DEY
sous Paul I" des pas en avant dans les bonnes grâces des gouvernants. Nommé membre du sénat et admis au conseil secret dès 1796, il devint l'année suivante président du collège de justice préposé aux affaires de la Livonie, de l'Esthonie et de la Finlande. Il est vrai qu'à son avènement Alexandre lui témoigna de la froideur , qu'il fut obligé de résigner ses fonctions et de quitter le séjour de la capitale moderne de toutes les Russies pour celui de Mittau ; mais au bout de quelques années d'exil il revint à la cour, et bientôt il y prit racine : il alla de nouveau occuper son siège au sénat et son fauteuil au conseil secret (1808); mais il survécut peu à sa réintégration et mourut le 18 octobre 1809. On a de lui , entre autres brochures, mémoires et notes diverses : i° Sur le droit de légation (en français), Varsovie, 1783; Berlin, 17K6, in-4°; 2° Exposé succinct du procès intenté à S. A. S. monseigneur de Courtaude par S. Exc. le palatin Sieber (Varsovie), 1788, in-8« (en français aussi); 3° de la diète actuelle de Courlande et du droit qu'a constitutionnel lement le souverain de la proroger et de ta limiter, Varsovie, 1790, in-8" (en allemand); 4° rèjlexions sur cette question : L'ordre équestre a-t-it le droit de limiter et de proroger les diètes de Courlande sans T assentiment du due? ibid. (1791), in-8°; 5" fragments sur la Courlande (en français et en allemand), ibid., 1792, in-fol. P— ot.
HEYLIN (Pierre), théologien anglais, né le 29 novembre 1600 à Burford, dans le comté d'Oxford , donna, étant au collège, des preuves de quelque talent pour la poésie dramatique, mais se livra ensuite à des travaux d'une utilité plus réelle. Il est le premier qui ait donné à l'université d'Oxford des leçons sur la cosmographie, leçons qui furent singulièrement goûtées et dont il forma son ouvrage Intitulé Microcosmus. ou Description du monde, publié en 1621 . Cet ouvrage eut un grand succès et fut réimprimé en 1624, avec des additions considérables. Le roi Jacques, en ayant commencé la lecture, parut y prendri beaucoup d'intérêt, jusqu'à ce qu'il fut parvenu à un passage où Heylin donnait sur lui le pas au roi de France, appelant ce pays le premier royaume du monde. Il en fut tellement irrité qu'il ordonna au chancelier d'arrêter la vente du livre. Heylin prétendit que c'était une faute de l'imprimeur qui avait mis est au lieu de était, et qu'il n'avait voulu parier que de l'Angleterre avant sa réunion à l'Ecosse. Jacques admit cette excuse, et le passage fut corrigé dans les éditions snivantes.qui reçurent tant d'augmentations que le volume in-8** devint un gros in-folio, format dans lequel il a été souvent réimprimé depuis. Heylin fit en France (1625; un voyage de six semaines dont il publia une relation trente ans après. Laud , alors ëvéque de Bath et Wells, le fit nommer en 1629 Fun des chapelains ordinaires du roi. En 1631 , la publication de son Histoire de St-George de Cappmdoce, à laquelle il ajouta VlnstHution de tordre de St-
iiey
George . nommé tordre de la Jarretière, lui valut la cure d'Hemmingford au comté de Uuntingdon , une prébende dans l'église de Westminster, et la riche cure de Houghton , dans le diocèse de Dur» bam. Il avait , des l'année 1627, provoqué contre lui une accusation de papisme de la part de Prideaux par ses réponses à quelques questions théologiques. En 1633 il irrita de nouveau le professeur en soutenant les privilèges de l'Église, soit pour décider les controverses de religion, soit pour interpréter les saintes Ecritures, et pour fixer les rites et cérémonies; mais Prideaux gâta lui-même sa cause; on dit qu'il alla jusqu'à déclarer que Y Eglise était urne pure chimère qui ne pouvait rien enseigner ni rien décider. H avait de plus prononcé sur le sabbat une leçon peu conforme à la sévère orthodoxie du temps. lleylin, pour se venger, traduisit cette leçon en anglais , et la publia avec une préface en 1634, ce qui nuisit beaucoup à Prideaux dans l'esprit des puritains. Hevlin obtint de nouveaux bénéfices ecclésiastiques, et fut nommé en 1638 l'un des juges de paix du comté de llamp. Laud l'employa en 1639 à traduire en latin la liturgie écossaise; le collège de Westminster le choisit pour être son représentant à la convention. Mais le temps de la terreur arriva pour tous les défenseurs de la prérogative royale et ecclésiastique. lleylin se réfugia à Oxford , où il participa à la rédaction du jourual intitulé Mercurius aulicut, jusqu'en 1645, où, les affaires du roi étant presque ruinées, il vint à Winchester, et vécut ensuite, à la campagne , du produit de ses écrits. Le parlement avait confisqué tous ses biens, et il était du nombre de ceux qui appelaient à grands cris la restauration , dans l'espoir qu'elle les dédommagerait amplement de ce qu'ils avaient souffert; mais il se flattait La restauration arriva sans améliorer sa fortune, et le sousdoyenné de Westminster fut tout ce qu'il put obtenir. 11 mourut le 8 mai 1G63. Heylin était d'un esprit actif, quoique avec un extérieur peu imposant, d'un caractère entreprenant et audacieux, ce qui faisait dire qu'il avait manqué sa vocation. La faculté de prêcher, et surtout d'abondance , parait avoir formé son principal mérite. Wood le présente cependant comme un bon poêle, mais un peu affecté, et comme un très-bon historien , mais bomme de parti. Ses nombreux ouvrages sont peu estimés aujourd'hui : le plus connu est sa cosmographie, que d'autres publications du même genre ont rendue inutile. S-».
HEYM (Jea*0, géographe et lexicographe allemand, naquit à Brunswick en 1769; et, après avoir achevé ses études dans les universités de Helmstiedl et de Gœltingue, fut appelé en Russie en 1779 pour y faire une éducation particulière. U persévéra dans cette carrière jusqu'en 1796, époque à laquelle, grâce à ses nombreuses relations et à sa vaste connaissance des langues et des littératures de FEurope , il obtint à l'université de Moscou la chaire de langue allemande et
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d'antiquités. En 1804 il fut nommé à celle d'histoire, de statistique et de science commerciale, puis chargé de donner des leçons de géographie aux élèves du corps des guides, fondé et dirige" à Moscou par le général Mouravief. Cette position lui fournit l'occasion d'être personnellement connu d'Alexandre et de mériter sa bienveillance. Inspecteur de plusieurs collège» ou autres établissements d'instruction , censeur , professeur, et quatre fois de suite recteur de l'université, Heym est au nombre de ceux auxquels la Kussie doit les pas nouveaux qu'elle fait vers la civilisation et vers les sciences. U connaissait tous les idiomes principaux de l'Europe , et avait des notions sur la littérature orientale. Mais c'est surtout par ses lexiques triglottes et ses travaux en géographie qu'il s'est fait remarquer, et qu'il a rendu d'incontestables services à sa patrie d'adoption. Ses ouvrages dans le premier genre sont presque tous classiques en Russie. En voici le texte: 1° Grand dictionnaire dei trois tangues russe, allemande et française, en trois parties, qui ont paru séparément, sous forme de trois ouvragesdistincU, et sous les litres de : 1. Nouceau dictionnaire complet, ou Dictionnaire allemand-russe -français , Moscou, 1796-1797, î vol. in-4°; 2. Dictionnaire complet russe-français-alUmand {composé d'après celui de r Académie de Moscou). 1799-1802, 3 vol. in-4° (réimprimé à Calcutta); 3. Dictionnaire fran» çais-russe-altemand, 1811 et 1817, 2 vol. in 8°. On peut substituer au second son Dictionnaire russefrançais -allenusnd , imprimé à St - Pétersbourg , 1813, 2 vol. in-8°. 2° Même Dictionnaire, mais réduit à la forme portative par l'élimination de beaucoup de détails secondaires et sous les trots titres qui suivent : 1. Dictionnaire de poche russe' français -allemand. Riga, 1804 , 2 vol. in-16;' 2. Dictionnaire portatif français-russe-allemand, Riga et Leipsick, 1803, in-16; 3. Dictionnaire dé poche allemand-russe-français . Riga et Leipsick, 1803, in-16. 3° Dictionnaire contenant Us mots Us plus usités et Us plus nécessaires dans la rie sociaU, en allemand , en français et en russe, 1803, in-8* (2« édition, 1819). 4« 1. Grammaire atUmande (à l'usage des Russes), Moscou, 1808, in-8°; 2. Grammaire russe (à l'usage des Allemands), Leipsick, 1797; 2* édition, Riga, 1804, in-8°; 3* édition, 1818. 5° J. Livre de lecture russe, ou Choix dé morceaux tirés des meilleurs poiUs russes, Riga, 1803, in-8»; 2. Livre de lectures allemandes, à l'usage des écoles, 1808, in-8". 6° Essai d'une encyclopédie complète sur ta géographie et la topographie de l empire nu se , par ordre alphabétique, Gœttingue, 1796, ln-8°; 7* Esquisse de géographie umiverselU. Moscou. 4811 ; refondue sous le titre d'Esquisse de géographie universeUe. d'après Us nouvelles divisions des Etals, ibid., 1847, in-8°; 2* édit., 4819; 8° Principes fondamentaux de Us géographie moderne, ibid., 4813, in-8»; 9° Statistique de la Grande-Bretagne, ibid., 4811, in-8°. C'est le tome premier d'un ouvrage qu'il se proposait de don»
lier sous le titre de Statistique det principaux États, où il eût compris l'Autriche, la France, la Prusse avec la Grande-Bretagne. 10° Manuel de la science du commerce, ibid., 1804, in-8°. Il faut y joindre un morceau sur l'état des sciences en Russie sous Paul I", un Discours prononcé en 1799 dans l'université de Moscou, et beaucoup d'articles épars dans la Gazette de Moscou, qu'il rédigea depuis janvier 1811 jusqu'à l'abandon de cette ville par ses habitants, à l'approche de Napoléon , en septembre 1812. Hcym , après la retraite des Français, ne reprit point la rédaction du journal, mais il continua ses autres travaux. La mort seule vint y mettre un terme , et il faisait marcher du même pas ses leçons, ses ouvrages littéraires, ses fonctions, huit jours avant le terme fatal, ou 28 octobre 1821. Les ouvrages ci-dessus désignés sont en allemand, sauf ceux qui, d'après la nature même de leur contenu, sont ou en russe ou dans les trois langues. P — ot.
HEYMANN (le général) , né en Alsace vers 1750, était avant la révolution officier dans l'Un des régiments d'infanterie allemande alors au service de France. 11 parvint assez rapidement aux premiers grades, et, lors de la révolution de 1789, il était maréchal de camp employé à Metz, sous le marquis de Bouillé. Ce général l'envoya secrètement à Berlin en 1790, avec des sommes considérables et une mission de Louis XVI , qui le recommandait particulièrement. Cette mission fut rappelée plus tard dans le procès de ce malheureux prince, qu'à cette occasion on accusa d'avoir entretenu avec la Prusse des relations occultes. Quand Mirabeau , se rapprochant de la cour, se crut à la veille de disposer de tous les pouvoirs , il destina l'ambassade de Prusse à Dumouriez, qui lui proposa d'y envoyer sans caractère public le général lieymann , alors de retour en France. Mirabeau étant mort, Biron fut envoyé à Metz pour pénétrer les projets de Bouillé; et il en revint bientôt accompagné d'neymann , qui demanda une audience à la reine , et lui proposa un plan concerté avec Biron pour faire évader le roi et la famille royale. Marie-Antoinette répondit qu'elle prendrait les ordres du roi, lequel, soupçonnant un piège, fit remercier Heymann, en l'assurant qu'il n'avait aucune intention de sortir de Paris , et que d'ailleurs il n'était pas assez sûr des sentiments de Bouillé. Heymann retourna à Metz , où ce général lui-même le mit bientôt dans la confidence du départ de la famiUe royale, qui eut lieu deux mois après. Compris dans le décret d'accusation contre Bouillé, Heymann le suivit dans son émigration , et il reparut i Berlin , où le roi lui fit une pension et l'employa dans son état-major. Bientôt dénoncé à cause de .ses liaisons avec les chefs de la révolution de .France, Heymann se justifia en disant que ces /liaisons n'avaient pour lui d'autre but que de se mettre en position d'être utile à la cause du roi, qui à celte époque le fit d'ailleurs de nouveau
recommander au monarque prussien. Ce prince, jugeant alors de quelle utilité pouvait être à ses desseins un homme aussi délié, aussi propre à tous les genres d'intrigues, lui continua sa faveur, et c'est ainsi que Heymann se trouva en position de servir en secret , et autant que la prudence le lui permit, les deux missions de Custine fils k Brunswick et à Berlin, et celle de Benoit auprès du duc de Brunswick. Peu de temps avant son départ pour l'armée, Frédéric-Guillaume l'envoya en observation à Francfort, où il dut s'aboucher avec Haugwitz, alors ambassadeur de Prusse. C'est de Francfort que Heymann fit des démarches pour être appelé aux conférences que sollicitait Mallet-Dupan de la part de Louis XVI. Ces conférences s'ouvrirent le 13 juillet, et le général major Heymann y parut comme représentant du cabinet de Berlin. On sait que les propositions de Louis XVI, pleines de raison et d'équité, n'y furent pas ouvertement repoussées par les envoyés prussiens , mais qu'elles restèrent sans effet. Revenu auprès de son nouveau souverain, Heymann l'accompagna dans la fameuse expédition de Champagne en septembre 1792; et là il fut un des principaux instruments de la négociation qui s'ouvrit avec son ancien ami Dumouriez (voy. ce nom). L'année suivante il voulut entamer une négociation secrète avec Biron , qui commandait en Alsace ; mais le rappel de ce général de la république y mit fin presque aussitôt. Après la paix de Baie, Heymann vécut encore quelque temps avec une retraite de général prussien. Il est mort dans les premières années du 19* siècle. M — ■ j.
HEYNE (Chrétien-Gottlob) naquit, le 25 septembre 1729, dans un faubourg de la petite ville de Chemnitz, en Saxe, où s'étaient réfugiés ses parents, en abandonnant la Silésie, leur terre natale, d'où quelques persécutions religieuses les avaient éloignés. Le métier de tisserand, que le père exerçait, ne procurait que de faibles moyens de subsistance à sa famille; et, comme on le pense bien, à mesure qu'elle s'accroissait, la misère y augmentait. Heyne vit souvent , dans son enfance, couler les pleurs de sa mère, qui ne pouvait lui donner du pain. Souvent il essuya de cruels refus de la part des marchands auxquels il portait les produits de l'industrie paternelle. Ces épreuves révoltèrent son cœur, mais ne l'endurcirent jamais. Peut-être dut-il à leur rigueur cette force et cette longanimité qui ont depuis signalé son caractère. Quoique destiné, en naissant, i exercer la profession de son père, le jeune Heyne avait annoncé, dès ses premières années, un penchant décidé et des dispositions extraordinaires pour l'étude. Elles furent remarquées par quelques citoyens plus aisés du voisinage, qui lui fournirent les moyens de les cultiver. Envoyé de bonne heure à une petite école du faubourg de Chemnitz, il fit de si rapides progrès, qu'à peine âgé de dix ans il était employé comme sousmaltre à enseigner aux autres enfants; ce qui
allégeait les frais de l'école. Il avait donc dès lors besoin, pour lui-même, d'une instruction plus étendue ; mais le chef de l'école demandait trois sous par semaine pour l'admettre à ses leçons de latin. Cette contribution excédait les facultés de son père; et le plus illustre interprète de Virgile n'eût jamais connu la langue du poète latin si la bienfaisance d'un parrain du jeune Heyne ne se fût chargée d'acquitter la somme demandée. D faut voir, dans l'écrit original de Heyne,
ment il exprime la joie que lui fit éprouver ce nouveau bienfait ; elle fut extrême : mais le même embarras revint au bout de deux ans. Le mattre d'école n'avait plus rien à apprendre à son élève. Le moment était arrivé pour celui-ci de choisir un état. 11 n'avait d'autre désir que de continuer ses études : le père aurait voulu qu'il prit un métier. La mère était plus favorable aux désirs de son fils. Mais, pour passer de l'école au collège, il fallait payer un florin tous les trois mois, se
procurer un manteau bleu et des livres
Où prendrait-elle de quoi suffire à cette dépense? Heureusement pour Heyne, il avait, selon l'usage d'Allemagne, plusieurs parrains. Le second des siens était un ecclésiastique assez bien doté. Sur le rapport avantageux du maître d'école, il se chargea de faire entrer son filleul au collège. Heyne se crut alors au comble du bonheur : toutefois ce bonheur ne fut pas sans mélange. Le nouveau patron de notre écolier joignait un peu d'avarice à sa bienfaisance : la plus grande épargne fut apportée dans les dépenses que devaient exiger la suite et le cours des études scolastiques. Heyne fut réduit souvent à emprunter les livres de ses camarades pour les copier. D'un autre coté, le protecteur avait une haute idée de ses propres talents ; il se croyait poète, et il n'était que versificateur. Naturellement il dirigeait l'esprit et le goût de son ûlleul d'après les conseils d'une vanité ridicule. Il le contraignait à faire, comme lui, des vers latins sur tous les sujets et dans toutes les sortes de mètres, lui proposant pour modèles non les poètes classiques de l'ancienne Rome , mais les versificateurs modernes qui ont plus ou moins torturé la latinité. Heyne eut encore le bonheur d'échapper aux dangers de cette tutelle. H avoue que, malgré son courage et en dépit des dispositions qu'il pouvait avoir, il aurait uni par devenir stupide en ramant dans cette galère. Un hasard vint l'en tirer, et lui inspirer cette confiance en lui-même qui devait le faire sortir de l'espèce de servage où son esprit se serait abâtardi. La Saxe était en guerre avec l'Autriche. Un pédant, qui visitait alors le collège, proposa aux écoliers de tirer l'anagramme du moi A usina : Heyne seul, au grand étonnement des maîtres et des élèves, la trouva dans Vas tari. Ce petit triomphe lui fit une réputation, et releva ses espérances. Quelque temps après, il fut choisi pour donner des leçons à un fils de famille. L'accès que cet emploi lui procura dans une maison de gens du
monde commença à polir ses mœurs. L'amour qu'il conçut pour la sœur de son élève, et qu'il contint dans de justes bornes, fut pour lui le meilleur maître de politesse. Cet amour le rendit poète, et, il faut le dire, mauvais poè'te. A cette époque, il composa un sixième acte pour une tragédie de collège; et il fit, pour être placée dans la boule d'un clocher, une inscription latine qui commençait par Sta, viator. Mais bientôt il aban- I donna, pour n'y plus revenir, la fausse route où une direction vicieuse l'avait fait entrer. Quand il se fut muni de toute l'instruction qu'il pouvait puiser à l'école de Cbemnitx, son émulation croissant avec ses facultés, il résolut d'aller continuer ses études à Leipsick, pour y profiter des leçons de quelques professeurs habiles qui illustraient l'université de cette ville. U s'y rendit en 1743, ayant pour toute ressource deux florins, et les promesses du parrain qui devait lui continuer ses bienfaits ; mais les secours de ce bienfaiteur, toujours insuffisants, se faisaient longtemps attendre, et arrivaient accompagnés de reproches et de remontrances. Heyne manquait de livres et d'argent; il aurait même manqué de pain sans la générosité d'une servante de la maison où il demeurait, a Ce qui soutenait son courage, dit-il, n'était ni l'ambition, ni la présomption, ni l'espérance de prendre un jour sa place parmi les savants. » Ce qui l'aiguillonnait sans cesse, c'était le sentiment de l'humiliation de sa position; c'était la honte de cette gaucherie que lui donnait dans le monde le manque d'une bonne éducation ; c'était surtout la ferme résolution de lutter contre la fortune. Il voulait voir si, jeté par elle dans la poussière, il ne parviendrait pas à se relever. Aussi, son ardeur pour l'étude croissait à mesure que diminuaient les secours de son avare bienfaiteur. Pendant six mois, il ne donnait par semaine que deux nuits au sommeil ; et toutefois le parrain lui adressait ses lettres, à M. Heyne, étudiant négligent à Leipsick. La détresse de Heyne était au comble, lorsque le professeur Christius lui proposa une place de précepteur chei un gentilhomme du pays de Magdebourg. Peu de gens auraient hésité : Heyne réfléchit. D'un côté, il vit un commencement d'aisance , mais aussi l'interruption des études qu'il voulait finir; de l'autre, l'espoir de terminer ses éludes, mais la misère : ce fut la misère qu'il choisit. Un pareil choix méritait sans doute une récompense. Au bout de quelques semaines, Heyne reçut le prix de sa noble résolution. Le professeur Christius lui procura, à Leipsick même, et dans une maison française, une place semblable à celle qu'il avait refusée. La dernière année qu'il passa à l'université devint ainsi pour lui plus supportable que les précédentes; il sut mettre à profit les ressources de sa nouvelle position. Les leçons d'Ernesti lui firent entrevoir ce que pouvait devenir l'interprétation des auteurs classiques, et lui révélèrent les secrets de cette haute critique des anciens, et surtout des poètes
latins, pour lesquels, depuis le commencement de ses éludes, il avait toujours eu un attrait particulier. Il acquit dans les cours de Bach une connaissance du droit romain plus que suffisante pour un homme qui ne se proposait point de faire sa principale étude de la jurisprudence, et dans ceux de Christius, mais plus encore dans des entretiens particuliers 8vec ce savant, qui l'admettait dans sa familiarité , les premières notions de l'art antique, science dont il devait un jour reculer les limites. Il avait conçu un attachement solide pour ces trois professeurs : jamais depuis il ne prononçait leur nom qu'avec l'accent d'une vive reconnaissance. Cependant, au milieu de la savante université de Leipsick, comme dans le modeste collège de CbemniU, il dut encore ses progrès moins à ses maîtres qu'à lui-même. Son application à l'étude lui fut plus profitable que leurs doctes leçons; mais cette application pensa lui devenir funeste. Des veilles trop longues et trop fréquentes lui causèrent une maladie grave, qui le mit dans le plus grand danger. Il n'y échappa qu'après avoir entièrement épuisé ses faibles ressources; et ce fut pour tomber dans un denûment plus grand que celui qu'il éprouva, lorsque, quatre ans auparavant, il était arrivé à Leipsick sans autre perspective que celle de la profession d'avocat ou d'instituteur particulier. II balançait dans le chois , et ses amis partageaient son incertitude, lorsqu'un nouveau hasard décida de sa vocation. Le miuistre de l'église française réformée vint à mourir. Heyne, qui t'aimait , déplora sa mort avec beaucoup de sensibilité dans une élégie latine. L'église française fit imprimer cette élégie avec le plus grand luxe typographique. Le luxe de l'édition , plus peut-être que le mérite du poè*me, attira l'attention dn fameux comte de Bru li I , qui gouvernait alors la Saxe et son souverain. Tout le monde sait combien le ministre saxon aimait la magnificence. Il témoigna le désir de voir un auteur dont on imprimait si pompeusement les ouvrages. Tous les amis de Heyne crurent sa fortune faite, et le pressèrent d'aller à Dresde. Il s'endetta pour subvenir aux frais du voyage. Il vit le ministre, en fut accueilli, et en reçut de ces promesses vagues dont on connaît la valeur à la cour. On parla de le placer auprès du comte en qualité de secrétaire, avee un traitement de 500, de 400, de 300 écus, et l'on n'en fit rien. Une place d'institateur le At vivre pendant quelque temps ; puis il la perdit. Réduit à vendre ses livres, il allait succomber sous le poids de l'infortune, lorsqu'eufin, à force de sollicitations:, on parvint à le placer, en qualité de copiste, dans la bibliothèque du comte de Bru lil, avec cent écus d'honoraires. Un traitement aussi modique suffisait à peine pour l'empêcher de mourir de faim. Quoiqu'on puisse, dans l'histoire de sa vie, regarder ce faible secours comme la première faveur qu'il ait obtenue de la fortune (Celait vers la fin de 4753), il avait encore dix
ans à lutter contre elle. Accoutumé, dès sa naissance, à toutes les privations, il n'avait pas même l'idée de l'aisance : vivre et étudier étaient son seul besoin, sa seule ambition. Quand il n'aurait eu que du pain, pourvu qu'il fût au milieu des livres. Il se serait encore trouvé dans l'abondance. Toutefois il sut augmenter ses ressources par quelques travaux : il eut d'abord recours aux traductions; un mauvais roman français . h- Soldat parvenu, lui valut vingt écus (environ 80 francs) ; la traduction libre du roman grec de Chanta* l'occupa d'une manière plus conforme à ses goûts. Il eut de sa première édition de Tibulle, en différents payements, une centaine d'écus qui acquittèrent ses dettes à Leipsick. 11 donna son ÉjhcUU en 1756; et la philosophie de ce stoïcien, dont il eut dans ce travail l'avantage de s'appliquer les leçons, lui fut plus utile encore que ses honoraires : die fortifia son âme contre les malheurs dont il devait être bieot6t assailli. Cependant les livres ne furent pas toujours, pendant le séjour de Heyne à Dresde, l'unique objet de ses études : les nombreux monuments de l'art antique que la capitale de la Saxe offrait à son a tl mi raison ne pouvaient manquer de réveiller en lui le premier sentiment du beau, que lui avaient i aspire les leçons de Chrutms; ce sentiment, fortifie par sa vue des monuments mêmes et par la méditation , ne tarda pas à se développer avec encore p\u» de vivacité par les baisons qu'un égal amour de l'étude et des goûts à peu près semblables firent naître entre Heyne et un émule de son âge avec lequel il avait fait connaissance à la bfeuothèoue de Dresde. Parmi les personnes que le désir de s'instruire conduisait chaque jour à cette bibliothèque, un jeune homme avait fixé particulièrement son attention : studieux, pauvre, ioeonno comme lui, combien de titres pour exciter son intérêt ! Ce jeune homme était Winckelmaun : pour lui la bibliothèque s'ouvrait toujours trop tard et se fermait trop tôt. Son assiduité, les demandes multipliées de livres de différents genres, insatiable curiosité, fatiguaient les gardes, et, par un effet contraire , lai concilièrent l'estime de Heyne. La conformité de penchants, de fortune, d'espérances, eut bientôt fait naître la confiance, et formé entre eux une sorte d'iolimité : ils se communiquaient leurs travaux , leurs pensées, leurs projets, et les lumières qu'ils aoqoéraiem enacun par leurs eiuae» particulières. Ainsi le sort s'était plu à rapprocher dans leur jeunesse deux hommes destinés à occuper un jour un des premiers rangs dans la république des lettres. La fortune sembla sourire un instant à Heyne : r éducation du prince Maurice de Bruhl lui futconfiée.On doubla son traitement de copiste dans l'été de 1756: mais ses fonctions d'iosti tuteur furent à peu près gratuites; et l'invasion de la Saxe par les Prussiens non -seulement l'empêcha de jouir de l'amélioration de sa place, mais j détruisit à la fan) et la place et la bibijuthèome