‹ Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderneChapitre 34 sur 106 · EN · texte numérisé non relu

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égorgé les prêtres qu'on avait réunis au séminaire de St-Firmin. Il se servit , en cette occasion , d'une formule qui mérite d'être remarquée : « Je de- « mande, dit-il, qu'il soit délivré des mandats « pour les sommes de... aux citoyens NN., qui « dans la journée du 2 septembre ont travaillé au « décès des prêtres de St-Firmin. - Après de tels exploits, Henriot se trouva placé naturellement à la tête de tout ce qu'il y avait de plus vio-

I lent et de plus désordonné dans le parti de la terreur. Ce fut Henriot qui parvint à faire accorder les honneurs funèbres au Polonais Lazouski , que l'histoire accuse d'avoir dirigé l'assassinat des prisonniers d'Orléans massacrés à Versailles. C'est surtout à Henriot qu'appartient l'honneur de la journée du 51 mai : sans les mesures qu'il prit et l'audace qu'il montra, il est à croire que ceux qui avaient projeté ce bouleversement n'auraient pas réussi. La Commune, qui était le centre des opérations , le nomma commandant provisoire de la garde nationale , ou plutôt des rassemblements populaires auxquels on donnait ce nom. Le 31 mai, au jour naissant, Henriot, accompagné de son état-major, se rendit sur le terre-plein du pont Neuf, et fit tirer, en signe d'alarme, la grosse pièce d'artillerie qu'on y avait placée. A ce formidable appel, les rassemblements en armes s'étant formés sur la place de Grève, Henriot se mit à leur tête , et fit entourer le lieu des séances de la convention. L'assemblée, ignorant ou feignant d'ignorer la véritable cause du rassemblement

! qui l'assiégeait , sortit de la salle , précédée de son président, espérant que sa présence inspirerait quelque respect. A peine le président put-il faire entendre quelques paroles; Henriot, par ses regards, par ses gestes, sut maintenir les insurgés dans une immobilité parfaite. * Le peuple n'est pas « levé, dit-il, pour entendre des phrases; ce sont

! « des victimes qu'il lui faut... Allons, canonniers, « ajouta-t-il, à vos pièces!... » Les canonniers obéirent, et la convention se vit forcée de rentrer et de proscrire vingt-deux de ses membres. Ce ne fut cependant que le troisième jour de l'insurrection que la lutte se termina (roy. Guadet). Dans cette circonstance, Henriot était l'agent le plus zélé de Robespierre , dont il servit la cause jusqu'à ses derniers moments; il l'aida à proscrire Danton, Hébert et les autres révolutionnaires qu'il envoya au supplice. Après le 31 mai , Henriot fut définitivement nommé commaudant de la garde nationale , par voie d'élection , dans les différentes sections, mais non sans une opposition assez violente : il avait pour concurrent un homme estimable, nommé RafTct. Jusqu'au 9 thermidor (27 juillet 1794) , Henriot fut le souteneur de tous les meurtres juridiques commis par le tribunal révolutionnaire de Paris. Le 9 thermidor, lorsqu'une révolution nouvelle qui s'opérait allait y mettre un terme, Henriot faisait conduire à l'écbafaud quarante à cinquante infortunés , la plupart habitants de la capitale; malgré les réclamations

qui sur le chemin du supplice s'élevaient hautement en leur faveur, il força le passage, et le sacrifice fut consommé. De retour de cette expédition sanglante, il courut au secours de Robespierre,, déjà proscrit, mais que ses partisans avaient enlevé et conduit à la commune. Furieux et déjà hors de lui-même, il criait : Aux armes I Vite Robespittrc ! et épuisait tous ses efforts pour entraîner les gens armes qu'il rencontrait; il ne put y parvenir. Cinq gendarmes l'arrêtèrent, et le conduisirent garrotté aux comités de la convention. Au milieu du désordre inséparable d'une pareille scène, CofBnhal, l'un des présidents du tribunal révolutionnaire, arriva jusqu'à lui , coupa lis cordes qui le liaient, et le fit évader. Henriot, libre , sauta sur le premier cheval qui se trouva sous sa main , et rencontrant une compagnie de canonnière, leur ordonna de pointer leurs pièces contre la convention, et Us obéirent. Cependant il n'osa point donner le commandement de feu : il finit par se retirer avec ses canonnière sur l'hôtel de ville, où était Robespierre : mate alors il avait perdu la téle; il chancelait sur son cheval, et paraissait dans un état d'ivresse; il ne prit aucune des mesures qui pouvaient sauver son parti dans cette difficile circonstance. Cofiinhal, voyant qu'il n'était bon à rien, le saisit au milieu du corps, et le jeta dans l'égoût de l'hôtel de ville, où il fut ramassé, et on le conduisit le lendemain à l'écbafaud avec Robespierre. U avait 33 ans. Rhi.

HENKRiUES DE ARREU (Pierre), curé de St-Pierre de Farinhapodre, dans le diocèse de Colrabre, naquit à Evora de Alcobaça, VSburobritium des Romains. U était très-versé dans l'érudition sacrée et profane. On a de lui : A vida, etc., c'est-à-dire , la Vie et le martyre de Sle-Quilerie et de ses huit saurs, proto-martyres de l'Espagne, Colmbrc, 1651 , in -4°. Barbosa, dans sa Dibtiothèque, dit que cet ouvrage est écrit avec critique. Uenriques y a joint une dissertation sur l'ancienne ville de Cinania. Nous savons qu'il a laissé manuscrite une histoire de Cobnbre, et nous ne 'croyons pas qu'elle ait encore été publiée, B-ss.

lit NRIQl I / Le nombre de ceux qui, par delà les Pyrénées, ont attaché quelque illustration au nom de Henriquez, est très- considérable. Comme la renommée de la plupart n'est guère sortie de la Péninsule , nous avons cru devoir faire un choix parmi ces homonymes, et ne présenter au lecteur que les personnages suivant». — Vrattçois He.ntu- Qtxz, Portugais, a publié un voyage en Chine, rempli de délailsintéressants. — Henri Hemuquez, jésuite portugais, l'un des premiers compagnons de St-lgnace , fut envoyé aux Indes pour y travailler à la conversion des infidèles; il consacra quarante-trois ans à ces pieux travaux. Pendant cette longue mission » il acquit une grande connaissance des langues ou dialectes de* différentes contrées où le porta son zèle apostolique, et il en a publié des grammaires et des vocabulaires qui sont bons à consulter. Ses autres ouvrages

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sont du genre ascétique; il a donné des Ties des saints, et particulièrement une Vie de la Ste- Vierge. On conserve précieusement un exemplaire de ce dernier ouvrage dans la bibliothèque du Vatican. Henriquez a laissé aussi beaucoup de notices sur ce qu'il avait vu de curieux dans le» Indes. Son livre le plus remarquable est celui qu'il composa au milieu de ses courses, sans matériaux, sans secours d'aucune espèce, isolé an milieu de contrées peu fréquentées, peu civilisées; il est intitulé Contra fabulas ethnieorum [ Contn les fables des païens). On est étonné de l'érudition que sa seule mémoire lui a donné les moyens d'y déployer. Henri Uenriques mourut en 1600, à l'âge de 80 ans. — Un autre Henri Henriquez , aussi jésuite portugais, et contemporain du précédent, quitta la société de Jésus pour l'ordre de St-Dominiquc ; il repassa ensuite de cet ordre dans celui qu'il avait abandonné , et mourut en Italie en 1008, âgé de 72 ans. Il se signala parmi les adversaires de Molina, dont il combattit la doctrine dam un grand nombre d'écrits; il a laissé aussi une Somme de Théologie morale en 5 volumes in-fol. , et d'autres traités de scolastique écrits j en latin. — DoUa Felieiana Henriquez de Gusmas I naquit à Séville en 1600, et se distingua par son rare savoir. Les poésies de cette dame se corn; osent de madrigaux, d'églogues, d'élégies, etc. Son ouvrage le plus estimé est une tragi-comédie en vers, intitulée Los jardines y campes sabcos; elle fut d'abord imprimée in-4* à Coïmbre en 1621 , chez Jacques Carvalho, et ensuite à Lisbonne en 1627. — Jaeques Henriquez de Salas naquit «Tolède, embrassa l'état ecclésiastique, et fut élevé à la dignité de cardinal. U a publié un grand nombre d'ouvrages de théologie , parmi lesquels on cite avec éloge une Instruction pour les prêtres, et une Somme de cas de consciente, avec des additions et annotations par André Vîctorello. Ces deux ouvrages parurent en 1619. Du temps où florissait Henriquez de Salas, divers écrits anonymes sur les affaires politiques firent beaucoup de bruit en Espagne -. on les lui attribue assez généralement. G — d.

HENRIQUEZ (Henri) , né en 1701 , dans le territoire d'Otrante, d'une famiUe napolitaine distinguée , après avoir fait à Lecce des études qui le préparaient à entrer dans la carrière ecclésiastique, fut chargé de plusieurs fonctions importantes dan» l'Etat de l'Eglise, et reçut, entre autres, la mission de pacifier les troubles qui agitaient la république de Saint-Marin. Sa conduite conciliante lui mérita l'approbation des cardinaux, réunis en conclave après la mort de Clément XII. Envoyé en Espagne à la sollicitation de Philippe V, il y exerça la nonciature pendant dix années, et fut élevé ensuite au cardinalat par Benoit XIV. Une légation le fixa dans la Momagne , où il protégea les lettres et les académies. Il établit une chaire d'histoire ancienne , et une autre de philosophie morale, a Ravennc. Les jésuites

se mirent sous sa protection , et l'un d'eux publia un drame à sa louange. Le P. Carrara , théatin , composa l'oraison funèbre de ce cardinal , mort en 1750. Outre une Élégie a la mémoire de Clément XII , et un Discours pour la restauration de l'Académie de Lccce , on a du cardinal Henriquez nne Traduction italienne estimée de Vlmitation de Jésus-Christ, avec le latin en regard , des citations en notes, des réflexions sommaires traduites du français , et une préface qui donne l'indication d'une trentaine de versions en italien , et contient une notice de la Contestation sur l'auteur de ce livre , dans laquelle le sage traducteur ne prend point de parti, Rome, 1754 et 1755, 3 vol. in-8° sous la même pagination; réimprimée, sans le texte, à Venise, 1775, 1782, in-12. On a prétendu que cette traduction était d'un jésuite, et que les pères de la société en avaient fait hommage au cardinal Henriquez, en le priant d'y attacher son nom , soit pour mieux la recommander, soit plutôt pour se recommander eux-mêmes •• mais c'est là une assertion sans preuve, et le ton noble et impartial de la préface ne permet pas de douter que la traduction qu'elle annonce ne soit le fruit des veilles de ce docte et studieux prélat. G-ce.

HENRIQUEZ (L.M.), poète et littérateur, né vers 1765, professa les belles-lettres au collège de Blois , et fut agrégé à plusieurs sociétés littéraires. Il mourut vers 1815. On peut juger par les titres des ouvrages qu'il a publiés dans quel esprit ils ont été composés : 1 0 Le pape traité comme il le mérite, Paris, 1791, in-8«; 2° Le diable à confesse, pofme, ibid., 1791, in-8°; 3° Voyages et aventures de Fronde- Abus, fils d'Hersehellon , dans la cinquième partie du monde, Paris, 1799, in-8°; ibid., 1801, in-12, flg.; 4° Les Grdces à confesse. ibid., 1801, in-12; 5° (avec Armand Gouff'é) Le Chaudronnier de St-Flour, comédie-vaudeville en un acte, représentée en 1798, avec un grand succès, sur le théâtre Louvois; elle a été imprimée. Z.

HENKY LE MÉNESTREL ou nENRI L'AVEUGLE (MindHarry), ancien poc*te écossais dont on ignore également le véritable nom ainsi que le lieu et l'époque de sa naissance et de sa mort , est auteur de la Vie du checalier Guillaume Wallace (Actis et deidis of shyr William Wallace), écrite en vers, et où il célèbre ce héros qui avait été mis à mort en 1303 (roy. Wallace). On lit dans une notice placée en tête de son poi'me , imprimée à Perth en 1790, que la date de cet ouvrage , et par conséquent l'époque où l'auteur a vécu, peut être fixée par la citation suivante de Major : « Dans le temps de mon enfance, dit cet « écrivain, Henry, qui était aveugle de naissance, « composa un livre consacré entièrement au récit » des exploits du chevalier Guillaume Wallace. » Or, Major étant né à North-Berwick , dans le Lotbian oriental , en 1410 , ce doit donc être vers cette époque que Henry a écrit cl publié son histoire de Wallace. Henry était une espèce de mé-

nestrel ambulant qui gagnait sa vie en récitant ses vers en présence des princes et des grands seigneurs, dont l'enthousiasme ne se bornait pas à des éloges. La Vie de Wallace, dit M. Ellis dans ses Morceaux choisis des anciens poètes anglais, est sans contredit la composition la plus intéressante de l'époque ; son auteur avait autant de génie que Barbour et Chaucer. 11 raconte probablement sur des matériaux qu'il croyait authentiques, mais qui ne l'étaient pas toujours ; se livre quelquefois à des exagérations- 1 rapporte des l'ai is évidemment faux ; c'est sans doute par une licence poétique qu'il dit que Wallace, à la têted'une armée victorieuse, dicta, à St-Albans, la paix au fier Edouard. Le poème de Henry, malgré tous les reproches qu'on pourrait lui faire, a obtenu en Ecosse une popularité dont il est digne et dont il continue de jouir. Le seul manuscrit connu de la Vie de Wallace, daté de 1488, et sur lequel elle a été imprimée un grand nombre de fois, est conservé à la bibliothèque des avocate, à Edimbourg. Il y en a eu un très-grand nombre d'éditions; la première est celle d'Edimbourg, 1370. La plus élégante et probablement la plus correcte est celle qui a été faite à Perth, par les Montons, en 1790, en 3 petits volumes. D — z— «.

HENRY (Jean), écrivain ascétique, vivait dans le 13* siècle, s m va ni Lacroix du Maine et Duverdier, il était chantre de l'église Notre-Dame de Paris, et président en la chambre de6 enquêtes du palais. Cependant , J. Henry ne prend que le titre de chantre dans l'acte de transaction passé le 11 juin 1481 entre l'abbé de St-Victor et ses religieux. On en doit peut-être conclure qu'il fut pourvu de la place de président postérieurement à cet acte (1 ) ; mais alors il ne la remplit que peu de temps. J. Henry mourut en 1483, et fut enterré au monastère de Fonlaine-lez-Meaux. Dans une note sur la Bibliothèque de Lacroix du Maine» Rigoley de Juvigny fixe la mort de Henry au 2 février. Mais si le chantre de Notre-Dame et le président aux enquêtes sont le même personnage, cette date ne peut pas être la véritable. En effet , on voit que J. Henry fut un des commissaires du parlement chargés de régler les cérémonies de la procession que le roi Louis XI ordonna pour faire cesser le vent de bise qui l'incommodait; et cette procession n'eut lieu que le 7 février (voy. Histoire de la ville de Paris, par Félibien, t. 2, p. 877). On attribue à i. Henry :\° Le pèlerinage deXotre- Dame et de Joseph de K'atareth en Btthléem; la nativité de Notre-Scigneur ; la venue des pastoureaux et des roys, etc., Paris (1506), pet. in-8" goth. ; 2° C'est le livre du jardin de contemplation, auquel l'àme dévote contemple le mystère de la Passion de Jésus-Christ représenté en l'arbre de la croix , plantée au milieu d'iceluy jardin , ibid.

|1| Dim le mime acte, Guillaume Componing, doyen d'Orlc»t>«, cil «;UAlîrté con»elller an parlement. Ain»l le notaire n au-

cJirittiana, t. 7, preuve», p. 136,

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(sans date), pet. in-8° goth. Ce» deux ouvrages sont très-rares , et par cette raison , recherchas des amateurs de notre ancienne littérature. 3° Le livre de réformalion utile à toutes religieuses, ibid., in-8° ; 4° Le livre d'instruction pour novices et professes, ibid., in-8°. L'auteur composa ces derniers opuscules à ^instance des religieuses de Ste-Claire. W— s.

HENRY ( François) naquit à Lyon en 1615 : il plaida pendant plusieurs années au parlement de Paris arec un succès qui lui acquit la réputation d'un avocat distingué; mais la faiblesse de sa santé l'ayant forcé de renoncer à cette carrière , il se livra entièrement à son goût pour les sciencest et avec tant d'ardeur, qu'il fut bientôt connu parmi les savants comme physicien, naturaliste, géomètre, astronome et philologue. Le moment où Henry parut dans le monde savant fut cette époque si remarquable dans la marche de l'esprit humain où Descartes , s'élevant par la force et la hardiesse de son génie au-dessus de la sphère des idées consacrées par un respect universel et l'autorité de tant de siècles, osa combattre la doctrine d'Aristote. Déjà les ouvrages de Descartes commençaient à opérer dans les sciences et les idées métaphysiques cette grande révolution qui entratna la chute du règne du prince des philosophes; et cette lutte mémorable, souvent animée par la chaleur de l'esprit de parti , ayant donné l'essor aux talents et fait naître un grand nombre d'hommes et d'écrivains «l'un mérite supérieur, c'est parmi eux que Henry se montra, comme ami, comme conseil et surtout comme collaborateur et éditeur d'un grand nombre d'ouvrages : aimant la gloire des sciences sans en rechercher la renommée , il contribua à leur progrés en communiquant ses idées, ses recherches, et en donnant même ses ouvrages à d'autres écrivains. Il entreprit, avec le savant hollandais Root, une histoire naturelle, qui fut interrompue par la mort prématurée de ce dernier; il travailla beaucoup avec Montmor à l'édition des œuvres de Gassendi, en six volumes in-fol., imprimée à Lyon en 1658, dans laquelle il recueillit et classa tous les ouvrages imprimés ou manuscrits de ce philosophe , et mit en ordre ses lettres , si précieuses pour l'histoire des sciences; il fil le même travail sur les ouvrages chimiques de Paracelse , et c'est par ses soins que l'on en publia une nouvelle édition à Genève en 1658. 11 refondit en entier les ouvrages de Jean-Baptiste Morin sur l'astronomie, et en fil un traité absolument nouveau : le manuscrit de cet ouvrage , connu de plusieurs savants, était estimé; et, suivant le témoignage de iloréri, on doit regretter qu'il ait été perdu pour le public. Henry fournit à l'historien Varillas plusieurs mémoires intéressants. Il était simple et austère dans ses mœurs, et tellement estimé pour sa piété, qu'il fut souvent consulté par des théologienssur desqueslionsdemorale les plus délicates. Il mourut à Paris en 1686. F — s.

HENRY ( Matthieu ) , théologien anglais nonconformiste, né en 1662, joignait la connaissance des langues savantes , et surtout de l'hébreu , à celle de la théologie et de la jurisprudence. Frappé d'apoplexie pendant un voyage, il mourut à Nantwich, en 1714. On a de lui, outre des sermons : 1° Discourt concernant la nature du schisme, 1689 ; 2° Vie de M. Philippe Henry [pert de l'auteur, l'un des premiers non-contormUt s, en 1696, et appelé par ses admirateurs le bon. le céleste M. Henry). Cette vie , publiée d'abord pu 1699 , a reparu avec des notes dans Y Eclesiastical Biography du docteur Wordsworth ; 3° Catéchisme de l'Écriture. 1702 ; 4° Hymnes de famille, 1702; 5° Le compagnon du communiant, 1704; 6° Quatre discours contre le vice et Timmoralité, 1703; 7° Méthode de prière. 1710; 8° Direction pour la communication journalière avec Dieu, 1712; 9° Expositions de la Bible, 5 vol. in-fol. Sa Vie a été écrite par W. Tong, 1716. X-s.

HENRY (Robert), historien écossais, fils d'un fermier, né en 1718 dans le comté de Stirling, acheva ses études à l'université d'Edimbourg, devint maître de l'école de grammaire d'Annan, et entra dans l'Eglise presbytérienne d'Ecosse, où il fut choisi, en 1774, comme modérateur de l'assemblée générale. 11 mourut en novembre 1790, sans laisser d'enfants; et il légua sa bibliothèque aux magistrats de Linlithgow, avec les clauses les plus propres à remplir son but , celui de répandre l'instruction dans les campagnes. On lui doit une Histoire d'Angleterre, composée sur un plan entièrement neuf, en six volumes ln-4°, publiés successivement en 1771 , 1774, 1777 , 1781 , 1783 et 1793 ; mais elle ne va que jusqu'à la mort d'Henri VIII. Dès que cet ouvrage parut, il fut attaqué en Ecosse, particulièrement par son compatriote Gilbert Stuart (voy. Stuart) : mais les critiques anglais se montrèrent plus généreux ou plutôt plus justes; car son mérite est aujourd'hui universellement reconnu, et l'auteur eut l'avantage de jouir lui-même de son succès. Voici une idée de son plan : à chaque période, il traite, dans sept chapitres distincts, 1° l'histoire civile et militaire de la Grande-Bretagne; 2° l'histoire de la religion; 3° l'histoire de la constitution, du gouvernement, des lois, et des cours de justice anglaise; 4° l'histoire des sciences, des savants et des principaux établissements d'instruction publique; 5° l'histoire des arts; 6° l'histoire du commerce, de la marine, des monnaies, etc.; et 7° l'histoire des mœurs, des coutumes, etc. L'n pareil plan étend la tache de l'historien , et le force nécessairement à plus de régularité et de recherches. L'ouvrage a été continué en 1796 par James Petit Andrews, qui l'a poussé jusqu'au règne de Jacques I*r; et on l'a réimprimé avec cette continuation en quatorze volumes in -8*, Londres, 1799. Le travail d'Andrews (qui ne comprend que deux volumes de cette édition) est moins estimé que celui du docteur Henry ; mais

les anecdotes dont il est semé en rendent la lecture plus amusante. La traduction française, par MM. Boulard et Cantwell, Paris, 1789-96 , 6 toI. in-4», fig., ne comprend pas la continuation, mais renferme quelques pièces additionnelles, notamment (tome S) un Mémorial de l'histoire a" Angleterre, jusqu'à George /•», par P.-F. Malingre, employé à la bibliothèque nationale : cette petite pièce, de trois cent soixante vers, n'est pas sans mérite. X — s.

HENRY (David), Écossais, né près d'Abcrdeen en 1710, vint à Londres à l'âge de quatorze ans, imprima des journaux de province à Keading et è Winchester, et, ayant épousé la fille d'Edw. Cave (l'entrepreneur du Gentleman s magasine), eut, pendant plus de cinquante ans, part à la direction de cet ouvrage périodique, très-précieux pour l'histoire de la littérature anglaise, et surtout pour la biographie. Outre les articles qu'il y a insérés, on a de lui les ouvrages suivants : 1° Vingt discours abrégés de Tillotson, imprimés pour la quatrième fois en 1779; 2° le Parfait fermier anglais, ou Système pratique d'agriculture, 1772. Cet ouvrage n'était pas une pure compilation , l'auteur s'étant occupé de l'agriculture dans une ferme qui lui appartenait. 3° Tableau historique de tous les voyages autour du monde, 1774, 4 vol. in-» . Il y ajouta, depuis, deux volumes, comprenant les voyages du capitaine Cook. David Henry mourut à Levisham, le 5 juin 1792. X-s.

HENRY (Patrick), orateur américain, naquit en 1736, dans le comté de Hanover en Virginie, de parents peu favorisés de la fortune, et qui avaient neuf enfants. Son père, étant à la fois président du comté, arpenteur et colonel d'un régiment de milice , lui enseigna les éléments du latin et un peu de calcul; il n'en profita guère; il grandit avec un esprit presque inculte et taciturne , n'aimant que la chasse et la pèche , et ne paraissant pas capable de combiner beaucoup d'idées. Négligé dans ses vêtements et dans toute sa tenue, il était d'une paresse invincible, et s'étendait comme un sauvage au soleil, ou restait plusieurs heures de suite à tenir sa ligne de pèche quand il ne parcourait pas les forêts. Son père le mit, vers l'âge de quinze ans, en apprentissage chez un épicier de campagne. Après y avoir passé une année, le jeune Henry, pensant qu'il valait mieux être maître qu'apprenti , s'associa avec un de ses frères aussi paresseux que lui. Ils ouvrirent une boutique d'épicerie; mais en peu de mois ils firent de si mauvaises affaires qu'il fallut fermer la boutique. Accablé de dettes et aussi insouciant qu'auparavant , Patrick n'épousa pas moins , à l'Age de dix-huit ans, la fille d'un petit fermier nommé Shelton, et prit lui-même une petite ferme , dans laquelle il mena une vie misérable. 11 voulut essayer de nouveau si les chances de commerce ne tourneraient pas en sa faveur ; pour la seconde fois il fut marchand , et bientôt pour la seconde fois en faillite. Il avait vingt-quatre

ans; ne sachant que devenir avec sa femme et ses enfants , il eut l'idée de se faire avocat. Quand il annonça cette résolution , on le regarda comme un fou; quoi! lui, avec la tournure et l'esprit grossier d'un paysan , qui n'avait pu demeurer ni fermier ni épicier, comment pouvait-il prétendre à discuter sur le droit ? Il se prépara pendant huit à neuf mois, ou, selon d'autres, seulement pendant six semaines, à son nouvel état, et se présenta ensuite devant trois examinateurs dont le certificat suffisait en Amérique pour élever un étudiant au rang d'avocat. Deux de ces examinateurs le trouvant peu instruit, mais ayant pitié d'un père de famille qui mourait de faim , lui accordèrent leur signature; le troisième, Jean Randolphe, jurisconsulte distingué, dans la suite fiscal royal de la colonie , fut rebuté par la tournure rustique du candidat, et refusa d'abord de l'examiner. Cependant sur l'exhibition des deux autres signaturcs, il procéda à l'examen, et le trouva peu versé dans la jurisprudence; mais cette espèce de rustre parla avec tant de génie des lois naturelles, il développa une telle force d'argumentation , que le savant jurisconsulte, étonné, lui dit qu'il avait parfaitement raison , mais non pas selon le droit établi; qu'il avait besoin d'étudier, et que, si son application égalait son génie , il pourrait devenir un des hommes les plus illustres de son pays, et Randolphe ajouta sa signature à celles de ses deux collègues. Patrick Henry fut en conséquence reçu au nombre des avocats. Mais ce n'était pas tout : il lui fallait avoir une clientèle, qui ne venait pas, apparemment parce qu'il n'inspirait guère de confiance. Dans cette position Henry demeura si pauvre que quand il n'avait pas à plaider, ce qui arrivait souvent, il était obligé d'aider son beau-père, qui tenait une petite auberge auprès du tribunal , à faire le service de la table. Trois années se passèrent dans cette position humiliante; enfin un hasard révéla son génie. Le clergé eut un procès avec la paroisse au sujet de ses revenus qui, dans le principe, étaient de cent soixante quintaux de tabac, lorsque celte denrée valait deux ou trois schellings le quintal. Plus tard le prix étant monté à cinquante schellings, et la paroisse ne pouvant donner à chaque ministre de l'Evangile l'ancien taux , il s'agissait de l'indemnité à fixer par individu; le principe de la compensation était accordé; il ne restait que la quantité à régler. L'avocat de la paroisse, cédant à l'influence du clergé, abandonna la partie, et c'est alors qu'on eut recours à Henry, apparemment parce qu'il n'y avait pas d'autre avocat. Au jour de l'audience qui devait terminer le procès, la salle était remplie de monde. Henry, se rendant au tribunal, rencontra son oncle, qui, étant membre du clergé, allait s'asseoir parmi ses adversaires; il lui exprima la crainte d'être intimidé par sa présence dans la première plaidoirie solennelle à laquelle il allait se livrer. L'oncle consentit à s'absenter. La cause fut

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appelée, le clergé en corps assistait à l'audience; le père de Patrick Henry présidait. L'avocat du clergé développe les prétentions de ses clients avec une assurance et une force île logique qui paraissent n'admettre aucune réplique sérieuse. Arrive enfin le tour de Henry ; il débute d'une manière lourde , embarrassée ; le coeur bat vivement à ton père ; tout le monde prévoit l'échec du pauvre avocat; mais, à mesure qu'il avance, sa diction devient nette, les paroles coûtent comme de source, le visage de l'orateur naturellement commun s'anime, ses yeux étincellent, sa parole devient un torrent qui entraîne tout ; il captive, séduit, émeut puissamment; l'auditoire est stupéfait de cette éloquence inattendue; le clergé qu'il attaque dans ses apostrophes fougueuses abandonne la salb- , tout le monde est persuadé, et le jury fasciné oublie la justice due au clergé; il ne lui accorde qu'un penny pour toute indemnité. Enchanté de cette victoire , le peuple s'empare de l'orateur, et le porte en triomphe au dehors de la salle. On paria longtemps de ce plaidoyer, qui mit Henry en crédit et lui donna nne clientèle, sinon brillante, du moins assez nombreuse pour le faire vivre. Ou disait dans la suite, par manière de proverbe, quand on voulait faire l'éloge d'un orateur : il parle comme Patrick devant le clergé. S'étant établi auprès du tribunal du comté de Louisa, Henry demeura l'idole du peuple. Ami passionné de la chasse et de la solitude si favorable aux méditations, il continuait de parcourir pendant de6 journées entières le» immenses forêts du pays ; puis, revenant en veste et guêtres de cuir, il se rendait directement à l'audience, se chargeant de la première cause qu'on lui offrait, et plaidant avec cette éloquence irrésistible dont la nature l'avait doué. On doit regretter qu'aucune de ses improvisations n'ait été écrite et conservée. U faut ajouter pourtant que ses confrères, qui avaient mieux étudié le droit, lui firent perdre plusieurs fois ses causes. II eut un succès complet dans une affaire où il s'agissait d'une élection contestée. Son plaidoyer en faveur d'un des candidats saisit d'admiration le comité de la chambre des burgemt à W lliarasburgh. Bientôt les événements politiques portèrent l'avocat de Ixmisa sur un théâtre plus digne de son génie. Les colonies anglaises en Amérique étaient pleines d'agitation. La fameuse loi du timbre allait être proposée à l'adoption des assemblées coloniales. Henry fut nommé par le comté de Louisa membre de cette assemblée , où le parti anglais était encore puissant. La première fois qu'il parla contre une mesure proposée par le gouvernement, il fut apostrophé des noms de démagogue et de déclamateur, tant ses discours étaient contraires aux principes d'une grande partie de l'assemblée. C'était dans la discussion de la loi même du timbre. « J'étais alors, dit-il « dans une note dont il sera parlé, jeune, sans « expérience, ignorant la manière de procéder

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■ de la chambre, et je ne connaissais pas mes « collègues. » 11 attendit pour voir si aucun autre orateur ne se lèverait contre le projet de loi ; mais, tout le monde ayant gardé le silence , il se leva , tonna avec véhémence contre l'Angleterre, et (mit par proposer à son tour un arrêté en trois articles, savoir : 1° que le droit du peuple de s'imposer lui-même des taxes est le caractère principal de la liberté britannique, sans lequel l'ancienne constitution ne saurait subsister; 2° que la colonie a toujours joui de ce droit reconnu par la Grande-Bretagne; 3° qu'en conséquence l'assemblée générale de la colonie a seule le droit de s'imposer des Uses, et que tout effort pour faire passer ce pouvoir en d'autres mains tend à la destruction de la liberté anglaise et américaine. L'étonnement fut général. Voici comment Jefferson (1 ) rend compte de l'effet de cette proposition. « M. Henry proposa ces articles l'un après l'autre ; « ils furent appuyés par M. Johnson; tous les an- « ciena membres de l'assemblée, dont l'influence « jusqu'alors n'avait jamais éprouvé de contradic- « tion, s'opposèrent à leur adoption; mais les « torrents d'éloquence versés par Henry , et ap-

■ puyés des raisonnements bolides de Johnson , « entraînèrent l'assemblée. Cependant le dernier

■ article, le plus fort de tou6, ne passa qu'à la « majorité d'une seule voix. Les débats qu'il pro- • voqua furent extrêmement animés. Je n'étais

■ encore qu'étudiant , et pendant toute la dis- « cussion je me tenais entre la salle et l'anli- « chambre; quand le résultat du scrutin rut été « proclamé, j'entendis Peyton Bandolpbe, fiscal « royal , dire au moment où il passait auprès de « moi : J'aurais donné cinq cents gainées pour < avoir une voix de plus; la chambre aurait été «■ partagée également, et le président aurait dé- « claré l'arrêt rejeté. » Les discours de Patrick Henry n'ont point été écrits. Seulement un membre de l'assemblée en a rapporté un passage. C'est celui où, après avoir accumulé les torts de la Grande-Bretagne , il s'écriait avec sa fougue sauvage : « César a trouvé un Brulus, Charles l" » un Cromvell et Georges III... (ici l'orateur est « interrompu par les cris du président et d'une « foule de membres : c'est une provocation au « régicide! c'est un crime de lèse- majesté; et « Georges ni n'a qu'à se tenir pour averti : si c'est « là commettre le crime de lèse-majesté, vous « ferez de moi ce que tous jugerez à propos. > Cependant il avait électrisé l'auditoire , et il y a peu d'exemples d'un entraînement semblable de la part d'une assemblée qui ne s'était point réunie dans des intentions hostiles au gouvernement, et dont une grande partie avait traité Henry de démagogue et d'anarchiste. Ce n'est pas à l'assemblée coloniale de la Virginie que se borna l'effet de son éloquence. Ses résolutions furent adoptées par toutes les autres assemblées coloniales. On a

Ul A'<*« on ih* ttatt »/ Virginia, Phitftdetpbie, 17SS, U-O».

trouvé après la mort de llenry une copie de ces résolutions écrites de sa main, avec un récit trèscourt de leur adoption , et suivie de ces réflexions : « Ce grand principe de la résistance au* taxes « britanniques fut généralement admis dans les > colonies; il s'ensuivit une guerre qui a Uni « par séparer les contrées et donner l'indépen- « dance à la nôtre. Cela fera-t-il le bonheur ou

■ le malheur du pays? Voilà ce qui dépendra de « l'usage que notre nation fera des dons que Dieu « nous a départis. Si elle est sage , elle sera grande

■ et heureuse; dans le cas contraire, elle fera « elle-même son malheur. Il n'y a que la probité « qui puisse élever une nation. Lecteur, qui que « tu sois, médite cela, et dans ta sphère exerce la « v.'Ttu et encourage-la dans autrui. » On a blâmé Henry de s'être attribué dans cette note l'honneur d'avoir été en quelque sorte l'auteur de l'affranchissement de l'Amérique. On lui conteste cet honneur. En effet, Frankliii et d'autres Américains ont soutenu que le parlement anglais n'avait pas le droit d'imposer des taxes aux colonies d'Amérique, attendu que celles-ci avaient été fondées par des émigrés, précisément dans l'inlcntiou de se soustraire à la législation anglaise. Ce qu'il y a de sûr, c'est que Henry prévit dès le commencement de l'insurrection l'importance de la lutte qui allait s'engager. A ceux qui objectaient la faiblesse des colonies, comparée à la force de la Grande-Bretagne , il répondait : « Et la France, croyez-vous qu'elle « restera oisive? Pensez-vous que Louis XVI sera « indifférent à nos efforts? quand il verra, par « notre résistance sérieuse et par notre déclara- « lion d'indépendance, que tout espoir de récon- « ciliation est perdu , alors, mais pas avant , il nous « pourvoira d'armes, de munitions, d'habillé- « me h t. > ; il fera plus, il nous enverra ses flottes « et ses armées pour nous aider à gagner des ba- « tailles; il conclura avec nous un traité d'alliance « offensive et défensive contre notre mère déna- « turée. L'Espagne et la Hollande entreront dans « cette ligue; notre indépendance sera fondée, et i nous obtiendrons une place parmi les nations « de la terre. » Dans les années suivantes, Patrick fut réélu à la chambre des burgatet de Virginie. Depuis 1765, il piaula à la cour royale de cet État; il y brilla moins, parce qu'il eut des rivaux plus versés dans la jurisprudence que lui. 11 fut l'un des sept membres du premier congrès américain, assemblé en 177-1. Là il put déployer de nouveau son talent oratoire; mais, désigné ensuite par le comité pour rédiger le projet d'adresse au roi d'Angleterre, il s'en acquitta si mal

aue l'on fut obligé de choisir un autre rédacteur. : signa l'adresse avec les autres représentants des colonies. Sa signature se trouve entre celles de ses deux collègues de la Virginie, Richard-Henri Lee, et George Washington. Ce dernier, alors colonel, n'était pas encore un homme politique, mais Patrick Henry avait déjà deviné ses grandes

dispositions. Interrogé après le congrès de Boston sur les divers représentants qu'il avait e» occasion de voir et d'entendre, Patrick Henry répondit : « S'il ne s'agit que d'éloquence, M. Bud- « ledge, de la Caroline méridionale, me parait « plus orateur; mais, si l'on examine la solidité r des connaissances et la droiture du jugementt « le colonel Washington me parait le plus grand « homme de cette assemblée. » L'année suivante il siéga à la convention de la Virginie : la métropole n'avait pas encore pris de mesures hostiles contre l'insurrection ; mais on savait qu'elle tenait des troupes toutes prêtes dans le nord de l'Amérique. C'est alors que Henry proposa d'organiser militairement la colonie et qu'il prononça une de ses harangues les plus énergiques. «... Si noue « jugeons par le passé, qu'y a-t-il dans la coti- « duite des Anglais depuis dix ans pour justifier « les espérances auxquelles se livrent quelques- * uns d'entre nous? Est-ce le sourire gracieux avee « lequel notre dernière pétition a été reçue? « Demandez à vous-mêmes comment cet accueil « gracieux s'accorde avec les préparatifs militaires « qui couvrent nos mers et hérissent nos côtes, « Est ce qu'il faut des flottes et des armées pour

■ une œuvre d'affection et de réconciliation? Ne « nous faisons pas illusion : ce sont des instru- « ments de guerre et d'asservissement, dernière « raison dont se servent les rois. La Grande-Bretagne a-t-eUe dans cette partie du monde « quelque ennemi qui exige cette accumulation « de flottes et de troupes? Elle n'en a point; c'est « contre nous seuls que tout cela est destiné. On « n'a envoyé ces flottes que pour river ces chaînes « depuis longtemps préparées par le ministère « britennique. Et qu'avons-nous à leur opposer? « f iut- 1 1 encore essayer des représentations? Nous « en avons fait depuis dix ans. Avons-nous quelque

■ chose de nouveau à dire? Non , rien ; nous avons « présenté les choses sous toutes les faces pos- « siblcs, et toujours en vain. Faudra-t-il recourt rir aux prières, aux humbles supplications? « quelles expressions trouverions-nous qui n'aient « pas été épuisées? De grâce , ne nous faisons pas a illusion plu» longtemps. Nous avons fait tout ce « qui était possible pour conjurer l'orage qui not a « menace; nous avons prié, insisté, supplié; nous « nous sommes jetés devant le trône , nous avons ■■■ imploré son assistance pour arrêter les mains « lyranniques du ministère et du parlement : nos « pétitions ont été accueUiies avec dédain, nos « représentations ont fait naître de nouvelles vio> « lences et injures; nos prières sont rejetéea; Fin- « suite nous repousse loin du trône. C'est done « en vain que nous entretenons l'espoir de la pais « et de la réconciliation. Il n'y a plus à espérer: « si nous désirons être libres, si nous voulons « conserver intacts les avantages inappréciables « pour lesquels nous avons combattu , si nous ne « voulons pas abandonner lâchement la lutte « dans laquelle nous sommes engagés depuis si

ÎÎ4 HEN

« longtemps, et que nous avons garanti de ne « cesser que lorsque le but glorieux de nos efforts « serait atteint, il faut combattre! je le répète, « il faut combattre! notre seide ressource, ce sont « les armes et le Dieu des combats. On nous ob- « jecte que nous sommes faibles et hors d'état de « nous mesurer avec un ennemi aussi redoutable. « Mais quand serons-nous plus forts? sera-ce la «semaine prochaine, l'année à venir? sera-ce « quand on nous aura entièrement désarmés, o quand on aura posé une sentinelle britannique « devant chaque maison? est-ce par l'irrésolution

■ et l'inertie que nous recueillerons des forces? | « Messieurs, nous ne serons pas faibles, si nous , « savons faire un bon usage des moyens que le

■ Dieu de la nature a mis entre nos mains. Trois « millions d'hommes armés pour la sainte cause « de la liberté, et dans un pays comme le nôtre, f sont invincibles malgré toutes les forces que « notre ennemi pourrait diriger contre nous. « D'ailleurs nous ne combattons pas seuls dans « cette lutte. Il y a un Dieu juste , veillant sur le « sort des peuples : il nous suscitera «les amis qui « combattront pour nous. La victoire n'appar- « tient pas au fort seul : elle appartient aussi à « l'homme prudent, vigilant et brave. D'ailleurs

• nous n'avons pas de choix. Quand même nous « serions assez lâches pour désirer nous soustraire « au combat, il serait trop tard. Nous ne pouvons « l'éviter que par la soumission et l'esclavage : nos « fers sont forgés, nous pouvons les entendre « retentir dans les plaines de Boston. La guerre « est inévitable, ce serait peine inutile de ca-

• cher le fait. Quelques-uns ont beau crier : La

• paix, la paix! déjà il n'y a plus de paix. La « guerre a commencé en effet. Le premier vent « souillant du nord nous apportera le bruit du « cliquetis des armes. Déjà nos frères sont en « campagne; pourquoi sommes-nous oisifs ici? « Que désirent ces messieurs? que veulent-ils? la « vie est-elle si chère ou la paix si douce qu'on « doive l'acheter au prix des chaînes et de l'cscla- « vage? Que Dieu nous en préserve! J'ignore « quelle résolution d'autres prendront; quant à « moi (avec un accent d'enthousiasme), qu'on me « donne ou la liberté ou la mort! » Ce discours produisit la plus vive sensation , et quoique plusieurs membres de l'assemblée, dont quelques-uns éi aient regardés comme les meilleurs patriotes, fussent d'avis de ne recourir encore qu'aux moyens paisibles, la motion d'organiser et d'armer la milice de la Virginie fut adoptée sur-le-champ , et un comité fut nommé pour proposer un plan à ce sujet. Pendant que l'armement s'organise, Patrick, étant retourné dans ses foyers, apprend que le gouverneur de Virginie, lord Dunmore, qui avait tenté de vains efforts pour faire échouer la motion de l'orateur, a enlevé à Williamsburgh vingt tonneaux de poudre appartenant à la colonie; aussitôt il soulève les habitants, et à la tête de 5,000 hommes il marche sur Williamsburgh

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pour forcer le gouverneur à restituer les munitions. Celui-ci n'attendit pas l'arrivée de cet attroupement formidable; il entra en arrangement, promettant une indemnité. Cependant il adressa au peuple une proclamation dans laquelle il l'engageait à se mettre en garde contre le nommé Patrick Henry. Ce gouverneur était loin de se douter que le nommé Henry le remplacerait bientôt ! Il fit ensuite partie du congrès; et, de retour chez lui, la province de Virginie le nomma l'un des deux colonels qui devaient commander la force armée de la colonie. Mais Henry n'occupa ce poste que peu de temps : il donna sa démission dans les premiers mois de 1776 par suite de quelques différends avec son collègue WoodfoftL Il avait pourtant déjà conquis l'estime de la milice , au point qu'elle lui donna des témoignages publics de regret lors de son dépari. On dit même qu'elle prit le deuil. En mai 177C, nous le retrouvons dans la convention de Virginie qui dota d'une constitution celte ancienne colonie. A la majorité de soixante voix sur cent, elle nomma Henry premier gouverneur du nouvel État, et il alla occuper le palais où lord Dunmore l'avait naguère signalé au peuple, comme un démagogue . On prétend que quelques membres de la convention avaient une si haute idée de son patriotisme, qu'ils désiraient lui conférer le pouvoir dictatorial. En 1778, il fut engagé à coopérer à un projet secret, tendant à ôter le commandement en chef des troupes américaines au général Washington : il n'était pas difficile de deviner par qui on voulait le remplacer. Henry pour toute réponse envoya la lettre qu'on a su depuis avoir été écrite par le docteur Rush à Washington même. Il fut réélu deux années de suite gouverneur de la Virginie; au bout de ce temps, ne pouvant plus en exercer les fonctions, suivant la nouvelle constitution, il se retira avec sa seconde épouse , Dorothée Dandtidge, dans le comté qui a reçu d'après lui le nom de Patrick, et où il avait acheté huit à dix mille acres de terres labourables, après avoir rendu ce qu'il possédait dans le comté de Hanover. Sa destinée était de ne. jamais jouir longtemps des douceurs de la retraite. En 17S0, il fut nommé membre de la chambre des délégués, où il siéga pendant quatre ans. Dans cette session, qui coïncide avec l'émancipation formelle des Etals-Unis, son éloquence obtint encore un beau triomphe. Il s'agissait de savoir si l'on accorderait aux émigrés anglais la permission de rentrer en Virginie. Beaucoup de membres pensaient qu'il y aurait du «langer pour la sécurité publique à leur accorder cette faculté. Henry au contraire insista sur la nécessité de déposer sur l'autel de la patrie les préjuges et les haines du temps de la guerre, et de s'occupera peupler les terrains immenses de la confédération américaine , à multiplier les hommes, pour multiplier les capitaux, les ressources, la prospérité des nouvelles républiques : « Tendez, s'écria- « Ni, la main aux peuples de l'ancien monde,

« dites-leur : arrivez et soyez les bienvenus! et « vous les verrez affluer des quatre régions de la « terre. Vos déserts seront défrichés, vos solitudes « se peupleront; vos rangs seront remplis, et « bientôt vous serez en état de braver la puissance « d'un adversaire quelconque. On fait beaucoup

• d'objections contre tout accroissement prove- « nant de la Grande-Bretagne , et surtout contre « la rentrée des émigrés anglais; mais je ne sens « pas la force de ces objections. Les rapports qui « existaient entre nous et des hommes égarés « ainsi que leur nation ne sont plus les mêmes. « Leur roi a reconnu notre indépendance, le com- « bat a cessé , la paix est revenue et nous a trou- « vés peuple libre. Soyons donc généreux, envi-

• sageons les choses sous le rapport politique. Les « Anglais sont un peuple riche et entreprenant,

• qui en recevant de nous la surabondance de nos « productions peut nous pourvoir de ce dont nous « aurons besoin pendant que notre industrie sera « dans l'enfance. Je n'ai plus de préjugés contre » lui; je ne le crains pas. Après avoir étendu le

• lion britannique à nos pieds, comment pour» « rions-nous avoir peur de ses lionceaux? Renon- « çons à cette crainte puérile, à ces préjugés

• honteux; brisons les entraves du commerce, « qu'il soit libre comme l'air! et, soyez-en sûrs,

■ il parcourra toute la création et reviendra sur « les ailes des vents des quatre régions pour verser « ses richesses sur notre patrie. - La proposition de l'orateur, qui était à la fois un conseil de politique et de philosophie, fut adoptée d'emblée, et les États-Unis s'en sont bien trouvés. Dans le même temps, Henry obtint encore, aux dépens du véritable droit , un de ces succès que lui avait valus souvent son éloquence populaire. Vers la fin de la guerre d'indépendance, un détachement de troupes américaines ayant passé sur les terres d'un Écossais établi en Amérique, le commissaire des guerres, faute de vivres, avait fait enlever quelques boeufs pour nourrir les soldats. Après la paix de 4783, l'Écossais assigna le commissaire devant la courdu districtde New-London : Uenry plaida pour le commissaire. Il retraça vivement les souffrances que les troupes américaines avaient eu à endurer dans une marche pénible au cœur de l'hiver, privées de tout, presque nues, affamées, marquant de leur sang leur passage sur un sol glacé : « Quel « est , s'écria-t-il , quel est l'homme ayant un cœur « américain, qui n'aurait pas ouvert ses champs,

■ ses granges, sa maison, pour recevoir le moindre « soldat de cette chélive troupe de braves pa- « triotes? Y a-t-il un homme aussi dur? oui, il « s'en trouve un seul de cette espèce; il existe, il « est devant vous à la barre de votre tribunal. » La vive peinture de cette dureté avait soulevé d'indignation tout l'auditoire. Changeant alors de ton , l'avocat représenta d'une manière si comique cet Écossais réclamant dans son patois les bœufs qu'on lui avait pris, qu'un rire longtemps prolongé interrompit le plaidoyer. On raconte que

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