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lui donna ce seigneur dans son château de Henningham. Le comte , pour étaler plus de magnificence , avait fait prendre des habits c'e livrée à tous ses vassaux. C'est ce que défendait une loi expresse, afin de diminuer la trop grande influence des seigneurs sur les habitants de leur» terres. Le roi demanda au comte si cette foule de gens composaient sa suite ordinaire : le favori ne vit aucun danger à répondre qu'il ne les avait réunis et habillés que pour se faire honneur dans une circonstance aussi flatteuse pour lui. « Mi- • lord , s'ecria brusquement le roi . je suis sans « doute très- sensible à la réception que vous « m'avez faite , mais je ne puis souffrir que, sous « mes yeux , on viole ainsi mes propres lois; mon « procureur général vous dira deux mots. » Le comte fut poursuivi et bientôt amené à payer 13,000 marcs, par accommodement. Attentif à profiter de toutes les occasions , Henri sut tirer parti ifun événement inattendu pour satisfaire à la fois sa cupidité et sa vengeance. La tempête jeta sur les côtes d'Angleterre l'archiduc Philippe , qui se remlait des Pays-Bas en Espagne pour succéder à sa mère , Isabelle de Castille (janvier 1S06). Henri lui fit un brillant accueil, mais ne lui laissa reprendre sa route qu apr?s l'avoir forcé de signer un traité de commerce qui était entièrement à son avantage. Le doc de Suffolk , mécontent de quelques procèdes du roi, s'était réfugié en Flandre : Henri contraignit Philippe à lui écrire pour l'engager à repasser en Angleterre , avec l'assurance qu'il n'avait rien à redouter. Dès qu'il parut , il fut conduit à la Tour de Londres par ordre du roi : son crime était de descendre de la maison d'York par sa mère. Le déclin rapide de la santé de Henri l'avait rendu plus ombrageux que jamais. H lui échappa un jour de manifester la crainte que le prince de Galles , son fils , ne voulût pas attendre sa mort pour monter sur le trône et ne le réclamât comme l'héritage de sa mère. La goutte , dont le roi était attaqué , dégénéra en phthisie : il sentit que sa fin s'approchait , et le cri de sa conscience commençait à se faire entendre. Effrayé lui-même du tableau de ses rapines , il ordonna , par son testament , de tardives restitutions. Il se flatta de désarmer le ciel en fondant des messes et des prières. H expira , enfin , dans le château de Richemont , le 22 avril 1509 , dans la 82* année de son âge et la vingt -quatrième de son règne. Son trésor , déposé dans des caves dont lui seul' avait les defs, se trouva monter à plus de 1,800,000 livres sterling, en espèces, somme prodigieuse pour le temps. En récapitulant la vie de ce prince , on a peine à concevoir ee qui a pu lui mériter, de la part de quelques historiens, le titre de Salomon de l Angleterre (i). S— v — s.
|ll L'blatolre do Henri VII cl de ton régnea été écrit» en latin : par W Fletwnod, Londres, 1597, in-12; par F. Bacon de Ver». Inm, Lyon, 1642, 1W7, in-lï; Amaterdam, 1062, in-12, traduite en ugiaia, Londre», i960, ln-4'j traduit» ea fraojaie.
HENRI VIII, roi d'Angleterre, le vingtième de- , puis la conquête, est, de tous ceux qui ont gou- ' verné ce pays, celui dont le règne forme l'époque la plus remarquable. C'est ce prince qui a transmis à ses successeurs le titre de défenseur de la foi, qu'il avait reçu du pape; et c'est lui qui a ; changé la foi en Angleterre. Il combattit les ré- \ formateurs; et cVst lui qui a introduit la réfor- I mation dans ses Etats. Jaloux à l'excès des droits et des honneurs de la couronne, c'est lui qui, le premier, viola le respect dû aux têtes couronnées, en faisant périr deux reines sur l'échafaud. Enfin , il fit voir sur le trône ce qui peut-être ne s'est jamais vu dans les conditions privées : il fut le mari de six femmes. Henri VIII naquit le 28 juin 4491; il était le second des trois fils dp Henri VII et d'Elisabeth d'York, fille d'Edouard VI. Il succéda à son père le 22 avril 150!». Son avéne- ! ment au trône excita des transports de joie dans toutes les classes de la nation, rebutée par l'avarice et la sévérité du feu roi. Un prince de dixhuit ans, de la figure et de la taille les plus avantageuses, d'une grâce et d'une adresse peu communes dans tous les exercices du corps, n'eut qu'à se montrer pour devenir l'idole du peuple. Tout semblait sourire au jeune monarque : réunissant sur sa toi t les droits des deux Roses si longtemps rivales, il n'avait plus de mouvements intérieurs à redouter. Les trésors entassés par son père lui oITraient d'immenses ressources, et l'avantage inappréciable de se voir dans l'indépendance à l'égard du parlement. Au dehors , le royaume jouissait d'une paix profonde. Un seul objet menaçait de la troubler : il fixa toute l'attention du roi et de son conseil. Henri, n'ayant encore que douze ans, avait été fiancé à Catherine d'Aragon , veuve de son frère aîné , Arthur , prince de Galles, mort en 1502, après quelques mois de mariage. Le pape Jules H avait accordé aux sollicitations de Henri VII les dispenses nécessaires pour cette alliance inusitée. Ce monarque, naturellement avare, répugnait doublement à rendre les 100,000 ducats qu'il avait reçus pour la moitié de la dot de sa belle-fille, et à perdre ses droits sur l'autre moitié : il craignait encore que la princesse, en se remariant, ne portât à un nouvel époux la jouissance du tiers des revenus de la principauté de Galles et du duché de Cornouaiiles , qui lui avait été assigné par son douaire. Mais le jour même que le jeune prince eut atteint sa majorité (27 juin 1505), le roi son père lui fit signer une protestation contre un engagement dont un enfant, disait-il, n'avait pu connaître la nature. Cet acte, quoi qu'on ait allégué depuis, ne fut dicté par aucun scrupule de conscience : l'intérêt pécuniaire seul dirigea encore Henri VII. Il voulait forcer Ferdinand le Catholique , père de Catherine, à renoncer au douaire de sa fille, dans le cas où I
BruR<-«, K2l , in-8» ; elle a été écrite en anglait, par C. Alejm , [ Londna, 1UJ8. In-a», it i-n français par J . Maraollier, Pari», 1697. 1700, in-»-; 17 A 1707, a vol. in-U. E D-i. 1
le prince de Galles mourrait sans enfants. Au reste, cette fameuse protestation, qui fit tant de bruit dans la suite , fut alors tenue profondément secrète. Henri VIII lui-même parut ne s'en inquiéter nullement, lorsque des raisons politiques d'une haute importance et les rares vertus de Catherine d'Aragon l'eurent déterminé en sa faveur. Il l'épousa le 7 juin 1509, et la fit couronner quelques jours après avec une pompe extraordinaire. Rien ne manquait plusà son bonheur. Il voyait les principales puissances du continent rechercher son alliance : il renouvela tous les traités conclus par le feu roi , et jura particulièrement à Louis XII, roi de France, paix et amitié pour tout le temps de sa vie. C'est alors que commence à paraître sur la scène un homme qui joua un rôle si important pendant la majeure partie de ce règne, le fameux cardinal Wolsey. Fils d'un boucher d'Ipswich, introduit d'abord comme simple aumônier auprès du roi, il ne lui fallut que peu de mois pour acquérir un si grand crédit sur l'esprit de ce prince, qu'il devint le membre le plus influent du conseil privé, et fut, avec raison, considéré comme premier ministre. Quoique plus âgé que Henri, il se faisait une étude particulière de flatter et de servir les penchants naturels de ce prince pour le luxe et les plaisirs de tout genre. Les tournois, les danses, les festins qui se succédaient tous les jours eurent bientôt dissipé les richesses amassées par Henri VIL Retiré dans son intérieur, le jeune monarque se livrait au goût passionné qu'il avait pour la musique; mais plus souvent il était entraîne au jeu par les compagnons de ses plaisirs, qui ne rougissaient pas d'employer la fraude pour s'enrichir aux dépens de leur maître : il s'en aperçut trop tard, et les bannit de sa présence. Les intrigues de sa politique et le bruit des armes l'arrachèrent bientôt à cette vie peu honorable. Le pape Jules II avait amené les Français en Italie par la ligue de Cambrai : il voulut presque aussitôt en former une autre pour les en chasser. II ne négligea rien pour captiver l'amitié de Henri; il lui envoya une rose d'or ointe de saint chrême et parfumée de musc. Enfin, il lui fit insinuer par Ferdinand , son beau-père , que son dévouement aux intérêts du Saint-Su'ge serait récompensé du titre de roi irès-chrètien , dont Louis XII allait être dépouillé. Henri, comme on l'a vu, avait juré une amitié éternelle à ce prince : il crut concilier ses devoirs envers lui avec les vœux secrets de son ambition, en dépêchant un héraut à Paris pour le conjurer de ne point persévérer dans la guerre impie qu'il faisait au pape. Cette démarche n'ayant aucun succès, un second message révéla que des motifs très-temporels n'étaient point étrangers à celte exhortation religieuse : Henri demandait la restitution de la Normandie, de la Guyenne, de l'Anjou et du Maine, comme Taisant partie du domaine de la couronne d'Angleterre. C'était déclarer la guerre : aussi
éclata-t-elle. Mais, au lieu de porter ses forces en Franco, où la possession de Calais lui rendait une invasion facile, Henri se laissa persuader d'envoyer une armée en Espagne , pour agir de concert avec le roi Ferdinand : ce dernier flattait son gendre de la prompte conquête de Bayonne, qui lierait le conduire à celle de la Guyenne, liais le ju.tr juis de Dorset , général des troupes anglaises, no tarda pas à s'apercevoir que Ferdinand ne Tarait attiré que pour l'aider à conquérir la Navarre : il refusa de prendre part à celte entreprise , et rembarqua son armée. Un combat naval qui eut lieu cette même année (1312) peut donner une juste idée de la marine militaire de ce siècle. La Motte de France et celle d'Angleterre étaient à peu près de quarante vaisseaux chacune : le plus gros était l'amiral anglais, bâtiment de cent tonneaux; il accrocha l'amiral français, qui prit feu : tous deux périrent. De part et d'autre, on resta en suspens, comme frappé d'épouvante. Bientôt après, les Français demeurèrent maîtres de la mer, et firent une descente dans le comté de Surrey. La campagne suivante fut plus active. Henri VIII passa lui-même sur le continent, après avoir établi la reine Catherine régente pour le temps de son absence. Il assiégea Térouanne; gagna, sans peine comme sans gloire, la bataille de Cuinegate, ou des Éperons, sur les Français qui étaient accourus pour faire lever le siège, prit la ville, et la mit au pouvoir de l'empereur Maximilien , qui la fit raser. Ce monarque servait dans l'armée anglaise en qualité de volontaire , et recevait une solde décent écus par jour. De Térouanne, Henri marcha sur Tournai, qui appartenait alors à la France. Il est remarquable que, dans la sommation, il prit son prétendu titre de roi trisckrétien; et il l'est plus encore que c'est à ce même titre que la place se rendit à lui. Wolsey, qui suivait son maître, se fit donner le riche évéché de Tournai. Les armes de Henri n'avaient pas été moins heureuses dans son propre pays. Jacques IV, roi d'Ecosse, pour opérer une diversion en faveur de la France, dont il était le fidèle allié, était entré en Angleterre à la tête d'une puissante armée. Ayant rencontré les Anglais à Klowdenfield , il engagea la bataille, et la perdit avec la vie. Henri VIII en reçut l'importante nouvelle le jour même de la reddition de Tournai. Il tint une cour splendide dans cette ville. L'archiduchesse Marguerite, gouvernante des Pays-Bas, vint lui rendre visite : elle était accompagnée de son neveu l'archiduc Charles, depuis si fameux sous le nom de Charles-Quint. Le roi d'Angleterre ne reprit le chemin de ses Étals qu'après avoir signé divers traités , dont le but était de donner une nouvelle activité i la coalition contre la France. Dans celui qui fut conclu avec l'empereur, Henri promettait à l'archiduc Charles la main de sa soeur Marie. Il ne tarda pas à s'apercevoir qu'il était joué par ses astucieux allié». Le pape Léon X, qui avait succédé à
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Jules II, décerna au roi d'Angleterre le titre de champion de l'Église, et lui envoya une épée et une toque bénites. Mais déjà le Saint-Père avait secrètement fait sa paix avec Louis XII. Le roi d'Espagne avait imité cet exemple; et l'empereur, rompant tout à coup ses engagements personnels avec Henri, fit demander au roi de France la princesse Rénéc, sa fille, pour le jeune archiduc Charles. En apprenant cette dernière nouvelle, Henri laissa éclater sa fureur. Le duc de Longue ville, qui avait été fait prisonnier à la journée des Eperons, profita habilement de la conjoncture pour lui rappeler l'amitié qu'il avait vouée jadis à son souverain. La négociation fut conduite si rapidement, qu'en cinq jours la paix avec la France et le mariage de Louis XU avec la princesse Marie furent irrévocablement arrêtés (7 août 1314). Peu de temps après, Marie fut conduite en France; mais Louis ne survécut que trois mois à cette union. François I" lui succéda : Henri renouvela les traités conclus avec son prédécesseur. Wolsey, qui de jour en jour devenait plus puissant, saisit cette occasion de se rendre agréable au nouveau monarque français : il avait besoin de son crédit à la cour de Rome pour obtenir le chapeau de cardinal, qui manquait à son ambition ; et il le dut , en effet , à ses lions offices. Mais le monarque faisait en même temps, auprès du Saint-Siège, une autre démarche qui, de la reconnaissance, lit passer le ministre anglais à des sentiments tout opposés. François, dans la persuasion que le rétablissement d'un évêque français à Tournai pourrait amener plus prompteur nt la restitution de cette ville, demanda des bulles pour le prélat qui venait d'être élu, au moment où Wolsey s'était emparé de ce siège. Le cardinal, furieux de perdre une si riche proie, jura de se venger. La victoire éclatante de François Ier à Marignan (septembre 1315) lui fournit le prétexte d'alarmer son maître sur les desseins ultérieurs d'un prince jeune et belliqueux. Naturellement porté, par une jalousie secrète, à servir l'animosité de son favori , Henri se décida à faire une guerre sourde à François. Il offrit des subsides considérables à l'empereur Maximilien , qui , selon son usage, prit l'argent et ne lit rien. Quelques lettres flatteuses, des présents d'un grand prix , ramenèrent Wolsey à des sentiments plus pacifiques envers la France; et Henri revint aussitôt à ses premiers projets d'alliance avec François I". Il signa un traité, dont les principales dispositions réglaient l'union future de la princesse Marie, sa fille, avec le Dauphin , la restitution de Tournai, et une prochaine entrevue des deux rois. Enchanté du succès de cette négociation, Henri accumula tant de pouvoirs réunis sur la tète de Wolsey que ce prince, né si impérieux, ne conserva guère que les dehors de la royauté. La mort de l'empereur Maximilien étant devenue le signal de la longue et sanglante rivalité qui éclala entre François 1" et Charles-Quint,
le premier de ces monarques redoubla d'efforts pour s'assurer l'alliance de l'Angleterre. Henri répondit à ses avances par une égale courtoisie : il voulut être le parrain du second fils de François (qui fut depuis Henri II]. Enfin, dans leur impatience extrême de lier une amitié personnelle, les deux rois jurèrent de ne point faire leur barbe jusqu'à ce que l'entrevue promise eût été effectuée. Charles, jaloux de cet empressement mutuel , imagina de prévenir son rival. II débarqua presque à l'improviste à Douvres. Henri alla au-devant de l'empereur, et le ramena à Cantorbéry pour le présenter à la reine Catherine d'Aragon, sa tante. En offrant en perspective la tiare au cardinal Wofcey, Charles l'attira secrètement dans ses intérêts: mais il eut le chagrin d'observer que sa visite ne servirait qu'à bâter celle de Henri VIII à François I". En effet , le roi d'Angleterre passa sur le continent en même temps que lui , et descendit à Calais, avec la reine et toute la cour. Ce fut entre Ardres et Gui nés (7 juin 1320) qu'eut lieu sa première entrevue avec le roi de France. Les seigneurs des deux nations y déployèrent à l'envi une si grande magnificence, que les peuples étonnés donnèrent à cette brillante réunion le nom de Camp du drap d'or. Pendant dix-sept jours, les fêtes se succédèrent sans interruption. Les deux rois joutèrent ensemble : plus adroit et plus agile, François fit faire un merveilleux saut à son adversaire, qui, dans le moment, ne put dissimuler un secret dépit. La grâce et la délicatesse présidèrent d'ailleurs à tous leurs discours, à tous leurs procédés. Henri , lisant au monarque français le dernier traité qu'ils venaient de conclure, s'arrêta tout à coup dans l'énumération de ses titres, et eut l'attention d'omettre celui de roi de France, usité dans le protocole ordinaire. François I" témoigna, par un sourire, que cette politesse ne lui avait point échappé. Se mettant au-dessus des formalités prescrites par le rérémonial ou la méfiance , les deux princes allèrent plusieurs fois, sans gardes, se livrer à la bonne foi l'un de l'autre, et ne se séparèrent qu'après avoir reçu réciproquement des présents d'une haute valeor, gages de l'amitié qu'ils s'étaient jurée : elle survécut peu à ces protestations mutuelles. Charles-Qaint , au lieu de prendre part à la réunion des deux rois, était resté dans le voisinage à les observer. Henri ne voulut point repasser dans son Ile sans rendre à l'empereur la visite qu'il en avait reçue le mois précédent. 11 alla le trouver à Gravelines, et le ramena à Calais, où il ne négligea rien pour donner à cette nouvelle entrevue autant d'éclat qu'à la précédente. Mais peu sensible au plaisir, Charles ne s'occupa que du soin de supplanter son rival dans l'esprit de Wolsey , dont il savait apprécier tout le pouvoir : il y réussit. La guerre ayant bientôt éclaté entre le roi de France et l'empereur, Henri intervint dans cette querelle, bien moins comme médiateur que comme allié de
Cbarles-Quint. Mais des discussions d'une nature bien différente vinrent absorber toute son attention. Luther avait levé l'étendard de la révolte contre le Saint Siège : sa doctrine commençait à se répandre. Henri VIII, qui avait la prétention d'être un des premiers théologiens de la chrétienté, fut indigné du mépris avec lequel le sectaire allemand parlait de St-Thomas d'Aquhr, son auteur favori. H se fit gloire de descendre dans la lice , et composa un ouvrage intitulé De septem sacramentel , contra Martimm Lmthemm . karetiarchon , per iliustritsimum prmdpem Henrievm VIII. Le livre fut présenté au pape en plein consistoire : Léon X le compara aux écrits de St-Jér6me et de St-Augustin. Un bref, souscrit par vingt-sept cardinain, décerna au royal auteur le titre de défenseur d» la foi (1521). Henri, pénétré de reconnaissance, n'osa refuser a Léon X d'entrer dans la ligne secrète que ce pape venait de tramer avec l'empereur contre le roi de France. Charles-Quint fit un second voyage en Angleterre pour hâter le moment des hostilités. Henri, qui, précédemment , lui avait promis sa sœur, et l'avait donnée, quelques mois après, à Louis XII, lui promit, cette fois, sa fille, déjà engagée au Dauphin de France. Une des clauses de ce traité est remarquable, en ce qu'elle donne à la fois la mesure de l'esprit du siècle et de l'influence excessive du cardinal Wolsey. Les deux monarques, le prenant également pour juge de leur loyauté, se soumirent d'avance à l'excommunication qu'il lui plairait de lancer en qualité de légat. Henri fit attaquer aussitôt la France et l'Ecosse. La magnificence extraordinaire des fêtes qu'il avait données successivement à François Y" et à Cbarles- Quint avait épuisé son trésor : mais ne pouvant justifier cette nouvelle guerre, il n'osa demander des subsides au parlement. H eut recours à ces taxes arbitraires, si improprement nommées bénétolences. puisqu'elles n'étaient réellement que des emprunts forcés. Pour que personne ne pût échapper à cette contribution , le roi ordonna un dénombrement général et l'estimation rigoureuse des propriétés de chaque individu. Les sujets laïques furent taxés au dixième de leurs revenus , et les ecclésiastiques au quart. Quelque considérables que fussent les sommes extorquées par cette odieuse voie , une flotte et deux armées de terre à entretenir les eurent promptement absorbées. Henri se vit rédoit à convoquer un parlement. Wolsey y vint, en personne, demander huit cent mille livres sterling : un morne silence loi fit assez connattre quelle était la disposition des esprits. Furieux de cette résistance inattendue, e roi manda un des chefs les plus influents de l'opposition : « Oh ! oh ! l'ami , lui dit-il dès qu'il <c l'aperçut: vos gens ne veulent donc pas laisser « passer mon bill? » Pois, mettant la main sur la tête du député , qui , selon l'étiquette , était à genoux devant lui : « Que ma volonté se fasse • demain, ajouta-l-il, ou demain cette tête est à
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« bas! » Dès le jour suivant, les subsides furent rotes. Les troupes anglaises, renforcée* d'Espagnols et d'Allemands, envahirent la Picardie , et s'avancèrent sur l'Oise, jusqu'à onze lieue* de Paris. Mais, à l'approche de l'armée du due de Vendôme , les alliés battirent en retraite. Mécontent de l'empereur qui l'avait joué deux Ibis successivement , en faisant donner à Adrien VI et à Clément VU la tiare qu'il lui avait promise , le cardinal Wolsey changea de nouveau d'aflections, et en fll changer à son maître. Il méditait sa réconciliation avec François Ier, lorsque la fatale journée de Pavie (1525) mit ce monarque au pouvoir de Charles-Quint. Henri fut vivement affecté d'un événement qui laissait l'empereur sans rival , et l'Europe sans équilibre; mais, dans le premier moment , on le vit s'abaisser a feindre : il ordonna des réjouissances publiques à Londres. Une politique plus noble et mieux entendue le porta bientôt à reprendre le rôle qui convenait à aa gloire et à ses intérêts. Il entra en négociation avec la régente de France : il exigea d'elle la promesse de ne consentir à aucun démembrement de la monarchie, pour la rançon du roi son Ois. Il écrivit , de sa main , une longue lettre à l'empereur, pour lui demander la délivrance de son auguste prisonnier à des conditions équitables. Cette démarche ne produisit aucun efl'et sur l'âme hypocrite et froide de Charles-Quint : mais François 1er en fut sensiblement touché. A peine eut-il recouvré sa liberté*, que, de Bayonne, il adressa au roi d'Angleterre des protestations de reconnaissance et d'amitié. Dans ces dispositions réciproques, une convention fut conclue sans peine (8 août 4526). Henri s'obligea à n'entrer dans aucune relation avec l'empereur avant que celui-ci eût rendu les deux fils de France qui étaient en otage entre ses mains. Le cardinal Wolsey passa lui-même en France , pour se concerter avec le roi , qui daigna aller au-devant de lui jusqu'à Amiens. 11 fut stipulé que le due d'Orléans, second fils de François, épouserait la princesse Marie , qui avait été promise au Dauphin son frère. Par une seconde convention qui suivit de près la première , Henri VIII te désista de toutes les prétentions que , depuis Edouard Ul , les rois d'Angleterre s'attribuaient sur la couronne de France. Un prétexte plausible t'offrit aux deux monarques pour éclater ouvertement contre l'empereur. Charles tenait en captivité, à Rome même, le pape Clément VU. Après avoir rempli une partie des conditions rigoureuses qui lui avaient été impotées, le pontife trouva le moyen de s'évader. H implora l'assistance des rois de France et d'Angleterre. Henri sentit combien la circonstance était favorable pour l'accomplissement d'un projet de la nature la plut délicate : la dissolution de son mariage avec Catherine d'Aragon. Il serait difficile d'assigner d'une manière certaine le temps auquel germa dans son eaprit la première idée de ce divorce, devenu,
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par ses immenses résultats , une des plut grandes époques de l'histoire moderne : les historiens sont aussi peu d'accord sur sa date précise que sur ses causes réelles. Les uns prétendent que Henri ne conçut le dessein de répudier Catherine qu'après avoir vu la célèbre Anne Boleyn (1), en 1527; les autres soutiennent que, plusieurs années auparavant , le cardinal Wolsey , pour se venger de Charles -Quint, avait suggéré à son maître de renvoyer la reine Catherine , tante de ce monarque, pour épouser la duchesse douairière d'Aleoçon, soeur de François I*. Mais la date même où Anne Bolevn revint de la cour de France à celle d'Angleterre n'est point parfaitement avérée. Les seuls faits qui le soient , c'est que, dans une lettre adressée, en 1524, à Simon Grynsus, Henri lui confesse que des doutes sur la légalité de son mariage Font déterminé à s'abstenir de toute cohabitation avec la reine; c'est que la réponse du doyen de St-Paul à une consultation du roi sur la possibilité du divorce est datée de 1526; c'est enfin que la mission du secrétaire Knigfat à Rome, pour l'obtenir du pape, eut lieu en 1527. Si l'on suppose, avec quelques auteurs, que cette démarche précéda de plusieurs mois l'apparition d'Anne Boleyn à la eour de Catherine d'Aragon, du moins est-on obligé d'accorder aux autres que la résolution de Henri n'éclaté avec toute la violence de son caractère que lorsque la passion dont il s'enflamma pour Anne Boleyn fut irritée par la résistance insidieuse que cette jeune personne lui opposa. Déterminé à te servir de tous les moyens pour rompre des chaînes qui lui étaient devenues odieuses, il eut recours d'abord à l'arme la plus puissante : il fit parler la religion. Mais, tant que la reine avait conservé sa beauté et le don de lui plaire, sa conscience était demeurée fort tranquiUe, puisque dix-huit ans d'union n'avaient été troublés par aucune plainte. Tout à coup les scrupules arrivent en foule : tout à coup il se souvient que le savant archevêque de Cantorbéry, Warham, parlant à Henri VU en plein conseil , avait déclaré incestueux le mariage du beau-frère et de la belle-soeur; U se rappeUe la protestation qu'on lui avait fait signer dans son enfance ; U lui revient à la mémoire que, lorsqu'il proposa sa fille Marie à un fils du roi de France, l'évéque de Tarbes, ambassadeur de ce monarque , avait élevé des doutes sur la légitimité de la jeune princesse. U n'hésite plus à attribuer la mort prématurée de ses deux flls à la malédiction du ciel; il 6'alarme enfin de voir le trône tans héritier mêle. L'évéque de Lincoln, son confesseur, excité par Wolsey, achève de semer l'inquiétude dans son âme. Henri luimême consulte son casuiste de prédilection ; et U trouve dans St-Thomas d'Aquin que le pape ne peut point donner de dispense contre le droit
|1) Le* auteuri français U nomment communément Ammt de BouUn; mai, 11 existe encore de* lettre* de a* main aigneca
Bo^.commeonrtaitlci.
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divin : or, le Lévitique défendant les mariages tels que celui qu'il a contracte' avec Catherine , il en conclut que les dispenses île Jules II sont nulles. Il compose un mémoire théologique, et l'expédie promptement à Clément VII. U eût été singuliei que, Henri VIII g'armant contre le pape des lois de Moïse, et citant sans cesse le Lévitique , qui interdit le mariage du beau-frère et de la bellesœur (1), on ne lui eut pas objecté le Deutéronome (2) , qui ordonne d'épouser la veuve de son frère lorsqu'il est mort sans enfants, ce qui était précisément le cas de Henri lui-même, à l'égard de Catherine d'Aragon. Les partisans de la reine ne négligèrent pas un argument qui leur fournissait l'avantage de combattre, à armes égales, le théologien couronné. Clément VII, pressé en deux sens opposés, par le roi d'Angleterre qu'il aimait, et par l'empereur qu'il craignait , promettait , se rétractait , temporisait , dans l'espoir que la passion du roi pour Anne Boleyn serait éteinte avant la fin de cette longue et fatigante controverse. Un de ses artifices avait été de nommer les cardinaux Wolsey et Campeggio, ses légats a latere, juges de ce grand procès , avec l'insinuation secrète au dernier de traîner l'affaire en longueurs; mais ce furent ces longueurs mêmes qui irritèrent l'impatience naturelle de Henri. Il fixa le jour auquel il voulait que la reine et lui comparussent en personne devant les légats (21 juin 1520). Cette scène indécente était préparée pour perdre Catherine : elle tourna entièrement à sa gloire. Sa noble fermeté triompha de la malice de ses ennemis , et réduisit son injuste époux lui-même au silence (coy. Catherine d'Aragos). 11 n'avait plus que la force à employer; il y eut recours: la malheureuse reine fut reléguée dans un château près de Nunstable. Henri fit de nouveau solliciter le pape; mais Clément VU venait de se réconcilier avec Charles-Quint; et, sur ses instances, il évoqua l'affaire à Rome. Le roi , furieux et encore aigri par Anne Boleyn , rendit son favori responsable de la fatale issue d'une affaire dont il avait du prendre la principale direction. Frappé d'une disgrâce soudaine et complète, Wolsey fut dépouillé de ses immenses richesses et mourut, peu de temps après, dans les remords et le désespoir. Un théologien , dont le hasard avait procuré la connaissance au roi, et qui depuis joua un grand rôle dans l'histoire de la réformation, Cranmer, commence à cette époque à paraître sur la scène. Par son conseil, Henri consulte sur son mariage les principales universités de l'Europe. La plupart, et nommément toutes celles de France, sont favorables à ses vœux. Il transmet l'ensemble de leurs décisions au parlement, et le charge d'instruire l'affaire de son divorce, que l'on appelait à juste titre : Yaffaire importante du roi. Craignant la résistance du clergé , il cherche à l'affaiblir, ou plutôt à l'humilier. Il avait solennellement reconnu
1| Utitiq., XTIII , 16.
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dans le cardinal Wolsey, et même sollicité pour lui, les pouvoirs de légat; et il déclara coupable tout ecclésiastique qui s'y était soumis: c'était condamner le clergé en masse. U ne laissa désarmer sa colère que par le don d'une somme considérable. C'est de ce moment que Henri VIII, toujours de plus en plus aigri par les réponses évc|>ives de la cour de Rome , commença réellement à porter la main à l'encensoir. Sans annoncer hautement le projet trop manifeste d'un schisme, il se fit décerner le titre de protecteur et chej suprême de l'Église d'Angleterre. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine que l'on parvint à insérer dans l'acte cette restriction : autant que la loi du Christ le permet. Le roi ne voulait pas cependant qu'on le soupçonnât de chercher à toucher au dogme. La preuve de son orthodoxie coûta la vie à trots luthériens, qui furent brûlés cette même année (1531). Il ne faisait pas une tentative pour hâter la répudiation de Catherine, qu'il ne sentit la nécessité de prévenir le ressentiment de Charles- Quint, et de se rapprocher de François l". Les deux rois eurent à Calais et à Boulogne ( 1 532) plusieurs entrevues presque aussi brillantes que celles qui avaient eu lieu douze ans auparavant. Henri, à la demande de son royal ami, avait amené l'objet de sa passion sous le nouveau titre de marquise de Pembroke. Le galant François I" fit présent à la l»elle Anglaise d'un superbe diamant, et lui promit d'accélérer , par ses instances à la cour de Rome, le moment où il pourrait la saluer comme reine. Henri ne négligea rien pour exciter son allié à suivre son exemple , et à se déclarer chef suprême de l'Église gaUicane. Il remit entre ses mains le jeune comte de Richemont , son fils naturel, en témoignant le désir qu'il fût élevé à la cour de France. Henri, à son retour, épousa secrètement sa maltresse ; mais, quelques mois après, sa grossesse ne permit plus de tenir cette union cachée. Le roi se trouvait donc avoir deux femmes; et Rome faisait encore attendre sa décision. Cranmer , nouvellement élevé à l'archevêché de Cantorbéry, s'offrit à trancher la difficulté. Le 23 mai 1533, il prononce, en qualité de primat d'Angleterre, la sentence qui déclarait nul et non avenu le mariage de Henri \ III avec Catherine d'Aragon. Cinq jours après , une autre sentence reconnaît Anne Boleyn pour épouse et reine légitime. Henri la fait aussitôt couronner avec une pompe extraordinaire. Indigné de l'audace avec laquelle l'archevêque de Cantorbéry avait empiété sur ses droits, le pape casse ses deux sentences, et menace Henri de l'excommunication , si , avant un terme fixé, il n'a point tout remis sur l'ancien pied. Pour toute réponse, Henri déclare princesse de Galles Elisabeth , qu'Anne Boleyn venait de mettre au monde. Marie, fille de Catherine d'Aragon, était enveloppée dans la condamnation de sa mère. François 1", dans l'intervalle, s'était rendu à Marseille, auprès de Clément VII, qui y avait accompagné sa nièce, Catherine de Médias. A la
prière du roi de France, le souverain pontife se borna à demander que Henri VIII comparut à Rome par procureur, et s'engageât, par écrit, à se soumettre aux décisions du Saint-Siège. De son coté, le pape promettait de faire juger ce grand procès à Cambrai, par une commission qui ne serait point suspecte au roi d'Angleterre. François expédie promptement à Londres Jean du Bellay, évèque de Paris, pour presser Henri d'accepter cette proposition. Jean du Bellay, avec la même célérité, passe de Londres à Rome; mais il n'est chargé que d'une promesse verbale. Clément insiste pour que le roi produise une promesse écrite ; et il fixe le terme auquel cet acte authentique doit lui être remis. Ce terme expire et rien ne paraît. Le bruit circule à Rome qu'on vient de publier à Londres un libelle infâme contre le siège apostolique , et qu'on y a joué , en présence du roi luimême, une farce indécente dirigée contre le pape et les cardinaux. L'évêque de Paris demande un délai de six jours, et il ne peut l'obtenir: la sentence est prononcée (23 mars 1334); l'union de Henri VIII avec Catherine d'Aragon est déclarée valide; il est sommé de la reprendre sous peine d'excommunication : et, deux jours après, arrivent en bonne forme toutes les pièces que l'on attendait; le courrier avait été retardé par un accident. Combien de fois, à ce sujet, s'est-on récrié sur la fatalité qui donne souvent aux causes les
flus légères les résultats les plus graves! Mais exemple est-il bien choisi? D'après le caractère impétueux et obstiné de Henri VIII , pense-t-on que la permission tardive du pape de contenter des désirs déjà satisfaits l'eût touché au point de renoncer tout à coup à l'accroissement de puissance et de richesse dont il est impossible de méconnaître le plan dans toute sa conduite antérieure? Déjà dans les sessions précédentes du parlement, non content du titre de chef suprême de l'Eglise anglicane , n'avait-il pas réellement établi sa suprématie et détruit celle du pape, en abolissant les annates et toute redevance quelconque payée jusqu'alors à la chambre apostolique; en soumettant les monastères à la seule inspection de ses commissaires; en déclarant enfin que l'on poufvait, sans hérésie, combattre et nier l'autorité du ^Saint-Siège? Tandis même qu'il expédiait à Rome ce courrier tant attendu , le parlement , à son instigation , n'avait-il point passé plusieurs actes directement contraires à l'accommodement que le roi semblait désirer? Les faits et les dates suffisent pleinement pour révéler sa pensée. Le 50 mars, et conséquemment avant qu'il fût possible de savoir à Londres ce qui s'était passé à Rome le 23 du même mois, la session du parlement était déjà close; les sentences du primat Cranmcr contre Catherine d'Aragon et en faveur d'Anne Boleyn solennellement confirmées , et les enfants nés ou à naître de ce second mariage reconnus seuls héritiers légitimes du trône. H restait donc peu de chose à faire pour consommer le
lorsque Henri reçut la nouvelle de sa condamnation. La mort de Clément VII, qui la suivit d'asser près, l'élection du cardinal Farnèse (Paul III), qui lui avait toujours été favorable , lui offraient de nouvelles chances de succès : il les dédaigna toutes et convoqua aussitôt le parlement, qui, se piquant d'aller au-devant de ses vœux, s'empressa d'annexer à la couronne la plénitude des droits tant spirituels que temporels, jusqu'alors inhérents à la papauté. Une proclamation du roi défendit de donner désormais à l'évêque de Rome le nom de pape, et ordonna de l'effacer de tous les livres. Devenu souverain pontife d'une nouvelle Église, Henri VIII ne voulait cependant pas être considéré comme fondateur d'une religion nouvelle. C'est de ce principe que dérivèrent les nombreuses contradictions que présente sa conduite depuis l'époque du schisme. Se croyant maître absolu des esprits comme il l'était des personnes, il changea la discipline et ne permit pas que l'on changeât le dogme. A ses yeux, ce fut un crime capital de croire au pape; c'en fut un de croire à Luther. Que l'on se figure l'incertitude cruelle où flottaient continuellement ses sujets et ses ministres eux-mêmes! Le vénérable évéque Fisher, le célèbre chancelier Thomas More, tous deux invinciblement attachés à la religion de leurs pères, payent de leur tête le refus de prêter le serment de suprématie. Dans le même temps, des protestants sont traînés au supplice pour s'être élevés contre les sacrements de l'Église romaine. Plein de la plus haute estime pour ses propres connaissances théologiques, aveuglé par les perpétuelles adulations de ses favoris , enhardi par la lâche souplesse du parlement, Henri prétendit être et fut en effet l'unique arbitre de la foi, le régulateur suprême des consciences. L'histoire n'offre pas un autre exemple d'un despotisme aussi absolu. Personne, sans le braver, n'y résista avec plus de courage et de dignité que l'infortunée Catherine d'Aragon ; elle mourut sans avoir voulu reconnaître aucun des actes qui la dépouillaient de ses titres de reine et d'épouse légitime (1536). Les adieux touchants et la mort de cette vertueuse princesse parurent produire quelque impression sur le cœur de Henri ; mais Anne Boleyn ne prit pas même la peine de dissimuler sa joie d'un événement qui lui laissait le trône sans partage. Pour mieux s'y affermir et se ménager un appui au dehors, elle avait conçu le projet de marier sa fille Elisabeth, à peine sortie du berceau, avec le duc d'Angouléme, troisième fils du roi de France. Henri avait consenti à en faire la proposition à François 1er, dans l'espoir de l'attacher plus fortement à sa cause. U recevait, à la même époque, des avances de Charles-Quint. Ce monarque s'était persuadé que la mort de la reine Catherine, sa tante, devait écarter désormais tout obstacle à un rapprochement sincère entre lui et son ancien allié, le roi d'Angleterre; il porta sa pensée plus loin; U lui offrit de le réconcilier
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avec le pape. Le moment n'était point favorable : Henri négociait alors arec les princes protestants de la ligne de Smalkalde; et il méditait l' accomplissement d'un projet qni, loin de le ramener sous les lois du Saint-Siège , devait consommer à jamais la rupture. Aui honneurs de chef suprême de l'Église d'Angleterre, il voulut joindre les profits que ce titre lui offrait. Les richesses du clergé tentaient sa cupidité ; mais, par un reste de ménagement pour les esprits, il résolut de procéder avec mesure. U n'attaqua d'abord que les monastères d'une classe inférieure; et , avant même de prononcer leur spoliation , il essaya de la faire approuver par l'opinion publique. Thomas Cromwell, secrétaire d'État, avait été nommé vicerégent ou vicaire général du roi-pontife : il envoya des commissaires dans les couvents des deux sexes, et donna la plus grande publicité à leurs rapports. Les écrivains protestants eux-mêmes , et notamment Uume, ne dissimulent pas que ce fut l'envie de plaire au roi, et non la vérité, qui dicta la plupart de ces relations monstrueuses. Il n'y a point d'infamies, point de forfaits sous le ciel, dont ne furent accusés les moines et les religieuses: on prétendit que tous demandaient leur liberté; mais on employa la violence pour les arracher île leurs retraites. Docile aux instructions qui lui furent remises, le parlement se borna d'abord à supprimer les monastères dont le revenu était audessous de 200 livres sterling, et confisqua leurs biens au profil de la couronne. U s'en trouva trois cent soixante-seize : la totalité de leurs rentes annuelles montait à 32,000 livres sterling, et leur mobilier à 100,000. L'établissement d'une nouvelle commission, nommée sans déguisement cour de l'mugumtation dm retenu durai, VA assez pressentir les desseins ultérieurs du monarque. Après avoir obtenu des deux chambres tout ce qu'il avait désiré d'elles, il prononça (U avril 1936) la dissolution de ce parlement, non moins mémorable à cause des grandes innovations dont il fut l'instrument, qu'à raison de sa longue durée; il était formé depuis six ans, ce qui n'avait point d'exemple encore dan& les annales de la monarchie. Quelques jours de plus, ce corps dégradé aurait trouvé une occasion éclatante de donner au roi un nouveau témoignage de son entier asservissement à toutes ses volontés. Anne Boieyn, fille d'honneur de la reine Catherine, lui avait enlevé son époux et sa couronne : par un retour que les peuples regardèrent comme une vengeance céleste, Jeanne Seymour, fille d'honneur de la nouvelle reine, occupe tout à coup sa place dans la couche royale et sur le trône. Anne avait favorisé de toute son influence l'élévation d'une puissance ecclésiastique inconnue jusqu'alors; et c'est cette même puissance qui rompt tous ses nœuds avec le monarque, q«i poursuit sa mémoire jusque dans l'enfant né de celte union. Au milieu d'un tournoi où Henri présidait avec elle, il se lève et s'éloigne furieux. Dès le lendemain, la rein» «t arrêtée, conduite à
la Tour, accusée d'adultère, d'inceste, de complot contre la vie de son époux. Une commission, pré* sidée par son oncle , le duc de Norfolk , la condamne à être brûlée vive ou décapitée, selon U bon plauir du roi. Dix-sept jours la virent passer du trône à l'échafaud, où Henri VIII donna le premier exemple de cet attentat sacrilège contre la majesté royale. Rien ne put fléchir le despote impitoyable : on montre encore , dans le parc de Richemont, l'endroit où U attendit et reçut l'affreux signal qui lui annonçait que la tête qu'il avait couronnée de ses mains roulait aux pieds du bourreau (19 mai 1536). Anne sans doute avait été coupable d'ambition, d'artifices, de légèreté; mais son meurtrier se chargea lui-même de sa justification. Le lendemain de sa mort, encore tout couvert, pour ainsi dire, de son sang, il épousa la jeune et belle Seymour (toy. Anne de Rmji.es.). Comme s'il eût été dans son plan d'ajouter la dérision à la cruauté , il voulut revêtir des formes légales les actes le» plus violents de sa tyrannie. Un nouveau parlement fut convoqué : Henri, dans le discours qu'il y prononça, se fit un mérite auprès de ses peuples de ce qu'après deux mariages aussi malheureux, il avait daigné consentir à un troisième. L'orateur de la chambre des communes le compara, I pour la justice et la prudence, à Salomon; pour ! la force et le courage , à Samson ; pour la beauté et la grâce, à Absalon. L'archevêque Cranmer avait , prononcé le divorce d'Anne boieyn , lorsque déjà elle n'existait plus; il avait déclaré bâtarde ta j tille Elisabeth : le parlement donna à ces actes , force de loi. La couronne fut dévolue aux enfanta 1 à naître de Jeanne Seymour, ou de toute autre femme que le roi pourrait épouser dans la suite. A défaut d'enfants, on lui conféra le pouvoir inouï de désigner son successeur par testament ou par | lettres patentes. En apprenant la mort tragique d'Anne Boieyn, le pape Paul III conçut l'espoir de ramener Henri Vlll dans le giron de l'Éghse. Henri ne répondit à ses avances qu'en faisant mettre au rang des crimes de haute trahison tout écrit, tout discours, tendant à rétablir en Angleterre l'autorité de l'évéque de Rome. Ce fait vient i encore à l'appui des conjectures qui portent à penser que, séduit par tous les avantages attachés à sa suprématie religieuse, Henri Vlll avait médité à loisir sa rupture avec le pape; il dissimula jus* qu'à ce qu'il en eût trouvé le prétexte, le saisit avidement dès qu'U s'offrit, et, dès qu'il eut atteint le but, refusa sans détour de revenir sur ses pas. En effet, comme pour mieux braver le souverain pontife, à l'instant même où celui-ci lui ouvrait les bras, Henri manifesta ouvertement l'intention d'élever autel contre autel. U semblait faire gloire, jusque-là, de sa vénération pour les dogmes fondamentaux, et tout à coup il convoque le clergé; il lui impose une nouvelle profession de foi ; il révolte les catholiques en réduisant les sept sacrements à trois; il irrite les protestants en 1 leur ordonnant de croire à la présence réelle. Le
mécontentement des premiers ne tarda pas à éclater. Le spectacle d'une multitude de religieux châssis de leurs cloîtres et errant dans les campagnes pénétra les peuples de pitié et d'indignation: de nombreux rassemblements, ou plutôt des armées d'insurgés, marchèrent sur Londres pour demander vengeance des outrages faits à l'antique religion du pays. Henri su t employer à propos la fermeté pour réprimer la réfolte, et l'adresse pour calmer les esprits. Un événement longtemps attendu vint combler ses vœux : ta reine lui donna un fils. Cet enfant fut reçu par la nation comme le gage de la tranquillité publique, sans cesse compromise par l'incertitude de la succession au trône, depuis la loi qui en excluait comme illégitime les princesses nées des deux premiers mariages. Mais un revers cruel troubla bientôt la joie de Henri : Jeanne Seymour ne survécut que douze jours à la naissance de son (ils (24 octobre 1537). Devenu plus puissant que jamais par la soumission des catholiques , Henri VIII prit une résolution qui satisfaisait à la fois sa vengeance, sa politique et sa cupidité. L'entière destruction des monastères lui parut le moyen le plus sûr et le plus prompt d'enlever aux mécontents leurs dernières ressources, et d'augmenter les siennes. Ici , comme dans la première opération, la rapacité se couvrit encore d'un zèle spécieux pour l'intérêt des moeurs et de la religion même; on prit grand soin de diffamer d'abord ceux que l'on voulait ruiner; on répandit avec profusion de nouveaux tableaux des débordements et des turpitudes que l'on prétendait avoir découverts dans les cloîtres. Par la séduction, on amena quelques riches prélats à renoncer à leurs abbayes; par la menace, on en força d'autres à faire l'abandon volontaire de leurs revenus. En vain des voix courageuses s'élevèrent pour obtenir, au nom de l'humanité et de la morale, la conservation de quelques couvents de femmes -. Henri fut inflexible et la spoliation totale. Pour prévenir les murmures du peuple, on imagina dp lui faire un divertissement de ce qui aurait pu exciter sa compassion ou blesser sa piété. On exposa sur la place publique des images de saints, des crucifix à ressort qui avaient servi, disait-on, à opérer des miracles. Par one dérision barbare, une grande statue de la Vierge fut employée à brûler le P. Forest, ancien confesseur de la reine Catherine d'Aragon, que l'on accusait d'avoir nié la suprématie du roi. Les reliques des saints, après avoir été dépouillées de leurs richesses, furent jetées au feu. La plus célèbre de toutes, la châsse de St-Tbomas de Cantorbéry, qui était depuis près de quatre siècles l'objet de la vénération de l'Angleterre, fut mise en pièces. Le roi en fit arracher un diamant d'une grande valeur, qui était une offrande de Louis VII, roi de France, et il ne rougit pas de le porter au doigt; le saint lui-même fut cité devant le rot en son conseil, jugé et condamné comme traître; son nom fut
effacé du calendrier, ses os brûlés, ses cendres jetées aux vents. Les habitants des campagnes, dont un grand nombre tenait à bail, et aux conditions les plus avantageuses, les terres appartenant aux abbayes et aux monastères, firent éclater leurs plaintes. Pour les apaiser, on leur disait qu'au moyen de cet accroissement de revenus , le roi se verrait en état, à l'avenir, de les exempter de toute espèce de taxe ou d'irapôL Mais Henri ne tarda point à s'apercevoir qu'on lui avait singulièrement exagéré la valeur de ces Mens. On les avait estimés au quart du revenu territorial du royaume entier, qui était, à cette époque, de quatre millions sterling : il fut prouvé qu'ils ne s'élevaient pas aa vingtième de cette somme. Henri crut que le meilleur moyen de se faire pardonner ses rapines était d'intéresser au partage ceux mêmes dont il redoutait la censure. Il concéda en pur don des terres considérables; il vendit à vil prix des églises et des bâtiments, dont la démolition seule rendait à l'acquéreur le double et le triple de la somme payée. Il poussa si loin la prodigalité en ce genre, qu'il donna le revenu entier d'une abbaye à une femme pour la récompenser d'avoir fait un pudding à son gout. Charles-Quint, politique bien plus profond, en apprenant cet acte de violence et d'iniquité, s'écria : « Mon frère « Henri a tué la poule aux coufs d'or. » L'événement prouva bientôt la justesse de cette comparaison : l'Etat ne profita en rien des dépouilles du clergé. Tombées dans d'indignes mains, elles n'aboutirent qu'au renversement de l'ordre et à la corruption des mœurs. Enflés de leurs fortunes soudaines, les individus les plus abjects sortirent de la fange, et voulurent être révérés, sinon comme de grands seigneurs, du moins comme des seigneurs opulents. Séduit par l'appât du gain, l'homme faible étouffa le cri de sa conscience : il devint d'abord le complice, et, bientôt après, l'apologiste du crime. Henri avait déployé la force pour bouleverser le temporel de l'Église, dont il s'était déclaré le chef et le protecteur : il crut que le moment était arrivé où le spirituel devait être également réglé par sa toutepuissance. Cent fois il avait appelé son souverain pontife à un concile général ; ce concile est indiqué à Mantoue : le roi décline son autorité, parce que la convocation en est faite par le pape. Malheur cependant à quiconque eût paru douter de son orthodoxie ! Un pauvre maître d'école de Londres, nommé Lambert, en fit la cruelle expérience. Cet homme, imbu des opinions de la réforme, était accusé d'avoir nié la présence réelle, dogme auquel Henri VIII resta toujours invinciblement atiacnc. t.ue uevani i artneveque ixonmcr , Lambert en appelle au roi. Henri saisit avidement l'occasion de déployer les profondes connaissances théologiques dont il était aussi vain que des attributs mêmes de la royauté. 11 assemble, dans le plus grand appareil, les prélats et les pairs du royaume à Westminster. Q
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son trône; Lambert est introduit seul et sans défenseur le roi entre en lice avec ce malheureux. La controverse durait depuis cinq heures : Henri la termine hrusquement, en demandant à son antagoniste s'il veut vivre ou mourir. Lambert a le courage de choisir la mort : il est envoyé au bûcher. Quelques jours après, cinq anabaptistes hollandais sont exposés sur la place publique avec des fagots attachés sur le dos : on y met le feu , et ces malheureux périssent dans ce nouveau supplice (28 juin 1539). Le parlement, de plus en plus servilc, consacre cette effroyable intolérance par le bill des six articles, que l'horreur générale flétrit aussitôt du nom de statut de sang (bloody bill), sous lequel on le distingue encore. Les écrivains protestants avouent que jamais l'inquisition elle-même ne poussa si loin l'injustice et la barbarie. La loi condamnait au feu quiconque nierait la transsubstantiation ou la nécessité de la messe; elle ne l'admettait pas même à se rétracter. Le même supplice attendait ceux qui proposeraient le mariage des prêtres. La confession auriculaire, l'approche des sacrements à certaines époques de l'année, étaient ordonnées, sous peine de fortes amendes et d'emprisonnement illimité. La puissance temporelle du roi fut augmentée dans la même proportion que sa puissance spirituelle. Ses simples proclamations furent assimilées aux actes du parlement ; et, par là, le parlement lui-même se reconnaissait désormais tout à fait inutile. N'ayant plus de vœux politiques à former, Henri s'occupa de son bonheur personnel. Depuis deux ans il était veuf : quelques regrets qu'il eût accordés à Jeanne Seymour, peu de jours après sa mort il avait songé à la remplacer. Il avait jeté les yeux , d'abord , sur la duchesse douairière de Milan, nièce de Charles- Quint. Cette union éprouvait des difficultés : son ' amitié pour François Ier lui fit désirer une princesse française. 11 demanda la duchesse douairière de Longueville, fille du duc de Guise, que le rapport de ses émissaires lui avait dépeinte sous les couleurs les plus séduisantes. François lui lit dire qu'elle était promise au roi d'Ecosse, et lui offrit Marie de Bourbon, fille du duc de Ven- I dôme, que ce même monarque avait déjà refusée. Ce fut, pour Henri, un prétexte de la refuser aussi. Il pria enfin son bon frère de lui amener à Calais les deux jeunes princesses de Guise, avec l'élite des heautés de la cour de France, afin qu'il pût faire un choix parmi elles. La galanterie de François I" fut blessée de cette proposition : il répondit qu'il portait trop de respect aux dames pour les conduire au marché, à l'égal de palefrois et haquenées. Thomas Cromwell profita de ces lenteurs pour tourner les pensées de son maître vers Anne de Clèves, dont la sœur avait épousé l'électeur de Saxe, chef de la ligue protestante. Henri se détermina sans peine à ce mariage, sur la vue d'un portrait extrêmement flatté, peint par le célèbre Holbein. Impatient d'en contempler le
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modèle, il alla incognito, au-devant de la princesse jusqu'à Kochester. Il la trouva grande et forte , telle qu'il le désirait, mais totalement dépourvue de beauté et de grâces. Furieux de voir ses espérances déçues, il s'écria que c'était une grosse cavale flamande. Son dégoût pour elle augmenta lorsqu'il s'aperçut qu'elle ne parlait que le bas allemand (1), et qu'elle ne savait pas la musique. Il fit discuter dans le conseil s'il ne renverrait pas !a princesse à sa famille. La crainte d'irriter les princes protestants le décida à conclure le mariage (6 janvier 1540). Cromwell s'étant hasardé, le lendemain des noces, à lui demander s'il était plus content de sa nouvelle épouse , il lui répondit avec un regard sinistre qu'elle lui déplaisait mortellement. 11 ne dissimula même pas qu'il se croyait trompé sur un point auquel il attachait une importance extrême. Henri fit néanmoins effort sur lui-même, pendant les premiers mois, pour ne pas laisser éclater son mécontentement : son attention était d'ailleurs absorbée par les affaires publiques. Au milieu île l'envahissement général des biens ecclésiastiques* un ordre religieux et militaire était resté intact. L'ordre de St-Jean de Jérusalem , que l'on commençait à nommer l'ordre de Malte, était souverain : il avait rendu et rendait chaque jour d'éminents services à la chrétienté; mais il était riche : la spoliation des biens qu'il possédait en Angleterre fut résolue. Le parlement se prêta, sans résistance à cette nouvelle iniquité. Mais il se montra beaucoup moins complaisant lorsque le roi , dans la même session , vint lui faire la demande d'un subside considérable. Prodigues des plus basses adulations, prodigues même du sang des citoyens, les communes étaient fort avares d'argent. Elles osèrent manifester leur surprise d'entendre le roi se plaindre de la pénurie de son trésor, après de si riches pillages : mais chez ce prince, extrême en tout, l'esprit de profusion égalait l'esprit de rapine. Son aversion pour la reine augmentait de jour en jour : secouant i ni in toute retenue , il résolut de se défaire à la fois de cette épouse importune, et du ministre qui la lui avait donnée. Une cause secrète le poussait à ce parti violent. Il était devenu amoureux de Catherine Howard, nièce du duc de Norfolk, comme l'était la malheureuse Anne Boleyn. Le duc baissait Cromwell : il sut se faire donner l'ordre île l'arrêter. Peu de jours auparavant, la chambre des pairs avait déclaré ce ministre digne d'être le vicaire général de l'univers : tout à coup flic le déclara, sans même l'avoir admis à se défendre, coupable d'hérésie et de haute trahison. Le roi fut humblement supplié de permettre au parlement de discuter la validité de son mariage. On rappela , comme une découverte importante, que la reine, dans son enfance, avait été promise au
(11 PlattdeuUcht i ce dialecte est encore dans toute la basse Allemagne la langage muel du peuple et même de la [.rtite
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duc de Lorraine, encore enfant lui-même; et, à cet argument, Henri en ajouta deux autres plus bizarres encore : il pre'tendit qu'en épousant Anne de Clèves, il n'y avait point consenti dans son for intérieur, et que, d'ailleurs, il n'avait pas jugé à propos de consommer le mariage. Consultée par son chef suprême, la nouvelle Église n'hésita pas à prononcer le divorce; et le parlement s'empressa de ratifier cette décision (12 juillet 1540). La reine, fort heureusement pour elle, était du caractère le plus apathique : elle eût payé de sa vie la moindre résistance. Elle n'en fit aucune, et parut très-satisfaite du titre de sœur adoptive du roi, et d'une pension de trois mille livres sterling. Loin de vouloir retourner dans son pays, où elle aurait eu trop à rougir de son affront , elle demanda qu'il lui fut permis de terminer ses jours en Angleterre. Elle survécut dix ans à Henri VIII. Trois semaines après la sentence de divorce, Catherine Howard fut déclarée reine : le roi l'avait déjà épousée en secret. Dirigée par les conseils du duc de Norfolk, son oncle, qui penchait intérieurement pour l'ancienne religion de l'État, elle anima son époux contre les réformateurs. Les six articles du Statut de sang leur furent appliqués dans toute leur rigueur. Cette cruelle persécution des protestants fit dire avec justice que la potence attendait ceux qui étaient pour le pape, et le bûcher ceux qui étaient contre lui. Henri faisait parade de cette impartialité tyrannique. Six malheureux furent tratnés au supplice sur la claie pour leurs opinions religieuses : sur chaque claie, on avait eu soin d'accoupler un catholique et un luthérien. La vieille comtesse de Salisbury, issue du sang royal et la dernière îles Plantagenets, fut exécutée, ou plutôt massacrée sur l'échafaud, où elle refusa opiniâtrement de présenter sa tête au coup mortel. Son crime était d'être la mère du célèbre cardinal Pôle, qui s'était expatrié pour combattre sans relâche la doctrine de la réforme et du schisme. Les affaires politiques détournèrent un instant l'attention que, par goût, Henri eût von 1 ii donner exclusivement aux affaires ecclésiastiques. Le voyage de Charles-Quint en France lui avait inspiré beaucoup de jalousie. Des confidences indiscrètes de François I" à l'empereur, et dont ce prince abusa lâchement, aigrirent si vivement Henri , qu'il songea dès lors à faire la guerre à son ancien allié. Il était dans des dispositions non moins hostiles envers Jacques V, roi d'Écosse, son neveu. Il lui avait proposé une entrevue à York, et s'était déjà transporté dans cette Tille, lorsqu'il apprit que Jacques refusait de s'y rendre. Cet outrage fut suivi d'un second, qui l'irrita plus vivement encore. Henri avait envoyé en présent à son neveu des livres magnifiquement reliés. Le roi d'Écosse reconnut que c'étaient des ouvrages hétérodoxes, et les jeta aussitôt au feu, en disant : « Il vaut mieux que ces m livres soient perdus que de me perdre moi-
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« même. » Au moment où Henri VIII s'apprêtait à tirer vengeance de ces insultes, il en reçut une, en particulier, qui alluma dans son âme une rage d'autant plus terrible qu'il était loin de s'y attendre. Il était si enchanté de sa nouvelle compagne, qu'il avait demandé à son aumônier uns formule de prière expresse pour rendre grâces au ciel de la félicité conjugale dont il jouissait. A son retour d'York, le primat Cranmer lui remet un mémoire contenant d'importantes révélations que lui avait faites un nommé Lascelles. Cet homme accusait la reine d'avoir mené une vie dissolue avant d'être devenue l'épouse du roi. Il s'appuyait du témoignage de sa sœur, qui avait servi la vieille duchesse de Norfolk, à l'époque même où celle-ci s'était chargée de l'éducation de Catherine Howard. Il nommait deux des gens de la maison (Derham et Mannoc), que la jeune Catherine avait honorés de ses faveurs particulières. Confondu de surprise , le roi traita d'abord ce récit de fable absurde. 11 ordonna toutefois au chancelier de faire d'exactes informations : nonseulement elles confirmèrent les dépositions de Lascelles, mais autorisèrent même à croire que Catherine n'avait pas été plus réservée depuis son élévation au trône. Elle nia fortement ce dernier grief; mais elle confessa franchement les fautes de sa jeunesse; Derham et Mannoc avouèrent, de leur côté, tout ce qui les concernait, et entrèrent dans des détails qui établirent la complicité de lady Rochefort , femme devenue exécrable à toute la nation depuis qu'elle s'était portée elle-même pour accusatrice de son mari et de l'infortunée Anne Boleyn, sa belle-sœur. Henri VIII, transporté de fureur, assemble le parlement, instrument ordinaire de ses vengeances. Un bill dWtainder est lancé contre la reine , contre toute sa famille, toutes ses connaissances. Le crime de ces personnes était de n'avoir point averti le roi de la conduite antérieure de Catherine , comme si c'était à des parents à révéler de telles turpitudes! Mais les bornes de la justice et de la pudeur étaient franchies depuis longtemps. Le parlement rendit une loi dont l'infamie, la cruauté et le ridicule étaient sans exemple dans la législation d'aucun peuple civilisé. Cette loi déclarait coupable de haute trahison tout homme qui , ayant connaissance d'une galanterie de la reine, n'en avertirait pas immédiatement le roi, et toute fille qui épousant un roi d'Angleterre, et n'étant plus vierge, n'en ferait pas une déclaration sincère. Le lendemain même, la reine et lady Rochefort eurent la tête tranchée à la Tour de Londres (12 février 1512). Le roi voulut bien faire grâce de la vie à la duchesse de Norfolk, dont le forfait se réduisait à être la grand'mère de Catherine; et il se fit solenneUement remercier de cet acte de clémence. Le parlement venait d'ajouter aux titres de Henri en érigeant l'Irlande en royaume; mais il s'était montré peu disposé à accueillir une demande de subsides. Henri, qui
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avait besoin d'argent pour faire la guerre au roi d'Écosse, dont il lui tardait de se venger, reprit le cours de ses extorsions. Les biens des évêchés , des chapitres, des collèges, des hôpitaux mêmes, en un mot toutes les fondations pieuses qu'un reste de pudeur avait sauvées de ses premiers pillages, devinrent sa proie, ou plutôt celle de spéculateurs avides qui profitèrent de l'embarras des finances pour se les faire adjuger à vil prix* D'ailleurs, la partie saine de la nation vit cette sorte d'acquisitions avec horreur, et se fit un deroir de conscience de n'y prendre aucune part. Souillé de tant de rapines et du sang des deux reines, Henri VH1 fit offrir è François Ier de resserrer les nœuds de leur ancienne amitié. Ses avances furent reçues avec une extrême froideur : François pénétra sans peine qu'elles étaient suggérées par la crainte qu'il ne secourût l'Ecosse. Henri menaçait cette antique alliée de la France d'une invasion qui se réduisit à l'incendie de quelques villages. La mort de Jacques V ramena bientôt la paix : il laissait ses Etats à une fille unique encore au berceau, qui fut depuis si célèbre sous le nom de Marie Stuart. Henri crut voir l'occasion de réunir les deux couronnes; et il se hâta de conclure un traité, dont la première clause était l'union future du prince de Galles avec la jeune reine. Cette courte guerre terminée, Henri revint à ses occupations favorites : la théologie et la controverse. Il avait fait traduire la Bible en langue vulgaire : chaque église en possédait an exemplaire enchatné sur un pupitre , afin que tout individu eût la faculté d'en prendre lecture. Une nouvelle loi révoqua cette permission, et défendit de plus, à tout sujet non noble, d'avoir chez lui une Bible anglaise. Le roi se chargea luimême de fournir aux fidèles de son culte les lectures qui devaient guider leur croyance. Il publia un lirre intitulé Y Instruction du chrétien {Institution of a Christian man). Les points de doctrine les plus délicats, tels que le libre arbitre, les bonnes œuvres, la grâce, étaient réglés dans cet ouvrage. Les sacrements, qui peu d'années auparavant avaient été réduits à trois, y étaient rétablis au nombre de sept, nenri , alors même qu'il faisait de ses opinions personnelles autant d'articles de foi pour sa nation , ne voulait pas se laisser lier les mains par ses propres décisions. Bientôt, en effet, mécontent de ce livre, qui devait être la pierre angulaire de l'Église anglicane, il traça un nouveau modèle d'orthodoxie , sous le litre de Science du chrétien (Erudition of a Christian man). Ces deux traités s'accordaient, du moins, sur un article : celui de l'obéissance passive; et l'auteur prenait, lui-même, des mesures pour que la pratique en fût rigoureusement observée. Le roi se chargea aussi de revoir le Missel : mais il n'y fit guère d'autre changement que d'en effacer le nom du pape, toutes les fois qu'il l'y rencontra. La haine qu'il portait au Saint-Siège s'était tellement accrue, qu'il fit un crime au roi de France de ne
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pas s'en être encore s»fparé, conformément à la promesse qu'il prétendait avoir reçue de ce monarque dans leur dernière entrevue. Pour un prince du caractère de Henri VIII, ce motif avait peut-être plus de poids encore que les avantages politiques dont le flattaient les astucieuses insinuations de Charles-Quint, fi entra donc avec chaleur dans tous les projets de l'implacable rival de François I*T. Leur traité d'alliance, conclu à Londres, le 11 février 1543, ne tendait à rien moins qu'à détrôner ce prince, et à démembrer la France. Au moment où l'on supposait que Henri allait passer la mer, pour se mettre à la tète de l'armée qui devait, disait-il, le conduire à Paris, on fut fort étonné de lui voir prendre une sixième femme (12 juillet 1543). Son choix était tombé sur Catherine Pair, veuve de lord Latirner. Ainsi se vérifia la prédiction qui avait été faite , par raillerie, que le roi serait réduit à épouser une veuve, depuis que ses propres lois l'avaient rendu un galant trop dangereux pour les jeunes filles. Ce nouveau mariage lui parut exiger uu nouvel acte du parlement pour régler l'ordre d'hérédité. Les dispositions en étaient peu favorables à Catherine Parr : il fut aisé de voir qu'elle n'était point portée au trône par une de ces passions violentes qui avaient causé l'élévation et la chute de quelquesunes des reines nui l'y avaient précédée. Les princesses Marie et Elisabeth, plusieurs fois déjà déclarées illégitimes, furent rappelées dans la ligne de succession. Mais cet acte de justice était encore empreint des caprices despotiques de Henri. Les princesses ses filles n'étaient réintégrées qu'autant qu'elles se soumettraient sans réserve aux conditions qu'il lui plairait de leur imposer. H n'exerçait pas un empire moins absolu sur la nation que sur sa propre famille. Tandis qu'il faisait déclarer nulles toutes les dettes résultant de ses divers emprunts, il exigeait de nouveaux prêts. Un vieil aiderman de Londres ayant osé s'y refuser, le roi le fit enrôler comme fantassin, et I'euvoya rejoindre l'armée en Ecosse. Un autre fut jeté en prison , et n'obtint sa liberté qu'en payant une double taxe. Sous prétexte d'empêcher l'exportation du numéraire, Henri éleva le prix de l'or de quarante-cinq schellings l'once à quarante-huit, et l'argent, de trois schellings neuf pence à quatre schellings. H fit battre une monnaie de bas aloi, et lui donna un cours forcé. Toutes ces exactions étaient colorées par la nécessité de faire face aux frais d'une double guerre. Une flotte de deux cents voiles débarqua 10,000 hommes à Leith , en Ecosse , sous le commandement du comte dUerlford. H brûla Edimbourg, saccagea le plat pays, et se rembarqua presque aussitôt. Celte expédition exaspéra la nation écossaise, et rompit l'union projetée entre la reine Marie Stuart et le prince de Galles. Aussi disait-on que le roi d'Angleterre en avait trop fait si c'était pour conclure une alliance, et trop peu si c'était pour opérer la conquête. Le motif véritable du
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rappel subit de cette armée était la résolution > de diriger la totalité de ses forces contre la France, afin de mettre à exécution , contre cette puissante monarchie, le plan de démembrement arrêté entre Henri et Charles-Quint. Le premier, selon ce plan , devait se mettre en marche de Calais ; le | second , des frontières de la Belgique ; et tous deux réunis se porter droit sur Paris, arec 100,000 hommes, laissant toutes les places fortes derrière eux. En conséquence, après avoir déféré la régence à la reine, Henri traversa la Manche dans un vaisseau dont les voiles étaient de drap d'or , et prit terre à Calais , avec l'élite de la noblesse anglaise (1544). La plus grande partie des forces de François Ier était occupée contre les impériaux, qui avaient envahi la Champagne. Rien ne semblait devoir s'opposer aux progrès de Henri : mais, au lieu de marcher en avant, il divisa son armée en deux corps, et investit à la fois Montreuil et Boulogne. 11 commandait en personne ce dernier siège. On doit lui supposer une politique assez étendue pour avoir réfléchi, à temps • que la ruine de la France allait mettre la monarchie universelle entre les mains de l'ambitieux Charles-Quint. Ce prince, en effet, fit presser son allié de marcher sur Paris : Henri répondit qu'il ne pouvait abandonner avec honneur les sièges commencés. Irrité de se voir dupe, Charles signe brusquement la paix à Crépy, et rappelle le corps de troupes dont il avait renforcé l'armée anglaise. Henri renonce à prendre Montreuil, et réunit tous ses efforts contre Boulogne. Les habitants, qui formaient presque seuls la garnison de cette place, opposaient, depuis deux mois, une résistance héroïque. Mais ils aperçoivent, un matin, sur les hauteurs qui dominent la ville, une batterie formidable , qui les menaçait d'une entière destruction : ils acceptent une capitulation honorable. Cette artillerie n'était composée que de canons de bois : on les conserve encore à la Tour de Londres , en mémoire du stratagème de Henri V 111. Tel fut, au reste, tout le fruit qu'il recueillit de cette expédition gigantesque. François Ier, dans la campagne suivante, fit menacer, à son tour, les côtes d'Angleterre, line flotte française de deux cents vaisseaux débarqua des troupes dans l'Ile de YVigbt, et même dans le comté de Sussex. Henri VUI témoigna, le premier, le désir de terminer cette guerre. Sa corpulence, qui devenait énorme, ses forces, (fui déclinaient chaque jour, lui faisaient éprouver le besoin du repos. Il conclut , le même jour (7 juin 1546), la paix avec la France et l'Ecosse. Il ordonna une procession solennelle en actions de grâces. Toutes les églises furent invitées à se parer de ce qu'elles possédaient de plus précieux en ornements cl en argenterie. Le lendemain même , le roi lit saisir toutes ces richesses, et ordonna qu'elles fussent déposées dans un trésor, sans en donner d'autre raison que sa volonté. H n'en allégua pas non plus d'autre pour les
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innovations qu'il continuait à introduire dans la liturgie , sans daigner même consulter le clergé. Il décida que la messe serait toujours célébrée en latin, mais que les litanies seraient récitées en langue vulgaire. Violant ses propres lois , qui défendaient de rappeler le pontife romain à la mémoire des peuples, sous quelque prétexte que ce fût, il ajouta un verset à ces litanies anglaises, pour prier le ciel de préserver l'Angleterre de la tyrannie de l'évéque de Rome : et tyrannisant lui-même les consciences avec plus de violence que jamais, il osa prétendre que ses ordonnances religieuses eussent non-seulement la force des lois, mais l'autorité même de la révélation. Le primat Cranmer l'excitait sourdement à ces actes despotiques : il se hâtait de profiter de l'absence de son rival, Gardiner, évêque de Winchester, qui était alors en mission auprès de l'empereur. Gardiner conservait un penchant secret pour le catholicisme; et souvent aussi ses avis influaient sur les décisions théologiques de Henri. U est donc peu étonnant de voir le roi-pontife si fréquemment en contradiction avec lui-même. Dans le moment où il travaillait à consolider les fondements de sa nouvelle Eglise, il vengeait encore cruellement l'ancienne des outrages faits au premier de ses mystères. Il livra aux flammes des individus de diverses conditions qui avaient nié la présence réelle dans l'eucharistie. De ce nombre était une jeune femme nommée Anne Askew, que sa beauté et ses qualités aimables ne purent sauver de 1* plus barbare torture (roy. Assew). Elle avait vécu dans l'intimité de la reine Catherine Parr, et elle pouvait la perdre par une seule déposition. Cette infortunée garda un silence héroïque; mais Catherine ne tarda pas à courir un nouveau danger. Dans les conversations que le roi se plaisait à avoir journellement avec elle, et toujours sur des matières de controverse , elle s'était hasardée à manifester des sentiments favorables à la doctrine de Luther. Henri se courrouça d'autant plus vivement de cette hardiesse, que, depuis quelque temps, les douleurs de l'hydropisie et d'un ulcère qui s'était ouvert à l'une de ses jambes rendaient son humeur plus irritable que jamais. Aigri encore par les conseils du chancelier Wriothesley, auquel il avait fait part de son mécontentement, il lui enjoignit de dresser un acte d'accusation contre la reine. Le roi n'en donna aucune connaissance à la princesse; mais elle eut le bonheur d'être avertie secrètement. Elle se rendit sur-lechamp auprès de son redoutable époux , qui dissimula au point de reprendre paisiblement l'entretien de la veille. Dès les premiers mots , elle se déclara incapable de soutenir une discussion contre un prince reconnu pour le plus grand théologies du siècle , ajoutant avec adresse que , si elle osait quelquefois le provoquer, c'était pour faire naître les occasions de s'instruire elle-même. Enchanté de ecl aveu , Henri l'embrasse tendrement, et lui
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promet de la défendre contre tous ses ennemis. En effet, le chancelier se présente avec des gardes pour exe'cuter le warrant, et conduire la reine à la Tour. Le roi va au-devant de lut, et, dès qu'il l'aperçoit, prodigue au premier magistrat du royaume les noms de fripon . A'imbécilt et de béte (knave, fool , beast). Ce dénoùment imprévu confondit tout le parti opposé à la reine. Le duc de Norfolk passait pour en être le chef. Il n'y avait point de seigneur plus puissant à la cour : Henri avait successivement épousé deux de ses nièces; et le duc de Richemont, fils naturel du roi , était nouvellement marié avec l'une de ses filles. Tout à coup Norfolk est arrêté avec son fils, le comte de Surrey. Ce jeune homme, d'un mérite accompli, après un simulacre de jugement, est déclaré coupable d'avoir à son service des gens suspectés d'entretenir une correspondance suspecte. On lui tranche aussitôt la téte. Celle du duc son père allait également tomber : déjà Henri avait fixé le jour de sa mort. Mais Norfolk devait lui survivre : la veille du jour marqué, ce fut le roi qui mourut (2S janvier 1X47). Depuis quelque temps , toute sa cour observait le dépérissement rapide de sa santé ; mais personne, pas même ses médecins , n'osait l'en avertir, de peur d'encourir la peine capitale portée contre ceux qui prédiraient la mort du roi. Un seul membre du conseil eut ce courage. Henri montra de la résignation , et demanda qu'on lui envoyât l'archevêque Cranmer. H avait perdu la parole avant l'arrivée de ce prélat. Cranmer l'exhorta à témoigner
S>ar un signe qu'il mourait dans la foi chrétienne : e roi lui serra la main , et il expira dans le même instant. Il était dans la 56e année de son âge , et la trente-huitième de son règne. Il fut enterré à Windsor, dans le tombeau qu'il s'était fait préparer. Conformément à sa volonté, on y déposa près de lui le corps de Jeanne Seymour, celle de toutes ses femmes qu'il avait le plus aimée. Il avait fait son testament un mois avant sa mort. Quelques articles de cet acte sont remarquables parce caractère de contradiction et de bizarrerie, qui s'était toujours manifesté dans la conduite de ce prince. Par exemple, il fondait des messes perpétuelles pour racheter son âme du purgatoire, lui qui avait aboli toutes les fondations de ce genre faites par ses propres ancêtres. François Irr (ce qui est assez digne de remarque) ordonna qu'il fût célébré à Notre-Dame de Paris un service solennel pour Henri VIII , tandis que Marie, la propre fille de Henri, lorsqu'elle parvint au trône, défendit que l'on priât Dieu pour son père, parce qu'il était mort excommunié. Henri VIII, dans le cours de son règne, se montre sous tant d'aspects divers, que le seul moyen de se former une idée de ce caractère indéfinissable est de récapituler ses principales actions et de les opposer les unes aux autres. Quelquefois on le trouvera sincère, généreux, désintéressé, magnanime; plus souvent injuste, opiniâtre, cruel, avide, ira-
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placahle. Né avec de l'esprit naturel, il avait cherché à le cultiver : il était aussi versé qu'on pouvait l'être à cette époque dans la littérature ancienne; il savait assez bien la musique pour composer des morceaux qui furent exécutés dans sa chapelle. 11 aurait pu être aimable, et on ne l'approchait qu'en tremblant. Dans la bizarrerie de ses caprices, un de ses grands plaisirs était d'inquiéter les personnes même qui jouissaient de ses bonnes grâces. Sous le prétexte le plus frivole, il les menaçait de toute sa colère et les mandait en sa présence pour les accabler de reproches et de sarcasmes. Tout à coup, éclatant de rire, il leur remettait le brevet d'une place éminente ou un présent d'une grande valeur. Par une manie semblable, il écrirait des lettres foudroyantes à des hommes qui se croyaient inconnus de leur souverain; et, après les avoir tenus quelque temps dans de mortelles angoisses , U leur dépéchait un second courrier avec la nouvelle d'une faveur qu'ils n'avaient point sollicitée. Cette récréation fantasque mériterait à peine d'être rappelée, si elle n'expliquait jusqu'à un certain point le cruel plaisir que goûtait Henri VU à se jouer de la crédulité des esprits dans les matières les plus graves. Après douze ans d'essais pour réformer et régler la croyance de ses sujets, dans quel dédale de lois contradictoires ne laissa-t-U pas flotter les opinions! A sa mort les Anglais ignoraient encore à quel culte ils devaient se vouer. L'antique religion de l'État, d'une part; de l'autre, toutes les sectes nées de la réformation , partageaient et troublaient les consciences. Chacun examinait, chacun raisonnait; tous les partis n'étaient d'accord que sur un point : l'intolérance envers les autres. Qui croirait néanmoins que l'auteur de tant de dissensions, de spoliations et de violences, ne fut jamais pour ses peuples un objet de haine ou d'horreur? Dans sa jeunesse, les dehors brillants de Henri Vin avaient captivé la multitude : lorsqu'eUe cessa de l'aimer, la crainte la retint dans le respect. On pourrait même supposer, si l'on s'en rapportait aux actes publics de cette époque, que jamais la mort du meilleur roi ne causa plus de larmes et de regrets. La vénération servile des peuples de l'Asie n'emploie pas des expressions plus emphatiques et des formes plus basses. A l'exemple de la malheureuse Anne Boleyn montant à l'écbafaud , les premiers corps de l'État, les plus humbles sujets, prodiguaient sans cesse les titres de doux et de clément {gentle and merci/ ni , à un tyran fanatique qui avait fait périr soixante-douze mille hommes dans les supplices pour les forcer à croire ou à ne point croire. Et il ne faut pas s'imaginer que son despotisme ne se déployât qu'en fait de matières religieuses : aucun homme , aucune profession , aucune opinion ne pouvait s'y soustraire. Il s'était élevé dans l'université d'Oxford deux partis divisés de sentiment sur la prononciation du grec. Henri se fait soumettre la
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question et se décide en faveur de l'un de ces partis. Les peines du fouet, de la dégradation et du bannissement furent portées contre les étudiants et les professeurs mêmes qui auraient l'audace de prononcer le grec autrement que le roi. Lorsqu'il rendait une ordonnance de police, il ne s'en rapportait pas pour l'exécution aux agents de son autorité. Au moyen d'un déguisement, il pénétrait lui-même dans les tavernes et les réduits les plus obscurs. On voit encore à la Tour de Londres la canne à dard qu'il portait , pour sa sûreté , dans ces courses nocturnes : la hauteur et la grosseur de cette arme donnent une grande idée de sa taille et de sa force- Henri VIII eut pour successeur le fils que lui avait donné Jeanne Scymour (voy. Edouard VI) (1). S-v-6.
HENRI II, roi de Castille (2), généralement connu sous le nom de comte de Transtamare, naquit à Séville en janvier 1333. 11 était fils naturel d'Alphonse XI et de dona Eléonore de Guzman. Don Roderic Alvarez des Asturies, seigneur puissant, et partisan de dona Eléonore, l'adopta, et lui communiqua une haine implacable contre son frère l'infant don Pedro, le lui faisant envisager comme le seul obstacle qu'il eût à vaincre pour arriver jusqu'au trône. Par la mort d'Alphonse XI (1350), don Pedro, fils et successeur de ce monarque , ayant été proclamé roi de Castille (roy. Pierre, dit le Cruel), don Henri ne songea qu'à se soustraire au ressentiment de son frère qu'il savait être très -irrité contre dona Ëléonore de Guzman. Mais, contre son attente, don Pedro l'appela à la cour, le reçut avec bienveillance, et lui permit de voir sa mère dona Eléonore, retenue dans l'Alcaçar de Séville. La bonne intelligence qui régnait entre les deux frères ne fut interrompue que par le mariage de don Henri avec dona Jeanne Emmanuelle, qu'il conclut à l'insu et contre l'aveu du roi. S'étant retiré en Aragon , il fut encore rappelé par don Pedro, qui lui rendit sa bienveillance, et le nomma comte de Transtamare. Ce prince , dont la sévérité extrême lui mérita le surnom de cruel, ne montra de clémence qu'en faveur de son frère don Henri. En effet, il ne voulut jamais saisir aucune des nombreuses occasions où il aurait pu se débarrasser d'un rival aussi dangereux, et dont la haine contre lui ne faisait qu'augmenter. La mort violente de dona Eléonore , mère de don
(1) L'histoire de la vie et du règne de Ilenri Ytll a été écrite en aogla » par Edouard Herbert de Cherbury, Londres, 1649, lfi66, IC72, I6ta, in-fol.; ibid., 1740, ln-4*,etpM8haronTurner, Londres, ltUC, in-4«, 1827, 1828, 3 roi. in-b-, M. Thomson a donné : JJimorrtt nr la cour de Henri VIII, Londres, 1826, 2 vol. m S1, traduits en allemand par Becker, Lelpslck, 18*27, in-**-. EoGn, M. F. -F. Tytler a donné la Tic de Henri VIII, Kclimbourg , I» in-S», en anglais ; et M- iudin : Hxttoire de Henri VIII eldu ichUnu d'Angleterre, en français, Pari», 1847, lb&O, 2 vol. in-8«; Louvain, 1847, 2 Toi. in-0». E. D— ».
(2) On n'a pas cru deroir donner d'article à HExm l", «1s d'Alphonse III de CaaUlle (ou IX de Léon), dit le Noble iroy. Al THo*s«i, et prédécesseur du saint roi Ferdinand III. Ce jeune prince, né en 1204, mourut le 9 juin 1217, d'une tuile qui lui tomba sur la tête-, tt les trois années de son rrgne ne turent sillHjfii que par les intrigues de la régence [voy, Dixotokm
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j Henri . servait à ce dernier de raison ou de prétexte ; mais son principal but était de se frayer
i un chemin au trône. H excita pour cet effet plusieurs mécontents, répandit ses largesses, se joignit au duc d'Albuquerque, ennemi du roi, et entra avec lui à main armée dans les terres de Castille. Habile à profiter de tous les avantages, il persuada qu'il ne commettait ces hostilités que pour défendre la reine dona Marie, mère de don Pedro, que ce prince avait éloignée de la cour lorsqu'il avait pris les rênes de l'État. Don Henri remporta une victoire signalée sur les royalistes; mais , contraint ensuite de se retirer, il se réfugia en Portugal. Allié tantôt avec le monarque portugais , tantôt avec le roi d'Aragon , les flattant tour à tour de l'espoir d'obtenir la couronne de Castille, il fit avec leur secours de fréquentes incursions dans ce pays, en gagnant toujours de nouveaux partisans, en même temps qu'il feignait à plusieurs reprises de se raccommoder avec le roi don Pedro. L' Aragon ayant déclaré formellement la guerre à la Castille, don Henri se rangea sous les drapeaux du monarque aragonais- Il fut alors proclamé traître à l'Etat et à la patrie. Ses deux frères (fils d'Alphonse XI et de dona Eléonore de Guzman) et plusieurs seigneurs castillans quittèrent son parti. Les troupes d'Aragon furent battues, et don Henri se sauva en France, où il prit à sa solde plusieurs de ces grandes compagnies qui désolaient ce royaume. Ayant réclamé le secours de Charles V, dit le Sage, ce roi lui donna pour généraux le fameux du Guesclin et Jean I'r, comte de la Marche, cousin de la reine dona Blanche, que le roi de Castille avait répudiée. Portant partout le fer et la flamme, don Henri parvint jusqu'à Burgos, où il se fit proclamer roi (1366). Pendant ce temps, le prince de Galles (surnommé le prince A'orr), venu au secours de don Pedro, lui livre bataille et le met en déroute. De retour en France, Henri sollicite de nouveaux secours. Le pape Urbain V lui accorde également des troupes et des subsides. H rentre en Espagne à la tête d'une puissante armée , avec le connétable du Guesclin et le comte de la Marche. Plusieurs villes se rangent sous son obéissance. Il prend Tolède, entre triomphant dans Madrid , et défait l'armée de son frère don Pedro (1369), qu'il va assiéger dans la ville de Montiel. De crainte qu'il ne lui échappe, il fait élever une haute muraille autour de la place assiégée. Dans ce conflit , le roi don Pedro fait offrir à du Guesclin une forte somme d'argent et cinq grandes villes, s'il veut favoriser son évasion. Fidèle à don Henri, le connétable lui communique ces propositions. Ce prince lui promit une double récompense, à condition qu'il attirerait don Pedro dans sa propre tente, sous prétexte de le sauver, et qu'il l'en avertirait aussitôt. Du Guesclin voulait se refuser à un procédé si indigne de lui; mais plusieurs seigneurs français lui persuadant que c'était là le seul nwyen de
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terminer la guerre, du Guesclin céda enfin à leurs sollicitations. A peine don Pedro fut dans la tente du connétable, que don Henri y courut pour assouvir sa vengeance. Les deux frères s'élancèrent, l'un contre l'autre comme deux lions furieux. Tous deux tombèrent par terre. Don Pedro, plus adroit et plus vigoureux, allait enfoncer sa dague dans le cœur de don Henri, lorsque (si l'on en croit le témoignage de plusieurs historiens) un illustre partisan de ce dernier lit changer don Pedro de position , en disant : « Quoi que je fasse, il restera toujours un « roi » (Mi quilo ni pongo rei). iion Henri alors, aidé de ses gens, porta plusieurs coups à son frère, qui expira sur-le-champ (43 mars 1368). Henri récompensa libéralement du Gucsclin , les seigneurs et l'armée française qui l'avaient placé sur le trône, où il devint l'idole de ses sujets. 11 rendit à ses Etats le calme et l'abondance, réforma les abus, établit de sages lois, ôta aux juifs l'administration des i m inces dont ils s'étaient en quelque sorte emparés depuis longtemps, et se distingua surtout par sa clémence. Il remporta plusieurs victoires sur les rois de Portugal , d'Aragon et d«; Navarre, et lit sur eux d'importantes conquêtes. Toujours reconnaissant envers la France, il punit, par la voie des armes , Charles le Mauvais, roi de Navarre, de s'être détaché des intérêts de la première : il donna au duc d'Anjou de puissants secours, avec lesquels ce prince se trouva en état de vaincre les Anglais qui l'avaient attaqué, et il envoya une flotte au roi Charles le Sage pour l'aider à se rendre maître de la Rochelle. Après un règne de onze ans , il mourut le 29 mai 1579. Henri ne fut jamais si grand qu'au lit de la mort. U reconnut alors ses torts envers son frère et son roi. Parmi plusieurs conseils qu'il donna à son fils et successeur don Jean I", on cite ces paroles remarquables : « Mon fils, « soyez toujours fidèle à la France ; nous lui de- « vons tout. Récompensez généreusement ceux « des Castillans qui nous ont placés sur le trône; « mais attirez auprès de vous par des présents et « des emplois les amis de mon frère don Pedro. « ce sont là les sujets les plus fidèles ; ils ont « suivi le parti le plus juste. » B— s.
HENRI III , roi de Castille , surnommé V Infirme, naquit à Burges en 1379 , et n'avait que onze ans lorsqu'il succéila à son père Jean ltr, le 10 octobre 1390. Sa minorité et les premières années de son règne furent très-orageuses. Il eut surtout beaucoup à souffrir de la part de l'archevêque de Tolède (son premier ministre), du duc de Benavente et du comte deGijon , ses deux grands oncles, et de sa tante l'infante dona Leonor. Cette princesse avait quitté son époux (Charles Hl , roi de Navarre) pour venir en Espagne , où elle possédait plusieurs villes et un revenu considérable. Tandis que l'archevêque de Tolède et les autres seigneurs s'enrichissaient des trésors de l'Etat, le rot manquait du nécessaire , au point qu'arrivant
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un soir de la chasse et demandant qu'on lui servit son souper , on lui répondit qu'on n'avait rien à lui présenter. Un gentilhomme qui lui était attaché reprit alors : « 11 est bien cruel, sire, « lorsque l'archevêque de Tolède , vos oncles et « votre tante , vivent dans l'abondance et le luxe, « que vous n'ayez même pas ce qui ne manque « point au dernier de vos sujets ; et que , depuis ■ plusieurs mois , pour vous procurer des vivres, « on se soit vu contraint de mettre en gage vos « meubles les plus précieux ! » Soit que le fait fut véritable , soit que par là on eût voulu donner une leçon au monarque , il sut en profiter , et tirant de son doigt un anneau précieux , il ordonna qu'on le vendit , et que de l'argent qui en proviendrait on apprêtât le lendemain uu somptueux banquet, auquel seraient invités l'archevêque , ses deux oncles et les grands de sa cour. 11 fut ponctuellement obéi. Le lendemain , aussitôt que le ministre et les autres conviés se furent mis à table , ils se virent entourés par les gardes du monarque, qui leur dit d'un ton sévère qu'ils allaient subir la prison cl la mort, s'ils ne le déclaraient pas majeur et en état de régner , et s'ils ne rendaient compte à l'instant des trésors du royaume qui étaient dans leurs mains. Me pouvant échapper au juste courroux du roi, l'archevêque et les princes du sang proclamèrent sa majorité et lui remirent des sommes considérables: mais ils devinrent ses plus dangereux ennemis. Cependant l'archevêque de Tolède fut le premier avec lequel le roi se réconcilia. Le duc de Benavente et le comte de Gijon , ayant armé leurs nombreux vassaux , déployèrent pendant longtemps l'étendard de la révolte. La reine de Navarre était aussi dans leur parti. C'est en vain que le roi son neveu , à sa pension de trois cent mille maravédis (près de 2,200 livres, somme considérable dans ces temps-là] , avait ajouté dix mille maravédis de plus. Le comte de Gijon ravageait la Castille , tandis que le duc la parcourait d'un autre côté , forçant les administrateurs à lui livrer les revenus de l'État. Henri les vainquit et leur pardonna deux fois; mais, voyant que sa clémence ne faisait que les rendre plus insolents, il les attaqua de nouveau , les fit prisonniers et fit enfermer le duc de Benavente dans la tour de Ségovie : voulant néanmoins avoir égard , envers le comte Gijon , à sa qualité de premier prinee du sang, il eut l'équité de choisir (en 1395) Charles VI , roi de France , comme arbitre, pour décider entre lui et le comte. Charles VI , d'après ravis de son conseil, condamna ce dernier à perdre I ses États , comme rebelle à son souverain. Henri cependant lui laissa un vaste domaine, où le comte se retira. La reine de Navarre , cernée dans une de ses places fortes par les troupes de Castille, implora la clémençe de son neveu : eHe l'obtint aisément , à condition qu'elle retournerait auprès du roi son mari. Pendant que Henri ni s'occupait à faire rentrer dans le devoir des parents et de»
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sujets rebelles , d'autres chagrins vinrent encore le tourmenter. L'Église était divisée par un schisme scandaleux: Benoit XIII et Boniface III prétendaient également au siège de St-Pierre. En vain le roi de Castille avait envoyé plusieurs fois des ambassadeurs pour engager Benoit à faire une cession que désiraient la plupart des princes chrétiens. Il crut, en attendant, pouvoir régler dans ses Etats la lormc a suivre nans le gouvernement ecclésiastique. Boniface , fort irrité de cette mesure , déclara Henri schismatique , déchu du trône, etc. Une telle condamnation affecta beaucoup le roi, qui était tres-religieux : mais il en fut dédommagé par l'amour de ses sujets, qui n'eurent aucun égard à cet injuste anathème ; et le légat qui l'avait apportée fut contraint de partir aussitôt. Pour terminer le schisme , Henri , d'accord avec les autres souverains, reconnut Benoit XIII en 1403. Malgré tous les troublrs qui avaient agité son royaume, il avait su conserver la paix avec ses voisins. La trêve que son père avait conclue avec les Portugais durait encore lorsque ces derniers , sans aucune déclaration de guerre, attaquèrent et prirent Badajoz. Mais le roi de Castille tira vengeance de cette perfide agression ; il battit les Portugais par terre et par mer , et porta la terreur au delà de leurs frontières ; s*s galères détruisirent leur escadre , et il les força à demander la paix. A peine fut-elle signée , qu'un fléau non moins terrible que la guerre vint (en 1401) affliger l'Espagne. La peste désolait la plupart de ses provinces , et la Castille resta presque dépeuplée. Ce fut à cette occasion que, contre les anciennes lois du royaume , il permit aux veuves de se remarier dans l'année même de la mort de leurs maris. Quelques années après, voyant ses États en paix avec toute l'Europe , et jouissant de la plus parfaite tranquillité, Henri 111 ne pensa plus qu'à réprimer les corsaires africains qui faisaient de fréquentes Incursions sur les côtes de l'Andalousie. Sa flotte prit terre à Tétouan : les Castillans emportèrent la ville d'assaut , la démolirent presque entièrement et s'en retournèrent chargés de butin. Pendant ce temps , Henri III se distingua surtout par le soin qu'il mit à faire exécuter la plus exacte justice ; ses historiens en rapportent plusieurs exemples; nous n'en citerons qu'un seul. Un puissant seigneur castillan (rico-hombre)y après avoir fait enlever une fille noble, l'avait outragée et retenue dans son château. Les plaintes des parents parvinrent aux oreilles du roi de Castille. Il part aussitôt de Madrid , arrive dans le château du gentilhomme, interroge les parties, acquiert toutes les preuves du crime de ce dernier, qui, déjà marié, ne pouvait être l'époux de la demoiselle qu'il avait déshonorée. Le roi , après l'avoir obligé d'assigner à celle-ci une riche dot, le condamna à perdre la tête par la main des bourreaux. Les juifs, devenus insolents en proportion de leurs richesses , étaient accusés de troubler la tranquillité publique; Henri leur défendit l'usure,
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sous les peines les plus sévères, et les contraignit de porter sur leur habit un signe qui les distinguât des chrétiens. Il en agit de même à l'égard des concubines des ecclésiastiques : elles devaient avoir sur leur tête un morceau de drap de couleur d'écarlate, pour qu'on ne les confondit pas arec les femmes honnêtes. 1,'aetivité, le zèle de cet excellent monarque, ne lui laissaient rien oublier , et il pourvoyait à tout. Il fit rebâtir le palais de Madrid , que ses successeurs ont habité jusqu'à Ferdinand VI. Il fit construire celui du Pardo , qui existe encore de nos jours, et embellit sa capitale par de nouvelles rues, de somptueux édifices et de belles fontaines. Son attachement à la religion lui fit concevoir l'espérance de parvenir à chasser les mahométans des Espagnes ; et, à cet effet , il déclara la guerre au roi de Grenade : mais , sa faible santé dépérissant de plus en plus chaque jour, il tomba dans un épuisement total et mourut le 2» décembre U0G , à l'âge de 27 ans, après en avoir rogné dix depuis 6a majorité. Il laissa pour tuteurs de son fils don Jean, la reine son épouse, et son frère l'infant don Ferdinand (depuis Ferdinand IV, dit le Juste, et l'un des plus grands rois qu'ait eus l' Aragon). On crut assez généralement que Henri III était mort d'un poison lent qui lui avait été donné, dit-on , par un médecin juif. « La mélancolie que « lui causaient ses indispositions , dit Ferreras, « altérait un peu son humeur et son caractère ; « mais il montra toujours beaucoup de piété : « extrêmement ami de la justice , tendre père de « ses sujets , il ne laissa jamais échapper l'occasion « de récompenser ceux qui le méritaient. H affer- « mit la tranquillité dans son royaume , et sans « acrabler ses sujets d'impôts , il amassa un tré- « sor considérable , uniquement dans la vue de « déraciner, dans ses Étals, la secte de Mahomet. ■ Sa mort causa un deuil général dans toute l'Es- « pagne. » Lopes de Ayala , contemporain de Henri III , écrivit la Chronique de ce roi ; mais elle ne s'étend que jusqu'à l'an 1390. Barrantes Maldonado la continua , et Gilles Gonzales en donna une complète vers 1323. B— s.
HENBI IV, roi de Castille, né à Valladolid en 1423, eut une jeunesse très-dissipée , et se signala par ses mauvais procédés envers con père Jean H. C'est en vain que ce bon roi chercha à détacher son fils de ses vices, et à lui inspirer le goût des sciences et des lettres , dont il fut en quelque sorte le restaurateur en Espagne (roy. Jlam II). Ennemi de toute instruction, entouré de favoris et de maîtresses, le prince Henri, toujours uni avec les mécontents et les rebelles , ne soupirait qu'après le moment où il pourrait monter sur un trône qu'il était indigne d'occuper, et où il n'apporta, à la mort de son père, arrivée en 143», qu'une incapacité presque absolue, une indolence insurmontable, ses habitudes vicieuses et une prodigalité inconsidérée qui ruinait l'État en accablant ses sujets. Quelques brillantes qualités , un cou-
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rage chevaleresque, des talents militaires, ne i pouvaient racheter de tels défauts. Tant que récurent quelques anciens amis de son père, que son incapacité même le forfait de garder auprès de lui , il put se faire respecter, et conserver la paix dans l'intérieur de son royaume. C'est par leurs conseils qu'aussitôt après son couronnement il s'empressa de renouveler le traité d'alliance avec la France, qu'il prolongea avec le roi de Navarre la trêve signée du vivant de son père, et qu'il se procura aussi l'alliance du roi d'Aragon. Mais, dans cette même occasion, il eut l'imprudence d'indisposer contre lui un des plus puissants seigneurs , le célèbre marquis de Villena , en conférant à l'un de ses favoris, Michel Luc, homme de basse naissance, la grande maîtrise de St-Jacques, qui, de droit, revenait au marquis. Ce furent ces extravagances qui, dans la suite, donnèrent lieu à ses altercations avec les grands, cl furent cause de tous les troubles qui désolèrent son règne. La trêve avec la Navarre allait expirer: le même souverain , Jean II , régnait alors dans ce royaume et dans l'Aragon. Henri IV lui déclara la guerre, sous prétexte de faire rendre la liberté au prince don Carlos, fiancé avec l'infante dona Isabelle, sa sœur, et qui était retenu prisonnier par son père, le roi d'Aragon, contre lequel il s'était révolté. Le roi de Castille entre avec une forte armée dans la Navarre, s'empare de plusieurs places, et envoie en même temps des troupes aux Catalans, qui s'étaient aussi soulevés en faveur de don Carlos. La mort de ce malheureux prince, en MOI, aurait dû mettre un terme à la guerre; mais elle ne continua qu'avec plus de fureur. Les Catalans ayant perdu le prince qu'ils avaient tant aimé, et voulant se soustraire à la domination des Aragonais, proclamèrent Henri souverain de la Catalogne. H n'osa cependant pas prendre le titre de roi d'Aragon et de Valence, que les mécontents de ces deux royaumes le pressaient d'accepter, parce qu'en même temps la France, tout en désapprouvant ce projet, offrait sa médiation pour terminer les différends qui régnaient entre les deux rois. Henri accepta la médiation de la France, et fit sa paix avec le roi d'Aragon. Mais une guerre bien plus cruelle lui était réservée dans ses propres Etats. Ses mauvais procédés, la faveur dont il honorait ses favoris, avaient éloigné de sa cour presque tous les grands de son royaume. Ils n'attendaient qu'une occasion pour éclater : elle se présenta. Le roi de Castille, après î.voir répudié Blanche de Navarre (en 143i) sous des prétextes spécieux, avait épousé, en secondes noces, Jeanne de Portugal, soeur du souverain de ce royaume, princesse dont la galanterie scandaleuse ne cédait en rien aux mœurs dépravées de son époux. Quelque temps après son mariage, elle accoucha d'une fille, l'infante dona Jeanne, qu'il déclara son héritière : mais les principaux seigneurs refusèrent toujours de la reconnaître pour telle, persuadés, comme ils le disaient,
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que le roi était impuissant; et ils répandaient au sujet de la naissance de l'infante des bruits dénués peut-être de fondement. On disait, entre autres choses, que le roi, désirant avoir un successeur à quelque prix que ce fût, avait lui-même introduit dans le lit de sa femme Bertrand de la Cueva, jeune seigneur, qui était à la fois son favori et l'amant de la reine , et que , de ce commerce, était née l'infante dona Jeanne. Henri insista pour que cette princesse fût reconnue comme héritière immédiate de sa couronne, en même temps qu'il la fiança au duc de Guyenne, frère de Louis XL Pour dissiper les bruits injurieux ou ridicules répandus contre lui, il se soumit à l'examen des médecins : mais leur rapport , bien que conforme à ses désirs, ne satisfit point les grands, tous disposés à la révolte. Bientôt, ayant à leur tête l'archevêque de Tolède (depuis longtemps ennemi du roi), ces mêmes seigneurs se liguèrent contre leur monarque, mirent la Castille en insurrection, et procédèrent aussitôt à la déposition de Henri IV, qui eut lieu en 1465. On dressa , à cet effet, un vaste théâtre dans les plaines d'Avila : une statue colossale, assise sur un trône couvert de longs voiles de deuil et avec tous les attributs de la royauté, fut élevée sur ce théâtre. La sentence de déposition fut prononcée à la statue. L'archevêque de Tolède lui ôta la couronne, un autre prélat l'épée, un autre le sceptre; et un jeune frère de Henri, nommé Alphonse, fut proclamé roi. L'archevêque et ceux de son parti déclarèrent Henri impuissant, dans le temps qu'il était environné de maltresses , et prononcèrent que la princesse Jeanne, était bâtarde et née d'adultère. Le roi n'eut pas plutôt appris, à Sal a manque , la nouvelle de sa déchéance, qu'il rassembla à la bâte une armée, et marcha contre les conjurés. C'est alors que la guerre civile devint plus acharnée. Pendant trois ans, les conjurés eurent l'avantage. Ce fut en vain que le roi chercha, par tous les moyens possibles, à les ramènera leur devoir. Outre leur répugnance à reconnaître l'infante dona Jeanne , ils protestaient qu'ils n'étaient armés que pour le bien du royaume, où les lois étaient sans vigueur, le mérite sans récompense et les malfaiteurs impunis. L'infant don Alphonse, qu'ils avaient voulu élever au trône, étant mort dans ces entrefaites, les conjurés jetèrent les yeux sur l'infante dona Isabelle, sœur du roi, qui, à l'âge de dix-sept ans, faisait paraître les grandes qualités qui devaient la mettre un jour au rang des plus grandes princesses. Ils la déclarèrent héritière du royaume de Castille : mais, quelques instances qu'on lui fit, elle ne voulut pas accepter la couronne du vivant de son frère. Celui-ci , harcelé de toutes parts, se vit enfin contraint d'en venir à un accommodement avec les rebelles. Les principaux articles furent qu'il reconnaîtrait Isabelle pour son héritière, se réservant le pouvoir de lui choisir un époux, et qu'il éloignerait de la cour,
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la reine et sa fille dona Jeanne : les seigneurs jurèrent, de leur côté, de rentrer dans l'obéissance. Le roi promit tout ce qu'on voulut, mais ne sanctionna rien par aucune formalité publique. Le calme paraissant rétabli , Henri se décida à marier sa sœur, dona Isabelle, avec le duc de Berry; mais cette princesse le refusa. Les seigneurs, d'après son consentement, avaient déjà négocié en secret son mariage avec l'infant d'Aragon, don Ferdinand (eoy. Ferdinand le Catuoliqie) : ils leur avaient même procuré une entrevue où les parties étaient demeurées entièrement d'accord sur toutes les conditions. Ce mariage eut enfin lieu en 1463. Le roi Henri en fut extrêmement irrité : il voulait en punir sa sœur, mais elle était déjà dans les États de son époux. Quelque temps après il se réconcilia avec elle et son beau-frère; mais il ne consentit jamais à reconnaître publiquement dona Isabelle pour héritière de sa couronne. Henri IV aimait naturellement la guerre , où il allait toujours accompagné de ses favoris et de ses maltresses, il avait demandé à Calixte III (en 1155), contre les Maures de Grenade, une croisade, que ce pape lut avait accordée. Cette guerre, qui dura près de dix ans, n'avait produit aucun avantage remarquable pour les armées castillanes. Cependant, résolu de la continuer, il avait réuni une puissante armée, lorsque, se trouvant à Ségovie, il fut saisi d'une violente maladie, qui, au bout de quelques mois, le conduisit au tombeau, le 20 décembre 1474, après un règne orageux de vingt ans. Avant de mourir, il déclara qu'il laissait pour son héritière l'infante dona Jeanne; mais, par le vœu de la nation, ce fut Isabelle qui monta sur le trône (coy. Isabelle df. Castille). Malgré les vices auxquels il était livré, Henri IV donna parfois des exemples de piété : il fonda des églises et dota des établissements religieux. On louerait en lui quelques actes de justice, s'il n'eût plus souvent encore exercé des actes de vengeance et île rigueur. Parmi les premiers, on raconte que, se trouvant à Léon, un gentilhomme galicien vint se plaindre d'un seigneur qui s'était emparé par violence de son château. Le monarque, ayant constate le fait, fit arrêter l'usurpateur, et lui fit trancher la tète. On cite, en même temps, le fait suivant, comme un de ses actes de vengeance. Dona Catherine de Sandoval , sa maltresse, s'étant abandonnée à un jeune homme, le roi fit publiement couper la tète à ce dernier, dans la ville Medina-del-Cdinpo. Ne voulant pas répandre le sang de la comtesse, il résolut de l'enfermer pour toujours, en la nommant abbesse du monastère de Ste-MariedelasDueûas.AcelelTet, il fit enlever de force l'ancienne abbesse de ce monastère, femme «l'une vertu exemplaire, et mit à sa place la comtesse de Sandoval. L'archevêque de Tolède tenta vainement de s'opposer à cet acte de violence : le roi fut sourd à toutes ses remontrances; aussi le prélat, comme on l'a vu, figura le premier à la
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tète dos rebelles. Henriquez del Castillo, le P. de la Croix et Alphonse de Palerme ont écrit la Chronique de Henri IV ; mais leurs ouvrages n'ont jamais été imprimés, à l'exception de celui de Castillo, Madrid, 1787, in-4°. Les flatteries de3 deux premiers auteurs et les invectives du troisième semblent également éloignées de la sévère impartialité qui convient à l'histoire. On doit à Ferreras ce que l'on sait de plus exact sur la vie de ce monarque. B— s.
HENRI DE BOURGOGNE, tige de la première branche des rois «le Portugal , était petit-fils de Robert Ier, duc de Bourgogne (I), et neveu de Henri I", roi de France. Il naquit vers 1033, et passa, vers 1060, en Espagne, attiré, dit-on, par la renommée du Cid, le plus grand capitaine de son siècle. 11 signala sa valeur dans plusieurs combats, et, après la mort de Ferdinand , roi de Cas- Lille, resta attaché à son fils, Alphonse VI, qui le récompensa de ses services en lui accordant, en 1072, la main de D. Thérèse, sa fille naturelle. Il obtint par ce mariage le gouvernement de Porto et du pays entre Douro et Minho, qu'il avait conquis sur les Maures, et dont il fut fait comte souverain en 1008. Henri mit tous ses soins à faire refleurir la religion dans ses Etals ; il replaça les évéques dans les sièges dont ils avaient été chassés par les musulmans, reconstruisit plusieurs églises, et les pourvut de tous les objets nécessaires à la majesté du culte. Après avoir pris des mesures contre les nouvelles tentatives des Maures, il s'embarqua, vers 1103, pour aller rejoindre, dans la Palestine , son cousin Renaud , comte de Bourgogne, et il rapporta des lieux saints de précieuses reliques, dont il enrichit la cathédrale de Braga. 11 eut constamment les armes à la main pour attaquer les infidèles, ou pour repousser leurs agressions; et il mourut au siège d'Astorga, en 1112, vivement regretté de ses sujets. Henri était brave, religieux et humain. Il récompensa magnifiquement tous les services qui lui furent rendus, et s'attacha par là un grand nombre de chevaliers qui l'aidèrent dans ses entreprises. Il avait gagné dix-sept batailles rangées sur les Maires, avait envahi plusieurs de leurs provinces importantes, et contribua ainsi à leur expulsion de toute l'Espagne. On dit qu'il avait la taille haute et le corps bien fait; qu'il avait des manières agréables, et savait concilier avec la bravoure les droits de la justice et de
|1) Un manuscrit de l'abbaye de Fleury-sur-Loire, publié pouf la première fols dan» les Hitior, francorutn de 1*. Pilhou, éub'it d'une manière Incontestable l'origine du comte Henri, et prouve au'il descendait par son père des ducs, it par sa mère des comtes de Bourgogne. Gollut( Atéru. Ai»/, d* la rtp. stquan., p. 30»). «'appuyant da l'autorité de plusieurs historiens espagnols , lui donne pour pire Guillaume II, comte de bourgogne, et le P. Dunand a cherché A (aire prévaloir cette opinion dans une lettre Insérée au Meratrt d'avril 1753 |roy. Dunand). L'examen impartial des différentes raisons alléguées par le P. Dunand ne nous a nullement convaincus de la solidité de ses assertions; mais comme l'anonyme de Fleury donne pour mère A Henri Sibylle, fllle de Guillaume II ."comte de Bourgogne, Il est possible qu'il soit né A Ucançon, et que dans sa jeunesse il ait porte* le titre de comte de cette ville.