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discours injurieux contre Madame, et elle poussa l'animosité jusqu'à faire connaître à Louis XIV le secret de la correspondance de la duchesse d'Orléans avec le comte de Guiche. déduite à cette extrémité , Henriette avoua franchement ses torts à son beau-frère ; mais elle lui révéla en même temps le dangereux mystère de la lettre espagnole. Le roi , mdigoé d'avoir été joué par un homme qu'il admettait dans sa familiarité, fit conduire Vardes à la citadelle de Montpellier, et le comte de Soissons fut renvoyé, ainsi que sa femme, dans son gouvernement de Champagne. Si Madame était sans cesse agitée par ces intrigue* de cour, elle ne trouvait pas plus de calme dans l'intérieur de sa maison. Cette princesse, douée de toutes les qualités qui peuvent le plus attacher un mari , n'avait pu parvenir à se faire aimer de Monsieur. Le chevalier de Lorraine, successeur du comte de Guiche dans la faveur du prince , le gouvernait despotiqoement. Madame se plaignait souvent ; lasse enfin de l'inutilité constante de ses plaintes, elle eut recours au roi, et le chevalier eut l'ordre de se rendre en exil. Monsieur en conçut un chagrin mortel; il se jeta au pied du roi , et voyant qu'il n'en pouvait rien obtenir, il se résigna en apparence : mais ce fut pour s'en venger sur Madame , en l'abreuvant d'amertumes. Daniel de Cosnac , évêque de Valence , premier aumônier de Monsieur, s'était montré attaché aux intérêts de la princesse ; il avait même eu le courage de faire des représentations, qui avaient déplu. Monsieur lui fit éprouver des désagréments si réitérés, que le prélat fut obligé de quitter U cour. Il continua néanmoins d'entretenir une correspondance avec Madame : la conduite qu'il tiat envers cette princesse fut noble et généreuse; son dévouement alla jusqu'à s'exposer pour elle à une disgrâce assurée (1). L'aveu que Madame avait fait au roi lui-même de la part qu'elle avait prise à la lettre espagnole avait singulièrement refroidi celui-ci pour elle; et cette disgrâce dorait encore , lorsqu'un grand intérêt politique rapprocha Louis XIV de sa belle-sœur. Il méditait en 1C70 la ruine de la Hollande et ne pouvait y parvenir qu'en détachant Charles II de la triple alliance qur unissait à cette puissance l'Angleterre et la Suède. Le marquis de Croissy avait clé euvoyé à Londres ; on l'y avait bien accueilli ; mais J rien ne se terminait. Le roi, connaissant l'intimité qui existait entre Madame et son frère, crut que par son entremise il obtiendrait plu3 facilement ce qu'il désirait. Il rendit donc ses bonnes grâces à la princesse et lui communiqua son îles» sein. Flattée de l'importance de la mission , Madame consentit à s'en charger ; mais elle refusa positivement d'avoir aucun rapport avec Louvois,
fl| Voy. Cos*ac et le» Mtmoim dt Dantrl ét Comae, publié* par le comte Julc» de Co«ni£, pour la toeiHé de l'blttairr de France. ParU, Julet itenouard, 1863, io-8*. On y trourc des détails plus étendus que ceux nue l'on rencontre dans les Mémoire* de l'abbé de Choiiy.
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dont les manières dures l'avaient révoltée. Il fat convenu que ce ministre serait suppléé par le maréchal de Turenne : mais l'exclusion de Louvois n'était qu'apparente; consulté en secret, il dirigeait tout sans être vu. Le roi avait exigé que le secret de la négociation fût caché à son frère : Madame n'avait pas eu de peine à le promettre , et cependant Monsieur connut une partie du secret (eoy. Turenne). Tout étant préparé, le voyage de Flandre fut annoncé : son motif apparent était de faire voir à la reine les villes provenant des droits de celte princesse, qui venaient d'être réunies à la France. Quand la cour fut à Calais, Madame passa à Douvres, sous le prétexte de rendre visite à son frère , qui s'y était transporte de son côté. Voltaire place cette entrevue à Cantorbéry ; c'est une erreur démentie par tons les autres historiens. On avait pris le soin de faire accompagner Madame par mademoiselle de Kéroual, jolie Bretonne, qui plut à Charles, devint par la suite duchesse de Porstmouth, et contribua, dit-on, à la conclusion du traité. Au bout de dix jours, Madame revint en France comblée d'honneurs, apportant un traité sur lequel reposait le sort de plusieurs États. « La confiance de « doux si grands rois, disait Bossuet, l'élevait au « comble de la grandeur et de la gloire, > lorsque , le dimanche 29 juin 1670, retentit tout à coup dans St-Clqnd ce cri : Madame te meurt, Madame ett morte; crique nos neveux répéteront tant qu'on se souviendra de nos princes et que nos chefs-d'œuvre seront admirés. La princesse se plaignait d'un mal de côté et d'une douleur dans l'estomac. Â sept heures du soir, elle demanda un verre d'eau de chicorée , qu'elle prenait depuis quelques jours. A peine Peut-elle bu, qu'elle ressentit dans le côté une douleur violente qui lui arracha des cris perçants. Le mal , loin de se calmer par les remèdes, devenait d'instant en instant plus alarmant. Madame ne cessait de s'écrier qu'elle était pins malade que l'on ne -pensait; qu'elle allait mourir, et qu'il fallait lui aller chercher son confesseur. Elle embrassa Monsieur, qui était devant son lit , et lui dit avec douceur : « Hélas! Monsieur, vous « ne m'aimez plus, il y a longtemps ; mais « cela est injuste , je ne vous ai jamais man- ■ qué. » Elle ordonna de faire l'examen de l'eau de chicorée, assurant qu'elle était empoisonnée, et elle rétracta cet ordre quelques instants après. Monsieur s'empressa même de boire une partie du résidu. Des contre-poison» lui furent administrés. Bientôt le curé de St-Cloud survint : Madame se confessa, sans permettre à l'une de ses femmes de chambre, qui soutenait ses oreillers, de se retirer. Le roi, averti, arriva de Versailles à onze heures du soir ; il conféra avec les médecins, dit adieu à sa belle-soeur en pleurant, et se retira consterné. Madame de la Fayette fit appeler M. Feuillet, chanoine de St-Cloud , qui exhorta la princesse à la mort avec one énergie austère
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qui pour les lecteurs attendris semblait de la dureté. Bossuet accourt de Paris, et parle de Dieu et de l'éternité avec ce profond sentiment qui anime tous ses discours. Le zèle de ces doux hommes apostoliques ne fut pas perdu. Madame vit la mort en chrétienne; elle accepta ses souffrances avec résignation , et expira à trois heures dn matin ; elle avait à peine vingt-six ans. On lai vit conserver jusque dans les bras de la mort son caractère de grâce et d'amabilité : aussi n'oubliat-elle pas M. de Condom dans ce dernier moment, et elle donna l'ordre de lui remettre, quand elle ne serait plus, une bague d'éraeraude qu'elle loi avait destinée. Bossuet fait allusion à ce dernier souvenir de Madame dans son oraison funèbre, Tun des plus beaux modèles «le l'éloquence de la chaire. Cette mort produisit une surprise que l'on n'essayera pas de peindre ; et encore aujourd'hui l'on se demande quelle a pu en être la cause. Il y aurait de la témérité à prétendre résoudre ce problème historique : on se contentera d'exposer ici des doutes. Les médecins qui firent l'ouverture du corps, en présence de l'ambassadeur d'Angleterre, déclarèrent que la mort avait été naturelle. Vallot, premier médecin du roi, donna par écrit un 8ris qui a été conservé : il dit que depuis longtemps il avait une très-mauvaise opinion de la santé de Madame; qu'à l'ouverture de son corps, il avait reconnu que le foie et le poumon étaient entièrement corrompus, tandis que le cœur et l'estomac avaient conservé toute leur intégrité. Les historiens français et anglais ont pour la plupart adopté l'opinion de ce médecin. D'un autre côté, la France avait un grand intérêt à établir qu'il n'y avait pas eu de poison : on redoutait à Versailles une rupture avec Charles II, et il serait possible que de grandes vues politiques eussent eu de l'influence sur les rapports des médecins. On voit dans la correspondance de M. de Mon taigu, ambassadeur d'Angleterre, avec sa cour, qu'il demanda à Madame, au lit de la mort, si elle se croyait empoisonnée, et que M. Feuillet prévint la réponse de la princesse, en lui disant de n'accuser personne, et d'offrir à Dieu sa mort eu sacrifice. Madame de la Fayette, témoin de cette horrible scène, penche pour le poison. La princesse palatine de Bavière, seconde femme de Monsieur, qui avait recueilli tout ce que l'on savait à la cour sur cette mort, fortifie singulièrement ces doutes : elle affirme qu'il n'est que trop vrai que Madame Henriette a été empoisonnée; elle assure même que celte princesse avait trois trous dans l'estomac. Son récit s'accorde presque en tout avec celui du duc de St-Simon. Mais, si ce crime parait trop certain , qui doit-on en accuser? On éprouve un soulagement en voyant St-Simon et tous les contemporains écarter et démentir les bruits qui avaient circulé dans le peuple , à l'égard d'une personne auguste , et l'on s'accorda généralement à accuser de ce forfait le chevaUer de Lorraine. Retiré à
Borne, ce fm-ori supportait impatiemment sa disgrâce. Deux officiers de la maison de Monsieur, ses amis , ou plutôt ses compagnons de débauche, souhaitaient ardemment son retour, auquel Madame était le seul obstacle. Il parait que le chevalier leur envoya un poison subtil , par le nommé Morelli, et que l'un de ces hommes jeta le poison dans l'eau de chicorée, ou bien en frotta le gobelet qui devait servir à la princesse. Madame de Bavière assure dans ses lettres que , pour récompenser Morelli, on le plaça dans la maison en qualité île premier maître d'hôtel , et que, peu de temps après , on lui fit vendre sa charge. « 11 avait, dit cette princesse, de l'esprit comme « un démon; mais il était sans foi ni loi, et il « mourut comme un athée. • Le marquis d'Argenson raconte cette anecdote un peu différemment, mais il ne rapporte qu'un ouï-dire; et la princesse palatine , seconde femme de Monsieur, dit ce qu'elle a vu. Une lettre de M. de Montaigu , écrite à sa cour dans le temps du rappel du chevalier de Lorraine, accuse encore ce chevalier. « Si Madame a été empoisonnée, dit-il, toute la « France le regarde comme son empoisonneur. ■ (Voy. OEuvres de la Fayette, Paris, 1805, t. 3, p. 202.) Voltaire traite de fable populaire le bruit qui s'était répandu que le chevalier de Lorraine était l'auteur du crime ; mais il ne faut pas oublier que les Mémoires de St-Simon et ceux de la princesse de Bavière n'ont été imprimés que longtemps après leur mort. M. Craufurd, dans Ses Estait tur la littérature françaite, a donné quelques considérations sur les causes de la mort d'Henriette. Il pense aussi que celte princesse a été empoisonnée; mais il disculpe le chevalier de Lorraine. Voici l'analyse de son système. On voit dans St-Simon que le roi, la nuit qui suivit la mort de Madame, fit amener devant lui Purnon, premier maître d'hôtel de la princesse, et lui promit le pardon , en lui ordonnant sous peine de mort de lui dire la vérité. Cet homme avoua l'empoisonnement, ajoutant que c'était le chevalier de Lorraine qui avait envoyé le poison à Beuvron et à d'Efnat. Louis XIV, redoublant les promesses et les menaces, demanda si Monsieur en avait été instruit. Sur l'assurance négative que cet homme lui en donna, le roi parut soulagé d'un grand poids, et le fit mettre en liberté. Or, dit-on , si Louis XIV a connu le crime du chevalier de Lorraine, comment lui aurait-il permis, au mois de février 1672 , de revenir à la cour, en le faisant maréchal de camp, ainsi qu'on le voit dans une lettre de madame de Sévigné du 12 février 1672? Cette objection n'est pas sans réponse. Ceux qui projetaient ce crime n'auront dit à Purnon que ce qu'il était nécessaire qu'il sût, pour aider à son exécution : il n'a dù en connaître que les auteurs immédiats. St-Simon dit d'ailleurs que c'est cet homme lui-même qui, longtemps après, a raconté cette anecdote à M. Joly de Fleury, procureur général au parle-
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ment de Paris. N'est-il pas possible qu'en la révélant, Purnon ait confondu et ce qu'il savait dès l'origine et ce que des conversations particulières lui avaient ap|>ris depuis? Et en supposant que Louis XIV ait su que le chevalier de Lorraine fût le coupable, nous dirons avec Laplace que le roi ne devait point laisser pénétrer qu'il en eût aucune connaissance , et qu'il était indispensable qu'il trailât extérieurement le chevalier de Lorraine, d'Effiat et de Beuvron, comme s'il avait ignoré cet affreux secret. Autrement, il aurait semblé participer au crime en ne le punissant pas. Le roi avait besoin du chevalier de Lorraine pour contenir et gouverner Monsieur, et c'est à cette seule cause que le relour du chevalier doit être attribué. Madame de la Fayette nous a laissé une Histoire d'Henriette d'Angleterre ; il ne faut y chercher l'exactitude de l'historien que dans les détails de la dernière maladie : elle ne quitta pas Madame un seul instant, et elle rend compte de tout ce qui se passa (1). Bossuet prononça à St- Benis l'oraison funèbre de Madame, le 21 août 1670. M. Feuillet, chanoine de St-Cloud, qui assista la princesse , a aussi composé pour elle une oraison funèbre : il l'a fait précéder de la relation de sa mort. Ce discours a été imprimé à Paris en 1686. M — t.
IIENBION (Bems) , mathématicien , né en France vers la fin du 16* siècle , entra fort jeune comme ingénieur au service des Provinces-Unies. En 1607, il vint à Paris, où il professa les mathématiques, et eut pour élèves beaucoup de jeunes gens de familles nobles- Il mourut vers 1610, après avoir publié un grand nombre d'ouvrages et de traductions dont voici les titres : 1° Mémoirtt mathématiqutt recueillit et dretsèt en fateur de la noblesse française, Paris, 1612, în--i°; ibid., 1G23, in-8°. L'auteur donna en 1627 un second volume, dans lequel il inséra un Traité det trianglet tphériquet, et un Traité det logarithmet, qui avaient déjà paru séparément, l'un en 1617, et l'autre en 1626, in-8° ; 2° Canon manuel det sinus, Paris, 1619, in-16; ibid., 1623 ; 3° Cosmographie, ou Traité général des chotettant célestes qu élémentaires , Paris, 1620, 1626, in-8» ; 4° Collection, ou Recueil de divers traités de mat hématiquet, ibid., 1621, in-4»; 3° Motet tur let récréations mathématiques, et ta fin de divers problèmes, terrant à l'intelligence det hases difficilet et obteures, Paris, 1627, in-8°. Ces notet furent souvent réimprimées avec l'ouvrage même auquel elles se rapportent (2). 6° L'Usage du mé-
(1) Dans ces dernier* temps, on a cherché a doater de l'horrible mort inopinée de Madime. Ou a cité une lettre de BouuH dont l'original est perdu .niais dont une copia s'est trouvée dan* le* mémoires inédit* de Philibert de la Mare. L'opinion de Bossuet serait d'un grand poids ; mais elle ne nous parait pas suffisamment prouvée, et nous persistons, arec le savant baron de Watckcnaer, à croire 4 l'empoisonnement , malgré le* estimables recherches de l'honorable savant, M. Floquet.
(2j Cet ouvrage, qui depuis a été augmenté par plusieurs auteurs, parut d'abord tous le titre de Rieriation jJatktnuttiç**. Pont-i-Mousson , 1636, in-12. Cette première, partie «*t do P. Jean Leuréchon , jésuite lorrain, qui se cacha sous le pseudonyme de II. Fan Étten et non Van Btun, comme l'a écrit Don» Calmet dans sa BibliotK. d* Lorraine.
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cromètre, qui est un instrument géométrique pour meturer les longueurs et dislances visibles, Paris, 1630, in-8° ; 7° l'Usage du compas de proportion. ibid., 1631 , in-8° ; il y en a près de vingt éditions. Les traductions publiées parllenrion sont : l°les Éléments sphériques de Théodose Tripolilain (coy. Thëodose), Paris , 1615 , in-8°. L'ouvrage de l'astronome grec est important , et la traduction de Henrion, quoique faite sur une version latine, est estimée. 2° Traité des globes et de leur usage . Ira* duit du latin, avec des notes, Paris, 1618, in-8°. Le livre original est de Robert Hues , savant anglais, et fut imprimé pour la première fois à Lyon en 1593; 3» les Quinxe litres des éléments d'Euclide, traduits du latin en français, avec des commentaires , Paris, 1632, in-i°. Ce volume et le précédent ont été réimprimés et réunis sous le titre d'Eléments géométriques d'Euclide, traduits et commentés par D. Henrion, Rouen, 1619, 2 vol. in-8°; Paris, 1683 , 2 vol. in-8°. Un correcteur d'imprimerie ayant critiqué vivement plusieurs traductions d'Euclide et notamment celle de Henrion, celui-ci publia une Réponse apologétique pour les traducteurs et interprètes des Éléments d'Euclide, à un nommé P. Le Mardelé , avec un sommaire de l'algèbre , Paris, 1623, in-8° ; 4° Tables des directions et projections de Jean de Mont -Royal (Jean Mullcr, dit Regiomontanus (coy. Miller), corrigées et augmentées , et leur usage ; traduites du latin en français avec des annotations et des ligures , Paris, 1626 , in-i°. Ki i lin Henrion a donné une édition de la Géométrie pratique, de J. Errard, revue et augmentée , Paris , 1619 , in-8°. P— bt.
HENRION (Nicolas), né à Troyes le 6 décembre 1603 , entra d'abord dans la congrégation de la Doctrine chrétienne, par déférence pour le père Gautbereau , son oncle , qui en était général : il professa quelque temps , et ayant perdu , par la mort de son oncle, le peu de vocation qu'il pouvait avoir pour l'état religieux , il se fit relever de ses engagements et s'empressa de se marier, afin de s'attacher irrévocablement pour cette fois au monde , qu'on avait voulu lui faire quitter. U embrassa quelque temps la profession d'avocat, et l'abandonna pour se livrer au goût ou plutôt à la passion qu'il avait conçue pour les médailles et les pierres gravées. L'ex-avocat comme l'exdoctrinaire ne fut guère plus fidèle à ses médailles qu'il ne l'avait été à sa chaire et a ses causes : il acquérait avec ardeur ces pièces curieuses et s'en défaisait avec empressement. Cependant , tout en le séparant de ses médailles, il ne s'attacha que plus fortement à la numismatique : c'était le moyen île prévenir le dégoût de la possession , auquel il paraissait disposé. Sa réputation d'homme savant dans cette partie si importante pour l'histoire lui ouvrit les portes de l'Académie des inscriptions, en 1701. 11 y fit lecture d'une foule de dissertations , dont on trouve seulement des extraits dans la collection de cette savante société, tels que l'ébauche d'un Nouveau système sur Ut wUdailles
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samaritaines, qui présente des vues neuves, etc. L'auteur de son Eloge, dans l'histoire de l'Académie des inscriptions , s'exprime ainsi dans un passage que se sont approprié, sans en indiquer la source , H. Chaudon , dans son Nouveau Dictionnaire historique, et Desessarts , dans ses Siècles littéraires: « M. Henrion avait entrepris un im- ■ mense travail sur les poids et les mesures des
« anciens Pour en donner à l'Académie un
« avant-goût précieux, il y apporta, en 1718, une « espèce de table ou d'échelle chronologique de « la différence des tailles humaines , depuis la « création du monde jusqu'à Jésus-Christ ; il y « assigne à Adam cent vingt-trois pieds neuf pouces « de haut, et à Eve, eent dix-huit pieds neuf pouces « trois quarts : d'où il établit une règle de pro- « portion entre les tailles masculines et les tailles « féminines, en raison de vingt-cinq à vingt-quatre: « mais il ravit bientôt à la nature cette majestueuse « grandeur. Selon lui , Noé avait déjà vingt pieds « de moins qu'Adam ; Abraham n'en avait plus « que vingt-sept à vingt-huit; Moïse fut réduit à « treize ; Hercule à dix ; Alexandre n'en avait guère « que six ; Jules-César n'en avait pas cinq ; et « quoiqu'il y ait longtemps que les hommes ne « se mesurent plus à la taille, si la Providence « n'avait daigné suspendre les suites d'un si pro- « digieux abaissement, à peine oserions - nous « aujourd'hui nous compter, au moins à cet égard, « entre les plus considérables insectes de la terre. « La géographie tient essentiellement à la taille « des hommes ; leurs pas ont toujours été, comme « ils sont et seront toujours, la première mesure « des espaces de longueur qui se trouvent sous « leurs pieds. Ainsi M. Henrion joignit une nou- « vellc table des dimensions géographiques des « premiers arpenteurs de l'univers à celle des « tailles humaines dont nous venons de parler , « et ces deux tables, qui ont un merveilleux rap- « port entre elles, sont probablement tout ce « qu'on verra jamais des trois ou quatre volumes « in-folio dont il nous flattait. » Henrion connaissait les langues orientales ; il fut nommé , en 1 705, professeur de syriaque au collège de France. H parait qu'il n'avait pas tout à fait perdu de vue ce qu'il avait acquis en jurisprudence ; car il fut, en 1710, agrégé à la faculté de droit. Il eut une dispute très-vive avec Genebricr, au sujet de l'empereur à qui l'on pouvait donner pour épouse la Ma g nia Urbica , dont le hasard lui avait procuré une médaille qui entrait dans h suite du Bas- Empire {toy. Genebrier). Les pièces de ce procès ont été recueillies par Bernard, dans ses Nouvelles de la république des Utlres, 1705, janvier et août. Les rêveries d'Henrion sur les poids et les mesures des anciens paraissent lui avoir coûté la vie : il se livrait à ce travail avec une telle ardeur, qu'il y épuisa ses forces, et mourut à l'âge de 57 ans, le 24 juin 1720. D— b— s.
HENRION (C), littérateur médiocre et trèsabondant, mort à Charenton en 1808, composa
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an grand nombre d' outrages dont nous n'Indiquons que les principaux : 1° La cktmpétrêide . ou les Beauté s de la paix et de la nature, poê*me, Paris, 1795, in-8"; <*> Révélations d'amour , ibid., 1796, in-8° ; 5° Lté Incroyables et les Merveilleuses , ouvrage impayable, ibid., 1797, ln-12 ; 4° Mémoires philosophiques d'Henrion , oû ton trouée l'origine des sylphes , des gnomes , des salamandres . des nymphes, etc., ibid., 1798 , in-18 ; 5° Encore un tableau de Paris, ibid., 1800, itl-12 ; fi» C'est cela! OU Questions parisiennes . petite renie de nos grands travers, ibid., 1802, in-12 arec gravures ; 7° Alcymadure, ou le Premier musicien, ibid., 1803, in-12 ; 8° Les Veillées de Momus, ou Recueil d'aventures, routes, traits et gestes peu connus et intéressants, îbld., 1805, 2 vol. in-12 ; 9° Le mariage de Jocrisse, comédie en 1 acte, en prose , Paris, 1800, in-8° ; 10° Monsieur de la Palisse, vaudeville en 1 acte, ibid. , 1801, in-8°; 11° Les Beaux- Arts au Gros- Caillou, comédie poissarde, ibid., 1801 ; 12" L'amant rival de sa maîtresse, opc'ra en un acte, ibid., 180i; 13° Le soldat tout seul, monologue historique , en un acte , en prose , mêlé de vaudevilles , ibid., 1801; 1 inCa//rtn</r«maW*,comédic.paradc, ibid., 1805 ; 13n Les trois saurs , vaudeville en un acte, ibid., 1805; 16° Adrien Venden-l'elde , vaudeville anecdotique , ibid. , 1806. Henrion a fait encore beaucoup de pièces de théâtre, soit seul, soit avec Dumaniant, Servière, MM. Brazier , Duraersan, Rougemont, etc. Z.
HENRION DE PANSEY (Pierre-Pacl-Nicous), premier président de la cour de cassation, naquit le 28 mars 1742, dans le village de Trévcray près de Ligny en Lorraine (département de la Meuse), où son père occupait une charge dans la magistrature. Après avoir reçu sa première éducation au collège de Ligny, le jeune Henrion fut envoyé à Pont-à-Mousson pour y étudier le droit civil et canonique; et en 1762, sans être bien savant, comme il le disait lui-même, il vint à Paris et se fit recevoir avocat le 10 mars 1763. Mais, comme d'après les règlements d'alors, avant d'être inscrit sur le tableau des plaidants il fallait faire quatre années de stage, Tlenrion, quoique doué d'un talent précoce et dont il avait donné des preuves dans ses examens publics, dut se conformer au règlement et ne put pas, avant 1767, être admis à plaider pour des clients pauvres, suivant l'usage de ces temps, où la bienfaisance l'emportait presque toujours sur l'ambition, et où la modestie faisait supporter un noviciat long , pénible et peu lucratif. Constant dans ses travaux, en suivant les conseils que d'Aguesseau donne aux avocats, Henrion ne s'égara point dans les théories de la science politique. Persuadé que la féodalité maintenue dans de justes bornes est la base d'une monarchie modérée et paternelle, il se consacra à l'étude de l'histoire de la monarchie, remonta aux sources et se forma un corps complet de doctrines sur la législation féodale , ayant l'autorité de Dumoulin pour guide, et pour appui les docu-