HIN
source de bien des malheurs. Cela n'empêcha point son oncle de le produire et de le faire élire évéque de Laon, quoique n'ayant pas encore l'âge prescrit par les canons. On n'a pas la date précise de son ordination ; mais elle eut lieu avant le mois de mars 858, puisque à cette époque il assista en qualité d'évéque à l'assemblée de Quierci. Le crédit de son oncle lui valut la faveur de Charles le Chauve et quelques missions honorables. A l'assemblée de Metz , en 859, il fut un des députés envoyés à Louis le Germanique , au sujet de ses démêlés avec son frère. On le voit encore, en 868, assister à une autre assemblée tenue dans la même ville pour l'accord entre ces deux princes. Il figura aussi dans différents conciles pendant l'intervalle qui sépare ces deux époques : il obtint même une abbaye et l'administration d'une maison royale. C'est peu de temps après la dernière assemblée de Metz que son caractère peu flexible lui suscita de fâcheuses affaires. Soit inquiétude d'esprit, soit qu'il s'y crût obligé par devoir, il entreprit de faire rentrer son église dans quelques domaines dont jouissaient des serviteurs du roi, et ne sut point user des ménagements qu'il devait à son prince. Charles , ayant envoyé un religieux de St-Denis à St-Vincent de Laon pour y être supérieur, non-seulement Hincmar le refusa , mais il lança contre lui des censures qu'il ne voulut point révoquer, quoique son oncle l'en priât. Il usa de la même violence envers d'autres courtisans. 11 excommuniait à tout propos : il excommunia son clergé tout entier, et , si l'on en croit Velly, le roi lui-même (4). Tant et de si étranges déportement s le firent citer devant un concile tenu à Verberie, composé de vingt-neuf prélats et présidé par Hincmar, son oncle. Il y fut accusé et condamné. Il en appela au pape, et demanda la permission d'aller à Rome suivre son appel ; mais il ne l'obtint pas. Il parvint néanmoins à rentrer en grâce , et tout eût été oublié si , l'année suivante , sollicité jusqu'à six fois de souscrire la condamnation des fauteur» de la rébellion de Carloman, il ne s'y fût constamment refusé. Cité de nouveau au concile de Douzy en 871, il y fut déposé, mis en prison, et l'on nomma un autre évéque à sa place. A ce traitement, qu'il avait incontestablement mérité, on en joignit un qui n'admet point d'excuse. On eut la barbarie de lui crever les yeux. U n'est pas certain cependant que son oncle ait eu part à cette cruauté. Jean VIII confirma le jugement qui déposait Hincmar. Ce pape , néanmoins , étant venu à Troyes, Hincmar se présenta devant lui, et dans une harangue touchante lui dépeignit ses malheurs. Jean en eut pitié, et maintenant sur le siège de Laon Henulphe, qui avait été nommé à cet évéché, il réhabilita Hincmar, lai attribua pour son entretien une partie des revenus épiscopaux, et lui permit de reprendre ses
(!) UUl. de t. 2, p. 107.
rno
nio
fonctions pontificales. Ses amis le revêtirent aussitôt des marques de sa dignité; et , après l'avoir mené* au pape, Qs le conduisirent à l'église, où il bénit le peuple. On ignore l'époque de sa mort; mais on sait qu'elle précéda celle de son oncle. Hincmar de Laon est auteur de plusieurs ouvrages, dont peu sont parvenus jusqu'à nous. Le P.Cellot a écrit son histoire et l'a insérée au tome 8 de l'édition des ConciUt du P. Labbe. L'oncle y est exalté aux dépens du neveu. L — t.
HINOIOSA (Pedro de), gentilhomme de la chambre et favori de Gonzale Pizarre, frère du conquérant du Pérou, l'excita à la révolte, fut nommé son amiral en 1348, parut devant Panama avec onze vaisseaux et des troupes de débarquement, s'ouvrit les portes de la ville par une négociation adroite, s'empara de Nombre de Dios , de l'autre coté de l'isthme, et rendit Gonzale maître de la mer du Sud. Mais , gagné l'année suivante par le licencié P. de la Gasca, envoyé par Charles- Quint, il abandonna Gonzale, livra la flotte, et fut récompensé de sa défection par l'emploi de général de terre et de mer. Après la défaite de ï Gonzale, en 1548, llinolosa eut en partage le département d'Indiens qui avait appartenu à ce chef, et qui rapportait plus de cent mille ducats , de rente. Nommé, en 1552, capitaine général de la province de la Plata, il y fut massacré l'année suivante par ses propres soldats , auxquels son ! humeur altière , sa vanité insupportable et son avarice sordide l'avaient rendu odieux. B — 1>. I
HIOUEN-THSANG , nom nouveau et qui mérite la célébrité à bien des égards. Hiouen-thsang est | un bouddhiste chinois du V siècle de notre ère , qui, poussé par une foi ardente, quitta son pays pour aller dans l'Inde à travers les plus affreux j périls chercher les livres sacrés et les traditions ; du bouddhisme, visiter les lieux sanctifiés par la présence du Bouddha ; et qui après un voyage de I seize années revint dans sa patrie, chargé des documents les plus riches et les plus intéressants sur les croyances, les mœurs, l'histoire et la géographie des contrées qu'il avait parcourues. La vie tout entière de Hiouen-thsang est donnée à ces pieux travaux; car, après avoir passé la meilleure partie de sa jeunesse loin de la Chine pour accomplir les dévotes explorations dont il s'était chargé , le pauvre pèlerin y retourne pour appliquer les forces qui lui restent à traduire en langue chinoise les livres sanscrits qu'il a rapportés de l'Inde, au nombre de six cent cinquante-sept. C'est là une des existences les mieux remplies et les plus nobles qu'on puisse citer, et il est bien étonnant que ce soit la Chine qui nous offre le modèle de tant de vertus et de savoir à une époque où notre Occident tout entier était plongé dans les ténèbres les plus épaisses et dans le plus affreux désordre. Hiouen-thsang, originaire du Tchin-lieou, dans le district de Keou-chi, dans la partie occidentale de la Chine, était le dernier des quatre Ois d'une fa mi lie qui avait rempli jadis MX.
dans la province des charges émlnentes. Son père avait renoncé aux fonctions publiques pour se livrer exclusivement à l'éducation de ses enfants. Hiouen-thsang répondit aux soins qu'on prit de lui, et dès l'âge de treize ans il fut admis en même temps que son second frère, et par une rare exception, au nombre des religieux d'un des couvents de Lo-yang. Son noviciat se prolongea pendant quatorze ans à peu près, et durant ce temps il parcourut avec son frère les écoles les plus renommées du pays de Chou et consulta assidûment les docteurs les plus illustres sur les questions qui suscitaient des doutes dans son esprit. Il séjourna plus particulièrement dans les villes de Tching-tou, de King-tcheou et de Tchangan , où il se distingua par son talent dans l'enseignement et la discussion , et par l'étendue surprenante de ses connaissances. Vers l'Age de vingt-sept ans, il résolut d'exécuter le projet qu'il méditait dès son enfance, et à l'imitation de Fa-hien et de Tchin-yen, ■ les premiers lettrés de « leur siècle, d'aller chercher la loi pour servir « de guide aux hommes et faire leur bonheur, » De concert avec quelques camarades aussi enthousiastes que lui, il présenta une requête à l'empereur pour être autorisé à voyager dans l'Ouest ; mais cette demande ayant été repoussée , il s'esquiva presque seul. En partant de Liang-tcbeou , il franchit la frontière malgré la vigilance des soldats chargés de la garder. Une fois hors de la Chine , les fatigues de toute sorte et les périls commencèrent pour lui. Il faillit d'abord périr de faim et de soif en traversant le désert où il fallait entrer pour se rendre au pays des Olgours (l-gou), le premier qu'il rencontrait sur son chemin. Accueilli par le roi de Kao-tchang, un des tributaires de la Chine , il eut grand'pcine h obtenir de continuer sa route, ce roi voulant garder auprès de lui le Maître de la loi. En sortant du royaume de Koutché, il dut pendant une semaine entière voyager dans des montagnes couvertes de neiges éternel les, où il perdit la plus grande partie de son escorte. Il longea ensuite le lac d'Issikoul, et dans la ville de Sou-ché, il visita le khan des Turcs (Tou-kie), qui le reçut somptueusement sous ses tentes de feutre. Uiouen-thsaag séjourna successivement à Samarkand, à Balk et à Bamian, traversa deux fois les montagnes Noires ou l'Indou-koucb, et arriva au royaume d Nagaraliara, où il rencontra lis premiers monum nts du grand roi Açoka, qui, deux ou trois siècles avant notre ère , avait étendu sa domination sur l'Inde entière et jusque dans ces contrées reculées. Ces monuments étaient en général des espèces de pyramides appelées Stoupas, des colonnes avec des inscriptions, des couvents et des temples. Après diverses courses dans le royaume d'oudyâna (l'Aoude actuel), dans la vallée du Sind supérieur et du Panjah, Hiouen-thsang pén :tra dans le Kacheraire, où il resta deux ans à cause des études Si riv uses qu'il y trouva en grand ho.ineur.
La capitale du Kachemire avait été le lieu où i •'était réuni, fpiatre cent dix ans après la mort (le nirvana) do Bouddha, le troisième et dernier con- j cfle qui avait arrêté définitivement le canon des écritures orthodoxes, huit siècles à peu près avant le voyage du pèlerin chinois. A la suite d'excursions diverse» dans les royaumes qui bordent re Gange , Hiouen-lhsang arriva dans le royaume de Kanyâ-koubdja, le C3noge actuel, et H y obtint la haute protection d'un prince généreux et dévot nommé Çllâdîtya. Une fois sur le» bonis du Gange et de la Tamouna , le Maître de j la loi est désormais dans la contrée sainte qu'il est venu chercher de si loin. U visite tour à tour : Çrâvastt, ancienne résidence du roi Prasénailjit , contemporain du Bouddha et du fameux An âtha- Pîndika , nn de ses premiers et plus Qdèles partisans; Kapilavastou , où naquit le Bouddha , prince royal de la race des Çâkhyas sous le nom de Siddharlha ; Kouçinagara, où le Bouddha , s'arrêtant sous l'ombre de quatre arbres de l'espèce «aias, entra pour jamais dans le Nirvana ; Varânaçt(Benarès), «où il Ht pour la première fois tourner la rone de la Loi; » VaiçâU, où il avait étudié à l'école des plus savants brahmanes ; Patalipoultra (îa Palibotra des Grecs) ; Râiljagriha , où se trou v;i i t le fameux Bodhidrouma , ou arbre de l'intelligence , sous lequel le Tathâgala était enfin parvenu è l'état de Bouddha parfaitement accompli, etc., etc. Dans le Hagadha (le Bihar actuel), Hiouen-thsang séjourna cinq ans entiers dans le grand couvent de Nâlanda, où se réunissaient jusqu'à dix mille religieux de tout ordre, et qu'avaient successivement accru fes libéralités des rois et des villes. Durant ce long séjour au milieu des personnages tes plus doetes, Hiouen-thsang apprit la langue sanscrite, à ce point de pouvoir l'écrire de la manière la plus correcte et la plus élégante, et de soutenir en public contre (es brahmanes hérétiques des discussions victorieuses. En sortant du Bfagadha, Hiouen-thsang visita toute la côte orientale de l'Inde , jusqu'au royaume de Tâmralipti. A Kântchipoura,il serait passé dans le royaume de Sinhala (l'Ile de Ceylan), si cette tle n'eût été alors livrée à la guerre civile et à la. famine. Il prit donc son chemin vers l'ouest pour traverser la presqu'île indienne , et visita le MahArishtra ou pays des Mahrattes , le Mal va» les frontières de la Perse, où il n'entra pas, revint vers l'est par le Moultan et le royaume de Parvata , Séjourna de nouveau dans le Magadha et au couvent de Nâlanda , auprès du roi ÇUâdUya qui le comblait de faveurs, et revint en Chine par le même chemin à peu près qu'il avait suivi pour arriver dans l'Inde, en remontant cependant un peu moins vers le nord. Benlré dans sa patrie après seixe ans d'absence, le Maître «le la loi y fut accueilli par l'empereur de la manière la plus bienvrillante et la plus honorable, et un décret Iniji rial le chargea d'écrire officiellement la relation de son voyage de plus de cinq mille n'eues,
UN
et de traduire en chinois toas les ouvrages en langue fan (langue brahmanique, langue sanscrite) qu'il avait rapportés des contrées occidentales, et dont « pas un mot n'était encore connu en langue chinoise. » Hiouen-thsang se retira donc à Tcbang-an dans le couvent du Grand- Bonheur pour se livrer à ce rude travail , et on lui accorda douze religieux sous ses ordres pour revoir les traduction», corriger le style, copier les textes sous sa dictée et Us remettre au net. En moins de trois ans Hioucn-tbsaag put offrir a l'empereur la relation complète de son voyage, d'après les matériaux sanscrits, et la traduction de cinq premiers ouvrages. L'empereur lu.-mëme daigna écrire une préface composée de sept cent quatre-vingt-un caractères pour cette relation-, et sur la demande de Uiouen-lhsang , il fit faire dans tous les couvents bouddhiques de l'empire une immense ordination qui comprit plus de »tîxhuit mille religieux et religieuses. L'eanpereur Thien-wou-ching-hoaag-ti mourut en t> jO ; mais son père ne se montra pas moins bienveillant que lui. Hiouen-thsang , entouré d'estime et de la plus magnifique protection , continua ses travaux, vivant lui-même dans la simplicité la plus modeste et la plus austère; et U mourut en 664, à l'âge de 68 ans, avec on calme et une résignation «lignes «l'un saint et d'un sage, ayant accompli la presque totalité des travaux qu'ri avait commencés. Maigre son dénir formel kmcaft exprimé , l'empereur crut devoir lui faire Caire de splendides fùnéradles ; et son corps fut dépose dans la vallée de Fan-tchouen , où une tour fut élevée eu son honneur. Telle est la vie de Mroweathsang, vie héroïque s'il en fut, toute de foi, de dévouement, de courage, <f abnégation , de labeur, de piété sincère et iaallérable. Dans les annales de l'humanité on ne rencontre qae bien peu de figures aussi sereines, aussi pures et aussi dignes d'admiration et de respect. U faut dire que Hiouen-thsang est d'une superstition et d'une crédulité sans bornes , et l'on pourrait citer an ce travers de son esprit des exemples aussi nombreux que ridicules. Main la supetstitiee n'est pas un vice de l'âme, et Les plus balles intelligences ne s'eu sont pas défendue». C'est d'ailleurs le défaut du siècle et du peuple où «il Hiouenthsang ; c'est surtout le défaut de la religion i laquelle il croit de toutes le» forées de son coeur, et le bouddhisme se distingue sous ce rapport par les aberrations les pus tacmyabks. Il faut donc être indulgent pour Uioueo-lh>aiu;, et malgré les fables trop souvent absurdes dont son livre est plein , il ne faut pas méconnaître tout ce que ce livre renferme de curieux et de vraiment intéressant. L'auteur du présent article a anootre par une longue analyse, insérée daas le JorwU asr taeattU . quelle abondance et quelle richesse de renseignements sont accumulées dans ce voyage. ' D'abord la géographie peut y puiser a pleine» mains, et comme l'aspect des liens ne change pat,
mo
les indications données par Tobservateur chinois, fl y a douze cents ans et plus , peuvent être de nos jours aussi utiles, aussi exactes que de son Temps. Les descriptions de pays et de villes, mémo quand il ne reste plus que des ruines de cites Jadis florissantes, n'ont rien perdu de leur attrait et de leur vérité. Les travaux d'un savant géographe, M. Vivien Saint-Martin, l'ont bien prouvé, et ses recherches sur Vlnde ancienne ont trouvé dans le voyage de FTiouen-thsang une mine presque inépuisable. L'histoire a moins à gagner que la géographie, parce que l'histoire n'a jamais été comprise par les Chinois ou par les Indiens comme on la comprend de notre temps ou plutôt depuis le temps des Grecs. Mais 11 y a cependant dans les réchs de Hiouen thsang une foule de traditions locales os générales que les historiens feront bien de consulter en les interprétant surtout en ce qui concerne les premiers temps du bouddhisme. Mais ce que le voyage de fliouen-thsang fait merveilleusement connaître, c'est l'état du bouddhisme dans l'Inde au moment où il la visite: le culte, les écoles, les monuments, les couvents, les dissensions des religieux entre eux sur les points obscurs de la doctrine, les ouvrages dont on se sert, les titres des ouvrages les plus respectés et les plus importants , les noms des docteurs les
Elus autorisés, en un mol tout le mouvement regieux de l'Inde bouddhique au 7* siècle, lequel est le seul mouvement intellectuel de ces peuples. Hiouen-thsang , on le sait, n'est pas le premier pèlerin chinois qui ait accompli ce périlleux voyage. M. Abet Rémnsat nous a donné la relation de Fa-hien, qui320 ans avant Miouen-tsang a fait à peu près la même entreprise. A côté de Fabien comme après Hiouen-thsang lui-même , on connaît encore d'autres pèlerins dont on a conservé également les recils ; mais il n'en est pas un d'entre eux qui soit comparable au Maître de la loi, ni pour l'intelligence et le savoir, ni pour l'étendue et la |trofomleur des recherches. Il se distingue non pas seulement parmi les religieux et les d. vots bouddhistes ; mais encore parmi les hommes d'Etat, les fonctionnaires civils et militaires que la politique des empereurs a envoyés très-souvent visiter les royaumes de l'Ouest, l'Inde entre autres, et qui ont écrit comme Hiouen-thsang le récit de leurs observations. Tous les détails qui Tiennent d'être rappelés, et une foule d'autres qu'il faut nécessairement ici passer sous silence sont consignes dans deux ouvrages que nous lierons tous les deux à la science incomparable de M. Stanislas Julien, notre illustre sinologue. Ces deux ouvrages sont l'Histoire de la vie de Hiouenthsang et ses' voyages dans l'iode par deux de ses dif cip es, Hoel-li et Yen-lhsoog, et les Mémoires de Him.en thsang lui-même traduits du sanscrit, ou pour mieux dire extraits de documents indiens. 11 est facile de comprendre que ces deux ouvrages, dont la destination était si différente, ont eba-
Hlf 451
. cun un caractère particulier. La biographie contient surtout desdt-'lails personnels qui présentent un très-grand charme, en même temps qu'ils sont
| très-instructifs ; les Mémoires sonl d'un style
] beaucoup plus sévère ; ils se bornent à la description statistique, géographique et monumentale des royaumes indiens. La personne de Hiou< nthsang en a eomide'tement disparu ; et sans les notices bibliographiques qu'en a données l'érudition chinoise , on ne saurait absolument que par le titre qui en est l'auteur. Les Mémoires et la biographie se complètent parfaitement l'un par l'autre; et en les réunissant on a une histoire entière de la vie et du voyage de fliouen-thsang. La biographie, rédigée par Hoeï-li et achevée par Yen-thsong, est un livre très-bien fait, et l'on peut croire qu'au 7e siècle de notre ère personne dans notre Europe n'eût été capable de faire un livre aussi bien composé. Pour connaître le sujet traité brièvement dans cet article, il faut lire d'abord les fragments d'ailleurs très-insuffisants de Hiouen-thsang donnés dans les notes du Koékoué-ki de M. Abel Rémtisat, et puis les deux volumes de M. Stanislas Julien : Histoire de la me de ïïiûwn-thsatig et de srt voyages dans l'Inde (de l'an 629 a l'an 645 de notre ère), Paris, imprimerie impériale, 1853 , 8° lxxxiv, 472 pages; et Mémoires sur Us contrées occidental' s (Si-yu-ki), traduits du sanscrit en chinois en Tan 648 par Hiouen-thsang et du chinois en français par M. Stan. Julien, 1. 1, Paris, imprimerie impériale, 8-lxxxhi, 493. M. Vivien Saint-Martin a joint à cel ouvrage une très-beHe carte de l'itinéraire de Hiouen-thsang. M. Stanislas Julien compte donner sous la même forme tous les voyages des pèlerins bouddhistes qui nous ont été conservés, et
[ ces deux volumes sont les premiers de cette collection infiniment curieuse. On peut joindre encore aux ouvrages qui viennent d'être indiqués les ana-
| lyses qu'en a faites l'auteur de cet article dans le Journal des savants, cahiers de 1855, 1856 et 1857. Cette anal> se donnc«n substance cequ il y a de plus important dans ces documents divers. B S. H.
H1PPAHCUJA, native de Maronée, ville de Thrace, florissait sous le règne d'Alexandre le Grand Issue d'une famille honnête et douée de quelques charmes , elle se vit recherchée par plus d'un parti distingué. Mais ayant entendu plusieurs fois les discours du philosophe Cratès (coy. Cbatêsj, elle se prit pour ce cynique d'une passion iue rien ne put détruire. Ses parents tirent de vains efforts pour la détourner d'une union aussi ridicule, fls recoururent à Cratès lui-même. Le philosophe, pour plaire à la faurille, déploya «levant Hipparchia toute son éloquence. Il lui montra sa bosse, car fl était difforme ; H lui peignit su misère ; et , mettant à terre son manteau, sa besace et son bâton : « Voilà, dit-il, tout mon avoir, et les seuls « biens que vous aurez en partage. — Que m'im-
i « porte 1 reprit la jeune liHe; je méprise l'opu- « lence ; c'est Cratès que je veux. Je ne trouverai
« jamais d'époux plus beau ni plus riche que lui.» Cela «lit, elle prend le costume des cyniques , et l'unit à Cratès. Celui-ci la conduisit sous le portique (on veut que ce soit le Pœcile) ; et , dans ce lieu le mariage fut consommé , coram luee clarisrima, dit Apulée. Un ami de Craies les couvrit de son manteau pour dérober leurs amours aux regards des curieux. On aurait peine à croire un tel excès d'impudence, si l'on ne connaissait l'opinion des cyniques sur ce qu'ils appellent les préjugés sociaux. Ces derniers furent tellement édifiés du dévouement d'Hipparcbia , qu'ils instituèrent , en mémoire de son mariage, une fête que l'on nomma cynogaraie, et que l'on célébrait au Pœcile. Pierre Petit a fait un poème latin sur oc sujet (1). Hipparcbia , conformément aux usages des cyniques, accompagnait Cratès en tous lieux et le suivait 1 dans les festins. Se trouvant un jour chez Lysi- ! maque avec Théodore l'athée : « Ce que tu fais ■ sans blesser les lois , dit-elle à ce dernier, est « une action irrépréhensible ; je puis donc égale- « ment le faire. Or il t'est permis de te battre ' « toi-même ; donc je puis te battre aussi. » Théodore, pour toute réponse, se jeta sur elle, et lui arracha son manteau. Hipparcbia composa plusieurs ouvrages qui ne nous sont point parvenus. Suidas lui attribue des Questions à Théodore, des Hy/Mithéses pbilosophlqueset Epicheremataquœdam. Ménage, corrigeant un passage de Diogène Laêrce, dit qu'elle publia des Lettres adressées à son mari , dont le style ressemblait à celui de Platon, et qu'elle composa des tragédies. Ilipparchia avait un frère nommé Métocies, qui fut disciple de Cratès : elle eut de ce dernier un lils appelé Pasiclès. D. L.
HIPPARQUE , le plus grand astronome de l'antiquité, sans aucun doute et sans aucune comparaison, était de Nicée en Bithynie (2). On ignore la date précise de sa naissance et celle de sa mort. Ptoléraée nous dit expressément qu'il observait à Rhodes , dans les années 619 et 620 de Nabonassar, c'est-à-dire l'an 128 et l'an 127 avant notre ère. Théon, dans son commentaire sur la Syntaxe mathématique, ajoute que Ptolémée calcule tous set exemples pour le parallèle de Rhodes, parce qu'llipparque a fait dans cette ville une longue suite d'observations. Aucun auteur ancien n'a dit qu'il ait été à Alexandrie ni qu'il y ait fait le moindre séjour. L'anonyme alexandrin qui, dans une note sur le livre des levers et des couchers de Ptolémée , explique en quels lieux ont été fait* s
(I) Cyogamia , tivt à» Cralêtis H Sippérek'm amoribus. Par», I- 77 in a», « .Un» le recueil de* Po«*ie* de Petit. Noue tvu. » luui un ruinai, uki libre, inUtulé Aihcrappik ■ »gramme u //■/^.n'ci... //mair» frnqut. Paria, 1748, in- 12, dont il ckirtc une autre édition nous ce t. Ire : uipparckus , histoire gâtante trauutte iu grec, etc , Lam|>sa.jue , l'an de ce «onde, in-13; et H'pp-ntkia tt Vrntit , coule pk>ln,opkiqme , renoueele de* Oreca, par un habitant de PoUdam , 1787, in 12 de 8B pag*«- Plu* récemment on a lait paraître Ootfj et Hipva^e, roman de Wialand, traduit par M. Vandcrbourg, Paria, 1818, i to.. in-18.
\'s\ Suida* lui donne le aureom de Nicen; lui-même dan* «on Commentaire sur tratui , prend celui ds h thym », Pline l'appelle «*»■<•«» . parce qu'il fixa «on séjour à tUodca, et qu'il y compost la plupart de »ea ouvrages.
les observations diverses rapportées dans cette
espèce d'almanach , nous apprend que celles qui sont d'Hipparque ont été faites en Bithynie ; et l'on voit qu'elles doivent être de sa jeunesse. Flamsteed a écrit, et tous les astronomes ont répété sans examen, qu'Hipparque observait a Alexandrie. Cette erreur, assez indifférente, a été causée par un passage de Y Astronomie de Ptolémée , dans lequel on voit une liste d'équinoxes exactement observés par Hipparque , et dont il s'était servi pour trouver la longueur de l'année. A l'un de ces équinoxes, qu'il déclare si exacts et qui s'accordent si bien entre eux , il ajoute cette note : qu'en celte année le cercle qui est à Alexandrie avait paru tout entier dans l'ombre deux fois dans la même journée, ce qui laisse une incertitude de cinq heures sur l'instant précis de I'équinoxe. Cette observation d'Alexandrie ne peut donc être classée parmi celles dont on peut faire usage. Ce n'est pas celle qu'Hipparque a calculée comme incontestable, lui qui rejette les observations des solstices , parce qu'on peut s'y tromper de six heures. D'ailleurs Hipparque, en parlant du cercle d'Alexandrie , s'exprime en homme qui ne l'a jamais vu, et qui ne le juge que d'après des observations qui lui ont été communiquées. Au reste , cette question n'est d'aucun intérêt véritable pour l'astronomie. Rhodes et Alexandrie étaient supposées sous le même méridien : les heures y devaient être les mêmes ; et si, dans deux occasions, Ptolémée nous avertit expressément qu'Hipparque observait à Rhodes, c'est que le calcul de ces deux observations employait la hauteur du pôle, qui était de 36* à Rhodes, et qui n'était que de 31 • environ à Alexandrie. Le Commentaire sur Aratus ne fait mention que de Rhodes; c'est pour cette ville ou pour Athènes qu'llipparque fait tous ses calculs. Dans tout ce qui nous reste de lui , on ne voit rien qui exige la connaissance du lieu qu'il habitait. Ses observations des déclinaisons des étoiles, qui seules auraient pu décider la question, sont malheureusement perdues , et ce n'est pas pour celte raison que nous devons les regretter. Elles nous auraient donné des lumières plus certaines sur la quantité de la précession dans ces temps éloignés. Hipparque est le premier auteur de cette remarque fondamentale. Le premier, il s'aperçut que toutes les étoiles paraissaient avoir un mouvement parallèle à l'écliplique t il s'en lit nierne une idée plus exacte que ses successeurs ; car ce n'était pas aux étoiles qu'il attribuait ce mouvement, mais à I'équinoxe, d'où se comptent toutes Us longitudes. Il avait établi cette doctrine dans un ouvrage qui est perdu, et qu'il avait intitulé De la rétrogradation des points équinoxiaux. Pour déterminer la quantité de ce mouvement , il n'avait 4 ut- les observations de Tiiuocharis et d'Ansldle qu'il pût comparer à celles qu'il avait faites luimême. Toutes ces observations étaient encore trop peu précises , et l'intervaUe qui les séparait trop