‹ Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderneChapitre 30 sur 106 · Î08 HEN · texte numérisé non relu

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sa mère, eut une telle influence sur la position «l'Henriette , que le cardinal de Retz , étant allé la voir cinq ou six jours avant le départ du roi , la trouva dans la chambre de sa fille, depuis duchesse d'Orléans, et clic lui dit : « Vous voyez, « je viens tenir compagnie à Henriette; la pauvre « enfant n'a pu se lever aujourd'hui, faute de « feu. » La postérité aura peine à croire (observe le cardinal) que le petite-fille de Henri IV ait manqué d'un fagot pour se lever, au mois de janvier, dans le Louvre ! F.nfin , la guerre étant terminée, la reine d'Angleterre revint de St Germain, où elle s'était décidée à suivre la cour, et se réunit à ses religieuses, qui avaient beaucoup soulTert de son absenc?. Ses affaires se rétablirent successivement, par le calme dont jouissait alors le royaume de France; et elle donna de grands exemples de charité, s'imposant elle-même des mortifications secrètes, quoique ea santé fût trèsaffaiblie par des souffrances presque habituelles. Elle semblait destinée à passer par toutes sortes de peines ; car Dieu permit encore en 1657 qu'elle éprouvât de la part de Cromwell une humiliation bien pénible. La France avait été contrainte de conclure un traité avec cet usurpateur, devenu maître de l'Angleterre sous le titre de jirottctevr. La reine , pour tirer parti de ses propres malheurs, et décharger autant qu'elle le pouvait la France Jes secours pécuniaires qu'elle en recevait, pria le cardinal Mazarin, qui négligeait de lui faire payer sa pension (lui à qui quatre millions euffisaient à peine pour sa dépence personnelle), d'écrire, au nom de son maître, à celui qui gouvernait alors le royaume de Charles Ier, afin d'en obtenir du moins le payement de son douaire ; mais cet odieux tyran répondit sans ménagement qu'il n'accorderait pas ce qu'Henriette demandait, parce qu'elle n'avait jamais été reconnue comme reine d'Angleterre. Ainsi e Ile resta ilans sa pauvreté, et avec la honte d'avoir été, toute fille de France qu'elle était , traitée de concubine par l'assassin de son mari. Lorsque enfin, tout étant rentré dans l'ordre à Paris, la famille royale y fut de retour, l'Angleterre se vit délivrée de la tyrannie de Cromwell par sa mort , arrivée en 1658. « Dieu, qui avait rendu inutiles « tant d'entreprises et tant d'efforts, parce qu'il «attendait l'heure qu'il avait marquée, alla, « quand elle fut arrivée, prendre comme par la « main le roi, fils de Henriette, pour le conduire « à son trône.... A la fin , Charles II est reconnu, « et l'injure des rois est vengée. » Nous ne pouvions mieux faire que d'emprunter les paroles de Bossuet. La reine parvint donc, après tant de revers, à jouir de quelques jours sereins. Le désir de voir son ûls tranquille possesseur de sa couronne la détermina en 1660 à entreprendre le voyage d'Angleterre , où elle reçut à son passage tous les témoignages de la joie et de l'affection d'un peuple qui , douze ans auparavant , demandait la tête de sa souveraine; mais les honneurs

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qu'on lui rendait à Londres ne lui faisaient pas oublier la mort tragique du roi son époux. Ses souvenirs, de nouveaux chagrins, et surtout celui de trouver ses enfants moins disposés que jamais à embrrsser la religion catholique, la décidèrent à retourner en France. A l'époque du mariage de Charles II avec l'infante de Portugal , elle revit encore une fois les États de son fils; mais des raisons de santé et de piété tout à la fois lui firent désirer de finir ses jours dans cette même retra te de Chaillot, qu'elle chérissait tant : elle y vécut paisiblement pendant quatre années, et allait seulement passer les beaux jours de l'automne à Colombe, près Paris. Ce fut là qu'elle mourut presque subitement le 10 septembre 1069, à l'âge de près de 60 ans. Elle avait demandé à être enterrée dans l'église du couvent de la Visitation de Chaillot ; mais Louis XIV voulut que son corps fut transporté à St-Denis; son cœur seul resta au monastère dont elle était regardée comme la fondatrice. Quarante jours après cette translation, Bossuet prononça en présence de Monsieur et de Madame l'oraison funèbre qu'on trouve en tête de la collection qui honore à la fois notre littérature et notre religion. Indépendamment de l'Histoire de Henrielte-Marie de France, reine d'Angleterre, avec un journal de sa tie, par le sieur C. C, Paris, Querout, 1690, et Brunet, 1693, in-8n, il existe une oraison funèbre de cette princesse par François Faure , évêque d'Amiens , Paris, 1670, in-4°. Celle de Bossuet (alors évêque île Condom), Paris, 1670, in-i°, a été souvent réimprimée avec des notices sur Henriette de France, dans le recueil des oraisons funèbres de ce grand orateur. Enfin, il s'en trouve une par Jean- François Senault, de l'Oratoire, Paris, 1670, in-i°. L — p — e.

IIENBIETTE-ANNE, d'Angleterre duchesse d'Orléans, fille de Charles 1", naquit au milieu des troubles et des guerres civiles, le 16 juin 1644, à Exeter, où Henriette de France sa mère s'était réfugiée. Elle avait à peine dix-sept jours quand la reine fut obligée de chercher un asile en France. La jeune princesse resta entre les mains de la comtesse de Morton , sa gouvernante , qui parvint, deux ans après, à la soustraire aux factieux, et la ramena auprès de sa mère. Cette reine infortunée se renferma dans le monastère de la Visitation de Chaillot aussitôt qu'elle connut la mort tragique du roi son époux, et là, dépouillée de toutes les grandeurs de la terre , elle ne s'occupa plus que de l'éducation de sa fille. Celle-ci , instruite par le malheur, couservait au fond de son âme les nobles sentiments de sa naissance, tandis qu'elle puisait dans une éducation plus rapprochée des rangs ordinaires une douceur et une aménité qui l'ont rendue l'uue des princesses les plus aimables dont la cour de France ait conservé le souvenir. Sa mère exigeait même qu'elle apprit à pratiquer l'humilité chrétienne en servant à table, aux jours de fêles so-

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lennellcs, les dames de la Yisilalion. Anne d'Autriche et la reine d'Angleterre parurent désirer, pendant quelque temps, que Louis XIV choisit Henriette pour épouse ; mais le roi la trouvait trop jeune, et il rejeta celte idée, l'eu de mois après le traite' des Pyrénées, la reine mère fit la demande d'Henriette pour Philippe de France , son second fils. La reine d'Angleterre y consentit : mais avant de former cette union, elle voulut passer la mer avec sa lille, et se rendre auprès de Charles H pour le féliciter de son rétablissement sur le troue de ses pères. Au bout de quelques semaines, pressée par les instances réitérées île Monsieur, la reine s'embarqua pour revenir en France : un gros temps l'obligea de rentrer dans le port. La jeune Henriette, déjà souffrante, avait à peine remis le pied sur le vaisseau que la rougeole se déclara. On mit à la voile aussitôt que son état le permit , et les princesses abordèrent au Havre, d'où elle se rendirent à Paris. Monsieur alla au-devant de sa future épouse avec empressement, et continua, jusqu'à son mariage, à lui rendre des devoirs « auxquels, dit madame « de la Fayette , il ne manquait que de l'amour ; « mais, continue-t-clle , le miracle d'enflammer ■ le cœur de ce prince n'était réservé à aucune a femme du monde. » Les époux furent unis le 51 mars 1661 dans la chapelle du Palais-Royal sans aucun appareil , parce qu'on était en carême. Henriette , qui était toujours restée auprès de la reine sa mère , s'était peu livrée à la société ; elle étonna tout le monde par l'agrément d'un esprit cullivé et le charme inexprimable de sa conversalion. Une extrême affabilité , les grâces de la première jeunesse, animées par l'enjouement, en faisaient le plus bel ornement de la jeune cour de Louis XIV, et y rappelaient le souvenir de l'intéressante Marie Stuart , bisaïeule d'Henriette. Mais si ces qualités brillantes lui gagnèrent les coeurs, elle éprouva aussi tout le danger qui les accompagne, quand elles ne sont pas dirigées par 1j jugement et l'expérience. Alors régnait dans la haute société cette mode d'une froide galanterie, dont tous les romans et les poésies médiocres de ce temps sont empreints , et qui était devenue tellement usuelle , qu'elle avait pris la place de la simple politesse. C'est principalement à cette cause qu'il faut attribuer la liaison de Madame avec le comte de Guiche. Ce jeune seigneur, l'un des mieux faits et des plus recherchés de la cour, dont le style comme le langage étaient calqués sur ceux des héros de la Calprenède et de Scudéri, était alors dans les bonnes grâces de Monsieur. Le prince le présenta à sa nouvelle épouse, en la priant de le traiter avec bienveillance, et de l'admettre dans sa société particulière. Le comte ne put voir froidement tant d'agréments réunis : de l'admiration, du profond dévouement qu'inspire la vue d'une princesse que l'on sert encore plus par affection que par devoir, il passa bientôt à un sentiment plus

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tendre, mais moins respectueux. Mademoiselle de Montalais, l'une des filles d'honneur de Madame, ne tarda pas à pénétrer ce qui se passait dans l'âme de M. de Guiche : loin de le désabuser, elle prit intérêt à sa passion ; elle alla même jusqu'à se charger de mettre sous les yeux de la duchesse les lettres qu'il lui confiait. Madame refusa d'abord de les lire; mais, vaincue par les supplications de mademoiselle de Monlalais, elle lui permit d'y répondre, écrivit bientôt elle-même, et, entraînée par un désir immodéré de plaire, elle eut l'imprudence d'accorder au comte plusieurs entrevues. Monsieur, en ayant des soupçons, pria le roi d'éloigner M. de Guiche: celui-ci reçut aussitôt l'ordre de se reudre en Pologne , et mademoiselle de Monlalais fut renvoyée. Voilà tout ce que l'historien peut recueillir de certain sur cette intrigue; et tout porte à croire que Madame n'eut à se reprocher que de la légèreté et de l'inconséquence. Peu de temps après leur mariage, Monsieur et Madame allèrent à Fontainebleau rejoindre la cour. Ce fut là que le mérite singulier d'Henriette fut apprécié par le roi, et que peut-être il se repentit de ne l'avoir pas élevée à la première place de son royaume. S'il parut épris de la société de sa belle-sœur, celle-ci ne fut pas insensible à un retour qui la flattait. Bientôt ce changement fut remarqué et diversement interprété. Anne d'Autriche craignit que la reine n'en prit de l'ombrage, et fit des représentations à son fils : le duc d'Orléans, naturellement jaloux , se plaignit avec amertume. Quelques personnes ont pensé qu'il fut alors convenu entre la duchesse et le roi que celui-ci feindrait de s'attacher à mademoiselle de la Vallière , l'une des filles d'honneur de Madame. Mais, soit que cette passion ne fût en effet que simulée dans ses commencements, soit qu'elle fût la suite d'une véritable inclination, elle eut bientôt remplacé toutes les autres dans le cœur de Louis XIV. On a répété, d'après le témoignage de Voltaire, que l'intelligence secrète qui régnait entre le roi et Madame avait donné lieu à un commerce de galanterie, dont le marquis de Dangeau était l'âme et le confident , sans qu'aucune des deux parties intéressées s'en doutât. Ce fait manque d'exactitude. Dangeau était absent de France pendant le peu de temps que dura cette liaison : il passa au service d'Espagne aussitôt après le traité des Pyrénées (voy. Damgeau). L'abbé de Choisy dit positivement que c'est entre le roi et mademoiselle de la Vallière que cette singulière correspondance a eu lieu. Plus tendre que spirituelle , la Vallière ne savait pas toujours exprimer tout ce qu'elle sentait ; elle priait Dangeau de venir à son aide, et était loin de soupçonner qu'il fût l'auteur de la lettre à laquelle elle était si embarrassée de répondre. Une commune ambition et l'entraînement des mêmes goûts avaient établi de grands rapports entre Madame et la comtesse de Soissons. Elles s'étaient flattées toutes le» deux d'obtenir, par mademoiselle de la

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