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rouages. Ce principe actif, le seul dans lequel on doive chercher la dernière cause qui arrête ou contrarie le mouvement de la machine , peut être affecte* soit directement, lorsque la classe des consommateurs d'une nation est portée à thésauriser au lieu de dépenser, ou qu'elle dépense son argent de préférence dans les manufactures étrangères; soit indirectement, lorsque les manufactures ne sont pas encouragées, qu'elles sont soumises à trop de gêne ou de restrictions, ou chargées de taxes injudicieutement choisies ou assises sans proportion. A cette occasion, Herrenschwand blâme les mesures adoptées par W. Pitt, qu'il traite avec un ton de supériorité! trop hautain, et par Necker, à cette époque contrôleur général. Ce dernier est à ses veux un charlatan qui , pour se procurer huit à dix misérables millions, a fondé, ou du moins laissé subsister, la loterie royale de France, abominable établissement , exécrable jeu (1), et qui n'a employé dans son administration que des moyens vulgaires dont il faisait un étalage pompeux. La seule méthode de rétablir l'ordre dans les finances d'un État et d'élever le revenu au-dessus des dépenses qui ne soit pas d'un homme ordinaire , et purement mécanique, mais dénote un homme éclairé : c'est l'augmentation absolue du revenu public ; ce que Necker n'a pas compris, parce qu'elle puise cette augmentation dans l'accroissement du revenu des
Grticuliers, et exige par conséquent tout à la s une connaissance profonde des vrais principes de l'économie politique , et le talent d'appliquer ces principes, ce qui n'exclut pas la suppression des abus dans les dépenses. Le grand malheur, c'est que les hommes d'État s'occupent peu du bonheur des géne'rations à venir, et qu'ils sacrifient ordinairement la vie future d'une nation au court espace de temps où elle leur est confiée. Ils donnent à tort des encouragements extraordinaires aux mariages, qui n'ont pas besoin «l'être encouragés si la nation est dans un état de prospérité progressive , et qui sont funestes si elle est dans un état de prospérité arrêtée ou rétrograde. Considérant l'effet de l'introduction des machines dans les travaux de l'homme et sur leur prospérité , Herrenschwand veut qu'on les favorise seulement chez les nations à prospérité progressive : c'est à leur excès qu'il attribue principalement le nombre énorme de pauvres et de vagabonds en Angleterre. La division du travail, autre moyen de multiplier la richesse réelle, semblable dans ses effets aux machines, n'a pas les mêmes inconvénients. Elle n'est proprement praticable que dans les manufactures, ainsi qu'Adam Smith l'avait déjà fait observer, car dans l'agriculture les opérations simples qui composent l'opération complexe de la culture sont naturellement si
(1) La loterie royale de France fat établie pendant le tria-court BtinUtère du contrôleur général Clugny v y ce nom). Ëa IbXi la chambre de* députéj décréta en principe ton abolition ; mai* •lie ne ceata complètement d'exiater qu'au 1" janrler 1036.
bien détachées les unes des autres , qu'on ne peut espérer qu'une plus grande division pût servir à l'augmentation des pouvoirs productifs. Les maux , auxquels une nation est exposée ne doivent pas être tous attribués aux erreurs des hommes d'État qui les dirigent : il en est qui proviennent d'événements que dans bien des cas il n'est pas en leur pouvoir de prévenir, et que dans d'autres il ne leur est même pas possible de prévoir, ceux , par exemple, qui enlèvent des bras, ou qui dépeuplent, tels que les famines, les pestes, etc., et ceux qui enlèvent des capitaux ou qui appauvrissent, tels que les inondations, les grands incendies, les tremblements de terre , etc. Herrenschwand examine les effets de ces événements suivant la situation dans laquelle se trouve la nation , et termine son ouvrage par des observations générales sur la population de l'espèce humaine. Postérieurement il publia en Angleterre plusieurs autres écrits sur le crédit public, sur la division des terres , sur le commerce extérieur, sur l 'économie politique et morale de l'espèce humaine , et sur le vrai principe actif de l'économie politique ou le vrai crédit public. Tous ces ouvrages sont inscrits sur les catalogues de la bibliothèque de Paris, mais nous n'avons pu nous les procurer; nous serons donc forcé de nous borner à les mentionner à la fin de cet article. Le dernier que nous connaissions de lui est un Traité tur le vrai gouvernement de Vetpèce humaine, que l'auteur a fait paraître en 1803 à Paris, où il s'était rendu pour en surveiller l'impression , et qu'il annonce dans sa préface comme tine seconde édition plus développée et sons un autre titre d'un ourrage publié déjà par lui en Angleterre. Herrenschwand parle d'abord dans ce trait i du dessein général du Créateur sur la terre sortie informe et brute de ses mains, et dont il a voulu que l'homme fût l'être principal par excellence, pour lui faire produire toute la substance possible et façonner les matières brutes à tous les usages possibles. Le Créateur, dans sa haute sagesse, a pris la double précaution de faire nécessairement émaner les besoins artificiels de l'homme de sa réunion en société avec ses semblables , et son intelligence ; de ses besoins artificiels. Comme dans son pre- | mier ouvrage , l'auteur a classé les sociétés humaines en trois grandes divisions : sociétés de chasseurs, de pasteurs et de cultivateurs; les dernières sont les seules capables de se donner toute la subsistance , toute la population et tous les besoins artificiels possibles. Mais pour suivre sa vraie destination et se maintenir régulièrement en état de société, tout peuple a dû se choisir un gouvernement; et, pour être bien organisé, embrasser dans sa population trois classes distinctes, des agriculteurs, des manufacturiers et des consommateurs indépendants. Ses échanges ont dû s'effectuer par l'intervention de métaux précieux en monnaies. La science de l'homme d'État, celle sur laquelle repose tout 1 édifice de l'économie
politique, consiste à développer indéfiniment le I bien-être physique du peuple , à assurer aux con* | soinmateurs indépendants la multiplication de leurs- métaux précieux en monnaies dans une progression continuellement et régulièrement croissante , et à les amener à augmenter continuellement et régulièrement leur consommation. La vraie prospérité des peuples consiste dans une harmonie continuelle entre la demande des consommateurs indépendants et l'offre des agriculteurs et des manufacturiers. Cette harmonie est troublée quand les gouvernements mettent des taxes exagérées sur les nécessités , les commodités et les agréments de la rie. Mais comme les métaux précieux en monnaies ne peuvent augmenter dans les mains des consommateurs indépendants que lorsque la consommation générale augmente, il en résulte que cette consommation générale ne peut augmenter par leurs seuls moyens; de là une quatrième classe d'hommes que Herrenschwand appelle contommateurs indépendants par excellence, de la consommation desquels dépend le sort entier des peuples. Placer les consommateurs indépendants par excellence d'une nation hors de son sein , ou en d'autres termes faire consister sa prospérité dans son commerce extérieur, est une erreur grave. Ce commerce , comme on l'a déjà dit, est extrêmement précaire; l'histoire montre différents peuples qui. après s'être attiré, en s'y livrant, une multitude de consommateurs par excellence étrangers, s'en sont trouvés totalement abandonnés avec le temps les uns après les autres , et sont tombés dans la misère. Il ne s'ensuit pas cependant pour cela que les peuples doivent s'abstenir du commerce extérieur; mais, si leurs chefs sont prudents, ils veilleront à ce que dans ce commerce le peuple qu'ils gouvernent reçoive des autres peuples en produit de leur travail précisément la même valeur qu'il leur fournit en produits du sien, et par conséquent sans balances quelconques, ni favorables, ni défavorables. Les peuples ne pouvant opérer tous leurs échanges avec l'intervention des métaux précieux en monnaies , il a fallu chercher un signe représentatif de ces monnaies, lequel représentât sous un très-petit volume et un très-léger poids les plus grandes sommes de métaux précieux en monnaies. De là deux sortes de circulations : l'une qu'on peut appeler effective ou naturelle, l'autre représentative ou artificielle. Cette dernière , ou le papier, a reçu le nom de crédit, qui ne peut justifier son nom , c'est-à-dire mériter une pleine confiance, et être vrai par conséquent, que quand il peut être réalisé en la même quantité de métaux précieux qu'il représente. Ce n'est point dans le pouvoir de forcer des emprunts, et des dettes par îles taxes , que consiste le crédit vrai d'un peuple, comme l'ont supposé des hommes d'État qui ont osé se croire habiles dans l'art de gouverner, et qui ont imaginé les banques publiques de circulation pour réaliser avec plus de faci-
lité les opérations destructives du crédit public. C'est par la plus coupable et la plus profonde ignorance qu'ils ont confié à ces machines, aussi variables que dangereuses , le plus important intérêt des peuples, leur circulation générale. Les associations d'individus qui fondent ces établissements, dans le dessein apparent de favoriser cette circulation en l'entreprenant avec leur crédit, n'ont réellement et uniquement en vue que de se ménager une riche source de profits. Elles s'engagent à réaliser à volonté tout le papier-crédit qu'elles émettent, mais il est constant que leur promesse est illusoire et fausse; car, en cas de circonstances accidentelles, et précisément lorsque le bien des peuples l'exigerait, elles sont in* capables de réaliser dans de trop grandes proportions, et laissent ainsi leurs créanciers exposés aux plus grands désordres dans les moments critiques. Un des grands vices de ces banques est de donner aux gouvernements la dangereuse facilité de réaliser des emprunts ruineux et de faire avec leur secours des entreprises destructives de toute prospérité. Sans sa banque publique de circulation . par exemple, l'Angleterre ne serait pas accablée sous une dette immense et sous le paupérisme. Suivant Herrenschwand, les gouvernements de la terre ont été dans tous les temps et universellement des gouvernements faux, et aucun législateur n'a eu jusqu'à ce moment l'idée d'un gouvernement vrai, il affirme avec une naïve assurance que tout le monde ne partagera pas, qu'après la lecture de son livre , les chefs ou gouverneurs sauront faire la distinction , et assurer la vraie prospérité des peuples. Cette prospérité, il la voit dans la multiplication continuelle et régulière de la consommation des gouvernements ou du gouvernement des peuples qu'il appelle les consommateurs indépendants par excellence. Comme c'est à eux qu'il appartient de fonder tous les établissements soit de nécessité, soit de commodité, soit de pure magnificence que la tranquillité, la sécurité et la prospérité des peuples exigent , leur consommation doit être sans bornes. Pour effectuer cette immense consommation , l'intervention des métaux précieux en monnaies ne suffisant pas, ils doivent recourir au crédit public, mais i un crédit public autre que celui des banques de circulation , qui ne doit pas être réalisable à volonté , tout au plus à des intervalles successivement déterminés, pour ne pas exiger en dépôt autant de métaux précieux en monnaies qu'il en représente. Afin de se procurer le revenu public nécessaire pour répondre continuellement aux dépdts annuels qu'exigeraient graduellement les réalisations , les gouvernements des peuples assigneront à chaque individu sa contribution au revenu public sur son revenu annuel , et ils proscriront les taxes indirectes comme des taxes inégales et par conséquent oppressives. Herrenschwand pense, avec une singulière bonhomie, que les individus déclareront de bonne foi leur re-
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venu annuel , parce que les contributions publiques seront d'une extrême modicité, comparées à celles qu'on a dans tous les temps si arbitrairement arrachées aux peuples , et parce qu'ils auront la certitude qu'elles ne seront employées que pour leur bonheur. Il est aussi opposé aux gouvernements mixtes qu'au commerce extérieur. Si l'Angleterre a tant de terrains incultes, un nombre si prodigieux de pauvres, si peu de monuments publics, et si l'immoralité et la corruption font chaque jour chez elle tant de progrès, il faut l'attribuer à son commerce extérieur trop développé, et à son genre de gouvernement. Mais puisque toutes les nations sans exception ont été jusqu'à notre auteur si mal gouvernées; puisque la liberté politique des peuples n'a besoin n'être ménagée ni par des divisions et des limitations du pouvoir suprême , ni par des lois fondamentales, quelle est donc la forme de gouvernement qu'il convient d'adopter? Herrenschwand «oit souvent les défauts , mais il est moins habile i indiquer les remèdes, et ceux qu'il propose •ont quelquefois bizarres. 11 est douteux que le gouvernement assez compliqué dont il présente le modèle , qui est une espèce de gouvernement mixte, quoiqu'il les ait proscrits, et dans lequel il voudrait que le chef, ou gouverneur, eut de droit, et sans élection quelconque, pour successeur, le ministre le plus ancien dans le ministère , •oit jamais adopté par aucun peuple, malgré la confiance de l'auteur et la haute idée qu'il a du plan qu'il développe. Quelle que soit la présomption qu'on remarque dans les ouvrages de Herrenschwand dont nous venons de donner une analyse si étendue, et quoique les opinions qu'il émet soient souvent inapplicables, parce qu'il n'avait étudié les hommes et les choses que dans son cabinet, on doit reconnaître qu'il apprécie en général à leur juste valeur les économistes qui l'ont précédé. On rencontre dans ses écrits des vues ingénieuses et des données curieus» s; mais ai quelques-uns de ses compatriotes le comparent, comme on le dit, à Adam Smith, il faut avouer qu'ils s'exagèrent beaucoup son mérite. Herrenschwand est tranchant et paradoxal ; sa marche est en tout l'opposé de celle du créateur de l'économie politique; il est dogmatique et procède synlhétiquement; rien en! in dans ses recherches ne rappelle la fine et pénétrante analyse de Smith. C'était au surplus un dilettante plutôt qu'un homme solidement instruit. Il avait rempli les fonctions de juge supérieur dans les régiments suisses capitules au service de France. Nous avons peu de détails sur sa vie, et nous ignorons l'époque précise de sa mort; nous savons seulement qu'en 1805 il vivait à Paris trèsretiré et presque isolé. Bon, simple, mais original, malgré son grand âge et son peu de fortune, il était heureux, parce qu'il avait toujours voulu le bien, et parce qu'il était très-convaincu que la solution des problèmes les plus
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utiles à l'humanité se trouvait dans ses écrits. D paraîtrait que c'est à Paris qu'il a terminé sa carrière, avec cette douce illusion et sans avoir jamais été marié. Voici la liste de ses ouvrages : \» De ( économie politique moderne , discours fondamental sur la population, dont nous avons déjà parié, dédié à Louis XVI, Londres, 1786, in-8°. Le même imprimé à Paris, an 3(1793), 1 vol. Û>8°. 2° Discours sur le crédit public des nations européennes , Londres, 1787, m-8°; 3° Discours sur la division des terres dans l'agriculture , Londres, 1790, ln-8». Il s'y prononce pour le système d'Arthur Young, et préfère comme lui ks
! grandes et les moyennes fermes aux divisions des terres en petites parcelles. iu Discours sur le commerce extérieur des nations eurotteennet . Londres , J790, i voL in -8°; 5» De l'économie politique et morale de l'espèce humaine, ibid., 1796, 2 vol. io-8"; 6» Dm vrai principe actif de C économie politique, ou du vrai crédit publie, ibid., 1797, i vol. in 8°; 7° Du vrai gouvernement de C espèce husnuusve, Paris, 1803, i vol. in-8». Les numéros 5 tl 6 ont été réimprimés à Londres en 3 volumes in-4», 1796-1797. — Herrenschwand, neveu du précédent et fils cadet du médecin , mort à Berne en 1838 avec le titre de conseiller d'État, est auteur d'un écrit sur l'invasion de la Suisse par les armées coalisées, à la fin de 1813; événements dont
1 il avait bien connu toutes les circonstance* en sa qualité de chef d'élat major de l'armée de la confédération. La capitulation militaire du 27 septembre 1803, à laquelle se réfère l'article 3 ds traité conclu à Fribourg le même jour entre la république française et la Suisse, a oté siguée par le général Ney, ministre plénipotentiaire de
, France, d'un côté , et de l'autre par sept députe» ou conseillers de légation suisse , parmi lesquels on voit figurer Jean-Antoine Herrenschwand, député de Fribourg , probablement le même que k sujet de cet article. D — i — s.
IIEftKERA i. AimiEL -Altonse), agronome du l(i* siècle, a longtemps été regardé comme le Columelle de l'Espagne moderne. 11 nous est resté peu île notions sur sa vie. Nous savons qa'ii naquit à Talavera , qu'il fut professeur à l'université de Salatnanque, et qu'entraîné par son gout pour l'économie rurale, il se livra de bonne heure à la lecture des auteurs anciens qui ont traité de l'agriculture , source unique où l'on put alors puiser des connaissances de ce genre. La répuUltoa qu'il acquit comme agronome parmi ses compatriotes engagea le cardinal Ximenès à lui donner l'ordre de composer un traité complet d'agriculture, en langue vulgaire, afin que les Espagnols» qui avaient perdu le souvenir des util** ouvrages des Maures (twy. la» el Awam), et qui étaient encore très-ignorants en économie rurale, cassent un traité qu'ils pussent lire, et afin que l'agriculture ne se détériorât pas de plus en plus. Uerren reçut avec plaisir l'ordre du cardinal! « Etant na- « tureUemenl affectionné aux travaux descbaHxpa»,