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ments puisés dans nos vieilles archives. Renfermé pendant dix ans dans son cabinet, il se Ht on trésor inépuisable d'érudition. On sait que dam l'ancien barreau des parlements la profession d'avocat était divisée en deux catégories, celle des avocats jl niants, et celle des avocats consultants. Le goût et les habitudes de Henri» le portèrent à s'éloigner du tumulte des plaidoiries-, et il ouvrit un cabinet de consultation, après avoir plaidé one seule fois pour un malheureux nègre, que son maître avait amené en France sans remplir les formalités voulues par les lois de ce temps-là afin de maintenir l'esclavage en terre franche, où la religion catholique étendait une main libérale sur tous les opprimés. Le nègre profitait adroitement de cette omission pour demander la liberté; Henrion fut chargé de soutenir sa réclamation devant la Table de marbre de l'Amirauté, et son talent fut couronné d'un plein succès : il eut la satisfaction de donner la liberté à son client. Son plaidoyer fut imprimé (1770), et il fut lu arec beaucoup d'empressement. Henrion, ainsi encouragé, recuertfH bientôt des suffrages encore plus brillants dans l'affaire de son ami Mercier, auteur de l'An deux mille quatre cent quarante et de quelques drames, dont un avait été reçu à la Comédie française. Suivant les règlements de l'époque, après cette admission, l'auteur était en droit d'exiger la lecture d'une seconde pièce de sa composition : Mercier se présenta à l'assemblée des comédiens, et se lit inscrire sur le registre pour la lecture de cette pièce nouvelle; mais, après un an d'attente, il reçut une lettre de refus, motivée sur ce qu'il avait publié un écrit contre la Comédie sous le voile de l'anonyme. .Mercier consulta Henrion, qui ne vit là qu'un véritable déni de justice. Alors il somma le sénat comique de l'admettre sous huit jours à lire sa pièce. Ce délai étant expiré sans résultat, une assignation fut donnée pour forcer les comédiens : 1" à jouer la pièce déjà reçue; 2e à s'en rapporter, quant à celle dont on demandait la lecture, au jugement de l'Académie française ou d'une autre société littéraire. Le mémoire de Henrion (imprimé en 1773), rempli de détails piquants, eut un grand succès et lui mérita les éloges de la Harpe , qui, dans son Cours de littérature, a dit que l'on y remarque une érudition bien appliquée, une diction pure, une discussion claire, une bonne Iogiqne, un ton de sagesse et de modération; enfin il ajoute que tout y va au fait sens écart et «ans verbiage , et que tous les raisonnements y ont de la force sans emphase. Retiré dans son cabinet de consultation, Henrion, qui s'était toujours occupé de matières féodales, traduisit du latin et publia le Traité d*s fiefs d« Dumoulin, anaiysé et conféré avec d'autres feudittes , Paris, 1773, 1 vol. in-4", précédé d'un éloge de Dumoulin, qui avait déjà paru en 1769, et d'une dédicace au président François Molé, fils du premier président du parlement exilé. Le chancelier Maupeeu vit dans cet
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hommage rendu à une famille parlementaire une protestation contre son système, et il fut défendu par la censure d'imprimer cette dédicace ; ce qui l'a rendue très-rare, quoiqu'elle ait été' imprimée à part, à Genève, en 1774. Cette publication augmenta beaucoup la renommée de Henrion , et il fut bientôt chargé par le comte de Kennepont de son procès contre les villages de Roche, Cultru et Betaincourt, qui plaidaient contre leur seigneur pour des bois et des pâturages. 11 écrivit pour cette affaire un mémoire qui répandit la plus vire lumière sur une partie fort obscure du droit féodal, et que M. de Barentin, directeur des eaux et forêts, fit imprimer et distribuer à ses employés comme une instruction très-utile. La réputation de Henrion eomme feudiste le fit encore charger de la rédaction, pour l'ancien Répertoire de jurisprudence et pour V Encyclopédie méthodique , de la plupart des articles relatifs aux fiefs et à la féodalité. Tout le monde sait l'histoire des parlements qui furent supprimés en 1771 et remplacés par des commissions de justice qu'on nomma ironiquement le parlemed Maupeou. Henrion tint son cabinet fermé pendant l'absence des parlements; et lorsque Louis \M les eut rétablis dans leurs fonctions, aussitôt après son avènement au trône en 1774, il s'empressa de le rouvrir, et fut chargé par le barreau de Paris de prononcer le discours de rentrée. Comme on devait 6'y attendre, il se livra dans ce discours à de vives attaques contre Maupeou, et fit en revanche un grand éloge de , Mathieu Molé et du jeune roi Louis XVI. L'Éloge de Mathieu Molé a été imprimé, Genève et Paris, 1771, in-8°. Pendant l'exil du parlement, llenrion, tout entier à la culture des lettres, donna plusieurs articles à l*o«vrage périodique intitulé Galèr e française . entre autres une biographie de l'abbé Pluche, mort en 1701 , accusé de jansénisme, et celle du pieux maréchal Lowenda/il, mort en 4755. N'oubliant pas cependant l'objet spécial de ses études, il composa son grand ouvrage intitulé Dissertation du droit féoeLtl par ordre alphabétique (I); ouvrage divisé en 4 volumes in-4°, dont il n'a paru que les deux premiers, qui , par une coïncidence singulière, furent annonces dans les journaux le 3 août 1789, la veille même du jour où la féodalité fut abolie par l'Assemblée constituante avec toutes les dîmes, citasses, jurandes, etc. On conçoit que dans de pareilles circonstances un tel livre dut rester inaperçu, et que la science de l'auteur presque toute spéciale devint beaucoup moins remarquable. Ne prenant d'ailleurs aucune part aux événements de la révolution, il se retira à Panscy, propriété paternelle dont il avait pris le surnom pour se distinguer de son frère puîné, llenrion de Saint-Arnaud, qui exerça
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il) Cet outrage est rempli d'érudition historique, «t M. de Chateaubriand j a trouvé d'uUlca matériaux «ur le* premier* Sue. de la monarchie, l'origine, la* variation! et l'aboluton de
l'u»urpaUon de*
les fonctions d'avocat au conseil. Henrion de l'ansey passa ainsi dans la retraite toute l'époque de la terreur. En 1798, les directeurs Treilhard et Merlin, qui l'avaient connu au barreau de Paris, mais qui s'étaient éloignés de lui, parce qu'il ue partageait pas leurs opinions révolutionnaires, le firent nommer administrateur du département de la Haute-Marne à Chaumont. C'est là que, remarqué pour son impartialité et sa modération, Henrion déplut bientôt au ministre de l'intérieur, François de Neufchateau, qui lui demanda un jour des renseignements sur la conduite et les opinions des principaux habitants du département; afin, disait-il, que je puisse Us placer aux degrés de iécMle politique. Le prudent administrateur répondit : Je n'ai que de bons renseignements à donner; tout pouvex les placer tous au premier degré de votre échelle. 11 y avait une grande leçon dans cette petite ironie. Quelque temps après, Henrion fut nommé professeur de législation à l'école centrale du même déparlement, où il fonda les méthodes du meilleur enseignement. En 1800, sous le gouvernement consulaire, sans avoir fait aucune demande, il apprit par le Moniteur que le sénat conservateur l'avait élu conseiller à la cour de cassation. C'est pendant cette nouvelle magistrature qu'il publia divers ouvrages de droit qui augmentèrent beaucoup sa réputation , et contribuèrent à le faire nommer, en 1807, président de l'une des chambres de la cour de cassation , où il était toujours le premier arrivé et d'où il sortait toujours le dernier. C'est là que nous l'avons connu pour la première fois et qu'il nous recommanda l'utile précepte de ne jamais grossir les arrêts de plusieurs considérants, mais d'énoncer avec précision et clarté les principaux motifs, afin de ne pas donner prise à la chicane et à la cassation. En 1810, Napoléon, ayant convoqué à Trianon une commission pour délibérer sur des demandes en grâce et sur d'autres points de législation , ouvrit lui-même un avis que tout le monde s'empressa d'adopter; Henrion seul s'y montra opposé, et il exposa ses raisons avec tant de force et de netteté que l'empereur, revenant de son erreur, dit à Daru : Pourquoi ce vieux bonhomme n'est-il pas de mon conseil? faites tout de suite le décret. Le conseil d'État sous l'empire était véritablement un conseil de gouvernement. Napoléon le présidait lui-même el l'appelait à délibérer sur les grands intérêts de l'Etat. Henrion alla chez le grand juge, disant qu'il ne pouvait accepter la place de conseiller, parce que sa vue était très-faible, et que d'ailleurs il ne voulait pas quitter la magistrature. Le dimanche suivant, comme il était à la cour, après la messe, l'empereur s'approcha de lui : Je n'entends pas, mon cher président, lui dit-il, que cous quittie* la cour, je ne vous demanderai que des conseils de vive voix. Il y a dix ans que vous devriex être de mon conseil, j'ai grondé Cambacéris de ne m avoir pas parlé plus tôt de vous. Ainsi les fonctions de conseiller d'État, par
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une exception toule singulière, ne furent pas i incompatibles avec la magistrature; et Henrion y donna des preuves constantes de son indépendance et de la sagesse de ses opinions, bans une affaire importante de la régie, Napoléon ne voulait pas qu'on format au hasard un pourvoi en | cassation ; il chargea son procureur général de j sonder l'opinion du président. Henrion examine, délibère avec la chambre des requêtes, et il est décidé qu'il n'y a pas lieu d'admettre le pourvoi, j Mais que répondrai-je à Sa Majesté? s'écrie le procureur ge'néral. Répondes, dit Henrion, qu'il vaut mieux que Sa Majesté perde plusieurs millions que la cour de cassation ne se déconsidère par une injustice. L'empereur, loin de trouver mauvaise une pareille réponse, apprécia de plus en plus le caractère du président; il le nomma baron, et dans les réceptions aux Tuileries il lui adressa toujours la parole avec une extrême bonté. Lui ayant demandé un jour pourquoi il ne s'était pas marié, Henrion répondit naïvement: Ma foi, sire, je n'en ai pas eu le temps. En 1814, le gouvernement provisoire, sur la proposition de Talleyranil, lui confia le ministère de la justice; et, pendant quarante jours que Henrion tint les sceaux, il fit autant de bien que le permettaient les circonstances difficiles où se trouvait la France. Les prisons, les bagnes, encombrés de détenus politiques, furent ouverts pour un grand nombre. Henrion rédigea lui-même le décret de suppression des cours prévôtales et des tribunaux des douanes, ainsi que le décret qui rappela à la cour royale de Paris, en qualité de conseillers honoraires, MM. Lecourbe et Clavier, destitués dans l'affaire du général Mm eau. Lorsque les employés de son ministère lui furent présentés: Messieurs, leur dit-il avec cette bonté paternelle qui lui était propre, il est jtrobable que je ne resterai pas avec vous asset longtemps pour tous faire beaucoup de bien, mais au moins soya sûrs que je ne vous ferai pas de mal. La place de chancelier de France, garde dos sceaux , ayant été donnée à Dambray par Louis XVIII, Henrion retourna à sa présidence de la cour de cassation, section des requêtes, conservant toujours la charge de conseiller d'État. Dans les cent-jours il fut d'avis, avec la presque totalité des membres de la cour, que leur devoir était de rester à leur poste et de continuer à rendre la justice. Après son second retour, le duc d'Orléans se rappela qu'il avait été membre du conseil de sa maison, et il le nomma chef de son conseil. L'ordre de Saint-Michel ayant été rétabli par ordonnance du 16 novembre 1810, le roi l'en nomma chevalier, puis officier et commandant de la Lt:gion d'honneur. En 1828, il succéda dans la première présidence au courageux défenseur de Louis XVI; mais il ne devait pas remplir longtemps ces éminentes fonctions. Il devint presque entièrement aveugle, et après quatre mois de souffrances d'un anthrax opiniâtre, auquel se joignit une aflection de poitrine, il succomba le
23 avril 1829, en dictant encore quelques pages de son Histoire des assemblées nationales en France (1), dont il préparait une nouvelle édition qui a paru augmentée d'un volume, avec une savante introduction dans laquelle il expose à grands traits ce que furent les assemblées du même genre en Europe et en Italie au moyen âge. Henrion professait le respect le plus profond pour la religion, « la sanction la plus inviolable « des lois, disait-il dans son Eloge de Dumoulin, ■ la seule que l'homme porte toujours avec lui , « la seule qui place le supplice dans l'âme du « criminel, aussi puissante dans la nuit du secret « qu'à la face de la terre;... le despote est étonné « de trouver une puissance supérieure à la sienne.» Chaptal , Berthollet , Laplace furent les amis de ce Nestor de la magistrature; et, s'il reste à la France un regret à manifester, ce sera celui de ne l'avoir pas vu dans la chambre des pairs et à l'Institut. Les principaux ouvrages de ce savant légiste sont : 1° De la compétence des juges de paix; la première édition parut in-12 sans nom d'auteur en 1803; ce nom fut bientôt connu et mis à la deuxième édition, Paris, 1809, in-8°. C'est un ouvrage très-utile, et qui a eu de nombreuses éditions. Il a été traduit en italien et en allemand. 2° De F autorité judiciaire en France, Paris, 1810, 1 vol. in-8»; ibid. 1818, 1 vol. in-4°, 2< édition; ibid., 1827,2 vol. in-8°, 3e édition L'auteur traite de la nature de l'autorité judiciaire, de ses attributions, de son influence, des éléments qui la composent, des divisions dont elle est susceptible, de ses rapports avec la puissance législative, le pouvoir administratif et le commandement militaire; de l'obligation où est le prince de la déléguer, enfin de la hiérarchie des tribunaux, des devoirs que la loi leur impose et des prérogatives qui appartiennent à chacun d'eux. Ce livre est à notre avis un des plus profonds que notre siècle ait produits sur les matières de droit civil et de droit public. 3° Des pairs de France et de l'ancienne constitution, Paris, 1816, 1 vol. in-8». D'après l'auteur, la chambre des pairs n'est pas une institution nouvelle en France : elle a pris son origine dans le berceau de la monarchie; ses dignitaires étaient tous princes feudataires de nos rois, et souvent plus puissants qu'eux. 4° Du pouvoir municipal et de la police intérieure des communes, Parus, 1822-1824, 1 vol. in-8»; 4* édition, précédée d'une introduction et mise au courant de la législation et de la jurisprudence par M. Foucart, Paris, 1840, in s-. L'auteur démontre la nécessité d'un régime municipal et administratif des communes : il dit ce qu'était et ce que doit être l'organisation des municipalités, la durée des fonctions, le nombre, le choix, la destitution
(I| L'auteur avait fait de profondes cladej sur l'histoire d* France, persuadé que celle-ci e»t aux loi* ce que la lumière est aux objet* qu'elle colore. Doué d une prodigieuse mémoire, ii n'avait oublié ni un fait, ni une date, ni un nom propre, il •avait par cœur Machiavel, quil regardait comme ta plut fort* tétc des temps moderne*.
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et la mise en jugement d'un officier. C'est le développement d'un chapitre ajouté à la troisième édition de la Compétence des juges de paix. 3° Des biens communaux et de la police rurale et forestière. Paris, 18*2, 1823, in-8"; 5- édition, 1833. Cet ouvrage faisait d'abord partie du précédent. L'auteur, ayant donné plus d'extension à l'un et à l'autre, les fit réimprimer séparément. Dans ce dernier, il résout plusieurs questions sur le droit d'usage dans les forêts, sur les procès intentés par les communes, sur l'application des anciens titres, sur les délits, les peines et les attributions des gardes. C'est un livre d'une grande utilité. 6° Des assemblées nationales en France depuis l'établissement de la monarchie jusqu'en 1814, Paris, 1826, 2 vol. in-8°. Cette première édition fut refondue par les soins de l'auteur et publiée en 182!) avec l'introduction précitée; on y trouve l'histoire des états généraux, qui n'étaient convoqués qu'à la dernière extrémité des besoins de l'Etat. 7» Du régime des bois communaux, selon le nouveau Code forestier, pour servir de supplément au traité des biens communaux, Paris, 1827, 1 vol. in-8°, année dans laquelle le Code forestier fut sanctionné par les deux chambres. Cet écrit a été refondu dans la troisième édition de l'ouvrage sur la police rurale et forestière publié en 1833, et indiqué ci-dessus, n° 5; 8° Choix de mémoires et plaidoyers de MM. Henrion de Pansey et Henrion de Sahit-Amand son frère, Paris, 1823, vol. in-8°, tiré à trente exemplaires, extrait des Annales du barreau français. MM. Bernard et Rozet, avocats, ont publié chacun une Notice sur la vie et les ouvrages du président Henrion, 1829, in-8°. On en trouve deux autres dans la Revue encyclop. (avril et juillet 1829) : l'une par 11. Parent-Réal, l'autre par M. Taillandier. G— c — t.
HENRIOT (François) , commandant de la garde nationale de Paris en 1793, né en 1761 , à Nanterre près Paris, de parents inconnus, fut domestique au sortir de son village, eut pour dernier maître un procureur au parlement de Paris, et après avoir exercé plus d'un triste métier obtint enfin un emploi de commis aux barrières de la capitale. Lorsque, dans la nuit du 12 au 13 juillet 1789, l'insurrection qui essayait ses forces mit le feu à ces barrières, Henriot se joignit au mouvement avec plusieurs de ses camarades. On sait que celte première attaque, prélude de toutes celles qui devaient suivre, s'exécuta sans résistance. Jusqu'au 10 août 1792 , Henriot fut confondu dans la foule; mais après l'entière destruction du trône, Henriot se mit à la tête des hordes qui firent les journées des 2 et 3 septembre. Les écrits du temps l'ont accusé d'avoir particulièrement dirigé les massacres qui eurent lieu dans la maison des Carmes. Ce qu'il y a de certain , c'est que dans la section du Jardin du Roi , nommée depuis section du Jardin des Plantes , et bientôt des Sans-culottes, il fit délivrer, sur la caisse de la commune, plusieurs mandats aux bourreaux qui avaient