression d'Augustin Thierry, il se fit remarquer par la conception d'une politique française fondée sur le maintien des nationalités et l'équilibre des puissances. Un historien anglais s'étonno que M. Gultot n'ait pas assez fait ressortir l'influença que les

laies opérées par Henri IV dans l'Etat exercée sur toute la civilisation euro-

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.2 On a tu plus haut que l'éducation de Henri IV avait été très-soignée par Jeanne d'Albret. Dans sa Jeunesse, il avait traduit le» Commentairu dt Cëiar; et Caaaubon assure en avoir ru avec admiration le manuscrit en entier de la main de ce prince. Il nous reste quelques chansons faites par lui et remplies de délicatesse, ainsi que d'autres poésies qu'on trouve réunies A la suite des Amumrt du grand Alcaudrt. Nous avons Indiqué dans la note placée an commencement de cet article les principales sources A consulter sur l'histoire de Henri IV. Legouvé a mis sur la scène la Mort de Iltnri IV; Collé avait encore mieux peint et fait parler le bon roi dans sa Partit dt ehaïu. Mais on sait qu'il n'a fait qu'attribuer A Henri IV une vieille aventure bien connue avant la naissance du Béarnais. Depuis quelques ' », on n1» peut-être que trop composé de pièces dont il !• sujet. 2.

et dans la société ont

HENRI I", roi d'Angleterre, troisième fils de Guillaume le Conquérant , né en 1068, n'avait reçu pour tout partage que la dot de sa mère et une pension de ses frères. Après la mort de Guillaume le Roux, il sut habilement profiter de l'absence de Robert Courte Cuisse son aîné, occupé dans une croisade, pour se faire couronner roi d'Angleterre l'an 1100. Robert à son retour, l'année suivante , passa la mer avec une armée pour défendre ses droits, qu'il abandonna sans en venir aux mains, moyennant une pension de 300 marcs, dont Henri ne tarda pas à b- frustrer sous divers prétextes. Robert, prince faible et dissolu, ne sut pas mieux gouverner son duché qu'il n'avait su faire valoir ses droits sur le royaume d'Angleterre. Henri entretint le mécontentement que l'administration imprudente de son frère excitait parmi les Normands ; mais une armée venue à son secours et la victoire de Tinchebrai (27 septembre 1106) firent tomber entre ses mains le duc Robert ainsi que le prince Guillaume son fils , et le rendirent maître de toute la province, qu'il réunit à la couronne. Cette acquisition l'entraîna dans des guerres longues sur le continent avec le roi de France et les comtes d'Anjou et de Flandre ; mais il les termina toutes par des accommodements, après des succès divers de part et d'autre. Henri chercha, au commencement de son règne, à couvrir le crime de son usurpation , et à se concilier l'amour de ses sujets, par l'emprisonnement de l'évèque de Dorlans, principal instrument des vexations de Guillaume le Roux, et par une charte fameuse , qui remédiait à tous les abus d'administration dont on s'était plaint sous les deux règnes précédents. Il promettait par cette charte, qui est la première origine des libertés anglaises , de ne point toucher aux revenus ecclésiastiques pendant la vacance des bénéfices; de mettre les héritiers des comtes, barons ou tenanciers militaires, en possession de leurs biens, au moyen d'une redevance modérée envers la couronne; de se dépouiller de la garde noble des mineurs ; de ne jamais vendre son consentement pour le mariage des filles ou parentes des barons ; de faire jouir Tes arrière-vassaux des mêmes droits dont jouissaient les grands seigneurs; enfin de maintenir les lois de St-Édouard, si chères à la'nalion. Cet adroit politique comprit de quelle importance il était pour lui d'attacher à ses intérêts un homme aussi accrédité dans l'esprit du peuple que l'était St- Anselme, archevêque de Cantorbéry. 11 ne négligea rien d'abord pour gagner son affection, et il y réussit; mais, dès qu'il se vit affermi sur le trône, il renouvela la grande affaire des investitures, qui fut conduite avec beaucoup d'adresse du côté du roi, et avec beaucoup de fermeté du côté du primat. Enfin la crainte d'exciter de trop grands troubles obligea Henri de terminer la querelle par un accommodement, d'après lequel il se désistait du droit de conférer les bénéfices par l'anneau et prr la

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crosse, et conservait celui d'exiger des prélats l'hommage prescrit par les lois féodales pour tous les vassaux. Ce prince mourut d'une indigestion de lamproies à St-Denis-le-Forraent en Normandie, comme il v disposait à repasser la mer pourchatier les Gallois rebelles, le \« décembre 1135, dans la 67* année de son Age. Sa figure était mâle, son air gracieux , ses yeux sereins et pénétrants. L'affabilité de ses manières tempérait ce que sa dignité pouvait avoir de trop imposant. Quoiqu'il se permit souvent des saillies de gaieté, jamais elles ne passaient les bornes de la prudence. Il s'était acquis le surnom de Beau-CUre, c'est-à-dire de savant, par ses progrès dans la littérature, et par la protection qu'il accordait aux sciences. Il aima passionnément les femmes, et eut treize enfants naturels. La chasse était son amusement favori ; et il usa d'une grande rigueur contre ceux qui empiétaient sur les forêts royales. L'action de tuer un cerf était punie comme le meurtre d'un homme. Le plus grand mérite du gouvernement de ce monarque fut la profonde tranquillité qu'il établit et qu'il maintint dans tous ses Etats, ayant su contenir les barons mutins et factieux, et rendre inutiles, par ses bonnes dispositions, toutes les tentatives de ses voisins inquiets. Son administration fut sévère; il réforma de grands abus : les voleurs et les faux monnayeurs furent poursuivis avec rigueur : il réprima les désordres du droit de prévoyance , qui consistait à obliger les fermiers des domaines de fournir à la cour des provisions et des voitures quand le roi voyageait; droit qui entraînait des vexations sans nombre. Il ordonna aussi l'uniformité des poids et mesures en Angleterre. On a, sous le nom de Henri I*' , un code qui n'est pas de lui , mais qui est très-propre à faire connaître les mœurs de ce temps-là. A son avènement à la couronne, il avait accordé à Londres une charte, qui semble avoir été un premier pas vers la corporation de cette ville. Hume fait de ce prince un despote. Lord Lyttelton , dans sa l rie de Henri 11, l'a parfaitement justifié de cette imputation. Henri n'eut de la reine Mathilde son épouse, fille de Malcolm, roi d'Ecosse, qu'un fils (Guillaume Adeling), qui périt dans un naufrage en 1120, et une fille (Mathilde), veuve sans enfants de l'empereur Henri V, remariée à Geoffroi Plantagenet, comte d'Anjou, à laquelle Henri I" tenta vainement de transmettre sa couronne. H eut pour successeur son neveu Etienne de Blois (roy. Étienxe). T — ».

HENRI H, roi d'Angleterre, petil-flls de Henri 1", né au Mans en 1153, possédait, du chef de son père Geoffroi Plantagenet, le comté d'Anjou, la Ton rai ne , le Maine et une partie du Bcrry; des droits de sa mère Mathilde, le duché de Normandie ; enfin de ceux de sa femme i l more d'Aquitaine, la Guyenne, le Poitou, la Saintonge, l'Auvergne, le Périgord, l'Angoumois et le Limousin, provinces qui par leur étendue, leur population et leur fertilité, formaient le tiers de

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la monarchie française, lorsqu'il monta sur le trône d'Angleterre le 19 décembre 115», après la mort d'Etienne de Blois, qui avait dépouillé de ce trône la mère de Henri. L'avénement de celui-ci fut un grand sujet de joie pour tous les Anglais. Le commencement de son règne fut signalé par des réformes utiles. Il renversa presque entièrement le pouvoir aristocratique des barons et du clergé; il révoqua les immenses privilèges qu'ils avaient arrachés à la faiblesse de ses prédécesseurs. Il fit démolir les châteaux fortifiés qu'ils avaient élevés de tous côtés, et qui servaient d'asile aux assassins, aux traîtres et à tous les criminels. Il renvoya les troupes étrangères appelées par Etienne, et qui commettaient d'affreux désordres : il reprit tout ce qui faisait partie des domaines de la couronne ; publia des lois fortes pour rendre le peuple indépendant des barons; donna aux villes des chartes par lesquelles leurs privilèges et la liberté des citoyens étaient assurés. Enfin le peuple sortit de l'esclavage, et commença à tenir un rang dans l'Etat. Aussitôt que Henri fut paisible possesseur de sa couronne, il réprima à main armée les prétentions de son frère Geoffroi sur l'Anjou et le Maine, et annexa la Bretagne à ses vastes États, sous prétexte de servir de tuteur à son troisième fils, encore enfant, qu'il avait marié avec l'héritière de ce duché, fille de Conan IV, mort sans postérité masculine. En 1159 il porta la guerre dans le comté de Toulouse, sur lequel il se croyait des droits du côté de sa femme, petite -fille de Guillaume IV et héritière de la maison de Poitiers : mais pendant qu'il assiégeait la capitale, le roi de France, Louis VII, força un quartier du camp anglais, entra dans la ville avec un corps d'élite; de sorte que Henri, déconcerté par ce secours imprévu, fit dire au monarque français que le respect qu'il avait pour son seigneur l'empêchait de continuer l'attaque d'une ville défendue par lui en personne , politesse forcée dont on ne sut aucun gré à celui qui la faisait. Depuis cette époque , ce ne fut qu'une alternative de paix et de guerre entre les dent princes; et leurs Etats, victimes de leur fclle ambition , devinrent tour à tour des théâtres d'hor • reur et de désolation. Henri voulut étendre ses réformes sur les privilèges du clergé. Un homicide commis par un clerc sur le père d'une fille qu'il avait séduite lui en fournit une belle occasion. Thomas Becket, qui, de chancelier du royaume, venait d'être fait archevêque de Cantorbéry , se contenta d'infliger au coupable les peines canoniques, et de le priver de son bénéfice, refusant de le remettre entre les mains des magistrats , et soutenant qu'un prêtre ne pouvait être puni de mort. Le roi furieux convoqua , au mois de janvier 1164, à Glarendon, une assemblée générale des prélats el des premiers personnages du royaume. On y arrêta une convention en seize articles, qui, parmi d'autres dispositions, confirmait, sous le nom de coutumes du royaume, des

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abus notoires et des injustices contre lesquelles St- Anselme et les archevêques de Cantorbéry ses successeurs s'étaient souvent élevés. Becket fut celui qui fit le plus de difficultés pour y souscrire ; cependant il se laissa gagner par les sollicitations des barons et des pre'lats : mais U se repentit bientôt de sa complaisance, qu'il regarda comme une faiblesse ; et le pape Alexandre Ul ayant refuse* de ratifier ces articles, le primat revint contre sa signature, et rétracta son serment. Alors Henri ne consulte plus que sa passion. U convoque une nouvelle assemblée à Northampton. Bcckct, accuse" d'avoir malversé pendant qu'il était chancelier, y est cité. Le prélat n'y parait que pour déclarer aux pairs qu'il ne les reconnaît point comme étant ses juges, et pour les menacer d'une excommunication. U ne laissa pas néanmoins d'être condamné par le tribunal, qui était entièrement dévoué aux intérêts du prince. Becket se sauve en France, où il est protégé spécialement par Louis le Jeune, et il fait casser parie pape la sentence de Northampton. Henri, de son côté, craignant un interdit général pour son royaume, défend, sous les peines les plus sévères, de recevoir aucun rescrit venant de Rome , suspend le payement du denier de Saint-Pierre , menace de se réunir avec l'empereur Barberousse, alors en guerre avec le saint-siége, et de reconnaître l'antipape Pascal III. Le prélat, revêtu du titre de légat en Angleterre, abroge, du fond de sa retraite, les constitutions de Clarcudon , excommunie les ministres de son propre mouvement,, et menace le roi lui-même des foudres ecclésiastiques. Mais enfin, après neuf ans de guerre, la crainte, non de l'anatbème en lui-même, mais de ses suites, contraignit Henri à solliciter un accommodement dont tout l'avantage paraissait être du côté de Becket. Ce n'était qu'une paix plâtrée. A peine l'inflexible prélat eut-il mis le pied en Angleterre, qu'il Ut notifier une sentence d'excommunication à l'archevêque d'York, qui, pendant son exil et au préjudice des droits de son siège , avait sacré le jeune Henri , puis aux évêques de Londres et de Salisbury qui l'avaient assisté ; enfin aux officiers du roi qui avaient pillé les biens de l'église de Cantorbéry. Le roi, à cette nouvelle, ne se contint plus. « Quoi donc 1 s'écria- « t-il dans un mouvement de colère, aucun de « mes serviteurs ne me vengera-t-U d'un prêtre in- « gral et rebelle qui trouble tout mon royaume? » Aussitôt quatre gentilshommes passent la mer, et vont assassiner le pontife dans son église de Cantorbéry avant que le courrier dépêché par le roi aussitôt qu'il avait été instruit de leur dessein pût les atteindre et retenir leurs mains. Ou ne voit pas qu'on ait fait justice des meurtriers; mais le monarque anglais, chargé seul, aux yeux du monde, de la honte et de l'horreur dé cet assassinat, s'humilia auprès du souverain pontife pour détourner l'interdit général qui était sur le point d'être lancé sur son. royaume. U fut obligé

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de jurer, sur les saints Evangiles, qu'il n'avait nullement trempé dans se meurtre : il promit d'entretenir, pendant un an, deux cents chevaliers du Temple dans la Palestine, et de se croiser, lui-même pour trois ans. Il abrogea la conven-i tion de Clarendon, permit les appellations anj saint-siége, s'engagea à restituer les usurpation» dont se plaignait l'église de Cantorbéry , et ne' reçut l'absolution qu'après avoir subi une partie des formes de la pénitence publique. Enfin on le vit, quelques années après, entrer nu-pieds dans l'église de Cantorbéry , se prosterner devant U chasse de celui dont il avait fait un martyr, et recevoir la discipline de la main des moines. Pour prix de sa soumission, Alexandre confirma en sa faveur la bulle d'Adrien IV, en vertu de laquelle Henri s'était rendu maître de l'Irlande. Pendant le cours de cette longue querelle , il s'était vu forcé à la paix de Mon tmi rail (dans U Maine), dont une des conséquences était, quoiqu'il eût pris souvent par serment l'engagement contraire, de rendre hommage à Louis VU poni les domaines qu'il possédait au delà de la mer. Henri, jusque-là toujours heureux , tomba inopinément dans l'infortune. Tout conspira contrr lui, sa femme, ses enfants, ses vassaui, les rois ses voisins : trois de ses fils cherchèrent, à la sollicitation d'Êléonore , à se rendre indépendant» dans les Etats qui leur étaient assignés pou héritage , après la mort de leur père. Ils étaient soutenus par les rois de France et d'Ecosse , rl surtout par les barons, qui, irrités du frein mis à leur licence sous le gouvernement ferme et vigilant de Henri , préféraient d'avoir pour maîtres île jeunes princes sans expérience , indolents et prodigues. Le monarque fit face à tout : il passa en France, soumit la Bretagne, remporta plusieurs avantages sur ses ennemis, contraignit Louis VU à une retraite honteuse, reprit les villes et les châteaux qu'on lut avait enlerés. Pendant ce temps-là, Richard de Lucy, qui commandait pour lui en Angleterre, battait le comte de Leicester, et le faisait prisonnier. Le roi d'Ecosse, vaincu et pris aussi , fut obligé de se reconnaître son vassal; tous les enfants de Henri, repoussés dans leurs tentatives, et trop faibles pour lui résister, vinrent se jeter à ses genoux : enfin le roi de France, forcé de quitter le siège de Rouen, et d'évacuer la Normandie, accéda à une paix dont tous les partis parurent contente. Dan» toute cette guerre, Henri, par une rare prudence, soutenue de toutes les grandes qualités qui font les héros, se montra véritablement digne du trône qu'on lui disputait. H profita du loisir que lai procurait la paix pour s'occuper de la police de ses Etats. U ordonna l'amputation de la mais droite et du pied droit pour les meurtrier», le» voleurs et les incendiaires, tt établit des assises , c'est-à-dire confia l'exercice de la justice à de» jurés; instituUon qui avait existé en France dès la première race. Les causes imoortantr.v et sur-

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