‹ Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderneChapitre 45 sur 106 · I1ÉH · texte numérisé non relu

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se trouvaient presque toujours conformes aux meilleures observations (Hodierntt obsercationes probant /ère omnia magni riri dicta ) . cet aveu si précieux dans la bouche d'un savant tel que Boerhaave a été répété par tous les critiques et tous les voyageurs les plus judicieux des derniers siècles , et il est peu de jours où quelque découverte nouvelle ne fasse reconnaître quelque ancienne vérité dans les écrits d'Hérodote. On sentira mieux encore les obligations immenses que nous avons à ses écrits quand on verra réunies dans une courte énumération toutes les connaissances qui s'y trouvent renfermées. C'est à lui, et à lui seul , que nous devons l'histoire de l'origine et des progrès de la monarchie des Perses , de celle des Médes qui avaient précédé ceux-ci dans la domination de la haute Asie et de celle des Assyriens, plus ancienne encore et non moins illustre que les deux autres. L'origine du royaume de Lydie, sa destruction par Cyrus, et les diverses expéditions de ce conquérant fameux; la conquête de l'Egypte par Cambyse, et la description la plus détaillée et la plus exacte qu'on ait jamais faite de ce pays singulier, de ses lois , de ses institutions et de ses arts ; les guerres nombreuses des successeurs de Cyrus, et surtout l'expédition de Darius contre les Scythes, laquelle conduit l'historien à une description moins étendue que celle de l'Egypte , mais aussi instructive et aussi fidèle, de tous les pays du nord de l'Asie et de l'Europe connus de son tenijis; voila, pour ne s'attacher qu'aux principaux traits de ce magnifique exorde, tout ce qui sert de préparation à l'histoire de la guerre des Perses contre les Grecs. Cette guerre elle-même, si féconde en grands événements et en grands caractères , dans le cours de laquelle se déployèrent, avec tant d'énergie et d'éclat, les vices et les talents divers des peuples les plus célèbres de l'ancien monde : voilà tout ce qui entre dans la composition de ce tableau, l'un des plus vastes et des mieux ordonnés que le génie humain ait pu concevoir. Quant au mérite de cet ouvrage, considéré sous le rapport du style el de l'exécution , il ne nous sera pas plus difficile de l'apprécier, puisque nous n'aurons qu'à répéter le jugement depuis longtemps porté par les plus habiles critiques de l'antiquité; deux d'entre eux surtout, Ilermogène et Denys 1 II incarnasse, qui avaient fait une étude approfondie des formes de la diction de cet écrivain , ne peuvent trouver des expressions assez fortes pour peindre toute l'admiration qu'ils avaient conçue pour lui. Longin l'appelle le plus homérique des écrivains grecs : c'était, par un seul mot, en faire le plus magnifique éloge. Dans une Lettre adressée à Pompée, Denys d'Halicarnasse s'est livré longuement au plaisir de comparer entre eux les deux plus grands historiens de la Grèce , Hérodote et Thucydide. L'avantage dans ce parallèle reste évidemment à Hérodote, sous le rapport du sujet, de l'invention et de la conduite ; et dans son Jugement des

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anciens auteurs, le même Denys d'Halicarnasse, qui les compare encore l'un à l'autre sous le rapport des qualités de la narration et du style semble aussi pencher en faveur d'Hérodote , quoiqu'il paraisse également éclairé sur le talent de son rival. Quanta nous, pour qui le charme de cette élocution brillante, harmonieuse et facile n'est pas entièrement perdu ; nous qui, placés à une si grande distance des temps et des lieux décrits par Hérodote, pouvons du moins entrevoir le mérite d'un style plein à la fois de noblesse et de grâces, de simplicité et de force, nous ne pouvons que souscrire à ces éloges. Il s'est cependant rencontré , de loin en loin , quelques hommes, à la vérité plus rccommamlables par le savoir que par le goût, tels que Photius , qui ont cru trouver du désordre dans la narration d'Hérodote, qui lui ont reproché des digressions étrangères à son sujet, et qui même ont été jusqu'à lui refuser toute idée de plan et de méthode dans la disposition et l'ordonnance des diverses parties de son ouvrage. Larcher a cru devoir répondre à ces reproches et c'est en exposant le plan de son auteur que ce savant a cherché à le justifier ; il n'y avait pas , en effet, un meilleur moyen de réfutation. Quiconque , en lisant attentivement l'ouvrage d'Hérodote, ne sera pas frappé de la marche à la fois simple et majestueuse de cet ouvrage, de la proportion exacte et de la distribution judicieuse de toutes les parties, de l'art avec lequel les repos sont ménagés à l'attention du lecteur, et des formes dramatiques employées partout pour la réveiller; cet homme, disons-nous, est incapable de se former à lui-même l'idée d'une composition vaste et régulière. Outre la grande histoire d'Hérodote , il nous est encore parvenu , sous son nom, une Vie d'Homère , que les critiques modernes sont assez généralement convenus de ne point attribuer à cet écrivain , quoiqu'elle paraisse aussi généralement avoir eu cours dans l'antiquité , comme venant de sa main. Les raisons qui ont déterminé les critiques à déclarer cet ouvrage apocryphe sont quelques termes et quelques locutions des bas siècles, qui s'y sont glissés sans doute à une époque postérieure à celle où il fut composé. L'opinion de Larcher est que ces termes vicieux et ces locutions récentes ont pu passer de la marge dansle texte, par l'ignorance ou l'inattention des copistes, et une foule d'exemples du même genre pourraient , s'il en était besoin , justifier celte conjecture. Du reste, Larcher pense, et nous sommes entièrement de cet avis, que cet ouvrage est d'un auteur ancien , et qu'il respire le bon goût de la saine antiquité. Nous ne voyons pas , d'après cela , pourquoi on refuserait encore de le reconnaître comme étant une production de l'auteur dont il porte le nom. Le président Bouhier, qui avait fait une étude approfondie des écrits d'Hérodote , ne fait aucune difficulté de lui attribuer cette Vie. qu'il regarde seulement comme un ouvrage de sa jeunesse, et comme une

d'essai. Nous ajouteront seulement que cette Vie d'Homère, de quelque main qu'elle soit sortie, nous a paru le recueil le plus complet des trailitions les plus anciennes, concernant la vie et les ouvrages de ce poète célèbre. La meilleure édition est celle qu'en a donnée M. Reynolds, Éton, 1754, i vol. in-4", accompagnée de notes. Larcher l'a traduite pour la première fois en français et l'a ajoutée à sa traduction d'Hérodote. Il parait qu'Hérodote avait composé d'autres ouvrages, notamment une Histoire d' Assyrie, qu'il cite deux fois lui-même dans le premier livre de son Histoire grecque (c. 406 et 184), et à laquelle il renvoie pour les détails du 6iége de Ninîve. Le sentiment des critiques modernes , tels que Vossius le père et Fabricius , est que cet autre ouvrage n'a jamais paru et n'a peut-être jamais existé que dans la pensée de l'auteur. Cependant un passage d'Âristote semblerait prouver que ce dernier en avait eu connaissance , puisqu'il en cite un fait qui ne pourrait se trouver que là , et qu'on chercherait vainement ailleurs. On sait si qu'Isaac V ossius avait laissé un recueil malle passages d'Hérodote, cités par divers auteurs, et qui ne se rencontrent nulle part dans l'ouvrage qui nous est resté de lui. Le président Bouhier a recueilli à son tour quelques-uns de ces passages dans des lexicographes ou grammairiens des bas siècles, tels qu'Êtienne de Byzance, Cédrène, Suidas, et l'auteur de la Chronique Pascale. Il penche vers l'opinion que cette histoire avait réellement eu cours dans l'antiquité; d'un autre coté le savant et judicieux Wesseling a fourni de nouvelles raisons à l'appui de l'opinion contraire, et il est, en effet, bien peu vraisemblable qu'un écrit d'un auteur aussi illustre qu'Hérodote et sur un sujet aussi important que l'ancienne histoire d'Assyrie n'ait été mentionné que dans un traité d'Aristote, V Histoire des animaux, et dans les compilations obscures de quelques Grecs du moyen âge. C'est donc là un point de critique sur lequel il est permis de suspendre son jugement. Suidas fait encore mention d'un Abrégé de l'Histoire d'Hérodote , par Tbéopompe de Chios; mais on peut douter, avec Vossius, que ce fût là le célèbre historien Théopompe qui eût écrit cet abrégé, absolument inconnu ailleurs. Tîous ne nous étendrons pas sur les éditions et sur les traductions d'Hérodote. La liste en serait trop longue à donner, puisqu'il n'est peut-être pas d'auteur qui , depuis la renaissance des lettres et le renouvellement des études classiques , ait autant occupé les commentateurs , et fourni d'aussi abondants matériaux à la critique. Tous ceux qui se sont appliqués avec quelque succès à des recherches sur l'antiquité ont dû nécessairement travailler sur les écrits d'Hérodote , comme sur nne base fondamentale, et une pareille nomenclature embrasserait presque celle de tous les critiques et savants modernes, depuis l'an 1474, où parut à Venise l'édition princeps, par les soins et

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avec la traduction latine de Laurent Valla , jusqu'à aujourd'hui. Nous ne pouvons cependant passer soui silence l'excellente édition donnée par Wesseling , Amsterdam, 1763, i vol. in-fol., l'une des meilleures sans contredit, et la seule qui soit demeurée classique de toutes celles qui avaient paru jusqu'alors : peut-être même doit-on la regarder comme le chef-d'œuvre de l'érudition en ce genre et comme un modèle accompli pour toutes les éditions futures des anciens auteurs (1). Quant aux critiques qui se sont attachés avec le plus de soin, d'étendue et de succès , à éclaircir et à commenter Hérodote, il ne serait pas non plus permis d'omettre les noms du président Bouhier et du major Rennell. Le premier, dans ses Recherche» et dissertations sur Hérodote . publiées à Dijon en 1746, 1 vol. in- i-, a eu principalement en vue de composer un système chronologique d'Hérodote, et il est peu des grandes questions historiques traitées dans l'auteur original qu'il n'ait discutées et souvent résolues avec beaucoup de savoir et de sagacité. Le second, que l'Angleterre a surnommé son d'Anmlle, par une quahûcation aussi honorable pour le pays qui l'a fournie que pour celui qui l'a reçue, s'est principalement occupé d* éclaircir tout ce qui a rapport à la géographie ancienne dans les écrits d'Hérodote; son ouvrage, dans lequel la critique a cependant relevé quelques défauts graves , est intitulé Examen et explication du système géographique d'Hérodote, comparé awc les systèmes des autres anciens auteurs et arec lm géographie moderne (2). Un des plus beat»

(1| Parmi le* édition* d'Hérodote donnée* dan* ce» dernier» temps, noua signalerons seulement le* suivantes, qui sont le* plus estimée* : 1- cello de SchwcigiittUscr l v >y. ce nom-, Strasbourg et Paris, 1816. 6 tome* en 12 volume* in-S*, édition accompagnée d'une traduction latine, revue et corrigée dan* toute* se* parties, et digne , par la pureté du texte et par l'élégance de son exécution typographique, de faire «uite A la belle rollecUm grecque de Deux-Pont*. Les quatre premier* tome* contiennent le texte, la version latine et les variantes, et les deux derniers le* note* réunies de tou* le* principaux commentateur* et l'ancien glossaire. 2» Celle de Gaisiord teoy. ce nomi, Oxford eiLcipsick, 1824 et 1840, qui contient une ample collection de variante* et un choix de note* de Wesseling, de Valckenaei et de Schwcighasùser. 3* Celle de B*?hr, terminée i LetpMck en 1836,4 gris volume* in 8*, et dans laquelle a été coin le texte de Csistord. Cette édition venant après celk» o> SchwetghKÛser et da Gaisiord , M. Bsrhr a profite avec bonheur de* travaux de ses devanciers, Son édition est riche, notamment en annotation* historiques, dont un certain nombre est dû aux communications de M. C.-cuzer, ou empruntées A ses Ce**osrai*v tiontt Htrodolem, part. 1", Leîptick, 1819. Une seconde édition de ce travail , considérablement amélioré , vient de panritre. 4« Celle de M. Dindorf , dans la ColUcium de* Clttêvqu*» f r*ef d'Ambroise-Firmin Didut, Paris, 1844, grand in-8*. ■ M. Did- « dorr, suivant un bibliographe, s'est efforcé de donner on teste « ausii coniorme que possible aux manuscrits, et de faire rrsatr h en même temps la confusion et l'instabilité dans le* larme* m dn langage que présentaient les édition* précédent*» Pv ■ l'étude de* ouvrages en dialecte ionien qui nous rrstent , U u a établi un système régulier, dont il a exposé le* principe* et « fourni les preuves dans une introduction placée en tétr de « volume » L'édiUon de M. Dir.dorf est accompagne, d ue version laUne : c'est celle de Scuwcighatûscr avec qui » corrections et amélioration*. B. D - ».

(Si Outre le président Bouhier et le major Rennell , nous citerons, parmi le* critique* moderne» A qui l'on doit des travaux sérieux et estimés sur Hérodote : le baron de Ste-Croix, A U téta de son Ki amen critiqut du kùtorit** d' AUxatuirt, Paris. 1801 |eoy. Saintc-Crouci; Creuser, DU kistorùch* Kuntt der Gn+ehtn, Leipslck, 1803; Dahlmenn, Herodot , ams innées B*ci* ,1834(1

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mente qui aient été élevés à la gloire d'Hérodote , c'est la traduction française qu'en a donnée le savant Larcher, quoique cette traduction soit loin d'être toujours irréprochable. Mais elle est accompagnée de Sotet critique» H philologique!, qui éclaircissent heureusement plusieurs difficultés du texte original ; d'une Table géographique , où toutes les notions de ce genre contenues dans Hérodote sont recueillies et éclaircies, et d'une Chronologie complète d'Hérodote, laquelle est réduite en un système général, discuté dans tous ses détails avec une grande érudition. Il a paru deux éditions de la traduction de Larcher; la première en 1786, chez Nyon , en 7 volumes in-8° ; la seconde en 4802 , 9 volumes, chez Debure et Barrois : cette édition nouvelle contient des rectifications importantes relatives à la chronologie d'Hérodote (1). R. R.

HEROET (Antoine) , l'un des meilleurs poêles français du 16» siècle, était de Paris, d'une famille alliée è celle du chancelier Olivier (toy. ce nom); le surnom de la Haiion-Mewe , sous lequel il est également connu , ne doit pas le faire confondre avec deux autres poètes contemporains, Etienne et Jean de la Maison-Neuve. Heroet, dans sa jeunesse, cultiva la poésie avec assez de succès pour mériter l'amitié de Marot , qui le cite avec éloge dans son épttre contre Sagon (roy. ce nom). Déjà dans son èglogue adressée à François 1er en 1839, Marot l'avait établi juge de contre Melin de Saint-Gelais :

Thony (2) s'en Tint »ur le pré, Nou» accorder, et orna deux ' D'une longueur, de force violette» :

.en fit

Heroet renonça de bonne heure à la poésie, jugeant sans doute que le culte des muses profanes s'accordait mal avec l'état ecclésiastique. Toule-

foTKhnnftn am dtm GtbitU der GtichickM. traduit en anglais, Londres, l»»6, in-12; Heyse , Dmertalio de Htrtdoli vit<t tt itinerxLw , Berlin, 1H20, in-»*; Jsrger, Oitputationtt Iterodvt tt dutt , Qortttngué, 18ÏB; Btadelmann , Programmais lit de Uerodototjuniimt éimlttto, Dessau, liOO-So, in-4"; Hund, dan* la grande Encyclopédie allemande d'Ersch et Grubrr; enfin , nous pourrions rappeler 1rs travaux de Hceren , de Bredow. de Votney, do Niebuhr, de Walckanaer, de Letronnc et d'autre» écrivain» français et étranger» qui »e sont occupe» avec talent et •uccév de la Géographie et de la Chronologie d Hérodote, A ces noms II faut ajouter, bien entendu, les «ayant» hellentktes dont nous avens parla plu» liaut en citant le» éditions d'Hi rodute données par leurs soins, ainsi que Larcher et M. Miot, dont août noua occuperons dans la nota cl-dvssous. E. D— a. (Il La traduction d'Herodute par Larcher a été réimprimée

far Buchou. dan» la collection du Panthéon litteraxrt. Pari», 839, grand in-3-, et en 1840 et 1842, Parla, 2 toI in-12 T«utofola lea critiquée, ot notamment Volney, reprochaient à la traduction de Larcher sa surabondance de notes purement philo-

l, tt une version souvent un peu aéche. Un membre de P Académie de» inscriptions et belles-lettres, Miot \rty. ce nonn, entreprit une nouvelle traduction, qui fut publiée, aicompagiiee d'observations, par M. Latronne, Paris, IH.2, 3 vol. in-8*. Cette traduction, dans laquelle on trouve un plus grand caractère de fidélité, est moins chargée de discussions, quelques points importants cependant y sont éclaircls et traités d'nne manière approfondie. Paul-Louis Courier a cru pouvoir nous fair»aa>.Ur .a naïveté du vieil historien par un essai de traduction dan* le style d'Ainyot ; mais M. Vlllemain , dans une petit, pire, «ne et brillante, a démontré la prolonde cireur de Courier > aVoutaoau wtéiaugu , t. i , p. 343). E. D— ».

12) Diminutif d' Antoine.

folt ce furent ses vers qui lui valurent la de la cour. Pourra d'abord de quelques bénéfices, il fut, en 1552, nommé à l'évêché de Digne. Il assista en 1367 à l'assemblée du clergé dont il souscrivit les actes, et mourut à Paris, au mois de décembre 1568 , soupçonné de pencher vers le calvinisme. Ses vers avaient été recueillis dans un volume intitulé Opuscule» d'amour, par Heroet, La Borderie et autres divers poêles, Lyon, J. de Tournes, 1517, in-8° de 346 pages, rare. Les principales pièces de notre auteur se retrouvent è la suite du Mépris de la cour, traduit de l'espagnol de Guevara (roy. Allègre). Parmi les poésies de Heroet on distingue la Parfaite amie, YAndrogyne de Platon, pièce célébrée par Salom. Macrin dans ses Hendécasyllabes et par Louis Leroy dans son commentaire sur le Banquet de Platon ; Complainte d'une dame nouvellement mariée, etc. D est aussi l'auteur du Blason de l'ait, inséré dans les Blasons anatomiques du corps féminin, Paris, 1550, in-16, petit vol. très-rare. Quelques pièces de Heroet ont été recueillies dans les Annale» poétiques , t. 3, et dans la Bibliothèque choitie des poètet français, t. 2. W — 8.

HEBOLD (Jeam-Basu^), écrivain laborieux et fécond, naquit en 1511 à Hoechstxdt(l), dans la Souabe, et c'est du nom grec de sa patrie qu'il s'est appelé quelquefois Acropolitanu». Après avoir terminé ses études, il se rendit à Baie en 1539, et quelque temps après fut élevé au saint ministère; il fut pourvu d'une cure dans le voisinage de cette ville, et continua de travailler avec tant d'ardeur, qu'il faisait rouler seul les presses de plusieurs imprimeurs. Les magistrats de Baie le récompensèrent des services qu'il avait rendus aux lettres en lui accordant le droit de bourgeoisie; et c'est depuis ce temps qu'il joignit à son nom celui de Basile ou Basilius (2). Hérold vivait encore en 1581 ; mais on ignore la date précise de sa mort. On trouvera la liste de ses ouvrages dans YÊpitome de la bibliothèque de Gesner. Les principaux sont : 1° Phihpseudn, site declamatio pro Eratmo contra dialogum famoswn anonymi cujusdam medici, Bàle, 1541 , in-l°; c'est une réponse au livre qu'Ortcnsio Landi avait publié contre Érasme, sous le nom de Philalelhes (roy. Landi); 2" Û. Eugyppii abbatit, thésaurus ex sancti Augustini operibus edilus, ibid., 1542, deux tomes in-fol.; rare. Hérold a fait précéder cet ouvrage d'une vie d'Eugyppius, et y a joint plusieurs index très-utiles. 3° Patmonia chronologia, à la suite de V Histoire de Hongrie, par Bonûnius, 1543; 4» Orthodoxographa theotogia

\\] Ville sur le Danube, célèbre par la défaite qu'y essuya le maréchal Tallard en ÎTIH. Ce nom signifie en alternai d An»/' viilt; et les livres français le défigurent souvent eu écrivant If- chletl.

i2i Kœnig (fliW. «Wm tt nova), n'ayant paa au cette particularité, a fait deux auteur» de Jean et de Jean-Baaile Hérold. Cette faute a été copiée et même augmentée dans la nouvelle édition de la U,bi. Ai»/ de fra.ee, puisqu'on y UiMingue non-seulement tmn de Jean-UasUe Hérold, mai* encore Jean Ilerold de Jean Ilerolden.

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ac sincerioris fidei doctorts, numéro LXXVI tcctesice col nrru.tr luminaque ctaristima, grtec. lat., ibid., 1553, in-fol. , très-rare; 5° Herreseotogia seu syntagma reterum theologorum tam gracorum quant latinorum, numéro XVIII, qui grastatas in ecelesiœ hareset eon/utarunt, ibid., 155G, in-fol.Ce recueil n'est pas moins rare, ni moins estime' que le précèdent. 6° Pr inceps juventutis site panegyricus Ferdinando archiduci Auslria dicatut , eum hittoriola Turcici belli. anno 1550; l'histoire de la :,nerre contre les Turcs a été réimprimée dans le deuxième volume des Script, rer. Germon, de Schardius; 7° Leges antiqua- Germar.orum , Bâlc>, 1557, in-fol. ; collection très-rare et recherchée des savants, parce qu'elle contient des morceaux omis par Lindcnbrog, dont le recueil est cependant plus complet et plus estimé; 8° De Germauiœ veteris ttrœ lacis anliquissimis ; item de Homanorum in Rhcttia littorali ttationibus, et hinc ortorum ibidem ticorum atque municipiorum hodie superstitum originibut, Bâlc, 1557, in-S", très-rare. On le retrouve dans le premier volume des Script, de Schard. 9" Belli sacri contimtatio . libri sex (de 1185-1521), à la suite de l'Histoire de Guillaume de Tyr, Balc. 15G0, 15G9, in-fol. Hérold a encore publié les Chroniques de Marianus Scotus, celles de Martin Polonus, etc. Un lui doit une bonne édition des œuvres latines de Pétrarque, Baie, 1591, in-fol. (roy. PÉTftlBQOl). Il a traduit en allemand les OEconomiques d'Aristotc et de Xénophon, plusieurs Opuscules de I'lutarque, l'.lndrienne de Térence , la Grammaire et quelques autres ouvrages d'Érasme , le l'rince et Y AH militaire de Machiavel, etc.; et il avait commencé la traduction de YHistoire d's quadrupèdes de Gesner. W-s.

HÉROLD (Loiis-Joseph-Ffudimami), compositeur français, naquit à Paris le 28 janvier 1791. Son père, professeur de piano, le pinça des Page de dix ans dans l'un des meilleurs pensionnats de l'époque. L'enfant y reçut l'éducation qui prépare à toutes les carrières; il y fit de brillantes études, dans lesquelles la musique n'entrait que comme accessoire , mais l'accessoire devint bientôt le principal ; la nature l'avait tellement doué que, par la rapidité de ses progrès, il laissait bien loin derrière lui tous ses condisciples. M. Félis, alors élève du Conservatoire et répétiteur de solfège dans l'institution où se trouvait le jeune Hérold , fut à même de seconder ses dispositions et d'entrevoir son avenir. La mort de son père le laissa libre de s'abandonner à sa vocation. Au mois d'octobre 1806 il entra au Conservatoire comme élève de piano , dans la classe de M. Adam, et au mois de juillet 1810 il remporta le premier prix du concours. I n même temps, il étudiait l'harmonie sous la direction de Catel , et ce fut Méhul qui se chargea de le perfectionner dans la composition musicale. Au mois d'août 1812 il remporta le grand prix décerné par l'Institut , et il partit pour Rome en qualité de pensionnaire

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du gouvernement. Hérold fut du nombre des artistes qui profitèrent le mieux du voyage d'Italie; indépendamment des avantages du climat et du ciel, il eut celui d'y assister aux brillants débuts d'un homme de génie, de Rossini, moins âgé que lui d'une année. A Naples, il éprouva le vif désir d'écrire pour le théâtre, et il fit représenter la Gioventù di Enrico Quinto {la Jeunesse de Henri I ), opéra en 2 actes. Quoique les préjugés italiens fussent encore dans toute leur force , celte partition française obtint l'accueil le plus favorable ; plusieurs reprt;sentations en attestèrent le succès. Vers la fin de 1815, Hérold revint à Paris, et ne tarda pas à s'y produire sous les auspices de Boïeldieu. Dans tous les temps, l'accès du théâtre a été difficile aux jeunes compositeurs , peut-être encore plus qu'aux jeunes poètes; on doit tenir comte à l'auteur du Calife et de la Dam? Blanche. de l'appui qu'il voulut bien prêter à son nouveau confrère, en l'associant à la composition de Charlts d: France, opéra de circonstance, dans lequel la part d'Hérold fut remarquée. Charles de Frr.nce fut joué à l'Opéra-Comiquc en 1810; l'un des auteurs du livret , M. Théaulon , confia au jeune compositeur celui des Rosières, qu'on représenta au même théâtre à la fin de la même année, et dès lors la position d'Hérold fut fixée; il avait fait ses preuves, et son talent n'était plus douteux. Aux Rosières succéda la Clochette . autre opéra en trois actes, dont les paroles étaient encore de M. Théaulon. Quoique le compositeur eût grandi dans l'intervalle d'un ouvrage à l'autre, quoique plusieurs morceaux annonçassent en lui plus de vigueur et d'expression dramatique, quoique l'air charmant : Me voilà ! fut devenu rapidement populaire, la Clochette réussit plutôt par la gaieté des situations, par la pompe du spectacle que par le mérite de la partition. Peudant dix-huit mois, II.toKI se reposa du théâtre, en écrivant plusieurs fantaisies et autres morceaux pour le piano. Soit que les bons poèmes ne lui arrivassent pas encore , soit bizarrerie de goût et caprice, Hérold consentit à mettre en musique le Premier tenu, comédie en trois actes empruntée à l'ancien répertoire du théâtre Louvois. Ensuite il accorda le même honneur à un vieux canevas d'opéra-comique, les Troqueurs, jadis traité par Dauvergne. Il écrivit encore la partition de Y Amour platonique, pièce retirée après la répétition générale, et celle de Y Auteur mort et tirant, comédie spirituelle, mais peu musicale, représentée en 1820. Tous ces travaux, dans lesquels l'empreinte du talent supérieur se retrouvait toujours, n'avaient rien ajouté à la réputation du compositeur. Depuis la Clochette, et même pour beaucoup de gens, depuis les Rosières , Hérold semblait avoir plutôt reculé qu'avancé; il sentait lui-même ce découragement inévitable dans une carrière où , pour marcher avec confiance, on a toujours besoin de s'appuyer sur des succès nouveaux. La place de pianiste-accompagnateur de l'Opéra ita-

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lien étant devenue vacante, Hérold la demanda et l'obtint. Pendant trois années, il se partagea entre 1rs devoirs de cette place et la composition d'une multitude de morceaux pour le piano. Cet instrument le consolait en quelque sorte des dégoûts du théâtre. Enfin il rentra dans la lice (1823), par le Muletier, opéra-comique en un acte, dont la partition étincelante de beautés originales fit la fortune. C'était une réponse victorieuse aux accusations d'épuisement, de stérilité qu'on n'épargnait pas au jeune compositeur. Dans la même année il aborda la scène de l'Académie royale de musique en y faisant jouer Lasthénie, ouvrage gracieux, mais froid. Il donna, au même théâtre, Vendôme en Espagne, ouvrage de circonstance, auquel il travailla en société avec M. Auber. En 1824, il composa pour l'Opéra-Comique le Roi René, autre ouvrage de circonstance, mais qui lui survécut. L'année suivante il essuya une chute complète avec le Lapin blanc, dont la musique ne put sauver les paroles. En 182G , il prit une revanche éclatante avec Marie, opéra en trois actes, où son talent se développa tout à fait, et conquit le caractère d'individualité, dont ses productions les plus heureuses laissaient regretter l'absence. Hérold avait échangé ses fonctions d'accompagnateur au théâtre Italien contre celles de chef de chœurs; en 1827, il fut nommé chef du chanta l'Académie royale de musique, et dans l'espace de deux années il écrivit la partition de plusieurs ballets, Astolphe et Joconde, la Somnambule , Lydie, Cendrillon. Ce fut un temps perdu pour sa gloire. En 1828 il écrivit l'ouverture et les chœurs d'un drame représenté à l'Odéon , sous le titre de Mistolonghi. Trois années s'étaient écoulées depuis la première représentation de Marie , lorsqu'en 1829 Hérold donna Y Illusion, opéra en un acte , digne de son talent et de son nom. A cette époque la décoration de la Légion d'honneur lui fut accordée. Emmelme. opéra en trois actes, ne réussit pas (1830); au contraire le succès de Zampa fut éclatant (1831), et plaça Hérold au premier rang des compositeurs modernes. En suivant les traces de Mozart et de Weber, il s'était élevé plus haut qu'on ne l'en aurait cru capable : il avait fait un de ces chefs-d'œuvre dont le titre s'inscrit à jamais dans les annales de l'art. Hérold concourut avec plusieurs de ses confrères à la Marquise de Rrinvilliers, opéra en trois actes, dont le succès ne retarda que peu de temps la clôture du théâtre Ventadour. Quand l'opéra-comique rouvrit au théâtre de la Bourse, il y apporta le Pré aux Clercs, qui fut pour lui le chant du cygne. Tandis qu'on montait cet ouvrage, il en composa un autre en un acte, la Médecine sans médecin. Depuis longtemps Hérold portait en luimême un principe de mort; il lui tardait de voir représenter l'œuvre qui devait terminer sa carrière d'artiste; faible et soutirant , il suivait avec ardeur les répétitions de son Pré aux Clercs (1).

II) Cet ouvrée a mil le sceau a la réputation d'Hérold. L'ou-

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A peine cet ouvrage eut-H vu le jour, que l'auteur succomba. Il mourut le 18 janvier 1833, aux Ternes, près Paris, d'une maladie de poitrine. Dans ses derniers moments il ébauchait la partition de Ludovic, terminée depuis par M. Halévy. Hérold était non-seulement un grand artiste, mais un homme d'esprit et un homme aimable. Le caractère de ses mélodies se dislingue par une certaine audace élégante et gracieuse; on y trouve plus d'élan, plus de liberté que dans celles de Boïeldicii, qui du reste l'emportaient par la délicatesse ingénieuse et le fini de l'ensemble autant que des détails. Son orchestre brille toujours par l'invention, la nouveauté des formes et la science solide. Hérold était appelé par son talent à composer pour la grande scène lyrique autre chose que de la musique de ballets; Zampa révélait en lui un compositeur digne de se mesurer avec les premiers maîtres d'Italie et d'Allemagne. Une mort prématurée l'empêcha de réaliser l'espoir que tous les amis de l'art avaient conçu ; le ciel ne lui laissa pas le temps de dépenser toute la somme d'inspirations et d'idées qu'il lui avait départie ; ses travaux et sa gloire sont restés incomplets, et pourtant il est peu d'ambitions qui ne se contentassent de son héritage. M — n — s.

HÉRON (dit Y Ancien), mécanicien, élève de Ctésibius, naquit à Alexandrie vers la 1 G Ie olympiade, environ cent vingt ans avant J.-C. H se rendit célèbre par ses grandes connaissances en mécanique et en physique , par l'application qu'il en fit à un grand nombre de machines qu'il exécuta, et par les ouvrages dans lesquels il en donna la description et le calcul. Il avait écrit trois livres sur les différentes puissances mécaniques, qu'il faisait toutes dériver du levier, et dont il indiquait les diverses combinaisons. Pappus et Golius ont rapporté et cité fréquemment un traité de Héron , dans lequel on retrouvait la fameuse machine d'Archimède, qui servait à enlever des poids énormes ; il parait qu'elle avait beaucoup d'analogie avec le cric; au moins étaitelle pareillement composée de roues dentées engrenées dans des pignons. Héron excita surtout l'étonnement de ses contemporains par ses clepsydres à eau , ses automates et ses machines à vent ; ce qu'on en sait prouve que le génie de Héron avait devancé les connaissances qu'on a acquises depuis sur beaucoup de parties de la physique, et que, sans avoir pénétré dans la théorie relative à l'élasticité de l'air, il ne s'était pas mépris en en calculant les résultats. Il excellait aussi dans la géométrie , et il est cité dans cette partie pour beaucoup d'idées ingénieuses. Il nous reste de Héron un traité des machines à vent, intitulé SpiritaUa seu Pneumatica, un fragment

verture est dans un système de modulation Inusité qui produit beaucoup d'effet. Au premier acte, on a remarqué un Joli duo. un air plein de naïveté et une romance délicieuse ; au second acte, U y a surtout un trio éminemment dramatique, et au troisième, un autre trio est aussi heureusement inspiré que celui io ClucJt dans le troisième acte d'JpkiftnU t* A»Ud< F-LS.

"fi HÉR

de ses automates, et un traite intitulé Btlopcceca. imprimé dans les ilatnemntici veteres; Bern. Baldi a donné ee traité en latin avec de» commentaires, à la suite d'une vie de Uéroo, très-longuement détaillée, Augsbourg, 1616, in-4° (roy. IUlw.) L — S — E.

I1F.RON, autre mathématicien, florissait à Alexandrie au commencement du 5* siècle- Un pamage de la Vie de Procliu par Marinus {§ 9) nous api rend qu'il avait eu ce philosophe pour élève; mail le silence que Proclus garde sur son compte, d.u;s ses différents ouvrages, où il ne cite jamais que Héron l'Ancien , prouve que le second Héron n'avait rien produit de remarquable en mathématiques, et que son mérite se bornait, comme le fait entendre Marinus, à en bien enseigner les éléments. On lui attribue un ouvrage élémentaire d' Arithmétique, que cite Eutocius (m Archimed., p. 160, Opp. Archim., Oxford, 1792). n est également auteur d'un traité complet de géodésie, que le même Eutocius cite sous le nom de métriques; traité perdu , mais dont il reste des extraits et des fragments qui suffisent pour donner une idée du plan et de la distribution des matières qu'on y avait comprises. C'est parmi ces fragments que se trouvent ceux qui concernent k Système métrique égyptien , dont une partie a été publiée par le P. Montfaucon , dans ses Analecta graea, et qu'on a, jusqu'à présent, mais à tort, attribué au troisième Héron, proprement appelé Héron le Jeune. — Celui-ci est auteur de deux petits traités, intitulés, l'un De geo-dœsid, et l'autre De machinés belliàs, tous deux publiés en latin par François Baroci (Venise, 1572), d'après un manuscrit de la bibliothèque de S. Salvalorc à Bologne; le texte grec est encore inédit. Du reste, le 1er traité n'a presque aucun rapport avec la géodésie, malgré son titre, et n'offre aucun intérêt, à l'exception du chapitre où Héron parle de la longitude d'Aldébaran, de Régulus et d'Ardu rus, d'où il résulte qu'il florissait vers l'an 633 de J.-C. ; on lui attribue aussi deux fragments relatifs à l'art militaire , imprimés parmi les Maihematiei veteres . et un au tre , publié par Conrad Dasypodius. L — t — e.

HÉROiN (Robert) , écrivain écossais du 18e siècle, montra de bonne heure du goût et de l'aptitude pour tous les genres d'instruction ; le manque de fortune l'obligea, dès l'âge de onie ans, de se livrer à l'éducation de plusieurs de ses condisciples à l'université d'Edimbourg. Le docteur Blair le distingua et l'encouragea. Destiné d'abord à la carrière ecclésiastique , il préféra ensuite se borner à cultiver la littérature et les sciences, soit en faisant des cours publics, coit en composant des ouvrages de différents genres. 11 donna en 1702 des contes arabes, traduits du français, 4 vol. in-12 , et une traduction des Voyages de Nitbuhr en Arabie, en 2 volumes in-8°. Dans l'automne de la même année, il fit un voyage dans les comtés occidentaux de l'Ecosse, et il en publia

ta relation quelques mois après sous le titre d'05sertationt faites pendant un voyage, etc., 1793, 2 vol. in-8°. On y trouve de l'instruction , des vues ingénieuses et philanthropiques sur l'éducation et sur d'autres sujets importants , des peintures vraies de mœurs , et surtout d'excellents principes de morale et d'une religion tolérante; mais on y trouve peu de méthode, et son style simple et naturel est souvent négligé , comme dans tous ses ouvrages; tort qu'il rejetait sur l'impatience des libraires, que la rapidité de son travail aurait cependant dû satisfaire. Ces productions eurent du succès , malgré la défaveur qu'avait jetée sur le nom de l'auteur la publication d'un volume de Lettres sur la littérature, in-8», données en 1786, sous le nom de Robert Héron (par M. Pinkerton), qui s'est plu à défendre avec esprit des paradoxes insoutenables contre les auteurs classiques. On a supposé toutefois que te choix de ce pseudonyme avait été l'effet du hasard. Une seconde édition du Voyage en Ecosse parut en 1799, Perlh , 2 vol. in-8°, avec une carte et des gravures. Héron donna, en 1794 (Perth, in-8°), le premier volume d'une Histoire générale d'Ecosse depuis Us temps Us plus reculés jusqu'en 1748, précédée d'une préface étendue, où le mérite de divers historiens anglais est bien apprécié. Le sixième et dernier volume de cette histoire parut en 1799. Les offres avantageuses d'un libraire déterminèrent Héron à se rendre à Londres en 1799. Il y fut attaché à plusieurs journaux, spécialement pour la partie politique et le rapport des débats parlementaires ; genre de travail où il excellait. II coopéra aussi à divers ouvrages périodiques, littéraires et scientifiques , et continua de donner des écrits originaux et des traductions d'ouvrages importants. La protection d'un des sous-secrétaires d'État lui procura la direction d'un journal, publié en français à Londres, avec un traitement considérable. Héron y ajouta, en 1805, la rédaction du British X'eptum; en 1806 il abandonna ces deux journaux pour ea entreprendre un nouveau, qui ne réussit point Une Lettre à Wilberforce. qu'il publia en 1806, où il se montrait l'apologiste de la traite des nègres, lui attira de sévères critiques. Ces contrariétés, jointes à des embarras pécuniaires, curent un effet funeste sur sa santé, dès longtemps minée par un travail sédentaire de douze à seize heures par jour. Mis en prison pour dettes, il y composa , par un singulier contraste, un petit ouvrage intitulé Douceurs delà rie (The com/orts of life)^ dont la première édition fut enlevée en une semaine, et dont une deuxième n'eut guère moins de succès. Tombé dangereusement malade, il adressa de sa prison , aux directeurs du fonds littéraire, un exposé de sa situation, bien faite pour provoquer la pitié et l'intérêt , et que H. dlsraeli a inséré dans ses CaUtmities of autkors. Cet exposé est daté du 2 février 1807. Héron mourut le 13 avril suivant, dans un hospice de fiévreux.

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Nous citerons encore, parmi ses productions, deux traductions de la chimie de Fmircroy, d'après la deuxième et la troisième édition; et celle de la Philosophie chimique, Londres, 1800, in-8°; des traductions des Lellret de Saiary sur la Grèce; des Lettres de Dumouriez à Pache, et un extrait de l'ouvrage de Zimmerman sur la solitude. Il a écrit en latin et en français. On lui doit aussi une édition des Lettres de Junius, avec des notes et des éclaircissements historiques et critiques, où il attribue ces lettres au célèbre Dunning (depuis lord Ashburton), et soutient assez bien cette opinion. !..

HÉRON (François), l'un des agents les plus actifs et les plus ardents du gouvernement révolutionnaire, naquit à Versailles le 7 avril 1762, fils d'un fourrier des écuries de la Dauphine mère de Louis XVI. Il avait été lui-même l'un des fourriers des écuries du comte d'Artois, puis employé dans la marine. Révoqué de cet emploi, il accourut à Paris dans les premiers temps de la révolution, se montra fort enthousiaste des innovations politiques; et, après avoir pris part aux actions du 10 août et de septembre 1792 , entra en qualité de commis dans les bureaux du comité de sûreté générale. Ce fut surtout dans le département de Seineet-Oise que, par ses dénonciations et des arrestations nombreuses, il servit avec le plus de zèle la cause des jacobins. Dénoncé à la convention par la commune et par des autorités de Versailles, en décembre 1793, Vadier, membre et au nom de ce comité, prit sa défense en disant : « Héron est un « excellent patriote qui nous a été d'un grand se- « cours en beaucoup d'occasions; c'est lui notam- « ment qui a arrêté le banquier Vendenyver et ses m deux fils. » Dans le même mois , Héron incarcéra Lebrun-Tondu, ex-ministre des affaires étrangères. Porteur de pouvoirs, en blanc, du même comité, il parcourut à différentes époques les communes de ce département et jeta dans les prisons ou envoya au tribunal révolutionnaire un si grand nombre de personnes, que la terreur de son nom avait pénétré jusque dans les chaumières. Désigné souvent, même dans des pétitions de sociétés populaires, et dénoncé par Charles Delacroix et Prcssavin , à la tribune , pour des violences, des abus d'autorité et pour avoir confié l'exécution des mandats du comité à des gens tarés, enfin, le 20 mars 1791, accusé par Bourdon de l'Oise d'être le directeur des incarcérations de cultivateurs et d'artisans, pères de famille, victimes de vengeances particulières, il fut décrété d'arrestation. Mais, le même jour , Couthon survint et s'écria que « la république devait à Héron « d'avoir découvert et atteint les plus grands con- « spirateurs , notamment ceux que leur fortune « rendait plus dangereux, comme banquiers et « autres. » Un membre déclara que « néron était « au nombre des patriotes qui avaient soustrait « Marat aux assassins, et qu'il avait mené à l'écha- « faud les négociants, banquiers et autres restes

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« de l'ancien régime. » Motse Bayîe lut une lettre de Crassous, alors en mission dans le département de Seine-et-Oise, par laquelle ce zélé montagnard affirmait que les mesures vigoureuses de Héron lui acquéraient chaque jour de nouveaux droits à la reconnaissance publique. H ajouta : « qu'au « 10 août, Héron , à la tête des Marseillais, avait « fait mordre la poussière à plusieurs satellites du « tyran, et avait reçu cinq blessures. » Enfin, Robespierre prit la parole : « Vous venez, dit-il, « devoir que ce qui avait été allégué contré Héron « est démenti par des témoignages et par des faits « certains. Je me contenterai d'ajouter que les « comités de salut public et de sûreté générale « s'étant informés auprès de l'accusateur public « près le tribunal révolutionnaire s'il y avait quel- « ques renseignements contre lui, ils en ont reçu ■ une réponse négative. Le résultat de ce que je « viens de dire me conduit à vous demander le « rapport du décret qui a été surpris contre Hé- « ron. » Cette apologie eut le plus grand succès, et le décret fut rapporté. Lorsque Vadier eut imaginé de signaler dom Gerle (voy. ce nom) et Catherine Théos, comme les chefs d'une conspiration de visionnaires et de fanatiques qu'il fallait livrer au tribunal révolutionnaire , il chargea Héron et Senar (roy. ce nom) de leur arrestation. Pour mieux répondre à ses vues, ces deux agents se firent admettre au nombre des affiliés, et, un jour de réunion, ils remplirent leur mission avec un éclat et des circonstances que ce dernier a racontées d'une manière emphatique dans ses Mé~ moires. On sait que Robespierre, qui était déjà en désaccord avec Vadier et le comité , sauva dom Gerle et sa prophétesse , en traitant cette conspiration de ridicule (1). Après le 9 thermidor (27 juillet 1794), Bourdon de l'Oise s'élança à la tribune, et, rappelant que le jour où, indigné de la conduite de Héron, il avait obtenu de la convention un décret pour qu'il fût arrêté, Couthon et Robespierre survenus à la fin de la séance avaient fait rapporter ce décret, il en réclama un nouveau qui fut rendu et mis à exécution. Cependant il parait que Héron ne fut pas longtemps en prison. Lors de l'insurrection du 1« prairial an 3 (20 mai 1795), il reparut, et le même Bourdon demanda « qu'enfin on en débar- « rassât le sol de la liberté. - Traduit , avec plusieurs autres, au tribunal criminel d'Fure-et-Loir, Héron refusa d'en reconnaître la compétence; et

|1) Dus une pétlUcm justlncatire présentée p»r dom GarW a

ta convention après le 9 thermidor , et insérée p. 217 du Raj>port de Courtois sur Ut papier» Irouvtt ck'z Rob'tpirne, ce député se plaint Tivcment de Scnar et de Héron. On y voit que l'un des principaux griefa que Vadier lui reprochait était la motion que ce chartreux fit i l'assemblée constituante ( nur omer f I que la religion catholique fut déclarée religion dominante du royaume. En effet, fortement appuyée par Caialc». de \ ineu, de Bonnac, de Lamctta et le cote droit, celte motion a tait être adoptée «i un membre n'eut fait observer qu--, quoiquelle K rtttachit à l'ordre du Jour, elle détail être l"ob;et d une deliberatlnn «péciale. Le renvoi au lendemain lut ordonné , mai» lorsque dom Gerle eut reconnu que tous les membres du r. te Rauclie s'éUient empressés d'accourir à la séance, il i la voir

l'amnistie décrétée dans la dernière séance de la convention (26 octobre 17*.».*») vint bientôt mettre fin à cette procédure, l'eu de temps après, Héron termina son existence devenue obscure. E — k — d.

HÉRON (Don Marcel), deuxième fils de J.-B. néron , trésorier des guerres , d'abord à Tournai , (1678), ensuite à Bruxelles (1680), et de même famille (nous ne disons pas de même branche) que le minéralogiste baron Héron de Villefosse, dont la notice suivra, laissa de bonne heure percer les qualités d'un bouillant et intrépide militaire, et après avoir été capitaine, puis commandant des gardes wallonnes au service d'Espagne, finit par devenir lieutenant général, gouverneur de Tarragone. H eut sans doute acquis un grand renom, si la guerre eût sévi dans les régions occidentales de l'Europe, au 18* siècle, avec la même force que sous Louis XIV. Un fait cependant, plus apte sans doute à fournir un entrefilet au rédacteur en chef d'un journal à court de copie qu'à figurer dans une grande histoire, mais qui ne manque pas d'importance, puisqu'une Majesté s'y trouve mêlée, a sauvé son nom de l'oubli. C'était pendant la guerre de la succession d'Autriche : l'ex-don Carlos, fils de Philippe V, lequel régnait alors sur Naplcs , par suite des arrangements de 1737, sous le nom de Charles IV, était entré en Toscane et guerroyait activement contre les tenants de Marie-Thérèse. H se trouvait dans Velletri, révant conquêtes sans doute , et comme le lièvre du bon la Fontaine , s'écriant à part lui :

.!«• suis donc un foudre de guerre !

Comment ! de* bataillons qui tremblent dcrant moi !

quand un gros de troupes autrichiennes s'empara de celte place par surprise, au moyen d'un incendie. Sa Majesté Napolitaine commençait à se sentir fort empêchée, n'ayant envie ni d'essayer de la civilité autrichienne sous les verrous, ou même comme prisonnière sur parole, ni d'être brûlée vive, comme dans un auto-da-féde Tolède. Heureusement, nous dit Voltaire, le palais de l'ambassadeur de France, marquis de l'Hôpital , lui servit de refuge et le sauva. C'est exact en un sens : le marquis le sauva. . . média tem ent, quaud il fut dans son palais, quand il ne s'agit plus que de le cacher , quand on eut un peu de temps pour combiner les voies et moyens d'évasion. Mais immédiatement?, mais physiquement??, mais à la minute, ou plutôt à la seconde . ? ' bien en prit au monarque d'avoir auprès de sa personne un auxiliaire un peu plus leste de bras , d'œil et de jambes que ledit marquis. Cet auxiliaire, ce fut don Marcel Héron. Au premier aperçu de ce qui se passe, l'alerte commandant des gardes wallonnes charge Sa Majesté sur son épaule, comme il eût chargé tout autre colis de prix, comme il eût chargé une infante, ou même, qui sait?, une reine d'Espagne, sans souci de l'étiquette et du fameux adage : « Ne touchez pas ! ...» il le place sur la croupe de son cheval, qu'il enfourche aussitôt, et, passant au travers des

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rues où crépite la flamme, il le dépose sous le toit hospitalier du plénipotentiaire. Après quoi , sans lui donner le temps même des remerclments, et n'emportant des montagnes que deux riche-, et splcndiilcs pistolets, dont la main royale s'était armée à l'heure du péril , mais qu'on lui remettait en lui recommandant de les garder, tandis que sans doute le diplomate minutait ses dépêches pour son gouvernement et s'arrangeait pour se donner un peu du vernis , du reflet du sauveur, il court se remettre à la tête de son escadron, fait le coup de sabre et le coup de feu , et ne cède que pied à pied terrain à la raxza tedetca, jusqu'à ce qu'il ait sa part des balles et que l'une se loge dans sa cuisse , tandis que l'autre lui casse le bras. 11 n'en mourut pas, et même il eut le bonheur d'en tirer sain son radius et son fémur s.iuf. Des années se passèrent: le Charles IV napolitain était montéen grade , et, laissant sa petite couronne d'Italie à Ferdinand, son second fils , il trônait en Espagne, sous le nom de Charles III; et don Marcel ue songeait que rarement à l'aventure, sauf quand il tenait les deux célèbres pistolets aux armes royales, seuls fruits pour lui de cette nuit accidentée. Il est encore des gens qui parlent de la mémoire des rois. Parfois en olFet ces augustes personnages se souviennent, pas prompteracnt pour l'ordinaire. C'est ainsi qu'un jour, Charles 111 s'éveilla en songeant à Vcllelri. Don Marcel est mandé au palais, il arrive, Charles IH lui demande ses pistolets. L'officier se met, un peu péniblement peut-être, et en usant de son bras cassé, en devoir de les lui remettre. C'était grand jour de fêle : les fenêtres de la royale demeure étaient ouvertes; la foule au dehors, toujours avide tle voir les altesses et les grandesses, plongeait du regard dans les appartements. Au mouvement de don Marcel, son arme à la main, on s'imagine (les imaginations méridionales sont vives), qu'un assassin tente d'égorger « le meilleur des rois. » Un immense cri s'élève, moitié terreur, moitié horreur. Charles IH comprend, et, pour calmer son peuple, presse dans ses bras celui qu'on prend pour un autre Damiens. Alors, hourras! vivat! Peu après, don Marcel recevait son brevet de lieutenant général. Ses pistolets sont encore à l'Escurial. \al. P.

HÉRON DE VILLEFOSSE ( Aktoise-Marie, baron de) , très-savant et très-expert minéralogiste de notre siècle , naquit à Paris le 21 juin 1774 d'une de ces familles de la vieille bourgeoisie parisienne, qui, sans que les d'Hozier y puissent trouver à redire, pourraient tracer un arbre généalogique embrassant de quatre à cinq siècles et s'épanouissant à l'infini en branches, rameaux et ramuscules, scions et rejetons, etc. Nous en épargnerons la nomenclature au lecteur. Mais il doit être remarqué que plusieurs de ces branches portaient des titres, et que l'on distinguait des Héron d'Argeville, des Héron de Courgy, des Héron de la Tuillerie, comme des Héron de

Yillefosse, etc. Le don Marcel dont l'article précède, et que le bon peuple bruxellois commençait à soupçonner d'être un re'gicidc « in petto » , quand Charles III ou IV allait l'embrasser comme son sauveur, était le frère du premier des Néron de Villefosse , qui , riche déjà par héritage , joignait à sa belle fortune la recette générale des finances de Champagne. Antoine-Marie, dont maintenant nous allons tracer la Tie, était d'une autre branche, dont les chefs, au moins depuis 1678 (époque où l'on trouve un des leurs contrôleur général de la cavalerie de France en deçà des monts) , étaient nommés Héron de la Thuillerie. Mais Ant.-Louis Chaumont de la Millière, son parrain, à qui plus tard Louis XVI «levait offrir en vain le contrôle général des finances à la place de Calonne , et qui des droits de sa mère , fille du receveur général de la Champagne, était seigneur de Villefosse sans en porter le litre, voulut que ce nom revécût dans son filleul : il revécut en effet, mais titre stérile et vain , la révolution ayant balayé les anciennes existences avant même qu'Antoine- Marie eût atteint sa majorité. Dix ans même avant la convocation des états généraux, c'est-à-dire lorsqu'il comptait cinq ans à peine, il avait perdu son père, receveur général des consignations au parlement de Paris (1779). Plus tard, ses oncles maternels, auxquelles biens qui devaient lui revenir avaient été substitués, et qui, sous la monarchie, avaient été contrôleurs généraux des maisons du roi et de la reine, périrent sur l'échafaud. Le principe des substitutions avait été aboli. Le naufrage fut donc complet : de la fortune considérable que promettaient des labeurs accumulés et (qu'on nous passe le terme mathématique) la convergence île tant de successions, il ne reslait au jeune Héron, toute liquidation faite, que quarantetrois francs de rente. La nouvelle phase révolutionnaire avait aussi liquidé l'éducation : les collèges n'existaient plus; les écoles centrales, à plus forte raison les lycées, n'existaient pas encore. Les élèves jouissaient de vacances à perpétuité, les studieux comme les paresseux. Le jeune homme était des premiers, et il regretta, en reprenant sa liberté, le collège de Navarre, bien qu'heureux de passer quelque- mois en pleine nature et près de sa tante la marquise de Malherbe, blottie alors au fond de son château de Vaux en Normandie. Quoique nécessairement le régime du jour ne pût dans tous ses détails plaire à des familles spoliées et menacées, Antoine-Marie , incapable du marasme et de la torpeur auxquels tant d'autres se laissèrent aller, prit les armes comme volontaire pour la cause de la patrie; et marchant sous les drapeaux de la république contre l'insurrection de la Vendée, il prit part, sous le général Scheffer, à l'affaire de Pontorson. Son bataillon ayant été licencié, il vint ensuite à Paris , résolu à s'y créer une existence par ses propres moyens. Mais Paris était en proie au comité de salut public et aux échafauds. H

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n'était pas indispensable alors, pour être traduit devant l'expériitif tribunal aux ordres de Fouquier-Tainville, d'avoir conspiré ou même d'avoir mal pensé , mal auguré de la république ; il suffisait d'être suspect ou cousin au dixième degré d'un suspect. Le jeune Héron avait beau s'être battu contre la Vendée, le Villefosse était un « ci-devant »; et certes, il eût été traité comme tel sans l'intervention énergique d'un ami de son parrain, l'ingénieur Cachcn , qui courut bien quelques risques d'abord en réclamant pour l'itiofTensif mineur. Les temps enfin devinrent un peu plus doux. Le jeune homme , qui n'avait pas plus les moyens que le goût de s'endormir dans les délices de Capoue, en admettant que Paris alors fût une Capoue, s'était livré de toutes ses forces à la culture des sciences; et le 2 pluviôse an 2, après avoir dûment subi les examens voulus, il fut admis élève à l'école «les ponts et chaussées, d'où l'année suivante le fit passer à la future école polytechnique (création de la veille et qui portait encore le nom d'école centrale des travaux publics). Là se développa sa vocaliou pour l'application des notions de toute sorte à l'industrie minière ; et après quatre ans de la montagne Ste-Gcneviève, il alla en passer trois autres à l'école des mines. Il s'y fit remarquer de tous, maîtres et camarades, par l'ardeur de son zèle scientifique, par l'étendue des connaissances, par sa facilité de conception , enfin , ce qui vaut mieux , par la supériorité des vues, par le coup d'œil d'ensemble, par la fécondité des expédients et des ressources, il n'en sortit le fi nivôse an 10 que pour être envoyé comme ingénieur ordinaire des mines dans la Moselle. Bientôt deux autres départements , la Meurthe et le Rhin, accrurent à l'inspection. Survint la conquête du Hanovre : le premier consul eut soudain à cœur de faire prendre à l'exploitation des mines du llarz un essor en rapport avec les modernes progrès des sciences et d'apposer là le cachet français. L ue longue liste d'ingénieurs lui fut soumise à cet eff et : « Qui d'entre eux sait le mieux « l'allemand, » demanda Napoléon avec l'habituelle brusquerie. « — C'est M. Héron de Villefosse, » futil répondu. « — Qu'il parle donc, et vile. >» Et peu de jours après, non sans avoir été reçu par le chef de l'Etat et avoir recueilli de sa bouche des instructions vives, nettes et lumineuses, il allait prendre possession de sa nouvelle résidence (Klausthal), comme commissaire du gouvernement : c'était en 1803. 11 donna une impulsion puissante aux travaux, auxquels on pouvait reprocher quelque stagnation. Il était toujours en haleine, il ne négligeait rien pour se tenir au courant du mouvement tant théorique que pratique soit de la minéralogie, soit de la géologie. Au commencement de 1800, il voulut étudier à fond et sur place les mines et usines de la haute Saxe et de la Bohême; il fit à l'école des mines de Freiberg un séjour qui ne dura pas moins de quelques mois. Nommé ensuite ingénieur en chef pendant une courte

apparition qu'il Gt à Paris (8 juin 1806), il reçut l'ordre de se rendre à Varsovie, alors grand quartier général des forces françaises pour examiner la râleur et l'état des mines des pays conquis. Les moindres comme les plus considérables furent de sa part l'objet de visites intelligentes. Partout il prit les mesures les plus aptes non-seulement à maintenir , mais encore à développer les exploitations; et ce n'est pas abonder dans l'optimisme patriotique d'assurer que l'Allemagne , si vantée à juste titre pour son habileté métallurgique, dut, somme toute , beaucoup au passage si court des Français, même pour la spécialité où elle croyait que ses enfants étaient nos maîtres. Indubitablement de Villefosse fut pour beaucoup dans ce résultat; l'empereur (ce n'est plus le premier consul que doit dire maintenant l'historien) le pressentit, et dès 1807 (20 janvier) U l'avait nommé inspecteur général des mines et usines, en lui attribuant pour circonscription tous les pays entre la Vistule et le Uhin. Bientôt suivit la création du royaume de Westphalie : en 1809, l'inspecteur général du sous-sol de Rhin-et-Vistule reçut la mission spéciale d'organiser l'administration royale des mines de tous les lambeaux de territoire dont était formée la monarchie nouvelle; et tel fut son succès dans cette œuvre ardue que le roi Jérôme, après l'avoir comblé des témoignages de son estime reconnaissante, voulut l'attacher exclusivement au service de l'État qu'il gouvernait, en le nommant directeur général des mines du royaume de Westphalie. Mais Héron de Villefosse n'était pas de ceux qui conçoivent qu'on puisse quitter le service de la France , même pour servir un ami de la France : U déclina péremptoirement l'offre du monarque et revint à Paris. H ne tarda pas à recevoir une commission nouvelle, et toujours pou ri* Allemagne. Celte fois il s'agissait d'organiser les mines du grand-duché de Berg. Un an à peu près fut absorbé par ces nouveaux travaux , auxquels d'ailleurs il commençait à mêler la rédaction en volumes aptes à devenir sous peu classiques , de matériaux que tant d'éléments de comparaison ne cessaient de lui fournir. On sait combien les heures de notre ingénieur étaient occupées; et en réalité l'on ne sait ce que l'on doit admirer le plus ou de cette activité que rien ne fatigue, ou de ce talent d'organisateur et d'administrateur que chaque pas rend et plus ferme et plus souple. Tels étaient ces hommes à jamais regrettables, et encore insurpassé» de l'empire ! Leur maître, qui ne connaissait jamais le repos, ne le leur laissait pas non plus longtemps connaître. Héron de Villefosse reçut en 1810 le titre d'inspecteur divisionnaire de France. Mais le titre ne fut pas uue sinécure. « Et il eut à inspecter des mines françaises » ? va-l-on dire, « et uon plus les sempiternelles « mines allemandes » ? Oui et non : oui, puisque à cette époque la France comprenait Amsterdam et Hambourg , comme et Gênes et Florence et

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Turin ; non , puisque sa part était toute la partie septentrionale de l'empire français. Pour varier, il alla en 1813 inspecter les mines et usines de la Carniole et de la Carintbie , françaises ellesmêmes alors, mais qui n'avaient plus un an entier à se voir sous administration française, et il en revint par Hydria , où il prolongea son séjour plusieurs mois comme amateur, et par Salzbourg. Nous le retrouvons en 1814 maître des requêtes et attaché au comité du contentieux du conseil d'État. Mais c'est peut-être en 4815 qu'il apparaît dans tout son éclat et joue un rôle qui le recommande à la reconnaissance et à l'admiration de tous. Les étrangers étaient à Paris. On sait l'acerbité de leurs demandes et de leur ton. Héron de Villefosse fut chargé de seconder le préfet de Paris dans ses relations avec les chefs étrangers. Introduit près de Wellington pour lui porter des représentations au sujet de fourrages et d'autres objets réclamés par les habits-rouges de l'autre côté de la Manche; et reçu par Sa Grâce avec toute l'aménité britannique, pour ne pas dire avec une puérile colère, et presque avec injures, il osa, tout en conservant son OVgrae, remontrer au vainqueur des vainqueurs qu'il n'avait pas si bien Paris en sa main que Paris, un peu foulé, ne s'avisât d'un soulèvement et que les alliés ne pussent y perdre autre chose que des fourrages. Le gentleman, dont la témérité n'avait jamais été le défaut, comprit que celte hypothèse pouvait fort bien ne pas être une plaisanterie et que des vêpres parisiennes trouveraient ses anglicans fort empêchés : il baissa l'oreille et même le ton; en un mot il rabattit pour l'instant du total de l'addition et il n'y revint plus. La plupart du temps au reste l'ex-ingénieur de Westphalie n'avait aucun besoin de recourir à ces grandes figures oratoires dans la discussion. Son administration en Allemagne n'ayant laissé que les meilleurs souvenirs, les souverains et leurs en tours se plaisaient à lui témoigner leur estime particulière. Une délibération spéciale du conseil général de la Seine relate tous ces faits, ainsi que l'envoi d'une botte d'or aux armes de la ville qui lui fut volée par l'unanimité du conseil. La restauration, on le comprend, ne pouvait être boslile à Héron de Villefosse, bien que l'ex-inspecleur de Westphalie et de Prusse ne se posât pas en dépréciateur du grand homme qu'il avait servi , et que dans le procès de La Valette , l'accusé l'eût accepté pour membre du jury. C'est même lui qui fut président du jury en cette triste circonstance. 11 Ût partit en mai 1816 de la commission chargée de réorganiser l'école polytechnique. U ne tint qu'à lui, vers le même temps, d'être préfet diUe-et-Vilaine, le ministre même le lui proposa formeUement : il refusa. En 1824 il se laissa baronniUer; et de 1821) à 1824, c'est-à-dire pendant les quatre dernières années de Louis XVU1 , il remplit nominalement au moins parfois l'office de secrétaire du cabinet

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officiel de la maison du roi. Nous donnerons plus bas la vraie raison de cette faveur Charles X, en compensation de ce titre dont les fonctions cessèrent avec celui qui l'avait crée*, nomma Héron de Villefosse conseiller d'État en service ordinaire. La même année il vit son nom sortir de l'urne électorale de Fourcbambault (Nièvre). On ne saurait dire qu'il se fût agité pour obteuir cet honneur. Car il le déclina quoique encore dans la force de l'âge et ne pliant, malgré ses quarante mille kilomètresde voyages, sous aucune de ses occupations. Mais il se sentait peu de goût, peu de capacité, si l'on veut, pour les luttes et surtout pour les intrigues parlementaires. On ne peut que le louer d'avoir si décisi veinent su se circonscrire. La même sagesse présidait ainsi à tous ses actes. En 1827 encore, comme en 1806, en 1819, en 1823, il rédigeait pour la partie métallurgique le rapport du jury; mais en 1830 il quittait le conseil d'Etat. Il quittait le conseil d'Etat, mais il conservait sa position dans les mines; et en 1831 il avait l'honneur de se présenter à la tète des ingénieurs devant le roi Louis- Philippe, qui en 1832 lui conféra le double titre d'inspecteur général de première classe et de

vice-président du conseil des mines de France

[Jeprésident,c'étail le ministre des travaux publics, car de quoi le ministre n'est-il pas président-né ? En fait c'était Héron de Villefosse]. Malheureusement il ne put jouir que peu de temps de cette belle position , couronnement de la plus honorable carrière. Les voyages l'avaient entamé , les travaux l'usèrent, il sentit que l'instant était venu de dételer. En 1831 il donna sa démission de toutes ses places. Il survécut encore assez longtemps cependant , grâce aux soins de sa famille et à l'hygiène. Sa mort eut lieu en 1832. Nous ne nous étendrons pas sur les qualités privées de Héron de Villefosse , on les pressent par cette simple esquisse de cette vie si paisible, si active. Ajoutons cependant qu'il était d'une bienveillance parfaite et que le mettre à même de rendre service c'était l'obliger. 8a modestie aussi était extrême. En voici un exemple à joindre à ceux que déjà l'on connaît. En 1800, les mineurs du Harz, auxquels il avait fait conserver leurs privilèges, imaginèrent de frapper une médaille pour conserver la mémoire de l'événement. Jusque-là tout était bien ; mais dans leur naïveté ces hommes simples et qui savaient queUe initiative leur avait value la faveur dont ils se félicitaient , entendaient que la face de la médaille représenterait l'ingénieur français ; et ce n'est pas sans peine que Héron de Villefosse vint à bout de faire comprendre i ces braves gens peu hommes d'Etat que, Sa Majesté l'empereur étant la source de toute faveur, c'est l'effigie de l'empereur qu'Us devaient représenter sur leur médaille. 11 triompha, mais jusqu'au bout il y eut des récalcitrants qui , même après que tout eut été consommé , auraient volontiers dit avec le geste de Galilée, s'ils eussent parlé toscan : « par i desto. Héron

de Villefosse était depuis le 10 juin 181G membre libre de l'Académie des sciences. 11 s'était va nommer aussi chevalier de St-Michel (1821), officier de la Légion d'honneur (1823), et commandeur de l'ordre des Guelfes. Déjà l'on a pu conclure de quelques mots par nous jetés en passant que cet infatigable fonctionnaire, voué surtout à la pratique, il avait pourtant trouvé du temps pour rédiger les observations, fruits de son expérience. Voici l'indication très-sommaire de ses travaux : en tète se place son traité en trois volumes, intitulé De la richesse minérale ou Cornidévalions sur les mines, usines et salines des différents Etats, présentées comparativement 1° sous le rapport de 2° Il est inutile, vu les explications

où nous allons entrer, de copier jusqu'au bout ce long titre qui, selon la méthode allemande, donne sur la première page un résumé de la table des matières. Des trois volumes, le premier fut publié dès 1810 à Paris; les deux autres ne l'ont été qu'en 1819. Il n'est pas besoin de dire que la science des mines a fait depuis beaucoup de progrès, et que ce n'est plus à Héron de Villefosse qu'il faudrait s'adresser pour posséder la connaissance complète des faits acquis de nos jours i la science qu'il expose. Son ouvrage cependant reste un de ceux qui sont et le plut fréquemment et le plus uldement consultés. Nonseulement ils ont pour eux un haut degré de va* leur historique comme constatant où les mines en étaient, soit comme science, soit comme art, i un instant de développement déjà remarquable, c'est-à-dire de 1810 à 1819, et comme servant en quelque sorte de point de départ pour des efforts ultérieurs. Mais la multiplicité comme la variété des faits, la lucidité de l'exposition, la sûreté de méthode, la plénitude de l'ensemble, la fermeté* avec laquelle s'enlacent les aperçus de l'ingénieur, de l'administrateur et de l'homme d'État, en font une œuvre qui mérite place à part , lors même que tous ses résultats étant acquis à la pratique soit scientifique, soit administrative et législative, et ayant en quelque sorte passé dans les veines de tous, il deviendra sans nécessité d'y recourir. Nous touchons précisément ici à ce qui caractérise le travail de Héron de Villefosse. Les matières en sont réparties en deux grandes divisions, relatives à ce qu'il nomme, d'une part, la direction économique , de l'autre , la direction technique des sciences. Sous celle-ci se groupent toutes les recherches relatives aux faits naturels, à la reconnaissance des gîtes, à l'exécution des travaux, puits, galeries, passages, au boisage, à l'extraction et au traitement des minerais, au perfectionnement des procédés, etc. A la direction économique affère tout ce qui concerne l'administration , soit par le gouvernement, toit par les individus , tant dans l'intérêt du rendement périodique que dans celui de la conservation; ainsi, par exemple , la détermination et le maintien des droits de tout ceux qui prennent part à l'exploi-

talion, la fixation de l'échelle sur laquelle seront établis les travaux , l'approvisionnement et l'outillage sans lesquels ils ne peuvent marcher, la comptabilité , l'écoulement des produits, etc. Évidemment les deux séries de recherches se complètent , et il n'existe ni bon administrateur sans connaissance des faits techniques, ni capacité technologique de quelque hauteur sans notions administratives ; mais évidemment aussi qui veut réunir ces deux ordres de connaissances doit les étudier séparément d'abord. C'est là ce qu'avait senti l'auteur de la Richesse minérale, et c'est l'idéal qu'on peut sans peine réaliser, son livre aidant. On pourrait prétendre même que de la deuxième division ( celle qui se rapporte à sa direction économique) très-peu de parties ont vieilli. F.Ue se divise en quatre sections , dont deux comprennent le tableau économique et administratif au point de vue minier du royaume de Wcslphalie, qu'il prend comme type et terme de comparaison pour les autns régions à sous-sol digne d'exploitation, tandis que la troisième, se proposant pour objet «le rendre les divers États comparables entre eux sous le rapport de la richesse minérale , présente l'esquisse d'une statistique générale des mines , usines et salines. Arrive comme corollaire définitif et irréfragable, puisqu'il calque évidemment ou les faits déjà connus, ou les rapports de faits, déjà saisis, un exposé de ce que doit i-tre , pour remplir le mieux son but, l'administration politique des usines, exposé qui montre en même temps sous les formes diverses que présente cette administration à qui n'en apercevrait que la superficie, l'identité, la perpétuité des principes sur lesquels elle est assise ! chemin faisant , même il en démontre la légitimité. 11 est à noter que les idées éparses dans toute cette quatrième partie sont devenues la base du décret impérial du 21 octobre 1810, qui n'a cessé depuis ce temps d'être le principe de l'administration des mines. Le traité de la Richesse minérale est depuis longtemps épuisé, et c'est en vain qu'en 1831 le duc d'Orléans en demandait, lui-même au baron de Villefossc luimême, un exemplaire. Lesautresécritsscientifiques de notre ingénieur se trouvent épars dans les Annales des mines et dans d'autres recueils scientifiques. Nous mentionnerons les suivants : 1» Mémoire sur l'état actuel des mines de France, considérées au commencement de l'année 1826 (Annales des mines, 1826); 2° Statistique des mines et usines du département de la Moselle (Journal des mines, 1803); 3° Extrait d'un mémoire inédit sur l'état des mines du pays de Liège et des rapports... sur les catastrophes de Reaujonc [J. des mines. 31 = 1812); 4° Traité sur la préparation des minerais de plomb, contenant les divers procédés employés au Harz pour cet objet (J. des mines, 17 = 180-4). Héron de Villefossc ne manquait pas d'aspirations littéraires. On se rappelle, mais c'est en vain qu'on chercherait aujourd'hui dans le commerce,

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son Essai sur 1 histoire de la révolution française par une collection d'auteurs latins, Paris , an 8. Cet opuscule, caprice d'un homme d'esprit, de savoir et de goût , qui n'eût point eu horreur du baccalauréat ès lettres, quoique savant, et qui n'eût pas imaginé la bifurcation dès la quatrième , a pour épigraphe ce passage de Tacite : « Reperies « qui ob similitudinem morum aliéna maUfacta sibi « ohjectari putent » (Ann. iv, 33). Héron de Villefossc, au moyen de textes pris à Tite-Live, Salluste, Cicéron et Quintilien , ainsi qu'au peintre de Tibère et réunis (sans soudure aucune de sa façon) avec beaucoup d'habileté, en est venu à construire une histoire fidèle de la révolution de 1789. Nous croyons qu'à l'humaniste plus qu'au minéralogiste, fut donné par Louis XVIII le double titre de secrétaire du cabinet et d'officier de sa maison. Du reste, l'auteur ne se tenait pas plus claquemuré dans sa langue morte que dans sa minéralogie et ses mines. Il se traduisit luimême, en français d'abord et en allemand ensuite. 11 lui advint même un jour, mais c'est à notre connaissance la seule fois qu'on puisse ainsi le saisir en flagrant délit de sacrifier aux muses. Il était bien jeune alors, témoin le titre de sa bluelte : Chant polytechnique, chanson de table adressée, en 1798, aux élèves de l'école polytechnique , dont l'admission datait de la fondation de l'établissement, Paris , 1821 , brochure in-8°; mais le millésime de publication prouve assez qu'il contemplait encore en 1821

Avec regret la friponne de musel...

C« ex-péclié» demeurent toujours cher».

N'oublions pas non plus qu'il fit partie de l'équipage du célèbre navire la Bibliothèque classique latine française, capitaine ou amiral Panckoucke, auquel il donna la traduction de deux traités de Sénèquc, la Vie heureuse et le Repos du sage. Val. P.

HÉRONIUS, pofc"te, géographe, ami de Sidonius Appollinaris, qui lui écrivit de Rome deux lettres, la première et la cinquième du premier livre de son recueil , et qui lui adressa , le premier jour de Tan 168, son Panégyrique (TAnthénius, afin qu'il le fit connaître dans les Gaules. 11 est probable qu'Héronius habitait Lugdunum, et il est à regretter qu'il ne nous reste rien de ses poésies si vantées par Sidonius. Voyez YHistoire littéraire de la France , par les Bénédictins de Saint-Maur, t. 2, p. 437. A. P.

HÉROPHILE, célèbre médecin, et le plus grand anatomiste de l'antiquité, naquit à Chalcédoine en Bithynie, selon quelques-uns, et à Cartbage d'après le témoignage de Galien , vers la cent neuvième olympiade, ou trois cent quarante-quatre ans avant Jésus-Christ. Il était de la famille des Asclépiades, et disciple de Praxagoras de Cos. Le nom d'Hérophile s'était altéré dans l'antiquité, parce que des auteurs de nations diverses, en l'écrivant selon la prononciation propre à chaque

idiome, en avaient défiguré l'orthographe. Ainsi les uns l'appelaient Êriphile, les autres HiropyU. plusieurs ErojntU. Les historiens et médecins de l'antiquité s'accordent pour attribuer à Uérophile la gloire d'avoir fondé la science de l'anatomie. Le premier, il bannit les spéculations de l'étude de l'organisation humaine, et la soumit à l'expérience. Tous les témoignages nous apprennent aussi qu'avant Uérophile nul n'avait disséqué des cadavres humains. Celse et Tertullien ajoutent que Ptolémée Lagus, qui lui avait permis de disséquer des morts, lui livra des criminels vivants, sur lesquels il fit diverses expériences anatomiques. Tertullien évalue à six cents le nombre des victimes sur lesquelles Uérophile eut le barbare courage de s'exercer. Aussi disait-il que cet anatomiste fameux avait haï l'homme, bien qu'il eût été avide de le connaître. Plusieurs écrivains modernes ont essayé de justifier Uérophile, ainsi que le médecin Ërasistrate, qui vint après lui, de l'accusation d'avoir eu la férocité d'expérimenter sur l'homme vivant. Uérophile , ainsi qu'Érasistrate , ne sont pas les seuls auxquels l'on reproche d'avoir donné ces affreux exemples de cruauté. Mondini , le premier des modernes qui ait renouvelé l'art de disséquer des cadavres humains, et, après lui, André Vesale et d'autres anatomistes de la même époque, ont aussi été publiquement accusés , par leurs contemporains , d'avoir disséqué des criminels vivants, Quoi qu'il en soit, et quels qu'aient été les moyens employés par Hérophilc , il est certain qu'il enrichit l'anatomie de nombreuses découvertes : il décrivit avec une grande exactitude les organes de l'œil ; il reconnut par la dissection la plupart des membranes de cet organe, et leur donna des noms qui sont restés : tels sont ceux de rétine, d' 'arachnoïde , etc. Uérophile opéra , le premier , la cataracte par l'extraction du cristallin. C'est à lui que les physiologistes durent la connaissance exacte des nerfs du cerveau. Il démontra que ces nerfs président exclusivement à ceux des mouvements de notre corps qui dépendent de notre volonté. Uérophile regardait le cerveau comme l'origine des nerfs ; ce qui prouve qu'il disséquait avec une grande habileté. Cette opinion est admise par les anatomistes modernes , qui , plus qu'Iiérophile , savent que la moelle épinière donne naissance à un ordre spécial de nerfs , qui déterminent les mouvements involontaires du corps humain. Parmi les nombreuses découvertes d'Ilérophile , il convient de faire mention de celle des pulsations artérielles. Ce médecin imagina , sur le pouls , une doctrine fort ingénieuse. Jusque-là, cette partie importante de la physiologie avait été inconnue. On a reproché à Uérophile d'avoir poussé les choses trop loin dans sa théorie sur le pouls, et d'en avoir rendu l'étude impossible pour quiconque n'est pas à la fois musicien et géomètre : car il distingue dans le pouls un rhythuac en quelque sorte al, soumis à des calculs au moyen desquels XU.

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il serait possible de reconnaître une cadence et une mesure relatives à l'âge, au sexe, au tempérament, etc., de chaque individu. Peut-être les anciens, Galien surtout, ont-ils trop légèrement réprouvé la doctrine dont il est question. De nos jours, d'habiles médecins, et particulièrement l'Espagnol Solano, et notre Bordeu, ont été plus loin qu'Iiérophile , en prenant toutefois une direction plus médicale. L'expérience , pour qui sait observer, justifie leur théorie fondée sur des lois invariables. Uérophile est le premier qui ait eu l'idée d'ouvrir des cadavres afin d'étudier la nature et le siège de la maladie à laquelle ils avaient succombé : il convient donc de lui attribuer, d'après le témoignage de Pline, l'invention de l'anatomie pathologique, science longtemps négligée, et dont Morgagni est, en quelque sorte, le restaurateur. Hérophile jouissait , dans l'antiquité , d'une haute réputation : Cicéron , Pline, Plutarque , Celse , parlent de lui avec de grands éloges. Galien lui rend justice sous le rapport de ses travaux anatomiques ; mais il ne lui pardonne point d'avoir adressé quelques reproches à Hippocrate au sujet du peu d'attention que ce grand homme avait donné au pouls : aussi Galien laisset-il apercevoir sa prévention, par l'amertume avec laquelle il critique certaines opinions d'Ilérophile. Ce médecin était de la secte des dogmatiques : le premier d'entre eux, il recommanda l'emploi des médicaments , et en fit un usage peut-être immodéré, qui l'aurait fait taxer d'empirisme, sans l'étendue de son savoir. On lui reproche d'avoir pensé que toutes les affections du corps résultent des humeurs ; cette opinion était celle de sod maître Praxagoras. Uérophile cultiva la botanique, dont il fit d'heureuses applications à l'art de guérir. Quoiqu'il ait conservé la réputation d'excellent médecin et d'habile chirurgien, ce sont ses découvertes anatomiques, ses descriptions exactes de toutes nos parties , auxquelles il imposa des noms précis, qui l'ont immortalisé. Fallope disait encore de lui, dans le 16* siècle , que contredire Uérophile en analomie, c'était contredire l'Évangile. Du temps d'Ilérophile , Diodore de Cronos, médecin sophiste, avait mis à la mode l'usage de tout expliquer par les subtilités de la dialectique. Il prétendait qu'il n'y avait point de mouvement dans la nature. S'étanl disloqué le bras , il eut recours à Uérophile , afin qu'il le lui remit ; celui-ci voulant prouver à son confrère la fausseté de son système , lui répondit en parodiant sa doctrine sophistique : « Ou l'os de votre bras « s'est remué dans le lieu où il était , ou il s'est « remué dans le lieu où il n'était pas : or, suivant « vos principes, il ne peut s'être remué dans l'un « ni dans l'autre lieu ; donc, il n'est point dislo- « qué. » Diodore confus et souffrant pria son confrère de le secourir, non d'après les règles de la logique, mais d'après celles de la médecine expérimentale ; ce qu'U fil avec succès. Hérophile avait beaucoup écrit sur l'anatomie et sur diverses par-

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tics de l'art de guérir ; ses ouvrages avaient été conserves jusqu'au 2' siècle de l'ère chre'lienne : depuis ils ont disparu , à l'exception de quelques fragments curieux , dont quelques uns sont rapportas par S 'xtusEmpiricus. Sl-Épiphane attribue à Ile'rophile un traité sur les plantes considérées comme médicament. Nous savons seulement qu'il avait composé, sur la respiration, une théorie ingénieuse , mais qui se ressentait de l'ignorance où il était de ta circulation du sang. Selon lui, la respiration s'opère par quatre mouvements distincts ; savoir : deux de systole , et deux de diastole. Cette théorie est exposée dans le Pseudo- Plutarque, De physic. philos, décret. , t. 4, c. 22. Hérophile eut un grand nombre de disciples, qui propagèrent ses doctrines et les transmirent à leurs élèves : plusieurs d'entre eux se sont rendus célèbres; tels sont Philinus, S rapion, Apollonius, Glaucias , Iléraclite de Tarcntc , le dernier des Héro/'fiiliens connus, et qui vivait environ un siècle avant l'ère vulgaire. Il est cependant certain que la secte hérophilienne subsistait encore du temps de Galicn. F— a.

HÊKOUVILLE DE CLAYE (Antoine de Ricodart, comte d'), né à Paris vers 1713, suivit la carrière des armes, et fil comme officier , dans divers régiments d'infanterie , les campagnes de Flandre et d'Allemagne , sous le règne de Louis XV. 11 parvint au grade de lieutenant général, et paraissait même destiné au ministère de la guerre. Un mariage inégal l'empêcha, dit-on, d'obtenir cette faveur. Il mourut en 1782. Très-versé dans l'art militaire, il consacrait ses loisirs à la culture des lettres et des sciences. On a de lui : Traité des légions , à t'exempte des anciens Romains , ou Mé' moiret sur l'infanterie, la Haye et Paris, 1757, in-12 , 4e édition. Les trois premières , publiées sans l'aveu de l'auteur, parurent comme un ouvrage posthume du maréchal de Saxe , dans les papiers duquel on avait tronvé une copie du manuscrit communiquée par l'auteur. Le maréchal approuva ce travail, y joignit quelques remarques, Ct lui donna le titre de Traité des légions. On lit dans un opuscule de Diderot, reproduit dans la correspondance de Grimm , sur mademoiselle de la Chaux (roy. ce nom}, que le comte (Tllérouville s'était longtemps occupé d'une Histoire générait des guerres dans tous les siècles et chez toutes les nations, et qu'il avait pour collaborateurs Gardeil et Montucla. On lui doit plusieurs mémoires sur le colza , sur la garance , etc. , et les éditeurs de f Encyclopédie, in- fol. , reçurent de lui quelques bons articles de minéralogie. — Hérouville (rabbé d'), né dans la première moitié du 18* siècle , a publié , sous le voile de l'anonyme : 1» T Imitation de la très-Ste-Vierge , sur le modèle de t Imitation de Jésus-Christ , Paris , 1768 , in-2*. II y en a un grand nombre d'éditions In- 12, In-Î8, in-32, avec figures. 2° Ntutaine à l'honneur du sacré cœur de Jésus, Avignon et Paris, 1770, in-21 ; 3» rB$j*Ù consolateur, Paris, 1775, in-12,

souvent réimprimé; Lectures chrétiennes, ibid-, 1779, in-12. — Héroiville (Jean d') , professeur de seconde au collège de la Marche à Paris, s'est fait connaître dans le commencement du 18' siècle par une bonne traduction , en vers latins , de Y Horloge de sable, poème de Cilles de Caux (roy. ce nom). On a encore de lui quelques autres poésies latines. P — ai.

HERPORT (Albert), voyageur suisse , était né à Berne. 11 raconte que dans sa jeunesse, après avoir appris l'art de peindre, il voulut visiter les pays étrangers, même les plus éloignés, aRn de 1 bien observer les grands tableaux de la nature , et d'étudier les mœurs des peuples. II se mit donc en route pour la Hollande , et la s'engagea comme soldat au service de la compagnie des Indes orientales. Le 29 mai 1659, le navire qui le portait fit voile de la rade de Vlieland à l'entrée du Zuydersée, et le 29 décembre laissa tomber l'ancre à Bitavia. L'année suivante, Ilerport fut embarqué sur une escadre qui portail des troupes au fort de Zelandia, sur la côte de l'Ile Formose. l.u 1GG2 cette place, assiégée par les Chinois, capitula. Herport revint à Java , et fit la guerre dans l'intérieur de cette lie. En 1663, il partit pour la cote de Malabar et eut part à diverses affaires contre les rois voisins de Cochin ; il passa ensuite à Ceylan , revint sur le continent; enfin il revit Batavia en 1666, après avoir ohtenu son congé. 11 quitta cette ville le 6 octobre 1667, et le 18 mai I 1668 débarqua sur l'Ile de Vlieland. On a de loi en allemand : Relation succincte d'un voyage aux Indts orientales, Berne, 1669 , in-12 , lig. Suivant , Tusage du temps, le titre, dont nous ne citons • que les premiers mots, est très-prolixe. Ce livre est dédié aux magistrats de Berne. On y trouve | des particularités intéressantes sur les pays que | l'auteur a parcourus , ct sur les événements dont il a été témoin ; parfois on y rencontre des fables. Herport parle d'hommes à queue qui habitent Formose. H ne dit cependant pas qu'il en ail vu. II atteste dans sa préface qu'il s'est abstenu de rien emprunter d'aucun autre ouvrage. On peut fin croire, carie sien ne contient que deux cenlquar rante-deux pages, et il aurait pu aisément le grossir. II le termine par ces paroles : ■ Les rt- * chesses que j'ai rapportées des Indes sont, indé- « pendamment de la satisfaction de ma curiosité, « une bonne conduite, une bonne réputation et ■ une bonne santé. » Les figures sont assez bien dessinées, et gravées avec netteté. Herport est qualifié, dans le titre de son livre, Bourgeois de Berne et amateur de f art de peinture. E — $.

HERRADE, abbesse du monastère de Hobeobourg ou de Ste-Odile, en Alsace, au 12* siècle. A ce nom d'Herrade, si peu connu du vulgaire des lecteurs, se rattachent pourtant les origines d'une des provinces de France , des descriptions et des récits qui intéressent à la fois la religion , la géographie et l'histoire. Le voyageur qui parcourt la grande roule intérieure de PAlsacj, entre

Schlestailt et Oberehnheim, s'il se dirige de l'ouest au nord de la vallée de Barr, rencontre un groupe de montagnes isolées, singulièrement sauvages et pittoresques. De vieux châteaux, des ruines d'antiques églises, des constructions modernes couronnent les hauteurs, garnissent les flancs et environnent la pente de ces montagnes. Les plateaux de leurs sommets escarpés sont entourés d'un mur antique dont les énormes pierres se confondent souvent avec les rochers sur lesquels elles sont assises. Qui a construit ces fortifications de géants? On a écrit de savantes dissertations pour répondre à cette question sans pouvoir la résoudre ; leur origine se perd dans la nuit des temps. On les appelle le mur païen. Uo de ces plateaux, plus petit que les autres, bordé par des rochers à pic, entouré d'affreux précipices, est couronné par les ruines d'une antique abbaye. Ce sont celles du monastère d'Rohenhourg, fondé au 7* siècle par Eltichon et sa fille Ste-Odile. Selon la vieille légende de cette sainte, Adalrich, Attich ou Eltichon (ce nom est reproduit dans les manuscrits avec ces variantes) (roy. Ad&lric), duc d'Alsace dans la dernière moitié du 7e siècle, séjournait alternativement à Bourg, près Oberehubeim, et dans sa forteresse de Hohenbourg, construite sur le plateau dont nous venons de parler. Eltichon , qui attendait la naissance d'un fils pour premier fruit de son mariage avec Bereswinde, fut tellement irrité de voir naître une ûlle aveugle, qu'il voulut la faire périr. Une fidèle nourrice la transporta au monastère de Baume-Ics-Dames , en Bourgogne. Le baptême qu'on lui administra lui Fit recouvrer la vue. Par la suite Hugues son frère, enhardi par l'amitié fraternelle, osa la faire sortir de son long exil, et la ramena à Hohenbourg. Le féroce Etlichon fut si courroucé de la hardiesse de Hugues, qu'il j le frappa d'un coup mortel. Cependant il en eut uo violent remords, et sa fille, prodige de vertu, de grâce et de beauté, lui inspira la plus vive tendresse. 11 voulut la marier; mais, comme elle avait fait vœu de se consacrer à Dieu, elle s'y refusa. Pour échapper à une seconde persécution, elle passa le Bhin, et fut poursuivie par son père, qui l'atteignit près de Fribourg; mais, quand il voulut la saisir, le rocher sur lequel elie était assise s'entr'ouvrit et In recéla. Une source, qui jaillit au moment de cet événement miraculeux et une chapelle bâtie depuis indiquent l'endroit où U eut lieu. Enfin Eltichon se rendit aux vœux de sa fille : il fonda à Hohenbourg un monastère dont elle fut l'abbcsse, et qui reçut son nom. Le prince des apôtres, escorté des anges, vint luimême lu dédier. Etlichon s'y relira et y mourut. Ste-Odile apprit par une révélation divine qoe •on père expiait dans le purgatoire le meurtre de son tils et les rigueurs dont il s'était rendu coupable envers elle. Ses pleurs et ses prières l'en tirèrent. La chapelle des larmes marque encore l'emplacement du lieu où elle se retirait pour

Implorer la miséricorde de Bien. Vis-à-vis est la chapelle des anges, qui indique l'endroit où les esprits célestes allaient visiter la sainte. Là est aussi son cercueil , sur lequel on voit sa statue à genoux et dans l'attitude de la prière. Une piété mal entendue porta l'empereur Charles IV, en 13S1 , à violpr une première fois ce cercueil ; H enleva le bras droit de la sainte. Par on sentiment tout contraire, les révolutionnaires de 1795 profanèrent une seconde fois ce tombeau et enlevèrent les os de la sainte ; mais ils y furent replacés en 1799 par les soins de l'abbé Bnmpler et de la famille Laquiante, devenue propriétaire de ee domaine. Par suite d'un usage qui dure depuis nombre de siècles, le lendemain du dimanche de la Pentecôte, un concours immense de personnes de tous les rangs , de tous les âges , de tous les cultes, accourent de toute l'Alsace et des provinces adjacentes sur le mont Ste-Odile ; les souvenirs de l'antiquité, la dévotion à la sainte, la singularité des sites amènent régulièrement tons les ans cette multitude : la cour du monastère, l'église , les chapeHes en sont remplies. Les plateaux, les sentiers de la montagne sont parcourus par une foule animée de sentiments divers, mais heureuse de se trouver en ce lien. Cependant les hommes instruits, les curieux archéologues s'arrêtent de préférence dans le corridor du cloître devant des sculptures du 12* siècle , figurant sur la même pierre d'un côté Ft lichen remettant nn livre à Ste-Odile, d'un autre côté St-Léger, et sur le troisième côté , au pied de la Vierge et du Christ , les abbesscs Relindis et Herrade. Cette Herrade est celle que concerne cet article, et le livre qu'Eltiehon remet à Ste-Odile est VHortus delirirrrum . le Jardin dm déliées, ouvrage dont Herrade est l'auteur, et dont on possède encore le mannscrit autographe. Vers le milieu do 12« siècle, Relindis fut faite abbesse du monastère de Ste-Odile, y introduisit la réforme avec la règle de St-Augustin , et donna aux trente-trois vierges du Seigneur, ipii t'édifièrent en l'imitant , le goût de l'étude et de la langue latine qu'elle leur enseigna. Elle composa des vers en cette langue, et le monastère de Ste- Odile s'acquit une grande illustration par la piété et l'érudition des religieuses qui s'y trouvaient. Relindis mourut le 22 août 11G7, et fut remplacée par Herrade, qui, par un zèle égal au sien et des talents supérieurs, s'acquit encore une plus grande célébrité. Elle était de l'illustre maison de Laudsperg (1), qui faisait sa résidence a Niederehnheim. Elle bâtit au pied du mont Ste- Odile le monastère de Trultenhausen , y fonda un hospice et y institua douze chanoines réguliers de l'ordre de St-Augustin (2). Herrade ne

fil M. Morttt H«g«th»rdt écrit Laudiptrg, M. ScUwelgbaeuaer

Landiberg.

|3t Lrs auteur* de I" ftitloirt lillirairt i* Fritnet.i. 13, p. 6SS, •e trompent lor*qu*il» dimnl que eo monMiere lut fondé poux •ervir de lupplément a «lui de Ste-Odile. et parce qiM le* RUy «aient détenue» tre"

négligea rien pour entretenir parmi les religieuses qui lui étaient soumises le goût des lettres et des arts que leur avait communiqué Relindis. C'est dans ce but qu'elle composa son Horttu deliciarum. qu'elle exécuta elle-même avec un grand soin sur parchemin. Cet ouvrage, qui se compose de six cent quarante-huit feuillets , est orne d'un grand nombre de dessins et de figures coloriées destinées à éclaircir le texte et souvent à en tenir lieu. C'est une sorte d'encyclope'die abrégée des connaissances humaines sous le point de vue religieux, écrite en latin (1). Les auteurs qu'elle cite sont en grand nombre, et, si l'on excepte la Bible, St-Augustin, Gennadius de Marseille, ils ont tous écrit entre le 9* et le 12" siècle. Aux récits historiques et aux détails technologiques elle fait succéder des explications allégoriques, des exhortations morales et des vers pleins de douceur, d'onction et de sentiments pieux qu'elle adresse à ses religieuses. Les figures piincipales sont dessinées et groupées avec goût, et paraissent copiées d'après des originaux byzantins, mais les costumes sont du 12« siècle et offrent un grand intérêt historique. Ce qui nous parait trèsremarquable, c'est la manière dont elle a figuré le tableau d'ensemble des connaissances humaines dont elle traite dans son livre. Au-dessus d'une téte à triple face qui est la Trinité sainte, elle a écrit Ethica, Logica, Phytica. c'est-à-dire la morale, la logique, la physique, et ce dernier mot comprend toutes les sciences naturelles, mathématiques et physiques. Au-dessous de la Trinité est le Saint-Esprit , d'où sortent les sept sources qui donnent naissance aux sept arts libéraux, savoir : la rhétorique, la dialectique, la musique, l'arithmétique, la géométrie, l'aslronomie , la poésie ou la magie. Mais les diables, sous la figure d'oiseaux noirs , sont représentés soufflant à l'oreille des magiciens et des poè'tes un art mensonger et impie (isli immundii spiritibus inspirait scribunt artem magicam et poeticam , licet fabulosa commenta). Près de la Trinité sainte, au contraire, et dans un demi-cercle qu'elle a tracé , on voit Socrate et Platon assis devant un livre ouvert. Les divisions principales et les subdivisions des connaissances humaines rappellent, par la manière dont Herrade les a disposées, l'arbre dont se servent nos encyclopédistes modernes pour montrer comment les connaissances générales inscrites sur le tronc se subdivisent ensuite en un nombre inlini de branches et dérivent les unes des autres, avec cette différence cependant qu'Herrade, par son emblème, fait descendre du ciel et émaner de Dieu les notions intellectuelles de l'homme , et que nos modernes philosophes semblent par le leur les faire sortir de la terre et s'élever de bas en haut. Il y a tout un système de métaphysique religieuse dans ces

(1) h* wltanitVHUtoiTt littéraire d* Franc*, l 13, p. 669. eu (ont un recueil de Kuteocee extraite* de la Bible. ^

deux conceptions opposées et atteignant cependant au même but. La veuve de Tancrède, roi de Sicile, vint se réfugier en 1195 dans le couvent d'Hohenbourg. Herrade la consola, lui prodigua ses soins et adoucit ses douleurs. Mais elle-même mourut le 25 juillet de la même année , on ignore à quel âge , l'époque de sa naissance n'étant point connue. M. Christian Moritz Engelhàrdt a publié en allemand un très-bon mémoire sur cette ab- | besse, intitulé llerrad de Landsperg. abbetse de Hohenburg ou de Ste-Odile, en Alsace, dans le XII* siècle, et ton outrage Hortcs DELICIARLM. — Pour ser irà l'histoire des sciences , de la littérature, dis arts, des mœurs, des costumes et des armes du moyen âge, 1818, in-8°, avec un atlas in-fol. de 12 planches. M. Schweighaeuser fils, dans son ouvrage sur les Antiquités du lias-Rhin, 1828, in-fol., pl. 10, 11 , 12 et 13, a donné des j vues et des descriptions des ruines de Trutten- | hausen, du château de Landsperg, delà chapelle de la croix construite par Ste-Odile, de la citapelle de Ste-Odile proprement dite , ainsi que des portions de la montagne Ste-Odile où se trouvent les restes les plus remarquables du mur piicn. Le même auteur a publié une description topograpbique du mont Ste-Odile, accompagné d'une carte exacte et détaillée, in-8°. Ainsi la plume, le pinceau, le compas ont heureusement concouru à illustrer les lieux où Herrade a écrit son Horlms deliciarum, et ont contribué à perpétuer le souvenir de celte savante et vertueuse abbesse, et des services qu'elle a rendus à la religion et aux lettres. W — «.

HERREXSriINEIDER ( Jeas-Locts-Alexasdre) , professeur honoraire de la faculté des sciences de Strasbourg, professeur de philosophie au séminaire protestant, conservateur de la bibliothèque de la ville et chevalier de la Légion d'honneur, mort le 29 janvier 1843 à l'âge de 82 ans et dix mois, était né le 23 mars 1700 à Grehweiler, près de Kreulznach , où son père était alors prédicateur. Plus tard, vers 1777, celui-ci fut appelé à Strasbourg , et c'est alors que le jeune homme commença des études sérieuses à l'université de cette ville. Après avoir soutenu une thèse , il devint maître ès arts et docteur en philosophie en 1782, puis licencié ès lois en 1783. Cependant il n'avait étudié le droit que par devoir et pour complaire à sa famille. Ses goûts particuliers l'auraient porté exclusivement à l'étude des sciences exactes, auxquellesil avait pu seulement consacrer une partie de son temps ; mais un de ses oncles qui professait les mathématiques avec distinction étant mort subitement, Herrenschneider sollicita ardemment et finit par obtenir la permission de faire un cours public, pour continuer l'enseignement que la mort venait d'interrompre. Enfin , on récompensa son zèle et son savoir, désormais bien établis, en lui donnant la chaire d'astronomie. Pour se mettre au niveau de cette position nouvelle, il entreprit de suite un voyage en

France, en Angleterre, en Hollande et en Allemagne, visitant les principaux observatoires, et se mettant en rapport avec les grands astronomes de l'époque, Lalande, Cassini, Bailly, Herschell, etc. Mais la révolution vint bientôt interrompre ses fonctions et briser momentanément la carrière qu'il venait de conquérir. La suppression de l'université de Strasbourg lui laissa le temps de réfléchir à la transformation sociale qui allait | se produire et de s'en applaudir peut-être un peu trop vivement d'abord. Il vit en effet, avec beau- ! coup île chagrin , de quoi était capable le peuple abandonné à lui-même ou mal dirigé, lorsque celui de Strasbourg s'avisa de vouloir imiter la prise de la Bastille, en pillant l'hôtel de ville le 21 juillet 1789. La place était déjà prise d'assaut I et l'on jetait par les fenêtres des liasses de pa- 1 pier appartenant aux archives. Herrenschneider Comprenant le danger qui menaçait la chambre det contrats, où se trouvaient les documents les plus I précieux, appela à son aide quelques officiers de la garnison ; d'autres citoyens , courageux et dévoués comme lui, vinrent le joindre ; se postant résolument devant le bàtii nent m«*nacé , ils parvinrent à préserver ce dépôt important d une déplorable dévastation. Son courage et sa droiture ne se démentant jamais, il mérita d'être enfermé avec son père pendant le règne de la terreur et ne recouvra la liberté qu'à la suite du 9 thermidor. C'est alors qu'il rentra dans la carrière scientifique par sa nomination de membre i du jury d'organisation de l'école centrale, de membre de la commission des poids et mesures i du Bas-Rhin, et, bientôt après, par l'honorable charge d'examinateur des aspirants à l'école polytechnique qu'on venait de fonder. Le séminaire j protestant, organisé par un décret du 20 mai 1803, lui confia les cours de mathématiques et de philosophie ; en même temps il professait la physique et la chimie à l'école centrale, et il était nommé conservateur de la bibliothèque de la ville. Lorsque, plus tard , on créa l'Académie de Strasbourg, il eut en partage la chaire de physique à la faculté des sciences , et il conserva sa position au séminaire et à la bibliothèque jusqu'à la fin de ses jours : il avait demandé et obtenu sa retraite, à la faculté, en 1829. C'est au commencement de ce siècle que Herrenschneider eut l'idée d'entreprendre la belle suite d'observations météorologiques qu'il a continuées et publiées sans ' interruption pendant près de quarante années : i elles forment son véritable titre à la reconnais- ! sance du monde savant. La pression de l'air, son état hygrométrique, sa température, étaient observés quatre fois par jour. Toutes les corrections qu'exige l'emploi des instruments météorologiques étaient faites avec le plus grand soin et la plus scrupuleuse bonne foi. L'aiguille aiman- 1 tée , la direction des vents, la quantité de pluie, j le nombre et l'intensité des orages, la tempéra- i turc à quelques mètres de profondeur, étaient

également observés. Tous cer résultats se trouvaient comparés chaque année avec les résultat' analogues obtenus à Paris, dans une brochure df quinze à vingt pages, terminée par un tableau qui en présentait le résumé. Ce laborieux et trèssavant professeur était d'ailleurs membre zélé et productif «le toutes les sociétés de bienfaisance de Strasbourg. Une de celles qu'il affectionnait le plus avait été fondée sous sa direction en 1823, pour le patronage t'.s j.ures iibérés, et il lui a laissé en mourant un don de mille francs. Sa diction était sans éclat, et pourtant il sut appeler et retenir à ses cours de la faculté des sciences un nombreux auditoire d'étudiants et d'amateurs de tous les rangs. Son élément de succès était sa science profonde, et avec elle un infatigable amour de ses devoirs de professeur. 11 achetait de son argent, il empruntait à ses amis, les machines les plus importantes qui manquaient encore à cette époque à nos facultés de province. Croirait-on, par exemple, que son collègue et doyen, l'abbé Branthome, professeur de chimie, manquant de fonds pour compléter le mobilier de son laboratoire , était réduit à fabriquer lui-même des fourneaux avec des pots r (leurs? Très-économe pour sa personne, de ses divers traitements et de sa modique fortune, Herrenschneider en usait largement pour faire le bien et pour se tenir au courant des sciences qu'il cultivait avec prédilection : la philosophie, les mathématiques, la physique et la chimie. Aussi a-t-il laissé une bibliothèque à peu près complète pour les dernières parties, et comprenant plus de dix mille volumes avec un assez grand nombre de beaux instruments de physique et de mathématiques. Ce précieux héritage a été partagé entre le gymnase et le séminaire prolestant, en totalité, par son gendre, M. l'avocat Frantz. Un de ses collègues au séminaire, le savant Wilra, a publié sur Herrenschneider une intéressante notice biographique, imprimée à Strasbourg en 1843, suivie des discours prononcés sur sa tombe par le doyen de la faculté, M. Sarrus, et par le successeur d'Herrenschneider à la faculté des sciences, auteur de ces quelques lignes : elles sont offertes de bon cœur à la mémoire du savant, du professeur et du citoyen qu'il avait connu et vénéré pendant seize ans. A. F.

IIERRENSCHWAND (Jean-Frédéric), médecin qui eut de la célébrité par ses succès, naquit à Moral, et mourut à Berne en 1796. 11 fit ses études à Strasbourg, à léna, à Halle et à Leyde, où il fut reçu docteur en 1737; il exerça son art à Londres, à Paris et en Allemagne. Le duc de Saxe- Cotha, Frédéric III, le nomma son médecin, et en 176-1 il devint médecin ordinaire du roi de Pologne , Stanislas-Auguste , qui lui conféra des lettres de noblesse. Depuis 1779, il vécut à Berne : sa Médecine domestique. Berne, 1788, i vol. in-4°, est le seul ouvrage qu'il ait publié. Le spécifique contre le tenta (ver solitaire), qu'il reçut d'abord

d'un empirique en Suisse, et qu'il modifia luimême, contribua longtemps a sa réputation. Les principaux ingrédients de ce remède sont la gomme-gutte et ta racine de fougère. D — î.

HERRENSCHWAND , économiste suisse, frère cadet du précèdent, et sur lequel on ne trouve aucune espèce de renseignements dans les biographies françaises, anglaises ou allemandes, quoiqu'il soit loin de mériter cet oubli , naquit à Moral au commencement du 18' siècle (1). Après avoir fait d'assez bonnes études dans son pays, Herrenscbwand se rendit à Londres, où il fit paraître le premier ourrage que nous connaissions de lui, écrit en langue française comme tous ceux qu'il a publiés, sous ce titre : De f économie politique moderne, discourt fondamental sur la population, dédié à Louis XVI, Londres, Î786, réimprimé à Paris en l'an 3 (1795). Dans cet ourrage, postérieur de dix ans au célèbre traité d'Adam Smith sur la nature et les coûtes de la richesse des nations, et publié douze années avant l'Essai sur le jn-ineipe de la population de Malthus, Herrensehwand établit d'abord en principe que l'homme a des besoins naturels qui sont limités, et des besoins artificiels qui n'ont point de bornes. Sa nourriture est naturelle , lorsque tout ce qui sert à soutenir son existence, végétaux et animaux, est l'ouvrage de la nature; artificielle, lorsque tout est Fouvrage de l'homme; ou enfin mixte, quand l'homme laisse à la nature le soin des végétaux , et se charge de celui des animaux. Les besoins de Thomme peuvent donc être distingué» de même en besoins naturels, artificiels ou mixtes, suivant qu'il les satisfait avec l'une ou l'autre de ces espèces de nourriture. La nourriture de l'homme peut encore être divisée en nourriture actuelle, celle qu'il se trouve avoir actuellement en sa possession dans un moment quelconque , et en nourriture possible, celle qu'il peut se procurer au delà de sa nourriture naturelle. Deux conditions sont essentiellement nécessaires pour la multiplication de l'espèce humaine, la procréation et la nourriture : la procréation donne l'existence; la nourriture la maintient, et l'espèce humaine ne peut se multiplier que dans la proportion de sa nourriture , quelque productive que puisse être sa procréation. Cette dernière parait être sans bornes, tandis que la nourriture au contraire a des limites. I /espèce humaine est susceptible de multiplication tant que la procréation n'a pas atteint les limites de la nourriture ; elle est stationnaire lorsqu'elle est arrivée à ces limites , et décroissante si la nourriture est insuffisante. ERc se compose de trois classes : les peuples chasseurs,

(Il M. Quérard a confondu, da&a la Frant* littéraire, Jean- Frédéric Herrensehwand avec te sujet de cet article, et, par «ulte de cette erreur, il a attribué au premier tou» 'es ouvrape» de ion liera. CV»t donc a tort qu'il critique l'article lort exact de J.-F. lk-rrru»rhwand dan» cette Biographie. L'eriaur commua par M. (juerard w trouve au tarai» dam la Bu medwlM, dana la front* lUiéruirt d'£f»cu et dans

qui vivent des productions spontanées de la terre et principalement de la chair des animaux sauvages, qui occupent de grands espaces et paraissent incapaldcs de sortir de la barbarie et d'atteindre une grande population ; les peuples pasteurs , dont les besoins sont en partie naturels et en partie artificiels , qui n'ont pas assez de nourriture pour suffire à l'excédant de leur population , dont ils se débarrassent en envoyant ordinairement des colonies au dehors , et peuvent devenir plus tard des nations civilisées. Les peuples cultivateurs forment la troisième classe; ils vivent des végétaux qu'ils ont eux-mêmes cultivés, du laitage et de la chair des animaux qu'ils ont élevés. Cette dernière classe est la seule qui soit susceptible de produire assez de nourriture pour satisfaire à l'augmentation de sa population. Elle a eu trois systèmes d'agriculture : le premier, que Herrensehwand appelle système d" agriculture absolu, d'après lequel les terres d'une nation se trouvent partagées entre toutes les f unifies, dont chacune cultive pour sa propre subsistance la portion qui lui appartient : c'était celui de l'ancienne Rome; le second, auquel il donne le nom fit système d'agriculture relatire fondé sur un système d'eselaeage, où les terres d'une nation ne se trouvent appropriées qu'à une partie de ses familles , tandis que le reste de la nation , réduit en esclavage, est forcé de les cultiver pour sa propre subsistance et pour celle de ses maîtres, comme à Lacédémone; et enfin le système d" agri culture relative fondé >ur un système de manufacture. celui des nations modernes de l'Europe, de la plupart du moins. Nous ne nous arrêterons pas avec l'auteur aux deux premiers systèmes d'agriculture, dans lesquels les nations ont dù être forcées, tant qu'elles les ont suivis, de vivre dans un état d'extrême simplicité, pour nous occuper du troisième , que l'auteur appelle le plus téméraire que l'espèce humaine ait pu imaginer, parce que la moitié d'une nation est laissée dans une situation entièrement précaire pour son existence, sans subsistance appropriée, sans certitude de se la procurer par son travail , nourrie un jour et périssant de misère le lendemain , à moins qu'elle ne soit «lirigée par un homme d'Etat de la pins haute habileté. C'est cependant sous ce système hérissé de difficultés que l'Europe vît depuis beaucoup de siècles. Dans les principes de l'économie politique moderne , une nation doit être envisagée comme composée seulement de trois classes d'hommes , de cultivateurs , de manufacturiers et de consommateurs, car les commerçants ne peuvent former une classe distincte, puisqu'ils ne font que représenter tour à tour chacune des autres en leur servant d'intermédiaires. Sons le système d'agriculture relative, fondé sur un système de manufactures, le chef d'une nation doit s'attacher à assurer le bien-être de la classe des manufacturiers. Mais il faut pour cela encourager les agriculteurs les laisser libres de

leurs opérations dans leurs propres principes, ne point mettre d'entraves à l'exportation de leurs produits, et ne pas imiter Colbert qui, dans le but mal conçu de favoriser les manufactures , ferma non-seulement les portes du royaume, mais celle* même des provinces, à la vente du superflu de l'agriculture:. Si les manufacturiers souffrent ou périssent de misère, il faut le reconnaître hautement , le seul coupable est l'homme d'Étut qui dirige une nation. Si les rapports entre Les manufacturiers et les agriculteurs sont assez simples, ceux qui existent entre les manufacturiers et les consommateurs, que Uerrenscbwand distingue en consommateurs nationaux et en consommateurs étrangers, sont on ne peut plus complexes. Ces derniers, avec lesquels se fait tout le commerce extérieur, qu'on doit considérer comme toujours incertain , sont des consommateurs précaires que plusieurs causes attirent ou repoussent, qu'aucun traite de commerce, quelque bien cimenté qu'il soit, ne peut conserver, et dont l'abandon et même la diminution , arrivés malgré tout le talent des hommes d' État, compromettent la situation d'uu peuple et produisent en dernier résultat le paupérisme. Tout en rendant hommage au mérite d'Adam Smith et en reconnaissant l'utilité qu'il a retirée de la lecture de ses ouvrages, llerrenschwand trouve dangereux le principe adopté par cet économiste, d'une liberté indéfinie dans toutes les branches de l'rndustrie et du coiumerce. La fausse idée qu'on s'est formée que l'industrie d'une nation ne peut s'accroître qu'en proportion des pièces de métal qui circulent chez elle a entraîné les hommes d'État à tenter de les multiplier au moyen du commerce extérieur, qui s'est présenté comme la ressource la plus naturelle et la plus certaine. Dés lors toute leur attention s'est dirigée vers ce commerce, et des balances favorables sont devenues la grande et presque l'unique fin de leur» mesures, llerrenschwand pense que le chef d'une nation doit surveiller attentivement le commerce extérieur des manufactures des peuples qu'il gouverne, être cootinoellement instruit des circonstances de chaque branche de ce commerce et toujours prêt à pourvoir au remplacement des consommateurs étrangers, qui auraient abandonné les manufacturiers nationaux. Une grande branche du commerce extérieur des manufactures lui parait IV rant-coureur certain d'une calamité, soit pour la génération même qui l'entreprend , soit pour celles qui lui succéderont; et il s'élève contre la double maxime consacrée en dogme daos l'éc

l'économie politique moderne • liberté et protection, qu'il voudrait voir remplacer par celle-ci : portiou et protechoH. la première n'élai meut applicable qu'à l'économie politique d'une nation qui n'a, comme n Chine, par exemple, pour ainsi dire point de commerce extérieur. L'un des plus grands dangers dont les manufactures d'un pays puissent être menacées protient

d'un (aux système de taxation soit directe, soit indirecte, lequel, en augmentant les prix, excite à la fraude, et expose une nation à voir diminuer à la fois la consommation nationale et étrangère, et à perdre même la totalité de ses consommateurs étrangers. Le commerce extérieur, dont nous avons vu que Uerrentchwand est l'adversaire, contrarie en temps de paix, suivant lui, les progrès de la prospérité des nations, et son interruption en temps de guerre la détruit. 11 ne s'élève pas moins contre l'établissement prématuré des ports francs, qu'il appelle des réceptacles de fraude. Us nuisent et opposent des obstacles réel» aux progrès de l'industrie nationale : loin d'être utiles à une nation, ils intervertissent l'ordre naturel du commerce d'après lequel le commerce intérieur doit être placé en première ligne, ensuite le commerce extérieur de censonmatioai direct, puis le commerce extérieur de consommation circuiteux , tandis que le commerce extérieur de transport ne doit être permis qu'après que les autres ont été suffisamment pourvus de capitaux. Le commerce intérieur doit être le grand, le premier objet de l'attention d'un nomme d'Étal; et la prospérité d'une nation est fondée sur la modicité des profits des entrepreneurs et sur l'élévation du salaire des ouvriers. L'iutérét de l'argent fixe ensuite l'attention de l'auteur : il se propose la question de savoir si cet intérêt agit sur la prospérité des nations comme cause, ou s'il est déterminé par cette prospérité comme effet. Il la discute , émet l'opinion que l'intérêt de l'argent aurait toujours été l'effet nécessaire et par conséquent la mesure exacte des degrés de prospérité des nations, s'U n'avait jamais été troublé dans son cours naturel, et conclut en prouvant par des exemples que cet intérêt est plus haut chez les nations à prospérité rétrograde que chez les nations à prospérité arrêtée , et plus haut chez ces dernières que chez les nations à prospérité progressive. On ne doit pas avancer que la population d'un pays manufacturier a diminué parce que ses campagnes se sont dépeuplées, ainsi que le prétend le docteur Price, qui n'est pas, d'après Herrenschwand, Le premier, comme on l'a dit souvent et comme il s'en est vanté, qui ait trouvé le moyen d'éteindre une dette perpétuelle par l'application d'une somme annuelle cooiinuelleiuent grossie de l'accumulation de l'intérêt composé, puisque sir Nathaniel Gould , directeur de la banque d'Angleterre, avait proposé ce moyen dès 1726. La diminution de la population des campagnes peut provenir de l'adoption de meilleurs procédés qui exigent graduellement moins de bras pour opérer les mêmes produits, tandis que La population manufacturière a augmenté dans une plus forte proportion; ce qui est arrivé au surplus en Angleterre. La population peut être comparée à une machine dont les consommateurs seraient le principe actif, les manufacturiers et les agriculteurs les

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