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gée de couvrir toute la partie méridionale des Etals prussiens , et c'est de celte époque difficile que date véritablement la gloire de son général. Employant tour à tour l'attaque et la défense , il n'essuya pas un seul échec, et remporta plusieurs avantages; il contint pendant quatre mois les efforts de trois armées , et par l'ensemble de ses marches et de ses campements , parvint à garantir de toute invasion un pays ouvert , et d'où les armées prusiennes tiraient toutes leurs ressources. Après la défaite de llocbkirchen , le prince Henri se trouva même en état de porter des secours au roi, et lui amena fort à propos un corps de 7,000 hommes; il commanda ensuite son arrièregarde dans l'une de ses plus belles retraites , et fut presque aussitôt obligé de revenir en Saxe pour délivrer Dresde, que menaçait le maréchal Daun. Mais la campagne de l'année suivante (1759) devait être encore plus glorieuse pour le prince Henri. Après avoir enlevé dans une expédition rapide tous les magasins que l'ennemi avait en Bohême, il poursuivit jusqu'en Franconie l'armée d'empire que commandait le duc de Deux-Ponts, et revint en Lusacc pour contenir les Autrichiens, et se trouver à portée de secourir le roi, qui, au moment de livrer la bataille de Kunnersdorf, se voyait dans une situation si désespérée , qu'il avait fait un testament et nommé le prince Henri régent du royaume. La perte de celte bataille devait achever sa ruine; néanmoins elle n'eut pas des suites aussi funestes; el l'habileté avec laquelle le prince Henri sut contenir les armées qu'il avait en tête n'y contribua pas moins que la mésintelligence des alliés : cependant il ne put empêcher que la place de Dresde ne tombât en leur pouvoir. Séparé alors de toute communication avec le roi , et forcé de combattre plus de 80,000 hommts avec un corps de 25,000 il réussit à porter le théâtre de la guerre en Saxe. Déjà, par les marches les plus habiles , il avait forcé le maréchal Daun à se retirer en Bohême, lorsque la capitulation du général Finck changea la face des affaires, et vint réveiller dans l'esprit du prince Henri un mécontentement excité dès longtemps par plusieurs circonstances, el surtout par Ici malheurs du prince de Prusse. Ce mécontentement éclata alors avec trop de violence sans doute, et l'on ne doit pas dissimuler que , depuis cette époque, le frère de Frédéric laissa trop souvent apercevoir un esprit d'improbation et d'humeur, que la gloire et les succès du grand roi ont rendu encore plus injuste. Cependant la campagne t\c 1760, où les armées prussiennes se virent pressées par de si nombreux ennemis, où le génie de Frédéric se montra avec tant d'éclat , fit aussi le plus grand honneur au prince Henri. Chargé, cette fois , de couvrir le nord de la Prusse avec une armée de moitié moins nombreuse que celle des ennemis, il vint à bout par des marches habiles de contenir des Russes, d'empêcher leur jonction avec les Autrichiens, et il délivra Brcsl au, que
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ceux-ci tenaient assiège; puis il porta au roi des secours , que l'état fâcheux de ses affaires rendit bien précieux. H éprouva cependant encore, à cette époque, de la part de son frère, des sujets de mécontentement si vifs, qu'il se retira à Glogau, sous prétexte de maladie, et qu'il y vécut, pendant plusieurs mois, dans un éloignement absolu. Ce ne fut qu'au commencement de la campagne suivante (1761) que le besoin de sauver la monarchie rapprocha les deux frères. Ils eurent alors de longues conférences à Leipsick, et ce fut là qu'ils convinrent de partager l'armée en deux corps, dont l'un, sous les ordres du roi, dut occuper la rive droite de l'Elbe et couvrir la Silésie, et l'autre , sous les ordres du prince Henri , contenir le maréchal Daun sur la rive gauche du même fleuve. Ce fut dans cette position que ce prince mit le sceau à sa gloire militaire. Avec 40,900 hommes de nouvelles levées , non-seulement il empêcha Daun, qui en avait 60,000, de pénétrer en Saxe , mais il le mit encore dans l'impossibilité de se réunir à Laudhon ; il éloigna en même temps les Français du cœur de la Prusse , et fit de telles dispositions, que nulle part ses ennemis ne purent le prendre au dépourvu. Les affaires de Frédéric II s'étant améliorées, au commencement de 1762, l'armée du prince Henri fut portée à 35,000 hommes, et il put reprendre l'offensive. Ce fut alors qu'il acheva d'éloigner les Autrichiens de la Saxe, et qu'il poussa des partis en Bohême et jusqu'en Franconie. Cependant, pressé ensuite lui-même par leurs différents corps, qui s'étaient réunis, il éprouva quelques échecs, et fut obligé d'évacuer le camp de Freyberg. Mais, ainsi que Frédéric , tirant de ses revers une nouvelle énergie , il prit une revanche éclatante à Freyberg, le 29 octobre 1762. Ses dispositions furent si bien prises que le prince de Stolberg , qui lui était opposé , n'eut connaissance de ses projets qu'en les voyant exécuter. Les impériaux, attaqués à ('improviste , dans une forte position , avec un ordre et une précision admirables, perdirent 8,<J00 hommes et trente pièces de canon , et ils ne se rallièrent que le lendemain, lorsque le prince Albert de Saxe leur eut amené un renfort considérable, dans le moment où le prince Henri recevait aussi un secours que le roi venait de lui envoyer. Cette circonstance a été pour quelques personnes une occasion de blâmer l'empressement avec lequel il avait attaqué avant d'avoir reçu ce renfort ; et on lui a reproché de n'avoir pas voulu partager la gloire de cette entreprise avec le prince d'Anhalt, aide de camp du roi , que celui-ci lui envoyait pour le diriger. Après tant de preuves de valeur et de prudence , le prince Henri ne devait sans doute pas s'attendre à un pareil affront; mais s'il fut animé dans cette circonstance par un sentiment d'amour-propre et de mécontentement fort excusable , il est bien sûr aussi qu'il ne fit rien qu'avec la conviction la plus entière de vaincre, et de terminer la guerre
par un coup d'éclat. La paix fut en effet signée, quatre mois après, à Hubertsbourg. Frédéric traita dès lors le prince Henri avec beaucoup d'égards, et lui donna une garde de vingt-quatre hussards, qui est toujours restée attachée à sa personne. Si ce monarque a fait éprouver à son frère quelques mortifications un peu dures, personne au fond ne lui rendait plus de justice. II le plaça toujours, à la guerre, dans les postes les plus importants, et il l'employa dans les circonstances les plus difficiles. Voici comment il en parle dans son Histoire de la guerre de sept eau, après avoir raconté la victoire de Freyberg •. « H « serait superflu de faire ici le panégyrique de « S. A. R. Le plus bel éloge qu'on puisse en faire « est de rapporter ses actions. Les connaisseurs « y remarqueront aisément ce mélange heureux « de prudence et de hardiesse si rare , qui réunit « le plus de perfections que la nature puisse « accorder pour former un grand homme de « guerre. » Ces témoignages d'estime ne sont pas les seuls que Frédéric ait donnés à son frère; il eut toujours pour ce prince, en public, beaucoup d'égards et de prévenances. Il entretint avec lui, pendant tout son règne, une correspondance suivie, et lui demanda dans toutes les occasions im|>ortantes des avis qu'il eut quelquefois le tort de ne pas suivre. Chaque année on le vit sortir de sa retraite pour célébrer avec beaucoup d'appareil le jour de la naissance du prince Henri. Cette solennité était la plus grande de sa cour, et c'était le seul jour où le roi se montrât dans le cérémonial de la royauté. Il faisait à son frère un cadeau de 60,000 francs, et l'on voyait au banquet un service d'or massif, qui ne sortait du trésor royal que cette seule fois dans l'année. Du reste, les deux princes se voyaient rarement; taudis que Frédéric était retiré dans son palais de Sans-Souci , Henri vivait à Reinsberg à peu près de la même manière. La princesse son épouse n'habita que peu de temps ce séjour. Des torts vrais ou supposés , et qui furent exagérés par de perfides courtisans, amenèrent une séparation qui fut irrévocable. La culture des lettres et des arts remplissait tous les moments du prince. Les leçons de Voltaire et de quelques autres avaient fortifié son goût pour la langue et la littérature française; et les répétitions qu'il avait faites dans sa jeunesse, avec ce grand poète, de ses chefsd'œuvre dramatiques, lui avaient inspiré une véritable passion pour le théâtre français. 11 fit construire à Reinsberg une salle de spectacle , et toute sa maison fut employée à y jouer des espères d'opéras , dont il composait quelquefois lui-même les paroles. C'est pendant qu'il vécut ainsi , loin de tout projet d'ambition , que les Polonais pensèrent à l'élever sur le trône, et qu'ils en firent deux fois la demande à son frère ; mais celui-ci ne reçut qu'avec indifférence une telle proposition; et les intrigues de la Russie obligèrent bientôt les Polonais à reconnaître un autre souverain.
Les aflaires Je ce royaume furent alors très-près d'occasionner une guerre sanglante entre l'Autriche , la Prusse et la Itussie ; et Frédéric , qui dans ce moment voulait par-dessus tout épargner à ses peuples une telle calamité , envoya son frère à St Pétersbourg , afin de la prévenir. Le succès de sa mission fut encore plus complet que Frédéric ne l'avait espéré ; non-seulement le prince Henri éloigna de Catherine II toute idée de guerre; il détermina encore, avec cette princesse, les bases du premier partage de la Pologne; et Frédéric, qui n'avait pu croire à un tel résultat, lui dit à son retour : « Ah ! mon frère, vous aviez raison ; « un dieu vous inspirait. » Les sentiments d'estime et de confiance que le prince Henri avait fait naître dans l'esprit de la czarine )>endant son séjour auprès d'elle établirent entre eux des relations qu'ils entretinrent constamment depuis; et elles ont beaucoup contribué à l'union qui n'a pas cessé d'exister entre les deux puissances. Celte union fut alors habilement cimentée par le mariage du fils de Catherine avec une princesse de Wurtemberg, nièce du prince Henri. Le jeune grand-duc vint avec lui à Berlin , et ce fut dans cette capitale que se firent les fiançailles, d'une manière très-solennelle. Le repos dont le prince Henri jouit après ce succès de négociations fut interrompu par la guerre de la succession de Bavière , où il se vit opposé au maréchal de Laudhon. Le général prussien, réuni aux Saxons, pénétra en Bohème , et trompant son adversaire par des manœuvres habiles, parvint à faire vivre son armée, pendant toute cette guerre, aux dépens de l'ennemi. A peine avait-il repris ses loisirs pacifiques à Rcinsberg, que les justes alarmes causées 8 la cour de Berlin par l'ambition de Joseph H obligèrent le prince Henri à se rendre à Verfailles, où son frère l'envoya pour déjouer les projets de l'Autriche. Ce voyage eut un grand éclat , la gloire du prince Henri , et le souvenir des égards qu'il avait eus pour les militaires français, lui avaient valu l'accueil le plus flatteur, et l'on se rappelle encore dans ce pays les fêtes qui lui furent données, autant que la politesse et l'affabilité qu'il montra dans toutes les occasions. Louis XVI, qui sentait tous les avantages que devait trouver la France dans une alliance de la Prusse , lui témoigna beaucoup d'intérêt ; et les ministres Calonne et Vergennes, qui semblaient pénétrés des mêmes sentiments, assurèrent le prince prussien que le roi allait lui-même écrire à Joseph II pour se plaindre de ses prétentions sur la Hollande; et que, si ces représentations n'étaient pas écoutées, il prendrait un parti décisif. La lettre fut même communiquée au prince Henri; mais on différa de l'envoyer, et l'influence de la reine fit , dit-on , bientôt renoncer à des projets évidemment utiles aux deux puissances, et qui, en fixant à propos l'attention des Français, leur eussent peut-être épargné les horribles malheurs qui les ont accablés depuis. Le prince
prussien quitta la France comblé de nombreux témoignages d'estime et d'admiration, mais sans autres résultats que des promesses sur lesquelles l'indécision trop connue de Louis XVI ne permettait guère de compter. Peu de temps après son retour en Prusse , il vit expirer sou frère ; et il ne put cacher son impatience d'obtenir dans le gouvernement plus de part que Frédéric ne lui en avait donné; mais cet espoir fut bientôt déçu. Le nouveau roi prit de l'ombrage pour les hommes les plus faits pour le diriger , et la faveur dont il entoura le comte de Uertzbcrg, ennemi particulier du prince Henri, dut bientôt faire voir à celui-ci qu'il devait renoncer à l'espèce de tuleUe sur laquelle il avait compté si longtemps. Son neveu lui fit même éprouver d'autres chagrins, en soumettant au conseil d'État une question de succession qui pouvait lui ôter une grande partie de son revenu, mais qui fut jugée en sa faveur; il le priva dans le même temps, par une ordonnance, des droits que Frédéric H lui avait assures sur le margraviat de Schwedl; enQn, pour mettre le comble à ses offenses, le nouveau roi rappela à la cour, et traita avec une distinction particulière le comte de Kalkreuth, que Frédéric 11 avait tenu éloigné à cause de ses torts envers le prince Henri. Ce dernier n'eut bientôt plu» d'autre parti à prendre que de se retirer à Beinsberg , et ce fut de cette retraite , qu'observant la tournure des affaires, il dut s'applaudir, de plus en plus, de n'y avoir aucune part. Craignant bientôt de se voir en butte à des mortifications encore plus graves , il songea à quitter entièrement la Prusse; conduit par le souvenir de l'accueil qu'il avait reçu en France, il conçut l'idée de se fixer dans ce royaume, et se rendit une deuxième fois à Paris vers la fin de 1788. U y fut témoin de l'ouverture des états généraux et des premiers symptômes de la révolution. Venu dans cette contrée pour y chercher le repos , U se vit ainsi bien cruellement trompé dans son attente; mais il y éprouva un chagrin encore plus cuisant : ce fut la publication d'un libelle qui parut alors sous le titre à'Hiitoire teeril: de la cour de Berlin. Cet ouvrage, dans lequel le portrait du prince Henri est présenté sous des traits fort exagérés, eut beaucoup de succès , et ce qui dut encore plus affliger le prince , c'est que le comte de Mirabeau, qu'il avait comblé de ses bontés, en était l'auteur. Toutes ces circonstances le déterminèrent à retourner en Prusse , et il y était à peine revenu que la révolution française éclata avec toutes ses fureurs. Comme on devait s'y attendre , la politique que suivit dans de telles circonstances la cour de Berlin ne fut pas approuvée par ce prince; il s'en expliqua hautement dans toutes les occasions, et des opinions que l'on devait attribuer à sa situation personnelle furent taxées de démocratitme. Une lettre qu'il écrivit en France en 1793, au comte de Crimoard, et qui fut interceptée et publiée par les chefs du parti républi-
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cain , ne permit plus de douter de sa façon de penser à cet égard; on l'exagéra beaucoup, et l'on donna des motifs coupables à un fait qui eût parti tout naturel , si l'on eût mieux connu le caractère et la position du prince Henri. Cependant les armées françaises avaient obtenu des succès importants. Déjà elles menaçaient la Prusse , et la situation de cette puissance devenait de jour en jour plus critique. Aussi abattu dans la mauvaise fortune qu'il avait été présomptueux lorsqu'il s'était cru assuré de triompher, le roi pensa alors que son oncle pouvait le tirer d'embarras ; et , connaissant à l'égard de celui-ci les bonnes dispositions des chefs de la révolution française, il surmonta son éloignement pour sa personne, le traita avec respect et amitié, et le chargea de diriger une négociation , dont la paix de Baie fut ïe résultat. Frédéric-Guillaume II ne vécut que deux ans après cet événement. Le prince Henri ne pouvait regretter son neveu; mais il était trop avancé en âge, et trop accoutumé aux douces habitudes de la retraite, pour vouloir jouer sous le nouveau règne le rôle qu'il avait tant ambitionné au commencement de l'autre. Cette fois il fut assez sage pour se contenter du respect et de la déférence que Frédéric-Guillaume III lui témoigna. 11 passa ainsi , au milieu de la considération publique et dfs respects du souverain , les cinq dernières années de sa vie, et mourut le 3 août 1803, à Reinsberg, âgé de 76 ans. H fut inhumé an-dessous de la pyramide que quelques années auparavant i) avait élevée à la gloire des armées prussiennes. Ce prince était d'une petite taille, et très-mal proportionné; sa figure était repoussante; de grands yeux bleus, très-animés, mais durs et de travers, lui donnaient un air effrayant au premier aspect; mais, dès qu'on l'avait entendu, l'esprit et la grâce de sa conversation faisaient oublier les défauts extérieurs de sa personne. Il était d'une eomplexion délicate ; mais son extrême sobriété l'avait fortifié et rais en état de résister à toutes les fatigues. I.a vie de ce prince a été écrite par plusieurs auteur» allemands, et il en a paru une en français, sous le titre de privée, politique et militaire, du prince Henri de Pruste, etc., Paris, 1809, in-8°. On attribue cet écrit à If. de Bouillé. Le colonel Schmettau, géographe prussien , a publié une carte , en quatre feuilles , des campagnes du prince Henri en Bohême; Hemmert les a données en vingt feuilles, avec un très-grand détail, son échelle étant double de celle de la carte de France deCassini. M. Guyton , frère du chimiste , a publié la Vie privée d'un homme célèbre . ou Détails des loisirs du prince Henri de Prusse dans sa retraite de Reinsberg , h Véropolis, 1784, in-8° et in-18. On a attribué cet ouvrage à Mirabeau. Le comte de la Roche- Aimon, adjudant du prince Henri, a publié : Introduction à t 'étude de l'art de la guerre, Weiraar, 1802 , 4 vol. in- 8». Le Magasin encyclopédique, 8* année, t. 1*T, p. 211 , dit que cet
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ouvrage est presque entièrement de la plume du prince Henri; mais dans le volume 3, p. 201, on rectifie cette erreur. M — d j.
HENRI DE LIVOME, premier historien de ce pays, vivait au commencement du 13e siècle, et accompagna Philippe, évéque de Ralzebourg, dans son voyage en Italie. On croit qu'il était prêtre, ou religieux. On a de lui des Annales, de 1181 à 1225, dont l'original doit exister dans les archives de Suède. Jean-Daniel Gruber, en ayant eu une copie , les fit imprimer sous ce titre : Origines Livoniœ sacra et civiles, Francfort, 1740, in-fol.; et Jean-Godefroy Arndt en publia une traduction allemande, Halle, 1747, in-fol. C-au.
HENRI DE RIMINÏ ( Heniucus Amhixemis } , théologien, ainsi nommé du lieu de sa naissance, vivait au commencement du 14» siècle. Il embrassa la vie religieuse dans l'ordre de St-Dotni nique, et se distingua par son talent pour la prédication à une époque où les véritables principes de l'éloquence n'étaient pas encore connus. On a de lui : Tractatus de quatuor virtutibus cardinalibui. Cet ouvrage, imprimé d'abord à Spire, vers 1472, par les soins de Thomas Dornibcrg , avocat de Memmingen, lequel y joignit une table des matières très-ample, fut reproduit presque aussitôt à Strasbourg. Ces deux éditions in-folio de cent quarante-sept feuillets sont très-rares. Elles ont beaucoup occupé les plus savants bibliographes du 18e siècle, tels que Prosper Marchand, David Clément, Schelhorn, Mercier de Saint-Léger, Placide Braun, le P. Laire, etc., par la difficulté de déterminer les ateliers d'où elles sont sorties. On attribue, mais sans preuve, l'édition de Spire à Pierre Drach , dont la plus ancienne édition connue avec date ne remonte pas au delà de 1477. Quant à l'édition de Strasbourg, il parait certain qu'elle est de Martin Flachen. Henri de Rimini est auteur de quelques autres ouvrages restés manuscrits. Les PP. Quetif et Echard en ont donné la liste dans les Scriptor. ordin. Pradicator., t. l,r, p. 523. L'un des plus singuliers, si l'on en juge par le titre, doit être le Tractatus de septem draconis capitibus. Le manuscrit est conservé dans la bibliothèque Laurentienne à Flo-
riMlCr* VN— S.
HENRI LE CACIQUE , jeune Indien de St-Domingue, vivant sur la fin du 15* siècle, fut une exception honorable à l'abaissement général de sa nation. A la tête d'une bible armée, il combattit longtemps les Espagnols, et finit par les forcer de traiter avec lui de puissance à puissance. Le récit de ses grandes actions mérite d'autant mieux de fixer l'attention, que le courage guerrier, la force de tète et la vigueur de l'âme qui l'ont distingué furent des qualités rares chez les Américains. D'une taille majestueuse et d'une physionomie prévenante, il se faisait chérir par un esprit juste et par la plus inaltérable douceur. Avec des qualités aussi Intéressantes, il tomba entre les barbare qui , joignant l'insulte
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Icmcnls, lui ravit son épouse. Rebuté par le lieutenant du roi et par l'audience royale, auxquels il avait porté ses plaintes, et forcé de se faire justice à lui-même, il rassembla autour de lui un certain nombre de ses compatriotes avec lesquels il se cantonna dans les montagnes de Bahuruco, ancien patrimoine des caciques ses aïeux, où tout lui rappelait «les souvenirs capables de le fortifier dans sa généreuse résolution. Valençuche (c'était le nom de son mattre ) le poursuivit dans sa retraite, à la léte de quelques soldats espagnols. Il .se disposait à l'attaquer, lorsque Henri le prévint et le chargea d'une manière si vigoureuse qu'il le força de se retirer avec perte. Des partis plus considérables envoyés à sa poursuite n'eurent pas plus de succès. Chaque triomphe valait au cacique de nouveaux auxiliaires. Les esclaves s'échappaient en foule de leurs habitations , et cet autre Sparlacus faisait trembler ses oppresseurs. Henri était instruit dans les arts de l'Europe : il avait été élevé dans l'ordre de St-François. 11 arma ses gens le mieux qu'il lui fut possible, il les forma au maniement des armes, les soumit à une discipline sévère , et parvint ainsi à se renilre formidable aux conquérants du nouveau monde. Il unissait à la bravoure cette sagesse, cette modération, qui distinguent les héros. Naturellement humain, il adoucissait les maux inséparables de la guerre. Si quelques violences étaient commises par ses soldats , on savait qu'il n'y avait aucune part, et qu'il n'avait pu les prévenir. Il est difficile de se faire une idée de l'activité du cacique, prévoyant tout, présent à tout ; ses soldats le regardaient comme un dieu. H forçait jusqu'à l'estime et l'admiration de ses ennemis. La colonie espagnole était dans l'abattement et la consternation, et comme la guerre était constamment malheureuse, on crut devoir tenter la voie des négociations. Un religieux, le P. Rerai, qui avait été l'un des instituteurs du cacique, se chargea de lui porter la parole ; mais comme les Espagnols n'étaient pas de bonne foi, et que d'ailleurs le négociateur ne mit pas beaucoup de zèle à tromper son élève , sa mission n'eut aucun succès. Henri fit de nouveaux efforts pour n'être pas pris au dépourvu. Il se tenait sur la défensive, lorsque don Sébastien de Ramiré, arrivant avec l'ordre de terminer cette guerre, trouva les Espagnols découragés et dans la persuasion que la force était inutile, lin vieil officier castillan, chargé de poursuivre Henri dans sa retraite, jugea plus prudent de négocier que de combattre. S'étant abouché arec lui, il proposa la paix et des conditions honorables, disant que l'intention de la cour de Castille était de lui assurer la libre jouissance de telle partie de l'Ile qu'il souhaiterait; qu'il était également autorisé à lui promettre un entier oubli du passé ; et, pour lever toute inquiétude, il lui montra les lettres de l'empereur Charles- Quint. Une conférence fut convenue pour le lendemain sur le bord de la mer, et le cacique s'y
rendit; mais voyant à peu de distance un navire espagnol, qui pouvait aborder au premier signal, il se crut trahi. L'arrivée de St-Michel avec un appareil militaire imposant n'était pas propre à écarter ses soupçons; il pensa que la prudence lui prescrivait de se mettre en sûreté , et St-Michel fut surpris de ne pas trouver le cacique. Il fit néanmoins l'accueil le plus amical aux Indiens qui étaient restés pour l'attendre , et les pria d'assurer leur chef de sa bonne foi et de sa sincérité. Une suspension d'armes suivit cette conférence; mais bientôt la guerre se ranima plus fortement entre les Espagnols et le cacique. Elle devint si dangereuse pour les premiers , qu'ils envoyèrent à la métropole des plaintes réitérées. Leur situation étaient tellement déplorable qu'ils allaient être contraints d'abandonner l'Ile, s'ils ne recevaient de prompts secours. Alors Charles- Quint leur envoya Barrio avec de pleins pouvoirs. Cet officier joignait à quelques talents une grande prudence et une patience admirable. Désirant surtout mettre fin à la guerre par des voies pacifiques, il veut parler lui-même au cacique, et va le chercher par des chemins si difficiles, que la plupart de ses gens ne purent le suivre. « Indien, « dit-il à Henri, je viens à toi sans défiance, « parce que je t'apporte des paroles de paix. « Ton empereur et le mien m'envoie près de toi. « Si mes intentions n'étaient pas pures , paral- « trais-jc ici avec tant de confiance ? Je m'a ban - « donne à toi , désarmé , sans escorte. Je suis « seul , et tu es environné de tes fidèles compa- « gnons. Voici les lettres que je te présente au r nom de Charles -Quint. Cette main que je te « tends te garantit les promesses de ce monarque ; •> je mourrai plutôt que de souffrir qu'on les « viole. » Henri reçut avec respect les lettres de l'empereur, qui lui accordait tel canton de l'Ile qu'il voudrait choisir, pour y vivre réuni avec les siens , exempts de toute charge et dans une entière liberté. Ces nouvelles furent reçues avec joie par toute l'armée indienne, et la paix fut célébrée avec un égal transport par les Espagnols. Quelque temps après l'acceptation du traité, le cacique se retira avec ses compagnons dans un lieu nommé Boya dont on lui donna le territoire à titre de principauté héréditaire. Ce petit Etat était composé de quatre mille individus. Henri vécut paisiblement au milieu des siens, s'occupant de l'accroissement et de la conservation de sa république. Cette faible peuplade jouit durant la vie de son chef d'un bonheur parfait. Mais, après sa mort, les Espagnols reprirent bientôt cet ascendant que le génie du cacique leur avait fait perdre : la jalousie et l'ambition divisèrent ses successeurs, et la liberté des Indiens fut ensevelie avec son fondateur. M — le.
HENRI DE SAINT-IGNACE , savant théologien de l'ordre des carmes , natif de la ville d'Ath , mourut en 1720, dans un âge très-avancé, à la Cavée, maison de son ordre au diocèse de Liège,
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après avoir rempli avec distinction les charges les plus considérables de son ordre. Il avait fait un long séjour à Rome sous le pontificat de Clément XI , qui l'estimait beaucoup. Le plus considérable de ses écrits est un cours complet de théologie morale en trois volumes in-fol., intitulé Ethiea omons, dans lequel il a recueilli des pièces assez curieuses, et où il se déclare fortement contre les opinions relâchées des casuistes, Liège, 1709. Il y a fondu divers traités particuliers sur la pénitence, l'eucharistie , etc., qu'il avait publiés séparément sous le titre de Theologia sonctorum. Celui de ses ouvrages qui est le plus connu, après le précédent, est intitulé Tuba maxima mirum clangens sonum ad SS. D. N. paj am Clementem XI, imperatorem. reges, etc., de necessitate re/ormandi societatem Jetu, per Liberium Candidum. Strasbourg, 1717, 2 vol. in-12, où se trouvent réunis le Tuba magna et ,1e Tuba altéra. Ce sont des recueils de pièces dont plusieurs se trouveraient difficilement ailleurs , et qui sont précédés d'une longue préface de l'auteur. Voici les titres de ses autres écrits : Molinitmut profiigatut, Liège, 1713, 2 vol. in 8°, dont le cardinal de Nouilles refusa d'accepter la dédicace à cause des circonstances du temps. — Artet jesuUicœ in sustinendit pertinaciter novitatibus . laxiiatibutque tociorum, dont la meilleure édition, dédiée à Clément XI, est de Strasbourg, 1717, in-12, augmentée de plusieurs pièces. — Un Commentaire sur la première partie de la Somme de St-Thomas, et quelques autres écrits sur les mêmes sujets. Plusieurs des ouvrages du P. Henri ont été mis à l'index à Rome. T — o.
HENRI. Voyez Ai.KMAH, BUCHE, Ga.M», HUNTIXO
don, Kalkar, Settimeu-o, Suson et Suze.
HENRI. Voyez Henry, ci-après.
HENRICI (Jean), franciscain, né à Lyon, où il est mort le 6 janvier 1574, dans un âge trèsavancé. Il fut profès au couvent de Lons-le-Saulnier, et fut élu, en 1554, provincial de son ordre. Le pape Paul IV le nomma, en 1557, évoque de Damas in partibus, et suffisant de l'archevêque de Lyon, et il en exerça les fonctions sous le cardinal de Tournon et sous Antoine d'Albon, sans quitter le couvent des cordcliers , où il habita jusqu'à la On de ses jours; il fut inhumé dans leur église, et son épitapbe en vers français a été reproduite par l'abbé Pavy (aujourd'hui évéque d'Alger), p. 190 de ses Grands cordeliert de Lyon. Les prédications d'Henrici contre les calvinistes lui acquirent une grande célébrité , et le firent surnommer le Fléau des hérétiques. Son portrait en pied, peint sur toile, est conservé dans la bibliothèque de la ville de Lyon. A. — P.
HENRICY (Jacques), démonstrateur royal d'à* natomie en l'université d'Aix en Provence , naquit à Puget • Théniers , dans le comté de Nice vers l'an 1G80. 11 doit obtenir une place honorable dans nos annales, si un grand acte de dévouement pour la chose publique a droit
à quelque reconnaissance de la part de la postérité. Il était chirurgien en chef de l'hôpital général d'Avignon , et paraissait avoir formé dans cette ville un établissement durable, lorsqu'en 1720 les premiers symptômes de la peste se manifestèrent à Aix , principal domicile de sa famille. Un heureux hasard l'ayant alors conduit dans cette ville, les consuls, qui connaissaient son mérite , l'invitèrent à partager avec eux l'honneur de servir leur pays dans cette crise effrayante. Libre de retourner à Avignon, où l'appelaient ses fonctions , Henricy se dévoua pour le salut de la ville d'Aix. Joseph de Clapiers, marquis de Vauvenargues, père de Luc de Clapiers-Vauvenargues, l'auteur de V Introduction à Li connaissance de l'esprit humain . homme aussi recommandable par ses éminentes vertus, que son fils le fut dans la suite par la droiture de sa raison et la profondeur de son génie , se trouvait en ce moment à la téte du consulat, et par conséquent de l'administration des États de Provence. Tandis que Relsunce (coy. Belsunce), l'échevin Moustier, le chevalier Rose, les médecins Bertrand, Peyssencl et Chicoyneau (coy. J. B. Bertrand et Chicoïneau) et le chevalier de Langeron, par le sentiment de leur devoir ou par un zèle volontaire, se précipitaient dans toutes les horreurs du fléau qui désolait Marseille, Clapiers et les consuls ses collègues, pour remplir les obligations que leur imposaient leurs places, et Henricy, auprès d'eux, par pur amour de l'humanité, déployèrent à Aix le même héroïsme. Henricy fut nommé chirurgien-major des infirmeries établies près de la rivière «le l'Are, dans un château qui appartenait autrefois au roi René d'Anjou , comte de Provence. Infatigable dans les actes de sa bienfaisance, ce généreux citoyen soignait à la fois les malades de cet établissement et ceux de l'intérieur de la ville. Son courage se soutint tant que dura le fléau, et il eut le bonheur de n'en être point atteint. On lui dut plusieurs règlements que les consuls approuvèrent et qui contribuèrent à maintenir l'ordre dans les infirmeries et à rétablir la salubrité. Rarement, dans les troubles politiques, l'homme de bien reçoit la récompense des services rendus à sa patrie ; mais il n'en est pas ainsi dans les crises de la nature , qui menacent la vie d'une grande population : un vertueux oubli de soi-même est alors mieux apprécié. Henricy reçut une récompense qu'il n'avait point cherchée; les consuls d'Aix demandèrent pour lui au roi la chaire de démonstrateur de chirurgie qui se trouva vacante dans l'université de la inèmc ville, et elle lui fut accordée. Les lettres patentes renfermèrent les motifs suivants, dont l'énoncé est aussi honorable pour lui que sa nomination fut juste : « Attendu que le sieur Jacques Henricy « a pris soin des pestiférés pendant tout le temps « que la contagion a duré, avec toute l'économie, « le Iwn ordre, l'assiduité, la capacité, la charité « et le «uccès possibles. » Ce savant et respectable
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professeur mourut à Aix le 30 juin 1749. Tant que le nom de Belsunce sera honoré de nos descendants, ceux de Clapiers - Vauvcnargties et d'Henricy mériteront de l'être. E—c — D — d.
HENRIET (Israël), dessinateur, graveur et marchand d'estampes, naquit à Nancy en 1608. Claude Henriet, son père, né à Châlons, était peintre sur verre. Ce fut lui qui peignit les vitraux de la cathédrale de cette ville, qu'on estimait assez, autant pour le dessin «pie pour le coloris. Le jeune Henriet, ayant reçu de son père, établi alors à Nancy, les premiers éléments du dessin et de la peinture, et désirant voir l'Italie, partit pour Rome , où il se mit sous la direction d'Antoine Tempeste , peintre alors en réputation. Ayant quitté cette contrée pour venir ;i Paris, et ayant essayé de graver, la facilité qu'il se reconnut pour cet art le détermina à s'y consacrer entièrement. Lié depuis longtemps d'amitié avec Callot , il se chargea du débit de ses estampes. Henriet fut choisi pour enseigner le dessin au roi Louis XIV, alors jeune; ce choix décida beaucoup de seigneurs de la cour à suivre l'exemple du prince, et contribua ainsi à propager en France le goût des arts. Henriet a gravé plusieurs sujets d'après ses dessins, dans lesquels on voit qu'il a cherché à imiter le genre de Callot; il en a même copié différents ouvrages, de manière qu'on ne peut distinguer la copie de l'original. On doit citer, entre autres, les sujets de l'histoire de V Enfant prodigue, que plusieurs personnes attribuent à Callot. Henriet mourut à Paris en 1661 ; 11 eut pour héritier Israël Sylvestre , son neveu , auquel il laissa ses dessins et ses planches gravées, ainsi que ce qu'il possédait des ouvrages de Callot et de Labelle : les enfants d'Israël Sylvestre furent successivement maîtres à dessiner des enfants de France. P— s.
HENRIETTE-MARIE DE FRANCE, reine d'Angleterre , fille de Henri IV et de Marie de Médicis, naquit à Paris en 1G09. L'enchaînement des catastrophes qui signalèrent la durée presque entière de son existence justifie le nom qu'elle s'était donné elle-même de reine malheureuse. En 1623 elle épousa Charles Stuart, alors prince de Galles , si connu par les attentats , inouïs
Ssqu'alors en Europe, qui lui firent perdre couronne et la vie. Louis XHI , frère aîné de la princesse, n'avait consenti à ce mariage qu'à condition que le pape accorderait une dispense pour la différence de religion. La jeune reine n'avait pas ercore seize ans; douée de beaucoup de grâces extérieures, cette fille de Henri le Grand avait un coeur qui surpassait sa naissance (dit Iiossuet) : « Douce, familière, agréable au- « tant que ferme et vigoureuse... jamais on n'a « douté de sa parole, ni désespéré de sa clé- « mence. » Elle était surtout remplie d'amour pour la religion de ses ancêtres. Aux termes des conventions matrimoniales, Henriette devait jouir iTune liberté complète relativement a l'exercice
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du culte catholique. Elle avait emmené avec elle le P. Béni tir. nommé son confesseur, et douze prêtres de la congrégation de l'Oratoire , dont il était le fondateur; mais bientôt les favoris du roi , ennemis de la religion que cette princesse professait, et craignant l'ascendant qu'elle pouvait prendre sur l'esprit de son époux , persuadèrent au monarque d'éloigner les ecclésiastiques français et tous les officiers catholiques de la reine. Elle-même éprouva plus d'un autre genre de contradictions et de peines (roy. Bccxlv.ua , quoiqu'elle posséiiàt autant qu'elle le méritait l'affection de son époux. La peste qui affligea Londres en ce temps- là donna occasion à Henriette d'exercer de grandes charités, qu'elle répandit indistinctement sur les protestants comme sur les catholiques; mais ce fléau ne fit que suspendre les effets de l'animosité à laquelle elle était en butte. On emprisonna un grand nombre de catholiques sous ses yeux , malgré ses ordres et malgré les instances que Louis XUi fit faire à ce sujet par son ambassadeur. La reine, dans le même temps, fut soumise à une épreuve non moins pénible, puisqu'elle rit l'Angleterre armée contre sa patrie et sa religion, à la sollicitation des protestants de France, rebelles envers leur souverain, qui appelèrent à leur aide les Anglais; mais ceuxci furent défaits dans une descente qu'ils tentèrent à l'Ile de Hé. Bientôt cUe eut la satisfaction de pouvoir contribuer à terminer cette guerre, Louis XIII ayant emoyé à sa sœur les prisonniers et l'artillerie dont son armée s'était rendue maltresse. La paix avec la France fut conclue à Suze par l'entremise des Vénitiens. Enfin, après dixhuit mois de souffrances supportées avec patience et courage, Henriette trouva le moyen de désabuser le roi son époux des préventions qu'on lui avait inspirées contre elle , et de le rendre sensible aux mauvais traitements qu'avaient reçus les officiers de sa maison qu'elle conservait encore. Elle profita de quelques années de tranquillité et de la confiance de Charles I" pour protéger et étendre la foi catholique. Elle fut bien secondée dans ce dessein par des religieux de St- François, qu'elle avait fait venir de France à la place des prêtres de l'Oratoire. Elle ordonna pour eux la construction d'un hospice auprès de son palais de Somerset, et la chapelle de cet hospice, monument de sa munificence royale, fut desservie avec autant de solennité qu'elle aurait pu l'être dans un état catholique. Mais bientôt le feu des discordes civiles et religieuses se ralluma avec fureur ; on se révolta en Ecosse et dans la Grande-Bretagne , et le roi eut à combattre ses propres sujets. On rejetait sur la reine tout ce qui se passait : on l'accusait d'avoir abusé de la tendresse et de l'estime de son époux, pour le faire changer de croyance et détruire celle de l'État. Elle ne répondit aux outrages que par des bienfaits, fit constamment preuve de bonté, en même temps que de sagesse et de fermeté Dans
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tout le cours de cette guerre malheureuse, H y eut quelques intervalles de calme et de soumission; mais les esprits s'aigrissaient de plus en plus contre le roi et la reine. Enfin les rebelles augmentant chaque jour d'audace et de puissance, Charles I" fut obligé de quitter Londres, et de se séparer de sa femme. Il fut convenu que, sous prétexte de conduire en Hollande la princesse royale, sa fille aînée, mariée depuis peu à Guillaume, prince d'Orange, Henriette irait chercher des secours d'armes et d'argent. Une furieuse tempête l'assaillit à son retour et la mit dans un péril extrême, pendant la durée duquel elle montra la plus grande intrépidité, se tenant sur le tillac de son vaisseau pour encourager l'équipage , et disant avec un air de sérénité que les reines ne se noyaient pas. Après avoir perdu deux vaisseaux et une partie de ce qu'elle apportait, elle se trouva rejetée sur les côtes de Hollande, d'où , au bout de quinze jours , elle se commit encore aux hasards de la mer et è la rigueur de l'hiver. Elle arriva enfin en Angleterre ; mais ses ennemis ayant été avertis de son débarquement , elle fut canonnée dans la maison où elle s'était retirée : échappée comme par miracle à la mort, elle défendit de poursuivre l'auteur de cet attentat. Dans cette occasion, comme dans toutes celles qui suivirent pendant une année presque entière , elle montra un courage supérieur à son sexe et à sa fortune, un zèle ardent pour la cause du roi son époux, enfin une générosité et une clémence qui plusieurs fois enlevèrent des partisans à la cause des rebelles. Devenue grosse depuis son retour de Hollande , elle sentit, en voyant son terme approcher, qu'il y avait nécessité absolue pour elle de quitter le roi , qu'elle accompagnait partout, et qu'elle secondait de tous ses moyens. Ils se dirent un tendre adieu, qu'ils ne croyaient ni l'un ni l'autre devoir être le dernier. Henriette chercha un refuge à Exeter, et s'y trouva réduite à une telle extrémité, que, pour faire ses couches, elle eut besoin qu'Anne d'Autriche lui envoyât sa sage-femme et jusqu'aux moindres choses qui lui étaient indispensables. Elle en reçut vingt mille pistoles; mais elle fit aussitôt passer cette somme au roi son époux. Cependant la reine accoucha le 46 juin I6ii de sa fille Henriette, depuis duchesse d'Orléans. Se voyant l'objet particulier de la haine des parlementaires, et menacée par l'approche de l'armée révoltée que commandait le comte d'Essex , elle eut à peine le temps de se rétablir; et, au bout de dix-sept jours, elle entreprit de passer secrètement en France, laissant la jeune princesse entre les mains de la comtesse de Morton , sa gouvernante. Elle ne faisait que changer de péril ; car s'étant dérobée, non sans peine, aux recherches des soldats qui en voulaient à sa rie, il lui fallut, pour regagner sa terre natale, se confier de nouveau à une mer orageuse, qui même ne la mit pas à l'abri de la fureur de ses ennemis.
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Poursuivie à coups de canon jusque sur les côtes de France, après avoir perdu un vaisseau pendant la tempête qui, cette fois encore, l'avait surprise, elle aborda enfin dans sa patrie; et là d'autres calamités l'attendaient. Elle y fut accueillie avec les honneurs dus à une grande reine du sang de France ; et de plus elle éprouva d'abord l'affection qu'on ne pouvait refuser à la fille de Henri IV; mais elle n'était occupée que du déplorable état du roi son époux , de ses enfants et du royaume d'Angleterre. Elle ne songeait qu'à les secourir, et elle y intéressa tous les princes de l'Europe : son zèle et ses efforts, les envois de vaisseaux, d'hommes et d'argent, rien ne devait avoir le succès qu'elle avait espéré. Entièrement épuisée par des sacrifices si multipliés, elle n'éprouva que des chagrins et des privations au milieu de Paris. Les frondeurs, révoltés contre l'autorité royale, y étaient assiégés par l'armée du roi : elle fut souvent insultée par eux jusque dans le Louvre, où elle demeurait; et elle s'y trouva tellement dépourvue, qu'il lui arriva plusieurs fois de manquer du nécessaire, an point que cette malheureuse reine se vit réduite à demander, comme elle le disait elle-même, une aumône au parlement, afin de pouvoir subsister. Elle était dans cette triste position lorsqu'elle reçut la nouvelle de l'assassinat de Charles K (1649), de ce roi • clément , jusqu'à être obligé de « s'en repentir, a a dit Bossue t. Madame de Motteville vint la visiter, et rend très-bon compte dans ses Mémoires de l'impression produite sur la reine par un coup si terrible, ainsi que des paroles remarquables qu'elle fut chargée par Henriette de transmettre à Anne d'Autriche , au sujet de la sanglante catastrophe du 9 février 1619. Dès lors la veuve de Charles I" dut s'assurer une retraite pour cacher ses douleurs et son infortune. Elle se retira six mois après dans une maison deChatllot, où, en vertu de lettres patentes, un couvent de la Visitation ayant été fondé sous son nom, elle donna l'exemple de toutes les vertus. Un de ses principaux soins rut de faire instruire ses enfants, et principalement le roi son fils, dans la foi catholique; mais les troubles civils et la guerre de la fronde n'étaient pas encore finis. Le rot de France et toute la famille royale, retirés à St-Germain, ressentaient euxmêmes les effets de la détresse générale. La reine d'Angleterre était donc, dans sa pénible retraite, encore en butte à la fureur dn peuple , mutiné contre Louis XIV et sa mère, auxquels elle se montrait toujours fidèle; souvent aussi elle était exposée à toutes les extrémités de l'indigence. La nécessité de se soustraire avec ses religieuses aux émeutes populaires lui fit prendre le parti de retourner au Louvre; et ce fut alors qu'elle eut plus que jamais, elle et son fils (Charles II), à supporter tous les genres d'outrages de la part des séditieux. La disette que la guerre civile entraînait avec elle, jointe à l'absence du roi et de