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son lit. Sa tante an contraire n'était pas moins gaie que bonne et spirituelle; seule elle devina son neveu, qu'elle gâtait à force de tendresse, et qui lui rendait bien son attachement. Quant à l'oncle, le conseiller, type de ton* les conseillers que nous retrouvons dan» les œuvres d'Hoffmann, son effort continuel était de façonner, de plier son neveu à l'existence méthodique qu'il avait adoptée lui-même, et par malheur il eût été difficile de rencontrer deux tempéraments plus opposés que ceux du maître et de l'élève. Hoffmann n'était affranchi du régime sévère auquel on voulait le réduire pour toutes les actions de la vie, que le mercredi, jour ou son oncle allait invariablement rendre visite à ses vieux amis; et alors il se dédommageait de sa gène habituelle par tous les jeux, par toutes les folies qu'il lui était possible d'imaginer. Cependant, et malgré cette profonde différence d'humeur, Hoflmann ne laissa pas d'avoir à son oncle de grandes obligations. C'est à lui qu'il dut les premières leçons de leeture et de musique. Dès 1 âge de sept ans il suivit les cours de l'école réformée. Dans les classes inférieures ses progrès ne furent pas plus rapides que ceux de la plupart des enfante , et malgré la vivacité de son esprit, il ne se fit remarquer de ses professeurs que lorsqu'il fut parvenu à la classe de seconde, vers l'âge de quatorze ans. A cette époque, son goût pour la musique et pour la peinture se manifesta de telle sorte qu'en peu de temps il dépassa tous ses condisciples et se rangea au nombre des petits prodiges, soit en improvisant, soit en jouant des morceaux de sa composition sur le clavecin , soit en dessinant avec une correction capable d'exciter la jalousie de son maître. C'est au collège que se forma la liaison d'Hoffmann avec Théodore Hippel, le camarade de sa jeunesse, l'ami de toute sa vie. Entre seize et dix-sept ans il s'éprit d'amour pour une jeune et belle personne qui se moquait de ses respectueux nommages : « Puisque « je ne puis captiver ses bonnes grâces par un • extérieur agréable, disait-il souvent à son ami, «. que ne suis- je un monstre ! ma laideur la force- « rait au moins à me regarder. » Ses premières amours n'ont de curieux à noter que ce trait caractéristique. Vers la fin de ses études une liaison plus intime avec une femme distinguée par sa beauté et par son esprit, liaison qu'attristait la perspective d'un dénoùinent prochain , jeta dans son âme des sentiments qui plus tard dans ses ouvrages se transformèrent en idées. A l'université, Hoffmann ne cultiva sérieusement que la jurisprudence, négligeant les leçons de Haut, auxquelles il avouait ne rien comprendre, détestant les exercices du corps, indifférent à tout ce qui ne lui promettait pas de l'indépendance comme l'étude des lois, ou du plaisir comme l'étude des arts. 11 s'essaya au métier d'écrivain, en composant deux romans, Cornaro et le Mystérieux, que les libraires ne daignèrent pas impri-
mer, et ne fut guère plus heureux quand il s'essava au métier de peintre. Enfin le 42 juillet 1795 il passa un premier examen , à la suite duquel il fut nommé auditeur à la régence de Kœnigv berg. Ne s'y trouvant pas assez occupé , au mois de juin 4796, il se rendit à Glogau près d'un de ses oncles attaché aux bureaux de la régence en qualité de conseiller. Là , il continua ses études et fit connaissance avec plusieurs hommes enunents. Dans un voyage en Siléste H lui arriva de jouer avec un bonheur effrayant. Lorsqu'il se disposait à quitter la salle, un vieil officier lui dit en le regardant d'un œil sévère : • Jeune homme , « vous eussiez fait sauter la banque ai voua aviez « su jouer. Au reste, quand vous saurez votre « métier, le diable vous emportera comme tant « d'autres. » Ces paroles, ce regard frappèrent Hoffmann, et il renonça au jeu pour la vie. Dans l'été de 4796 son oncle ayant été nommé conseiller intime an kavmergeritkt ou tribunal de Berlin, il y fut lui-même al taché avec le titre de référendaire. Deux ans après il subit sa troisième et dernière épreuve, que l'on appelle en Pruj*e Vf xiime.it ngvureux . et à laquelle doit se soumettre quiconque aspire aux emplois de la baarte magistrature. Hoffmann fut nommé assesseur de la régence de Posen avec voix consultative. Pour se désennuyer il fit une suite de caricatures satiriques, contenant des allusions à la chronique secrète et scandaleuse de la ville. Découvert et dénoncé, le ministre, au lieu de signer sa nomination de conseiller de régence à Posen, l'envoya à Plozk. C'était au printemps de 4802. Avant de partir, Hoffmann épousa une jeune Polonaise qui le suivit dans son exil. Vers le commencement de l'année 4804 ses amis de Berlin réussirent à le faire nommer conseiller de régence à Varsovie. Durant son séjour à Plozk il avait beaucoup travaillé, beaucoup écrit, articles de joumanx, ouvrages de théâtre, miscellanées; il avait composé plusieurs messes et une grande sonate d'après les règles du double contre-point, esquissé des portraits, des caricatures, copié à sa plume les tableaux des vases étrusques de la collection d'Hamilton. A Varsovie, les devoirs de sa charge, le tumulte d'une ville populeuse, bruyant carrrfour de nations et de croyances , l'enlevèrent d'abord à ses occupations chéries, mais il ne tarda pas à les reprendre, lia établissement musical venait d'être créé; il en fut la providence, le factotum; on l'y voyait courir au sortir des bureaux de la régence ; souvent les clients allaient l'y relancer et le trouvaient couvert d'une casaque de toile grise, perché sur un échafaudage, ayant près de lui des pots de couleur et une bouteille de vin du Rhin, travaillant avec ardeur à décorer le palais Mnisxk, dont la société des concerts avait fait l'acquisition. Alors il descendait, se lavait le» mains, conduisait Us clients dans son cabinet, et dressait en quelques heures des consultation*
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h grande armée française approchait de Varsovie, chassant devant elle des nuées deCosaques, deTartares, de Baskirs, qui traversaient la ville au pas de course. Tout occupé d'Haydn et de Mozart, Hoffmann ne prenait pas garde à Napoléon. Ne tisane que des partitions, et pas un journal, il n'avait jamais réfléchi aux conséquences d'une invasion , lorsque ces conséquences l'atteignirent. Il perdit «on emploi et se trouva d'abord le plus heureux des hommes ; H lui restait quelque argent et il n'avait plus de dossiers à examiner, plus de séances à suivre. Son bonheur dura autant que son argent ; puis les embarras , les chagrins, les désappointements se succédèrent en foule. Hoffmann tratna sa misère et ses espérances déçues de Varsovie à Berlin, de Berlin à Bamherg. Béduit à vivre de leçons de musique, et vivant mal, il se souvint de sa plume et voulut y recourir. H s'adressa à Rochlitz, l'éditeur de la Gazette musicale de Leipsick ; après lui avoir conté son histoire dans une lettre originale, il finit par lui avouer qu'en ce moment U n'Hait rien , qu'il n'avait rien . mail qu'il voulait tout, sont savoir précisément quoi. Rocblitz répondit en l'invitant a écrire pour son journal un conte, dont le principal personnage serait un musicien devenu fou. Telle est l'origine de la biographie de Jean Rreisler et des contes fantastiques : telle fut l'introduction d'Hoffmann dans la littérature : sa renommée allait commencer, mais ses vicissitudes n'étaient pas finies. Dans les huit années qui s'écoulèrent depuis 1807, il compta pins de mauvais jours iroe de bons. D'abord une atteinte de fièvre nerveuse augmenta son irritabilité naturelle. Sa jeune fille mourut à Posen, ni sa femme avait cherché un abri contre Ira chances de la guerre. Plus tard il eut la douleur Je voir celle-ci grièvement blessée par la chute fl'une diligence sur la roule de Dresde à Leipsick. Hoffmann fut tour à tour chef d'orchestre , jourîaliste, traducteur, décorateur, machiniste, ré- >étiteur de chant, peintre à la fresque, chantre l'église. H se lia intimement avec le compositeur rVeber et avec le célèbre Richter. II s'associa avec 'acteur Holbein pour diriger le théâtre de Bamwrg, dont la prospérité lui permit de se livrer à on goût pour le plaisir. H dépensait alors cininante florins par mois à l'hôtel de la Rose, et |uelque temps après il vendait sa redingote pour nroir de quoi dîner. Par un des hasards de sa vie ■rrante, Hoffmann dirigeait l'orchestre d'un héâtre de Dresde, lorsque Napoléon vint y livrer a bataille. C'est un curieux spectacle que celui le l'écrivain en présence des boulets : lui-même ious l'a donné dans une lettre curieuse, où il lécrit l'effet d'une batterie tournée contre le [uarticr qu'il habitait : • Au moment où j'entrais chez moi , dit-il , un obus passa au-dessus de ma tête avec un sifflement horrible. Il tomba à quinze pas de là , devant la demeure du maréchal Gouvion Saint-Cyr, au milieu de quatre caissons de poudre. Lorsqu'il éclata les che-
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« vaux prirent le mors aux dents. Plus de trente « personnes se trouvaient dans la rue; aucune nu « fut blessée. Quelques minutes après, un second, « un troisième arrivèrent; il était clair qu'une » batterie ennemie balayait le quartier où nous « demeurions. Tous les habitants de la maison, « femmes, enfants , se réunirent sur l'escalier en « pierre du premier, qui était hors de la direc- « tion des fenêtres. A chaque explosion c'étaient « des cris , des pleurs et des lamentations, et pas r un verre de vin m de rhum pour te fortifier le « coeur f Je me glissai tout doucement hors la « petite porte de derrière et courus chez l'acteur « Relier. iVow/ étions U verre en main à sa croisée « sur le Neumarth , lorsqu'un obus tomba au mi- « lien du marché. Un sohlat westphalien qui allait
* pomper de l'eau eut la tête fracassée. A quei- « ques pas de là je vis tomber un bourgeois assez « bien mis; il fit quelques efforts pour se relever, « mais il avait le ventre ouvert, tes intestins lui « sortaient par la blessure; il retomba roide mort. « L'acteur Relier laissa toml>er son verre; moi, « je vidai le mien en m'éeriant : Qu'est-ce que la « rte? Que la nature de C homme est faible l a* pat
* pouvoir supporter le (hoc d'un petit morceau de
* ferf » \je caractère, le génie d'Hoffmann se manifestent dans ce peu de lignes. Si l'on ea veut un autre échantillon , voici un fragment de lettre où il parle de la manière dont il vivait à Leipsick : « La vie est ici fort agréable, et pis « du tout aussi chère qu'on me l'avait fait crain- « dre. On y vivrait encore a meilleur marché sans « quelques maudits établissements qui coûtent « maints florins. Sur la place du marché, dans la « rue Si-Pierre, il y a ee qu'on appelle des ca- « veaux italiens, chez Mainoni Rossi ; le pavé est « tellement en pente aux environs de ces malbeu* « reux caveaux , que toutes les fois qu'on passe « près de la porte , on glisse le long des escaliers, « on ne sait comment. Quand on est en bas on se « trouve, à la vérité, dans une pièce meublée - avec beaucoup de goût, mais l'air est si humide! « il faut se réchauffer par un verre de bishop ou « du bon vin de Bourgogne, ou manger une salade « avec des moules, des olives, des câpres; voilà « ce qui rend la vie un peu chère à Leipsick. » Hoffmann éprouva une vive joie en voyant les Français s'éloigner de Dresde. « Maintenant, éeri- « vait-il , on respire en liberté. J'espère qu'un « heureux avenir nous payera de tant de calami- " tés. Je m'occupe toujours de musique; je fais « aussi de la littérature , c'est-à-dire que je suis « devenu une espèce d'auteur : un petit ouvrage « de ma façon sub titulo : Fontaines dans la ma- « niire de Callot. avec une préface de Jean-Paul « Richter a paru chez Runz. H me tarde de savoir « ce que vous en pensez. Outre quelques articles « qui ont paru dans la Gatttte musicale, il ren- « ferme les Aventures nouvelles du chien Berqanta « et le magnétiseur, etc. ■ De retour à Leipsick an commencement de 48!4 , Hoffmann fut saisi d'une
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pleurésie accompagnée de rhumatisme goutteux. Dans ses plus grandes douleurs il travaillait à des caricatures sur ces maudits Français, que les circonstances lui avaient fait prendre en horreur. A Leipsick il retrouva Hippel, son ami, devenu conseiller d'État. Dégoûté du théâtre, il voulut rentrer dans la carrière publique, et n'obtint d'abord qu'une place de surnuméraire dans les bureaux de Berlin ; mais dans les premiers mois de 1816 il reçut sa nomination de conseiller au kammergericht. Son talent littéraire avait pris l'essor, et il se produisit avec éclat comme compositeur. A Varsovie il avait écrit trois grandes partitions : le Chanoine de Milan , PÉcharpeet la Fleur et les Joyeux musiciens. Ce dernier opéra , joué par de mauvais acteurs, n'eut pas de succès. Au contraire Ondine. opéra en trois actes, dont la musique lut écrite sur un libretto que Lamotte- Fouqué , l'auteur du roman , avait arrangé luimême, réussit à Berlin. Quelques morceaux jouirent d'une vogue populaire, et l'auteur du FreiseAutx accordait beaucoup d'estime à toute la
Eartition. Dès lors Hoffmann se trouva riche et eureux : il avait de l'argent et de la gloire. Comme tant d'autres, ce fut la fortune qui le perdit , en l'entraînant à des excès qui profitèrent quelquefois à son talent, mais qui devaient bientôt compromettre sa santé et sa vie. La haute société le recherchait, mais il s'ennuyait promptement avec elle , et il ne savait pas lutter contre son ennui. Des salons cérémonieux il s'enfuyait au cabaret, où souvent le jour le trouvait encore. Quand le vin avait échauffé sa verve, sa conversation était éblouissante de saillies, d'épigrammes. S'il ne causait pas, il dessinait ; son ceil d'aigle ne faisait grâce à aucune des physionomies ridicules ou bizarres qui l'entouraient. On conserve encore dans une taverne de Berlin un album couvert de ses dessins. Les étrangers qui voulaient le voir venaient à la taverne, il ne buvait que des vins exquis et chers ; ce qui lui imposait la nécessité de travailler beaucoup et vite. Les libraires qui lui demandaient des contes les payaient jusqu'à dix frédérics par feuille. Pour l'arracher à cette vie dévorante, Hitzig, l'un de ses amis, et qui devait être son biographe, imagina de fonder un club littéraire , dont les séances se tenaient une fois par semaine chez Hoffmann. Les membres de ce club étaient d'abord les deux fondateurs, ensuite Contessa, Chamisso et le docteur Koreff. Inaugurée le jour de St-Sérapion, la société transmit ce nom à un recueil , qui en était pour ainsi dire le procès-verbal , et qui avait Hoffmann pour rédacteur. Dans les Frères Sérapion se trouvent plusieurs de ses meilleurs contes. Il s'y est mis en scène lui et ses amis sous les noms de Théodore, Lothaire, Ottmar, Vincent et Sylvestre. Déjà il avait publié les Contes nocturnes et les Fantaisies; les Souffrances d un directeur de théâtre, le Petit Zacharie , les Contemplations du chat Murr, se succédèrent à peu de distance. Le chat Murr
était un superbe animal , auquel Hoffmann supposait des facultés extraordinaires; presque toujours il reposait dans le tiroir du secrétaire de son maître, que sa mort plongea dans une douleur profonde; on peut en juger par le billet suivant qu'il écrivit à Hitzig : « Dans la nuit du 29 « au 30 novembre s'endormit, après de courtes « mais cruelles souffrances pour une rie mett- « leure, mon élève chéri le chat Murr, dans la « quatrième année de son existence, ce dont je ne « veux pas manquer de faire part à mes amis et « patrons : quiconque a connu Murr comprendra « ma douleur et saura l'honorer par le silence. » Hoffmann regardait les Contemplations du chat Murr comme son meilleur ouvrage, et en effet rien de plus bouffon que l'idée d'entremêler la biographie d'un musicien avec les confessions d'un animal. Hoffmann se proposait d'ajouter un troisième volume aux deux premiers, et il devait y conduire Kreisler jusqu'au moment où la raison lui échappe avec ses dernières illusions : Us Heurts lucides d'un musicien fou devaient terminer l'ouvrage, mais il n'eut pas le temps de mettre sur le papier ce qu'il avait dans la téte. Il composa encore la Princesse Brambilla, dont quelques gravures de Callot lui avaient suggéré l'idée, et Maître Floh. le plus faible de ses oamges. En 1820 il avait traduit le poème d'Olumpie, opéra français, dont Spontini avait composé la musique. 11 s'occupait de continuer la biographie d'Abraham Tonelli, de Tieck : sa nomination de conseiller à la cour d'appel vint encore augmenter les avantages de sa brillante position. Mais une douloureuse maladie, connue sous le nom de tabès dor salis (consomption de l'épine dorsale), s'était emparée de lui , et le mettait à de terribles épreuves. Ce même homme que l'aspect de la destruction , du sang , de la mort n'empêchait pas de vider son verre, tenait à la vie au point d'endurer les plus cruelles tortures, dans l'espoir de la conserver quelques instants de plus, l'n jour que, déjà penché vers la tombe, il voyait ses amis célébrer pour la dernière fois l'anniversaire de sa naissance, quelqu'un vint à citer le vers de Schiller : « La vie n'est pas le plus précieux des « biens. » Le pauvre Hoffmann s'écria tout à coup avec impétuosité : « Mon, non, vivre! pourvu « que l'on vive , n'importe à quelle condition ! « Il vécut encore cinq mois, grâce à l'application du moxa sur les deux côtés de l'épine dorsale : « Ne sentez-vous pas le rôti? » disait-il à nn de ses amis qui le visitait peu de temps après l'opération. La veille de sa mort, paralysé jusqu'au cou, il n'éprouvait presque plus de douleur. ■ Maintenant je vais être bientôt quitte, dit-il au « médecin qui entrait, je ne souffre plus. • U mourut le 23 juin 1822; pendant sa maladie il n'avait pas cessé de travailler, et le matin mêm« du jour de sa mort il était persuadé que le soir A pourrait se remettre à dicter. L'un de ses biographes trace ainsi son portrait : « Hoffmann était
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« petit de taille; il avait le teint bilieux, le nez « fin et arqué, les lèvres minces, des cheveux
■ fonces, presque noirs, qui lui couvraient le « front. Ses yeux n'avaient rien de remarquable « quand il regardait tranquillement devant lui;
■ mais quelquefois il leur imprimait un clignote- « ment rusé et moqueur. Son corps assez grêle « paraissait bien constitué , sa poitrine était large « et élevée. » Le même biographe ajoute : « Dans « sa jeunesse il s'habillait avec soin , sans jamais « tomber dans la recherche. Plus tard il trouvait « beaucoup de plaisir à mettre son uniforme de « conseiller, richement brodé et sous lequel il « avait presque la tournure d'un général français.
■ Ce qui frappait le plus dans sa personne, c'était « une mobilité extraordinaire qui augmentait * encore quand il racontait. Il parlait avec bcau- « coup de volubilité , et comme sa voix était en- « rouée , on avait de la peine à le comprendre. « D'ordinaire il s'exprimait par petites phrases « saccadées. Lorsqu'il parlait d'art ou de littéra- « titre et que sa verve s'échauffait, son élocution « devenait abondante et harmonieuse. » Comme musicien et comme peintre , Hoffmann eut du talent; comme écrivain il eut du génie; ses œuvres sont marquées d'un cachet original. 11 y a en lui quelque chose de Rabelais pour la gaieté, de Sterne pour le caprice ; mais avant tout il y a la fantaisie germanique exaltée jusqu'au délire, avec toutes ses croyances, toutes ses superstitions, toutes ses terreurs. Il n'est pas étonnant qu'Hoffmann, divinisé en Allemagne, ne soit pas également goûté en France et en Angleterre. Walter Scott l'a jugé sévèrement, en lui refusant le souffle poétique, en le traitant de fou furieux , de bouffon en démence , bon à enfermer dans un hospice. Ce jugement rappelle les anathèmes lancés contre un compositeur dont le génie est aujourd'hui reconnu partout, et avec lequel Hoffmann eut quelque analogie, contre Beethoven. Si le succès des oeuvres d'Hoffmann s'était renfermé dans le cercle de l'Allemagne, il attesterait encore une grande puissance d'imagination et de style , mais ce succès a franchi les frontières germaniques, et son nom est devenu européen. Personne n'a excellé mieux que lui à esquisser des arabesques littéraires : le reproche le plus solide qu'on puisse adresser à sa brillante faculté, c'est que trop souvent elle s'exerce dans ces régions vaporeuses qui n'appartiennent ni au monde ni à la science ni à l'observation ni au souvenir. Sa fantaisie est trop souvent de la fantaisie pure; mais telle qu'elle est on ne saurait lui contester ni l'originalité ni la fécondité ni l'énergie ni la grâce. HolTmann n'est pas moins difficile à traduire que Sterne ; pour bien le comprendre , pour bien le sentir, il faut le lire dans sa langue, ce qui revient
Cesque à dire : il faut se faire Allemand comme L Parmi les traductions françaises des œuvres d'Hoffmann nous citerons : 1° Comtes fantastiques, traduits par M. Loève-Veimars, précédés de la
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traduction de la notice composée par Walter Scott sur Hoffmann, Paris, 1829-33, 20vol. in-12; 2° OEuvres complètes . traduites par M. Théodore Toussenel, Paris, 1830, 12 vol. in-12; 3° Conta, traduction nouvelle du même, Paris , 1838, 2 vol. in-8»; 4° Contes fantastiques . traduits par M. Henri Egmont, précédés d'une notice sur la vie et les '■• ouvrages d'Hoffmann, Paris, 1836, 4 vol. in-8"; ' 5° Contes fantastiques, traduits par M. X. Marmier, précédés d'une notice sur Hoffmann par le traducteur, Paris, 1843 et 1830, in-12; 6° Contes mystérieux, traduits par M. de la Bédollière, Paris, 1838, 4 vol. in-12; 7° Contes nocturnes, traduits par le même, Paris, 1838, 4 vol. in-12, etc. M— h — s.
HOFFMANN (Frédéric) , professeur de géologie à Berlin, où il mourut dans sa 39* année le 6 février 1836, était déjà connu dans le monde savant par des travaux de la plus haute espérance et avait recueilli dans ses voyages tant en Italie qu'en Allemagne de précieux matériaux pour la science. On a de lui : 1° des Mémoires stsr la géographie de F Allemagne septentrionale (Beitnegez, genauern Kenntniss d. geogr. Verhaeltnisse Norddeutschlands), Berlin, 1823, 1 vol. Conformément aux promesses du titre allemand, Hoffmann y donne des notions plus exactes, plus profondes de beaucoup de détails géographiques superficiellement traités et même mal vus avant lui. 2° Carte géologique de l'Allemagne nord-ouest, en 24 feuilles, Berlin, 1829; c'est un admirable travail; 3° Aperçu général de l'orographie et de la géognosie du nord' ouest de V Allemagne, Leipsick, 1830, 2 parties. Cet ouvrage explique et complète la grande carte qui précède et l'atlas qui va suivre. 4° Atlas géognostique du nord-ouest de l'Allemagne, Leipsick, 1830; & De la constitution géologique des tles de Lipari, ibid., 1832; 6° Géographie physique et introduction à l'étude de la géologie, Berlin, 1836; 7° Outrages posthumes d'Hoffmann, Berlin, 1837. P — OT.
HOFFMANN (ërkest-Êmilb), principal soutien du libéralisme dans le duché de Hesse-Darmstadt, naquit en 1783 à Darmstadt. Son père était négociant; il se destina de même au commerce, et grâce è son intelligence des affaires, il parvînt bientôt à se créer une fortune indépendante, dont il fit le plus noble usage. En 1821 il s'associa aux philhellènes de Darmstadt, Stuttgard, Bâle, Zurich et autres villes, à l'effet de secourir les volontaires qui se rendaient en Grèce pour concourir à l'affranchissement de ce pays. Il fut l'un de» chefs des comités qui se formèrent alors, et fut chargé de diriger l'enrôlement, l'équipement et le transport d'une partie de ces volontaires. Malheureusement le succès ne couronna pas entièrement ses efforts , et Hoffmann , bien qu'ayant compromis une partie de sa fortune, ne s'en trouva pas moins en butte à des aceusations malveillantes. Il fut appelé en 1826 à faire partie du parlement. En 1806 il avait été accusé du crime de lèse-majesté pour avoir fait distribuer aux élec-
ni p*cirvu lai ne* lithographies pour les fer à ne nommer que des hommes il Par suite de celte accusation , les états refusèreut d'abord de l'admettre dam leur sera; mais, déclaré non coupable sur un avis donné par la faculté de droit de Heidelberg , il vint reprendre son siège et ne tarda pas à être considéré comme le chef de l'opposition. Sa parole était forte et paissante. Réélu en 1834, il fut chargé «le rédiger en 1*55 Je projet de loi sur les engagements et pensions militaires accepté par les chambres en 1838. Il est «•rt le 38 mai 1847. Z.
HOrTMANSEGT. (lExs-CarTijains , comte), entomologiste et botaniste distingué, naquit à Dresde le 23 août 1 766. Après avoir fait ses études à l'université de Leipsick, il entra en 1783 dans les gardes du corps du roi de Saxo , à Dresde , en qualité de lieutenant ; mais il quitta le seirice en 1786 pour passer à l'université «le Gmttînguc. Il visita ensuite le duché de Brunswick, et ût on premier voyage en Italie. De retour dans sa pairie, il s'occupa avec passion de magnétisme, d'histoire naturelle et d'entomologie, il forma une belle collection d'insectes et d'oiseaux , qu'il augmenta considérablement dans une excursion qu'il Ot en Hongrie jusque sur les frontières de la Turquie. Sa collection se composait alors de plus de vingt mille espèces différentes de toutes les parties du monde, et il la céda su gouverne* ment prussien pour le muséum académique de Berlin. En 1797 il s'embarqua à flamboarg pour l'Angleterre, puis parcourut la France, l'Espagne et le Portugal, s*oecupant d'histoire naturelle, de botanique , et étudiaot la flore de ces pays avec succès. Dans le Portugal notamment, qui fut l'objet de ses études plus spéciales , il recueillit plus de deux mille espèces de plantes différentes et une quantité considérable d'insectes. Dès ce moment il s'occupa de la publication «le sa Flore portogai*, et ne recula devant aucune dépense pour lui donner toute la perfection possible. Cet ouvrage, imprimé à Berlin de 1809 à 1833, grand in-fol. , eut un grand et légitime succès, et plaça son auteur au nombre des bons botanistes de ce siècle. Cepeudaot le gouvernement voulait créer i Berlin un muséum de zoologie. Hoffmausegg ■'hésita pas à lui venir en aide en offrant sa collection de zoologie, à la seule condition qu'une chaire serait érigée pour celte science. Sa proposition fut agréée, et telle fut l'origine du muséum de zoologie de Berlin, qui depuis n'a cessé de s'enrichir. Il y contribua lui-même en consentant à réunir a ce muséum une belle collection d'eutomologie qu'il avait formée. Il avait établi dans ses domaines un riche jardin botanique, et il fit imprimer le catalogue des plantes de ce jardin, dont le nombre s'élevait déjà à plus de deux mille cinq cents espèces, sous ce litre : Liste des plantes cultivées dan» le» jardiw du comte d'Uoffmanicgq à Dresde et à Rammenau, avec des ohser-
in-8». En 1 R5S il fut nommé recteur dn musée de zoologie à Berlin ; il avait déjà occupé la même position à Dresde en 4816. Hoffmansegg était membre ou correspondant d'un grand nombre de sociétés savantes. Il est mort le 13 décembre 1849, âgé de 83 ans. On a appelé de son nom AaJL mnmsegym une plante dn Brésil , du Pérou et do Chili. Z.
HDKLAND (Basesba Wrkxks, madame) , femme auteur bien connue en Angleterre, née en 1770 à Sheffield, était la fille d'un manufacturier <W» cette ville. Marne à l'âge de vingt-six ans à l'un des principaux négociants de Sheffield, elle resta veuve à vingt-huit ans avec un enfant de quatre mois. Ce n'était là que le commencement des épreuves qui devaient l'atteindre. La maison à laquelle son mari appartenait éprouva des pertes considérables par suite des événements politiques qui à cette époque troublèrent l'Espagne et la Hollande, et sa fortune personnelle lui fut en outre enlevée par une banqueroute, Madame Wreaks résolut alors de chercher des ressources dans les lettres , queue avait cultivées jusque-là pour son plaisir, et elle se décida à publier un volume d» poésies qu'elle avait précédemment La conduite exemplaire qu'elle tenue, la grâce et l'amabilité qu'on avait remarquer* en elle, et l'importance des malheurs qui venaient de la frapper, lui attireront la sympathie de tous, et elle trouva l'assistance la puis affectueuse dans la population de Shefltdd. Près de deux mille exemplaires de son ouv vendus avant son impression , et k volume avec une liste de souscripteurs de plus de quarante pa .es. Cela se passait en 1805; et madame Wreaks dut être Hère et heureuse d'un pareil début, sans précédent peut-être dans l'histoire littéraire. Avec le produit de cette publication eue établit un pensionnat; mais ces nouvelles oceupatious n'absorbèrent pas tellement son temps qu'elle ne trouvât le loisir d'écrire plusieurs petit! ouvrages, principalement en prose, qui devinrent promptement populaires dans le pays qu'eUe habitait. Son nom ne tarda pas à se répandre au dehors, et l'un de ses écrits, U Verne* de recriésùuiique, eut à Londres plusieurs éditions, dont le total atteignit le chiffre de dix-sept nulle exemplaires. Dix ans après la mort de madame Wreaks attira l'attention de Christophe Hofland [vou, l'article suivant), et ses dispositions naturellement romanesques furent bientôt captivées par la grâce et la galanterie du jeune artiste. Bien qu'il fût sans fortune, elle l'épousa, malgré l'avis de sa famille et de ses et le suivit à Londres. Dans cette ville elle i Bua ses travaux littéraires avec persévérance, et en 1812 elle ne publia pas moins de cinq ouvrages différents. Le plus estimé a pour titre le ftis du yenu. Conçu et écrit principalement pour la jeunesse , il reçut les chaleureux éloges des per-
H. et miss EJgeworth , qui ont déclaré qu'aucun livre n'avait été plus utile aux Irlandais en cherchant à corriger la légèreté de leur caractère. Le Fils du génie a été traduit en plusieurs langues, et il a obtenu un très-grand succès ata Etats-Unis. De 4812 jusqu'à sa snort , madame Hofland ne cessa pas un seul instant d'écrire. Ses ouvrages sont très-nombreux ; bien que destinés la plupart à la jeunesse, et dès lors composés dans un cercle assez restreint, on y trouve une grande puissance d'invention. On ne lui dort pas moins de soixante-six ouvrages environ, qui co Angleterre seulement ont été répandus et vendus à près de trois cent mille volumes. L'Amérique les a reçus avec une égale faveur; on pourra s'en faire une idée par ce fait seul que vingt mille exemplaires de la Ctariue ont été imprimés et vendus dans ce pays à sa première apparition. Enfin plusieurs ont été traduits sur le continent, ou ils n'ont pas été moins appréciés. De plus, madame liodand contribuait largement, sous le voile de l'anouyme ou du pseudonyme, à la rédaction des magasius et des annuaires. Elle est morte dans sa 75* année, à Rkbmond. le 9 novembre 1844. M. Th. Ramsay a publié à Londres, 1849, in-12: Life and iittrary remains of B. Hofiand , author of San uf a genius, est. Outre les ouvrages que uous avons mentionnés dans te cours de cet article, nous citerons seulement les écrits suivants : 1 » Béatrice; 2e Que du -elle à tan voisin? 3° les Casthfs dans l'Inde; 4° l'Amant malheureux; S» les Contes d'Hélène la conteuse; O la Veuve du négociant; 7° Adélaide; 8° Décision; 9° Contés du Prieuré; iQr Contes du Uanoir, 11° la Belle /il le, qui lui valut les éloges de la reine Charlotte; 12» elle est l'auteur d'une lettre célèbre qui parut pendant les malheureuses querelles entre George IV et la reine Caroline sous le titre : Lettre d'une Anglaisa, et qu'on croit avoir inspiré celle qui est restée encore plus célèbre : Lettre d'un souBerain è sou peupla; 13? en 1818 on imprima à cent exemplaires in-folio un Conte descriptif de Whiteknights , habitation du duc de Mnlaorough , orné de 23 gravure* d'après tes dessins pris sur les lieux par M , Hofland. Elle a inséré à la fin de cet ouvrage un excellent poenie où l'on retrouve l'imagination saisissante qui distinguait Spencer à un si haut degré. 14* Elle a donné au recueil l'Union de, arts. t. 19. p. 540, V Histoire de la nie de um wsari. Th. Ch. Uofiand. — Voiei l'indication bibliographique des traductions françaises des ouvrages de madame Bofland : 1" Hélène, traduit par un anonyme, Paris 1817, in-12, et Paris, 1834, in-18; 2* Ludaeico ou le Fils d un homme de génie, traduit par madame la baronne de M on tu lieu, Paris, 4817, 2 vol. in-12; 3° la Jeune institutrice ou les heureux ejfets de l'instruction, traduit par A. B. (Briand), Paru, 4827, 2 vol. in-48; *> la Fille d'une femme de génie (traduit par madame Woidell), Paris, 1829, 2 vol. in-12; 5» le
d'Henry De l amer e
traduit par mademoiselle Maccartby , Paris, 1830, in-18; 6* Histoire de la vouée d'un marchand et de sa jeune famille, traduit par M. Paquts, Paris, 4834 , 2 vol. in-12, avec gravures; 7° les Samrr, conte de famille, traduit par le même, Paris, 1832, in 18, avec gravures; 8° le Jeune voyageur dans le Mord, ou Relation d'un voyage dans les Etats de t Europe septentrionale, avec des notes historiques et biographiques, traduit par te même, Vendôme, 1834, in-8°; 9° Manuel, ou l Enfant dérobé; aventares extraordinaires d'un jeune Espagnol prisonnier des Indiens, traduit par un anonyme, Paris, 1H36, in-48; 10° la Famille anglaise, ou L'union fait le bonheur , traduit par M. Paquis, Paris, 4837, in-12. E. D-s.
HOFLAND (Trouas -Christophe), peintre anglais, mari de la précédente, né le 23 décembre
le 3 janvier 1843, à Ijcamington, est auteur de divers tableaux estimés. Nous citerons : Vue Tempête sur la ( ôée de Scarborough , qui fut achetée par te marquis de Stafford; une Vue du lac Windermere. qui fut achetée par le comte de Dur tu m , Jérusalem dans le temps de la crurifeetion ; Riehmond Bill; plusieurs Clair de lune fort admirés, et des vues nombreuses des lacs d'Ecosse, de O^imberland, de Galles et d'Islande. On lui doit de bonnes copies des tableaux de la gâterie britannique des principaux maîtres, entre autres, de Claude Lorrain , Wilson, Poussin et Gainsborougb. En 1846 le duc de Malborough lui avait commandé les vues destinées à illustrer la description de son habitation de Wbiteknigbts à Londres (voy. l'article précédent). Th.-Ch. liofland se rendit en Italie a l'âge de soixante-trois ans : il fit de soixante -dix à quatre-vingts belles esquisses è Naples, Castellamare , Pompeia, Rome, Tivoli et Florence; mais atteint par la maladie, il dut retourner dans son pays natal avant d'avoir terminé les travaux qu'il se proposait d'exécuter. On trouve dans toutes ses compositions une certaine éleva* lion de style et de pensées, sans affectation. FI négligeait les détails pour l'ensemble. Ses tableaux sont bien conçus et bien étudiés; ses der* nières œuvres toutefois sont de beaucoup inférieures à celles de sa jeunesse et de son âge mûr. E. D — s.
110FSTEDE (Pumas), théologien calviniste, distingué comme philosophe et comme philologue , attaqua avec énergie les opinions relâchées, le scepticisme audacieux devant lesquels disparaissaient les convictions religieuses. 11 était né à Rotterdam et étudia à Groningue. La vie dissipée de ses camarades déplut à son esprit sérieux et reuëchi et lui inspira , dit-on , sur les bancs de l'école, une satire imprimée sans nom de Ken et sans date, avec ce titre : Pseudo-siudion kodterni, sive thealogi Groningani dttscll et refutati satsra) Cette pièce, toutefois , ne lui est pas acquise d'une manière irrévocable, les initiales R. L. 0. fL qu'elle porte au frontispice n
aucunement lut convenir. Ilofstede a beaucoup écrit dans sa langue, entre autres à l'occasion de la Dissertation sur le sublime et le naif dans Us beaux-arts, traduite en hollandais, de l'allemand de Mendelssohn, par K.-M. Tan Goens, et dont la seconde édition parut à Utrecht , en 1774, in-8». Le Bélitaire de Marmontel n'excita pas moins son zèle théologique. Cet ouvrage, qui lit tant de bruit et qui est justement oublié, fut traduit en hollandais en 1768 , et imprime' à Amsterdam ; l'année suivante , llofstede entra en lice et ne tarit sur ce sujet qu'en 1770. S'il avait écrit en français et à Paris, nul doute qu'on ne l'eut accusé de fanatisme et rangé parmi les Patouillet et les Nonotte, quoiqu'il eût, aux yeux des penseurs de ce tempslà, l'honneur insigne de n'être pas catholique. R — F — G.
HOGARTH (William), célèbre peintre et graveur anglais du 18* siècle, naquit à Londres en 1697. Il eut pour père un prote d'imprimerie, qui s'occupa peu de lui donner une éducation lettrée, mais qui , remarquant son goût pour le dessin, le mit en apprentissage chez un graveur sur métaux. Un jour que le jeune Hogarth se promenait arec son compagnon de travail, il vit, dans une rixe, deux buveurs dont l'un porta sur la tête de l'autre un coup violent d'un pot à bière : l'horrible grimace que faisait le visage sanglant du blessé donna lieu è Hogarth de représenter, dans un croquis ressemblant, le portrait hideusement risible qu'il avait sous les yeux. Ce fut le premier Indice du talent de peindre les passions, auquel la nature l'avait destiné. Aussi, en étudiant le modèle à l'Académie de Martin's-lane, fit— il peu de progrès dans l'art d'imiter les traits de la nature morte ou sans mouvement. Les profits qu'il ne laissa pas de retirer de son apprentissage furent plus utiles à sa famille qu'à lui-même. Devenu son maître, il lutta d'abord contre le besoin. Tourmenté pour vingt schellings par la femme chez laquelle il logeait, il fit d'elle une caricature piquante, qui ne le tira pas de l'obscurité. Il se mit à peindre des enseignes pour les marchands de Londres, qui faisaient alors décorer leurs'boutiques , comme aujourd'hui ceux de Paris , par des mains habiles. Depuis, il a reproduit plusieurs de ces enseignes dans les parties locales ou accessoires de ses tableaux. Il grava aussi pour les marchands des cartes d'adresses, des armes parlantes ; et pour les libraires, des frontispices de comédies et des fleurons dans le goût des grotesques de Callot, tous objets qui décelaient l'imagination gaie et plaisante d'Ilogarth, mais qui se trouvaient perdus dans la foule des sujets insignifiants du même genre. Les figures qu'il peignit et grava en 1726 pour l'édition A'Hudibras, avec le portrait de Butler , furent le premier ouvrage qui fit remarquer le génie de l'artiste, non moins original que celui du poète : elles furent copiées dans l'édition donnée par Grey en 1744 et dans la traduction française de ce poème, publiée en 1757.
Leur succès le détermina à peindre des sujets comiques. Porté par goût à représenter des scènes de caractères et de mœurs, et s'attacbant à réunir tout ce qui pouvait en faire ressortir l'expression, il fit des portraits peu flattés , mais ressemblants par le jeu de la physionomie. Dans sa peinture d'une scène de YOpéra des gueux . dont la pièce eut tant de vogue, on remarquait parmi les assistants des ducs, des majors, des miss, que chacun nommait; et l'on voyait figurer, derrière le directeur Rich, satisfait de son spectacle, le poêle Gay, enflé du succès de sa pièce, qui, suivant le calembour qui courut alors , avait fait Gay riche et Rich gai. Mais le génie malin dHogarth ne tarda pas à déguiser ses traits sous le voile ingénieux et parfois obscur de l'allégorie, qui consistait plus , il est vrai , dans les accessoires que dans les figures principales, toujours reconnatssables malgré leur charge. 11 n'avait point encore atteint ce comique vrai et moral qui n'est ni la critique grossière, ni la satire mordante. Hogarth venait d'épouser, en 1730, la fille de lames Thornhill, peintre du roi, auquel l'architecte Kent fut préféré pour peindre une maison royale par lord Burlington, dont Pope avait loué le goût aux dépens du duc de Chandos. Ce fut le sujet d'une gravure burlesque et satirique , où flogar/h représenta Pope en maçon occupé avec le lord, qui lui sert de manœuvre, à plâtrer l'architecture de Kent, en éclaboussant le carrosse du duc. Peu de temps après son mariage , Hogarth , s'étant lié avec le directeur du Waux-hall de Spring-garden, y peignit les Quatre parties du jour, dont Cowper a décrit le Matin dans son poème. Cédant moins à une impression particulière dans l'image caractéristique des occupations et des plaisirs vains et rapides de la journée, il y remplit le but de cette devise qu'on lit entre le cadran d'une horloge et la vapeur qui s'élève d'une cheminée : Sic transit gloria mundi. Mais ce qui manifeste surtout le véritable talent d'Ilogarth , et dans lequel il n'a eu ni maîtres ni rivaux, c'est la représentation morale des actions successives d'un même personnage dans une suite de tableaux. Les gravures qu'il donna en 1733 et 1734 de ses peintures sa nombre de six) de la Vie d'une fille /mbligue. conduite, par toutes les vicissitudes des événements, du coche d'Yorkshire dans une auberge de Londres, d'un hôtel superbe dans un galetas, d'un lieu de débauche dans une maison de force , et enfin de l'hôpital au cercueil, eurent un succès extraordinaire et un débit prodigieux. La ressemblance parfaite d'un magistrat en fonctions y fit souscrire tous les lords de la trésorerie. Cibber en mit les diverses scènes en pantomimes ; la mode les figura sur les éventails, et Nicbols assure qu'on les peignit à la Chine sur des vases de porcelaine. La Vie du libertin , en huit planches , le pendant de l'ouvrage précédent, offrait une nouveauté moins piquante, malgré des traits nombreux de
cessoires multipliés dont les allusions avaient dès lors besoin d'être expliquées, en rendirent le succès moins général. La Conter tation moderne à minuit, ou les Buveurs de punch . représentant avec la vérité de la nature , sans bassesse ni exagération , les scènes variées de l'ivresse dans une orgie où figurent de doctes personnages des quatre facultés, parmi lesquels on croyait voir des portraits frappants , entre autres celui de l'orateur Henley , eurent un succès tel , que les copies s'en répandirent de toutes parts : on en orna gaiement des frontispices de potfmes ; on en fit des scènes de comédie ; on en modela des figures en cire, qui, promenées de bourg en bourg , attirèrent la curiosité publique. Le nombre de ces copies contrefaites fut l'occasion d'un privilège accordé, par un acte de la huitième année de George 11 , aux artistes, pour les productious du dessin et de la gravure, à la sollicitation d'Hogarth, et continué en particulier après la mort de l'auteur à sa veuve, pendant vingt ans. A l'époque de sa plus grande gaieté comique , celle où il peignit ses Comédiennes ambulantes, il dessina d'après nature et grava une suite nombreuse de caractères, aussi vrais que variés , et qu'on doit bien distinguer des caricatures. Lavater semble les avoir confondus, malgré l'explication que donne Fielding de leur différence. Cependant ce sont autant d'études pour la physiognomonie ; et le philosophe de Zurich n'a pas laissé d'en faire beaucoup usage. Cette planche servit de billet de souscription pour la suite de gravures qu'Hogarth donna, en six pièces, du Mariage à la mode, en 1745. On lui avait reproché de ne représenter le plus souvent que des scènes comiques tirées de la vie commune : il traita cette fois un sujet plus grave , pris dans les rangs élevés de la société. Le but moral est la peinture vive et forte des scènes de désordre et de terreur de la vie de deux époux, l'un noble, l'autre riche, dont l'union mal assortie et la conduite irrégulière les entrât» nent tous deux à une fin tragique. Le Mariage à la mode a fourni le sujet d'un roman et d'une comédie. Hogarth avait le projet de donner pour pendant le Mariage heureux : mais il ne fit que l'ébaucher; et de premières esquisses coloriées furent tout ce qu'il produisit. Peut-être ce sujet convenait-il peu au peintre des mœurs d'une grande ville; et quoique, dans un autre genre, son Moïse conduit devant la fille de Pharaon , sujet bien fait pour l'hospice des enfants trouvés dont Hogarth fut l'un des fondateurs, ne manque point d'une certaine grâce , un pinceau facétieux eùt-il pu, même dans une scène champêtre, rendre avec l'expression aimable de Greuze le tableau naïf de l'Accordée de village ? Le vif et sensible Hogarth était plus propre à peindre les horreurs du vice que les charmes de la vertu. Ses Scènes de cruauté, où il s'est montré avec tant d'intérêt l'avocat des animaux, ont été célébrées par 1 (Mille dans le poè*me de la Pitié. On rapporte qu'un passant, dans une rue de Londres , voyant un charretier
frapper rudement un de ses chevaux, s'écria : Malheureux ! tu n'as donc pas vu le tableau d Hogarth ? Dans ses compositions morales où l'artiste introduit la vertu en opposition avec le vice qu'il fronde , comme dans la suite des douze planches allégoriques représentant l'Industrie et la Paresse, figurées par la vie opposée de deux artisans dont l'un devient lord-maire de Londres, et l'autre est pendu à Tyburn, il a moins de cette gaieté piquante (humour), de ce vis comica qui le caractérise, et qui en eût fait, à beaucoup d'égards, le Molière de la peinture, s'il n'en eût été quelquefois l'Aristophane. Après la paix d'Aix-la-Chapelle, Hogarth, s'étant rendu en France, y dessina la porte de Calais : on l'arrêta comme espion , et il fut reconduit en mer à trois lieues de la côte. Il eut du ressentiment de cette aventure, dont il fit une peinture outrée ; et on le vit, dans deux caricatures satiriques (la France et l'Angleterre), opposer ridiculement l'urbanité, la gaieté et la hume mine du peuple anglais à la grossièreté triste et inaigre de la nation française. Cependant il n'a pas épargné John Bull dans ses quatre scènes d'une Élection parlementaire et dans son Combat de coqs, qui en est l'image. Il n'attaque pas moins librement les sectes anglaises dans sa gravure satirique, la Crédulité, le Fanatisme et la Superstition. Il n'épargne point non plus l'anglomanie des arts, dans ses Cinq ordres de perruques ou la critique grotesque des Antiquités d'Athènes mesurées par Stuart, qu'il affuble d'une énorme coiffure composite surmontée d'un compas. Quoi qu'en ait dit Walpole , Hogarth est tombé quelquefois dans le comique burlesque ; le peintre des ridicules, en voulant trop analyser, va jusqu'à perdre le sentiment des convenances. Hogarth, devenu jaloux du grave Josuab Reynolds , voulut aussi être auteur. Il composa, aidé d'une main amie (le docteur B. Hoadly), son Analyse de la beauté, qu'il publia en 1753. Dans cet ouvrage, l'écrivain ne pouvait décrire avec la plume ce que l'artiste n'avait pu dépeindre avec son burin. Il fait de la ligne ondoyante figurée par un S la ligne de la beauté, et néanmoins il semble s'arrêter à la ligne serpentine, qu'il désigne par un trait moins simple , et dont il forme la ligne de la grâce ; ce qui rappelle ce vers de la Psyché de la Fontaine :
Et 1* grâce, plus bclk encer que U beauté.
Il en résulte que ni l'une ni l'autre ligne ne saurait exprimer par une détermination précise cette variété toujours une, ou cette unité toujours variée, qui fait le beau et le gracieux. La beauté que veut analyser Hogarth lui échappe ; il montre moins ce qu'elle est que ce qui n'est pas elle dans la figure qu'il donne de la contredanse grotesque de personnages de sexe et d'âges différents qui termine l'ouvrage. Aussi son livre, comme les tableaux d'histoire qu'il fit étant devenu peintre du roi par la démission de son beau-
uog
frère (i) en 1757, lui attirèrent une nuée de critiques et de pamphlets, quoiqu'il eût un but moral et des vues bienfaisantes et utiles. Le généreux mais trop sensible ifogarth y répondit par des gravures ou même par des vers satirique*. Fielding et Garrick, excellant dans des genres comiques par des moyens différents du sien, restèrent ses amis (2) ; mais il se brouilla avec Witkes et Churchill , dont il attaqua par son burin bardi les opinions politiques, lis répliquèrent par des diatribes. Ces traits, les plus sensibles de tous pour un caractère aussi irritable, quoique repoussés avec gaieté , mais non sans humeur , aigrirent son naturel et altérèrent sa santé. Le dernier ouvrage qu'il peignit, en 1761, fut ce qu'il nomma la Fin de toutes choses, où la figure du Temps, couché et assoupi sur de» débris de colonnes, semble avoir inspiré ce vers d'une ode de Gilbert :
Quand Uogarlh eut achevé ce tableau , on rapporte
qu'il brisa sa palette, et s'écria : J'ai Jim. En effet , il cessa de travailler , et mourut peu de temps après d'un anévrisme,le 26 octobre 1764, à l'âge de 67 ans. On lui éleva une pyramide à Chrisujick : sur l'une des faces est sculpté un masque comique, avec une inscription en vers composée par Garrick. Uogarlh s'est représenté lai-tuéruÉ peignant la Muse de U Comédie, avec une palette où est figurée la ligne serpentine. L'œuvre de cet artiste se compose d'environ deux cent ciaquaote pièces, dont il a peint et gravé une grande partie. L'édition la plus ampk qui en ait été publiée est celle de Londres, 1808, 2 vol. iu-4" , avec 160 planches, gravées par Cook, et les explications par J. Nichols et G. Stecvena. Uogarlh a eu plusieurs biographes; et ses ouvrages, chargés d'accessoires et d'allégories relatifs à l'histoire , aux usages el aux mœurs du temps , ont en beaucoup d'interprètes. Ses biographies principale» sont celles d'ilorace Walpale (1771 J, et de Nichols (1782), en anglais. Les notices explicative» les meilleures ou les plus pittoresques sont : cette de John Ireland, en anglais, Londres, 1791, 3 voL de texte in-8° et 2 vol. de planches, et celle du professeur Lichtenberg, en aUeiuand, Gœtlingue, 1776, 6 vol. in-12 et 44 planches in-fol. L'Anal g* de la beauté d'flogarth, donl il existe une traduction allemande par Myliu», et une version italienne, Livourne, 1761, a aussi été traduite en français par J msen, avec une vie d'Hogarth et une notice chronologique, historique et critique de ses ouvrages de peinture et de gravure, Pam, an 13(1805),2 voLin-8°. G— ce.
IIOCtNDORP (le coin le Gvsuuu-QuaiE» va»),
\H Jaaeea m trompe eu altribaaat cette ckmisâioti aa beau-
pere . qui éUit mort en 1732.
p) On a dit qu'il aralt peint la premier mr la pantomime du -^{•oy. G«*BJCK| ; mai. put-on m persuadai qu'a» txHnti» llugarth eut eu brsoin de recouru a la. fleure de Uuuck rie* traits de .c
homme d'État hollandais, naquit à Rotterdam le
27 octobre 1762. Sa famille était des plus rables. Son père, membre du magistrat de ville, fit partie, en cette qualité, du comité fa remplaçait les états de la province de Hollande lorsque ceux-ci n'étaient point assemblés. Mais il adminislra si follement sa fortune, et il s'était si pleinement aUéné se» riches oncles qui eussent pu le sauver, qu'il n'eut d'autre parti à dre que de s'expatrier et d'aller pertes aux Indes orientales. Sa Europe, chargée de quatre frites , tandis que ses oncles recevaient chez eux U s deux plu» fils, grâce à l'intervention de la prince*» range, et que le» deux aînés roy. l'ait, soie.) entraient à L'école royale des cadet» de Berlin (1773). Tous deux montrèrent de l'aptitude et de 1 application; mais leurs caractères différaient beaucoup. Gysbert l'emportait en constance, ta sang-froid. La guerre de la succession de Bavière ayant éclaté eu 1778, il fit à l'âge de seins ans comme cornette celle courte campagne , \a dernière du grand Frédéric, et commença l'apprentissage pratique de la vie militaire. San courage était plus grand que sa force. Le prince Henri , le voyant fléchir sous le faix du service , si l'atlacha en qualité de page , ce qui la paix de Tcschen. Le jeune boum suite à sou régiment avec le grade d'officier. Sus doute que, quels que fussent le nsnibre et k mérite de se» rivaux , il n'eut atteint les prêt grades de L'armée et même par suite une
ri i ion dans le cabinet de Berlin si , moins l'amour de son pays et de ce que s» I devait à la maison de Nassau, il est fait choix de la Prusse pour patrie adoptive. Mai» dès ane sa mère lui eut écrit que le stathouder Guillaume V était disposé à lui donner du service et qu'elle souhaitait le voir revenir, il se rendit près d'eue et bientôt reçut l'épaulelte d'officier de la garde à pied hollandaise. C'était au moment où la dynastie ée Nassau ne pouvait s'environner de trop nuetes amis. Déjà l'orage qui devait finie par renverser sa puissance s'amoncelait : 1rs Vnacfter, les Zkeelaar envenimaient leurs plaintes adroites: I ouvain lançait ses Lettres kolUndetisms ; Guillaume V reculant écrivait, comme un avocat, san pirater mémoire; les houles ou les mécomptes dr» < campagnes de 1 781 et 1 782 achevaient de i tenter l'opinion. En attendant que la t=mpeie éclatât, Ilogendorp obtint du prince , aussitôt que La paix de Versailles eut mis fin à la gaerre. la permission d'aller visitai cette confédération nouvelle qui venait de naître à l'inoependancv en échappant à l'Angleterre, comme autrefois les Provinces-Unies sa patrie avaient échappé à l'Espagne. Bien que cette déclaration d'ituleprndance eût été indirectement cause de la malencontreuse participation de la HoUandrà la latte entre l'Angleterre et la France, et qi gis les, toujours portés eu foreur da l'i
HOC
Bmùque, dussent n'éprouver que de 1» répulsion pour les antagonistes et les vainqueurs de la Grande-Bretagne, comme la Grande-Bretagne s'était montrée sévère à l'égard des Scpt-Provinees rt s'était indemnisée à leurs dépens de toutes wes pertes, c'est sans antipathie exagérée et sans "désir de tout trouver mauvais que Hogendorp alla visiter ce théâtre d'une guerre toute fraîche , et prendre sur le fait des passions qui n'avaient j •point eu encore le temps de se rasseoir. Une lettre de recommandation de Franklin lui valut on très-gracieux accuefl de la part de Washington., dont il habita la maison pendant son séjour à Philadelphie. La nature lui avait encore donné nn autre passe-port devant lequel s'aplanissaient toutes les difficultés aux États-Unis : c'était une ressemblance assez marquée arec la Fayette. Hogendorp sut mettre à profit cette conformité, la seule qu'il eut avec le célèbre marquis, pour obtenir des notions exactes soît sur les personnes et les choses, soit sur le présent et l'avenir probable d'un peuple sorti de terre à l'improviste. Il ne parait point qu'il rapportât de ce pèlerinage une admiration outrée, et surtout qu'il crut l'exemple des Anglo-Américains bon à réaliser sur la vieille terre d'Europe. Bien que nettoyé d'Anglais, le sol tremblait encore aux Etats-Unis; et un quart de siècle au moins semblait nécessaire pour éta- Mir le calme, l'ordre, la prospérité dans ce chaos. Telles étaient ses pensées au retour (f un voyage de plus d'un an, pendant lequel le navire qu'il montait avait été cinq mois de suite affligé de gros temps, de vents contraires, et avait fini par échouer sur la cote d'Amérique : l'équipage même tvart péri en partie, et Hogendorp n'avait pas eu trop «le toute sa présence d'esprit .pour échapper à la mort. On eût dit que sa famille était vouée aux naufrages. Son père , après avoir un peu refait sa fortune à Batavia, où la protection de Guillaume V foi avait fait obtenir une position lucrative, venait de reprendre par mer la route d'Europe avec ses biens. Le navire qui le portait fut englouti dans Ifs eau* aux environs du cap de Bonne-Espérance , et jamais depuis lors on n'entendit parler de lui. Un autre but de Hogendorp en traversant la mer avait été de se familiariser avec la marine. Peut-être, le» circonstances aidant, eut-il pris parti dans l'armée navale , bien qu'en apparence ses relations avt*c la maison de Nas?au le Axassent dans l'armée de terre-, maïs le stathouder était amiral en même temps que capitaine général des Provinces- Unies , vl Guillaume visait à faire penser qVrl S'occupait de relever leur marine. D'ailleurs l'activité de Gyshert allait cherchant des aliments, et son service d'officier pendant la paix ne powait suffisamment l'occuper. On le vit bien lorsque, après «on retour en 1791, tout en remplissant ses fonctions, il suivit assidûment des cours de sciences à l'université de Leyde , et qu'il s'y fit recevoir docteur , le tout en d'officier de la garde, exemple
dans les fastes universitaires de Lmgâunum Bn/avorum. Bientôt eut lieu cette explosion depuis longtemps appréhendée par les uns, souhaitée par les autres, mais prévue par tous et que, certes, un peu de talent et de courage de la part de Guillaume V aurait prévenue. La révolution d'Utrecht du ÎO décembre 1785, en couronnant les manœuvres précédentes des états de ht province de Hollande, mît tout à coup le stathouder, depuis trois mois absent de la Haye, dans une position très -difficile. Hogendorp, sinon par ordre , au moins avec l'agrément de ce prince et pour lui complaire , quitta le service, soit afin de ne pas se trouver obligé de prêter aux autorités émanées de la révolte un serment qui contrariait sa conscience, soit afin de pouvoir à volonté, sans inspirer autant de défiance, aller, venir, épier et rendre compte. On re vit à cette époque courant sans cesse d'Amersfoort à Nimègue, de Nimègue à Loo, de Loo à la Haye, de la Haye au camp de Zeiz , voyant les patriotes à la ville , < la princesse d'Orange au château , le prince au camp , et quelque agent prussien sur la frontière. Il était encore là le jour où fut agitée la résolution hasardeuse d'envoyer la princesse à la Haye, puisque son mari ne pouvait s'y rendre, sans troupes soos peine de se mettre lui-même aux mains de l'ennemi, avec des troupes sous peine d'avoir Tair d'entamer la guerre civile. Les conseillers lui demandèrent son avis sur ce qu'ils proposaient : il l'approuva de toutes ses forces, et retourna au plus vite à la Haye, afin, dit-on , d'aller encore une fois vérifier par ses yeux l'état des esprits et voir si l'auguste voyageuse ne courait aucun danger, suivant nous, afin de préparer le mouvement contre-révolutionnaire qui devait suivre l'apparition de la princesse : il revint au bout de vingt-quatre heures en pressant le départ. On peut croire qu'en effet un mouvement eût eu lieu. Les patriotes le crurent du moins, car ils ne permirent pas la réalisation du voyage : la princesse fut arrêtée en roule par leurs milices, avec les deux seigneurs et la dame qui formaient son escorte (ÎSjuin 1787), et gardée à Schoonhoven, d'où on la força de retourner à Nimègue. Hogtudorp avait sans doute prévu cette arrestation , et avec sa hardiesse ordinaire il ne pouvait l'envisager que comme heureuse. « De deux choses l'une, * eût-il pu dire : ou vous passerez, et vous soulevez « la Haye; ou vous ne passerez pas, et vos enne- ■ mis commencent la guerre civile, la sœur de « Frédéric -Guillaume II demande réparation el « vengeance. » Tout arriva de la sorte. Aussi plus tard les patriotes crièrent-Hs que l'arrestation de la princesse d'Orange avait été arrangée à l'avance pour amener l'intervention armée de la Prusse. Cette intervention pourtant n'eut pas lieu à l'instant même. On sait avec quelle insultante hauteur et quelles menaces, exagérant à dessein l'ofleose faite à sa dignité, la princesse réclama une satisfaction qu'elle eût été désolée d'obtenir, et par