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titre iïAdtertaria, ses observations critiques sur le texte de différents écrivains. Dans la suite il se repentit de s'être trop pressé de le faire imprimer (1). Il se trouvait à Paris quand il écrivit à Scaliger pour lui Taire part de son projet de publier ses Remarques sur Martial, « le priant de « l'aider de ses doctes recherches, ou de lui man- « der s'il serait lui-même dans l'intention de « donner une édition de Martial, afin qu'il pût, « pendant qu'il en e'tait encore temps, supprimer « ses niaiseries (2). » La rc'ponse de Scaliger fut sans doute telle qu'Hérauld la souhaitait, puisque ses Remarques parurent la même année (1600). Ses travaux philologiques ne l'empêchèrent pas de prendre part aux disputes qui troublaient l'église protestante ; et, s'étant déclaré pour les sentiments d'Arminius, le professeur de théologie Tilenus (roy. ce nom), zélé gomariste, qui jouissait d'un grand crédit à l'Académie de Sedan, le força de se démettre de sa chaire, llcnonçant à l'enseignement, il vint habiter Paris, s'y fit recevoir avocat et ne tarda pas à se trouver dans une position supérieure à celle qu'il avait perdue. En 1G12, il publia, sous le masque de Leidhresser, une dissertation contre les jésuites alors en querelle avec l'université ; le jésuite Eudxmon lui répondit; mais, Hérauld ne se souciant pas de prolonger la discussion, elle en resta là. 11 trouvait dans la culture des lettres un délassement à ses occupations comme jurisconsulte; et il entretenait des liaisons intimes avec la plupart des savants. Ami du fameux Saumaise, il se chargea de dresser son contrat de mariage avec la fille de Josias Mercier (voy. Menagiana, t. 2, p. 27), et depuis ils vécurent longtemps dans des rapports d'affection réciproque que rien ne semblait devoir troubler : les premiers torts vinrent de Saumaise. II avait, dans différents ouvrages, principalement dans son livre De mutuo (sur le prêt), parlé des avocats avec un grand mépris. Hérauld crut devoir prendre la défense de ses confrères, et dans son livre {Observation, etemendation.), il lui décocha quelques traits, mais si légers que Sarrau, l'ami de Saumaise, n'imaginait pas que celui-ci pût en être offensé (3). C'était bien mal le connaître. 11 répondit à Hérauld par ses Miscella de/ensiones (1045), avec une telle ûcreté que le vieux jurisconsulte, indigné, jura de répliquer de manière à lui ôter l'envie de oontinuer la dispute. H se mit sur-le-champ à l'œuvre; mais, comme la défense tardait à paraître, Saumaise ne cessa de le harceler. Le manuscrit était dans les mains de l'imprimeur, et l'ouvrage devait être publié avant la fin de l'année; mais Hérauld mourut presque subitement au mois de juin 1G49 ( I), âgé de 70 ans. Sa mort apaisa le ressenti) Voyci le Sc9lig troua ucunda.
l2| ÉpUrts françaim à Jottpk 4* la È~eaU , p. 129. \S) Cl. Sartavii ffiitol* , p. 64.
14) Dana une Lttirt à Saumai* du 26 juin 1649, Sarrau loi aanonce uu'Uetauld était mort le mardi précédent. Oeat donc
timent de Saumaise; il n'ajouta pas & ses torts celui d'insulter à la mémoire d'un ancien ami. Les juges les plus compétents se sont divisés sur le fond de leur querelle : Vinnhis est pour Saumaise, Grotius au contraire embrasse l'opinion * d'Hérauld, auquel il donne de grands éloges. Ever. ' Otto, qui, dans son Thesaur.Juris, II. praf.. 28, a " rassemblé quelques détails sur cette dispute, regrette que deux hommes d'un si rare mérite se soient avilis au point de se prodiguer mutuellement les invectives et les injures les plus grossières. Hérauld était un des plus savants jurisconsultes de son temps; comme critique, la Monnaie le place entre Vossius et Maussac (Notes sur Daillet). On a de lui: 1° Adversariorum libri duo : qnibwê adjunetus est animadeersionum in Jamblkkum dé rifa Pythaqorœ liber unus, Paris, 1599, in-8°; 2" Animadversiones ad libros XII epigrammatum Martialis, ibid., 1600, in-4°, et dans l'édition de Martial, 1617, in-fol.; 5° Arnobii Disputatio adversus génies, ibid., 160ÎÎ, in-8°. Scaliger faisait cas de cette édition, qu'Hérauld avait revue sur un manuscrit de la bibliothèque royale : les notes ont été reproduites dans l'Arnobe de Leyde, 1651, in-4». 4* Min. Félins Octavims. ibid., 1613, in-4avec des notes et corrections, insérées dans les éditions de Leyde, 1652, in-4°, et de Cambridge,' 1712, in-8°; 5° Tertullianl Apologetieus. commentât, illustrât., et adject. duob. digressionum libris, Paris, 1613, in-4°. On apprend dans l'Avis au lecteur qu'Hérauld avait collationné pour cette édition plusieurs manuscrits dont un lui avait été communiqué par Jacq. Rongars. 6° Leidhresseri super doctrinal capitilus inter Academiam Purisiensem et societatis Jesu patres controcersis dissertatio politica. Strasbourg ou Cologne, 1612, in-*». Dans cet ouvrage, suivant l'abbé Goujet, l'auteur défend l'indépendance des souverains contre la cour de Rome, et montre les raisons d'exclure les jésuites de tout État policé (voy. la Ribtiothêque orden* naise. t. 2, p. 39). 7° De rerum duo. Paris, 1640, in-8°; 8° Obsermtionum et ememdationum liber unus, ibid., 1644, in-8°. Cet ouvrage et le précédent ont été réimprimés par Ever. Otto dans le tome 2 de son Thésaurus juris. 9° Quastionum quotidianarum tractatus : Hem obtertationes ad jus atticum et romanum . in quibus et SalmasU misceilœ de/ensiones ejusque spécimen expenduntur. Paris, 1650, in-fol. L'Avis au lecteur est signé d'Isaac Hérauld, l'un des fils du jurisconsulte, lficol. Heinsius, dans une lettre à Gronovius, du 3 octobre même année, témoigne la plus vive impatience de lire cet ouvrage, qu'il qualifie afrocissimum. On voit qu'il s'attendait à y voir Saumaise trèr-maltrarté. Hérauld a laissé des notes sur Brisson : De verborum quee ad jus pertinent signification; il avait promis une édition de Polgen, revue sur d'anciens manuscrits. Par une lettre de
par erreur qu'on» lettre d'Hérauld 4 Helnalu» , imprimée dans le Syilogt de Buimaan, U 6, p. G66, eat datée du l« juillet
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4662, Gravius charge Heinsius de s'informer de ce qu'est devenu ce travail, l'engageant, si les héritiers de Ilérauld veulent s'en défaire, à ne pas regarder au prix (si prelio sercient parari, tion parcere argoito rertum est). Voy. cette lettre dans leSylhge «le nurinann, t. 4, p. 52. \V— s.
Mi l; Al i.l (IttNÉ), d'une ancienne famille de Normandie, naquit à Rouen en 1001. Il fut successivement avocat du roi au Chàlelct, procureur général du grand conseil, maître des requêtes, intendant de Tours, lieutenant général de police, enfin intendant de Paris et conseiller d'État. C'e'tait un homme d'un mérite distingué, qui se signala par son esprit de justice et son intégrité dans chacun des emplois qu'il remplit. Il a été surtout connu comme lieutenant de police, montrant dans cette place une utile sévérité pour l'exécution dis lois et de tout ce qui tient à l'ordre puhlic. 11 fut dans le cas d'user, envers les jansénistes, d'une rigueur quelquefois excessive; mais il ne faisait qu'obéira des ordres supérieurs. Il s'était trouvé en opposition avec ce parti dés le temps de son intendance de Tours, et d'autant plus qu'il avait un frère jésuite. En conséquence, il ne fut pas ménagé dans les Nouvelles ecclésiastique*, espèce de journal qui paraissait chaque semaine depuis 1728, < t qui fut lacéré et brûlé par la main du bourreau, en vertu d'un arrêt du parlement rendu au mois de février 1731 (coy. GiEsis). Hérault était souvent, par les devoirs de sa place, obligé de faire lui-même ou d'ordonner des perquisitions dans Paris et les environs, pour découvrir les auteurs, imprimeurs et distributeurs de ces feuilles, protégées sous main, dit-on, par un assez grand nombre de membres du parlement eux-mêmes. Elles sortaient d'une presse portative que l'on employait, tantôt dans uue cave, et tantôt dans une autre (1), quelquefois dans la propre maison du lieutenant de police. On introduisait de ces feuilles jusque dans son appartement; et, de temps en temps, lorsqu'il venait de faire une visite pour connaître le lieu du délit et les coupables, il apercevait les Soutelles ecclésiastiques tout fraîchement imprimées, qu'on avait jetées dans son carrosse, sans qu'il pût atteindre les auteurs de cette espièglerie. Il signala encore son administration par les mesures qu'il prit relativement aux folies ou impostures dont les miracles, réels ou prétendus, opérés sur la tombe du diacre Pàris, étaient l'occasion. Marié, en secondes noces, à mademoiselle Moreau de Séchelles , fille du contrôleur général des finances, il en eut un fils, colonel du régiment de Kouergue, tué à la bataille de Mindcn, et qui fut père de Hérault de Séchelles dont l'article suit. Kcné Hérault mourut à l'âge de 40 ans, le 2 août 1740; et l'esprit de parti ne manqua pas de répandre qu'il avait passé les
(1) L'iim-ntlon de ce* imprimerie» ttcrettl fut duc a une madame TliéoUon, femme du direct, ur général de» ac« Jéuih» royale» de peinture et n uipture a R->mc , m me en 1739.
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derniers moments de sa maladie dans des angoisses terribles, parlant sans cesse de la main de Dieu qui le frappait, mais pourtant sani fe reprocher ses poursuites contiv les jansénistes. L — p — E.
HERAULT DE SÉCHELLES (Marie-Jean), petilflls du précédent, naquit à Paris en 1760. Il se présenta dans la carrière de la robe avec les avantages réunis de la naissance, de la fortune, d'un extérieur heureux et des dons de l'esprit. 11 débuta par être avocat du roi au Chàtelet, et se créa uue réputation daus une place où l'en De faisait ordinairement que la préparer. Les gens du monde accourunnl, pour la première fois, à ce tribunal, pour entendre le jeune magistrat, défendant un précepteur contre l'ingratitude de son élève, une mère délaissée contre l'abandon d'une fille opulente, etc., etc. On trouvait piquant le contraste des principes austères de la justice, dans la bouche d'un homme de vingt ans, doue d'un organe touchant, et paré de toutes les grâces de son âge. Le bruit s'en répandit jusqu'à la cour; M. de Séchelles était proche parent de la duchesse de Polignac , chez laquelle il eut occasion d'être présenté à la reine : cette princesse , naturellement bienveillante, le prit sous sa protection; il en ressentit proiuptenient les effets, par sa nomination à la première place d'avocat général au parlement qui vint à vaquer. C'est dans cette situation que le trouva la révolution de 1789, dont il embrassa les idées avec passion. Il prit les armes le 14 juillet, et à la prise de la bastille eut deux hommes tués à ses côtés. Nommé d'abord commissaire du roi près le tribunal de cassation, il en remplit les fonctions jusqu'au moment où il fut envoyé à l'assemblée législative par le département de Paris. Il siégea à l'extrême gauche et s'abstint assez longtemps de la tribune; mais il rompit avec éclat le silence après la fameuse déclaration de Piluitz. A cette époque , après avoir passé dans le parli des Feuillants et celui de la Gironde, il devint un dis principaux membres du parti de Danlon, auquel, avec Camille Desmoulins, il resta fidèle jusqu'à la mort. Le manifeste du duc de Brunswick porta, oulesait.àson comble l'exaltation révolutionnaire. Le 14 janvier 1792 Hérault prit la parole et dans une improvisation empreinte des passions du temps, il proposa et rédigea sur-le-champ le fameux projet d'adresse au peuple français. Cette pièce repoussait avec énergie toute transaction avec l'ancien régime et toute possibilité de modifier la constitution dans le but de faire tomber les armes des mains des coalisés. Le 25 du même mois il monta encore à la tribune à propos de la délibération sur les notes impérieuses envoyées par l'Autriche. H invoqua la déclaration faite au nom de la nation française pour abdiquer tout esprit de conquête, et s'appuyant sur cette déclaration, il ajouta : « Quand on verra un m peuple sage , réglant au sein de ses foyers les
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• lois sous lesquelles il lui convient de vivre, lais- « sant la paix à ses voisins et cherchant l'ordre « pour lui-même; si des ambitions ou des ven- « geances osent s'armer contre le bonheur d'un
• tel peuple, le monde, l'histoire et la postérité ,
• en le plaignant, le vengeront, et couvriront « d'un opprobre éternel ses ennemis vaincus et « même ses vainqueurs, s'il pouvait y en avoir. » L'assemblée, à la presque unanimité des voix, accueillit le projet de Hérault de Séchelles, dont voici la substance : 1° Le roi serait invité à signifier à l'empereur qu'il ne pouvait traiter avec les puissances étrangères qu'au nom de la nation française et en vertu de ses pouvoirs constitutionnels; 2° le chef de la maison d'Autriche serait interpellé pour savoir s'il entendait vivre en bonne intelligence avec la nation française et renoncer à tout traité et convention dirigés contre la souveraineté, l'indépendance et la sûreté de la nation ; > le défaut d'une pleine et entière satisfaction sur tous ces points avant le 1er mars suivant, le silence ou toute réponse évasive ou dilatoire, seraient considérés comme une déclaration de guerre; 1° le roi continuerait à prendre les mesures les plus promptes pour mettre l'armée française en état d'entrer immédiatement en campagne. Bientôt après l'assemblée ne s'en tint pas la. Inquiète cl irritée des lenteurs qu'elle accusait ou qu'on lui dénonçait dans l'organisation des troupes, elle choisit dans son sein une commission extraordinaire qui, conjointement avec les comités militaire et diplomatique, fut chargée de préparer les mesures de défense commandées par la situation. Le rapport fut confié à Hérault de Séchelles. On y voit déjà poindre les défiances, les dispositions qui, peu de jours après, amenèrent le 10 août. « Nous sommes, ■ dit-il, les représentants d'une des plus grandes « nations de l'univers : oserions-nous garantir, « sur notre responsabilité morale , qu'en négli- « géant la ressource qui nous est offerte, nous « n'exposerions pas notre patrie? Si la conscience » dit à chacun de nous que nous ne pouvons pas « plus efficacement la garantir, empressons-nous « donc de prononcer la déclaration solennelle :
« Citoyeni , la patrie est en danger! Ne retardons n pas plus longtemps l'infaillible moyen d'ob- « tenir du patriotisme qu'il forme enfin l'armée « qui nous est nécessaire pour repousser nos « ennemis. » Puis, faisant appel à l'esprit belliqueux de la France et aux idées qui alors allumaient toutes les têtes : « Lorsque sous Louis XIV « le despotisme, secondé par le génie de Turenne, « a tenu en échec quatre armées à la fois, croyons « avec confiance à la cause du genre humain et « au miracle de la liberté! Ah, messieurs! une «. voix prophétique 6'élèvc dans mon cœur ; nous « avons lait serment d'être libres , c'est avoir fait « le serment de vaincre. Appelés à la face de m l'univers à stipuler les droits de l'humanité, m nous vengerons ces droits sacrés et impéris- |
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« sables. J'en jure par ces phalanges qui vont se « rassembler de toutes les parties de la France. » Ces paroles, qui correspondaient à l'état d'exaltation des esprits , furent couvertes d'applaudissements et suivies d'un décret conforme aux conclusions du rapporteur. C'était là, comme on le voit, la prise de possession par l'assemblée des dernières prérogatives de la royauté et en quelque sorte les préliminaires du 10 août. Cette journée en effet suivit de près ce vote. Hérault de Séchelles ne resta pas étranger à ce mouvement , poussé principalement par Danton. Le 17 août il provoqua des poursuites contre les royalistes inconstitutionnels, contre les émigrés et les prêtres non assermentés; proposa la formation d'un tribunal extraordinaire qui fut le premier pas vers ces juridictions révolutionnaires dont il devait' On- lui-même la victime, et c'est sur son rapport que cette mesure fut adoptée. Il fut ensuite élevé à la présidence de l'assemblée législative, et il occupait le fauteuil pendant les sanglantes journées de septembre. Après la dissolution de l'assemblée, il fut réélu membre de la convention nationale pour le département de Seine-et-Oise. 11 obtint même les suffrages du parti le plus ardent en concurrence avec Pétion pour la place de maire de Paris. Le 2 novembre 1792 il fut appelé à la présidence de la convention. Il n'assista pas au procès de Louis XVI. Il était à cette époque en mission dans l'Alsace, d'où il se rendit en Savoie pour y organiser le département du Mont-Blanc avec ses trois coliques Simon , Jagot et Grégoire. U adressa à l'assemblée une lettre d'adhésion à la condamnation du roi, sans que cette adhésion prononçât toutefois la peine de mort. De retour à son siège, il embrassa vivement le parti de la Montagne contre la Gironde, fit révoquer la commission des douze , et présidait encore à la fameuse journée du 2 juin, qui décida du sort des Girondins. Henriot, à la tête des sections et de ses canonniers, entourait la convention. Hérault de Séchelles, suivi des membres de l'assemblée, sortit pour imposer le respect dù aux lois à cette multitude insurgée; ses efforts furent vains, et il fallut livrer les députés proscrits à l'émeute triomphante. Malgré son hostilité contre le parti vaincu , Hérault de Séchelles ne voulut pas laisser impuni le triomphe d'Ilcnriot, et il s'unit à Lacroix et à Danton pour accuser la conduite de ce chel de la populace. Après ces événements, la convention annonça qu'elle allait dévouer toutes ses forces à l'achèvement de la constitution. Hérault fut adjoint au comité de salut public pour rédiger les bases de cet acte, et présenta différents rapports sur ses diverses parties. En fait, il fut le rédacteur de la constitution de 1793, dont les garanties, tout ultradémocratiques qu'elles étaient , ne lui parurent pas encore suffisantes. Il proposa la création d'un grand juré national, dont il définit la destination en ces termes:
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« Cest ici le moment de tous entretenir de ce ■ juré national , de cette grande institution dont « la majesté* du souverain a besoin , et qui sans « doute désormais sera placé à côte* de la repré- « sentation elle-même. Qui de nous en effet n'a a pas été souvent frappé d'une des plus coupables " réticences de cette constitution dont nous allons « enfin nous affranchir? Les fonctionnaires pu- « blics sont responsables, et les premiers manda- « taires du peuple ne le sont pas encore ! comme « si un représentant pouvait être distingué autre* « ment que par ses devoirs et par une dette plus « rigoureuse envers la patrie! Nulle réclamation, « nul jugement ne peuvent l'atteindre; on eût " rougi de dire qu'il serait impuni ; on l'a appelé « inviolable. Ainsi les anciens conservaient un « empereur pour le légitimer. La plus profonde « des injustices, la plus écrasante des tyrannies « nous a saisi d'effroi ; nous en avons cherché le « remède dans la formation d'un grand juré des- « tiné à venger le citoyen opprimé dans sa per- « sonne, des vexations, s'il en pouvait survenir, « du corps législatif et du conseil ; tribunal irn- « posant et consolateur créé par le peuple à la « même heure et dans les mêmes formes qu'il « créa ses représentants; auguste asile de la « liberté où nulle vexation ne serait pardonnée « et où le mandataire coupable n'échapperait pas « plus à la justice qu'à l'opinion. » On peut croire que Hérault, dans cette conception assez étrange, avait la pensée de mettre un terme aux excès issus de la dictature conventionnelle; quoi qu'il en soit, jamais elle n'aboutit à une application. La constitution votée fut soumise à la sanction du peuple. Les députés de tous les départements furent réunis pour assister à la fête qui devait se célébrer à propos de son inauguration. Cette fête fut fixée au 10 août 1793. Elle devait être présidée par le président de la convention, et en cette circonstance , Hérault eut le dangereux honneur de l'emporter sur Robespierre. Toutes les pompes révolutionnaires furent déployées à cette occasion. Hérault prit plusieurs fois la parole dans cette journée. Devant l'arc triomphal érigé en leur honneur , il harangua les femme» qui t'étaient portées sur Versailles le 6 octobre, et qui , assises sur des affûts de canon , assistaient à la cérémonie. De là il alla sur la place de la Révolution brûler de sa main les insignes de la royauté et de l'aristocratie devant une foule que les écrits du temps ne portent pas à moins de huit cent mille âmes. Puis , en passant devant l'hôtel des Invalides, où il harangua encore le peuple , le président de la convention se rendit au Champ de Mars où il proclama le recensement des votes des assemblées primaires acceptant la constitution. « Français, dit-il, vos mandataires u ont interrogé dans quatre-vingtrsept départ ea ments votre raison et votre conscience; quatre- « vingt-sept départements ont accepté l'acte m constitutionnel que nous vous avions présenté.
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« Jamais un vœu plus unanime n'a organisé une « république plus grande et plus populaire. il y « a un an notre territoire était occupé par l'en- « nemi s nous avons proclamé la république. « nous fûmes vainqueurs. Maintenant, tandis que « nous constituons la France , l'Europe l'attaque i de toutes parts : jurons de défendre la cousti- « tulion jusqu'à la mort ; la république est éter- « nelle. » La fête se termina par une cérémonie en l'honneur des citoyens morts sur les champs de bataille en combattant les ennemis. Le rédacteur de la constitution de 93 fut le héros et en quelque sorte le pontife de cette fête. On prétend que Robespierre en conçut une jalousie qui devait en conduire l'objet à l'échafaud. Membre du comité de salut public, Hérault de Séchelies participa à toutes les mesures que prit ce terrible gouvernement. Malgré l'élégance de ses formes et la distinction de ses manières, il avait adopté les allures et le ton de cette époque. On raconte qu'un jour Lavater, qu'il avait beaucoup connu en Suisse avant la révolution, lui écrivit pour lui témoigner sa surprise de ce qu'un homme de ses mœurs et de son caractère « consentit à devenir ■ le complice de quelques scélérats grossiers , « ignorants et slupides. » Hérault était au comité de salut public quand on lui remit cette lettre ; il la lut, et la fit passer en souriant à sou plus proche voisin : « Ces gens-là, diUil, ne com- « prennent pas notre situation. » U s'absenta du comité de salut public pour aller installer la terreur et les tribunaux révolutionnaires dans les départements du Mont-Blanc et du Haut-Rhin. Mais déjà les jours du parti dantoniste étaient comptés à leur tour. Le 16 décembre 1793, Hérault fut dénoncé par Bourdon, de l'Oise, comme ex-noble et comme entretenant des liaisons avec les ennemis de la république. 11 fut défendu avec chaleur par Couthon et Bertbollet; il se bâ(a de rentrer à la convention et s'y justifia par ces paroles : « Si avoir été jeté par le hasard de la a naissance dans une caste que Lepellelier et « moi n'avons jamais cessé de combattre et de « mépriser, est un crime qu'il me reste à expier; « si je dois encore à la liberté de nouveaux ncri> « fJces, je prie la convention d'accepter ma dé» « mission de membre du comité de salut public. • L'assemblée ordonna l'impression de son discourt et refusa sa démission. Mais peu de temps après, Robespierre l'enveloppa dans la prétendue conspiration ourdie par Danton, Lacroix, Fabre U'Ëglantine, Camille Desmoulins, etc., ■ poux absorber la révolution française dans un changement de dynastie. » U fut emprisonné au Luxembourg le 19 mars 1794, et on remarqua qu'il y reprit son humeur enjouée et ses manières d'homme du monde. Le 31 mars, St-Just le dénonça, dans son rapport contre Danton et les dantonistes, comme un des instruments les plus actifs de cette conspiration. « Hérault, dit-il, fut « le compUce de Fabre et de l'étranger. U s'était
« placé à Ta tétc des affaires diplomatiques ; il « mit tout en usage pour éventer les projets du
• gourernement : par lui les délibérations les « plus secrètes du comité sur les affaires étran- « gères étaient communiquées aux gouverne- « ments ennemis. Il fit faire plusieurs voyages a
• Dubuisson en Suisse , pour y conspirer sous le « cachet même de la république. Nous nous rap-
• pelons qu'Hérault fut aTec dégoût le témoin
• muet de ceux qui tracèrent le plan de la con-
■ stitution, dont il se fit adroitement le rappor-
■ leur éhonté. « Cest aTec ces calomnies absurdes et hideuses que le parti révolutionnaire se décimait lui-même. Devant le tribunal révolutionnaire, Hérault déploya la même fermeté que Danton. Interrogé sur ses prénoms : * Je m'appelle Marie-
■ Jean, répondit-il, noms peu saillants, même
■ parmi les saints. » Il entendit son jugement sans émotion et montra un sang-froid à toute épreuve. S'approcbanl de Camille Desmoulins, dont la colère éclatait : « Non ami, lui dit-il, mon-
■ trons que nous savons mourir. » 11 conserva ce calme jusqu'au pied de l'échafaud ; on le vit sur la route parler affectueusement à ses collègues , en s'interrompant pour saluer les personnes qu'il reconnaissait. Sur le point de monter les funèbres gradins, il voulut embrasser Danton. Le bourreau s'y opposa. Dans sa prison , il était revenu à ses goûts littéraires et prépara l'édition d'un ouvrage intitulé Théorie de l'ambition. Cet écrit a été publié pour la première fois en 1802, 10-8", par M. i. B. Salgues, qui y a joint quelques notes. En outre on a de lui : 1° Éloge de Suger, abbé de St-Denis, Paris, 1779, in-8°; 2° Visite à Bu/on, 1783, in-8°. Cette production a été réimprimée en l'an 9 (1802), Paris, in-8°, sous le titre de Voyage à Monlbar, avec des notes assez curieuses [toy. Buifom}; nouvelle édition, Paris et Dijon, 1829, in-12. L'éditeur (M. Solvct) y a joint divers écrits du même auteur, dont la plupart avaient été recueillis, depuis sa mort , dans des feuilles périodiques, notamment dans le premier volume du Magasin encyclopédique, 1795. En voici la liste : 1. Réflexions sur la déclamation et sur Thomas (1); 2. Xotes sur la conversation, trouvées dans le portefeuille d'un homme du monde, qui a reçu avec plusieurs hommes célèbres du siècle;
3. Éloge d'Athanase Auger, lu à la séance publique de lu société des NcufSccurs, le 28 mars 1790.
4. Pensées et anecdotes. 3° Détails sur la société d'OUen, Paris, 1790, in-8°; 4° enfin le Rapport sur la constitution de 17t»3 a été publié la même année dans un livre in-24, qui a pour titre : Constitution du peuple français; précédée du rapport de Hérault de Séchelles, et d'idées préliminaires
\\) Dan» »e» Reflexion» aur la déclamation, Hérault d« Sechcllea rapporte qu'il avait pria du leçon» de déclamation de xnademoueUe Clairon, il raconte ainti leur première culreruc : •> Avei-vou» de la voixt me dit-elle la première foi» que je la via. u Vn peu «urprt» do la quertion , et d^alileur» ne mehant trop « que dire, ji rapoadies J'ai» ai comme tout la monde, m woiaaik. - h . bien , il (aul vuu» en faire une. ■
attribuées à Alexandre Tournon , Hècolutionr de Paris, guillotiné le an 2. Z.
HERBART (Jeau-Fr^déric) , l'un des plus célèbres philosophes allemands de notre siècle, naquit à Oldenbourg le 4 mai 1776. Son père, membre du tribunal de cette ville , fut son premier maître. Après avoir passé par les différents établissements d'instruction de sa ville natale, lé jeune Herbart se rendit à léna pour y suivre le» cours de l'université. A l'âge de douze ans les doctrines de Wolf et de Kant lui étaient déjà familières. C'était une excellente préparation poqr suivre avec fruit les leçons de Fichte. Il commença par les goûter beaucoup; mais il n'avait pas encore quitté l'université d'Iéna , que déjà il sentit l'impossibilité de suivre son nouveau maître jusqu'au bout. Depuis lors la différence des opinions entre le maître et le disciple devint encore plus tranchée. En quittant léna , Herbart se rendit à Berne, où une place de précepteur Fattendait, et oû il fie la connaissance du célèbre Pestalozzi. En 1802 il alla à Goettinguc, y donna des leçons particulières de philosophie jusqu'en 1803, époque a laquelle il fut nommé professeur extraordinaire dans cette ville. 11 y enseigna avec assez d'éclat pour qu'en 1808 il obtint une chaire de philosophie à Kœnigsberg, où il fit en outre partie du conseil des écoles en 1829, et devint plus tard membre honoraire du consistoire et du Collegiura scholasticum. Sa réputation croissante le rappela en 1833 à Goettinguc, où il joignit à la qualité de professeur titulaire de philosophie la dignité de conseiller aulique. Il y resta jusqu'à sa mort, arrivée le 14 août 1841. La philosophie de Herbart est une réaction contre l'idéalisme. Elle tient tout à la fois de l'empirisme de Locke ou de Condillac, du monadisme de Leibnitz, du criticisme de Kant, et du dynamisme mathématique de Bardili, sans préjudice d'une forte part d'originalité. Elle n'est point morte avec son auteur; elle compte même des représentants d'un mérite supérieur, tels que MSI. Drobisch, Erxner, Tante, Kupp, Hartenstein, Bobcck, Strumpell, Loss, Griepenkerl , Roer, Pctoecz, etc. Nous essayerons d'en donner une idée. L'idéalisme est en contradiction avec l'instinct rationnel du genre humain , avec nos croyances les plus évidentes. Il y a quelque chose de réel en nous , et hors de nous; nous ne sommes pas simple pensée , pas plus que les choses ne sont simples phénomènes. Mais il est vrai de dire que nous ne connaissons aucune réalité en soi, parce que toute réalité est immuable, et que le muable seul est connu. Les notions qui semblent indiquer des réalités immuables, réalités qui dès lors seraient connues, puisque nous en aurions des idées , n'ont réellement point d'objet réel , d'objet connu. C'est ainsi que la notion de substance n'indique que le contraire de la notion d'accident, à savoir, l'indépendance. Si l'on y ajoute celle de principe, de