HER Î
en lui, il s'ensuit qu'il est Dieu. Sa plus pure émanation est la raison divine, intelligente, disséminée partout. Nous la recevons par aspiration. La continuité ou la cessation de son influence produisent la mémoire ou l'oubli. De même que le philosophe de Genève, Héraclite, misanthrope comme lui , comme lui fortement affecté des misères humaines, ne devant, ainsi que lui, ses méditations qu'à ses propres efforts, faisait peu de cas du savoir, et surtout de ces connaissances multipliées dont nous sommes si vains. Qu'estce que l'homme? s'écriait -il. Son savoir n'est qu'ignorance; sa grandeur, que bassefse; sa force, qu'infirmités; son plaisir que douleur. L'unique connaissance qui nous soit utile est celle de nousmêmes. La sagesse est la plus importante des vérités; le premier des préceptes est la modération. On doit courir au-devant d'une injure comme on court au feu, parce qu'elle allume inopinément un incendie. Le but de l'homme est d'être heureux , et la science importe peu à son bonheur. Le Traité d'Heraclite ttir la nature était divisé en trois parties : physique , politique , théologie. H fut écrit en prose Ionienne, et déposé par son auteur dans le temple de Diane. Ce fut Cratès qui le publia : Antisthène d'Héraclée, Cléanthc du Pont, Iléraclide de la même contrée, Sphoerus le Stoïque, Pausunias d'Héraclée et Diodore le grammairien le commentèrent. Il fut mis en vers grecs par Scythinus. Il ne nous reste de cet ouvrage que des fragments, qui ont été publiés par Henri Etienne avec d'autres pièces, dans le recueil intitulé Poesis philosopkica , Paris, 1573, in-8°. On trouve en outre dans ce recueil six Lettres attribuées à Héraclite, deux à Darius. Eichard Lubin a donné une édition graco-latina des fragments et îles lettres, Rostock, 1601 , in-8°. La version est de lui. Outre les biographes des philosophes que l'on peut consulter sur Héraclite, tels que Stanley, Drucker, nous avons : 1° De principio rerum naturalium ex mente lieracliti physici exercitatio. Leipsick, 1G97; t> De rerum naturalium geneti ex mente Heracliti physici dissertatio, Leipsick, 1702. — On compte dans l'antiquité douze autres Héraclites : l'un natif d'Ualicarnasse et poè'tc élégiaque, cité par Slrabon , un autre philosophe péripatéticien , dont parle Plutarque; un, poète lyrique; un autre, père de Theophrasle d'Acharnés; un, natif de Lesbos, qui écrivit l'histoire de la Macédoine ; Héraclite de Tyr, philosophe académicien, favori d'Antiochus et cité parCicéron; Heraclite de Sicyone, qui composa un Traité des pierres, dont parle . Plutarque; un, Citharède; un autre, conducteur . de chars , natif de Périnée , célébré par Suidas; un , philosophe cynique; un, natif de Mitylène, dont parle Eustathe; enlîn, un écrivain chrétien de ce nom, cité par Eusèbe. D. L.
HÉRACLIUS, empereur d'Orient , fils du patrice Héraclius, exarque ou gouverneur d'Afrique, était originaire de la Cappadoce, et naquit vers l'an
575. Quoique d'une râleur éprouvée dans plusieurs combats, il n'avait jamais commandé une armée aTant de parvenir au trône. Tout l'empire avait les veux fixés sur son père, autrefois la terreur des Perses, et attendait en lui un vengeur; mais dégoûté par la vieillesse des grandeurs humaines, il résolut de laisser à son fils, âgé de trente-cinq ans, la gloire d'enlever, les armes à la main , la puissance suprême dont le tyran l'hocas faisait un si affreux usage. Les Romains , pleurant la perte de leur liberté, gémissaient des malheurs de la guerre, des horribles débauches et des cruautés d'un monstre aussi lâche que sanguinaire (roy. Phocas). Depuis deux années, Crispe, gendre du tyran, sollicitait Héraclius de venir délivrer sa patrie d'un joug insupportahle. L'an 610, le gouverneur d'Afrique, cédant à ses instances réitérées , envoya , sous le commandement de son fils, une flotte dont tous les bâtiments arborèrent pour enseigne l'image de la Sainte- Vierge. Nicétas, cousin germain d'Héraclius le Jeune, prit avec des troupes la route de terre. La convention faite , au rapport de certains écrivains peu judicieux, que celui des deux généraux qui arriverait le premier recevrait la couronne impériale , est donc un conte ridicule , puisqu'il fallait douze jours au plus de navigation à Héraclius pour se rendre au Bosphore, et qu'il fallait plus de deux mots à Nicétas pour atteindre les bords de ce canal. Le 3 octobre, la flotte parut devant Constantinople , et à l'instant Crispe se déclara contre Phocas. Après une action des plus sanglantes où périt l'élite des soldats et des gardes du tyran , celui-ci se cacha dans la ville ; il fut découvert, saisi , dépouillé de la pourpre , couvert d'une méchante casaque noire , présenté en spectacle à toute l'armée, chargé d'imprécations, et conduit devant Héraclius qui lui dit : « Malheu- « reux! est-ce donc ainsi que tu as gouverné « l'empire? — Gouverne-le mieux, » répondit l'assassin de Maurice- Le vainqueur courroucé s'emporta au point de frapper, de terrasser luimême l'usurpateur, auquel on coupa les pieds, les mains, et qu'on décapita (le 3 octobre 610), à la vue d'un peuple immense. La multitude, extrême dans ses passions, promena dans les rues , comme autant de trophées, les membres de Phocas, brûla son cadavre, se jeta sur les créatures, sur les parents de l'usurpateur, et les égorgea sans miséricorde. Le 7 octobre (ou suivant le plus grand nombre des écrivains le 5), Héraclius se fit couronner empereur, et le jour même épousa Eudoxie. Le nouveau monarque récompensa magnifiquement Nicétas, pour lequel il eut toujours de l'estime et de la tendresse , aussi bien que Crispe, auquel il ne conserva pas longtemps des sentiments de reconnaissance : il les investit tous les deux des plus éminentes dignités. Le tyran n'existait plus; mais la Providence n'était pas apaisée; elle poursuivait ces soldats parjures et rebelles qui avaient trahi l'infortuné Maurice, et
HÉR
qui, au mépris de leurs serments, avaient livré l'empire au brigandage. Hs tombèrent presque tous sous le fer des Perses , et l'histoire nous fait observer que deux seulement échappèrent à la vengeance céleste. Les événements les plus désastreux composent le lugubre tableau des onze premières années du règne d'Héraclius. La peste, la famine , des tremblements de terre, dépeuplèrent les plus belles provinces de I Asie. Les Perses en Orient, les Abares, les Bulgares , les Esclavons en Occident, couvrirent de cendres et de ruines les pays de la domination romaine. A toutes ces calamités se joignirent les ravages d'une lèpre inconnue jusqu'alors (1). Ce fléau étendit au loin sa désastreuse influence. Héraclius, enchaîné par la douleur, étourdi de ce spectacle de désolation, resta d'abord immobile, sans porter remède à tant de maux réunis. A son avènement au trône, le gouvernement était dans la désorganisation la plus complète. Il s'agissait de recréer une armée, de la discipliner, de rétablir la morale, de ranimer la confiance des peuples désespérés : ces heureux changements ne pouvaient être l'ouvrage d'une ou de deux années. Les Perses continuant leurs courses meurtrières, inondant l'Asie de leurs troupes, saccagèrent Damas, et désolèrent la Syrie , ainsi que la Palestine; une de leurs armées vint camper sous les murs de Chalcédoine en face de Constantinople. Héraclius, toujours irrésolu, toujours engourdi, ne savait comment conjurer cet épouvantable orage. Les rigueurs de la famine se firent si vivement sentir <laus la capitale, que l'empereur se vit contraint d'abolir les distributions gratuites de pain , fondées par le grand Constantin, abolition qui faillit exciter une révolte générale ; mais les habitants finirent par se résigner à leur misérable sort. Ils chérissaient un souverain presque aussi à plaindre qu'eux-mêmes, et subirent religieusement uue destinée si cruelle pour toutes les nations de l'Orient, que les historiens arabes appelèrent ce siècle le sUcde des prodiges et des fléaux. Héraclius se disposait néanmoins à se retirer en Afrique , lorsque , touché des larmes de ses sujets, il abandonna ce projet funeste. Les Perses, déterminés à renverser l'empire, lui portaient chaque jour des coups mortels. Vainement Héraclius descendit aux supplications les plus honteuses pour obtenir la paix. Le fier Cosroes voulait que les Romains, abjurant Jésus- Christ, adorassent le soleil. L'excès de la honte
(I) Nous empruntant le* expressions de Lebeao. Elle n'était pourtant pas inconnue. Il l'agit ici de la petite-vérole. Cette mjit'ce de lèpre , née entre Ica deux tropique* , mit été apportée, deux aièclet auparavant, en Arabie fis les Abyssins, et de proche en proche t'était répandue jusqu'en Occident. Le» Lombards, dan* leur» incursions, portèrent cette contagion ea Bourgogne l'année même de la naitoanca de Mahomet. Dr» médecins arabe*. Aaron d'Alexandrie, contemporain d'Héracliu*, et Rr>azet, mort l'an 923, leey. Aakon et IUuzè*l, sont les premier* homme* de l'art qui aient décrit le* symptômes et le* progrès de cette maladie, et qui j aient cherché det moyeas curatilt. Le» malade* }*aqu'alora «'étaient «on mi* aveugle me nt A une sotte de fatalité, et le* médecin* n'avaient combattu le mal qu'avec de* pratique* d* aupertlition.
et du malheur éleva inopinément le prince andessus de lui-même; la nouvelle de la prise de Jérusalem , du massacre ou de la dispersion des habitants, et surtout l'enlèvement de la sainte croix, lui rendirent de l'énergie, et le métamorphosèrent en un autre bomme. Tous les corps de l'État firent les plus généreux sacrifices; le clergé permit au souverain de disposer de l'or et de l'argent des églises, puisqu'ils devaient être employés i reconquérir les lieux saints. Afin d'augmenter le nombre des troupes nécessaires à celte expédition, Héraclius enrôla sous ses étendards les Serres, les Croates, une foule de Kozars et de Huns, habitués aux armes, et qui se Taisaient un jeu de la guerre. Il partit de Constantinople le 4 avril 622, s'arrêta quelques mois dans l'Asie Mineure, fortiliant le courage du soldat par des simulacres de bataille , par de fréquentes évolutions propres à le tenir en haleine , à maintenir dans les rangs une exacte discipline , et il réussit en ce dessein. Son armée s'ébranla le même mois, à peu près, de l'année à jamais mémorable par la retraite de Mahomet à Yatrcb (un vendredi) 16 juillet • (la ville, depuis cette époque, prit le nom de Médina Sali, c'est-à-dire , ville du Prophète). Durant six campagnes consécutives , l'actif, l'infatigable Héraclius se montra constamment le premier à l'attaque, le dernier dans la retraite , et déconcerta la valeur naturelle des Perses par de hardies et savantes manœuvres, par la rapidité de ses marches et de ses contremarches, se multipliant au besoin et bravant les intempéries du climat. Plus d'une fois il perça de sa lance les champions ennemis qui osèrent le défier, et ne se fit pas moins admirer par son humanité envers les vaincus que par' son impétueuse valeur; il défit complètement Cosrofo en personne à Ganzac, aujourd'hui Tauris, entra dans cette ville, éteignit le feu perpétuel, détruisit le Pyrée où brûlait ce feu sacré, et de là pénétra dans le centre de la Perse, tandis que les Abares, profitant de son absence, assiégeaient Constantinople par terre et par mer. L'héroïsme du prince s'était heureusement communiqué aux sujets , qui repoussèrent les barbares , et les contraignirent de lever le siège. Sarbar, général de Cosroè's, pour obliger l'empereur de revenir défendre cette grande cité, traversa l'Asie, campa une seconde fois devant Chalcédoine, bien décidé à faire une diversion capable de ravir à Héraclius tout le fruit de ses victoires. Ce souverain n'en poursuivit pas moins sa marche triomphante; il gagna une nouvelle bataille sur les bords du Zab , où il reçut plusieurs blessures, s'empara des trésors du monarque ennemi, et s'approcha de Ctésiphon, capitale de toute la Perse. Sarbar aurait peut-être réussi dans l'exécution du projet qu'il méditait, si le capricieux, le farouche Cosroè's n'eut pas cruenement ofTensé ce général, qui se vengea de son maître par une révolution concertée avec les grands du royaume. Le mo-
HÊR 239
narque des Perses, ayant été précipité du trône, fut mis à mort par son fils et son horrible successeur Siroe's. Aussitôt le parricide conclut la paix avec l'empereur, lui rendit les prisonniers, les provinces conquises sous le règne précédent, et lui remit la croix sainte. Héraclius retourne à Constantinople au mois d'octobre 628; monté dans un char attelé de quatre éléphants, tenant entre ses mains le signe vénérable de la rédemption des hommes : le successeur de Phocas triomphe avec le même faste que les généraux de l'ancienne Rome. Après avoir satisfait son orgueil il repasse en Asie, va droit à Jérusalem, y fait une entrée solennelle, et porte lui-même sur ses épaules la croix du Sauveur jusqu'au sommet d« Calvaire; pieux événement dont cet empereur voulut transmettre le souvenir, en instituant, le 14 septembre, la fête dite de l'Exaltation de la Sainte-Croix. Ce fut la dernière action remarquable d'néraclius , qui dès ce moment s'évanouit à nos yeux avec tous les prestiges de sa gloire militaire. Jamais prince ne justifia davantage la vérité de cette pensée de Tite-Live , que la prospérité fatigue l'âme même des sages. Il resta cinq années en Orient , plongé dans la mollesse. Son héroïsme et toutes ses qualités s'éteignirent entièrement au milieu des subtiles erreurs du monoîhélisme, qui consistait à n'admettre en Jésus- Christ qu'une seule volonté en deux natures; hérésie que le pape Jean IV condamna dans un concile tenu à Rome. L'an 632, le victorieux Héraclius, devenu chef de secte , publia le fameux éilit appelé edhèse (ou exposition de foi), rédigé par Sergius, patriarche de Constantinople; édit qui favorisait les monothélites , et qui pourtant déplut aux deux partis, de même que dans la suite des âges Hnierim de Charles-O^iint ne put concilier entre eux les catholiques et les protestants, ni les réduire au silence, but que s'était proposé cet empereur d'Allemagne. Au lieu d'entasser arguments sur arguments, de tenir des synodes; au lieu de semer de nouveaux germes de discorde parmi ses sujets, Héraclius aurait dû s'occuper du soin beaucoup plus important d'arrêter un torrent ijui menaçait d'engloutir l'univers. Les musulmans subjuguaient des provinces entières, pendant qu'il discutait la question abstruse des deux natures. De toutes parts le croissant était substitué à la croix, et l'on voyait des généraux eux-mêmes embrasser l'islamisme. Les infidèles commandés par Caled , surnommé Vépée de Dieu, dispersaient devant eux les chrétiens comme un vil troupeau. Aux cris de frappe», frappe». Paradis, Paradis, proférés dans les batailles par cet habile et vaillant chef de fanatiques, les troupes romaines, saisies d'épouvante , tombaient presque sans opposer de résistance sous le cimeterre des Arabes, ou cherchaient leur salut dans la fuite. Ce fut ainsi que les musulmans vainquirent leurs ennemis, aux journées d'Alnadin , de Damas , de Césarée et d'Yarmouck , qui
coûtèrent 100,000 hommes à l'armée impériale, tant tués que blessés. Les vainqueurs eurent l'insolence de sommer Héraclius et tout son peuple de reconnaître Dieu et Mahomet son prophète. Le faible empereur fuyait de ville en ville, à l'approche des conquérants, et redoutait de se mesurer contre de tels adversaires. Il se contenta d'aller enlever la sainte croix de Jérusalem, et malgré les représentations, les prières des principaux officiers, il reprit lâchement le chemin de Constantinople. Au rapport de Théophanes et de Suidas, ce vainqueur des Perses ne pouvait sans trembler envisager les Ilots de la mer; il repassa dans la ville impériale au moyen d'un pont de bateaux , construit à grands frais sur le Bosphore, et que l'on garnit de hautes branches et d'un épais feuillage, afin de lui dérober ce spectacle : pusillanimité inouïe dans les annales des peuples. Quelles inégalités et quelle faiblesse dans le caractère de cet empereur ! La Mésopotamie , la Syrie, la Palestine, tombées au pouvoir des musulmans; Rosra, Damas, Palmyre, Anlioche, Émèsc, etc., enlevées d'assaut, rien ne fut capable d'émouvoir Héraclius. Il sortit néanmoins un moment de sa léthargie; apprenant la perte d'une partie de l'Egypte, il imagina de gagner Amrou, lieutenant du calife Omar, et chargea Cyrus, patriarche d'Alexandrie , de l'engager à s'éloigner de ce fertile pays. Le général musulman , pour toute réponse, dit au négociateur, en lui montrant une colonne : « Vois-tu cette énorme colonne? nous « sortirons de l'Egypte quand tu l'auras avalée. » Amrou y resta effectivement, et après avoir dévoré cette injurieuse hyperbole, Héraclius retomba dans ses langueurs accoutumées. En Occident , l'empire ne conservait plus qu'une ombre de sa grandeur; les Romains venaient d'être expulsés de leurs possessions en Espagne par Sistbut et par Suintilla, rois des Visigoths. L'Espagne était la première contrée que les Romains avaient conquise au delà de l'Italie : ce fut aussi la contrée qu'ils retinrent le plus longtemps sous leur domination. Les provinces de l'Italie ellesmêmes, soumises à l'empire, sous la dénomination d'exarchat de Ravenne, furent le théâtre des scènes les plus tragiques. L'exarque Lémigius et son successeur Èlcuthère entreprirent de se rendre indépendants, et furent massacrés. Ariovald, roi lombard, s'agrandit aux dépens des Romains, et sut tirer parti de tous ces troubles, en bornant à d'étroites limites ce petit État , faible reste de la puissance de leurs ancêtres. Héraclius, succombant enfin sous le poids des revers , des chagrins domestiques, attaqué d'une hydropisie qui le rendit d'une corpulence monstrueuse, expira le H février 641 , après un règne de trente ans. Jamais homme ne difléra plus de lui-même que cet empereur; vailhnt capitaine à son avènement au trône; timide, incertain, durant les onze premières années de son règne; héros au milieu , le plus indolent et le plus lâche des sou-
ÏÏÊR
verains, les treize dernières années de sa vie. Les exploits d'Héraclius en Perse ne furent, à proprement parler, profitables qu'aux musulmans, en ce qu'il affaiblit ce royaume, dont les forces unies à celles de l'empire romain auraient pu arrêter les progrès du mahotnétisme. S'il eût paru à la tête des armées romaines, sa présence eût doublé leur énergie. De pauvres montagnards, attachés au christianisme (les Maronites), prouvèrent, en opposant le courage au courage, que les musulmans n'étaient pas invincibles. J — d — t.
HERACLIUS II (Coxstantisls), empereur d'Orient, indiqué mal à propos par quelques historiens sous le nom de Constantin III, était fils d'Héraclius et d'Eudocie, sa première femme, et naquit à Constantinople en 612. Héraclius, en mourant, lui laissa l'empire, ainsi qu'à son frère Héracléonas; mais l'impératrice Martine, femme I ambitieuse, mère de ce dernier, voulut s'emparer de l'autorité, et retenir les deux jeunes princes : sous sa tutelle. Le peuple et les sénateurs refu- J sèrent de reconnaître Martine pour leur souveraine , et finirent même par proclamer seul auguste Héraclius Constantin , dont la valeur s'était signalée contre les Sarrasins pendant le règne de son père, et dont les belles qualités promettaient à l'empire des jours heureux : mais ce prince, au milieu d'une cour livrée aux erreurs du monothélisine , se montra sans ménagement opposé à cette hérésie, et s'attira la haine des i hommes les plus puissants. De ce nombre était le patriarche Pyrrus, lié secrètement avec l'impératrice Martine. Héraclius Constantin ne régnait : que depuis trois mois lorsqu'une maladie Tente . et inconnue le consuma et le conduisit au toin- ! beau. 11 mourut, le 22 juin 641 , cent trois jours après être monté sur le trône. On crut que le poison avait hâté sa fin, et les soupçons tombèrent sur Martine et sur le patriarche : la joie que montra l'impératrice et les mouvements qu'elle se I donna pour faire couronuer Héracléonas fortifièrent peu à peu ces bruits. Le sénat et le peuple parlèrent de venger Héraclius Constantin. Valentin, homme rusé et entreprenant, sous prétexte de servir les jeunes enfants de ce prince, souleva une partie de l'armée, et s'empara de Chalcédoine. Pyrrus, effrayé, abandonna la tiare, et se sauva en Afrique. Martine se flatta que le I sceptre de son fils la mettrait à l'abri de l'orage; mais le sénat fit couper le nez à ce prince, et la langue à sa mère, et les exila tous deux. Ils moururent dans l'obscurité : Héracléonas n'avait que seize ans lorsqu'il fut détrôné. Depuis le grand Constantin, il est rarement fait mention sur les médailles de la dignité de consul; et Héraclius Constantinus est le dernier empereur qui prenne ce titre sur les siennes. L — S — e.
HERACLIUS 1" ou EREKL1, roi de Géorgie, issu de la famille des princes du Kakhcth, était petit-fils de Teymouraz 1er, mais non point son fils, comme l'a dit Peyssonnel dan» ses Essais sur
HÉB
les trouble/ de Perse et Je Géorgie. Il était encore au berceau lorsque son père, Datbouna ou David , fut tué (1618), en combattant contre le roi île Géorgie Schah-Nawaz Ier (Vakhtang IV), qui, soutenu par les Persans, avait envahi le Kakheth, où régnait Teymouraz. Le jeune Héraclius fut alors emmené par son aïeul et par sa mère Hélène dans l'Imireth, dont le roi, Alexandre II, avait épousé Daredjan , sœur de Teymouraz. Après la mort d'Alexandre et la conquête de l'Imiretb, en 1658, par Schah-Nawaz, le vieux Teymouraz ayant été envoyé en Perse, Héraclius se retira avec sa mère sur les frontières de Russie. Peu d'années après, tyant appris que son aïeul était mort, et que Schah-Nawaz avait donné le Kakheth à son fils aîné, Artchil, il vint au printemps de 1664, avec une troupe de volontaires, attaquer Artchil; mais il fut battu et se réfugia vers les sources de l'Alazan. Hélène, qui avait soutenu un siège de sept mois dans la forteresse deTorgh, rejoignit son fils, et tous deux se rendirent à la cour de Russie, où le czar Alexis les reçut avec distinction , leur monta une maison digne de leur naissance, et donna une de ses filles à Héraclius. Cependant Artchil, ayant, en 1668, épousé Kethcvan, sœur de ce dernier, céda aux instances de sa femme, rappela Héraclius dans sa patrie, et lui accorda un petit apanage; mais Héraclius s'ennuya bientôt de jouer un rôle obscur et passif dans un pays dont la souveraineté devait être son héritage, et où il craignait d'être victime de quelque piége de Schah-Nawaz ou d'Artchil. Ayant obtenu en 1671 un sauf-conduit du roi de Perse, Schah-Solimau, suzerain de la Géorgie , il alla le trouver à Cazwin, lui exposa la justice de sis prétentions; et pour l'intéresser dans sa cause, il lui vanta la bcauîé de sa sœur destinée, dit-il , au monarque persan à qui Artchil l'aurait enlevée. Ce moyen lui réussit. Artchil fut déjxjssédé du Kakheth en 1672, et se retira d'abord à Tiflis auprès de son père Schah-Nawaz. Mais le roi de Perse, charmé de la bonne mine d'Héraclius, de son air noble et majestueux, ne se pressait pas de le congédier : il lui avait assigné un revenu considérable; il l'admettait dans toutes ses parties de plaisir, de chasse et de voyages; et il se contenta de faire gouverner le Kakheth , au nom de ce prince, par un lieutenant.Cependant le czar ne négligeait pas les intérêts de son gendre. Un ambassadeur russe, arrivé à la cour de Perse en 167 4, fut chargé par lui de redemander la Géorgie pour Héraclius, comme héritier de son aïeul Teymouraz , et parce qu'elle ne s'était soumise à la Perse que sous la condition de n'être gouvernée que par des walis ou vice-rois issus de ce prince. Les négociations traînèrent éh longueur, soit parce qu'Héraclius résistait aux sollicitations qui lui étaient faites de devenir mahométan, soit parce que le vieux et rusé Schah-Nawaz, pour conjurer l'orage qui le menaçait, se mettait en état de défense et sollicitait les secours de la
HÊR 211
Porte Ottomane, tout en supposant que ses fils s'étaient révoltés contre lui. Ce prince étant mort en 1676. à Ispahan, où il avait été itérai ivement appelé, Artchil, son fils aîné, se retira en Russie. Georges X, second fdsdc Schah-Nawaz, ayant pris ce nom à la circoncision, succéda à son père dans le Karthli ou Karduel ; mais ayant mécontenté le roi de Perse par plusieurs actes d'indépendance et de rébellion, il fut révoqué en 1678. La princesse Hélène vint cette année en Perse, et refusa d'abjurer le christianisme. Cependant son exemple n'arrêta point Héraclius, qui, stimulé par l'assurance de voir son ambition satisfaite, se lit circoncire sous le nom de Sazar-M-Khan, fut envoyé à Tiflis, installé wali de Géorgie et mis en possession de tous les biens de son prédécesseur. Sa mère, qui lui avait été honorablement ramenée aux frais du roi de Perse, se rendit médiatrice entre Héraclius et Artchil son gendre, qui était revenu en Géorgie. Mais Artchil s'étant joint à son frère Georges pour conquérir l'Imireth , Héraclius, par ordre du monarque persan, marcha avec toutes ses forces au secours du roi d'imiretb, et Artchil retourna en Russie, où il vivait encore en 1688, et où sa postérité s'est maintenue sous le nom de Bagration (issu de Bagrat, nom de plusieurs rois de Géorgie). Héraclius se distingua plus par sa justice que par sa valeur. Il terminait lui-même les querelles et les procès de ses sujets: mais son caractère irrésolu annulait ou modifiait souvent ses jugements. Il hésitait de même en matière de religion, allant le matin à la messe chez les capucins, et le soir à la mosquée. Il lutta pendant tout son règne contre les entreprises de Georges, avec des chances diverses. Réduit vers 1705 à la principauté de Kakheth, il rentra dans ]o Karthli lorsque Georges eut été envoyé par le roi de Perse, Schah-Houçain, contre les Afghans rebelles du Candahar; mais il fut bientôt remplacé par Levan , frère de Georges, dont la sœur était une des femmes du monarque persan. Héraclius mourut vers l'an 1708, laissant trois fils, neveux de Pierre le Grand, et dont le dernier fut Teymouraz II, père d'Héraclius II. A — t.
HÉRACLIUS II, roi de Géorgie, fils de Teymouraz H, et petit-fils du précédent, naquit vers 1720. Une partie de cette contrée payait tribut au Grand Seigneur, l'autre à la Perse. Ce fut dans les armées de cette dernière puissance qu'Héraclius et son père se signalèrent contre les Turcs ; et lorsque Nadir-Scbah (Thamas-Kouli-Khan) se fut asMs sur le trône des sofis (roy. Nadir-Schah), il ilonna, vers 1710, le gouvernement de Tiflis et du Karthli à Teymouraz, et celui du Kakheth à Héraclius. Après la mort de Nadir (1717), Héraclius, réuni à sou père, voulut profiter de l'état d'anarchie où la Perse était plongée pour se rendre indépendant : il y parvint momentanément, soumit quelques petits États limitrophes, et ayant vaincu, en 1732, Asad-Khan, l'uu d s prétendants au trône de Perse, il se fit céder tout le
fpays jusqu'au bord de l'Araxc (roy. A6At>). Il devint ■ même l'arbitre de quelques princes musulmans, ses voisins. Mais, Kérym-Khan (roy. ce nom) étant devenu souverain de Li Perse, Héraclius, qui le redoutait, s'en reconnut le vassal ; et, en lui livrant Asad, il obtint des conditions plus avantageuses que par le passé; car il put professer publiquement la religion cbre'ticnne, à laquelle on l'avait force" de renoncer dans sa jeunesse. Depuis plusieurs annccs.Teymourai lui avait remis l'autorité' *nlrc les mains et s'était retiré à Saint-Pétersbourg, où il mourut en 17(i2. Héraclius eut pendant quelque temps un compe'titeur nomme' Alexandre, qui descendait des Uagratides, anciens princes du Karllili, et avait obtenu l'appui de Catherine II; mais il le lui fit perdre en se joignant à l'armée russe, commandée par le comte deTotllcbcn, qui marchait au secours de Salomon, roi d'Imiretb, attaqué par les Turcs (1772), et par cette adroite politique il s'attira à lui-même la bienveillance de la Russie. Alors Alexandre se rendit auprès de Kérym-Khan, qui le prit sous sa protection et qui se préparait à armer en sa faveur lorsque, gagné par les présents d'IIéraclius, il retint son rival prisonnier; mais celui-ci, après la mort du régent de la Perse (1770), recouvra la liberté par les sollicitations de la Porte Ottomane et se réfugia à Constantinople. Le Divan, à qui la puissance d'Héraclius et son alliance avec la Russie portaient ombrage , mit un corps de troupes à la disposition d'Alexandre pour lui faciliter les moyens de conquérir la Géorgie. A peine arrivé aux frontières, le prétendant ne reparut plus : s'il ne tomba pas dans quelque embûche dressée par Héraclius, son peu de courage l'empêcha probablement de tenter les chances de la guerre. On dit qu'un seigneur russe le retrouva plus tard à Venise. Cependant Héraclius, fatigué de sa dépendance de la Perse, et continuellement harcelé par les Turcs et par les peuples musulmans du Caucase, reconnut en 1 783, par un traité authentique, la suzeraineté de la Russie. Dans les dernières années de sa vie, il eut à soutenir une lutte acharnée contre Aga- Mohammed (coy. Mohammed). Vaincu par ce formidable ennemi , qui revendiquait les droits de ses prédécesseurs sur la Géorgie, et forcé d'ahandonner Tiflis, qui fut livrée au pillage, Héraclius ne dut son rétablissement qu'à l'armée msse commandée par le comte Valéricn Zoubow, et euvovée à son secours par Catherine II. Paul lrr lui continua la même protection. Toutefois Agha- Blohammed ne l'aurait pas laissé tranquille, s'il n'eût pas été assassiné lui-même par un de ses géuéraux, en 1797. Héraclius mourut l'année suivante, âgé de près de quatre-vingts ans. On a débité bien des fables sur son compte. Tookc (roy. ce nom), dans son Histoire de la Russie, a été jusqu'à dire qu'il avait servi dans les armées du grand Frédéric ! Ce qu'il y a de sûr, c'est que , malgré quelques actes de despotisme et de dé-
loyauté qu'on lui reproche , et dont il avait pris le modèle à l'école de Nadir-Schah , Ilçraclius ne manquait ni de courage ni de talent. 11 avait introduit la discipline européenne dans quelques corps de la milice géorgienne; il cherchait à civiliser son pays en y appelant des savants de l'Allemagne et de la Russie; il encouragea l'agriculture et l'exploitation des mines, et par ses soins une imprimerie fut établie à Tiflis. Son fils Georges XI (roy. ce nom) lui succéda et mourut en 1800. David, fils aîné de celui-ci, se retira à Saint- Pétersbourg, avec le titre de lieutenant général, après avoir cédé à Paul Ier la Géorgie, qui fut réunie à l'empire russe en février 1801. Z.
HÉRAUDEL (Jean), conseiller du duc de Lorraine, naquit à la Northc en 1585. n suivit d'abord le barreau à la cour souveraine des grands jours de Saint-Mîhiel. U vint ensuite s'établir à Nancy. Anobli par le duc nenri II, en 1GH, il publia quelque temps avant sa mort un opuscule devenu fort rare, à raison du soin que les Français, maîtres de la Lorraine, prirent de supprimer tous les exemplaires sur lesquels ils purent mettre la main. C'est une Elégie de ce que la Lorraine a souffert depuis quelques années, par la peste, famine et guerres, Nancy, Chariot, 1CC0, in-4°, traduction libre en prose rhythmée, ainsi que l'avoue l'auteur lui-même, d'une élégie-satire qu'il avait publiée, la même année, sous le titre de Déploratio de Lotharingia- statu, 1GG0, in-4°. Le texte latin offre quelques passages écrits avec chaleur; niais la version française, ampoulée et tratnante à la fois, n'a d'autre mérite que de faire connaître, par des notes marginales, les lieux où se sont passés les événements que l'auteur rapporte. Elle est donc intéressante comme document historique. Héraudel a publié un autre opuscule sur le retour de Charles IV dans ses Étals : De serenissimi principis Caroli IV optatissimo reditu panegyris, Nancy 10GO, in-4°. 11 avait soixante-quinze ans lorsqu'il composa ce potfme ; et l'on s'aperçoit facilement que sa verve était déjà glacée par Page, quoiqu'il affiche la prétention contraire :
8«pcqoe ail t«nii mon arntlU iiabat.
Il se vante aussi d'avoir donné à son prince six fils cogneus par les emplois qu'ils ont eut. H n'en avait plus conservé que trois lorsc ju'il mourut- L — M — X.
HÉRAULD (Didier), en latin Heraldus, philologue et jurisconsulte, était né vers 1579 (1), d'une famille protestante. Après avoir fait ses études avec distinction, il entra dans la carrière de renseignement, et fut pourvu, très-jeune encore, de la chaire de langue grecque à l'Académie de Sedan . Il n'avait que vingt ans lorsqu'il publia, sous le
(Il On ignore le lieu de m nnuaance. L'abbé Boni Ilot, qui loi a
consacre un long article dans la Biographie ardtitnaiit , t'y tut cru , dit-il . autorité , parce qu'Htfrauld a rempli quelqur Usup»
une uukirv a rac*u<-uuc de «Man cl que contrée n'a tmerUton nom dant'its/asl