‹ Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderneChapitre 26 sur 106 · HEIN · texte numérisé non relu

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tout les causes criminelles y étaient décidées par l'avis et le serment de douze personnes. I /objet principal du roi était de faire tomber, autant qu'il était en lui, les épreuves superstitieuses par l*eau,parle feu et par les dnels. Six siècles et plus n'ont pas détruit l'institution de Henri II , c'est-à-dire les assises ambulantes, consacrée* par un assentiment général, non moins que par le temps. Il divisa l'Angleterre en quatre départements, dans chacun desquels 11 établit de ces Juges ambulants, dont les fonctions tendaient à diminuer la tyrannie des seigneurs. De nouvelles conspirations, formées au sein de sa famille , vinrent le troubler au milieu de ces nobles occupations. Ses enfants, appuyés par Philippe-Auguste, roi de France, furent plus heureux que dans leur première révolte ; et ce prince , accoutumé jusqu'alors à faire la loi dans presque tous les traités, se vit contraint, par l'ascendant que prit son jeune concurrent, d'accepter toutes les conditions rigoureuses qu'on voulait lui imposer. Il consentit au mariage de son Ois aîné Hichard , avec Alix , fille du monarque français, et permit à ce fils de recevoir le serment de fidélité de tous ses sujets des provinces françaises. Enfin H paya vingt mille marcs d'argent à son adversaire, pour les frais de la guerre. Le chagrin que lui causa ce revers, et surtout la douleur qu'il conçut en voyant sur la I liste de* seigneurs qui avaient conspiré contre lui le nom du prince Jean Sans-terre, son fils bien-aimé, lui causèrent une fièvre violente qui le conduisit au tombeau , à Chmon , dans la <H* année de son âge, et la trente-quatrième de son règne, le 6 juillet 1189. La rcme Éléonore de I Guyenne, qu'il avait épousée le 18 mai 1152 (roy. ËutoxoRE), lui avait donné cinq fils et trois j filles; son deuxième fils, Hichard Coeur de lion, lui succéda. On rapporte que, Riehard s'étant rendu à Fontevrault , où le roi avait ordonné sa sépulture , à l'approche du fils le corps du malheureux père jeta du eang par la bouche et par le nez, et que ce sang rejaillit sur le nouveau souverain. A ce spectacle, Hichard fondit en larmes, et maudit sa rébellion. Telle fut la fin déplorable du premier roi d'Angleterre de la race des Plantagenets, du plus illustre des rois français qui aient régné sur nos voisine, du plus puissant et aussi d'un des plus célèbres monarques de l'histoire britannique tout entière, enfin du prince le plus distingué de son temps par ses talents guerriers et politiques. Plusieurs écrivains nou6 ont conservé le testament de Henri II : il est en français; et peut-être n'avons-nous dans notre langue aucun monument de ce genre, qui soit plus ancien. La physionomie de ce prince était vive et ouverte, sa conversation douce et amusante, son élocution aisée et persuasive. Il cultiva ses talents naturels par l'étude plus qu'aucun prince de son temps. Sa cour était l'asile des savants; il les chérissait, s'entretenait souvent avec eux , et savait apprécier leur mérite. Il fai- I

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sait hn-meme des vers avec succès, surtout en langue provençale. Ses affections , ainsi que ses inimitiés, étaient ardentes et durables. Sa longue expérience de l'ingratitude et de l'infidélité des hommes ne détruisit jamais la sensibilité de son cœur. L'amour et l'ambition furent la source 4e tous ses malheurs. Il souilla sa maison d'adultères et peut-être d'incestes; et pour n'avoir pas su régner sur lui-même, il perdit , à la fin de ses jours, l'empire que lui assurait la supériorité de ses forces et de 6cs talents. Ce prince introduisit l'usage de faire contribuer les tenanciers militaires, de leur argent, à la place de leurs personnes. Il leva le premier des impôts sur les biens ' mobiliers de ses sujets nobles ou roturiers, et entretint une force militaire permanente, soldée, et indépendante du service militaire de ses vassaux. Il adoucit les rigueurs des lois forestières, abolit l'usage barbare de confisquer les vaisseaux naufragés sur la côte , et confirma la charte des franchises accordées par Henri Irr. La vie de ce prince a été écrite en anglais par lord Lyttelton, Londres, 1767, 4 vol. in-4°; Dublin, 1768, 4 vol. in8°; Londres, 1772, t> vol. in-8°; ibid., 1777, 6 vol. în-8°; et par Jos. Berington , Birmingham, 1790, in-4°; 1793, 3 vol. in-8°, sous le titre : HUtoire du régne de Henri II et de ses fils Richard et John. M. Pastoret, dans Y Histoire littéraire de France (t. 14), a donné sur Henri II une excellente notice. ï— d.

HF.NRI III, roid'Angleterre.né en 1207, succéda, le 18 octobre 1416, à son père Jean Sans-terre. Le royaume était en proie a toutes les horreurs d'une guerre civile, excitée par la tyrannie du feu roi, dont les vexations avaient forcé les Anglais de déférer la couronne au prince Louis, fils de Philippe- Auguste, roi de France (voy. Lotus VIII). Henri, âgé seulement de dix ans, se maintint sur le trône contre la faction ennemie, par le crédit, la sagesse et la valeur du comte de Pembroke , constamment resté fidèle à son père, et qui fut déclaré régent du royaume pendant la minorité du nouveau roi. Le commencement de ce règne fut signalé par la confirmation des fameuses chartes que les Anglais regardent comme le palladium de leur liberté, et qui furent alors réduites à peu près dans la forme où elles se sont conservéesjusqo'aujourd'luii, malgré lesatleintes qu'elles ont éprouvée* en divers temps. La mort du régent, arrivée en 1219, fut suivie d'une guerre contre Louis VIII, roi de France ; mais cette guerre n'amena aucun événement remarquable. Le faible monarque anglais, ayant fait d'inutiles tentatives pour appuyer son lieau-père Hugues X, comte de la Marche , qui refusait l'hommage au comte de Poitiers, frère de St-Louis, et pour recouvrer la Normandie, perdit, en 1242, la bataille de Taillebourg (coy. Louis IX); ce qui l'obligea de • borner ses domaines en France à la partie de la Guvenne située au delà de la Garonne. 11 ne fut pas plus heureux dans la conquête de la Sicile,

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dont le pape lui avait donné la souveraineté : il ne recueillit de cette entreprise, qui lui coûta de grandes dépenses, que du déshonneur et de nouveaux embarras. Tant de revers, joints à son incapacité pour le gouvernement, le firent tomber dans le mépris de ses sujets. Il semblait s'être ligué avec la cour de Rome pour accabler son peuple (1). Chaque jour voyait naître des vexations nouvelles. Tandis qu'un légat venait, sous ses auspices, exercer en Angleterre une juridiction odieuse , Henri extorquait à son tour de ses Sujets des sommes immenses pour les prodiguer à ses flatteurs, aux suppôts étrangers de son despotisme , qui occupaient toutes les places de l'administration au préjudice des naturels du pays. L'indignation enflamma les esprits : l'on vit bientôt se former une association composée des barons les plus factieux, et dans laquelle entra la cité de Londres. Le chef en était Simon de Mont fort , comte de Leicestcr, fils cadet de ce fameux Simon de Mont fort le fléau des Albigeois. Les deux partis prirent les armes. Après avoir accepté les articles connus sous le nom de Statuts ou Expédients d'Oxford , qui avaient été dressés en 1258, et en avoir juré l'exécution, Henri déclare, en 1261, à son parlement, qu'il ne les observera plus : les barons se soulèvent de nouveau ; et le comte de Leicester entre dans Londres en vainqueur. St- Louis, choisi pour arbitre, rend (21 janvier 1264) la sentence la plus impartiale, confirme la grande charte et celte des forêts, les regardant comme le droit commun des Anglais et le rempart de leur liberté; mais il annule les statuts d'Oxford, comme extorqués par la violence, et anéantissant la prérogative royale. Cet arrêt fut rejeté par les barons. Le roi fut vaincu à la bataille de Lewes , et fait prisonnier avec son frère et son fils. L'audacieux Leicester, maître de la famille royale, renversa la constitution de l'État, et, concentrant en lui seul toute la puissance civile et militaire , donna une autre forme au gouvernement. Il réclama la sanction du peuple pour confirmer sa nouvelle constitution. Ce triumvirat de pouvoirs des barons, du clergé et du peuple, contre-balança l'autorité du roi et celle du pape. On créa un parlement, dans lequel devaient entrer quatre chevaliers de chaque province, qui représenteraient le peuple ; et l'on fit signer le tout au monarque prisonnier. Telle fut néanmoins l'origine de la chambre des communes : formée au sein des orages et par une cabale de factieux, elle est devenue, sous un gouvernement plus régulier, une des parties les plus puissantes de la constitution nationale, après avoir renversé l'aristocratie féodale, incompatible avec la liberté civile. Cependant l'autorité dont jouissait Leicester excita la jalousie des

(1) Le roi exigeait le vingtième de ton* les revenu» cecléaiullque», le* fruiU de tous Ici bénéfice» vacant», et le tier» de ceux dont le» titulaire» ne résidaient pa». Une grande partie de» bénéfice» de l'Angleterre étaient alora pcédé» par de» Italien» venu» A I» iUite de* légal».

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grands; et l'abus qu'il faisait de son pouvoir mécontenta le peuple. Le comte de Glocester abondonna son parti, et favorisa l'évasion d'Edouard, fils du roi. Ce jeune prince ramasse promptement une petite armée, fond sur le fils de Leicester, qui accourait , avec les siens, au secours de son père, les taille en pièces, et revient rapidement sur ce dernier, qu'il enveloppe par un stratagème. Le chef des factieux, forcé d'en venir aux mains, perd la bataille d'Evesham (4 août 1265), et périt dans le combat. Henri, délivré de la main de ses ennemis, usa modérément de la victoire. 11 n'y eut pas une seule goutte de sang versée sur l'échafaud, pas un seul acte de proscription, excepté contre la maison de M ont fort. Les barons factieux et rebelles rentrèrent dans le devoir sans perdre leurs biens : la douceur du monarque et la prudence de son fils rétablirent ainsi peu à peu l'ordre dans l'État. Ce prince mourut paisiblement à Londres en 1272, dans la 64* année de son âge et la 56* de son règne , le plus long de tous ceux dont il est parlé dans les annales d'Angleterre. C'était un prince modéré, humain, indulgent, pieux, assidu au culte public. On rapporte , à ce sujet , que, discutant un jour avec St- Louis lequel était préférable d'assister au sermon ou à la messe : J'aime mieux, dit-il , m'entretenir une heure avec un ami que d'entendre vingt discours bien soignés à sa louange. Mais il était sans vigueur, sans activité , sans politique , aussi incapable de conduire une guerre que de maintenir la paix. Esclave de ses favoris , il recevait toutes les impressions qu'ils avaient intérêt de lui donner. On estimait peu son amitié , parce qu'elle n'était ni fondée sur un choix réfléchi, ni cultivée avec constance. Les malheurs de son règne vinrent surtout de ses profusions envers ses courtisans , de son attachement pour les étrangers, de l'inconséquence de sa conduite, de l'impétuosité de son ressentiment, du prompt oubli de ses griefs, et de son retour soudain de la colère à l'amitié. Sous ce prince, l'autorité excessive des chérifs fut restreinte ; on fit une loi pour défendre de saisir les bestiaux et les instruments de labourage. L'usure, portée jusqu'à cinquante pour cent, servit de prétexte à de violentes persécutions contre les juifs, seuls propriétaires de tout l'argent du royaume. On leur fit payer, en 1241 , vingt mille marcs d'argent, dont le juif Aaron, d'York, paya à lui seul quatre mille. En 1250, Henri les opprima «le nouveau; et le même Aaron lui donna, pour sa part, trente mille marcs. Londres et la cour même regorgeaient de voleurs, qui étaient d'intelligence avec les officiers de justice. Deux marchands étrangers se plaignirent au roi d'avoir été dépouillés par des brigands qu'ils voyaient journellement auprès de lui. Le roi , furieux , fit arrêter les coupables , qui alléguèrent que , ne recevant aucun gage de Sa Majesté, il fallait bien qu'ils

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sous ce règne la noblesse, dédaignant sa langue maternelle, ne se serrait familièrement que de la langue française. Henri IH avait épousé, en 1226, Éléonore de Provence , qui amena à sa cour un grand nombre de Provençaux et d'autres étrangers, et qui mourut en 1291. Il eut pour successeur son fils atné Edouard, dit aux longues jambes (roy. Edouard lw). Sa vie a été écrite par R. Collon, Londres, 1627, în-4°, et par W. Prynne, ibid., 1670, in-fol. T — o.

HENRI IV, roi d'Angleterre, le treizième depuis la conquête, et le premier Plantagenet de la branche de Lancastre, naquit en 1367. 11 eut pour père Jean de Gand , duc de Lancastre , troisième Ris d'Edouard III. Il porta, dans sa jeunesse, le nom de comte de Derby. On le vit , dés l'âge de vingt ans, prendre une part très-active à la rébellion qui troubla les commencements du règne de Richard II. Le calme étant rétabli en Angleterre, Henri alla servir en Lithuanie contre les idolâtres, et s'y distingua par des actions brillantes : à son retour, il fut créé duc d'Hereford. Loin d'avoir conservé l'esprit de sédition qui régnait alors jusque dans la famille royale, Henri se montra sujet si dévoué, qu'il courut lui-même révéler à Richard un entretien secret où le duc de Norfolk s'était exprimé librement sur la personne de ce prince. L'accusé donna un démenti à son dénonciateur; et le roi ordonna le jugement par combat singulier ; mais au moment où les deux champions parurent dans la lice, le monarque leur signifia de sortir sur l'heure du royaume , le duc de Norfolk pour la vie, le prince seulement pour dix ans. Henri témoigna une soumission si profonde, que Richard lui promit de le rappeler beaucoup plus tôt. Il lui fil même délivrer des lettres patentes, qui lui assuraient la jouissance immédiate de toute succession qui pourrait lui échoir pendant son absence. Henri se retira en France, à la cour de Charles VI (1398); il y rechercha la main de la fille du duc de Berry, oncle du roi. Ce projet d'alliance alarma Richard : il s'y opposa fortement, et saisit bientôt l'occasion de punir son cousin de l'avoir conçu , dans l'espoir de se rendre indépendant. Le duc de Lancastre meurt ; son titre et ses biens étaient solennellement garantis à son fils. Le duc d'Hereford fait revendiquer ses droits : son procureur est saisi et condamné comme traître, l'héritage entier confisqué au profit du roi, et le bannissement du prince déclaré perpétuel. Cette sentence inique ne fit «nie hâter son retour. Richard H venait de passer en Irlande pour y combattre les rebelles. Les mécontents résolurent de profiter de son absence: ils font agir l'archevêque de Cantorbéry, qui était aussi exilé en France. A son instigation, Henri s'embarque à Nantes ( ou , selon quelques auteurs , à Vannes ) avec une suite de soixante personnes seulement (4 juillet 1399). Il descend à Ravenspur, dans l'Yorkshire, il jure solennellement qu'il ne vient que pour reclamer le duché

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| de Lancastre. En peu de jours, il se voit à la tétr ' d'une armée de 60,000 hommes, et il ne change point de langage. Le duc d'York, auquel Richard avait laissé la régence en s'éloignant , lève des troupes comme s'il eût voulu s'opposer à l'invasion de son neveu ; mais ces troupes passent sous les drapeaux du duc de Lancastre; et, de ce mol ment, Henri est maître du royaume. Il se porte rapidement sur Bristol; trois des principaux ministres de Richard s'y étaient renfermés : il les force de se rendre ; et les sacrifiant à la fureur ( populaire, il leur fait trancher la tête sans aucune - forme de procès. Le roi repassa promplement en Angleterre ; mais une partie de son armée l'abandonna. Le duc de Lancastre n'osa cependant point ! encore employer la force contre son souverain ; il eut recours aux protestations les plus perfides pour l'engager à se livrer à sa foi. Richard eut l'imprudence d'y croire : Henri le conduisit en triomphe à Londres, et l'enferma dans la Tour. C'est au nom de ce roi captif qu'il convoqua un nouveau parlement. 11 ne s'agissait plus de savoir si Henri s'emparerait de la couronne, mais com- ! ment il colorerait cet attentat. Forcé d'abdiquer, Richard remit à son ambitieux cousin les attributs de la royauté avec un écrit signé de sa main , par lequel il se reconnaissait indigne de régner. Enhardi par celte avilissante faiblesse, le duc de Lancastre fait dresser par son parlement un acte d'accusation formelle contre le monarque légitime. Bientôt, dans une séance des deux chambres réunies, la déposition de Richard II est prononcée, et le trône est déclaré vacant. A ces mots, le duc se lève , trace le signe de la croix sur son front et sur sa poitrine; puis invoquant audacieusement le nom du Rédempteur, à l'instant où il se souillait du plus noir forfait, il prononce un j discours que les chroniques ont conservé dans le vieux style du temps. Il y réclamait la couronne d'Angleterre, comme descendant en droite ligne du bon roi Henri III (1). Pour comprendre le sens de ces paroles, il faut savoir que , d'après une tradition populaire, Edmond, comte de Lancastre, dit le Bossu, était fils aîné de Henri III, mais que sa difformité avait fait préférer à lui son frère cadet qui régna sous le nom d'Edouard Ier. Or, Henri descendant directement de cet Edmond par sa mère, Blanche de Lancastre, celte fable le rendait l'héritier légitime de la monarchie. Le parlement sentait l'invalidité et même le ridicule d'un tel titre. En admettant même comme légale la déposition de Richard II , sa couronne était dévolue, de droit , à Edmond Mortimer, comte de la Marche, qui descendait du second fils d'Edouard III, tandis que le duc de Lancastre ne descendait que du troisième. Déjà même le comte de la Marche avait été déclaré solennellement héritier présomptif du trône, dans le cas où Richard mourrait sans enfants. Mais l'usurpation était consommée

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par le fait; et, cédant à la violence, les infidèles représentants de la nation anglaise proclamèrent roi Henri de Lancastre sous le nom de Henri IV (30 septembre 1399) ; lâche trahison qui devait être expiée par ces longues et cruelles guerres où les deux roses firent couler le sang de quatre-vingts princes de la maison royale, et couvrirent l'Angleterre de dévastation et de carnage. Tous les germes de dissension fermentaient autour du nouveau monarque. Placé entre deux rivaux dent les noms seuls l'épouvantaient , il résolut de se délivrer de l'un et de l'autre. L'enfance du jeune comte de Mortimer, qui n'avait que sept ans, ne put le préserver d'une captivité rigoureuse. Richard II, en tombant du trône, n'avait demandé que la vie : il ne put l'obtenir. Le fer des assassins selon quelques versions, un bourreau plus cruel selon d'autres, la faim, termina les jours de ce malheureux prince. Henri se flatta vainement de régner désormais sans obstacle : usurpateur et régicide, U n'était vu qu'avec horreur par ceux mêmes qui avaient abandonné le souverain légitime. Les seigneurs les plus dislingues du royaume l'accablèrent, en plein parlement, des noms trop bien mérités de parjure et île traître , et bientôt ils conspirèrent. Henri fut sur le point d'être enlevé à Windsor par uu corps de cinq cents gentilshommes à cheval. 11 s'enfuit à Londres, rassembla la milice de cette ville, saisit quelques-uns des chefs de la conjuration, et leur fit trancher la téle sans jugement; leurs corps, coupés par quartiers, servirent de trophées à son horrible triomphe. Il devait craindre que les mécontents ne trouvassent un puissant appui au dehors. La reine Isabelle, veuve de Richard 11 , était fille de Charles VI, roi de France. Henri s'empressa de désarmer le mécontentement de ce monarque. 11 lui Ht demander la main d'Isabelle pour son fils, à peine sorti de l'enfance. Charles refusa d'unir sa tille au Qls du meurtrier de son é|M>ux. Henri dissimula son humiliation, et renvoya la reine en France avec les plus grands honneurs ; il obtint le renouvellement de la trêve conclue entre les deux couronnes : ses forces suffisaient à peine à repousser les périls sans cesse renaissants dans l'intérieur. Les Gallois et les Ecossais franchissent leurs frontières : Henri envoie le comte de Northumberland pour s'opposer à leurs progrès; mais le comte se révolte lui-même et marche sur Londres. 11 est attaqué d'un mal soudain : son fils Pcrçy, connu dans l'histoire sous le nom de Chaud-Eperon (Hotspur), prend le commandement de l'armée , et publie un mauifeste sanglant contre Henri IV, qu'il n'appelle plus que Henri de Lancastre, et auquel il reproche tous ses parjures et ses nombreux attentats. Henri se porte à sa rencontre : la plaine de Shrewsbury devient ie théâtre d'une des plus sanglantes batailles dont les annales britanniques aient conservé la mémoire. L'acharnement y fut si terrible, que plus de 2,000 gentilshommes demeurèrent sur la

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place. L'usurpateur, pressentant que les coups tles royalistes se dirigeraient sur sa personne . avait fait prendre à. plusieurs de ses gardes une armure absolument semblable i la sienne : la plupart de ces hommes furent tués. La mort du jeune Percy, assassiné pendant l'action par un? main inconnue, livra la victoire à Henri (21 juillet U03J. U en usa lâchement ; il fit déterrer le corps de son vaillant adversaire, et ordonna que ses membres fussent exposés sur les grands chemins : des prisonniers de guerre furent décapités , et leurs tètes plantées sur les ponts de Londres. A peine cette insurrection était-elle étouffée qu'une autre éclata avec une nouvelle force. Brûlant de venger la mort de son fils, le comte de Norlhumberland rallia à sa cause l'archevêque d'York et plusieurs seigneurs qui avaient aussi des injures personnelles à punir. Ils rassemblèrent en peu I de jours une puissante armée : l'infâme perfidie du comte de Weslmoreland , qui commandait les troupes de Henri, fit tomber les principaux conjurés en son pouvoir. Le grand juge refusa de procéder contre l'archevêque : l'usurpateur fit exécuter ce prélat sur-le-champ; ce fut le pre- ' mier exemple ca Angleterre du supplice capital 1 infligé à un évéque. Le hasard, à la même époque, mit entre les mains de Henri, le jeune prince Jacques, héritier de la couronne d'Ecosse : il le garda en otage, pour prévenir toute attaque dr ce côté. Le calme sembla renaître après ces violentes secousses. Henri en profita pour porter son attention au dehors. Il n'ignorait pas quelles étaient les dispositions de la cour de France à son égard. Le duc d'Orléans, frère de Charles VI, lui avait envoyé un défi, dans lequel il le flétrissait des noms de traître, d'usurpateur et d'assassin de son roi légitime. Henri résolut de conjurer l'orage, en fomentant la division entre les duc» d'Orléans et de Bourgogne, qui se disputaient le suprême pouvoir pendant la maladie du roi : il sentait d'ailleurs de quelle importance il était pour lui de fournir un aliment à l'esprit inquiet de ses peuples. Il envoya quelques troupes au duc de Bourgogne (1411); mais, recevant bientôt ' après des propositions plus avantageuses de la { part du duc d'Orléans , il fit passer sous les drapeaux de celui-ci un corps plus considérable. La réconciliation momentanée des deux princes français ne permit pas à Henri de recueillir le fruit de sa politique. Quoiqu'il fût encore dans toute la force de l'âge, une maladie incurable le menaçait déjà d'une (In prochaine : c'était la lèpre, selon quelques auteurs , ou , selon d'autres , une espèce d'épilepsie, dont les violentes attaques lui faisaient perdre quelquefois l'usage des sens. Réduit à l'inactivité, il cherchait à se rendre populaire en laissant au parlement une liberté et un pouvoir dont ce corps avait rarement joui sous ses prédécesseurs. Sa condescendance avait d'ailleurs un but caché. Il voulait amener les représentants de la nation a fixer la couronne sur sa

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téte et sur celle de ses héritiers mâles. Cette exclusion tacite des femmes derait introduire la loi salique dans la monarchie anglaise. Henri croyait avoir trouvé par là le moyen le plus efficace d'annuler les prétentions de la branche de Mortimer, qui tirait son origine d'une petite-fille d'Edouard III. Il eut la ilon ur d'échouer dans cette tentative; et il n'osa même pas proposer de résolution particulière contre les héritiers légitimes du troue, dans la crainte de rappeler leurs droits à ceux mêmes qui pouvaient les avoir mis en oubli. Cependant les jours de l'usurpateur s'éteignaient dans les souffrances et l'amertume : les peuples voyaient en lui l'objet des vengeances céleste»^ et lui-même parait n'avoir pu se soustraire aux terreurs de sa propre conscience. Combattu à la fois par les remords et par l'ambition . U passait une partie de ses journées à faire des prières , et l'autre à ourdir de nouvelles intrigues. Comme s'il eût appréhendé à tout instant qu?un rival ne vint lut enlever cette couronne qui lui avait coulé tant de crimes, il l'avait fait placer au chevet de son lit. Une des syncopes auxquelles il était sujet s'étanft prolongée au delà du terme ordinaire , le prince de Galles, son fils , s'empara île sa couronne, et l'emporta. Henri, eu revenant à lui , s'en aperçut , et tomba dans un accès de désespoir que le prince ne put calmer qu'en remettant entre les mains de son père le signe extérieur d'un pouvoir qui allait lui échapper. Frappé de la prédiction qui lui avait été faite dans sa jeunesse qu'il mourrait à Jérusalem , il fit voeu de prendre la croix, et d'aller combattre les musulmans, si Dieu lui rendait la santé. Peu de temps après, pendont qu'il priait devant la châsse de St-£douard, il fut frappé si subitement d'apoplexie qu'on n'eût que le temps de le porter dans l'appartement de l'abbé* de Westminster. On raconte qu'il demanda où il était, et qu'un religieux lui ayant répondu qu« la chambre où on l'avait déposé s'appelait Jérusalem,. U déclara que la prédiction était accomplie (*). U fit appeler le prince de Galles, bai adressa un discours, où il ne dissimula point les scrupules qu'il emportait au tombeau, et expira dans la 46» année de son âge, et la 15* de son règne (20 mars 1413). Henri IV est souvent appelé dans l'histoire d'Angleterre Henri de Bolingbroke , du lieu de sa naissance. U avait été marié deux fois; la première, à Marie de Bohun, fille du comte d'Hereford ; la seconde à Jeanne fiUe du roi de Navarre» et veuve du duc de Bretagne. U euL six enfanta du preiuier mariage : l'a lue bai succéda sous le nom de Henri V. L'histoire de la vie et du règne de Henri IV a été écrit* en anglais par J. Haywarde, Londres, 1S99, 1627, in-4». S--v s. HEN M V, quatorzième roi d'Angleterre depuis ^ fils ataé de Henri IV et de Marie de

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Bohun, naquit en 1388, onze ans avant l'usurpation «le son père, qui n'était encore que duc de Hereford. Selon l'usage du temps, on le nommait Henri de Monmouth, parce qu'il était né dan» cette ville. U reçut, à l'université d'Oxford, la meilleure éducation que l'on pût donner alors. Ses qualité» brillantes se développèrent de bonne heure. Dès l'âge de quinze ans, il s'était couvert de gloire dans la journée de Sbrewsbury, où il avait reçu une blessure au visage. Deux ans plu» I tard, il avait commandé en chef contre les Gallois révoltés, et remporté deux victoires sur Ow«n Glendor. Henri IV, son père, dévoré de cette sombre inquiétude qui est le premier supplice des usurpateurs, ne put voir sans jalousie le jeune prince jouir de la faveur populaire que lui-même n'avait jamais obtenue. Il l'éloigna brusquement des armée» et des conseils. Réduit à l'oisiveté, le prince de Galles chercha des distractions. Son caractère ardent lui fit préférer celles que lui offrait la société d'une jeunesse turbulente et livrée à tous les excès de ces temps grossiers. Passant les jours à s'enivrer dans les tavernes, les nuits à courir les rues, à battre les passants et à casser les vitres, l'héritier de la couronne se dégrada jusqu'à se faire un jeu de dévaliser les voyageurs sur les grands chemins, et quelquefois de voler I les voleurs mêmes (1). Il trouvait surtout plaisant de dresser des embuscades aux receveurs des re- I venus du roi son père, et de Leur enlever l'argent | qu'ils lui apportaient. Ce fut au plus fort de cette vie de désordres que lui arriva une aventure (2) que les Anglais aiment encore à se rappeler (iwy.GsseoitM.} Les dérèglements du jeune prince ne lui avaient point fait perdre l'amour des peuples. Son avènement au trône (20 mars 1413) excita une joie d'autant plus vive, que son père était généralement haï et méprisé. U sembla qu'un seul jour eût suffi pour opérer dans le nouveau monarque un changement totaL U ne s'attacha pas seulement à effacer le souvenir de ses erreur» : il se fit un devoir de réparer les nombreuses injustices que la politique ombrageuse de son père lut avait fait commettre. Il rassembla les compagnon» de ses folles débauches, les exhorta à renoncer à la vie dissolue dont il avait eu le malheur de leur donner l'exemple; et, après leur avoir laissé des marque» de sa générosité, U Leur défendit de paraître en sa présence jusqu'à ce qu'ils eussent recouvré l'estime de la nation (3). Le grand juge Gascoigne fut mandé à la cour; il craignait la vengeance du nouveau roi : il reçu! des félicitations publiques sur sa fermeté, et l'asbienveillance spéciale. Henri V,

le nom de ce prince. Voye» A'i'np 11, art. !V, k.

(1) Shakspcare a retracé tous ce* détail» de I* Jeuneaee de Henri V. Voyu particulièrement Ktng Htnry tkt/eurihjput. I, •et. II, ne. S. M Alexandre Dormi a ans! mi* «ur le Théâtre Français ta Jiuuuê dt Mmrf V

(2) Cette aventure a fourni encore à Shakapearc une trèe-beha aeene de ton Htnry tV, part. U , art. V, ec IX

|» Voye» pareillement Shakipcare, Ht*rj tJu/ourlÂ, part. U, art. V, k. 6.

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sans croire offenser la mémoire de son père, voulut, du moins, rendre à celle de Richard II les tardifs hommages qui lui étaient dus. Il lui fit faire des obsèques magnifiques, et honora par des récompenses les sujets qui étaient demeurés fidèles à ce prince infortuné. Au lieu de poursuivre le système de rigueur adopté par son père, il traita le comte de la Marche avec tant d'égards et de générosité, que ce jeune prince, oubliant, en quelque sorte, qu'il était l'héritier légitime du trône, n'éleva jamais une seule prétention qui pût troubler la tranquillité de ce règne. Enfin, les personnages qui avaient le plus contribué à l'usurpation de Henri IV, et qui eu avaient arraché de scandaleuses récompenses, furent chassés par son propre fils, pour faire place à des hommes d'une conduite irréprochable. Ces heureux débuts concilièrent à Henri V les diverses opinions politiques : il eut besoin de toute sa vigueur pour détourner le péril dont le menaçaient les opinions religieuses. Les partisans de l'hérésiarque WicklefT, que l'on nommait les Lollards, menaçaient de renouveler les troubles qui avaient éclaté avec tant de violence dans les premières années du règne de Richard 11. Henri manda lord Cobham , leur chef, et tâcha, par le raisonnement et la douceur, de le ramener à la foi catholique. Tous ses efforts furent vains : le lord fut envoyé à la Tour, et condamné comme hérétique. Hais la veille du jour fixé pour son exécution, il brise ses fers, rassemble son parti, et forme le projet d'enlever le roi. Henri attend que les conjurés soient réunis -. il fond sur eux , à la téle de ses gardes, saisit les plus coupables, et les fait pendre à l'instant même. La tranquillité se rétablit aussitôt; et la secte des lollards, déconcertée par cet événement, perdit toute son influence. Cette conspiration donna lieu au jeune roi de se rappeler le conseil que lui avait donné son père au lit de la mort , de chercher dans des expéditions guerrières un aliment à l'agitation générale des esprits- L'occasion ne pouvait être plus favorable à ce plan : la démence de Charles VI livrait la France aux déchirements de deux factions rivales. Résolu d'en profiter, Henri commença par envoyer à Paris des ambassadeurs chargés de prendre une connaissance exacte de l'état des choses : leur mission ostensible était de proposer une alliance, qui devait avoir pour base le mariage du roi d'Angleterre avec la princesse Catherine, fille du roi de France. Mais cette offre était accompagnée de demandes exorbitantes d'argent et de territoire , tant pour la dut de la princesse que pour le reste de la rançon du roi Jean. La cour de France rejeta ces propositions , et en fit d'autres que Henri rejeta également (1). 11 ras-

(1) Quelques historiens rapportent que le Dauphin de France (Louis, mort en 1416] envoya par dérision A Henri V un tonneau de balle» de paume , et que Henri lui repondit qu'il lui destinait d'autres balles si lortc», que les portes de Paris i ntcs raquette* pour U ce conte populaire.

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sembla aussitôt des troupes et des vaisseaux i Soutbampton , en invitant la noblesse anglaise à venir se ranger sous l'étendard royal. Il était sur le point de s'embarquer, lorsqu'il découvrit une conspiration de la nature la plus alarmante. Le comte de Cambridge , frère du duc d'York , ayant épousé Anne Mortimer, sœur du comte de la Marche, entreprit de faire valoir les droits de la branche légitime. H fut arrêté et jugé, presque sans forme de procès, avec les principaux chefe de son parti. Henri V reprit aussitôt son projet , passa la mer avec quinze cents bâtiments, et débarqua (21 août 1415) sur la plage où, dans le siècle suivant, fut bâti le Havre de Grâce. Son armée consistait en six mille hommes d'armes et vingt-quatre mille fantassins, dont la plupart étaient archers; ce qui composait une force d'environ cinquante mille combattants. Il se porta sur Harfleur: irrité de la résistance de cette petite place, où s'était jetée la noblesse de Normandie, il en chassa les habitants pour la repeupler d'Anglais. Les fatigues de ce siège et la chaleur extraordinaire de la saison avaient tellement affaibli l'armée anglaise, que Henri , incapable de tenter aucune entreprise ultérieure, prit la résolution de repasser la mer. Mais ses transports n'avaient pu mouiller sur une côte ouverte; et il fallait aller s'embarquer à Calais. Cependant une armée française de quatorze mille hommes d'armes et de quarante mille fantassins s'avançait, sous les ordres du connétable d'Albret. Hors d'état de tenir téte à des forces aussi redoutables, le roi d'Angleterre offrait de rendre Harfleur, si l'on voulait lui laisser gagner Calais : sa proposition fut rejetée. Il résolut alors de se porter sur la Somme, à marches forcées, dans le dessein de passer cette rivière près d'Abberille , au gué de Dlanquetaque, dont avait si heureusement profité Edouard III pour échapper à Philippe de Valois. Mais, voyant ce gué défendu par la noblesse de Picardie, postée sur l'autre rire, il remonta la Somme, dans l'espérance de trouver un pont s ils étaienttous rompus. Henri réussit enfin à effectuer son passage entre Péronne et St-Quentin. Mais à peine eut-il traversé la petite rivière deTernots, à Blangy, qu'il aperçut, des hauteurs, toute l'armée française rangée en bataille dans la plaine d'Azincourt, et attentive à lui fermer tous les chemins. 11 fallait donc se faire jour l'épée à la main, ou mettre bas les armes. Dans cette cruelle extrémité, Henri hasarda de nouvelles propositions : il essuya un nouveau refus. Sa position était absolument la même que celle d'Edouard lu* à Crécy, et du Prince Noir à Poitiers : il ne déploya pas moins de constance et d'intrépidité. Il devait craindre d'être enveloppé par les forces supérieures qu'il avait en tête : le connétable d'Albret le sauva de ce péril, en choisissant pour champ de bataille un espace resserré entre un bois et une rivière. Henri, profitant de l'avantage du terrain, fit, en outre, couvrir son front de

palissades (1). Protégés par cet abri , ses archers attendirent la gendarmerie française, et l'accueillirent d'une grêle de flèches : le désordre ne tarda point à se mettre dans cette cavalerie; elle se rejeta sur la seconde ligne, et la confusion devint générale dans l'armée française. Ses chefs firent des prodiges de valeur pour rétablir le combat. Dix-huit chevaliers, qui s'étaient engagés par serment à tout braver pour s'emparer de la personne du roi d'Angleterre, pénétrèrent, en effet, jusqu'à lui ; et l'un d'eux lui déchargea sa hache d'armes sur la téte, avec tant de violence, qu'il le fit tomber à la renverse. A peine Henri était-il remis à cheval, que le duc d'Alençon, prince du sang de France, s'élança sur lui, et, en se nommant, abattit de son premier coup la couronne d'or qui surmontait le casque du roi. Henri blessa le duc d'un revers, et ses gardes l'achevèrent sans peine. Six princes du sang, le connétable, l'archevêque de Sens, qui était en même temps chancelier, enfin l'élite de la noblesse française, vinrent ainsi chercher une mort glorieuse, mais inutile. Le reste, enveloppé de toutes parts, fui contraint de se rendre. Henri vit au nombre de ses prisonniers les ducs d'Orléans et de Bourbon, et les comtes d'Eu, de Vendôme et de Richemont. C'est ainsi que la fortune le tira de la situation désespérée où l'avait conduit son imprudence. Sans prétendre méconnaître la valeur qu'il déploya dans cette journée mémorable (25 octobre 4415), l'on ne peut s'empêcher d'observer que les Français, ayant tous les éléments de la victoire entre les mains, perdirent la bataille d'Azincourt par les mêmes causes qui leur avaient fait perdre celles de Crécy et de Poitiers, et qui devaient, un siècle plus tard, produire des résultats non moins désastreux à la journée de Pavie : un courage fougueux et l'absence de toute discipline (2). Aux fautes que commirent les Français a Azincourt , on doit en ajouter une autre, qui porte également l'empreinte du caractère national, mais dont la source est trop noble pour être passée sous silence : ils avaient une artillerie formidable; et ils refusèrent de s'en servir, parce que leurs ennemis n'en avaient pas (3). Henri V ternit l'éclat de son triomphe par une barbarie qui contraste horriblement avec la délicatesse chevaleresque dont se piquaient ses adversaires. Le combat cessait déjà sur tous les points, lorsque quelques gentilshommes de Picardie, qui accouraient à la tête de leurs vassaux, tombèrent sur

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|l) Dr* palissade* se formaient i l'instant de» longs pieox ferre» que portaient toujours le* archers anglais, comme le* soldats romains portaient le pieu du camp.

t3) On pourrait ajouter ici la bataille de Dcttingen , perdue en 1743 contre le* Anglais, commandes de même rar leur roi et pareillement menacés d'une ruine inévitable. L'impétuosité et l'Insubordination firent avorter les mesures les mieux combinées.

Ç3\ Loin de convenir de ce fait, quelques écrivains anglais, pour augmenter la surprise de leurs lecteurs , ne se sont pu - contenté* d'aiflrmtr que l'armée de France était douze ou quinte fois plus nombreuse que qués d'une violente obligés de combattre i

quel armée oc rrwi*;Bcuuiuwu«w« i^um**; que celle d'Angleterre, ils prrtendmt qu'aUante dystenterie, les soldats de Henri V furent ittre dus de la eeiulure en bas.

les bagages de l'armée anglaise. A cette nouvelle, le roi donna l'ordre de massacrer tous les prisonniers de guerre qui étaient sous la garde du corps de réserve. On a observé que les trois mémorables batailles de Crécy , de Poitiers et d' Azincourt offrent, dans leurs dispositions et leurs détails, une ressemblance singulière : on doit remarquer aussi que les suites en furent à peu près les mêmes. Au lieu de poursuivre les avantages qui pouvaient les mener jusque dans la capitale de leur ennemi, les vainqueurs ne cherchèrent qu'à profiter de leur délivrance pour s'échapper promptement. C'est ce que fit Henri V : il se hâta de gagner Calais et l'Angleterre même, où il se fit suivre parles prisonniers de distinction qui avaient survécu au massacre. Bientôt après il conclut une trêve de deux ans avec le roi de France. La pénurie presque continuelle du trésor des princes, dans ces temps où aucun État ne jouissait encore d'un système de finances régulier, explique suffisamment leur conduite politique et militaire. Croirait-on, par exemple, que Henri V lui-même se voyait réduit , chaque année , à mettre en gage ses pierreries, et jusqu'à sa couronne, pour se procurer les moyens d'entrer en campagne? Les revenus fixes du domaine ne montaient qu'à 55,000 liv. st.; et les charges de l'Etat s'élevaient à 52,000 : que restait-il pour l'extraordinaire ? Henri, du moins, ne resta pas oisif pendant cette suspension d'armes. L'empereur Sigismond, qui fit un voyage en Angleterre à cette époque, l'excita à profiter des dissensions intestines auxquelles la France était en proie. Non content de négocier sourdement avec le duc de Bourgogne, il lui donna un rendez-vous à Calais. Oubliant sou origine, et aveuglé par la haine, le prince français s'avilit au point de reconnaître pour légitime roi de France Henri de Lancastre, qui n'était pas même roi légitime d'Angleterre. Il s'engage, par un traité secret, à lui rendre hommage-lige lorsqu'il aura terminé la conquête qu'il médite avec l'aide de Dieu et de monsieur Saint' George. Tous ses préparatifs achevés, Henri passa la mer, et débarqua sur la côte de Normandie, à Touques, près Pont-l'Évéque (1" août 1418). La plupart des places de cette province, prises au dépourvu, ou commandées par des traîtres, se rendirent sans résistance. Cherbourg et Rouen furent à peu près les seules qui tinrent jusqu'à l'extrémité. Le Dauphin tenta la voie des négociations. Le cardinal Orsini s'efforça d'amener Henri à des sentiments plus modérés : « Ne voyez- « vous pas, répondit Henri, que Dieu m'a con- « duit ici comme par la main? La France est sans « roi; j'ai de justes prétentions sur ce royaume : « tout est ici dans la dernière confusion ; personne « ne songe à me résister. Puis-je avoir une preuve « plus sensible que l'Être qui dispose des empires « a résolu de placer la couronne de France sur « ma tête? ■ L'ambitieux monarque feignit néanmoins de vouloir se prêter à un accommode-

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ment. Il crat montrer beaucoup de modération, en se t>ornant à réclamer les provinces cédées à Edouard III par le traité de Breligny, et y ajoutant la Normandie. La main de la princesse Catherine, Tille de Charles VI, devaitêlre le gage de la paix. Le Dauphin, de son côté, travaillait à sa réconciliation avec le duc de Bourgogne. < Mais, au moment où Henri pouvait craindre de ' Toir les diverses factions qui divisaient la France se réunir contre l'ennemi commun , l'assassinat du duc sur le pont de Montercau ralluma la guerre civile avec une nouvelle furie. Dès cet 1 instant, Henri sentit tous ses avantages, et revint i ses anciennes prétentions. La trop fameuse Isahrau de Bavière et le nouveau duc de Bourgogne recherchaient également son appui. Il ne dissimula plus que le prix qu'il y mettait n'était 1 rien moins que la couronne de France. L'infâme traité de Troyes, qui la lui livrait, fut conclu avec autant de facilité que s'il se fût agi seulement de la cession d'une ville frontière. On le fit signer, pour la forme, à l'infortuné Charles VI; comme si le nom d'un prince frappé de démence pouvait consacrer la plus horrihle violation des droits de la nature et des lois fondamentales de l'Ki.it ! (21 mai 1420.) Quelques jours après, Henri accomplit la première condition de ce traité : il épousa la princesse Catherine. A ses titres, il ajouta celui k\v fils três-amé du roi de Vrance, tandis que l'héritier légitime n'était plus nommé que le toi disant Dauphin (1). Ce jeune prince appela aussitôt à Dieu et à son épée de cet acte Inique; et l'élite de la noblesse française jura de s'ensevelir avec lui sous les ruines de la monarchie plutôt que de se soumettre au joug de l'Anglais. De toutes parts on courut aux armes. Dès le lendemain de son mariage , Henri se mit en campagne, traînant à sa suite son malheureux beau-père, dans l'espoir de légitimer sa cause aux yeux des peuples. Sens et Montereau se rendirent presque sans résistance; mais Melun soutint un siège de quatre mois. Henri se fit voir enfin dans la capitale du royaume. L'arrogance et la dureté de ses manières le rendirent bientôt odieux à une nation accoutumée à un traitement plus doux de la part de ses souverains français. Les Parisiens n'eutendirent pas sans indignation un prince étranger reprocher à un maréchal de France (Lisle-Adam) de se velir trop simplement, et donner ordre de le conduire à la Bastille, parce qu'en lui parlant il avait osé le regarder au visage. Le faste révoltant que l'usurpateur étalait au Louvre, pendant que le roi légitime manquait

(1 I W existe encore dea monnaie* portant un H d'un coté, arec la légende SU nomtn Demixi brntdtct*m,tA de l'autre Henrieus Francorum th. Cu qui n'etl pas moin» remarquable, c'est que ce» monnaies furmt frappée* en Normandie , en vertu d'une or donnante datée du la avril 1490, un moi», par conséquent, avant la signature du traite de Troyes. D'autre* tiecc* représentaient vn ange saluant la Vierge, et étaient pour ce!» appelée» taluti. Les écuaaons de France et d'Angleterre y étaient accolé*; et elles avaient pour légende celle qui, dans ces derniers temps, se lisait •or les louis d'or l CknsHu vineU, Chrtêtut regmal, Chrithu tm/<tra/.

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du nécessaire, acheva d'aliéner tous les cceun. Henri et Catherine paraissaient dans de somptueux festins, la couronne en tête ; mais le peuple, privé des distributions qui avaient lieu en pareilles circonstances, s'éloignait avec douleur, en regrettant ses anciens maîtres. Pour consommer, par la sanction apparente des lois, ce qu'avaient opéré la trahison et la violence, un lit de justice, composé d'hommes rendus, ratifia le traité de Troyes (23 décembre 1420). On ne sait sur quels fondements, des histori «s, parmi lesquels on est étonné de trouver Bapin-Tnoiras et Hume, se sont permis de qualifier d'états généraux cette assemblée de factieux. La nation français? ne devait pas être accusée aussi légèrement d'avoir participé à l'exécrable trahison qui livrait le trône de St-Louis à une race étrangère. Mais Henri, amené au cœur de la France par ses alliés, sentit qu'il n'en était pas encore maure. Il laissa le duc d'Exeter, son oncle, à Paris, et repassa en Angleterre peur rassembler de nouvelles forces. Elles lui devenaient nécessaires : les Ecossais, guidés par une saine politique, avaient volé au secours d'une puissance dont la constante amitié les avait tant «le fois protégés contre l'ambition de l'Angleterre. Le duc de Clarence, frère de Henri V, s'était porté sur l'Anjou, potir soumettre cette province : il rencontra un corps écossais à Baugé, l'attaqua, ftil battu et tué. Henri accourut à temps pour prévenir les suites de celte défaite. Plusieurs places tenaient encore pour le Dauphin : Mcaux se défendit huit mois entiers : mais d'autres villes, dont les gouverneurs étaient gagnés, oavrirent leurs portes, et le Dauphin se vit enfin réduit à se retirer derrière la Loire. La naissance d'un fils, dont la reine Catherine accoucha à Windsor, vint mettre le comble aux prospérités de Henri V : il voulut que cet événement fût célébré avec la même pompe à Paris qu'à Londres. Mais, au moment où il semblait devoir atteindre le comble des félicités humaines, une main irrésistible vint l'arrêter au milieu de sa course. Frappé d'une maladie (la fistule) pour laquelle la chirurgie de ce siècle n'avait point de remède, il se fit porter au château de Vincennes. Il vit approcher la mort avec calme : il laissa au duc de Bedfort, l'aine de ses frères, la régence de France; au duc de Glocester, le second , celle d'Angleterre, et au comte de Warwick la garde de son fils. Il recommanda paruculièremenl que l'on ne rendit la liberté aux princes français pris à Axincourt qu'après la majorité du jeune roi, et que l'on ne consentit jamais à aucune paix avec la France, à moins que la cession perpétuelle de la Normandie n'en fut la condition principale. Après avoir déclaré ses dernières volontés, il ne s'occupa plus que de ses devoirs spirituels. Un chapelain récitait au pied de son lit les psaumes de la pénitence. A ces paroles du Miserere : Vl adi/icentur mûri Jérusalem, Henri s'écria que son intention avait toujours été d'aller délivrer la cité sainte, dès qu'il aurait achevé la

conquête de la France. U expira dans la 34' année de son Age, et la 10e de son règne (SI août i i~ . Le peuple disait en France qu'il avait été frappé du mal dont il mourut, pour avoir osé s'asseoir sur le trône de s t- Louis. Son corps , avant d'être transporté en Angleterre , fut exposé à Si-Denis. La reine lui lit ériger un superbe monument à Westminster ; mais peu de temps après sa mort, cette princesse, fille d'un roi de France, et veuve d'un roi d'Angleterre , épousa un noble gallois, nommé Owen Tudor (1). Dans toutes l<s oraisons funèbres qui furent prononcées en l'honneur de Henri V, on le mit au-dessus d'Alexandre et de César. Cet doge est d'une exagération ridicule : les dissensions des Français et l'assistance même que lui prêtèrent des princes et des grands de cette nation avaient préparé les triomphes du monarque anglais. De toutes les places qu'il assiégea, aucune ne fut secourue par une armée, et plusieurs l'arrêtèrent pendant des campagnes entières. Ce n'est pas, au reste, que l'on puisse méconnaître la valeur et l'habilité qu'il déploya en diverses occasions. La franchise de son caractère, les avantages extérieurs dont la nature l'avait doué et l'éclat de ses conquêtes le rendirent l'idole de la nation anglaise. Son fils, âgé de neuf mois, lui succéda sous le nom de Henri VI (2). S — v — s

HENRI VI, quinzième rot d'Angleterre depuis la conquête, était fils du précédent. Lorsque, proscrit et rebelle , le duc de Lancastre avait osé prendre les armes contre Richard II, son souverain légitime, quel délire d'ambition ou quel calcul politique eût jamais pu lui faire espérer que, vingt-trois après, son petit-ûls occuperait à la fois les trônes de France et d'Angleterre ? Henri V était mort le 31 août 1423 , et quelques semaines plus tard, Charles VI, son beau-père, avait terminé sa malheureuse existence. Henri bissait un fils unique, né à Windsor le 6 décembre 1421, de son mariage avec Catherine de France. La nature et la loi appelaient le Dauphin Charles à succéder au roi son père , mais sa capitale et ses plus belles provinces étaient au pouvoir des Anglais. Le duc de Bedford , institué régent de France par Henri V, son frère, s'arme de l'infâme traité de Troyes , cl fait proclamer Henri VI à Paris comme à Londres. Les Parisiens sont forcés d'envoyer des députés jusque sur les bords de la

(1) Quelque disproportionné que fût auarrtncDt ce minage,

on ne tait lur quel fondement le président llmault e'eal permis dédire qu"Owwi Tudor était .. un homme inconnu , qui n'avait ■ d'autre noble** ni d'autro litre que d'être un « (ait, n etc. (Voyez Abrigc chron., année U8IS.) I contraire, que Tudor panait pour descendre des ai raine du payi de Oallet : Said to 6* daetndté /ree» um antiml princtt »J tKt ccuntry.

\1) L'histoire du régne et de la rie de Henri V a été écrit* en latin pw Titua Liiloe PorDjulienale, 1711, 1116. in-8« , et par T.KImham,l8i7, ln-S^et en anglais par T. Goodwlo, Londroe, Ie04, la-fol. arec portrait; et par Al. Luders, »ou» le titre : fi»ia« nr /« carociér* <U U*nri V, Londres, ISIS, in-»-. Plu» rrcera- M. P.-P.Tytler a donné. Utnry»/ Monmouth, or memovi and e'.aracur oj Henry V at prince of Waln, ami

: dit , au

vn^Jyltand cj. iif^W Hnry

toi. ta*».

Tamise pour déposer leur hommage aux pieds de l'enfant roi. Le grand sceau de France est rompu, le nouveau porte les armes des deux royaumes et Henri VI tenant un sceptre de chaque main. Pendant que l'éducation de ce faible héritier de deux monarchies était abandonnée au cardinal de Winchester, son grand-oncle, le duc de Bedford mettait tous ses soins à lui conserver les conquêtes dont l'administration lui était confiée. L'entrevue qu'il eut à Amiens avec les ducs de Bourgogne et de Bretagne resserra les liens qui attachaient ces princes à la cause de l'Angleterre. Mais celle du Dauphin, qui avait pris le titre de Charles VU, n'était pas encore perdue, tant qu'il lui restait des places et des troupes fidèles. Aussi le duc de Bedford ne tarda-t-il pas à sentir la nécessité de reprendre avec vigueur les opérations militaires qu'avait suspendues la mort de Henri V. La victoire remportée par le comte tic Salisbury à Crevant, près Au verre (1423), fut suivie d'avantages qui conduisirent l'armée anglaise jusque sur la Loire. Le duc de Bedford s'était chargé de soumettre les villes de Picardie et de Normandie qui tenaient encore pour Charles VIL U venait de réduire Ivry , lorsqu'un corps de Français et d'Écossais se présenta pour délivrer la place. Le connétable de France se vengea de cette perte par la prise de Verneuil. Le duc de Bedford vint lui présenter la bataille sous les murs de cette ville : elle fut terrible ; les Français et les Écossais la perdirent avec l'élite de leurs guerriers (27 août 1424). Les suites de celte journée désastreuse semblaient devoir entraîner la ruine totale de Charles VU ; un incident étrange le tira tout à coup de cette situation désespérée. Jacqueline, duchesse de Brabant, cédant à la haine qu'elle portait à son époux , s'enfuit en Angleterre et se met sous la protection du duc de Gtocester, l'un des oncles de Henri VI. Séduit par les charmes de la princesse et par l'offre des comtés de Hainaut et de HoUande qui lui appartenaient en propre , le due de Clocester accepte sa main et se dispose à prendre possession de ses nouveaux États. Le duc de Bourgogne, cousin du duc de Brabant, regarde comme personnel l'outrage fait à ce prince. On arme de part et d'autre avec une égale animosilé : les renforts destinés pour la France sont dirigés sur les Pays-Bas. Le duc de Bedford essaye en vain d'intervenir comme roétliateur dans celte querelle. Au lieu de poursuivre les avantages que lui promettait sa victoire île Verneuil, il est obligé .le passer en Angleterre. Le duc de Bourgogne , profondément blessé , commence à prendre en dégoût l'alliance des Anglais, et à se souvenir qu'il est issu du sang royal de France. Dans le même temps, Charles VU fait offrir l'épée de connétable au comte de Richemont, frère du duc de Bretagne. Le comte, flatté de ce choix , détache son frère du parti anglais. En revenant à Paris, le duc de Bedford trouva qu'il avait perdu ses

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présence rétablit cependant ses affaires : il fondit à l'improviste sur le duc de Bretagne , et le contraignit à reprendre ses premiers liens. Encouragé par ce succès, il résolut de terminer la guerre par un coup d'éclat- La prise d'Orléans lui parut devoir décider en sa faveur du sort de la monarchie française. D'après les mêmes motifs, Charles VII attachait une égale importance à la conservation de cette place; mais malgré tous ses eflorts pour la délivrer , malgré la résistance héroïque de la garnison, elle allait succomber, lorsque survint une des révolutions les plus extraordinaires dont les annales du monde aient conserve la mémoire. Une jeune fille parait, l'étendard des lis à la main. A son aspect tout change de face (voy. Jeanne d'Arc). L'Anglais fuit partout devant elle. Guidé par l'héroïne, le fils de St-Louis marche en triomphe jusqu'à Reims, il y reçoit, selon l'antique usage, l'huile sainte qui avait consacré tous ses aTeux. Pour contre-balancer l'effet de cette imposante cérémonie sur l'esprit des peuples, le duc de Bedford se hâta de faire amener le jeune Henri , son neveu , à Paris. Les Français virent avec indignation un prince étranger sacré comme roi de France dans l'église de Notre-Dame (17 décembre 1430). Un autre j événement releva les espérances des Anglais : Jeanne d'Arc fut livrée entre leurs mains. Mais la prise de cette fille héroïque leur causa moins de joie que leur exécrable barbarie envers elle n'excita d'horreur contre eux. Le fantôme de roi qu'ils voulaient donner à la France fut reconduit en Angleterre, et le duc de Bedford, malgré des talents peu communs , se vit bientôt réduit à disputer quelques lambeaux du territoire de cette vaste monarchie, dont il avait médite la conquête. Une révolution politique, plus alarmante pour lui que des défaites, lui fit enfin entrevoir le terme où allaient aboutir tant d'efforts. C'était au duc de Bourgogne que l'Angleterre avait dû ses principaux succès; et ce prince, tout à coup, abjurant une alliance aussi contraire à son honneur qu'à ses intérêts, scella sa réconciliation sincère avec Charles VII par le traité d'Arras (1435). Après avoir désarmé cet ennemi redoutable, Charles en avait encore deux à combattre le duc de Bedford et sa propre mère, l'implacable Isabeau de Bavière. Le traité d'Arras parut être le signal de leur mort : ils cessèrent tous deux d'exister, à peu de jours de dislance. Le duc de Glocester et le cardinal de Winchester, occupés à se disputer le pouvoir, au nom du roi mineur jetaient à peine un regard sur ce qui se passait en France. Le duc d'York y fut enfin envoyé. 11 trouva le capitale volontairement rentrée sous l'autorité du roi légitime : il s'assura par ses yeux de l'inutilité de plus longs efforts. Le comte de Suffolk fut autorisé à signer une trêve de vingtdeux mois. Il était secrètement chargé d'une négociation plus délicate : au projet de détrôner la maison de France, avait succédé celui de s'allier

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arec elle ; tant les circonstances étaient changées! L'ambassadeur d'Angleterre demanda pour son maître la main de Marguerite d'Anjou , nièce de la reine de France, et issue comme elle d'un frère de Charles V. Cette princesse, parée de tous les charmes de son sexe, annonçait déjà cette élévation et cette énergie de caractère qui l'ont placée au rang des grands hommes de ce siècle. Le mariage se fit à Tours, par procureur : Marguerite passa en Angleterre quelques mois après, et elle fut couronnée en arrivant (mai 1444). Un instant lui suffit pour pénétrer la profonde nullité de son époux , et quelques jours pour s'emparer entièrement de son esprit. Assuré de la protection de la reine, le parti qui l'avait élevée au trône jura la perte du duc de Glocester. Les premiers coups furent portés à sa femme : on l'accusa de sorcellerie; on prétendit qu'elle attentait aux jours du roi par des conjurations magiques. Condamnée à faire amende honorable et à terminer sa vie dans une prison , elle parut encore recevoir une grâce. Les complices qu'on lui avait donnés périrent par la main du bourreau. Le duc ne devait plus s'attendre à aucun ménagement : en effet sa qualité d'oncle du roi n'empêcha point qu'il ne fût cité devant le parlement comme trattre et conspirateur. H fut traîné dans un cachot , et le lendemain on l'y trouva mort. Son corps fut exposé : il ne portait aucune marque de violence ; mais plusieurs exemples , nommément celui d'Edouard H , ouvraient un champ libre à toutes les conjectures. On n'osa point charger la reine de ce crime ; mais la cession du Maine à la France , qui était une des conditions secrètes du mariage , lui aliéna presque tous les esprits. Le mécontentement devint plus général et plus vif lorsque l'on vit Charles VII , à l'expiration de la trêve, reconquérir non-seulement toute la Normandie , mais encore la Guyenne , que l'Angleterre possédait depuis trois siècles. A ces sujets d'affliction se joignirent bientôt des maux plus réels : le moment était arrivé où les Anglais allaient porter la peine, trop juste quoique trop tardive, de la légèreté coupable avec laquelle ils avaient laissé violer, sous Bichard U , l'ordre de la succession légitime de leurs souverains. Un prétendant à la couronne se leva : c'était Richard, duc d'York. U descendait du second fils d'Edouard Ul ; Henri M ne descendait que du troisième. C'est à ce point, assurément très-simple et très-clair, que se réduisent les manifestes et les écrits innombrables publiés, de part et d'autre, dans le cours des sanglants démêlés dans ces deux branches rivales. Le duc d'York portait sur son écu une rose blanche, Henri VI une rose rouge : de là les noms que l'on donna aux deux partis, dont les querelles allaient inonder l'Angleterre du sang de ses princes et de ses peuples. A ses titres personnels, à l'ascendant de ses hautes qualités et de son caractère , le duc d'York joignait le poids des alliances qu'il avait contractées par son

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mariage a?ec les plus puissantes familles du ] royaume. Il avait épousé une fille de Ralph Nevil , ' comte de Westmoreland : elle avait pour neveu ce célèbre comte de Warwick, auquel les événements firent donner le surnom de Faiseur de roi* (King-Maker). Le duc de Suffblk, premier ministre, ] s'était rendu odieux à toute la haute noblesse par ; son arrogance, son despotisme et surtout par le | meurtre du duc de Glocester. 11 crut conjurer l'orage qui se formait contre lui en affectant de i le braver, et il demanda d'être jugé par la chambre des pairs. Le roi, craignant que son | favori ne succombât, imagina, pour le sauver, I de l'exiler du royaume. Mais les ennemis du ministre , persuadés qu'il reparaîtrait bientôt plus j puissant que jamais, le firent arrêter et décapiter sur mer, comme il cherchait à passer en France. Aucune poursuite ne fut dirigée contre les auteurs de cet attentat : l'audace des mécontents s'en accrut. Un Irlandais de basse extraction, appelé Jean Cade, osa prendre le nom de Jean Mortimer, issu de la branche aîné de la famille royale. 20,000 hommes du comté de Kent se joignent à lui. Il bat les premières troupes ; qu'on lui oppose et marche sur Londres. Le roi se retire à son approche : la capitale ouvre ses portes au vainqueur. Mais le gouverneur de la I Tour saisit une occasion favorable pour fondre sur les rebelles. Cade , dont la téte avait été mise à prix , est tué ; et tout rentre dans Tordre (1450). La cour se persuada que le duc d'York, qui se ' trouvait alors en Irlande , n'était pas étranger à I cette insurrection : elle voulut, mais en vain, I s'opposer à son retour en Angleterre. Le prince, voyant ses titres devenus dangereux pour le roi , sentit qu'ils étaient devenus dangereux pour lui- j même, et que le soin de sa propre sûreté lui faisait une loi de tout hasarder. Sa présence suffit pour rallier tous ses partisans. Le parlement demanda au roi l'éloignement et même l'exil de ses ministres. Bientôt le duc d'York lui-même , à la téte de 10,000 hommes, s'avança pour appuyer cette demande. Trouvant les portes de Londres fermées, il se replia sur le comté de Kent. Henri VI l'y suivit avec une armée supérieure en nombre, et dans laquelle on voyait avec surprise plusieurs amis du duc d'York , particulièrement les comtes de Salisbury et de Warwick ; mais la suite fit voir qu'ils n'étaient là que pour servir de médiateurs , ou pour appuyer au besoin les prétentions du prince. On convint d'une entrevue : le duc fut au moment de se repentir de sa confiance. 11 vivait retiré dans ses domaines du pays de Galles , lorsque la faiblesse naturelle de Henri VI dégénéra en une imbécillité totale. La reine, abandonnée à elle-même, regarda comme un coup de haute politique d'investir le duc d'York d'un pouvoir légal, au lieu du pouvoir arbitraire qu'il travaillait à obtenir de son épée. Elle le fit déclarer protecteur du royaume (U54), et, le même jour, eUe envoya à la Tour

le duc de Somerset , son premier ministre, qui était odieux au prince. Mais quelques semaines s'étaient à peine écoulées, que Somerset reparut dans tout l'éclat de la faveur. Le duc d'York, furieux, se réfugie encore dans le pays de Galles , et y lève des troupes. Le roi , ou plutôt la reine, rassemble aussi ses forces. Les deux armées se rencontrent à St-AIbans, dans l'ilertfordshire : c'est là que fut versé le premier sang dans cette longue et cruelle guerre. La défaite de Henri VI fut entière: lui-même, blessé d'un coup de flèche, tomba entre les mains de son rival (31 mai 1455). Le duc d'York le traita nonseulement avec égards; il consentit même à lui laisser tous les dehors de la royauté, et se contenta de son premier titre de protecteur. Mais la fière Marguerite d'Anjou ne se sentait pas disposée à ployer sous un maître ; elle profita de la première absence du protecteur et d'un moment lucide de son époux pour le faire paraître au parlement. Il y déclara, de sa propre bouche, qu'il se sentait en état de reprendre les rênes du gouvernement. Le duc d'York, à son retour, ne manifesta aucun ressentiment de ce coup d'Etat; mais les choses étaient trop avancées pour que la confiance pût se rétablir entre les deux partis. La cour se retira à Coventry : le duc d'York et le comte de Warwick furent invités à s'y rendre. Us reçurent, en route, l'avis secret que cette invitation couvrait un piège. Le prince regagna aussitôt le pays de Galles; et Warwick partit pour Calais, dont il était gouverneur. L'archevêque de Cantorbéry et d'autres grands s'interposèrent pour prévenir une rupture ouverte. On convint, de part et d'autre, de se réuuir à Londres. Les chefs des deux Roses y parurent avec des suites si nombreuses, qu'elles formaient de véritables armées. On se prodigua toutes les marques d'une réconciliation sincère; mais il ne fallait qu'une étincelle pour produire une nouvelle explosion. Une rixe entre deux valets, l'un de la maison du roi, l'autre de celle du comte de Warwick, amena un combat général. Le comte, personnellement menacé dans cette émeute, passa de nouveau à Calais; et, des deux côtés, on courut aux armes. Le comte de Salisbury ouvrit la campagne par la bataille de Blore-lleath (1), qu'il gagna sur lord Audley, dont les forces étaient très-supérieures (23 septembre 1459). Il marcha sur Ludlow, où il avait donné rendex-vous au comte de Warwick , son fils. Au moment de faire sa jonction, le comte fut abandonné par sir André Trollop, qui commandait les vétérans tirés de la garnison de Calais. Cette défection répandit une telle alarme parmi les Yorkistes, qu'ils se débandèrent sans coup férir. Le prince passa en Irlande; et Warwick regagna encore son gouvernement de Calais. Après quelques succès sur mer, il débarqua sur la côte de Kent avec le comte de la Marche, fils aîné du duc d'York, et se porta rapidement

(Il Pré» Drijton, <Uu 1« 8borp.hir«.

sur Londres, où il fut reçu avec enthousiasme. A. cette nourelle, la reine, traînant son époux à sa suite, accourt de Covcntry pour attaquer Warwick, et le rencontre à Nortbampton. Lord i'»rey, qui commandait l'avant-garde de l'armée royale, passe à l'ennemi au milieu de l'action, et lui assure une victoire complète (10 juillet 1460). Henri VI tombe de nouveau entre les mains de ses ennemis. L'innocence de ses mœurs et 'a simplicité de son esprit lui donnaient, aux yeux des peuples, un air de sainteté qui força ses adversaires à conserver les dehors du respect envers leur captif. Le parlement, qui devait le détrôner, fut convoqué en son nom. Le duc d'York y parut: tous les regards l'observaient; on crut qu'il allait se placer sur le trône; il s'arrêta sur la première marche, et harangua l'assemblée. Ses partisans, voyant qu'il discutait ses droits au lieu de les exercer, s'intimidèrent; et le parlement, qui allait lui décerner la couronne, se contenta de déclarer qu'il la méritait, mais qu'elle resterait sur la tète de Henri VL Le duc rendait trop de justice au génie entreprenant de la reine pour se flatter de gouverner paisiblement tant qu'elle ne serait pas en sa puissance. 11 lui envoya, au nom du roi, l'ordre de venir immédiatement le rejoindre à Londres. Marguerite brûlait déjà d'y reparaître , mais à la tète d'une nouvelle armée. Elle parcourait le nord de l'Angleterre , son fils dans ses bras : l'admiration pour son courage, la compassion pour ses infortunes, lui gagnaient de nombreux partisans. Le duc d'York s'imagina néanmoins qu'un corps de cinq mille hommes suffisait pour étouffer cette insurrection; mais, arrivé à Wakefield , dans l'Yorkshtre , il se vit tellement hors d'étal de tenir la campagne, qu'il se jeta dans le château de Sandol. La prudence Ini conseillait d'y attendre l'arrivée du comte de la Marche , son (ils : provoqué par Marguerite , son courage l'emporta. Il descendit dans la plaine, accepta la bataille, et la perdit avec la vie (24 décembre 1460). Sa téte, surmontée, par dérision, d'une couronne de papier, fut clouée sur les portes de la ville d'York. Le comte de Salisbury, père de Warwick, fut pris et décapité sur-lechamp. La reine, après cette importante victoire, partagea son armée. Elle en confia une division à Gaspard Tudor, frère utérin da roi, et marcha sur Londres avec l'autre. Tudor fut totalement défait par le nouveau doc d'York à Mortimer-Cross, dans l'Herefordshire; mais la reine fut plus heureuse. Elle se trouva en présence de Warwick, dans celte même plaine de s t- Al ban s , qui, six ans auparavant, avait été fatale à ses armes. Uenri VI , dans la première bataille , avait été pris par son rival : dans la seconde, il fut re-

pris par sa

indiffèrent , au

même degré, dans l'une et l'autre fortune. Marguerite il Anjou ne retira point d'autre avantage de sa victoire. Victorieux de son côté , le jeune Edouard d'York revint promptement sur la capi-

tale, et la scène changea entièrement. Brillant de tous les dons de la nature, son seul aspect lui captivait l'affection du peuple. Assez éclairé pou» sentir combien les ménagements de son père avaient été funestes à sa cause , il bannit toute réserve ; mais , plein d'un mépris profond pour ces parlements dont l'opinion servile flottait au gré du vainqueur, il ne voulut devoir sa couronne qu'à ceux qui la lui avaient conquise. 11 assembla son armée dans la plaine dite St-JoJin'*- Fields : toute la population de Ixmdres y était accourue. Edouard demanda à cette multitude si elle voulait encore de Henri de Lancastre pour roi. La réponse à cette question fut le cri unanime de Vive Edouard IV f Le jour suivant , un grand nombre d'éveques, de lords et de magistrats se réunirent au chàtean de Baynard (5 mars 1461), et ratifièrent le choix de l'armée et da peuple (roj. Édooaro IV). Henri VI était tombé du trône; mais les revers semblaient accroître l'indomptable courage de Marguerite d'Anjou. Pendant qu'Edouard se faisait couronner à Londres, elle marchait à la téte d'une armée formidable de 60,000 hommes. Le jeune roi et le comte de Warwick rassemblèrent toutes leurs forces, et se portèrent au-devant d'elle jusqu'à Towtoo, dans l'Yorkshire. Le carnage fut effroyable (29 mars 1461). Marguerite, encore réduite à fuir, conduisit son époux en Ecosse, et passa en France pour implorer l'assistance de Louis XI. Elle n'en obtint qu'un faible secours; mais elle vonlut tenter de nouveau la fortune. La bataille d'Hexham, dans le Northumberland, dispersa entièrement son parti ( 13 mai t*64), Cest alors que lui arriva cette rencontre célèbre avec un voleur qu'elle sut intéresser à la défense de son fils (roy. Muguerits d'Ankxj). Elle trouva le moyen de repasser en France. Henri fut moins heureux : quelques serviteurs dévoués roussirent, pendant un certain temps, à le dérober à toutes

arrêté à Wadington-Hall , dans le duché de Lancastre, pendant qu'il était à table. On le conduisit à Edouard, qui l'envoya à la Tour. Ce simulacre de roi ne dut la vie qu'au profond dédain qu'inspirait sa nullité totale. Là , depuis six ans, il languissait dans l'oubli, lorsque l'événement le plus extraordinaire le fit reparaître sur la scène. Cédant au ressentiment d'un outrage, Warwick, qui avait placé Edouard sur le tronc, projette de l'en renverser (*oy. Édocaid IV), Il avait causé tous les malheurs de Marguerite d'Anjou : elle l'avait privé de son père, et tout à coup il lui offre son épée. M était alors en France comme négociateur : il repasse en Angleterre. Son nom seul rappelle sous ses drapeaux tous ses anciens compagnons d'armes. Edouard, dont la valeur, s'était signalée dam vingt combats, est frappé d'une terreur panique : il se jette dans un vais-' seau, et gagne h» Hollande en fugitif. Warwick court à Londres, tire de I» Tour le malheureux Henri, à la fois jouet et prétexte de toutes les

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révolutions , et le fait solennellement proclamer. Le peuple, toujours ami da changement, applaudit : le parlement, toujours docile à la voix du vainqueur, déclare qu'attendu l'imbécillité du monarque, la régence appartiendra an comte de Warwick jusqu'à la majorité du prince de Galles (6 octobre 1470). Marguerite s'apprêtait à venir partager le triomphe de la Rose rouge ; mais déjà Édouard , de son côté , se disposait à relever la Rose blanche. Il débarque , surprend ses ennemis et Warwick lui-même parla rapidité de sa marche; on lui ouvre les portes de Londres (11 avril 1471), et Henri VI retombe pour la troisième fois au pouvoir de ses ennemis. Warwick cependant se rapprochait de la capitale. Édouard alla an-devant de lui , traînant i sa suite l'infortuné Henri , dont H n'avait osé confier la garde à personne. La plaine de fiaraet, à dix mfllesde Londres, devint le tombeau du faiseur de rois et de la fleur de son armée (14 avril 1471). Par une fatalité remarquable, Marguerite d'Anjou débarquait , le même jour, à Wcymouth , avec le prince de Galles son fils, qni avait alors dix-huit ans. A la nouvelle accablante de la défaite et de la mort de Warwick, son intrépidité accoutumée parut l'abandonner un instant. Elle se réfugia dans le monastère de Beaulieu : mais bientôt les chefs de la Rose ronge vinrent l'y presser de rendre le courage à leurs troupes par sa présence. Elle les conduisit encore une fois à l'ennemi : ce devait être la dernière. La bataille de Tewksbury (au confluent de la Saverne et de l'Avon) décida sans retour entre Henri et Édouard. Marguerite d'Anjou et son fils tombèrent au pouvoir du vainqueur (i mai 1471). Le jeune prince fut inhumainement massacré , et Marguerite envoyée à la Tour auprès de son époux. Henri VI ne survécut que peu de jours à la bataille de Tewksbury. On n'a pu s'assurer si la mort de ce prince fut naturelle ou violente; mais personne n'hésita , dans le temps, à charger de ce crime le duc «le Glocester (depuis Richard III). On exposa en public le corps du malheureux monarque. Mais divers exemples avaient appris à regarder cette précaution comme plus pro|ire i justifier qu'à détruire les soupçons. Telle fut la fin d'un prince dont le berceau avait été ombragé des couronnes de France et d'Angleterre. Il fut enterré d'abord dans l'abbaye de Chertsey, au comté de Surrey. Édouard IV le fit ensuite transporter à Windsor, où il lui érigea un mausolée. Henri était âgé de KO ans, qu'il avait passés tantôt sur le trône , tantôt dans les fers , toujours sous la tutelle de ses ministres ou de sa femme. Au milieu des scènes de désolation et de carnage qni font de ce long règne une époque désastreuse pour la nation anglaise, les historiens n'ont retracé qu'un seul acte de législation digne de fixer l'attention d'un observateur éclairé. L'usurpateur Henri IV, croyant se rendre populaire, avait tellement multiplié le nombre des votants aux élections du parlement , qu'il en résultait chaque fois des

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troubles alarmants pour la tranquillité publique et pour l'autorité royale elle-même. Henri VI, ou plutôt le duc de Glocester, qui régnait alors sous son nom , restreignit le droit d'élection aux individus jouissant, dans leur comte', d'une rente foncière de quarante schellings, exempte de toute charge, somme qui équivaudrait aujourd'hui à plus de vingt livres sterling. Le préambule de cette loi est singulièrement remarquable pour un temps où la science du gouvernement était encore dans l'enfance. L'on y trouve peints , avec autant de vérité que de force, les dangers de tout genre qui résultent infailliblement de l'intervention des basses classes de la société dans les opérations politiques. C'est sous le règne de Henri VI que l'on trouve le premier exemple de ces emprunts autorisés par k parlement, dont l'Angleterre a tant abusé depuis près de quatre siècles. S-v-s.

HENRI VII, dix-neuvième roi d'Angleterre depuis la conquête , est le premier de la maison de Tudor. A ce dernier titre il importe de faire connaître sa généalogie. Jean de Garni, duc de Lancastre , troisième fils d'Édouard 1U , avait eu trois femmes. Du vivant de la seconde , Catherine Roet, qai fut depuis la troisième, lui avait donné plusieurs enfants. 11 les fit légitimer quand il fut libre d'épouser leur mère. L'ataé fut créé duc de Sommerset ; sa petite-fille épousa Edmond Tudor, issu du second mariage de Catherine de France, veuve de Henri V (1). De cette union naquit en 1458 Henri Tudor, comte de Richement. Le comte de Pemhroke , son oncle , lui fit faire ses premières armes sous les drapeaux de Henri VI , dans les sanglants démêlés de ce prince avec Édouard IV. Après la bataille de Tewksbury, qui porta les derniers coups à la branche de Lancastre, le jeune Ricbemont se retira avec son oncle dans le pays de Galles, berceau de sa famille. Édouard, ne regardant pas son triomphe comme complet tant qu'il n'aurait pas en son pouvoir le dernier héritier des prétentions de la Rose rouge , essaya de le faire enlever. Le comte de Pimbroke, pour dérober son neveu aux poursuites du vainqueur, résolut de le conduire en France à la cour de Louis XL Ils comptaient traverser la Bretagne : le duc, qui négociait alors avec Édouard IV, sentit l'importance de tels otages. Il les retint et leur donna la ville de Vannes pour prison (1471). En effet, le roi d'Angleterre ne tarda point à demander qu'on lui livrât le comte de Ricbemont. Le duc de Bretagne s'y refusa, mais promit, moyennant une forte pension, de le surveiller rigoureusement. Cinq ans plus tard Édouard renouvela sa demande , en assurant que son intention était de marier le jeune comte avec une de ses filles, afin de réconcilier, par cette union , les deux branches d'Vork et de Lancastre. Le duc n'eut pas plutôt consenti à remettre son prisonnier entre les mains «les ambassadeurs anglais, que, craignant de l'rn-

(1| Voyes la note fur ee mariage, à la «n de l'article H cm «i V.

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voyer à la mort , il le flt délivrer au moment où le comte allait être embarqué à St-Malo. Les révolutions rapides qui se succédèrent en Angleterre avaient placé la couronne sur la téte de Richard III. Un des seigneurs qui avaient favorisé son pation , le duc de Buckingham , irrité de n recevoir le prix qu'il avait mis à ses services, résolut de lui arracher le sceptre, et de le faire passer à l'héritier des Lancastre. La comtesse de Richemont, mère du jeune prince, détermina facilement la reine, veuve d'Edouard IV, à promettre la main de sa fille à celui qui devait la venger de son plus cruel ennemi. Il était impossible de rien entreprendre sans le duc de Buckingham : un traité secret l'associa au succès de l'entreprise. Mais le soupçonneux Richard découvrit la conjuration ; le duc fut aussitôt immole à sa vengeance. Cependant le comte de Richemont avait mis à la voile, de St-Malo, avec quarante bâtiments portant 5,000 hommes, que le duc de Bretagne lui avait fournis (8 octobre 1483). La tempête dispersa sa flotte; le vaisseau qu'il montait fut poussé sur la côte de Cornouailles. La voyant couverte de gens armés, il reprit le large, et gagna un port de Normandie. Il y apprit le supplice du duc de Buckingham, et retourna aussitôt en Bretagne. Une foule d'Anglais de distinction vinrent l'y joindre. Il jura solennellement dans la cathédrale de Rennes d'épouser une des fille* d'Edouard IV ; et tous les assistants le reconnurent pour roi d'Angleterre. Richard, vivement alarmé, ne négligea rien pour corrompre le favori du duc de Bretagne. Il était sur le point de recueillir le fruit de celte intrigue, lorsque le comte de Richemont fut secrètement averti de songer à sa sûreté. U demanda un sauf-conduit au roi de France Charles VIII , et se réfugia précipitamment à la cour de ce prince , qui était alors à Langeais en Touraine. Charles, à peine sorti de l'enfance, lui fit un très-bon accueil. Mais Anne de Beaujeu, sa sœur, régente du royaume, ne jugea pas à propos d'accorder immédiatement au comte de Richemont les secours qu'il implorait. Il obtint cependant la permission de suivre le roi à Paris. La mort du jeune prince de Galles , flls de Richard III, vint encore accroître ses espérances. Elles furent portées au comble quand il vit la cour de France se décider enfin à soutenir sa cause. Mais ce fut dans ce moment qu'il faillit la trahir lui-même, en travaillant à former une autre union que celle qui avait été projetée par la plus saine politique. De mauvais conseils l'avaient induit è demander la fille d'un de ses compatriotes du pays de Galles : heureusement son messager trouva les passages trop bien gardés, et ne put parvenir à s'acquitter de sa commission. Tout étant prêt pour le départ, Richemont mit à la voile , et après une navigation de six jours (depuis Harfieur), il prit terre à Milford-IIaven , dans la principauté de Galles (0 août 1485). Quoique ses forces ne consistassent qu'en 2,000 Français, dès

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le lendemain il marcha sur Shrewsbury pour y passer la Saverne avant que Richard eût rassemblé ses forces. Partout les habitants le recevaient avec joie : les grands propriétaires, les commandants des milices, se rangeaient sous ses drapeaux. Richard III s'était posté à Nottingham pour observer ses mouvements. Il y attendait un corps considérable, dont il avait imprudemment confié le commandement à l'un des hommes qu'il devait le plus redouter, lord Stanley, qui avait épousé la comtesse de Richemont, mère du prétendant. Les deux rivaux ne tardèrent point à se trouver en présence dans la plaine de Bosworth, entre Leicester et Coventry (1). L'armée de Richemont n'était que de 6,000 hommes : celle de Richard s'élevait à plus du double; mais au moment où l'action s'engagea , lord Stanley, qui avait calculé ses mouvements, se déclara ouvertement pour son beau-fils. Richard, furieux et désespéré, chercha son rival dans la mêlée. Richemont ne montrait pas le même empressement à le joindre : cependant ils allaient se rencontrer et vider leur querelle corps à corps, lorsque Richard fut enveloppé et percé de coups. Son armée fut mise dans une déroute complète. Stanley détacha la couronne qui surmontait son casque, et la posa sur la tête de Richemont en criant : Vite le roi Henri/ Ce cri fut répété par toute l'armée ; et c'est de ce jour que date le règne de Henri VII (22 août 1485). C'est de ce jour aussi que date le terme de cette longue et cruelle guerre des deux Roses, qui pendant plus de trente ans inonda l'Angleterre «lu sang de ses princes et de sa première noblesse. Le nouveau roi marcha sur Londres, mais sans précipitation. Il affecta même d'écarter de son entrée dans la capitale toute apparence de triomphe guerrier. On remarqua qu'il traversa la ville dans un chariot couvert, s'étudiant en tout à conserver les dehors d'un prince qui vient ressaisir son héritage légitime. II est cependant vrai que les droits du comte de Richemont, sous quelque point de vue qu'on les envisageât, ne pouvaient soutenir un instant d'examen. Son union avec une princesse de la maison d'York avait semblé à ses partisans mêmes un complément nécessaire aux titres personnels qu'il cherchait à faire valoir. Mais une fois sur le trône , il ne voulut le devoir qu'à lui-même , et c'est par ce motif qu'il refusa de remplir avant son couronnement les engagements solennels qu'il avait contractés avec la princesse Elisabeth , fille d'Edouard IV. La même politique le décida a ne convoquer le parlement que lorsqu'il ne pouvait plus être soupçonné de rechercher l'appui de ce corps. Il se fit couronner le 30 octobre 1 183 par l'archevêque de Cantorbéry , et le parlement s'assem-

|1) Quelque* bUtorieni. et mémo Rapin Tfioira», rapportent gravement que, la reille de la bataille, le comte de Richemont s 'était »i complètement égaré, «a rivant à ttt afair»$, qu'il »e rit forcé de patser la nuit dan» un village, nWnt pa» même demander où U était; qu'hcur«u*emeot, le 1

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bla le 7 novembre. On s'y abstint d'une discussion très-scabreuse sur les droits du nouveau monarque; un acte rédigé en termes assez vagues, sous le titre de Substitution de la couronne {Entail of thecroum) , déclara qu'elle était dévolue au roi Henri VU et à sa postérité. Richard M, sous son premier nom de duc de Glocester, et tous ses principaux adhérents furent déclarés traîtres ; la confiscation de leurs biens offrit une riche proie à Henri , dont l'avarice était la passion dominante. Sur les sollicitations du parlement, le roi se détermina enûn à épouser la princesse Elisabeth d'York (18 janvier 1186). La joie publique donna aux fêtes du mariage beaucoup plus d'éclat que n'en avaient eu celles du couronnement. Henri crut apercevoir dans ces démonstrations une preuve de l'amour que les Anglais conservaient encore pour la maison d'York ; il en conçut un secret dépit, qui ne s'effaça jamais de son cœur. La reine, quoique douée des qualités les plus aimables, l'éprouva la première : il ne la traita plus qu'avec une extrême froideur. Affectant de ne lui savoir au«un gré des avantages politiques qu'il devait retirer de son alliance , il recourut à tous les moyens de se créer des droits personnels. Telle fut la bulle extraordinaire qu'il sollicita et obtint du pape Innocent MU. Intervenant dans le temporel , avec une autorité que les pontifes romains s'étaient à peine arrogée dans les siècles de leur toute-puissance , le pape confirmait l'acte du parlement qui avait décerné la couronne à Henri VU ; il fulminait l'excommunication contre quiconque oserait s'élever contre ce prince ou sa postérité. Cette bulle (1) publiée avec la plus grande solennité, n'empêcha point qu'à cette époque même il n'éclatât une violente insurrection dans les provinces de l'Ouest. Henri opposa aux rebelles le duc de Bedfort, son oncle, et les désarma en leur offrant une amnistie , dont les chefs furent seuls exceptés. Un d'eux fut pris et exécute ; les autres s'enfuirent sur le continent. La joie que le roi ressentit de ce succès fut augmentée par la naissance d'un flls, qu'il nomma Arthur, en mémoire du fameux monarque breton, dont il prétendait que la maison de Tudor tirait son origine. Un événement extraordinaire renouvela bientôt ses alarmes : un prêtre d'Oxford, appelé Richard Simon , conçut le hardi projet de susciter un compétiteur au nouveau souverain. Lambert Simnel , âgé de quinze ans , et simple fils d'un boulanger, lui parut propre à ressusciter le duc d'York , frère d'Edouard V, et immolé avec ce jeune prince dans la Tour de Londres. Le bruit se répandit au même instant que le comte de Warwick, flls du duc de Clarence, et seul héritier de la maison d'York, s'était échappé de la Tour où Henri l'avait fait enfermer dès le lendemain de la bataille de Bosworth. Simon changea aussitôt de plan ; il lit passer Lambert Simnel en Irlande,

'I] Daté* du mot» d'avril \m.

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sous le nom du comte de Warwick. Soit conviction , soit haine pour Henri VU , la ville de Dublin tout entière , le gouverneur et le chancelier euxmêmes s'empressèrent de proclamer le jeune aventurier sous le nom d'Édouard VI. Dans sa première fureur, Henri fit arrêter la reine douairière, sa belle-mère : il la regardait comme l'auteur de ce complot. Pour le déjouer, il eut recours à un moyen plus judicieux : il ordonna que le véritable comte de Warwick fût tiré de la Tour, et conduit en procession dans les rues de Londres jusqu'à St-Paul, pour être exposé à la vue du peuple. Cet expédient produisit son effet en Angleterre ; mais les Irlandais soutinrent que Henri n'avait fait paraître qu'un Warwick supposé. Bientôt Simnel trouva d'autres protections au dehors : Marguerite , duchesse de Bourgogne, sœur d'Édouard IV, ne fit nulle difficulté de reconnaître son prétendu neveu. Elle lui envoya un corps de troupes en Irlande ; et l'invasion de l'Angleterre fut aussitôt résolue. Henri , de son côté, prépara ses moyens de défense. Pour se rendre les peuples favorables, il entreprit un pèlerinage solennel à Notre-Dame de Walsingham, célèbre par ses miracles; et il marcha au-devant de l'ennemi , qui avait débarqué dans le comté de Lancaslre. Il le rencontra à Stoke : la victoire fut longtemps disputée ; elle se décida enfin pour Henri VII (6 juin 1487). Simnel et son tuteur tombèrent en son pouvoir. Simon , comme prêtre, ne fut puni que de la perte de sa liberté. Quant au prétendu comte de Warwick , dédaigné par son vainqueur, il fut envoyé dans ses cuisines. Des recherches rigoureuses firent découvrir un grand nombre de partisans des rebelles. Le roi lira d'eux la vengeance qui était le plus selon son goût : les amendes énormes auxquelles il les condamna remplirent son trésor. Maître chez lui, ou du moins croyant l'être, Henri VII jeta ses regards au dehors. Il négocia une alliance avec l'Ecosse ; et il s'immisça dans les démêlés du roi de France et du duc de Bretagne. Il se montra surtout habile à employer le prétexte de guerres imminentes pour obtenir du parlement des subsides, qu'il trouvait toujours moyen d'appliquer à son usage particulier. Le mariage inattendu d'Anne de Bretagne avec Charles VU! et l'importante acquisition qui en résultait pour ce prince excitèrent tellement la jalousie de Henri , qu'il menaça de porter en France une guerre plus terrible que celles qu'y avaient faites Edouard III et Henri V. Le parlement l'autorisa à lever ces taxes arbitraires connues sous le nom dérisoire de bénévolences, taxes si odieuses que Richard III y avait renoncé volontairement. C'était une mine féconde entre les mains d'un prince aussi avide que Henri. Son chancelier, M or ton , s'armait, envers les contribuables, d'un dilemme que l'on nommait sa fourche ou sa béquilie. Aux gens qui avaient un grand train de maison , il disait : « Votre dépense « prouve votre richesse j » et à ceux qui vivaient

modestement : « Votre économie doit vous avoir « procuré de grosses épargne* ; » et les uns et tes autres étaient impitoyablement rançonnés. Henri VU , à la tête d'une armée nombreuse , débarqua , le C octobre 1492 , à Calais : il investit aussitôt Boulogne. liais il y «rail déjà des négociations entamées : on vit arriver au camp des ambassadeurs revenant des cours étrangères, et annonçant à grand bruit que le roi comptait vainement sur la coopération de ses alliés. Enfin, Henri lui-même se fit publiquement demander par tous les grands qu'il avait autour de lui une paix qui était l'objet de ses voeux secrets. On traita à Êlaples : il fut promptement convenu que Charles VIII acquitterait les dettes contractées par la reine envers la couronne d'Angleterre, lorsqu'elle n'était encore que duchesse de Bretagne ; et Henri se rembarqua sur-le-champ , plus satisfait de ce traité que de la plus brillante campagne. C'est ainsi , comme l'observe Bacon , que ce prince avare vendait la guerre à ses sujets et la paix à ses ennemis. L'indignation fut générale en Angleterre. C'est à cette époque même que parut un nouveau prétendant à la couronne. Un jeune juif de Tournai, nommé Perkin Warbeck, dont le6 traits offraient une singulière ressemblance avec ceux d'Edouard IV , frappe les regards de la duchesse de Bourgogne : elle entrevoit la possibilité de renouveler, avec plus de succès, l'aventure de Lambert filmas). Perkin est dressé à jouer le rôle du jeune duc d'York, que l'on suppose derechef avoir échappé au triste sort de son frère Edouard V. 11 est envoyé à Cork, en Irlande; il profite du moment où Henri VII porte ses armes en France ; il se rend à la cour de Charles VUI, et reçoit de ce prince un accueil digne du nom qu'il a pris. Le traité d'Etaples ne permettant pas au soi-disant duc d'York de prolonger son séjour à Paris, il passe dans les Pays-Bas. Sa tante , la duchesse de Bourgogne , lui fait subir l'examen le plus rigoureux. Elle feint de ne pouvoir se refuser à le reconnaître , et eUe le proclame héritier légitime de la couronne d'Angleterre. Plusieurs lords se rendent en Flandre pour en convaincre leurs yeux : leur rapport est conforme à celui de la duchesse. Henri, de son côté, envoie des espions, et parvient à découvrir la vérité. Plusieurs personnages de marque qui s'étaient prononcés pour Perkin sont jetés dans les fers et traînés au supplice. William Stanley , frère du beau-père du roi , n'est pas même épargné. On pensa généralement que son véritable crime était une immense fortune et la possession du plus beau mobilier du royaume , que Henri confisqua à son profit. Perkin , ou plutôt la duchesse de Bourgogne , qui le faisait agir , jugea qu'il était temps d'éclater. Après une tentative infructueuse sur la côte de Kent , il passa en Irlande, et de là en Ecosse (1495). H réussit, dans ce dernier pays, au delà de ses espérances. Le roi Jacquea IV lui fit épouser Catherine Cordon, jeune personne

alliée à la famille royale , et douée d'autant de vertus que de charmes ; et bientôt il mit un corps de troupes 60us ses ordres , pour reconquérir le trône d'Angleterre. Ses efforts furent vains ; et Henri s'avança lui-même pour tirer vengeance du roi d'Ecosse. Des mécontents du comté de Cornouailles profitèrent de son éloignement pour se porter sur Londres. Henri fit rétrograder une partie de son armée : les rebelles furent défaits h la bataille de Blaekbeath («2 juin 1497). Leurs chefs, qui étaient un maréchal ferrant et un avocat, furent exécutés sur-le-champ. Après quelques hostilités insignifiantes sur les frontières d Ecosse, Henri fit proposer la paix à Jacques IV : 11 n'exigeait de lui d'autre gage de réconciliation que de lui livrer Perkin. Jacques parut révolté de l'idée de trahir un infortuné qui s'était jeté dans ses bras. Henri se réduisit alors à lui demander d'engager le prétendu prince à se retirer volontairement. Perkin pria le roi Jacques de le faire transporter en Irlande , avec sa femme ; ce qui lui fut accordé. Quelques-uns des aventuriers qui l'accompagnaient lui persuadèrent que les habitants du comté de Cornouailles étaient disposés à s'insurger de nouveau à son approche. Il les crut, passa en Angleterre , rassembla quel ques milliers de paysans , et , pour la première fois , prit le titre de Richard IV. Il avait déjà investi Exeter lorsque les troupes royales marchèrent contre lui. Ses bandes se dispersèrent. Resté presque seul, il se réfugia dans le monastère de Beaulieu , où il espérait jouir du droit d'asile. Sa femme , qui ne put l'y suivre , fut prise et conduite au roi. Henri respecta sa naissance ; il parut même touché de sa rare beauté et de ses malheurs. H l'envoya auprès de la reine et lui assigna une pension. Par allusion à son innocence et aux charmes de sa figure , on lui donna à la cour le nom de Rote Blanche, que son mari avait reçu autrefois de la duchesse de Bourgogne. Empressé d'avoir Perkin en son pouvoir , mais craignant de heurter l'opinion en violant les privilèges de l'Eglise , Henri lui fit offrir la vie s'il voulait se Hvrer entre ses mains. Perkin accepta et fut conduit à Londres. On le promena sur un cheval , dans les principaux quartiers , pour le faire voir au peuple. Le roi ne voulut point qu'on l'amenât en sa présence , et se contenta de le regarder d'une fenêtre. Au bout de quelques mois , Perkin parvint à s'évader de la Tour ; mais ayant vainement cherché à passer sur

le continent, il se réfugia dans le couvent de Shene (1). Le prieur de ce monastère obtint encore , pour lui , grâce de la vie ; mais il fut mis au carcan et forcé de lire à haute voix la confession de ses impostures. Reconduit à la Tour , il fut bientôt accusé d'y avoir tramé l'assassinat du

de Warwick,qui,

(1! CWt à 8l.cn», prêt Londres, rfilder.ee fiTortte d« Henri VII, que ce prince fit conduire le palais et le parc auxquels il donna le nom de Richcmont , en mémoire du Utre qu'U a»alt port» dans sa jeunesse.

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depuis longtemps , languissait dans les fers , Tut enveloppé dans cette accusation. La voix publique, avec trop de vraisemblance , chargea Henri VII d'avoir , lui-même , inventé toute l'histoire de ce complot. Il y trouvait l'avantage de se défaire, d'un seul coup , de deux concurrents , dont l'un lui semblait plus redoutable qu'il ne voulait en convenir , et dont l'autre , de son propre aveu, était le légitime et l'unique héritier d'une maison rivale. Un nouvel indice vint déposer contre Henri. A peine cette affaire eut-elle éclaté , qu'un moine fit paraître un second comte de Warwick : c'était le flls d'un cordonnier. Il parut que le but de cette jonglerie était de prouver que l'existence seule de l'héritier de la maison d'York suffirait pour exciter des troubles. Perkin fut pendu , et le malheureux prince eut la téte tranchée (1499). En lui perit le dernier rejeton mâle de la dynastie des Plantagenets. Sa mort excita une indignation générale : elle redoubla lorsque Henri , pour excuser cette barbarie , prétendit qu'il y avait été contraint par son allié , Ferdinand le Catholique, qui refusait , disait-il , de donner sa fille Catherine au prince de Galles tant qu'il existerait un descendant de la maison d'York. Cette union s'accomplit l'année suivante : le prince Arthur n'y survécut que peu de mois. Ne pouvant se résoudre à rendre la dot , le roi conçut aussitôt l'idée de faire épouser à la jeune veuve son second fils , Henri (coy. Catiii i,m. d'A&agox et Hesri VHI). A ce mariage , destiné à devenir la source des plus grands événements , en succéda un autre , qui eut aussi d'importants résultats : ce fut celui de Marguerite , fille aînée de Henri VII , avec Jacques IV, roi d'Ecosse. Les Anglais témoignèrent la crainte que cette alliance ne les fit passer un jour sous la domination des Ecossais : Henri annonça que le contraire arriverait , et l'événement a justifié sa politique. Il était parvenu , à cette époque , au plus haut degré de sa puissance. Tous ses ennemis domestiques étaient abattus , et il était en paix avec les Etals voisins. Son avarice , augmentée par l'âge et enhardie par la soumission complète de ses peuples , franchit toutes les bornes de la justice et même de la honte. Deux avocats , Emp» son el Dudley , qu'il avait élevés au rang de ministres, furent les dignes instruments de ses exactions et de ses rapines. Tout homme qui avait du bien était exposé à se voir jeter en prison , sans nulle forme judiciaire , et condamner arbitrairement à d'énormes amendes. Il faut remonter jusqu'au règne des empereurs romains les plus diffamés par l'histoire pour trouver l'exemple d'aussi effroyables extorsions. Le roi tenait lui-même un registre secret du produit des confiscations et de la vente des grâces de tout genre. Ses serviteurs les plus dévoués n'étaient pas a l'abri de la rigueur de ses lois fiscales ou somptuaires. On en cite un trait remarquable : le comte d'Oxford était l'homme qu'il paraissait estimer et affectionner le plus. Henri accepta , un jour , une féte que

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