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mise, et qui n'a été rectifiée que mille ans plus tard par les Arabes. On lui doit les premières tables des mouvements du soleil et de ceux de la lune. Par trois éclipses, choisies dans des circonstances favorables, il sut déterminer l'excentricité de l'orbite lunaire, avec une précision à laquelle on n'a presque rien ajouté. Il a donné les règles du calcul des éclipses tant de la lune que du soleil. U a déterminé, avec une précision remarquable pour le temps, la distance de la lune à la terre , ou , ce qui revient au même , sa parallaxe. Celle du soleil est trop petite pour qu'on pût la déterminer avec les instruments qu'on avait alors : il reconnut qu'on pouvait la faire aussi petite qu'on voudrait, ou tout à fait insensible. Mais pour ne pas s'écarter sans raison suffisante de quelques idées reçues, il se contenta de la faire dix-neuf fois plus petite que la parallaxe lunaire, parce qu'Aristarque croyait avoir démontré que la distance du soleil à la terre était dix-neuf fois environ aussi grande que celle de la lune. Cette erreur subsistait encore au temps de Copernic, de Tycho, et même de Képler. Ce dernier est le seul qui manifeste quelque doute à cet égard ; et il s'exprime à peu près dans les mêmes termes qu'Hipparque. Ce père de l'astronomie avait aussi remarqué que l'excentricité de la lune , indiquée par les éclipses , devenait insuffisante , surtout dans les quadratures ou dans les quartiers, lorsque la lune est dichotome , c'est-à-dire moitié obscure et moitié éclairée. Il avait entrepris une longue suite d'observations dans les diverses positions de la lune pour lâcher de découvrir les inégalités de son cours; mais ces inégalités étaient trop nombreuses : il n'en put reconnaître la loi. Ptolémée, plus hardi ou moins scrupuleux, établit sa théorie sur trois observations d'Hipparque , et détermina avec un rare bonheur la principale de ces inégalités, ou le double de ce qu'on appelle aujourd'hui l'érection. Hipparque avait encore déterminé les révolutions et les moyens mouvements des planètes; mais ne trouvant pas dans les observations de ses prédécesseurs ce qui eût été nécessaire pour établir une théorie complète de tous les mouvements, ni pour en construire des tables, il s'attacha du moins à les observer dans les circonstances les plus propres à faciliter cette recherche aux astronomes qui viendraient après lui. C'est Ptolémée qui lui rend ce nouveau témoignage , et qui nous dit ■ qu'après tant d'heu-
■ reux travaux , Hipparque sentit lui-même qu'il
■ lui convenait peu de hasarder des hypothèses « incertaines et de ne pas faire beaucoup mieux « que tant d'astronomes auxquels il s'était montré
■ si supérieur. ■ Il indiqua du moins les moyens qui pouvaient seuls conduire à la solution du problème. Ptolémée recueillit encore cet héritage; il suivit le plan d'Hipparque, et calcula les premières tables «les cinq planètes. On est seulement étonné qu'il n'y emploie aucune de ces
«4 IflP
observations nombreuses qu'il nous dît lui-même quffipparque avait faites et rangées dans un Ordre méthodique : il ne se sert que de ses propre» observations , et ne nous en transmet que le nombre strictement nécessaire pour fonder ses the'ories. Pline ne parle qu'avec enle des travaux de notre grand astro- : « H a prédit, pour six cents ans, le
■ cours des deux astres ( le soleil et la lune) ; « "FI a marque les mois , les jours , les heures et
* la position des lieux où l'on pourrait observer « les phénomènes ; il a pris les siècles à témoin ; « il a parlé en confident et en interprète de 1a « nature- * Le sens le plus naturel qu'on puisse donner à ce passage, c'est qu'lfîpparque, après avoir fait les tables du soleil et de la lune , et trouvé sa méthode des éclipses, avait aussi composé des éphémérides de ces mouvements et de ces éclipses pour six cents ans ; et nous voyous en effet, par un passage inédit deThéon, que les astronomes faisaient des almanacbs où l'ou annonçait, pour chaque jour, les positions du soleil, des planètes et de la lune, les phases, les éclipses, les as|iccts, les configurations, et tout ce que ces aspects pouvaient présager de Fâcheux ou de favorable. Ces éphétnérides grecques ne ressemblaient pas mal à celles qu'on faisait en Europe dans les 14», 15" et 1G» siècles, liais nous n'avons aocun indice qullipparque ail accordé la moindre confiance aux rêveries astrologiques desChaldéens on des Egyptiens. Nous ne pouvons pas en dire autant de l*tolémce. Pour en revenir à Pline, nous remarquerons que son style poétique a fait tomber son traducteur dans une bévue assez plaisante. En parlant des éclipses annoncées par Hlpparque, Pline se sert du mot praciuuil ( il a chanté d'avance, c'est-à-dire il a prédit). Le traducteur a pris son auteur au mot , et il s'est imaginé qullipparque avait écrit en vers. » Hipparque, « jamais assez loué ( c'est toujours Pline qui nous
• parle), aperçut une étoile qui s'était formée de « son temps ; et soupçonnant qu'il pouvait s'en » former souvent de semblables , il osa enlre- « pr ndre un ouvrage qui n'eût j>as été sans
■ difticutté même pour un «lieu {rem deo impro- « tVim), c'est-a-dire la description des étoiles. « il imagina des instruments pour en déterminer
■ les positions et les grandeurs, afin que l'on put « constater si les étoiles naissent ou meurent, si » eiles croissent ou diminuent, laissant ainsi le « ciel en héritage à celui qui saurait l'imiter. » Pline ne dit pas si cette étoile, née du temps d'Hipparque, était restée au ciel, ou si elle s'était et. mie pi-u de temps après. La chose est possible; et nous en avons deux exemples célèbres dans les étoiles de Cassiopée et du Serpentaire , qui out été décrites par Ty cho et Képler, et qni ont eu une existence si brillante et si passagère. Ptoléuiée n'en fait aucune mention , pas même dans le chapitre où il nous transmet le» alignements observes par Hipparque, dans la vue de prouver
nu»
que les positions des étoiles entre elles sont invariables : c'était le lieu de nous dire que, si elles occupaient constamment les mêmes places dans le ciel, le nombre n'en était pas absolument déterminé, et qu'il en paraissait quelquefois de nouvelles qui ne brillaient qu'un temps assez court. Nous ignorons absolument où Pline a pu puiser cette anecdote t tn la supposant vraie, nous en conclurons que l'étoile d'Hipparque a disparu comme celles de Tycbo et de Képler; car elle devait être assez brillante pour attirer l'attention dans un temps où l'on n'avait aucune description du ciel. Or, dans le catalogue de Ptclémée, qui n'est autre que celui d'Hipparque, nous ne voyons aucune étoile brillante qui ne fût connue anciennement, puisqu'on ne la donne pas comme nouvelle. En parlant de quelques changements faits par Hipparque aux constellations anciennes, Ptolémée n'eût pas manqué «le nous désigner Féloile à l'occasion «le la^ueUe avait été entrepris un ouvrage si important et si nouveau. Ce travail était surtout devenu nécessaire depuis la découverte de la rétrograilation des points equinoxiaux. Par ce mouvement , les étoiles s'approchaient ou s'éloignaient «les pôles du mouvement «liurne ; les phénomènes des levers et des couchers, des apparitions et «fîsparitions des étoiles, changeaient œiitinurNement; un globe c«:icstc , dessiné pour une époque , cessait d'être exact en moins «le cent ans. On n'avait aucune règle directe ou assez sûre pour calculer ces changements : mais les étoiles conservaient toujours la même position par rapport à l'ècliptîque. Il en r«;»ultait la nécessité d'un changement de système. Au lieu «l'observer des ascensions droites et des déclinaisons, comme on avait fait jusqu'alors , et pour s'épargner des calculs immense» , Hipparque voulut observer «lirrctement les longitudes et les latitudes : c'était le seul moyen de faire un ouvrage durable et commode. (1 fallait des instruments nouveaux : Hipparque imagina l'astrolabe pour rapporter les positions des étoiles à l'écliptique. Nous avons encore quelques-unes des observations qullipparque a faites avec cet instrument, «lont on ne trouve aucune mention avant lui , et que ses successeurs out imité. Pline nous dit , en effet , qu'il inventa de* instruments pour «létermîner les positions el les grandeurs. L'astrolabe donne les positions. Quaut aux grandeurs, les étoiles ont un si petit diamètre, qu'aujourd'hui même nous n'avons aucun moyen assez délicat pour les mesurer. Hipparque invrnta la dioptre, donlThéon nous a laissé la description; mais elle ne servait «ju'à mesurer ou plutôt a comparer les diamètres de la lune et «lu soleil. De tous les ouvrages d'Hipparqne, il ne nous reste que son Commentaire sur le poème d Arafat; c'est le moins important de tous : c'est une production de sa jeunesse, ou au moins d'un temps où il n'avait pas encore changé sa manière d'observer, parce qu'il ignorait le mouvement de l'équatcur et de»
points équinoxiaux. Aratus avait déjà plus d'une fois été commenté , mats par des auteurs qui , pour la plupart , n'étaient ni géomètres ni astronomes, ilipparque, voyant que ses observations ne s'accordaient ni avec les vers du porte, ni avec les notes des scohaslcs , crut qu'il serait utile de relever les erreurs des uns et des autres. Quel- , ques juges, fort incompétents en ces matières,. ; en ont pris occasion de l'accuser d'être un cen- J seur amer et jaloux : il proteste en commençant j qu'il n'a pas la petitesse de chercher a convaincre les autres des fautes qu'ils ont pu commettre, et qu'il n'a eu en vue que rintérêt de la science et celui de la vérité. Il nous apprend qu' Aratus n'avait fait que mettre en vers deux. ouvrages d'Eu- , dose, et qu'on ne peut le rendre responsable des erreurs de son guide. Souvent il défend Aratus et Rudoie contre leurs critiques t quand Us ont raison, d met à démontrer leur exactitude le | même soin qu'il apporte à prouver leurs erreurs quand ils se sont trompes. En aucun endroit on | ne voit cette aigreur qu'a cru remarquer Bailly, qui ne le lisait pas dans sa langue ; on ne voit qu'une critique devenue nécessaire , toujours douce et toujours modérée. Il est loin de profiter de tous ses avantages; et plus lard il eut eu bien d'autres reproches à faire au poème eu plutôt à l'auteur original. Après avoir créé l'astronomie véritable, Uipparque donna la première idée d'un I système exact et complet de géographie. U montra qu'on ne pouvait déterminer Us positions respectives des villes» des provinces, des royaumes et de leurs limites , qu'en partageant le globe de la terre en cercles semblables et correspoadaot à ceux de la sphère céleste , que par les distances au pôle ou à L'équateur, et par les diu* reaces des méridiens. Un avait déjà quelques idées confuses de ces divisions. Pythéas avait employé le gneajon à déterminer la hauteur du pôle dans les divers lieux. qu'U avait visites ; mais le gnomon donnait toutes les latitudes trop faibles d'un quart de degré : pour les avoir plus exactes, il fallait employer les cercles qui servent en astronomie à mesurer les déclinaisons des étoiles. Un avait bien remarqué grossièrement que les éclipses de lune n'arrivaient pas exactement aux mêmes heures à Habylonc, ea Grèce ou en Egypte; mais on n'avait aucun moyen pour mesurerces différences. La trigonométrie d'ilipparque donna des méthodes plus sures pour déterminer l'heure dans les lieux divers où la même éclipse serait observée. Ses tables de la lune el du soleil pouvaient suppléer a l'observation qui n'aurait pu être faite dans un lieu connu. Le voyageur qui aurait rapporté une éclipse de lune et une bauteur méridienne du soleil avec une hauteur d'un astre a l'instant de la, plus grande éclipse, pouvait remettre cea éléments à un astronome, qui en aurait conclu la position véritable du lieu de l'observation : et c'est ainsi qu'avec le temps la géographie devait acquérir quelque certitude. A
la vérité* , ces moyens étaient loin encore de la précision qu'ils ont acquise par l'invention des. lunettes et des horloges : mais ils étaient les plus exacts ou plutôt les seuls qu'on eût alors. Si l'on pouvait se tromper d'un quart de degré sur la latitude, U était comme impossible, à moins d'un heureux hasard, de ne pas se tromper de pl raieurs. degrés sur les longitudes. On ne pouvait donc avoir aucune géographie réelle : tout au plus pouvait-on se procurer quelques cartes tepograpbiques un peu passables. On pouvait mesurer assez exactement le chemin qu'on avait fait pour se rendre d'un Ueu dans un autre ; sn pouvait estimer à peu près la direction du chemin par rapport à la méridienne; «n pouvait combiner entre elles ces distances et ces directions » les reo tiûer un peu les unes par les autres ; mais la grande géographie était une scienee purement conjecturale. Telle avait été nécessairement la géographie d'Eratosthéne ; telles devaient être aussi les remarques qu' Ilipparque s'était permises sur cette géographie. Ni l'un ni l'autre n'avaient pu visiter les heux qu'ils décrivaient d'après les mémoires des voyageurs : et parmi ces voyageurs, combien pouvait-on compter d'agronomes? Combien île positions pouvait-on supposer, déterminées par des observations astronomiques? Straboo , venu après Li atosibene a après Uipparque, a voulu se coustitner juge entre ces deux astronomes; et l'on voit qu'il n'avait hù-meinc aucune idée de mathématiques. 11 montre une grande partialité pour Êratosthène; et cependant il est obligé de lui donner tort en beaucoup d'occasions , et de se ranger à l'avis d'ilipparque, auquel il reproche put» d'une fois de parier trop souvent en géomètre; aujourd'hui ce reproche serait plus que singulier, on plutôt son auteur n'oserait le hasarder : assis en se reportant même à l'époque où vivait Straboo, en jugeant les objections qu'il fait à lup parque d'après les connaissances d'alors, eu ne pourra s'empè» cher de plaindre le critique, el de regretter qu'il n'ait pas employé à étudier Ilipparque une partie . du temps qu'il a perdu à le combattre. LeConsmentaire d'Hipparque sue Aratus parut en grec, avec la traduction d'Uildéric, in-folio, à Florence, chea. les Juntes, en ISliT r il fut véimpriute pas Pétau, dans son Uranoloaiou , en 1030 et 1705. Les titres de ses ouvrages perdus sont : Ursenplit» du tiel itotU i Des grandeurs et dtt é*Umcm du laletl et de In lutte ; Des escenttons des duuue signes; Du moueemtnt de la lum en latttué». Dm mois Imame ; De ta longueur 4e Cannée; l* U ritrooradedum des poinis équt naxtanœ et nlsttriuux, CrUifU* de le, aéoaraphie d'èruleethène (Pline en parle avec beaucoup d'estime) ; RrprèsenxatHm du la sphère sur un jdem (on peut soupçonner que le planisphère de Ptolémée n'en est qu'une copie ou qu'une nouvelle édition); TabUs des cordes dm cercle, en douze livres; Traité des leuers et dut coucher» des étoiles. C'est dans ce dernier ouvrage
qu'Hipparque avait démontré «es principes de trigonométrie sphérique , science alors entièrement nouvelle et sans laquelle il n'y a point d'astronomie. D — l — e.
HIPPEL (Théodore-Théophile d*), un des plus spirituels écrivains de l'Allemagne, naquit le 31 janvier 1 741 à Gerdauen, petite ville de laPrusse orientale, où son père, d'une famille noble , mais qui était déchue par l'effet de la pauvreté, tenait un mince pensionnat. Il décela de bonne heure dans toutes ses études une aptitude extrême ; mais ce qui dominait surtout chez lui , c'était l'imagination Aussi toutes les histoires absurdes et fantastiques, toutes les hallucinations des mystiques le captivaient-elles vivement. 11 aimait la solitude pour s'y livrer à ses chimères , pour créer ses châteaux à féerique architecture, pour broder ses mille et une nuits à lui de peintures et d'ombres chinoises. Aussi son esprit ne se dégagea-t-il jamais complètement du réseau du mysticisme et crut-il toujours à des forces, à des actions occultes. Grâce à l'habileté de son père et d'un ministre de l'Évangile qui lui servait de second, Hippel avait très-rapidement achevé ses études préliminaires. A quinze ans il se rendait à l'université de Kœnigsberg pour y suivre lescoursde théologie : la philologie, la philosophie, les mathématiques l'occupèrent en même temps. Le profond jurisconsulte hollandais VVogt, alors conseiller de justice à Berlin, l'admettait dans sa maison et agrandit beaucoup la 6phère de ses idées en le familiarisant avec les premières notions du droit , que dès lors il se sentit le désir d'étudier, et en le mettant à même d'apprendre le hollandais. Hippel était aussi fort lié avec un officier au service de Russie , le lieutenant de Keyscr; et, à sa persuasion, il le suivit en 1760 à St-Pétersbourg , où la compagnie de son ami le lit admettre dans des cercles distingués. Il n'eût tenu qu'à lui de se faire une position en Russie , mais il préféra revenir dans sa patrie, et accepta une éducation particulière dans une maison noble. Là commencèrent à s'exercer perpétuellement chez lui les hautes facultés d'observation qu'il avait reçues du ciel , et qui trouvaient alors à saisir, avec des traits précieux et caractéristiques, ces nuances fines et fugitives qui rompent, aux yeux des habiles, la monotonie cl l'uniformité du grand monde. C'est là aussi •qu'il sentit les premières atteintes d'une passion qui joua un rôle immense dans sa vie et à laquelle il dut en partie ce qu'il fut. La jeune personne objet de cet amour était beaucoup au-dessus de lui par sa position et par sa fortune. Il jura de s'élever à son niveau; et la force de volonté, la
Kvté des moyens qu'il déploya pour arriver au méritent de servir de modèle à ces jeunes ambitieux qui , sans talents , sans conscience et sans résolution, s'abattent, se souillent et se désespèrent au premier pas qu'ils risquent dans la carrière. Quant à Hippel , il commença par se dire que la jurisprudence serait pour lui la clef
des richesses et des honneurs qu'il aspirait à posséder, et il se livra de toutes ses forces à cette science, sans toutefois abandonner son éducation particulière, si ce n'est en 1768. Libre de ce lien, il redoubla d'activité, suivit les tribunaux ainsi que les cours , subit de rudes examens. Décoré enfin du titre d'avocat , il établit un cabinet de consultation; et, plaidant, conseillant, dirigeant tour à tour, il se fit un grand renom de probité, de savoir et de talent oratoire. Les honneurs, les fonctions administratives vinrent successivement, magiquement en quelque sorte , et comme il se l'était prophétisé à lui-même en se traçant un plan de vie, le chercher au milieu des dossiers et des clients. En 1780 il réunissait les fonctions de bourgmestre de Kœnigsberg et de directeur de police au double titre de membre du conseil de guerre et de président de la ville. Un dip\ôme impérial avait reconnu et ravivé sa noblesse. Les richesses aussi vinrent embellir cette position florissante. Mais, chose bizarre, ou simple peut-être, il avait renoncé depuis longtemps à la possession de celle dont l'image l'avait animé et poussé sur la route de la fortune. Lors de l'incorporation de Dantzig à la monarchie prussienne, il fut chargé de diverses négociations ou transactions par le gouvernement. Les contestations aplanies, il revint à Kœnigsberg, et c'est là qu'il mourut, encore jeune, en 1796. Il laissait cent quarante mille thalers; mais surtout il laissait de lui la plus haute idée, et, quoique prisé très-haut pendant sa vie , il fut classé plus haut encore après sa mort : l'enthousiasme fut même un instant assez voisin de l'engouement; aujourd'hui cette admiration s'est attiédie, mais on ne saurait nier qu'elle n'ait été très - excusable , d'abord à cause de la coquetterie avec laquelle Hippel avait toujours eu soin de cacher ses publications sous le voile de l'anonyme, logogripbe ou charade que quelques curieux s'occupent toujours, non silencieusement, à deviner, puis à cause du mérite intrinsèque de ces ouvrages si mystérieusement jetés au public. Les femmes surtout, chez lesquelles il a su lire si intimement, le lisent avec délices. Mais il n'est pas donné à toutes de le comprendre, et plus d'une s'imagine l'avoir lu qui n'a vu que les lettres et les mots de son livre Hippel, à coté des plus capricieuses fantaisies, des plus vagabondes arabesques, place la philosophie de Kant et veut donner à ses lecteurs un avant-goût de la Critique de la raison pure , qui n'était pas imprimée lorsqu'il assumait cette tache. Savant en histoire d'ailleurs, et jugeant à merveille la socialité, la politique, les antinomies et les insuffisances contemporaines, il y fait à tout instant des allusions , mais brusques, mais elliptiques et profondes, qui supposent déjà la connaissance intime, ancienne de la surface ; il est amer et pessimiste en ces occasions. Dans d'autres morceaux , il se montre tout I diff.rent, il est poète , Il tourne a l'églogue; Ju-
vénal devient Gessner, le fouet fait place à la boulette. Voici les principaux outrages d'Ilippel » i* Du mariage. 1774; S- édition, 4825. Ce n'est point là une satire, c'est un panégyrique sérieux et très-fiéduisantde l'institution conjugale: on s'étonne seulement que l'auteur, après avoir si persuasivement harangué les deux sexes, soit resté 1 célibataire. Au reste le nom du panégyriste fut I ' longtemps une énigme, et Borowski, plus de vingt ans après, écrivait encore un livre sur ' l'auteur du Traité du mariage (Kœnigsb< rg, 1797). i° D* l'amélioration unie des femmes, Berlin, 1792; 3" De (éducation des femmes, ibid., 1801 ; 1° Carrières humaines en lignes ascendantes avec les annexes A.B C, ibid., 1778-1791 , trois parties. C'est le plus excentrique des ouvrages d'Hippel. 5° Mon autobiographie; G0 Les caravanes ab hoc et ab Aie du chevalier A àZ, Berlin , 1793 et 1794, 2 vol.; 7° Zimmermann H et Frédéric II. ibid., 1790 ; 8° Des comédies et poésies diverses (chants spirituels, tableaux idylliques de la nature, etc.), par H.-Frédéric Quittenbaum (cognassier), sculpteur en bois. Reimer a publié une édition de ses œuvres, Berlin , 1827. P— ot.
m nias et HIPPARQUE, (Us de Pisistrate, succédèrent à la souveraineté d'Athènes, l'an 528 avant J.-C. Sages dans leur gouvernement et faciles dans leurs mœurs, ils avaient ces vertus obscures que l'envie pardonne, et ces vices aimables qui échappent à la haine. Peut-être eussent-ils transmis le sceptre à leur postérité sans un événement qui détermina un autre ordre de choses. Hipparque , insulté par llarmodius, Athénien plein de courage , voulut s'en venger par un affront public qu'il fit à la sœur de ce dernier. Harmodius , la rage dans le cœur, résolut avec Aristogiton , son ami, d'arracher le jour au tyran de sa patrie. Le jour de l'exécution étant lixé à la fête des Panathénées, les conjurés se rendirent au lieu désigné. Hipparque tomba sous leurs coups (514 avant J.-C.) : mais son frère leur échappa. Heureux cependant s'il eût partagé la même destinée! Aristogiton, présenté à la torture, accusa faussement les plus cbers amis d'Hippias, qui les livra sur-le-champ aux bourreaux. L'amitié offrit ce sacrifice terrible aux mânes d'Harmodius massacré par les gardes du tyran. Depuis ce moment, Hippias, désabusé du pouvoir des bienfaits sur les nommes, ne voulut plus devoir sa sûreté qu'à sa barbarie. Athènes se remplit de proscriptions; les tourments les plus cruels furent mis en usage, et les femmes s'y distinguèrent par leur constance héroïque. Les citoyens poursuivis par la tyrannie se hâtèrent de quitter en foule une patrie dévouée à la mort. Bientôt ils sollicitèrent au dehors les puissances voisines pour être rétablis dans leurs propriétés; ils firent parler l'intérêt de la religion et celui d'un peuple opprimé. Les Lacédémoniens prirent enlln les armes en leur f.iveur. D'abord repoussés par les Athéniens, un hasard leur donna ensuite
la victoire. Les enfants d'Hippias étant tombés entre leurs mains, celui-ci, père avant que d'être roi, consentit, pour les racheter, à abdiquer sa puissance et à quitter en cinq jours l'Attique (510 avant J.-C.). Il est digne de remarque de voir un tyran finir par un trait dont bien peu d'honnêtes gens seraient capables. Les Lacédémoniens, qui en s'armant pour les émigrés n'avaient eu d'autre me que de s'emparer de l'Attique , voyant leurs espérances déçues, voulurent rétablir sur le trône celui qu'ils en avaient chassé. La réinstallation du tyran d'Athènes, proposée par les Spartiates au conseil amphictyonique , en fut rejetée avec indination; et le malheureux Hippias se retira alors la cour du satrape Arlapherne, où bientôt, en attirant les armes du grand roi contre sa patrie, il ne fit que consolider la république qu'il prétendait renverser. C'est un des premiers princes qui , descendu du rang des monarques à l'humble condition de particulier, traîna ses malheurs de contrée en contrée. H mourut aux champs de Marathon , en cherchant à recouvrer sa couronne avec l'appui et le secours des Perses. B — p.
HIPPOCRATE, vétérinaire grec, qu'il ne faut pas confondre avec le père de la médecine, vivait probablement dans le 4* siècle : en effet, il était contemporain d'Apsyrte, autre vétérinaire, puisque l'on trouve dans la collection des Hippiatres grecs une lettre d'Apsyrte qui est adressée à cet Hippocrate. Mais les savants ne sont pas d'accord sur l'époque où vivait Apsyrte. Sprengel (Histoire de ta médecine, t. 2, p. 232) prétend que c'était dans le 7* siècle, tandis que le professeur Hecker de Berlin (1) cherche à prouver qu'il florissaitsous Constantin le Grand et qu'il suivit ce prince dans son expédition contre les Sarmates, vers l'année 319. Les raisons données par M. Hecker nous paraissent très-solides. Ainsi donc il est très-vraisemblable qu'Hippocrate le vétérinaire vivait dans le 4* siècle. On possède plusieurs fragments de ses ouvrages, dans la collection des Hippiatres grecs faite par ordre de l'empereur Constantin Porphyrogénète. On en trouve aussi un dans la collection des Géoponiques. Van der Linden a imprimé ces fragments dans son édition grecque et latine des Œuvres du père de la médecine; mais le docte r Valentini, premier médecin de l'hOpital du Saint-Esprit de Rome, en a publié une édition séparée sous ce titre : 'Iirtroxparrouc. Ittmatpixoî. Uippocratis veterinaria latine et itatice reddidit et notis illustrant Pet rus Alousius Valentuti . Rome, 1814, in-8°. Les fragments du vétérinaire Hippocrate n'annoncent pas un homme distingué. Ils contiennent pour la plupart des recettes de remèdes ou des descriptions superficielles de maladies. M. Hecker blâme le docteur Valentini d'avoir pris la peine de donner une
lll Voy. VflotoireUr la méd cinsvèttrinaiT*4an*rm*tiq%iU, wrtr*itr de l'Histoire de I» médecine de M. J.-P.-C. Ilecier, et traduite de l'allemand par I auteur de cet «rude On la trouve dau» le H>cut>: dtmtdtttnêvtUrimi'*,t*3iiti novembre 1831.
ëtlilien de ces fragments. Il aurait bien mieux fait, ajoute-l-U, de choisir ceux d'Apsyrte ou d'Iliéroclès, qui ont beaucoup plus de mérite. Le docteur Valentini fait observer pje les fragments d'Hippocrate le vétérinaire sont écrits en dialecte aUique , tandis que les ouvrage» du père de la médecine sont en dialecte ionique. G — t — a.
HIPPOCRATE, surnommé avec raison le prince des médecins, le fondateur de l'art de guérir, le père de la médecine , naquit à Ce». Ile de la mei Egée, consacrée à Esouiape , qui y avait un temple fameux. Les renseignements qui nous sont parvt'tius sur la vie d'Hippocrate se réduisent à peu de chose. Ses contemporains l'ont beaucoup Joué pour son profond savoir et son expérience consommée, mais ne nous ont presque rien laissé •nr les circonstances de «a -vie. Hip|»ocrate luimême, dans ceux de ses écrits dont personne ne conteste l'authentkité , nous donne fort peu de détails sur les actions dont sa longue et honorable Carrière dut être semée. L'auteur grec et incertain qui, sous le nom de Soranu», nous a transmis quelques fragments biographiques sur Hippocrate nous apprend qne le père de ce médecin se nommait Hérackde, et tirait, par une longue suite de descendants, son origine d'Esculape. Ou côte de sa mère, qui s'appelait Praxilhé, Hippocrate descendait d'Hercule. 11 était donc de cette famille des A sclépiades qui, de temps immémorial, s'était vouée exclusivement au culte du dieu de la «ué- (r«y. Escvlapc). Un voit par la table de (Ommemt. in Hi,>p. jusjnr.) qu'il élaét le dix-septième des descendants d'Escula|»e, dont non aïeul, appelé Hippocrate 1er, était le quinrieine. La naissance d'Hippocrate II, ou le Grand, est fixée par Soraaus a la première année de la quatre- vingtième olympiade, époque qui cotneide avec l'an m avant Jésus-Christ : conséquem.uent il fut conteiuporain de Socrate et de l'iaton , un peu plus jeune que le premier, un peu plus âgé que le second , qui le cite souvent avec éloge ; et son nom couMueoça à devenir illustre pendant la erre du Péloponnèse, qui, comme ou sait, dura l'an 431 jusqu'à 404 avant Jésus-Christ. Après avoir reçu a Cos sa première instruction de son pere HéracJide, qui probablement lui ensei-
ra l'art de traiter les maladies dans les temples, la manière des Asclépiades, Hàppocrale aUa étudier a Athènes sous Herodicus de Srlymbre. U eut aussi pour maître le sophiste Corgias. Quelques auteurs prétendent qu'il Ait, en outre, disciple de Uéuaocrite : on ajoute même qu'il avait conçu pour ce philosophe une si haute estime, que, pour la lui témoigner, il écrivit ses ouvrages en dialecte ionique, quoiqu'il fût né Dorien. Mais s'il apprit quelque chose de Démocrite, ce fut sans doute par les entretiens qu'il eut avec lui dans une circonstance dont nous parlerons plus bas. <es entretiens, d'ailleurs, ne déterminèrent nullement Hippocrate en faveur de la doctrine du philosophe d'Abdere , puisqu'il lui piéfi ra
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eefle d'Héraolite, comme on le voit par la lecture de ses ouvrages. Au reste, Hippocrate n'était pas moins instruit en philosophie qu'en meVIecine. L'étendue de ces deux sciences, ou pfotol Tatous qu'on faisait déjà de la première, le porta non pas à l'abandonner entièrement, mais a n'en réserver que ce qu'il crut nécessaire à la justesse du raisonnement dans la science médicale. Après la mort de son père , il voyagea beaucoup . suivant l'usage des médecins et des philosophe* de
son temps , et U finit par se fixer en Thes&aUe, ce qui l'a fart quelquefois appeler Tkmmfim. Soranus rapporte qu'Hippocrate vécut à la ronr de Perdiccas, roi de Macédoine, et qu'il le guéni d'une consomption causée par l'amour malheureux de ce prince pour sa belle-mère Pbila. Ce fait n'est point en contradiction avec la chronologie ; mais ce qui le rend on peu suspect, c'est que i'histoin- en rapporte un autre absolument semblable arrivé à la cour de Séleucus (eoy. E&asistrate). 11 se pourrait , néar qu'Hippocrate eut passé quelque temps auprès de Perdiccas ; car il assure avoir observé plusieurs maladies dans les villes de Pella , dYMyntbe et d'Acanthe , situées en Macédoine. 11 parait aussi avoir séjourné longtemps dans la Thraee ; car il cite fréquemment, dans ses relations de maladies épidémiques, les villes thraciennes «fAbdère, «le Datus , de Dons. pic , d'Œnus , de Cardir , et Vile de Tuasos. il est également vraisemblable qu'il voyagea dans la Scythie et dans les pays limitrophes du royaume de Pont et de» Palus-Méotides , parce que la description qu'il «tonne des mœurs et du genre de vie des Scythes est extrêmement exacte et fidèle. D'après Soranus , les villes d'Athènes, d'Abdère et l'Illyrie , durent i Hippocrate le bienfait «l'être délivrées d'une peste qui y causait de grands ravages. U est douteux qu'il soit ici question de l'affreuse épidémie qoi désola la ville d'Athènes pendant la guerre du Péloponnèse, et qui a été si bien décrite par Tnocydide ; car cet historien , qui en fut témoin oculaire, ne fait aucune mention d'Hippocrate. \fuoi qu'il en soit , ses Athéniens , reconnaissants des services que leur avait rendus cet illustre médecin , soit en les délivrant du fléau pestilentiel, soit en publiant de bons ouvrages sur l'art «te conserver les hommes , soit en se refusant aux sollicitations des ennemis de la Grèce, décrétèrent qu'il serait publiquement initié aux mystères de Céres , que sa téte serait ornée d'une couronne d'or, qu'il jouirait du droit de citoyen, qu'il serait entretenu toute sa vie aux frais du gouvernement dans le Prytanée , enfin mil tous les enfants oéf dans la patrie d'Hippocrate pourraient venir paster leur jeunesse à Athènes, où ils seraient traites comme ceux des habitants mêmes de la ville. Suivant Catien, ce fut en faisant allumer de gramls feux et brûler partout des substances aromatiques qu'Hippocrate parvint à arrêter la peste d'Athènes. Cependant la réputation do médeciu de Cos > cteo-
dait au loin : l'éminence de ses talents , l'éclat de
•', son entier et continuel kbks, inspiraient la confiance générale, même parmi les peuple» étrangers i la Grèce. On assure qu'appelé à la cour d'ArUxerce Longue - Main , pour s'opposer aux ravages d'une épidémie qui moissonnait les armées de ee prince , Hippoerate repoussa le» offres magnifiques par les.|ueUes on voulait le séduire , et fit cette réponse au satrape gouverneor de rHellespoiit. chargé de la. d'Artaxerce : « Dites à votre maître que j'ai de « quoi vivre, me vêtir et me loger ; que l'honneur
• me défend d'accepter les présents des Perses, « et de secourir des barliere» qui sont les enne-
• mis des Grecs (1). » Artaxerce. irrité, ordonna aux habitants de Cos de lui livrer Hippoerate, et les menaça , s'ils s'y refusaient , de mettre leur ville à feu et à sang ; mais les citoyens de Cos, bravant les menaces de ce roi des roi», lui répoo
dieux , ils se plaçaient sous leur protection , et qu'ils préféraient la mort la plus cruelle au déshonneur de sacrifier leur illustre compatriote à la colère d'un homme tout aussi mortel que les autres hommes, (juoiqur le correspondance établie a ce sujet entre Hippoerate et le satrape Hystane ae soit nullement authentique, U parait cependant qu'on ajoutait foi a cette anecdote, dont Galien et Plut arque font mention. Stobee la rapporte aussi , mais en commettant un anachronisme ou une faute d' écriture ; car , au heu du nom d'Artaxerce , 11 cite celui de levées , et Hippoerate ne vint au monde qu'après la mort do ce dernier. Parmi les cures Les plus éclatantes du médecin de Cos, on célèbre surtout celle de Déinocrite, qu'il entreprit à la prière des habitant» d'Abdère , aux yeux desquels ee philosophe paraissait avoir perdu la raison: Pénétrés de reconnaissance , le» Abdéritain» offrirent a Hippoerate dix talents, qu'il refusa , en le» remerciant île luiaroir procuré l'occasion de connaître, au lien d'un fou , le plus sage des hommes, ba corre*poa> dance attribuée à Hippoerate contient plusieurs lettres , évidemment supposées , dans lesquelles cette entrevue des deux philosophes est rap|»ertée arec des épisodes qui , à cause de leur invraisemblance , doivent être relégués au rang des fables, sans infirmer néanmoins la vérité du fait principal. Certains auteurs arabes assurent que, dans le cours de ses voyages , Hippoerate séjourna quelque temps à. Damas : ces .tuteur* n'ont pu adsertion que par conjecture ; car de toute probabilité. Un certain
(1, Cette anecdote a fourni t l'un de no* premier» peintre»,
ITfcltet qu'"i*Sert^r??8°^rirt«^ieUdr^^ont <i.: PaH*° pour remplir lu dernière* intention* de Trtoeon, ton pire adop» Ut. Ce tabh-au , qui repreeente Hurpocrait rtfut ni U$ don* <t A taxrrcè*. a «te (ravé avec un talent tre»-di*Ungué par R U. Maaaard, qui a dédié *on ouvrage * la mta» faculté d»
Andréas, ou Andron , qui vivait sous Ptoléinée Philopator, et qui fut disciple d'Itérophik, s'avisa, près de trois siècles après la mort d'Hippocrate, de supposer aux voyages de ce grand nomme, la prétexte le plus ignominieux , et de publier, dans Son livre De mrtit meu i» origine . qu'HippocratO
avait été obligé de prendre la fuite , pour avoir mis le feu à la bibliothèque île Cnide, après avoir eu soin de copier le» meilleur» fragments de médecine qu'elle contenait. TaeUès , d'accord sur l'accusation , dit que ee fut la kbliothèque de Cos qui devint La proie de» flamoie» , et Pline , sans charger Hippoerate de ce fait odieux , et sans parler de bibliothèque , réduit la perte à des ta» blettes votives qui furent incendiées avec le temple. Ainsi , la seule discordance de ceux qur> rapportent le fait déeek la fausseté de l'accusa» tion. L'histoire du temps n'aurait-elle pas couserve le souvenir d'un crime qui aurait eu un tel éckt ? Platon , contemporain d'Hippocrate , lui aurait-il témoigné tant d'estime , si le médecin de Cos se fût déshonoré par une action aussi infâme? Comment d'ailleurs concevoir qu'Athènes, Argos , la Tbessalie , k Grèce entière si superstitieuse, eussent, comme à l'envi l'une de l'autre, accordé un asile et rendu des honneurs extraordinaires à un. sacrilège ? Sied-il bkn enfin à cet Andréas de faire d'Hippocrate un plagiaire, lorsque lui-même est accusé par Eratostbene de s'être approprie les écrits des autres ? Le nom d'Hippocrate est encore aujourd'hui en vénération dans l'tk de Cos (actuellement nommée par corruption SttutrCo), où l'on montre même, comme un monument précieux , une petite maison qu'il a, dùV-oo, habitée. Tout soupçon injurieux doit donc céder aux témoignages écktauts que l'antiquité* lui a rendus, si d'ailleurs l'homme se peint dans ses écrits, ceux d'Hippocrate ne kisseut apercevoir que k meilleur citoyen, le philosophe social et sans faste , le médecin plein d'humanité , passionné pour l'étude et l* exercice de son art consolateur- , enfin l'houune religieux sans superstition. Toutes ses réflexions respirent la candeur, l'honnêteté , la justice , k désintéressement et l'amour de l'ordre. Voici les principales qualités qu'il exige du vrai médecin : « On k connaît, dit
■ Hippoerate , à son extérieur simple , décent et « modeste. 11 doit avoir de k gravité dans k « maintien , de la réserve avec lés femmes , de m l'affabilité «t de la douceur pour tout k monde. « L» patience , la sobriété , l'intégrité , k pru- < dence, l'habileté dans son art, sont ses attribut».
■ essentiel». » (Lit. 0* <Uce,di h .bdu ; Me croit-on pas voir Hippoerate lui-même dans ce portrait? Les conseils qu'U donne ailleurs aux médecins devraient être sans cesse présents à leur mémoire.
* Ne cherchez, leur dit-il, ni les richesses, ni les « superfluites de la vie ; guérissez quelquefois
• gratuitement , par le seul espoir de k recoo» « naissance et de l'estime des autres. Secoures, « si l'occasion s'en présente, l'indigent et réIran*
* ger ; car, si vous aimez les hommes , tour ai- i i merez votre art. Lorsque vous êtes invite1 à dis-
« serter sur une maladie par les assistants, n'usez « point de grands mots , ni de discours étudiés '
* et pompeux. Rien ne décèle plus l'incapacité ; « c'est imiter le vain bourdonnement du frelon.
« Dans une maladie qui laisse à choisir plusieurs ! « moyens curatifs, le plus simple et le plus com- « mode est celui que doit prendre un homme « éclairé, qui ne veut point en imposer. » Tous les écrits d'Hippocrate sont pleins de pareilles maximes. La supériorité de ses lumières ne lui fit jamaisdédaigner les consultations, qui déjà étaient établies de son temps. Il applaudit même à cet usage , en ce que l'homme le plus habile peut commettre quelque erreur. Mais , dans le choix des opinions, il recommande d'éviter ces scènes ! ridicules, indécentes et scandaleuses, qui tournent I toujours au désavantage des malades et au dés- ] honneur des médecins. Hippocrate passa les dernières années de sa vie en Thessalie , à Larisse surtout, ainsi qu'à Cranon , à Phères, à Tricca et à Méliboea, comme le prouvent plusieurs observations qu'il fit sur des malades de ces différentes villes. Snranus assure mt*me qu'il parvint à armer les Thessaliens en faveur de ses compatriotes, ' lorsque les Athéniens déclarèrent la guerre aux habitants de Cos et les attaquèrent. On ne sait pas précisément en quelle année , ni à quel âge mourut llippoevate. Au rapport de Soranus, c'est à Larisse qu'il termina sa longue et brillante carrière , dans sa 8Sr ou 90» année , suivant les uns ; à 104 ans, suivant les autres : enfin , quel- ! ques-uns prétendent qu'il eut une longévité de j 109 ans. On lui éleva , entre Gyrton et Larisse Un tombeau que l'on montrait encore du temps de l'historien de sa vie (1). Le vulgaire , qui ne veut voir naître ni mourir les grands hommes d'une manière commune , trouva merveilleux qu'un essaim d'abeilles fût venu déposer son miel sur le tombeau d'Hippocrate , et que les nourrices eussent rencontré , dans l'application de ce | miel, un remède pour les aphthes des enfants. Cette sorte d'enthousiasme n'a rien d'étonnant chez un peuple qui faisait des dieux de ses bienfaiteurs. Et quel homme avait plus de droit à ce titre que celui qui consacra si noblement sa vie entière à l'utilité de ses concitoyens ? Hippocrate eut un grand nombre de disciples, qu'il initia libéralement aux principes de son art. Il exigeait d'eux un serment , qui est un monument trop remarquable pour n'en pas rappeler les principales dispositions : « Je jure , leur faisait-il dire, « par Apollon , par Esculape , par H.vgie , et les « autres dieux et déesses de la médecine, détenir « religieusement la promesse solennelle à laquelle « je m'engage. Je regarderai comme mon propre ■ père celui qui m'aura instruit dans l'art de gtié-
(li Le «avant Kckhcl [varie (vol. 2, p. 699i d'une médaille fr*p|>é* en .-ut d'Hij-i'<KT»»e, rr.MA qui parait élr* tausae. '
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« rir. Je lui témoignerai ma reconnaissance en « subvenant à tous ses besoins. Je considérerai « ses enfants comme les miens, et leur enseigue- « rai gratuitement la médecine , s'ils ont le des- « sein d'embrasser cette profession. J'agirai de « même envers ceux qui se seront engagés par le « serment que je prête. Jamais je ne me laisserai « séduire pour administrer à qui que ce soit un « médicament mortel , ni pour exciter larortr-
i ment Mon unique but sera de soulager et
« de guérir les malades, de répondre à leur con- « fiance, et d'éviter jusqu'au soupçon d'en avoir « abusé, spécialement à l'égard des femmes. Dans « quelque position que je me trouve , je garderai « le silence sur les choses que j'aurai jugées devoir « rester secrètes. Puissé-je, religieux observateur « de mon serment , recueillir le fruit de mes Ira- « vaux et mener une vie heureuse , sans cesse « embellie par l'estime générale! Que le contraire « m'arrive , si je deviens parjure ! » Ce morceau suffirait pour faire aimer Hippocrate et lui mériter l'honorable surnom de Divin vieillard, que les anciens lui ont décerné d'une voix unanime. Reconnaissant la nécessité d'une religion, il rendait à la Divinité le culte qu'avait établi la sagesse des législateurs de la Grèce, en blâmant toutefois et repoussant avec force certaines opinions superstitieuses qui régnaient de son temps. Il parait avoir pensé, comme la plupart des philosophes de l'antiquité, que Dieu est dans l'univers ce que l'âme est dans l'homme. Faussement accus» d'athéisme chez les modernes par un de ses commentateurs (Gundling), Hippocrate a été facilement défendu par Geeltcke et Triller de cette odieuse imputation. Sa passion pour la vérité lui faisait dédaigner la gloire et les honneurs, et il n'estimait les biens de la fortune qu'autant qu'ils peuvent servir à exercer la bienfaisance. Les écrits du vieillard de Cos, dont le nombre s'élève à plus de soixante, contiennent tant de faits intéressants et portent l'empreinte d'un génie si élevé , que beaucoup de médecins, après les avoir approfondis, doutent encore aujourd'hui que, pour l'époque où ils ont été composés, un seul homme ait pu en être l'auteur. On compte en effet dans la famille d'Hippocrate sept médecins de ce nom, savoir : — Hippocrate Ier, qui fut contemporain de Thémistocle et de Miltiade, et auquel on attribue le traité des articulations , celui des fractures et une partie des prénotions coaques. — Hippocrate H, surnommé le Grand, parce que c'est lui qui , par la supériorité de son génie , est considéré arec raison comme le créateur de fart de guérir. — Hippocrate III , petit-fils du précedent, composa plusieurs ouvrages, parmi lesquels les uns rangent les livres des maladies, et les autres la seconde partie du livre de la nature humaine. — Hippocrate IV, médecin de la cour de Macédoine , se rendit célèbre par la guérison de Itoxane, veuve d'Alexandre le Grand : ii passe pour être l'auteur du 5* livre des épidémies. Oo
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ne eite rien de particulier des trois autres Hippockatfs, qui cependant ont été des hommes distingués , et qui probablement ont aussi composé des ouvrages sur la médecine. Cette Tarnille compte, en outre , parmi ses membres , Thessalus et Dracon. tous deux (ils du grand Hippocrate, Polybe, son gendre , et neuf ou dix antres personnages non moins recommandables. De cette longue filiation de médecins célèbres de la même famille, résultent , d'un coté , l'opinion bien fondée que plusieurs d'entre eux ne sont point étrangers aux ouvrages attribués à un seul , et , de l'autre, la difficulté de distinguer exactement quels sont les livres qui appartiennent à chacun d'eux en particulier. Quelques amateurs du paradoxe, choqués ou embarrassés de cette sorte de confusion, ont pris le parti de nier l'existence même d'Hip^ poerate. M. J.-B.-J. Boulet , entre autres, a soutenu, en 1804, à la faculté de médecine de Paris, une thèse latine dans laquelle il cherche è établir que le temps où a vécu le médecin de Cos est incertain , qu'on ignore également le lieu de sa naissance et sa généalogie , que sa vi- est un tissu de fables : il pousse le pyrrhonismc jusqu'à croire que le root Hippocrate n'est point un nom t d'homme , mais probablement celui d'une collection de livres choisis ; il pense , en outre , que qu Iques-uns de ces livres sont d'une antiquité beaucoup plus reculée que l'auteur auquel on les attribue : enfin il conclut que tout ce qu'on a écrit sur ce fameuv personnage est purement ' conjectural , et doit rentrer dans le domaine de J ces inventions mythologiques qui avaient tant d'attrait pour les Grecs. Mais les preuves sur lesquelles s'appuie M. Boulet sont plus spécieuses I que solides ; il a soin de glisser légèrement sur I les points les plus contestables de son opinion, qui , malgré tout le talent dont elle est étayée, I n'a ébranlé celle de personne, et qui d'ailleurs â été complètement réfutée par le Gallois Tout ce qu'on peut conclure, soit de ces objections, soit de la lecture attentive des écrits d'Hippocrate, c'est que , d'une part , ces écrits n'ont pas tous été composés par le seul fils d'Hérarlide, et que , d'autre part , ils ne nous sont parvenus qu'après avoir subi de nombreuses altérations, auxquelles on peut assigner plusieurs causes. D'abord on doit s'étonner de voir un génie tel qu'Hippocrate se trouver fréquemment en contradiction avec lui-même : première preuve de la mutilation d«? ses écrits. En second lieu, le papier, ou papyrus d'Egypte, étant fort rare de son temps, Hippocrate écrivit ses observations en style trèsconcis sur des tablettes enduites de cire, ou sur des peaux d'animaux. Plusieurs de ces recueils, qu'il ne destinait point au public, furent falsifiés par ses fils et son gendre, lesquels, selon Galien.y firent des interpolations dans la vue d'expliquer des passages obscurs. Cette mutilation des œuvres d'Hippocrate fut portée à son comble lorsque les Ptolémées, voulant former une bibliothèque plus
riche que celles des rois de Pergame, prirent sans examen tous les livres que leur offraient une foule de gens avides. C'est ainsi qu'un certain Mnémon de Pamphylie porta plusieurs écrits d'Hippocrate à Alexandrie, et les vendit à la bibliothèque avec les corrections et les additions qu'il y avait faites. Comme dès ce temps même on doutait de l'authenticité des livres attribués au médecin de Cos les savants d'Alexandrie s'appliquèrent à les vérifier ; ils distinguèrent avec beaucoup de soin ceux qui parurent les plus authentiques, et les placèrent sur une tablette particulière, en sorte que les véritables ouvrages d'Hippocrate |K>rtaient è Alexandrie le nom d'fariu de la p'tite tablette. Il parait qu'Érotien tira un grand parti des travaux des Alexandrins, lorsqu'il s'occupa de la vérification des écrits d'Hippocrate. Un certain Artémidore Capito et son parent Dioscoride, qui vivaient ' sous le règne d'Adrien, furent ceux qui mutilèrent le plus les ouvrages du philosophe de Cos. Non contents de rejeter les expressions tombées en désuétude et de leur en substituer de plus modernes, ils firent des interpolations dans le texte, et supprimèrent arbitrairement tout ce qui ne leur convint pas. Heureusement Galien, de qui nous tenons ces divers renseignements, pouvait encore de son temps distinguer les écrits authentiques d'Hippocrate d'avec les douteux, quelquefois même les fautes des copistes d'avec les changements introduits à dessein : car il avait sous les yeux plusieurs versions; et toujours, dans ses Commentaires sur Hippocrate, il accorde la préférence à la plus ancienne. Nous devons donc nous en rapporter en grande partie à son jugement , sans néanmoins l'adopter aveuglément dans tous les points, parce que le médecin de Pergame s'exprime souvent d'une manière très différente et parfois même contradictoire. Tous les ouvrages d'Hippocrate sont écrits en dialecte ionien, avec un grand nombre d'expressions atliques. Ils se distinguent par un laconisme quelquefois voisin de l'obscurité. Hippocrate évite en effet toute discussion superflue, toute répétition déplacée, et ue dit que ce qui lui parait absolument indispensable. C'est cette extrême concision qui sert le plus à caractériser ses véritables écrits . et qui les distingue d'avec les oeuvres apocryphes, dont le style est ordinairement plein d'exprèssions pompeuses et recherchées. Cependant, comme on a tenté d'imiter cette concision hippocratique, il faut s'attacher è une autre épreuve pour découvrir quels sont les ouvrages dont Hippocrate est véritablement l'auteur. Ceitè épreuve consiste à examiner les découvertes et les opinions qui étaient connues avant lui, ou qui ne le furent qu'après sa mort. Ainsi d'abord les principes du platonisme, du péripatétisme, du stoïcisme et de répiruréisme ne doivent se trouver que dans les écrits qui lui sont faussement attribués, de même que les découvertes anatomiques faites à Alexandrie ne doivent pas se rencontrer dans les ou-
vrages qui sont réellement île sa composition, Un dernier moyen d'arriver » la vérité , c'est île s'assurer si tel ou ta écrit qui porte le nom d'Uippocrate se fait remarquer par un frai talent d'observation. Mais on ne peut prononcer un jugement aussi délicat sans être soi-même un obsrimaJeur très-distingué. Pour se faire une idée de» services qu'llippoorate a rendu» à la science, il faut se rappeler que lorsque ce grand nomme parut l'art médical était à peine dégagé de» jongleries* mystiques, et des pratiqui s superstitieuses- don* les prêtres se servaient balHlemeut pour satisfaire leur cupidité et conserver leur empire sur le peuple, et que cet ad commençait seulement à se rapprocher de sa véritable destination , en seeouanl le joug des hypothèses,, des théories spéculatives des diverses sectes philosophiques, et «n s'appuyait* sur les bases solides de l'expérience et de l'observation de» bits. L'initiative de cette heureuse réforme était due aux ancêtres d' Uippocrate, à cet Asclépitdes, qui, voulant assurer à jamais les progrès de l'art de guérir, s'attachèrent à découvrir les vérités les plus utiles, et divulguèrent leurs connaissances avec une noble candeur. Comme toutes le» révolutions qui envahissent le domaine de» sciences , celle-ci s'opéra graduellement. Elle fut d'abord favorisée par ces nombreuses inscriptions votive», qui retraçaient le tableau Gdele de» maladie» observées dans les temples depuis une longue suite d'années. De plu», les tentatives faites par le» philosophes,, dans la vue de perfectionner la théorie de la médecine , et les relations qu'ils entretenaient avec les Asclépiades sous k» portiques dea temple» d'Esculape „ forcèrent enûn les prêtres du dieu à déchirer le voile sacré qui couvrait leurs mystères, et à redoubler de zèle et d'étude pour n'être point inférieurs à leur» rivaux. Les temples de Cos et de Cnide Curent les premiers où la médeciue se dépouilla des pratiques absurde» qui en avaient jusqu'alors profané l'exercice. Uippocrate eut la gloire d'achever la révolution commencée par ses prédécesseurs. Les progrès immenses dont l'art de guérir lui est redevable lui ont fait partager l'immortalité avec ces génies qui donnèrent tant d'éclatà l'heureux m < k pendant lequel les sciences et les art» arrivèrent en Grèce a leur plu» haut point de splendeur. ■ Tandis que la médecine, « pratiquée d'après la meilleure de toutes les mé- « thodes, s'enrichissait «l'une multitude de vérités.
• utiles et nouvelles, l'aimable philosophie de « Soc rate démontrait que Le bonheur est insépa-
• rable de la sagesse; Euripide et Aristophane « composaient ces pièces que la postérité devait. « considérer comme le chef-d'osuftre de l'arli dra-
• ma tique; Thucydide retraçait le» événements de a la guerre du Péloponnèse dans un ouvrage dicté « par le génie de L'histoire ; Phidias animait le
• marbre; Zeuxiset Polyclète réussissaient à pein- « dre la beauté ; et le» Grâces elles-mêmes sem- « blaieul conduire le pinceau de Parrha&ius. »
Telle est l'idée que Curt Spvengel (Hist. delà médecine, t. i ) nous donne du beau siècle où a véca Uippocrate. L'histoire doit surtout s'attacher a rechercher quelles sont les découvertes que l'art doit au médecin de Cos, et quelle est la doctrine qui en a été le résultat. Disciple des premiers philosophes de son siècle, doué du jugement le plu* saui.d'uxie pénétration rare et d'un savoir profond, Uippocrate dut bientôt antrevoir que dons toutes les sciences la méthode expérimentale est la plus sûre pour bâter leurs progrès , et que tous les raisonnements qui ne reposent point sur elle sont faux et arbitraires» Pénétré de cette vérité, ià disait • qu'il faut s'en rapporter au témoignage de « ses sens, et non aux opinions des autres; que, « pour faire de nouvelles découverte», ou doit « suivre la route de l'expérience, et que, si i'oa ■ veut chercher lavérilé par une autre méthode, on « marchera d'erreurs en erreurs. » Sa philosophie se distinguait donc d'avec celle des antres Grecs de son temps en ce qu'il ne hasardait aucune cooelusion qu'après avoir recueilli une quantité suffisante de faits Lien observés». De ce qu'il prit le premier l'expérience pour guide, les empiriques conclurent qu'il était un.de leurs sectateurs, mats à tort ; car Hippocrate ne s'attachait à l'exacte observation des faits que pour en tirer de» résuJtats généraux , que pour lier leur vaste ensemble par des rapprochement» simples qui pussent donner tles bases solides à la science. D'un autre coté, comme il fil beaucoup de recherches sur les affections des organes et sur la cause prochain» des maladies, les dogmatique» prétendirent qu'il appartenait à leur école : mai» leurs prétentions n'étaient pas mieux fondée* puisque Hippocrate ne part jamai» de principes ail mi» d'avance, et qu'il suit toujours la méthode expérimentale. C'est lui qui , après avoir fait la part de la philosophie et de la médecine , reconnut la nécessité .l' m induire l'une dans l'autre, afin qu'eue» se prêtent toutes deux un mutuel secours; car, dit-il, un médecin philosophe est réellement un homme divin : 'IrjxfX* -fàp oàôeo?* loti**. Hippocrate mérite le litre de philosophe, bien plu» a
de la méthode qu'il suivait dans ses observations que par ses dogme» scolastiquea, dont on troeve en effet fort peu de traces dans ses écrits. Le livre De la nature de l'homme est celui qui renferme le plus de ces dogmes ; mai» il ae paraît pas tout entier de la composition d'Uippocrate. teur y réfute l'opinion de Xiénopbaue sur Vu de la matière primitive de tous les corps. feux-ci, dit-il , ne sont pas produit» seulement par le fea, par l'air ou par l'eau; mais ils résultent deht combinaison des quatre élément»» L'homme, en particulier, n'est pas un, c'est-à-dire composé dm» seul élément;, car alors il n'éprouverait point h» douleur, et ne serait sujet à aucune affection. Uippocrate admet donc dans la nature quatre élément», et dans le corps animal quatre humeur* le sang, le pblegme, la. bue et l'atrabile. Les m*-
bdïes déri ven t . selon lui, «la défaut de proportion de ce* humeurs; et le rétablissement de l'équilibre qui doit régner entre elles ramène la santé. Mais, comme si Hippocrate craignait de tomber dans île vains sophismes, il abandonne le champ des fayi>olhè*es à ceux qui s'occupent de raisonner plulét d'après leur imagination que d'après les faits. L'auteur dtl livre Ih 4m nature de l'homme fut incontestablement le premier qui introduisit dans la physiologie la théorie des éléments , et c'est ainsi qu'il posa les fondements du sy store des humoristes. Relativement à la structure du corps humain, Hippocrate ne parait pas en avoir acquis la connaissance par des dissections régulières. La chose d'aineurs était comme impossible à une époque où régnait encore l'usage d'enterrer les morts avec la plus grande célérité. 11 parait donc très-probable qu'à l'exemple de ftérooerite, il se contenta de disséquer des animaux. Ses écrits les plus authentiques démontrent, en effet , qu'à l'exception d'une osteologie asseï exacte, il ignorait presque tout le reste de l'anatomie, au n'avait au moins qu'une connaissance très-vague de l'organisation humaine. Son livre Ors frmctmm prouve qu'il avait des notions assez étendues sur la ferme des os et des articulations, et sur Les différences
Il donne le sage conseil de ne point confondre oes dernières avec des fêlures de la boite crânienne dans les cas de blessures* la tête, et H avoue être tombé lui-même une fois dans cette erreur; aveu qui a été regardé avec raison comme une preuve évidente de «a franchise et de sa loyauté. 'Quant à la myelagie, si ne s'en était pas formé une idis- bien nette; car, lorsqu'il veut parier des muscles, il se sert toujours du mot chair. Hippocrate a en quelques notions, mats inexactes, da système rasculaire : il n'établit point de différence entre les artères et les veines; il désigne les unes et les autres par un nom col- Jertif, et ne se doutait point de leur origine. C'est donc à tort que, dans plusieurs passages de ses écrits, an a cru retrouver l'indice de la circulation du sang. Hippocrate a connu, à la vérité, le mouvement de ce fluide; mais il se le représentait comme na flux et un reflux qui se fait dans les aaéines vaisseaux. Ses idées sur le système nerveux sont fort obscures; il confond presque toujours les nerfs avec les tendons, les ligaments , et même avec les veines : il * donc méconnu la fonction qui est essentiellement propre aus nerfs, celle «le sentir. Au milieu de beaucoup d'erreurs sur la splanchnologie ou la description des viscères et des organes des sensations, Hippocrate a rencontré ifueiqnes vérités : entre autres, il n'a rien décrit arec autant d'exactitude que le cœar, si le traité De corde est réellement de lui ; car on a de tories raisons pour croire que ce livre lui est postérieur, et qu'il a été composé par Erasistrate ou par Hérophile. Du reste, Hippoerate a pu saisir la
ment d'après l'inspection de ceux des animaux, mais encore dans les occasions fugitives où de larges blessures mettaient en évidence quelquesuns «les organes renfermés dans les grandes cavités du oorps humain. Relativement a la théorie de 4a génération, elle est entièrement conforme à l'esprit du siècle où vivait Hippocrate. La preuve Ja plus certaine qu'il ne disséqua jamais de cadavres humains, c'est qu'il admet l'existence des cotylédons dans la matrice. U croyait que les garçons prennent naissance dans le coté droit, et les filles dans le coté gauche de cet organe; erreur qu'un accoucheur moderne a tenté inutilement de propager. Si nous passons à la pathologie, nous voyons qu'Uippocrate s'est livré à très-peu d'éearti pour expliquer l'essence des maladies. Il consacre toute son attention aux causes mornifiques générales, principalement à l'influence de l'air, des vents, des «aux, des localités. C'est lui qui le premier a déterminé ce qu'en appelle constitution annuelle; il recommande d'observer avec soin les maladies qui participent au caractère de cette constitution. Il regarde les différentes variations atmosphériques comme Ja raison suffisante d'une foule d'affections particulières à chaque époque de l'année. Si les principes qu'A déduit de ses ■recherches générales ne trouvent plus leur application chez nous, il faut se rappeler que le climat de la Thessalie et de la Thrace, où il vivait, diffère beaucoup de celui des contrées plu* septentrionales. Hippocrate est surtout admirable lorsqu'il traite des signes «les maladies. M a le premier assigné à ces dernières trois périodes g *neraux t Ja crudité , la coction et la crise; il a démontré que celle-ci ne peut se décider qu'après un certain taps de temps et une élaboration produite par les mouvements salutaires de la nature. C'est lui qui est le véritable inventeur de l'art de pronostiquer l'issue des maladies ** qui ne peut être porté a sa perfection «Uns une infinité de cas difficiles que par tes plus grands efforts de l'esprit humain, il avait encore observé que la nature est soumise a certains périodes dans les affections simples, «t que la plupart des nèvres, en particulier , présentaient des jours où se faisait la solution de la malatlie. • es jours, qu'il nommait critiques, étaient principalement le quatrième, le septième, le onzième, le quatorzième et le vingtième. S'il les a remarqués plus souvent «pie nous ne les voyons aujourd'hui , cela tient an soin extrême qu'il apportait dans ses observations, à la douceur du climat de ta Crèce, a la frugalité des habitants, à la rareté des complications et i la simplicité des méthodes curativrs. Hais on ne doit pas conclure de sa doctrine è ce sujet qu'il ait admis les propriétés des nombres, inventées par les nouveaux pythagoricieos, dent le système n'avait pas encore été imaginé. Observateur très» sttentif des mouvements de la nature, il comptait beaucoup sur ses forces medieatrices : ce qai lai adopter la
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le traitement des maladies. 11 observait leurs crises d'une infinité de manières différentes, faisait beaucoup d'attention à toutes les espèces d'excrétions, et déterminait très- soigneusement les indices d'une terminaison favorable ou funeste. H appréciait avec une grande exactitude les signes que pouvaient lui fournir l'état de la respiration , celui des facultés intellectuelles, l'habitude extérieure du corps, sa couleur, sa température, l'augmentation ou la diminution de son volume, en un mot, toutes les fonctions de l'économie humaine. Cependant il ne tirait point parti du pouls; il parle seulement des pulsations plus ou moins violentes qu'il remarquait , soit aux vaisseaux du cou, soit à la région des tempes, soit à celle des hypocondres, etc.; et le mot Vfpft n'a pas d'autre signification. Tous ces signes sont es posés avec une précision étonnante, quoiqu'ils ne soient pas toujours susceptibles d'une application générale, et qu'ils exigent souvent une détermination plus exacte. La diététique, cette branche de la médecine qui contribue si efficacement au maintien de la santé et à la guérison des maladies, était fort négligée des anciens, d'après le témoignage de Platon et d'Hippocrate lui-même. C'est encore le médecin de Cos qui en est l'inventeur; car avant lui on n'avait écrit sur le régime rien qui mérite d'être rapporté. Ses préceptes à ce sujet décèlent un profond observateur et un médecin consommé. 11 recommande, entre autres choses, de respecter les anciennes habitudes, lorsqu'elles ne sont pas absolument nuisibles, ou au moins de n'y renoncer que peu à peu. Il conseille aux personnes bien portantes de s'abstenir de tout médicament; ennemi des excès, il regarde néanmoins un régime trop sévère comme plus nuisible qu'un genre de vie moins régulier, parce que, dans le premier cas, le moindre oubli des lois qu'on s'est imposées peut entraîner des suites fâcheuses. Ses règles diététiques applicables aux maladies aiguës méritent encore aujourd'hui le suffrage des vrais médecins. Si nous abordons la thérapeutique, nous trouvons de nouveau Hippocrate inventeur; nous voyons son génie tracer les indications curatives d'après lesquelles on détermine les changements salutaires qui peuvent être opérés dans les maladies. Il fondait ces indications ou règles, non sur la considération des causes prochaines ou hypothétique, mais sur les symptômes essentiels et sur les causes les plus manifestes. L'occupation du praticien doit être, suivant lui, d'observer avec soin et d'imiter la marche de la nature. Une telle doctrine est certes bien suffisante pour empêcher de confondre son auteur avec les empiriques. On a prétendu aussi qu'il n'avait pas joint l'exemple au précepte , et qu'il n'avait pas su appliquer ses excellentes règles thérapeutiques, parce qu'un grand nombre de maladies décrites dans les Livres dtt épidémies ont eu une issue mortelle. Mais ceux qui lui ont lait ce reproche n'ont pas
réfléchi que d'abord Hippocrate avait à combattre des maladies excessivement graves, et qu'ensuite un homme de génie ne se dégrade jamais en avouant avec candeur le non-succès des moyens qu'il a tentés. Certes il ne tenait qu'à Hippocrate d'ensevelir dans un éternel oubli les résultats faV| cheux de sa pratique ; mais il voulait dire la vérité tout entière; il voulait, par l'ingénuité de ses aveux , faire sentir à ses successeurs le besoin d'acquérir de nouvelles connaissances; il voulait enfin que ses erreurs mêmes devinssent d'utiles leçons. Dans toutes les maladies il observait avec un très-grand soin l'état des forces vitales , pour les stimuler ou les modérer suivant le besoin; jamais il ne troublait les efforts salutaires de la nature; il cherchait au contraire à les préparer, à les favoriser, à les compléter de tout son pouvoir. Il pratiquait généralement la saignée dans les maladies aiguës très-intenses, à leur début, et lorsque le sujet était jeune et robuste ; il recommande de la faire le plus près possible de la partie affectée, et règle sur la violence des accidents la quantité de sang à tirer; quelquefois même il conseille des saignées assez copieuses pour faire tomber le malade en syncope. C'est avec le même discernement qu'il établit la mesure des autres espèces d'évacuations. Excepté un petit nombre de préparations minérales, il n'employait le plus souvent que des médicaments végétaux ; car à cette époque la pharmacie était encore dans l'enfance, et la chimie ne devait naître que six ou sept siècles plus tard. I» jo> toutes ses méthodes curatives , il prenait en considération particulière le climat, la saison, la constitution atmosphérique, l'âge du sujet, etc. La chirurgie doit aussi beaucoup à Hippocrate , qui l'a enrichie d'un grand nombre de faits importants et de plusieurs opérations utiles. Il faisait une fréquente application du feu dans les maladies internes chroniques. « Ce qu'on ne gué- « rit point par les médicaments , dit-il dans un « de ses apborismes , le fer le guérit ; ce qui « résiste au fer cède à l'action du feu, ou le mal « est incurable. ■ Il avait une grande répugnance pour la lithotomie ; il faisait même jurer à ses disciples de renoncer à cette opération, parce que probablement s< s tentatives n'avaient pas été heureuses. Hippocrate est encore le premier qui ait posé les règles de l'art d'appliquer les bandages dans les cas de blessures graves , de déviation des membres, de luxations et -de fracture*. Enfin il a lié étroitement la médecine et la chirurgie, dont l'enseignement n'aurait jamais dû cesser d'être commun. On peut dire que nui médecin ne peut entrer en parallèle avec Hippocrate , considéré comme inventeur. Homère » un second dans Virgile, Démoslhènes dans Cicrron; Hippocrate n'a point de second ; car Calien. qui lui est supérieur comme anatomiste, n'a été que son commentateur dans les autres parties dr kt science; etSydenham, qu'on a pompeuseturrt
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ikcor(f du surnom A'Hippocrate anglais . ne mé- i rite sous aucun rapport l'insigne honneur d'être comparé au vieillard de Cos. Sydenbam , en effet, a négligé l'anatomie, l'érudition, et con&équemment la lecture des bons observateurs; sa pratique est insuffisante et défectueuse dans une foule de cas; enfin il n'a rien inventé, et tout son mérite se borne à avoir mieux décrit que ses contemporains certains genres de maladies, comme la petite vérole et la goutte. Sydenham d'ailleurs devrait passer bien après Baillou, médecin français du 16» siècle , dont la doctrine et la sagacité d'observation se rapprochent beaucoup plus du génie hippocratique , et qui , comme dit Barthcz, « parait être le plus grand des médecins « modernes. » Si nous voulions donner une bi- ! biographie complète de toutes les éditions soit générales, soit partielles des œuvres d'Uippocrate, une centaine de pages suffirait à peine; car indépendamment d'éditions grecques et latines très-multipliées , presque tous les idiomes modernes se sont enrichis de la traduction des divers traités particuliers du médecin grec. Le nombre des éditions spéciales de ses principaux écrits est prodigieux. Ainsi, par exemple, on en compte plus de trente pour le Serment, autant pour le livre De la nature de l'homme, ainsi que pour celui Des airs, des eaux et des lieux; cinquante au moins sont consacrées aux Livres des épidémies, et plus de soixante-dix aux Pronostics; enfin les Aphorisme», ce chef-d'œuvre de l'esprit humain, ont eu au delà de trois cents éditions et presque autant de commentaires dans toutes les langues. Ce dernier ouvrage a subi , en outre, une vingtaine de métamorphoses sous la plume j d'autant de médecins portes de diverses nations. Nous ne citerons point non plus les nombreux ' recueils qui ne renferment qu'une partie des œuvres d'Hippocrate, et qui ont été publiés par Gorris , Morel , deux des Zwinger, Opsopœus, Durci, Heurnius, Manialdus, S. Champier, F. Calvo, Rabelais. J. Cornarius, Guido Guidi, Rasario, Aubry, Lefebvre de Villebrune, Bosquillon, Coray, Pariset, etc. Nous sommes également forcé de passer sous sdence les détails qui seraient nécessaires pour fixer l'authenticité ou la supposition de tel ou tel livre. Nous nous bornerons donc à indiquer les collections complètes des œuvres d'Hippocrate. En composant ces collections, les divers éditeurs et commentateurs n'ont point adopté le même ordre : les uns, tek que Mercuriali et Haller, ont commencé ce recueil par les livres reconnus pour authentiques , et le terminent >ar ceux qu'ils regardent comme imparfaits, apocryphes ou supposés; les autres, repoussant cette Itstiiiction , rendue en effet fort difficile par la nutilation qu'ont subie plusieurs écrits, ont établi t-ur distribution en réunissant ceux qui traitent e sujets analogues. Cette dernière classification, ondée d'abord par Erotien, le plus ancien glosiicur d'Hippocrate, adoptée et perfectionnée par
Foès, est sans contredit, la meilleure. 1° éditions grecques, Venise, 15*6, in-fol., par Aide et André Asulanus, I» édit ; Bàle, Froben, 1538, in-fol., par les soins de Jan. Cornarius , édition plus complète et plus exacte que la précédente ; 2° Éditions grecques- latmes, Venise, chez les Juntes, 1588, in-fol., par les soins de J. Mercuriali, qui a ajouté de savantes notes à chaque livre , mais dont la version ne répond pas toujours au texte; Francfort, chez les héritiers de Wechel, 1595; ibid., 1621 , 1621, 1645, in-fol. ; Genève, 1657, 2 vol* in-fol. Cette édition , qui passe pour la meilleure de toutes, est devenue vraiment classique («>y. Foès); Leyde, 1665, 2 vol. in-8°; c'est la jolie édition de Van der Linden, qui, par la commodité de son format, entre dans la collection des Variorum . mais qui peut-être ne méritait pas cet honneur, parce que, d'une part, Van der Linden s'est permis trop de licence dans la correction du texte, et qu'ensuite il a fait choix d'une version peu exacte, celle de Cornarius, que Triller et Gruner regardent comme la plus mauvaise de toutes; cette même édition a paru à Venise, 1757, 2 vol. in-i", et à Naples, 1754, 2 vol. in-4°; avec les œuvres de Galien, Paris, 1639-1679, 13 vol. in-fol., collection unique et précieuse, d'autant plus honorable pour Chartier, son auteur, qu'il y dépensa toute sa fortune (voy. Chartieb). Nous devons encore citer l'édition grecque-latine, commencée par Etienne Hack, Vienne, 1743-1749, 2 vol. in-folio. On regrette que l'éditeur n'ait pas publié les autres volumes ; néanmoins Triller prétend que la valeur intrinsèque de ce livre ne répond point à m beauté extérieure. 3° Editions latines; la première est celle de Marc. Fab. Calvo, qui l'entreprit à la demande du pape Clément VII, auquel il la dédia, Rome, 1525, in-fol.; ibid., 1549, 1610, 1619, in-fol.; Baie, 1526, in-fol.; la version de J. Cornarius, Venise, 1545 , in-fol., malgré ses imperfections , a eu de nombreuses réimpressions; la même version augmentée, 1. par J. Culmann, Baie, 1558, in-fol.; 2. par J. Marinelli, Venise, 1575, in-fol., édition classique, mais excessivement rare; 3. par J.-B. Paitoni, Venise, 1737-1739 , 3 vol. in-fol.; 4. par Haller, Lausanne, 1769, 4 vol. in-8°, qui font partie des Artis medieai principes. La version latine de Foès, publiée à Francfort en 1596, in-8°, est la même que celle qui accompagne l'édition grecque; enfin c'est sur cette dernière version , si bien accueillie des médecins et si favorablement jugée par le savant Huet, qu'a été faite plus tard la belle édition d'Altenbourg , 1806 , 3 vol. iu-8°, par les soins de J. Fréd. Pierer, qui l'a enrichie d'abord d'une dissertation très-érudite sur l'état de la médecine avant llippocrate, et ensuite d'une vie de ce grand homme , et d'une bibliographie complète de ses écrits; qui, de plus, a placé un sommaire à la tête de chaque livre , et a joint au troisième volume un index contenant l'explication des termes difficiles et peu connus qui se rencontrent
dans la version de Foès. 4» Edition grer*mt>franfane; Paris, 1811 et années suivantes, in-12, édition donnée par M. de Mercy, qui a été l'objet de plusieurs critiques assez bien fondées; 5° Edition* françaises. Paris, 1667 , 2 roi. ln-4°, par Cl. Tardy, qui a rendu llippoerate méconnais- Uhle; Paris, 1697, 4 roi. in-12 , par A. Dacier, qui y a joint de* remarques et une vie d' Hippocraie où l'on désirerait une critique plus sévère j la version en est châtiée , mais il y manque plusieurs traités, Toulouse , 1801 , 4 roi. in-8" (votf. Gabdril)(1); l'édition deJ.-F.-C. Grimm en allemand et celle d'A. Picquer en espagnol sont incomplètes. Pour mieui expliquer les termes dont s'est servi llippoerate , plusieurs hellénistes anciens et modernes ont composé des lexiques fort utiles. Ainsi nous avons les dictionnaires d'Érotien , de Galien , d'Hérodote Lyeien (roy. Hé- IOdote), d'Henri Ëtienne, de Gorris, de Foès, de Pinus , de Baillou , de Dieterich. Nous possédons encore un grand nombre de Biographies d'Hippoerate , parmi lesquelles on peut distinguer celles deSoranus, de Suidas, de Garbicius, de Castellanus, de Chartier, de Dacier, de Le Clerc, de Wohlfart, de Gruner, de Grimm, de Sprengel, d'Ackermann, de Pierer, rte. On regrette que la mort ait empêché le savant r. nu lin de publier celle qu'il a laissée manuscrite. Enfin les éloges, les apologies, les introductions, les défenses, les comparaisons, les abrégés, les controverses , les commentaires relatifs a llippoerate et è sa doctrine sont tellement multipliés, et d'ailleurs si peu nécessaires aujourd'hui à la gloire de l'homme admirable qui en est l'objet , que nous renonçons à en indiquer les auteurs et les titres H— d — n.
HIPPOCKATE, de Chio, célèbre géomètre, florissait dans le 8» siècle avant J.-C. Aristote en parle comme d'un homme très-borné, excepté pour les mathématiques. Dans sa jeunesse il s'était appliqué au commerce : mais dupe d'une ruse des receveurs des droits de Byzance, il vit toutes ses marchandUesconflsquées; et il se rendit à Athènes pour y chercher des ressources. Le hasard le fit entrer un jour dans l'école d'un mathématicien ; et l'ayant entendu expliquer à se» élèves quelques problèmes de géométrie, il renonça aux affaires pour se livrer entièrement à cette science. Ses progrès furent rapides ; et après avoir suivi quelque temps les leçons des maîtres les plus célèbres, il ouvrit une école qui fut tres-fréquentée. Simplicius rapporte qu'Hippocrate fut exclu d'une assemblée de pythagoriciens , par la raison qu'il recevait une rétribution de ses élèves : mais le motif de cet affront ne parait guère probable,
Kisqu'on sait que les philosophes trouvaient dans nseignement des moyens de vivre honorables. Ce géomètre est particulièrement connu par la découverte de la quadrature de la lunule qui porte
(1) U meilleure traduction irançal»» dr» Œuvres d'HIppoerate «t celle de M. UUré, membre de rUaUtut, Paru, 1839-ltfôl, » vol. In-S*.
son nom. Ce premier pas lui fit espérer de trouver la quadrature du cercle même ; et il en montrait la possibilité par des raisonnements très-spécieux. Il fut aussi le premier à faire voir que le problème de la duplication du cube tenait à l'invention de deux moyennes proportionnelles entre deux lignes données. Montucla a analysé les découvertes «te ce géomètre avec beaucoup d'exactitude dans son Histoire des mathématiques (t. !<*, p. 132 et smr.J. J.-Phil. Heine, académicien de Berlin (mort en 4778), a soutenu, d'après un passage de Proclus, que la découverte de la quadrature de la lunule devait être attribuée à GEnopide de Chio, si 0£*opide (mot qui signifie marchand de vin) n'était pas un surnom d'Hippocrate; mais Castilhon a réfuté ce sentiment, en prouvant qo'Œnopide était ;iotérieur à Hippocrate, et qu'il y avait une altération dans le passage où Proclus attribue la même invention à ces deux géomètres (voy. les Mémoires de rârméémiê de Bertin. années 1748 et 1749, et Montucla, t. 1", p. 184.) W— «.
HIPPOLTTE (saint), évéque et martyr, vivait dans le 3» siècle i le lieu de sa naissance est inconnu. Les auteurs de YHist. iMér. de France le font naître dans les Gaules; et ils appuient cette conjecture sur ce qu'il a été disciple de St-lrénée. U fat fait évêque d'une ville dont St-Jérdruearoue qu'il n'a pu découvrir le nom. Des critiques modernes plus hardis pensent que c'est Aden CM Arabie, que son commerce rendait alors florissante; mais d'autres soutiennent que cette ville n'a jamais été le siège d'un évéque. Il souffrit le martyre vers l'an 240, peut-être à Porto ( Fœtus AngnUi) dans la campagne de Rome; ce qui expliquerait le surnom de l'ortuentis, qu'on lui donne quelquefois, à moins qu'il ne désigne un antre martyr. L'Église célèbre sa fête le 22 août. Ce Père avait composé plus de trente ouvrages : la plupart sont perdus; mais ceux qu'on a conservés suffirent pour prouver qu'il joignit il une vaste érudition une dialectique forte et convaincante. On convient que son style est grave, vif, concis et d'une aimable simplicité : mais Photius le trouve incorrect, et il lui reproche aussi de s'être laissé entraîner à des écarts singuliers dans ses explications des saintes Ecritures. Il nous reste de St-lti|>poi,tte : 1° Canon pasrkaUt; c'est une table qui servait à déterminer le jour de la féte de Pâques. C'est, sinon la première qui ait été faite, du moins la plus ancienne que nous ayons, puisqu'elle précède celle d'Eusèhe. Elle comprend un espace de cent douée ans, divises en sept cycles ou périodes de seize années, depuis l'avènement de l'empereur Alexandre-Sévère en 222 jusqu'à 533. On découvrit en 1881, dans des fouilles près de Tivoli, la statue en marbre d'un évêque assis, qu'on jugea être celle de St-Hippolyte, parce que son Canon pascal était gravé aux deux côtés de la chaise. Ce monument précieux est conservé dans une des salles du Vatican. Il a été gravé en deux planches pour YHist. tUtér. de France. Jot. Scaliger publia le
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premier le Canon de St-Hippolyte, dans son traité Dr emendatione temporum. Caris, 1583, in-fol.; et svec un Commentaire, Leyde, 1593, in-4°. Le P. Gilles Boucher en inséra une traduction latine avec des notes dans sa collection des fylcs de Pdquci, 1631: le P. Pélau , Cassini , Étienne Leinoine, Bianchini, Vignoli. gardes de la bibliothèque du Vatican, en ont fait le sujet de savantes dissertations. 2° De Antichristo tibrr, publié en grec par Marq. Cudius, Paris, 1G61, in-88; traduction en latin par le P. Combefls, et inséré avec des notes dans le 27» volume de la Btbliotk, patrum , S» De Susanna et Daniel* , traduit en latin par le P. Combeiis, à la suite do précédent, et publié avec le texte grec par Fabricius. L'histoire de Susanne y est expliquée d'une manière mystique. Suivant ce Père, Susanne est la figure de l'Église, èt les deux vieillards représentent les juifs et les gentils. 4° Demonslratio advenus judtros publié en latin par Fr. Turrian, et inséré par Possevin dans son Apparatus tactr, 1606. Cet ouvrage n'est pas entier. 5» De Deo trino et nno, et de mysteriis incamationis contra haresim Noéti, publié par Ger. Vossius. en grec et en latin avec des notes, Mayence, 1606, in-4°. C'est une homélie qui faisait partie d'un recueil plus étendu. 6° Des Fragments d'un commentaire sur ta Genèse et de quelqm s autres ouvrages conservés par St-Jérôme, Pallade, Théodoret, Pbotius et Nicéphore. Fabricius a re- . Cueilli et publié les ouvrages de St-Hippolyte, ; Hambourg, 1716-18, 2 vol. in-fol. Cette édition est I très-est imée. Le savant éditeur y a réuni aux ouvrages authentiques ceux qui sont reconnus pour apocryphes : il a publié pour la première fois le texte de plusieurs morceaux, a traduit ceux qui ne l'avaient pas encore été, a corrigé les anciennes traductions, et enlin a éclairci par des notes les passages obscurs. Jean Mill avait formé, avant Fabricius, le projet de publier les œuvres de St-llippolyte; mais il mourut avant d'avoir pu l'exécuter. Son travail fut remis a J.-G. Jan, professeur de l'Académie de Wittenberg (mort en 17SSj, qui n'a point tenu l'engagement qu'il avait pris d'eu faire jouir le public. L'Église célèbre la fête de trois autres saints du nom d'Hippol.v le, les 3 février, 13 août et 2 décembre. W— ».
HIPPoNaX, poète célèbre, florissait vers la 60* olympiade, l'an 540 a vaut J.£. Chassé d'Êphèsc, sa patrie, par h s tyrans qui la gouvernaient alors, il alla s'< tablir a Clazouienes, où il passa le reste de ses jours. Il était petit cl difforme : les deux sculpuurs Anthermus et Bupalus rayant représenté pour l'exposer à la risée publique, il se vengea d'eux par des vers satiriques (voy. Anthmimus). Il ex« rça principalement son lal ni en ce genre; et il y employait le vers choliaiube dont on lui attribut* l'invention. Théocrile dit cependant qu'il n'exerçait sa verve que contre les uéchants. Il ne nou> r< stede lui qu'un petit nombre de fragmeuts. Ces fragments ont été publiés en 1.- 13, a Bergh, •vec d'autres poésies lyriques grecques. G— a.
HTPPONïCtJS. n y a eu plusieurs personnages de ce nom qui ont eu quelque célébrité dans l'histoire d'Athènes. Le plus ancien était ami de Solon. Instruit du projet qu'avait ce législateur d'abolir les dettes, il se hâta d'emprunter des somme* considérables, et d'acheter des biens-fonds. Il y s quelque apparence qu'il maria sa fille a Callias; et de ce mariage naquit Hippomiccs surnommé Ammon, qui augmenta la fortune que ses ancêtres lui avaient laissée — Callias II, son fils, fut père d'un troisième Hipponicds surnommé Laecoploutot, ce qui peut se traduire par puits dC sr. Il avait six cents esclaves occupés aux mines de Laurium; ce qui lui rapportait une mine (90 francs) par jour de bénéfice net. Il amassa plus de 200 talents (environ 1,100,000 francs), et passait pour le particulier de toute la Grèce le plus riche en argent comptant. Il donna une de ses filles en mariage * Alcibiade. Il fut tué l'an 424 avant J.-C, è la bataille de Délium, où il était l'un des généraux des Athéniens. — Un quatrième HrrroNicrs, petit-fils de celui-ci, et (Ils de Callias le Riche, épousa la fille d' Alcibiade, son oncle maternel. Ayant découvert qu'elle avait un commerce incestueux avec Alcibiade le jeune, son propre frère, il la répudia. 11 est le dernier de cette famille qui nous soit connu. On trouvera un Mémoire sur cette famille dans le 3* volume des nouveaux Mémoires de la S» classe de l'Institut de France. C — a.
HIRAM, roi de Tyr, monta sur le trône à la mort d'Abibal, son père, vers l'an 1023 avant J.-C. Les historiens n'ont pu déterminer d'une manière précise l'époque ni la durée de son règne; mais leur témoignage unanime, soutenu de l'autorité de l'Écriture , ne laisse aucun doute sur le caractère de ce prince. Chéri dans ses États, respecté au dehors, il fit jouir ses sujets d'une longue paix, qui ne fut troublée que par la révolte des Eycéens. Ces peuples ayant tenté de se séparer de leur métropole, Hiram les fit rentrer dans le devoir par la force des armes, et sut les y retenir par ses bienfaits. C'esl la seule expédition militaire dont il soit fait mention dans son histoire. Bien différent de ces rois conquérants qui n'échappent à l'oubli qu'à la faveur de smglanfl triomphes, Hiram mérita réellement de fixer par son règne les commencements «le la monarchie tyrienne. Il agrandit différentes villes dans la partie orientale de ses États, fortifia sa capitale, en répara les temples, e* y fit communiquer celui de Jupiter Olympien , en comblant l'intervalle qui séparait du continent l'Ile où il était situé. Contemporain de David et de Salomon, il s'empressa, à la mort du premier, d'envoyer une ambassade à Jérusalem pour féliciter le nouveau roi, et lui offrir la continuation de l'alliancf qu'il avait contractée avec son père. Peu de temps après, Salomon ayant eu besoin de mat riaux et d'ouvriers pour la construction du temple, le roi de Tyr lui fournil l'un et l'autre, el voulut contribuer de cent vingt talents d'or aux Irais de
l'édifice. Salomon reconnut cette libéralité par des présent* annuels de blé et d'huile, auxquels il joignit dans la suite l'offre de vingt villes en Galilée. Hiram n'accepta point. Ces présents réciproques étaient accompagnés de lettres que s'écrivaient les deux monarques, et dont les originaux, si l'on en croit Josèphe, se voyaient encore de son temps dans les archives des Juifs et dans celles de Tyr. L'Écriture, d'où nous avons tiré une partie de ces faits, nous apprend aussi que, lorsque Salomon voulut envoyer chercher de l'or à Ophir, son généreux allié, auquel il eut encore recours, lui donna des ouvriers pour construire une flotte, et d'habiles pilotes qui la conduisirent à sa destination, et la ramenèrent, chargée de richesses, dans les ports de la Judée. Hiram termina, à l'âge de cinquante-trois ans, un règne qui en avait duré trente-huit. Son (ils, Bazor, lui succéda, l'an 985 avant J e — Hiram, célèbre architecte et sculpteur, était fils d'unTyrien et d'une Israélite de la tribu de Nephtali. Il fut envoyé par Hiram, roi de Tyr, à Salomon, qui lui confia la conduite des travaux du temple et l'exécution de différents ouvrages en fonte, dont les plus remarquables étaient deux colonnes de bronze placées à l'entrée de l'édifice, un autel de vingt coudées de long, et le vaisseau d'airain nommé la Mer, destiné aux purifications. L'Écriture, qui nous a laissé une ample description de tous les ornements du temple, parle d'Ilirara comme d'un homme très-habile pour ces sorte» d'ouvrages. Il vivait 1000 ans avant J.-C. L — Y.
HIRE (Philippe de la). Voyez LA II IRE.
HIRET (Jean), historien, né vers le milieu du 16* siècle à Chazé, dans l'Anjou, avait embrassé l'état ecclésiastique : il prend les titres de curé de Challain au diocèse d'Angers, et de chapelain de l'Eglise de Paris. Hiret devait être sur le retour de l'âge lorsqu'il publia les Antiquités d'Anjou, Angers, 1605, in-12, dont il offrit la dédicace à Guillaume Fouquet de la Varenne, gouverneur pour le roi des ville et château d'Angers. Ayant revu depuis son livre, il en donna une seconde édition, 1618, in-12 de 608 pages, non compris les préliminaires, - tellement augmentée qu'elle « pouvait être regardée comme une nouvelle en* « treprise. ■ Il dédia cette édition à l'évéque d'Angers, fils de l'ancien gouverneur de celte ville, et nommé comme lui Guillaume. Dans son épltre à ce prélat, il dit qu'il avait composé un autre ouvrage : De criminulibut hraelitarum legibut; il y qualifie saint Jean « l'un des douze gentilshommes « ordinaire de la chambre de Jésus-Christ et l'un « des trois conseillers de ses conseils secrets. • Les Antiquités d'Anjou sont à proprement parier les annales abrégées de cette province, depuis le déluge, car l'auteur remonte jusque-là. Il déclare dans la préface qu'il a profité pour son travail des Recherches de Rourdigné (wiy. ce nom), « un « grand homme en son temps. » Hiret , écrivain crédule mais naïf, peut être consulté pour tout le
16* siècle. Sur l'année 1593, il raconte qu'il fat pris en Anjou grand nombre de sorciers : « Ils m furent, dit-il, jetés en l'eau pourvoir s'ils iraient • au fond, et n'y allant, on les jugeait être sor- « ciers : enfin ils furent renvoyés faute de preuves. • 11 note les hivers rigoureux el les étés très-chauds, le prix des denrées dans les années de disette, les crues extraordinaires de la Loire, et généralement tous les faits remarquables. Cet ouvrage est devenu rare, et la seconde édition est trésrecherchée. W — s.
HIRNIIAYM (JÉRÔmt), abbé du Mont-Sion, vulgairement Strachow, ordre de Prémontré, dans la ville de Prague, était né à Troppau en Siléste, l'an 1635, et fut élu abbé de Strachow en 1669. Il est renommé non-seulement pour ses vertus religieuses, mais encore pour son éminent savoir i et pour le soin qu'il prit de faire fleurir les bonnet i études dans sa maison et dans beaucoup d'autres que l'abbé général de Prémontré avait soumises à sa surveillance, en le faisant son vicaire général pour toutes les abbayes de son ordre en Bohème, | en Autriche et en Silésie. 11 était docteur en théologie et en droit civil et canonique; il avait fait de la médecine et des belles-lettres une étude assez profonde; et on l'avait vu donner tour i tour, avec applaudissement, des leçons sur ces diverses branches des connaissances humaines. Il mourut dans son abbaye en 1679. On a de lui *. 1° Un Commentaire sur le discours de S. Norbert à ses frères (roy. Norbert); 2" Recta vittr via. ou Méditations tirées de f Ecriture sainte, et distribuées pour tous les jours de l'année. La première édition fut mise à l'index pour quelques endroits d'une spiritualité trop raffinée; mais l'abbé Hirnhaym les ayant fait disparaître, l'ouvrage fut permis, souvent réimprimé et même traduit en plusieurs langues. 3° De Typho generis humant, etc. L'auteur y traite de la vanité de la science et de son danger quand elle n'est point accompagnée de la foi. L'ouvrage est savant, mais il contient plusieurs propositions qui semblent tendre au scepticisme; il fut défendu. On en trouve une bonne analyse dans les Observationes HaUenses, liv. 7, observ. 8. L— t.
HIRSCH (Charles-Chrétien), savant ministre protestant et littérateur distingué, naquit en 1704, à llersbruk en Bavière. Il commença son cours d'études à Ratisbonne, et l'acheva à Alldort, où il soutint une thèse publique : De veterum recentionanque Germauorum schotis solitis et solidii. Il passa un an à l'université de Leipsick , obtint, en 1734, la cure de Weitsbrunn, et, en 1740, le diaconat de Saint-Laurent à Nuremberg, où il mourut le 24 février 1754. Ses principaux écrits sont: 1° Essai d'une histoire eectésiattique de Surem berg (inséré dans les Acia eccles. de cette ville, part. 9, 10, 11); 2° Librorum ab anno I m que ad L seculi XVI typis exscriptorum ex tibrana quadam suprUeelile, Norimberga pritatis sumptibus m comvmunem usum collecta et adservata, puUenariï IV,
Nuremberg, 1746-49, 4 part. in-4°; 3" Lettre à M. H eu manu de Gcettiogue, contenant la preuve que Luther n'ett point l'auteur de la Bible latine, in-fol., imprimé a Wittemherg, en 1529, dans la Correspondance hambourgeoise , H imlmrgisHic hriefwecb-
sel ) 4e 17»! ; recueil où il a inséré plusieurs morceaux assez curieux, notamment des notices sur Hans Sachs et sur d'autres troubadours ( Meùterteenger) nurembergeois; 4° De origine Landtknecktorum obtervatio hittorica (dans le Nova Mu cri. Liptiens.. t. 9). — Hirsch (Jean-Christophe), inspecteur des monnaies et conseiller de la chambre royale d'Anspacb, mourut dans celte ville, le 28 mai 1780, âgé de plus de 80 ans. Il possédait de fastes connaissances en économie politique et en statistique; il combattit vivement les préjugés qui régnaient dans l'administration, et y fit adopter de nouvelles maximes, dont le temps a démontré la sagesse. Il cultivait la numismatique par délassement, et il lui a fait Caire quelques progrès en Allemagne. On distingue parmi les écrits qu'il « laissés : Ie Bibliotbeca numitmatira exhibent cotalogum auctorum qui de re monetana et nummù tam ■ antiquis quant recentioribut tcriptere, Nuremberg, 1760, in -fol. Cette bibliographie est rangée suivant l'ordre alphabétique des noms d'auteurs, ou des titres de livres quand ils sont anonymes. Un Index rerum de près de cent pages, aussi par ordre alphabétique, facilite les recherches, et fait que cet ouvrage n'a point été effacé par celui de Upsius, plus moderne de quarante ans, mais qui est moins détaillé et dans lequel les titres sont souvent tronqués. 2° Mémoire* de la société <f agriculture de Franconie, 1765-67, 3 vol. in-4°; & Archivée numismatique* de T empire germanique. Nuremberg, 1766-68, 9 part, in-fol.; 4° Traité tur ? éducation des abeille* en Franconie, ibid., 1770, In-8°; une première édition avait paru à Anspacfa, 1767, ill-8*. S— v— s.
HIRSGHFELD (Chrktien-CaIus-Lmjrekt), écrivain allemand, né le 16 février 1742, au village de Nilchel près d'Eutin , où son père était prédicateur, étudia de 1756 à 1760, à l'école des orphelins de Halle , et suivit ensuite les cours de l'université de cette ville pendant trois ans , 1760- 1763. Plein de goût pour les beaux-arts, mais associant à ce goût le désir d'en comprendre soit les phases et les développements, soit la loi intime et la dérivation d'un principe éternel supérieur à l'homme , il se livra de préférence et avec ardeur a l'histoire, à la philosophie, à l'esthétique, aux antiquités , sans toutefois négliger absolument la théologie, à laquelle tenait son père, qui voulait lui faire suivre la carrière ecclésiastique. L'obéissance filiale pourtant n'alla pas jusque-là, et prenant en quelque sorte un milieu entre les idées paternelles et les siennes, Hirschfeld tourna ses vues du côté de l'enseignement. Un heureux hasard voulut qu'il fût choisi pour précepteur de la princrsse de Holstein-Gottorp, Hedwige Elisabeth-Charlotte, qui plus tard devint duchesse de
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Sudermanie, puis reine de Suède, et que l'année suivante il remplit les mêmes fonctions près des deux princes ses frères, Guillaume-Auguste et Pierre-Frédéric-Louis (celui qui fut évoque , prince de Lûbeck et administrateur du duché d'Olden bourg). Hirschfeld fut même désigné pour les accompagner avec les titres d'informateur et secrétaire de cabinet lorsqu'ils commencèrent leurs voyages en 1765. L'atmosphère d'élégance et de luxe qu'il respira dans cette phase de sa vie , au milieu d'un monde princier ou courtisan , ne put manquer de développer la délicatesse naturelle de son esprit en un sens plus attrayant que les théories auxquelles il s'était livré; et dès lors l'application de l'esthétique aux divers arts ornementistes et spécialement au dessin des jardins devint l'objet de ses méditations. Tandis que le germe de ces pensées fermentait dans sa tète, une petite cabale le contraignit de quitter les deux princes à Berne, où pendant longtemps II leur avait continué ses leçons (1767). Il se rendit à Leipsick, et là, dans le cours de quelques mois, il jeta sur le papier et bientôt à la presse quatre ouvrages qui prouvaient au moins beaucoup de finesse et un tour original dans les pensées, et qui presque tous ont eu les honneurs de la réimpression. Vers le commencement de 1769, il se trouvait à Hambourg, d'où par ses amis il sollicitait à Kiel la chaire de philosophie au collège de Tutelle, tout nouvellement érigé en cette ville. On l'en laissa remplir les fonctions comme professeur extraordinaire , et en 1773 il obtint le titulariat. Cette chaire de philosophie était en même temps une chaire de beaux-arts, c'est-à-dire que les deux enseignements marchaient ensemble et que la première des deux sciences n'était en quelque sorte que la base , le préliminaire de la seconde, et sous ce point de vue peu d'hommes plus qu'Hirschfeld étaient aptes à les exposer l'une et l'autre. A sa chaire d'ailleurs il joignit, de 1770 à l'époque de l'incorporation du Holstein au Danemarck, le poste laborieux de secrétaire da collège. Devenu par le dernier événement sujet danois, il échangea en 1777 sa position de professeur contre celle de conseiller au tribunal de Kiel, laquelle lui laissait les loisirs nécessaires pour la rédaction des ouvrages ou recueils périodiques auxquels il souhaitait depuis longtemps se consacrer, et par lesquels il voulait se créer une spécialité en même temps nouvelle, gracieuse , et où il n'eût point de rivaux. Il y réussit et il devint en quelque sorte l'oracle de l'horticulture en Allemagne. Ses études, qui s'étaient étendues i tout le cercle des beaux-arts et que récapitulait une esthétique élevée, y avaient préparé son esprit et sa vie; ce qu'il avait vu dans les palais ou à la suite des princes y avait habitué ses yeux. De nouvelles observations, bien autrement riches et fécondes , parce qu'elles embrassaient toutes les tentatives remarquables des pays civilisés et tous les temps dont nous a entretenus l'histoire,
élargirent Immensément , sitôt qu'il s'y voua , le champ de ses méditations, et lui fournirent de fréquente» ou instructif es comparaisons, de lumineux résultats. Il voyageait beaucoup (en Danemark, en Allemagne, en Suisse), afin de voir par ses yeux , afin de sentir et de juger sur place. C'est sous son influence , et à la suite du mouvement créé par lui, que fut érigée en 1784, par les ordres de Christian VII, l'école de culture des arbres à fruit à Dûsternbrok , école dont il eut l'administration et qui parvint en peu d'années à on grand développement. Hirschfeld mourut au milieti de ces travaux le 20 février 179Ï. Ses publications se rangent d'elles-mêmes en deux parties , celles qui concernent spécialement l'horticulture et qui à leur tour se divisent en ouvrages techniques et ouvrages esthétiques, quoique d'ordinaire la prédominance d'un des deux caractères n'emporte pas absence complète de l'autre, et celles qui se réfèrent aux beaux-arts autres que l'ornement des jardins, a l'esthétique générale, à la morale, à la philosophie. En voici la liste : 1" Tkéone de l'art des jardins, Leipsick , 1779-478», S vol. in-4», grav. (traduite en français par Fréd. de Caslillon, Leipsick, 1779-1785, 5 vol. in-*»). C'est son ouvrage capital , et bien qu'on poisse y ajouter soit aux considérations théoriques, soft aux aperçus historiques, il est encore classique en Allemagne et même en tout autre pays, tant qu'on parle de livre» embrassant le cercle entier de l'horticulture. Il n'a point eu le même succès en France ; cela tient d'abonl au peu de goût que les Français en général ont pour les théories esthétiqtrcs, puis a la grande différence des climats , d'où résulte différence de culture, d'aspects* de dispositions même dans les jardins. Les traductions en hollandais de Hirschfeld, au contraire, ont été très-lues; aussi ses ouvrages ont-ils presque tous été rendus en cette langue. î° Une •titre Théorie de l'art de s jardins. Leipsick, 1778, in-8». On devine aisément , et par la date et par les dimensions de cet ouvrage, que c'était le prélude et que c'est comme l'abrégé du précédent. Encouragé par le succès qu'il obtint, Hirschfeld, au lieu d'en donner une seconde édition , le re- , mania, le développa et y ajouta des démonstrations, dt S eemples. 5° Remarques sur les maisons de campagne et sur Fart drs jardins. Leipsick, 1773, in-»» (traduites en hollandais, l'trecht, 1778, in-8»). Ces remarques ont aussi été fondues dans son grand traité. 4° Almanach des jardin» (pour les années 1782-d783 et suivantes jusqu'à 4789), Kiel, 8 vol. in-12, et Petite bibliothèque des jardin». Kiel, 1790, grav. Sous le titre de PeMe bibliothèque, Hirschfeld voulait donner une nouvelle série de l'Almanach, mais sur une échelle plus vaste; il n'a donné qu'un volume de celte dernière ; 5" Manuel de la culture des arbres à fruit, Brunswick, 1788 et 4789, 2 vol. in-8» (le 1" volume a été traduit en danois par Svendsen, Copenhague, 1790, in-8»). C'est l'exposé des expé-
rienees faites è l'école de Dilaternbock ;fi"U* rurale, Berne, 1787, in-8»; 2» édition très-angméritée, Leipsick. 1768, In-B-jS». ihid., 1771; 4», ibkl., 1776 (traduite en hollandais sur la 2» édition, Amsterdam, 1771, in-8»). Ce fut le premier ouvrage d'Hirschfeld; 7» L'hiver, Lei sick, 1769, in-8»; 2» édition, 1775, in-8» (traduit en hollandais, Otrerht, 1779, gr. In-8»). Cette puhlie.itiou hebdomadaire fut interrompue au bout d'un as. 8» lettres sur le» curiosités les plus rrmmrqmabUs de la Suisse . Leipsick, 17G9 , ln-8», 1" vol. Le second ne parut jamais : ce ne fut pat faute de succès. [ Le premier, après avoir subi un remanie un-nt complet, fut publié de nouveau sous le titre de Lettres sur la Suisse. Leipsick, 1776, in-8», et traduit en hollandais. De plus , l'ouvrage suivant peut en être regardé comme la continuation. 9° Nouvelles lettres sur ta Suisse, Kirt, V7*">, 1" livraison In-8», 7 grav. Les Soureite» lettm ne furent pas non plus continuées-, 10° Plan de f Ai». toire de la poétie , de f éloquence , de la musique, de la peinture et de f«r< kite ture chet les Grnt, Kiel, 1770, in-8»; 11» Ou ban go* en philo»<»pkie. Lubeek, 1770, in-8»; 14» Considérations »ur les merlus héroïques. Kiel, 1770. in-8»; 13" Rssai sur le grand homme. U-ipsick, 1768 et 1769. S voL in-8"; 14- De / hospitalité . Leipsick , 1777, in-8» (traduit en hollandais, Utrecbt, 1778, in-8»). Hirschfeld analyse le sentiment d'hospitalité chei l'homme, en expose la puissance, l'universalité, les développements , et en conclut la bonté , partielle au moins, de l'espèce humaine. 15" Beaucoup d'articles épars dans des recueils particuliers et quelques Discours. P— or.
HIRSCIIING (Famaic-CuARLES-COTTLoa), savant et laborieux professeur allemand , naquit àtffenheim , le 21 décembre 1762, et mourut è ErUng, le 11 mars 1800, n'ayant pas encore 38 ans accomplis. Il avait été nommé prof» sseur surnuméraire de philosophie dans cette ville; mais il n'y exerça point de fonctions. Il possédait des connaissances distinguées en botanique et en écona» mie rurale. Il est , au reste, plus eannu par ait travaux, historiques et géographiques. Compilateur exact et soigneux, il manque souvent de goût et de critique; c'est ce que l'on peut remarquer dans les ouvrages suivants : 1» U-s ■ . nm des principales bibliothèques Je fAllamaaue. Lrlaug, 1786 , 4 vol. in-8», ouvrage curieux et .rsseï recherché ; 2* Notice des tableaux et recueils d'm» lampes tes plus curieux . ibid., 6 vol. in-8* ; 3* Du> lu, un nrc des personnages célèbres et mémorables dm 18* siècle, continué par J.-H.-M. Ernesti, etc., à Cobourg. Ce continuateur et ses collègues ont travaillé sur un plan plus étendu que celui d'Itirsching. Dans les cinq premiers tome» que l'auteur a donnés, il avait déjà traité plus de laj moitié de l'alphabet; et l'ouvrage entier se compose de dix-sept volumes in-8°, chacun d'environ huit cents pages. L'édition qui a paru à Leipsick eu 1794 et anuées suivantes laisse a désirer sous
le rapport de la netteté typographique. Les noms indicatifs des articles nVtiint pas imprimes en majuscules , il en résulte une confusion qui nuit beaucoup à la facilité des recherches. Ce défaut est d'autant plus à regretter, que l'ouvrage est utile à consulter, non-seulement parce que l'on y trouve la biographie de personnages que l'on chercherait vainement dans d'autres dictionnaires de ce genre, mais encore parce que l'auteur indique avec soin les sources auxquelles on peut recourir. — GmUaums-Simton^Ckrétien Hirsching , père du précédent, était né, le 6 février 1726, à Windsheim. Il pratiqua la médecine à Anspach , et y cultiva avec succès la chimie et l'histoire naturelle. Il mourut i Uffenbeim, le 48 mai 1770. Il a déposé d'utiles observations dans l'ouvrage suivant : Essai physico-chimique sur la transmutation des métaux, considérée comme panacée un tr erse Ue . etc., Leipsick, 4754, 1 vol. in-8' de près de 6K0 pages. S— v — s.
HlftT (Jean-Frédéric) , docteur et professeur en théologie à Wittenberg , naquit, en 1719, a Apolda en Thuringe. Après avoir obtenu en 1748 la place de corecteur du collège de Weîmar, il devint en 1798 professeur extraordinaire en philosophie à léna, puis professeur en théologie, et surintendant en 1761. En 1778 il retourna à YVh> tenberg, où il avait été appelé aux mêmes fonctions, et y mourut le 39 juillet 1783. Ce savant a
Cublié un grand nombre d'ouvrages, «iont les îbliographes allemands donnent la nomenclature, et qui prouvent son goût pour le travail, et la variété de ses connaissances en critique sacrée et dans les langues de l'Orient. Nous indiquerons les principaux : 1° Comment, de coranis mpud Kbrceos nuiMiatibus, léna, 1748, in-*- ; i" Comment, de ckaUuiamo bibUco, ibid., 17:11 , in-4»; 3» Biblia hebrata auatyhca. ibid., 1783 et 1769; 4" Tractai** philol. tn 9110 dœtrina de furmis mixtis verburum compléta traditur, frétas illarum contra ctl Sckuttensium de/enditur, et t/irum USUS herincueuticus in tmpkastbus entendu ostendttur, ibid., 1786; 5° Btèl analyt. pars Chaldaica. ibid., 1784; 6° Lie ivtperatorum ante Constantinum Alngnum erga ckrutumos fuvort, 1788, in-4»; 7* Imtitutiunes arabica- tingua; adjaetm est ckrestomatkia arabica , ibid.. 1770, in-8°.Hirt suit ici la méthode de Dana. Sa Cbrestomathie ne contient rien qui n'eût été publié précédemment, a l'exception néanmoins d'un morceau que lui avait communiqué le célèbre Reiidte, intitulé Spoeimen commentant Ibn Sobutnh ad EputoUum Ibn. Walidi. non verstone et notis Heùkn ; 8° Syntagma observationum phitotoqtcocritieurum ad ting. sacram N. T. pertineutium, 1771 , in-8' ; 9° Onemtadisebe und exegetische . Bibhothek, 8 cahiers, 1772; 10* Anlhoiogia arabica comptexum vanurmn textuum arabicorum setectorum pari i m
ineditorum sistens, 1774, in-8*. Hirt avait publié cette Anthologie pour faciliter aux commençants l'étude de la langue arabe; mais la manière fautive dont il donne les textes déjà publiés et les