‹ Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderneChapitre 40 sur 106 · DER · texte numérisé non relu

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qu'il n'y a de substantiel ou de réel dans les choses que ce qui était regardé comme non substantiel , comme un accident, et que ce qui a passé jusqu'ici pour substantiel n'est en réalité que l'un id '-' , le rapport respectif de toutes les réalités sensibles formant entre elles un système réel, un tout, une chose. Les objets ne sont donc que des assemblages de réalités, de monades, de molécule*, sans aucune réalité substantielle plus profonde, de la même manière que la voie lactée n'est qu'un assemblage d'étoiles indistinctes à l'œil nu. Ces monades au surplus sont réellement reliées entre elles comme elles semblent l'être ; et lorsqu'elles ne paraissent pas l'être, c'est qu'elles ne le sont pas en fait. La notion de réalité, appliquée à une chose, ne dit rien de plus que celle «le simplicité absolue, d'immutabilité et de négation, de quantité ou d'espace et de temps dans la position absolue. Celte position ou affirmation , si elle a une valeur objective, exclut donc toute relativité, toute dépendance et limitation de l'essence. Or, c'est un fait qu'il existe des réalités de cette nature, et plusieurs réunies formant des touts. La cause de celle réunion nous est inconnue et le sera toujours, parce qu'elle est eu dehors de l'expérience, et que la mt:taphysi(j !>j ne peut s'élever au-dessus de ce qui est donné. Tout ce qu'elle peut faire , c'est de concilier U» formes logiques de la pensée avec les formes de la

[ réalité, c'est-à-dire de faire comprendre ces dernières en pénétrant dans leur idée; mais celte idée ne donne pas la cause de la liaison des réalités. On ne peut pas expliquer ce fait par des

' forces qui seraient comme des bras invisibles au moyen desquels les réalités s'accrocheraient entre elles; car outre que ces forces supposeraient à leur tour de nouvelles substances, il est chir, quand on y réfléchit, que le mot force ne signifie en général que l'effet même supposé, conçu comme possible, c'est-à-dire la cause, la puissance. Mais une cause qui n'agit pas est une contradiction : les notions de cause et d'effet sont corrélatives. On comprend bien cependant qu'un groupe de réalités n'est possible qu'à la condition que l'une d'elles devienne centre pour les autres; mais cette réalité centrale n'est pas cause immanente des différents caractères qui se manifestent dans le système entier; il y a autant de causes que de phénomènes divers; seulement, tous ce phénomènes apparaissant ensemble, chacun, eu vertu de sa cause propre, donne lieu au phénomène total et complexe. La réalité centrale y jotu le rôle de substance, et les outres celui d'accident. Celte idée de la réalité substantielle et complexe des choses sert à expliquer comment les objets peuvent changer : c'est que des réalités se désagrègent , ou que d'autres s'agrégenl , ou bien enfin que ces deux phénomènes ont lieu en même temps. Il n'y a de celte manière aucun changement intérieur ou substantiel proprement dit, aucune détermination de soi-même, aucun

r, aucune vie , aucun être vivant ; les monades sont et demeurent immuables; elles ne deviennent pas différentes sous le rapport de la qualité , mais elles sont originellement différentes les unes des autres , et conservent chacune leurs qualités sans changement. Ce qu'on appelle le changement des choses n'est que la conséquence d'un va-et-vient des monades, mouvement dont la cause première est inexplicable. Tout ce que peut faire ici la métaphysique, la science, c'est de dire : si telles et telles monades se combinent de telle ou telle manière, il en résulte tels et tels phénomènes; ou bien, si tels et tels phénomènes sont donnés, telles et telles monades doivent s'être agrégées. Toutefois l'expérience interne ou du moi , que nous considérons comme un être simple, parait démentir cette explication des choses, puisque nos états sont variables. Mais ce n'est là qu'une fausse apparence; il suffit en effet pour expliquer le changement de nos états internes que le rapport de la réalité moi avec la réalité non-moi varie. Et d'un autre côté, pour qu'il en soit ainsi , la multiplicité et la diversité des choses extérieures, le changement «le leurs rapports avec notre âme suffit pour expliquer le changement de nos propres états , malgré la permanence du moi et de ses états absolus, et même à cause de cette permanence. C'est ainsi que le bleu , placé à côté du noir, paraît blanc, et à côté du blanc parait noir. Telle est l'explication la plus générale donnée par llerbart de la nature des choses, de leur réalité ou de leur idéalité, de leur connaissance, de leur apparence, de leur permanence et de leur changement. Cette explication domine la synéchologie , ou la théorie des différents systèmes visibles qui composent le monde. Il démontre parfaitement, dans son système, que l'étendue ne faisant point partie des corps, ni même de la matière, la question de la divisibilité finie ou à l'infini des corps tombe d'elle-même; que le repos et le mouvement ne sont que des idées de rapport , ainsi que l'attraction et la répulsion. I.e monde du dedans se prête à une explication analogue. Seulement, l'âme ne peut avoir d'initiative, et l'activité libre se trouve un peu compromise. La volonté , ou plutôt la volition, s'explique par des représentations prédominantes; ce qui ramène les actes de l'âme à des mouvements expliqués par une sorte de mécanique dont les états de l'âme seraient comme les forces ou puissances. Et cependant il y a une morale; mais au lieu d'avoir pour fondement la notion d'un bien pratique obligatoire, elle se résoudrait plutôt en une esthétique qui aurait pour but fondamental le perfectionnement de nous-mêmes par la pratique d'actes propres à nous donner un plus haut degré de beauté. C'est aussi d'après l'idée d'ordre , d'après la notion de cause finale, qu'il voit briller dans le monde , que notre philosophe affirme l'existence d'un ordonnateur suprême. Hcrbart a beaucoup

écrit, et l'on verra par la liste de ses ouvrages qu'il s'est aussi occupé tout spécialement de l'éducation : 1° Examen et développement scientifique de Vidée de Pestatoui sur un a b e de l "intuition, Gœttingue, 1802, in-8°; 2*édit., augmentée d'un mémoire sur la pédagogie en général , ibid. , 1804. Ce mémoire est sans doute le même que celui qui parut séparément sous ce titre; 2° Pédagogique universelle, Gœttingue, 1806. Cet ouvrage est rapporté par quelques biographes à l'année 1808, avec ce titre plus étendu : Pédagogique universelle, dérivée du but même de Véducation. 3° Courte exposition d'un plan de leçons de philosophie; Gœttingue, 1801, in-8"; 4" D? Platonici systematis fundamento cnmmtnlatio; ibid. , 1805, in-8°; 5° Principaux points de la métaphysique, ibid., 1808 , in-8° ; 6° Introduction à la philosophie, Kœnigsberg, 1813; 2« édit., 1821, in-8»; 7» De ma querelle avec ta philosophie à la mode, Kœnigsberg,

1814, in-8°; %° Théories de attractione elementorum principia metaphysica, sect. 1 et 2, Kœnigsberg,

1815, in-8°; 2« édit. 1821 ; 9° Manuel de psychologie, Kœnigsberg, 1816, in-8°; d'autres placent cet ouvrage sous la date de 1815; 10" Dialogues sur le mal, Gœttingue, 1817, in-8°; il" De la bonne chose, contre il. le professeur Steffens, Leipsick, 1819, in-8°; 12° De la possibilité et de la nécessité d'appliquer les mathématique s à la psychologie, Kœnigsberg, 1822, in-8°, ouvrage auquel se rattachent les deux suivants : 13° De attentionis mensura. cautisque primariis ; et 14° Psychologia* principia statico et meeanico exemplo iltustrata, etc., Kœnigsberg, 1822, in-8°. Ces deux derniers ouvrages sont comme l'introduction au suivant : 15" Psychologie comme science, nouvellement fondée sur Cexpéricnce, la métaphysique et les mathématiques, Kœnigsberg, 1824-1823 , 2 vol. in-8«; 10° Métaphysique universelle, avec des appendices sur la théorie philosophique de la nature, Kœnigsberg, 1828, première partie. A cet ouvrage se rattache un mémoire du docteur Rodiger, ayant pour titre : De la réforme de la philosophie par la métaphysique de Herbart, dans les Controverses théologiques et philosophiques , t. 2, mémoire 2e, p. 3-55; 17° Courte encyclopédie de la philosophie , du point de vue pratique, Kœnigsberg, 1831. On trouve une idée suffisante de la philosophie spéculative de l'auteur dans ce dernier ouvrage, ebap. 15 et 16 de la Théorie élémentaireetdans la Méthodologie; M" £091 7 u«, Gœttingue, 1836 ; 19° Du libre arbitre, ibid., 1836 ; 20° quelques mémoires ou comptes rendus publiés dans divers recueils : ainsi les archives philosophiques de Kœnigsberg renferment du même auteur des dissertations sur la Psychologie et C Histoire de la philosophie, il a fait en outre une préface aux œuvres posthumes de Krause, publiées par M. d'Auerswald , et un mémoire sur Us obstacles à la parfaite intelligence des premiers principes de la philosophie pratique. Kœnigsberg, 1812; M. W. E. de Keiserlingh , un disciple de Herbart, a publié en 1817,

, Kœuigsberg, in-8°, un parallèle eutre le système

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de Iferbart et celui de Fichte. En 1833, M. Harsten- ] stein a lu à l'Académie île Derlin un mémoire sur : la philosophie de Herbarl en général. J. T— t.

HERBELOT (Barthélémy d'), né à Paris le 14 décembre 1623, eut à peine achevé ses éludes qu'il s'adonna à la littérature orientale, et acquit successivement la connaissance de l'arabe, de l'hébreu, des dialectes qui s'y rattachent et du persan. Toussé par le désir de se perfectionner dans les langues orientales, il parcourut l'Italie, vint à Rome, où il mérita l'estime et l'amitié des cardinaux Barberini et Grimaldi , d'Holstenius et d'AUatius; et, à son retour à Paris, il reçut une pension de la munificence du surintendant Fouquet. Après la disgrâce de ce ministre, il obtint la charge de secrétaire interprète du roi pour les langues orientales. Au bout de quelques années, il Bt un second voyage en Italie, et recueillit partout sur son passage les témoignages les plus flatteurs de l'estime que lui portaient les personnages les plus distingués par leur rang ou par leur savoir. Ferdinand II, grand-duc de Toscane, qu'il rencontra a Livourne, lui fit promettre de venir à Florence. Lors de l'arrivée d'Herbelot dans celte ville, un secrétaire d'Etat vint au-devant de lui, et le conduisit dans le palais du prince, où un appartement richement décoré, ! une table servie avec délicatesse, et un carrosse 1 à la livrée du grand-duc lui étaient destinés. Vers , ce même temps, on vendit à Florence une bibliothèque où se trouvaient plusieurs manuscrits en langues orientales : Ferdinand chargea d'Herbelot de l'examiner, de mettre à part les meilleurs articles, et d'en indiquer la valeur. Le choix ayant été fait, le grand -duc acheta les livres indiqués, et en fit présent à d'Herbelot, comme à la personne qui pouvait en faire le meilleur usage. Malgré ce généreux traitement , ce savant orientaliste revint en France, où l'appelaient les vives instances de Colbert. Le roi l'entretint plusieurs fois, le gratifia d'une pension, et, à la mort de Pierre d'Auvergne, le nomma pour remplir la chaire de langue syriaque au collège royal. D'Herbelot mourut à Paris le 8 décembre 1093, succombant à une courte maladie. On lui doit la Bibliothèque orientale, ou Die Uonnaire universel, contenant généralement tout ce qui regarde la connais tance des peuples de l Orient, Paris, 1697, in-fol. D'Herbelot consacra une grande partie de sa vie à rassembler les matériaux de ce grand ouvrage, mais n'eut point la satisfaction de le publier. Ce fut Galland qui le mit en ordre, et en soigna l'impression. La Bibliothèque orientale, considérée dans ses détails, est, pour le 17» siècle, ce que fut, pour le 18% l'Histoire des Huns, avec cette différence que d'Herbelot fraya la route , et fut souvent copié par de Guignes. L'un et l'autre de ces célèbres orientalistes eurent une érudition prodigieuse; et l'on a peine à se persuader que la vie de l'homme le plus laborieux ait suffi pour rassembler les

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richesses contenues dans ce recueil. Que l'on réfléchisse au nombre de chroniques arabes, turques ou persanes dont la Bibliothèque orientale offre les extraits; à l'immense étendue de la Biographie de Hadjy Kbalfa (roy. ce nom) dont elle offre la traduction abrégée ; aux connaissances accessoires nécessaires dans une semblable entreprise , et l'on se formera une idée de l'érudition , de la persévérance, de l'activité de d'Herbelot. A la vérité, on peut lui reprocher le défaut de critique, et l'absence de l'harmonie ou de la concordance qui devrait régner, dans cet ouvrage, entre les diverses parties dont il se compose. Mais la mort surprit l'auteur avant la fin de son travail; et, d'ailleurs, il avait adopté un plan trop vaste pour le perfectionner dans tous ses détails. Cette tâche eût dù être celle de ses derniers éditeurs (1) ; mais ils se sont bornés à l'addition ou bien au développement «le quelques articles, sans corriger aucune erreur de fait ou de date : ainsi la littérature orientale attend encore qu'un homme habile, examinant avec critique tous les articles de cette nibliothèqite, la mette en accord les uns avec les autres, et fasse disparaître les fautes que le temps y a signalées. D'Herbelot avait composé divers autres ouvrages, dont aucun n'a vu le jour, tels qu'une Anthologie, et un Dictionnaire arabe, persan et turc, en 3 volumes in-fol. Pendant sa résidence à Florence, il avait écrit, en italien , un catalogue des manuscrits orientaux de la Bibliothèque palatine. Ce catalogue, qui ne contient que la quatrième partie des manuscrits de celte Bibliothèque, a été traduit en latin et augmenté par Renaudot, et on le trouve dans le tome 3 des Amaitit. litteraria de Schclhorn. J — s.

IIEKBERAY (Nicolas dl), seigneur des Essars, gentilhomme picard, vivait au 16* siècle. Il prend les qualités de commissaire ordinaire de l'artillerie du roi « et lieutenant en icelle, ès pays et gou- « vernement de Picardie, de M. de Brissac, grand « mallre et capitaine général d'icelle artillerie. • Ce sont les seules particularités que l'on connaisse de sa vie. On croit qu'il mourut en 1532. On a de lui : 1° Le premier livre d'Amadis de Gaule, traduit nouvellement d'espagnol en français, 1340, in-fol. Il traduisit les sept livres suivants : ce fut en 1348 que le huitième vit le jour. On doit à Boileau de Bullion la traduction du neuvième {roy. G. Boileau). Les cinq suivants furent traduits par Gohorry {voy. Gonoxnv et G. Albert de Poitiers); Gonorry ne fut qu'éditeur du 15«, dont la traduction est d'Antoine Tjron. Les livres 16* à

(1) L'édition de la Haye, 1777-79-82, en 4 volume* ln^«, cat enrichie de* corrections et additions de Sehultene et de Heuke , et d'un Supplément par le P. Visdelou et «. Qalland. Lt- pièces les plu» remarquables de ce supplément sont une Hitloitt di la yande Tar tarit et la traduction du monument de Si-gan-fou, avec tue paraphrase, etc. \voy. KljtCHEaj. Ce supplément avsjt été imprime In-fol., en 1780, pour faire suite a l'édition <i* MAëstrtcht, 1776, qui n'est guère qu'une réimpression de l'aacienne. On a aussi Uré, lo-Iol., un petit nombre d'exemplaire* des additions de Schultens. L'édition que Dettasut* a donnée en 1782, 6 roi. ln-8-, offre seulement un abrégé à l'usa*- de* gea* du monde qui cherchent le* anecdotes plutôt que l'érudition.

her

41' furent traduits par G. Chapuis (roy. G. Chaacis). C'est là que finit l'ouvrage espagnol. H existe de ces vingt et un livres une réimpression dans le format in-16. Un anonyme a compose' des livres 22, 23 el 2i, imprimés in-8°, et annoncés comme traduits de l'espagnol. Un extrait des vingt et un livres a été fait sous le titre de Trétor de tous les Itères d'Amadis de Gaule, 1582, 2 vol. in-16; 1605, 2 roi. in-16. 2° Le premier livre de li Chronique du tréS'T aillant et redouté dom Florès de Grèce, 1552, in-fol. Il annonce avoir mis cet ouvrage en français, d'après un vieux manuscrit: la mort l'em- J>écha de publier un second livre qu'il avait promis. 3° les sejn Hères de Flavius Josèphe, traduits en français. Niceron ne cite qu'une édition qu'il date dp 1557, in-fol. : ce serait donc un ouvrage posthume. 4° VOrloge des jtrinecs , traduit de l'espagnol (poy. A. de Guevara). Niceron, d'après Lacroix du Maine et Duverdier, parle de trois autres opuscules d'Herberay, qui ne méritent pas d'être mentionnés. A. B — t.

HERBERS, trouvère du 13» siècle. On ne connaît aucun détail de sa vie, « ce n'est «ni'il a composé cm roman en vers, et qu'il l'a dédié à Philippe, fils de Louis l\ roi de France. Encore ignoreraiton son nom, s'il n'avait pris soin de se nommer an début de son poCme :

Un blan» moinne» de bone via De Iiautc-8e!vo l'abaVe, A cette cttotre norcllée , Par biau lutin l'a ordenéo.

Hcrbcrs la vclt en romanz trirc,

El Jel romanz un livre 'ère

El non et en la révérence

Del fil» FheHj-pc au mi de France

Looy, c'om doit tant loer.

L'ouvrage que Herbcrs a pris pour modèle est l'Historia septem sapientum, de dam Jean, moine de Hautc-Selve, dans lequel se trouvent les contes qui, venus en partie de l'Orient, ont passé ensuite dans la littérature de tous les peuples de l'Europe, et ont été souvent remaniés et reproduits avec des changement*. Quoique Herbers n'annonce qu'une traduction, il s'est donné de grandes libertés à l'égard de l'original , et a mis dans sa composition beaucoup de contes pris ailleurs que dans YHittoria septem sapientum. Il a intitulé son ouvrage Dolopathos, d'après le principal héros, qui est censé roi de Sicile. Bien que connu des littérateurs, ce poè*me n'a jamais été publié. M. Leroux de Lcncy en a donné l'analyse suivie d'amples extraits. D'après ce savant : « Les clé- « ments divers dont le poe*me d'Herbers se corner pose ont été mis en œuvre avec beaucoup d'art, « et le trouvère a toujours fait preuve, sinon m d'une haute intelligence, au moins d'une ingé- \ « nuosité très-remarquable. Il raconte bien, et c'est n une grande qualité dans un livre qui se compose « de doute récits différents... Herbers était un « homme qui possédait toutes les sciences de son « époque. Certains auteurs classiques latins lui m étaient familiers, comme le prouvent plusieurs

| « passages de son roman. On peut croire qu'il sa- « vait l'hébreu cl même l'arabe , et le conte de la « Livre de chair, qu'il a imité le premier en Oeci- « dent (et dont Shakspeare a profité dans la « suite pour une de ses tragédies), les connais- « sauces médicales qu'il se plaît à montrer, et les « contes orientaux qu'il aime à reproduire, justi- « fient suffisamment cette conjecture (1). » Les contes du Dolopathos ont dans la suite été imités par d'autres romanciers. Il n'existe à la bibliothèque de Paris qu'un seul manuscrit complet du Dolojxtthos . provenant de la Sorbonne, où il avait le numéro 351. Un autre manuscrit de la même bibliothèque , fonds de du Cange, numéro 27, n'est pas complet. D— c.

HERRERSTEIN (Sigismom) baron de), diplomate et historien allemand, naquit le 13 août 1 486, à Vippach en Carniole. Il étudia d'abord la jurispru-

j dence, embrassa ensuite l'état militaire, et se distingua dans |« guerre contre les Turcs. L'empereur le nomma commandant de toute la cavalerie de la Styrie , le créa chevalier, et lui conféra la dignité de conseiller indique. Herberslein fut honoré de diverses missions: en 1516, on l'envoya en Danemarck pour essayer de détourner Christian Il de sa folle passion pour Dyveke: en 1517 et en 1320, il alla comme ambassadeur en Russie, et plus tard à Constantinople ; enfin il parcourut la plus grande partie de l'Europe. Ses travaux furent récompensés par la dignité de conseiller privé et celle de président de la chambre des finances d'Autriche. Il renonça à la vie publique en 1553, et mourut le 28 mars 1566. On a de lui: Rerum iloscoviticantm commentant quihus Russiee ac metropolis ejus Moseovia descrij>tio, chorographica- talmla , religionis indicatio , modus excipiendl et tractandi oratores , itineraria in Moscoviam duo etalia qua-dam continentur, Bâle, 1556, in-fol., avec des figures en bois et des caries grossièrement dessinées, ibid., 1571; Anvors, 1557, in-8°. Ce livre a été traduit en allemand sous différents titres, Vienne, 1537; ibid., 1618, in-fol. avec figures; Baie, 1563, in-fol. avec fig. ; Francfort, 1379, in-fol. avec fig.; et en italien, Venise, 1558, in-4». Tous les auteurs qui ont écrit sur la Russie

■ conviennent que l'ouvrage d'Herberstein est le meilleur sur les temps anciens de cet État. On reconnaît que ce diplomate était un observateur judicieux, et qu'il ne négligeait rien pour s'instruire, de sorte que l'on peut encore le consulter avec fruit. On trouve des extraits de son livre dans le Foloniœ huloria corpus de J. Pistorius, dans le tome 3 du recueil d'Alexandre Gaguin , intitulé Rerum polonicarum, et dans le tome 3 de Ramusio. 11 est tout entier dans le Rerum moscoviiicarum antores varii , Francfort, 1600, 1 vol. in-fol. Camus a commis une singulière méprise dans la lable de ses Mémoires sur Us grands ei petits voyages, en

(1) A la .ulte de Vtfooi sur In /abUs indienne H sur l-vr introtvctioH en Huropt, par A. Loi*eleur Destongcliamnt , Pa- 1 rie, 1838.

faisant deux personnages de S. Herberstan et de S. Uerberstein. Il a été induit en erreur par la manière dont le nom de cet auteur est écrit dans le recueil de Ramusio. Ce savant bibliographe observe d'ailleurs, avec raison, que l'on ne peut pas dire que les extraits qui se trouvent dans la dixième partie des Petits voyages soient réellement la copie de ce que le baron de Uerberstein avait écrit (1). E — s.

UERBERSTEIN (Charles, comte de), évêque de Laybach en Carniole, naquit en 1722, et fut nommé évéque à la fin de 1772. Le commencement de son épiscopat n'offrit rien de remarquable; et il fut peu question de lui jusqu'à l'avènement de Joseph H au trône. Mais alors il se fit connaître par sa complaisance à seconder les vues de ce prince pour les réforme» ecclésiastiques, soit qu'en cela il obéit à d'anciens préjugés , soit qu'il fût excité par le désir de faire sa cour. Ce qui est certain , c'est qu'il se montra des plus ardents à se prêter à toutes les innovations. Il prit sous sa protection les livres et la doctrine des nouveaux canoniales qui s'appliquaient alors avec tant de zèle à changer l'enseignement en Allemagne. Des plaintes avant été portées contre lui à ce sujet, l'empereur rendit, le 27 novembre 1781 , uu décret qui le louait au contraire de son zèle, et le proposait aux autres évêques comme un modèle. M. de Uerberstein se mit en devoir de mériter de plus en plus ces éloges. Dans une lettre pastorale qu'il adressa, en 1782, au clergé et aux fidèles de son diocèse, il prétendit exposer, d'après la tradition, les droils des princes , ceux des évéques et ceux du pape; car c'était dans cet ordre qu'il les plaçait. La part du pape, dans cette distribution de pouvoirs, est fort mince; mais en revanche, celle du prince est très-étendue. M. de Uerberstein, entre autres, y exalte les décrets de Joseph II sur les matières ecclésiastiques. Non seulement il approuve que ce prince eût supprimé plusieurs ordres religieux ; il fait même le procès à cette profession en général, et il s'étonne qu'on ait prétendu ajouter une nouvelle perfection à celle de l'Evangile , comme si la profession religieuse n'était pas la pratique des conseils évangéliques , et comme si un état qui avait donné à l'Église depuis quinze siècles tant de grands exemples de

(1) Uerberstein avait laissé une histoire de sa vie jusqu'à l'année IMS, <jui n'a été publiée qu'en 1S05 à Bude dans le recueil historique de M. Kovachicb. Il en avait donné lui-même une sorte d'abrégé, mai* allant jusqu'à l'année 1558, qui était sa soixante -douzième, lin lbl8. Fréd. Adelung a publié à Saint- Pétersbourg, en un volume in-b' > plus de MX) pages : SUgmund

pTtyhtr von UerbtrtHin , c'est-à-dire: Sigitmond , baron

d MerOersUin , considéré plus spécialement sous le rapport de ttt voyages en Russie u Adelung, dit M. Vanderbourg, n'a rien « néglige de ce qui pouvait lui rournir des lumières sur la vie et u les ouvrages de son héros. La liste de ses matériaux qu'il nous « communique dan* la préface , et qui comprend tous les ou- « vrages de Hefbcratein et tous ceux de ses contemporains qui « I ont connu, est si nombreuse et renferme des pièces si rare*, «quelle nous donne l'tdt-e la plus avantageuse de la diligente « persévérance de celui qui les a ra*»embiécs. m La bibliographie de» ouvrages de Herbcrstein n'occuj e pas moins à elle seule de 130 pages de l'ouvrage d'Adelung. i Voy. W Journal des Savants, lf>ie, p. 010, numéro du mois de ieptembre.| E. D-a.

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vertus et de sainteté eût dû être peint par un évéque instruisant son peuple des mêmes couleur» sous lesquelles le représentent les protestant* et les incrédules. Aussi le ton de mépris et d'ironie avec lequel le prélat parlait des ordres religim parut-il doublement déplacé dans sa bouche. h lettre pastorale mécontenta donc à la fois et >a collègues, et tous ceux qui s'intéressaient à la religion , et surtout Pie VI, qui le fit sentir i l'évêquc dans son voyage à Vienne, en 1782. Ce fut peut-être une raison de plus pour l'empereur de protéger un prélat qui le servait si bien par ses actions et ses écrits. Ayant résolu de joindre à ses autres changements une nouvelle circonscription des évêches de ses Étals, il imagina de faire de Laybach une métropole, dans l'intention assez claire de récompenser le dévouement de M. de Uerberstein. Le pape ne se refusait pointa la mesure en elle-même, mais il désirait qu'elle fut différée jusqu'à la mort de cet évêque, qui ne méritait pas à ses yeux une telle faveur, nt fl s'en expliqua ainsi dans un bref du 7 janvier 178C à Joseph II , et y spécifia quelques-uns des principaux griefs qu'il avait à reprocher à feréque de Laybach. Celui-ci répondit par un mémoire apologétique, où il cherchait à se disculper M trois points. Ce mémoire fut envoyé à Rome atee une lettre de l'empereur, qui renfermait de nouvelles instances. Il s'ensuivit une négociation a laquelle la mort de l'évéque mit fin. Ce prrl.it était attaqué, depuis quelque temps, d'une hydropisic de poitrine; il s'y joignit une apoplexie qui l'enleva le 7 octobre 1787. La gazette de la cour fit un grand éloge de ses vertus et de son zèle. ÏSous n'attribuons pas à ce prélat un Nootta» Testament en langue vulgaire qu'il publia en 1780, et qu'il se contenta d'adopter pour son diocèse. Cette traduction ne fut pas généraleinfDt approuvée; et l'on reprocha aussi à révêque d'avoir répandu dans ces pays les écrits des appelants français. Il fit les pauvres ses légataire», concurremment avec l'école normale de Laybach. P — C — T.

HERBERT , surnommé de Losinga. ecriraiD du llr siècle, naquit en Normandie, dans un petit village appelé Lxmcs, in pago Oximensi, embrasa la vie monastique dans la célèbre abbaye de Fccamp, dont il devint prieur. De Fécamp, il lot appelé en Angleterre par Guillaume le Houx, q« le fit abbé de Ramsay, en 1087. Quatre ans après, en 1091, il fut placé sur le siège de ïhetford,qiK ses épargnes l'avaient mis en état d'obtenir. Il obtint également la nomination de son frère Robert à l'abbaye de Winchester, pardesmojeas aussi scandaleux que ceux qui lui avaient valu h mitre à lui-même, et qui donnèrent lieu contre lui à une âpre satire en méchants vers laliitf- L'élévation d'Herbert au siège épiscopal ne nous donne pas une favorable idée du caractère île « prélat, bien moins encore le portrait qu'en faisait un contemporain, qui rappelle quesonsurrwo

de Losinga (dont on a l'équivalent dans l'italien iusmga. fourberie, adresse), lui venait de ses basses et serviles flatteries. Un jour, Herbert prit le parti de renoncer à une dignité acquise par de honteux manèges, se rendit à Rome, déposa les insignes de sa dignité aux pieds du pape , qui fut touché de cette démarche et lui rendit son évêcbé. Herbert, de retour en Angleterre, transféra son siège épiscopal de Thetford à Norwich (1094), où il fonda un monastère renommé depuis pour le nombre comme pour la vie édifiante des religieux. Il établit à Thetford des moines de Cluny. Depuis le moment où Herbert changea de sentiments et de conduite, il ne cessa de travailler à laver la souillure de sa première élévation. Le grand nombre de ses bonnes œuvres, son zèle pour le rétablissement de la discipline parmi le clergé, sa paternelle sollicitude à construire des églises et à fonder des monastères, furent une. noble réparation de ses intrigues passées. On varie sur la date précise de sa mort; les auteurs les plus dignes d'être suivis la placent au 22 juillet 1110. Quant aux écrits d'Herbert, votel quels sont ceux que Possevin, Pitsée, Fabricius et les centuriateurs de .Magdebourg lui attribuent : 1° une Lettre à St-Anselme sur Us prêtre* indignes; 2° dixhuit Sermons; 3° un Traité sur la durée du temps; 4° un Traité sur la fin du monde; 5° des Lettres adressées à différentes personnes. En 1840, un Ecossais, M. Robert Anstruther, publia à Bruxelles, au nombre seulement de deux cents exemplaires, un recueil de lettres inédites d'Herbert de Losinga : Epistolte Herberti de Losinga, primi episcopi Norwicentit, Osberti de Clara et Elmeri, prioris Cantuariensis, nune primum e codd. msse édita. 1 vol. in-8u. Sans être d'un grand intérêt, ces lettres sont néanmoins assez curieuses pour le temps. Tantôt il s'agit de littérature, de poésie, tantôt des intérêts de l'église de Norwich ; tantôt ce sont des conseils de spiritualité , et toujours Herbert se montre d'un esprit doux et bienveillant. 11 nomme plusieurs fois Ovide, et parait l'avoir en haute estime; on trouve sous sa plume le nom de Trogue-Pompéc, que nous a fait perdre l'abréviateur Justin. Herbert n'avait pu trouver de Suétone en Angleterre et en demandait une copie à Roger, abbé de Fécamp. On rencontre encore dans sa correspondance le nom de Cicéron, de Térence, de Sénèque, de Boèce. Les livres étaient chers à cet évêque, et il reprochait aux agents de son église le peu de soins qu'ils avaient de leur bibliothèque. Les Lettres d'Herbert présentent quelques témoignages précieux à recueillir pour la doctrine catholique sur la consécration sacramentelle, sur la confession auriculaire, etc. Le style n'est pas dénué de douceur et de grâce. L'éditeur de ces Le tires n'y a pas mis de notes; il s'est borné à une biographie d'Herbert en anglais. On remarque plus d'un endroit où le manuscrit, s'il n'était pas fautif, aura été mal lu , et rien n'avertit le lecteur. C — L — T.

HERBERT (William), comte de Pembroke, né en 1580, à Wilton dans le YViltshire, d'une famille ancienne et illustre, fut également distingué par son caractère aimable et généreux, et par ses talents en plusieurs genres. Il encouragea les lettres et récompensa les savants. Il fut décoré de l'ordre de la Jarretière en 1001, et fut successivement gouverneur de Portsmouth, chancelier de l'université d'Oxford, et intendant de la maison du roi. 11 mourut subitement le 10 avril 1031. Clarendon a fait de lui un portrait très-favorable, et ne lui reproche qu'un goût excessif pour le plaisir. On a de lui des Poésies imprimées en 1060, in-8°. La bibliothèque Boldéienne d'Oxford lui a dù le don de deux cent quarante-deux manuscrits grecs, qu'il avait achetés en Italie. L'est de bai que le collège de Pembroke a pris son nom. L.

HERBERT (George), théologien et poe'te anglais, frère d'Herbert de Cherbury (roy. plus loin), était né comme lui dans le château de Moutgotiimery en 1593. Nommé orateur de l'université de Cambridge, en 1619, il y montra pour le roi Jacques Irr un dévouement et une admiration qui ne restèrent pas sans récompense. A la mort de ce prince et de ses deux autres protecteurs, le duc de Richmond et le marquis d'Hamilton, dont la perte successive lui fermait toute carrière d'avancement à la cour, il entra dans les ordres. Nommé prébendier de l'église de Lincoln en 1626, il devint en 1650 recteur de Bemerton, près de Salisbury, où il publia une espèce de manuel intitulé Le prêtre au temple, ou règle de vie sainte pour un ministre de campagne. On a dit que sa vie était le commentaire des règles qu'il avait posées dans son livre. Après la mort de George Herbert , arrivée en 1633, on publia sous son nom un poème intitulé le Temple, qui obtint le suffrage des amateurs de la poésie sacrée. Les ouvrages de cet auteur ont été depuis imprimés ensemble en un volume in-14; mais, quoique fort admirés de son temps, ils sont peu goûtés aujourd'hui. Le grand Bacon ne livrait guère d'écrits à l'impression sans les avoir soumis au jugement de George Herbert. L.

HERBERT (sir Thomas), voyageur et écrivain anglais, était né à York vers le commencement du 17* siècle. Son parent William Herbert, comte de Pembroke, l'accueillit au sortir de l'université, et, dans le dessein de lui procurer de l'avancement, le plaça auprès de Donner Cotton, que Charles l«r envoyait comme ambassadeur en Perse. On partit de Douvres le 10 avril 1626, et l'on atterrit à Ormus le 9 janvier 1627. Schaii-Abbas se trouvant alors dans le voisinage de la mer Caspienne, il fallut traverser tout le royaume pour l'aller rejoindre. L'ambassade anglaise lui fut présentée le 25 mai à Asharaff. Elle fut d'abord assez bien accueillie; et les arrangements de commerce qu'elle proposa furent écoutés favorablement : mais cette bonne volonté du monarque persan ne tarda pas à s'évanouir; les Anglais

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