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sait paraître cet ouvrage à Bamberg en 1807. Mais les circonstances étaient si peu favorables aux spéculations élevées île la philosophie que le professeur dut momentanément quitter sa chaire pour s'occuper des intérêts matériels du moment, et prendre sa part des préoccupations qui absorbaient alors tous les esprits. Il accepta donc la rédaction d'un journal politique à Bamberg. Peu fait, comme bien l'on s'en doute, pour ce genre de vie intellectuel, où les méditations sérieuses ne trouvent guère de place, il quitte bientôt la politique quotidienne pour un emploi qui, sans être entièrement dans ses goûts, semblait néanmoins pouvoir lui rendre un peu du calme et de la sérénité d'âme nécessaires aux esprits spécu- I latifs : il accepte la direction du gymnase ou collège de Nuremberg. Mais les occupations mestraîna qui absorbent les journées d'un chef d'établissement, sans lui laisser toujours ses nuits parfaitement libres, inspirèrent sans doute encore plus d'éloignement au philosophe que la Taine et journalière politique d'un journal. Son génie l'emporte; il renonce aux petites affaires , ainsi qu'à ce qu'on appelle les grands intérêts, pour s'adonner tout entier aux intérêts bien autrement grands des vérités éternelles. Rentré le recueillement du silence en 1807, il n'en qu'en 1812, après avoir édifié dans la solitude le système dont il devait depuis exposer aux regards du public les différentes parties. De 1812 à 1816, il public la partie spéculative de ce système, sous le titre de Logique, 3 vol. in-8°. Rendu à la paix et à ses goûts studieux , l'esprit germanique ne pouvait tarder à mettre sur le boisseau une lumière que les événements avaient retenue cachée depuis tant d'années, d'autant plus que les premiers rayons , quoique pâles encore à bien des 1 yeux, avaient promis à d'autres plus clairvoyants un grand éclat pour l'avenir. Une chaire de phi- ] losophie lui fut donc offerte à Heidelberg en 1816. Son enseignement , sans avoir la vogue qu'il eut plus tard à Berlin, fut cependant plus suivi qu'à Iéna : la réputation du professeur s'affermissait visiblement. Un livre, Y Encyclopédie des sciences \ philosophiques, 1817, la répandit dans toute l'Aile- ; magne. Fichtc venait de succomber à Berlin en 1818. Son successeur est tout désigné par l'opinion des hommes compétents; Hegel sera nommé à la chaire de Fichte. Préparé de longue main à l'exposition de toutes les parties de la philosophie, Hégel, dans la suite annuelle de ses leçons, en expose le système avec une force de conception et une rigueur logique qui séduisent un grand nombre d'esprits supérieurs. Ses leçons ne suffisent plus a répandre la doctrine nouvelle : une revue destinée à la porter au loin , et à la vulgariser partout, est créée. On y appréciera au poids de ce dogmatisme nouveau toutes les doctrines encore récalcitrantes. Des disciples de valeur et pleins de lèle deviendront à leur tour des échos du maître ils répéteront dans leurs chaires et
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dans leurs ouvrages les idées transmises. En r d'années Hégel se trouvait donc à la tête du mouvement philosophique de l'Allemagne. Il était devenu par là même une puissance. Cette puissance fut soupçonnée d'avoir fait alliance avec une autre pour discipliner les jeunes esprits, pour les préparer par des doctrines tout à l'avantage du fait , à n'attacher qu'une médiocre importance au droit. Il ne nous appartient point de décider ici entre des opinions diverses; nous aimons toutefois à penser que si le pouvoir crut trouver dans les doctrines de Hégel des tendances favorables à ses instincts de réaction , c'est là une pure coïucidence, et nullement l'effet d'un pacte où la vérité aurait été vendue à la politique, pour en être déguisée, enchaînée, étouffée. On sait au surplus que si des égards ont toujours accueilli le maître, les mêmes dispositions n'ont pas été montrées aux disciples : le pouvoir même sembla prévenu jusqu'à la dureté pour certains d'entre eux; et la Prusse qui avait jusque-là passé pour la terre classique de la liberté de philosopher, a vu tomber en Europe cette réputation que lui enviaient d'autres pays moins favorisés qu'elle. Les ennemis des lumières ont partout applaudi à ces rigueurs nouvelles, et les intelligences libérales de la Prusse ont vu avec un amer regret des mesures qui, en rabaissant la réputation de leur pays au dehors, pronostiquaient des actes d'une haute gravité au dedans. Ce qui avait été prévu est arrivé; et l'un des symptômes les moins équivoques de cette fâcheuse réaction, fut le choix de Schelling pour succéder à Hégel. Schelliug arrivait avec un programme qui était toute une contrerévolution philosophique, et ce programme, on le connaissait sans doute à Berlin avant qu'il y fût publié. Ces faits, et les événements qui se sont depuis accomplis, prouvent suffisamment peut-être que si la philosophie de Hégel a pu être prise un instant comme auxiliaire de projets liberlicides, c'est, ou qu'on l'avait mal connue et qu'on s'en était promis ce qu'elle ne pouvait rendre, ou que si l'on s'en était fait une juste idée au point de vue politique, une politique nouvelle est venue , non pas rompre une alliance qui sans doute n'avait jamais été faite, mais en rechercher une autre plus d'accord avec ses propres maximes, et d'une assistance plus immédiate, plus marquée et plus docile. Tout entier au succès de son enseignement, à la fondation durable de son œuvre , Hégel ne fait plus que des cours et des livres. Cependant, et comme pour aller recueillir au loin les échos affaiblis de sa doctrine, ou mesurer la portée de sa voix, il visite les Pays-Bas en 1822, l'Autriche en 1824, Weimar et Paris en 1827. Ces voyages furent pour lui une occasion d'observer les hommes et les choses, et de consigner par écrit, dans des lettres à sa femme, les réflexions curieuses à plus d'un titre que lui suggérait ce double spectacle. On voit aussi, parcelle correspondance, que malgré les ha-
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bitudes sérieuses de son esprit et la parfaite insensibilité* de ses théories, Hégel avait de la jovialité dans le caractère et des sentiments, de la tendresse même dans l'Ame. Ce puissant génie , qui n'eût peut-être pas beaucoup ajouté ou changé à ses doctrines s'il eût vécu plus longtemps, mais qui eût sans doute publié un certain nombre d'ouvrages, succomba le 14 novembre 18*51 à l'épidémie du choléra. Il désira que ses dépouilles mortelles fussent déposées à côté de celles de Fichte. Tout Berlin, sans distinction de partis, honora de sa présence les funérailles du grand homme. Hégel était décoré de l'Aigle rouge de la 3e classe, mais il n'était pas membre de l'Académie de Berlin. A la chute du maître, les premiers soins des disciples furent d'en recueillir pieusement l'héritage. On rassemble les écrits laissés par lui ; une édition complète de ses œuvres est décidée ; on se partage les soins de la publication. Aux dissertations ou traités déjà connus, et dont plusieurs étaient à la seconde ou à la troisième édition , on ajoute la Philosophie de r histoire. VEithétique, la Philosophie de h religion, V Histoire df la philosophie et des Mélanges. Cette publication , commencée en 1832 et terminée en 1S41, forme îi volumes, y compris la Propidrutique philosophique, et la Vit de Hegel, par M. Hos.-nkranz, l'un des éditeurs. Ce dernier volume renferme aussi de nombreux opuscules sortis de la plume de Hegel. Chaque volume, ou chaque ouvrage de l'auteur, est précédé d'une préface de l'éditeur. En comparant ces préfaces, on s'aperçoit déjà que les ouvriers qui se sont réunis dans la pieuse et commune pensée de donner au public toute la doctrine du maître, ne sont pas entièrement d'accord sur l'erprit, le sens et la portée de cette doctrine. Aussi le temps ne fera-t-il qu'amener entre eux une division plus profonde : on distinguera les vrais et les faux hégéliens, et chaque parti passera à ses propres yeux pour hégélien vrai , tandis que le parti contraire sera le faux. Un parti moyen, l'hégélianisme éclectique, formera comme un centre qui, fuyant ces extrêmes, que le maître a su lui-même éviter, essayera vainement de relier le côté droit et le côté gauche. C'est surtout en matière de philosophie religieuse que la division sera sensible : l'extrême gauche ne voudra plus entendre parler, ni d'un Dieu personnel distinct de l'humanité, ni de Pâme comme principe pensant qui porte en soi un germe d'immortalité, ni de la liberté individuelle , ni de la propriété privée; l'extrême droite, croyant aussi rester fidèle à la pensée du maître , admettra tout cela , moyennant explication toutefois, et ne verra dans la philosophie de Hegel que le développement scientifique de l'idée chrétienne, particulièrement du mystère fondamental de la Trinité. Une différence d'interprétation ne peut guère aller plus loin; et l'on s'en étonne moins, quand on sait combien sont obscures les théories de Hégel , et combien lesdisciples,aujugementmémedu maltre.les
saisissaient peu fidèlement. D'un si grand nombre de partisans enthousiastes, un seul, disait-il à son lit de mort, le comprenait , encore ne le comprenait-il pas! Ne serait-ce pas pour nous un motif suffisant de renoncer pour notre part à le comprendre et à le faire comprendre? Ce serait du moins une excuse de l'avoir mal saisi et mal présenté, si cela nous arrivait en quelques points; mais on nous saurait mauvais gré de ne pas tenter au moins une esquisse des principaux traits d'une doctrine qui captive encore beaucoup d'intelligences en Allemagne, et qui, bien ou mal comprise, étend de plus en plus son influence sur le reste du monde civilisé. Le sens commua croit à une multitude de réalités diverses, dont une seule s'appelle moi , par opposition à toutes les autres qui dès lors sont des non -moi. La croyance spontanée s'imagine saisir et connaître les réalités qui tombent sous les sens, et d'autres réalités encore qui n'y tombent pas. Elle croit surtout connaître la réalité vivante à laquelle elle se rattache comme à son sujet. Elle appelle objective la première de ces deux sortes de connaissances ; la seconde , suljertire. Mais la réflexion ayant trouvé ou cru trouver à la première des difficultés sérieuses , invincibles, s'est rabattue sur la seconde, qu'elle a pensé tenir avec d'autant plus de force et de smirité. En réduisant ainsi la connaissance objective à ce qu'elle a de subjectivement certain, elle s'est persuadée qu'elle était hors des atteintes du scepticisme. Mais il est évident qu'elle ne possédait de l'objet qu'une vaine forme du moi, une idée vide, et que toute doctrine qui
, persistera dans la distinction de l'objet et de l'idée est condamnée à un scepticisme incurable. Tel est le cas de la philosophie de Kant , de Fichte
' et de Jacobi. Il n'y a donc pas à distinguer l'objet d'avec le sujet, le non-moi d'avec le moi, la réalité d'avec l'idée : le vrai , le réel , c'est le sujetobjet, ou l'objet-sujet , l'idéc-réel ou le réel-id.'c,
I en un seul mot l'absolu, tel que l'a proclamé
j Schelling, c'est-à-dire l'absolu vivant, complet, et nullement l'absolu abstrait. L'absolu réel, exis-
' tant, vivant, est essentiellement un dans son essence, malgré la diversité de ses formes simultanées ou successives; il revêt dans son unité, dans son identité féconde, non-seulement toutes 1rs diversités, mais encore toutes les oppositions : loin de s'exclure elles s'appellent, elles se supposent nécessairement. C'est ainsi qu'il y a de l'être dans le non-être, du non-être dans l'être, et que l'être et le non-être réunis forment cet incessant devenir qui est toujours et qui n'est jamais. L'être et le non-être sont, dans le devenir permanent, comme l'aspiration et l'expiration qui entretiennent la vie du réel , la vie du monde. En effet , pour devenir, il faut être et n'être pas tout à la fois. L'être pur, abstrait, que l'ancienne métaphysique prenait pour l'être absolu, véritable ou réel, n'est qu'une abstraction vide et vaine; l'être, ainsi compris, n'existe pas, c'est le néant.
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A ce compte donc le néant est véritablement l'être. II n'y a «l'être réel que l'être absolu , l'être revêtu , ou mieux qui se reTêt sans eesse «le toutes ses de'terminations les plus diverses, l'être concret ; non pas l'être concret individuel , mais l'être concret universel. La connaissance, qui ne peut avoir d'objet que l'être véritable et ses évolutions, n'a donc de valeur, n'est vraie c'est-àdire, qu'autant qu'elle est adéquate avec ce mouvement de la vie de l'être, qu'elle le représente, le reproduit dans sa complète et pure vérité. De même donc que les états antérieurs et opposés, tels que l'être et le non-être , se résolvent dans un état supérieur tel que le devenir, de même aussi les idées contraires, inférieures, telles que les idées d'être et de non-étre, se résolvent dans une idée supérieure qui les embrasse, telle que l'idée de devenir. Cette idée supérieure est à son tour positive et négative, comme les formes «le la réalité* vivante qu'elle exprime; et cette position , accompagnée «le sa négation , se résout avec elle dans «ne idée supérieure, qui forme de nouveau le point de départ d'un autre moment ou degré de la pensée et de la réalité. Ce mouvement de la pensée et de la nature , «lont le procédé est toujours le même, forme le rhythme de la connaissance et de la vie tout à la fois. Il passe successivement par la quantité, la mesure, l'essence ou substance, la réalité apparente ou phénoménale, pour aboutir enfin à la réalité v«:ritable on absolue, au nécessaire , à l'idée de quelque chose de fondamental et dernier, principe de tout le reste, seule et unique réalité. Cette marche s'effectue à tous ses degrés ou moments par un procédé, nous dirions volontiers par un mécanisme logique, analogue à celui «yui engendre le devenir par l'être et le non-être. L'absolu est le terme dernier de la réalité, comme l'idée d'absolu est le terme «le tonte recherche intellectuelle, l'idée dernière. Parvenu à cette idée, l'intelligence est au terme de l'analyse ; elle n'a plus qu'à opérer la synthèse en revenant sur ses pas. Dans cette marche rétrograde, elle rencontre de nouveau, mais en sens inverse , les déterminations opposées qui constituent les manifestations de l'être ou <le l'idée , et qui descendent jusqu'à la phénoménalité même. Cette opposition graduée, cet antagonisme incessant, dont chaque terme est la raison du terme opposé, comme le positif est la raison du négatif, et le négatif la raison du positif , constitue pour ainsi dire l'échelle logique de la réalité et de l'existence. L'absolu qui en parcourt lesdegrés, produit la vie , de même que l'esprit qui contemple en le suivant , ce mouvement de l'idée vivante, produit la connaissance véritable. Qu'on r. -marque bien en effet que toute» nos idées sont corrélatives; elles se tiennent et s'engendrent latéralement pour ainsi dire , et par couples de deux , comme elles se tiennent et s'engendrent suivant une direction ascendante on descendante. Telles sont, par exemple, quant à la corrélation latérale, les
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idées de tout et de partie , de cause et d'effet , de substance et d'accident, d'infini et de fini, de sujet et de prédicat, de paternité et de filiation, etc. Chacune de ces couplea forme, par l'union de ses «leux termes, une totalité, ou idée supérieure, qui n'est plus ni l'un ni l'autre, mais l'un et l'autre dans leur indivisible unité. La logique par excellence, la logique des choses et des idées, la vraie théorie de la connaissance, consiste précisément à initier l'esprit à celte double genèse de la pensée et de la réalité. Et cette Iogi«[ue objective . cette théorie «le la connaissance, nul ne l'avait exposée jusqu'ici. Pénétrant plus avant dans le secret des procédés de la nature et de la pensée, et voyant désormais «lans la logique la marche nécessaire de la nature comme celle des idées, nous dirons donc qu'il y a I toujours trois moments ou degrés à considérer «lans chaque pas dialectique, dans chaque progrès lc~ j gique de la connaissance : 1° le moment intellectuel. qui consiste uni«|uement dans l'aperception de la différence des concepts opposés, et qui est leur genèse collatérale; ±> le moment dialectique proprement dit , qui consiste dans la connaissance du rapport génétique des idées, suivant cette fois cpj'elies sont supérieures ou inférieures entre elles, c'est-à-dire , qu'elles contiennent ou sont contenues, comme le genre et ses espèces; 3» le moment spéculatif ou potibf et rationnel tout à la fois, qui consiste «lans la vue de l'unité supérieure formée parlesdeux cooceptscorrélatifsopposés,et dans l.t reconnaissance de l'identité de l'idée ainsi comprise, avec la réalité des «Ptôses. L'esprit procède naturellement, en partant du moment intellectuel, en passant parle moment dialectique, pour aboutir au moment rationnel , qui est la pensée par excellence , la pensée qui est en même temps connaissance , par op position à la pensée abstrait* ou vide d'une part, et à la pensée représentât** ou phénoménale pure d'autre part. La philosophie a pour mission d'élever l'intelligence, de la pensée représentative ou de la perception , à la pensée cognitive ou à la connaissance rationnelle, qui est la connaissance véritable. Il y a donc aussi, «lans cette manière d'envisager les idées entre elles, trois positions : celle de la thèse, celle de l'antithèse , et celle de la synthèse. Les deux premières, prises une à une ou séparément, sont des points de vue abstraits, d'où sont nés les premiers et divers systèmes, les systèmes abstraits, imparfaits, inadéquats, les systèmes inconciliables ou antinomiques; la troisième seule est complètement vraie; c'est celle d'où devait procéder la science ou la connaissance adéquate. Hais cette science restait à faire. De plus, en reconnaissant cette position , en constatant que de là seulement apparaissait la matière propre de la science, matière d'où ont disparu les oppositions diverses, celle-là surtout qui avait toujours abouti au scepticisme, celle qui oppose l'objet et le sujet, et qui scinde ainsi la réalité en deux parties éternellement
inconciliables; en faisant disparaître, disons-nous, ces antinomies invincibles, on a laissé" beaucoup à faire encore pour présenter la matière de la philosophie sous son aspect puret vrai L'absolu, pour Schelling, avait conserve' un certain caractère objectif, mystique, qu'il doit dépouiller; l'unité de l'objet et du sujet, de la réalité et de sa représentation, est proprement l'Idée; mais l'idée vivante, réelle, universelle. C'est ici un point capital , et qui mérite d'élrc un peu approfondi. Iléraclitc, Parménide et Platon avaient fort bien compris que l'idée vivante , c'est-à-dire la raison intelligible est au fond de tout. Ce fondement unique de l'existence, possibilité absolue ou intrinsèque des choses, en même temps qu'il en est la réalité actuelle ou la force qui les fait être, suivant qu'elles sont premières ou secondes, nécessaires ou contingentes, peut être considéré en lui-même ou dans sa manifestation spontanée et irréfléchie, ou bien enfin dans sa manifestation accompagnée de conscience. Du premier de ces aspects sort la théorie abstraite de l'idée ; c'est la logique telle que nous l'esquisserons tout à l'heure. l.<- second donne naissance à la théorie ou philosophie de la nature. Le troisième conduit à la philosophie de l'esprit. Dans la logique, l'idée est encore en soi; dans la philosophie de la nature, elle est déjà hors de soi ; elle est pour ainsi dire sortie d'elle-même ; elle s'est donné une apparente et comme seconde réalité dans le monde. Mais elle agit encore sans savoir qu'elle le fait, ni pourquoi, sans connaître son œuvre. Elle ne prend conscience d'elle-même qu'en devenant esprit, c'est-à-dire en existant et en agissant à ses propres yeux. Alors seulement elle existe en même temps en soi , hors de soi et pour soi. L'existence en soi est purement abstraite, elle ne précède les deux autres qu'à un point de vue purement logique. Mais l'existence de l'idée dans la nature est déjà un état réel, quoique incomplet, qui doit aboutir à la conscience de soi dans les manifestations plus parfaites, par lesquelles seules l'Idée revient à soi, et clot le cercle de ses évolutions infinies. Rien n'étant antérieur ou supérieur à l'Idée, rien n'étant même hors d'elle, puisque ses manifestations diverses ne sont rien par elles seules, ou sans leur sujet et leur principe ; l'Idée est essentiellement libre dans ses mouvements créateurs. Mais aussi, comme ces mouvements tiennent à son activité essentiellement spontanée, à la nature même de l'idée, ils sont essentiellement fatals : il ne peuvent être autres qu'ils ne sont, ni se succéder dans un autre ordre. Us sont donc des mouvements absolus , où la fatalité et la liberté Se posent et s'évanouissent , où il est également vrai et également faux de les affirmer, où par conséquent ces caractères de l'activité, isolément pris, deviennent un non-sens. Toutes les réalités diverses ne sont que des manifestations de l'Idée , comme aussi les phénomènes qui se rattachent à ses réalités et les expriment à leur
tour. Ces phénomènes sont donc des manifestations d'autres manifestations, à savoir des manifestations de l'Idée. Nos idées elles-mêmes font partie de cette phénoménalité universelle. — 1°La logique, telle qu'on l'entend ici, est donc tout à la fois la science des lois nécessaires de la pensée , ou la logique formelle des écoles, et la science des lois nécessaires de la réalité, ou l'ontologie des anciens. C'est la logique et la science première d'Arislote , la logique et la métaphysique des scolastiques, mais avec toutes les diversités , dans les détails de la doctrine, qu'entraîne la diversité même «les points de vue et des procédés de la méthode. Déjà nous avons vu que l'être pur et le néant sont même chose ; qu'il n'y a de réel que l'être universel et universellement déterminé, le quelque chute, mais le quelque ckote général cependant , malgré la contradiction apparente des idées et des expressions. La notion d'existence ou de réalité n'est donc applicable qu'à cette condition. L'existence apparente de toute individualité est déterminée non-seulement par ses états et ses manières d'être propres , mais encore par sa différence d'avec les autres choses. Ce qui fait dire de sa qualité et de sa réalité qu'elle est finie, limitée, muable. De là, entre autres oppositions, celle du sujet et de l'objet. Mais cette opposition n'existe qu'en idée ou dans la notion; la vérité absolue, ou la réalité, ne consiste que dans leur union , dans leur identité même. La philosophie a donc trois sciences à faire, ou plutôt trois parties d'une même science à exécuter, la science du fuf'jecli/par celle de l'objectif; celle de \'oi>jertif par celle du subjectif, et enfin celle de Vidée ou du concept de l'unité du subjectif et de l'objectif. La 'théorie du concept subjectif en fait connaître la forme ainsi que celle des formes du jugement et du raisonnement contenues dans le concept même; car tout concept implique le jugement et le raisonnement. L'objet immédiat de la doctrine de l'objectif est un concept dont trois déterminations sont soumises à un examen successif, celle du mécanisme, celle du chimitme, et celle de la finalité. Quant à la doctrine de l'Idée, elle a pour objet essentiel le vrai , mais le vrai en soi et pour soi, c'est-à-dire le vrai absolu ou inconditionnel, l'unité inconditionnelle du concept et de l'objet. L'idée est donc la vérité même ; et tout ce qui est réel, en tant que la vérité en fait partie, est l'Idée, et tire sa vérité de l'Idée. Toute existence individuelle fait donc partie de l'idée , et suppose, comme condition de son être, d'autres réalités Singulières qui semblent aussi subsister par ellesmêmes. La connexion de ces êtres, leur mutuelle relation , et non la chose individuelle prise isolément, constitue la réalité du concept; car pris en soi seul, l'individuel est fini, et par là même condamné à périr. L'idée immédiate seule est la vie, qui, à titre d'âme dans l'objet, c'est-à-dire dans le corps, donne au concept sa réalité. La séparation possible du corps et de l'âme est la consé-
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quence de la finitudc, et rend essentiellement périssables les êtres qui virent d'une vie individuelle ou propre. Toutefois les deux parties ou fonctions de l'Idée, l'âme et le corps, ne se montrent comme parties essentielles et diverses de l'idée ou de la vie , que par la mort des êtres. — 2° La logique a pour objet le concept de l'Idée pure, en tant que cette Idée ne sort pas des limites de la seule pensée, de la pensée pure. Tant donc que l'idée conserve son caractère d'idée logique, elle reste renfermée dans la sphère du subjectif. Mais le résultat suprême de la logique, à savoir la vérité pure, devient le fondement d'une autre science, dès que l'Idée ou l'unité absolue du subjectif et de l'objectif n'est plus conçue comme immobile ou à l'état fixe, mais qu'elle est au contraire animée du mouvement infini du concept qui se pose lui-même à titre d'autre chose, et devient ainsi égal à lui-même. La Sature est donc l'Idée conçue tout à la fois et comme objet et comme sujet. Nous en voyons la forme dans ce qui peut être-externe, ou être-autre. La déterminabilité externe et la contingence de la nature prouvent son impuissance à former et à conserver ses produits conformément aux déterminations des concepts. L'Idée, manifestée par la nature, prend trois formes de développement : la mécanique, la physique et l'organique. La mécanique, comme science, a pour objet le divers abstrait, conçu au dehors, à savoir l'espace et le temps d'abord, puis la matière et le mouvement absolu, et enfin la matière animée d'un libre mouvement. Le temps et l'espace conçus séparément l'un de l'autre, sont de pures abstractions qui peuvent se pénétrer mutuellement et former une unité supérieure. Le mouvement est la position du temps dans le lieu, et celle du lieu dans le temps. Mais l'unité réelle et identique de ces deux moments, de l'espace et du temps, c'est la matière. Les propriétés de la matière se déduisent facilement de son essence, telle qu'elle vient d'être définie. La matière en effet est composée par rapport à l'espace , comme elle est éternelle et immuable par rapport au temps, du moins si nous faisons abstraction de la forme. On reconnaît en outre à la matière, l'impénétrabilité, la résistance, la divisibilité et d'autres prédicats. La physique a trois parties : celle de l'individualité unieerselle, celle de l'individualité particulière, celle enfin de l'individualité totale. La première explique les concepts de lumière, de corps lumineux et de corps opaques; les concepts d'éléments, tels que l'air, la terre et l'eau, enfin le concept du processus météorolique sur la terre. La seconde a pour objet le poids et la densité spécifique de la matière, la cohésion, le son et la chaleur. La troisième fait connaître les déterminations qui concernent la formation de la matière et son principe, les corps individuels, les couleurs et les odeurs, l'électricité* et le processus chimique. L'organique enfin établit l'identité de la tie et de l'Idée, en tant que l'idée est élevée à
la condition de l'existence immédiate dans l'organisme. De la même manière donc qu'il y a trois moments dans l'idée, d'après lesquels se divisent les concepts, de même il y a trois degrés de vie, dont le plus bas est représenté par l'organisme géologique; l'intermédiaire, par la vie particulière ou la subjectivité formelle, c'est-à-dire par la nature végétale; le supérieur, par la subjectivité concrète ou la nature animale. Nous n'entrerons dans aucun des nombreux détails où liégel cherche à donner l'explication à j/riori de tout ce qui ne nous est connu dans la nature qu'à titre de fait. Sans doute l'ensemble des choses a une raison d'être intelligible, à priori, et qui doit, en ce sens, avoir aussi sa nécessité rationnelle, deux nécessités au surplus qui n'en sont qu'une pour Ilégcl ; mais l'esprit absolu pourrait seul connaître cette raison intelligible et dernière de la contingence. On peut, dans ce genre de spéculation, déployer une grande fécondité d'esprit, se montrer on ne peut plus ingénieux, mais ce serait, nous le croyons du moins, oublier en quoi consistent les caractères essentiels de la science , que de présumer faire alors quoi que ce soit de démonstratif. — 3° Le dernier degré du développement de la pensée, le but suprême de la culture intellectuelle, c'est de connaître la nature de l'absolu, d'en pénétrer l'essence, de comprendre que l'absolu c'est tesprit. Car l'esprit est l'idée en tant qu'elle a et doit avoir elle-même pour objet l'être pour soi, et dont par conséqueut l'objet aussi bien que le sujet constitue le concept. L'évolution de l'esprit compte trois degrés : suivant qu'il existe pour lui-même, c'est l'esprit subjectif; suivant qu'il prend la forme de la réalité, c'est-à-dire la forme du monde où la liberté se pose en nécessité , et alors c'est l'esprit objectif; suivant enfin qu'il existe à titre d'unité en soi et pour soi , unité dans laquelle l'objectivité et l'idéalité de l'esprit, ou son concept, forment identité, c'est l'esprit dans sa vérité parfaite , 1 esprit absolu. L'dme est l'immatérialité universelle de la nature, sa vie idéale et simple. Une même âme est la raison de la possibilité de l'esprit particulier et de l'esprit singulier. L'esprit qui s'élève au-dessus de l'âme devient un moi, une conscience. Mais là encore , c'est-à-dire à l'état de moi et de conscience, il y a des degrés divers, dont le plus élevé est l'identité de l'essence «le l'esprit avec sa propre manifestation, la manifestation de soi-même à soi-même. Les degrés inférieurs à celui-là sont la conscience sensuelle, qui occupe le plus bas degré; les degrés intermédiaires de la conscience, en s'élevant du plus bas vers le plus haut, sont l'observation , l'entendement, la conscience de soi-même. L'esprit parvenu à ce degré supérieur de développement, est une personne. Jusque-là, sans doute, l'idée était essentiellement divine , mais sa divinité devient plus manifeste encore par la conscience. La philosophie de l'esprit, plus importante encore que
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celle de la nature, doit arrêter plus longtemps notre attention. Sans être moins systématique dans cette partie de sa philosophie (pie dans les deux précédentes , Hégel est beaucoup plus intelligible sans cesser d'être ingénieux et de paraître fort. Donner ici même une simple esquisse du mécanisme articule* de la philosophie de l'esprit, nous conduirait beaucoup trop loin. Il nous suffira de signaler les principaux points de cette partie de la doctrine. On a vu tout à l'heure combien la liberté, et la personnalité individuelle même, se trouve compromise, dans l'hypothèse d'un quelque chose d'unique, d'universel , de l'absolu, de l'Idée enfin. Eh bien, Hégel n'en proclame pas moins la liberté la plus complète, dans sa Philosophie du droit, une liberté aussi complète que Fichte la concevait et l'enseignait. Une autre proposition, aussi peu conciliante en apparence avec la liberté et le droit, c'est la fameuse maxime : « Tout ce qui est réel est raisonnable, et tout ce » qui est raisonnable existe. » 11 n'importe pas tant de lui trouver un sens acceptable, ou du moius «l'accord avec le reste du système, que de faire remarquer le libéralisme, au moins apparent, de la théorie philosophique du droit de Hégel. Il distingue le droit positif ou tel qu'il est, et le droit tel qu'il aspire à devenir, le droit rationnel ou absolu. Ce dernier est l'objet propre de la philosophie du droit, par opposition à la jurisprudence positive. La philosophie du droit a donc pour objet l'idée du droit et sa réalisation. Le droit suppose le libre arbitre, ! et le système du droit , dans son idéal , n'est
S tas moins que le royaume même de la paraite liberté, la liberté réalisée. Cette liberté réalisée n'est à son tour que la réalisation du bien; ; réalisation qui est le but final du monde , l'objet propre, immédiat de la volonté, le devoir, en un mot. Aussi le droit aboutit à la plus haute moralité possible : il est du moins appelé à faire régner la morale sociale. La société civile est comme un moyen terme entre la famille et l'Etat; chacun y ' est à soi-même sa fin , et les autres des moyens. Comme celte situation est réciproque, le bien-être de chacun se trouve lié au bien-être de tous , de manière à soumettre l'égoïsme à la règle commune de la justice. Le but de l'Etat n'est pas seulement de punir le mal commis, mais aussi de prévenir le mal possible. De là une action de police où l'arbitraire peut aisément pénétrer, et entraver la liberté individuelle. De là un problème d'une grande difficulté, et auquel on rattache la question de l'hérédité ou de la non-hérédité du pouvoir. Dans un Etat bien constitué, le rôle du monarque se borne à dire oui. La mission du pouvoir législatif est bien moins de régler les rapports des citoyens entre eux, que les obligations respectives de l'Etat et des particuliers. Ce sont les débats des chambres, qui, par leur publicité, sont appelés à former l'opinion publique, dont la presse est l'organe. La monarchie constitution-
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nelle, fruit de la civilisation moderne, est la forme la plus élevée de l'organisation politique. On le voit , Hégel a toutes les apparences du plus pur libéralisme. Au fond cependant , Hégel était très-conservateur. Sa théorie du développement articulé et méthodique de l'idée , sa maxime un peu fataliste, que tout ce qui est raisonnable existe, lui faisait facilement trouver une explication, et par cela même, une justification à tout état de choses. Et ce n'est pas seulement l'histoire civile qu'il expliquait ainsi, qu'il trouvait par le fait raisonnable, puisqu'elle avait sa raison à priori ou rationnelle d'être ainsi; c'est encore l'histoire de la philosophie , celle de la religion , celle de l'art, toute histoire enfin. Tout ce qui s'est produit de systèmes philosophiques dans le monde, avait son temps et son lieu marqués dans l'idée du développement philosophique de l'esprit. Seulement , rien de tout ce qui est individuel ou non essentiel dans ce genre d'évolution comme dans tout autre, ne pouvait ni ne devait rester; de là le phénoménal , le passager de toute matière historique, de celle des systèmes philosophiques ou particuliers. Inutile de dire tout ce que Hégel déploie d'habileté, de réticences, d'interprétations plus ou moins forcées pour soumettre l'histoire à ses idées préconçues. Il suffira, pour en donner une idée, de s'attacher à l'une de celles qui intéressent le plus l'humanité, à celle de l'idée religieuse. La religion est la manifestation de Dieu dans le monde et dans l'homme. Dieu n'est pas un être individuel en dehors du monde, non plus qu'un être immobile, inactif. Il se développe au contraire sans commencement et sans fin dans le monde. Sans cesse donc il se révèle à l'homme; mais celle révélation a varié dans ses formes suivant les temps. Au fond néanmoins la religion est une; ses formes ou ses degrés de manifestation seuls diffèrent. Elle apparaît dans l'histoire comme dans son idée, sous les trois faces successives de religion de tu nature, de religion de l'individualité , et de religion absolue. La première comprend elle-même plusieurs moments ou degrés, dont le plus bas est le fétichisme. Le culte de la nature, qui est la religion des Hindous, est déjà bien plus noble : c'est celui d'une force universelle, mystérieuse, très-obscure encore. La religion des Parses est plus déterminée ; elle voit dans Dieu le principe du bien, auquel elle oppose, comme un être à part, le principe du mal. La religion des Egyptiens s'élève à un Dieu personnel, de forme humaine ou animale ; elle est comme le terme de la religion de la nature. La seconde phase du développement religieux , avons-nous dit , est le culte de l'individualité. Dieu est alors complètement séparé de la nature, et mis audessus d'elle, comme en étant le maître. A cette période religieuse appartiennent la religion juin, qui est le culte du sublime; la religion grecque. qui adore la beauté, et la religion des Romaine, qui est toute politique , et dout la finalité (rapport
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des moyen» aux fins, le succès) est l'objet principal. Les dieux des Romains forment une espèce d'hiérarchie, dont le terme commun est la grandeur de Rome. Le christianisme enfin est le troisième et le plus haut degré' de la manifestation de Dieu dans le monde, sa révélation absolue comme esprit. Le mahomètisme n,(ist qu'une corruption du christianisme. Mais dans le chrislianisme, la notion de Dieu se manifeste de trois manières différentes, ou plutôt à trois degrés divers. On l'y considère en efTet dans son éternelle idée, c'est-à-dire tel qu'il est en soi et pour soi, comme il était pour ainsi dire avant la création du monde et en dehors d'elle; ou bien comme créateur du monde et de l'homme, comme le rapport qui existe entre ce second acte ou moment de l'essence divine et le premier, ou bien enfin comme la négation de cette opposition, ou la réconciliation de l'esprit fini avec l'esprit infini ou absolu. C'est l'idée de l'esprit divin éternel, mais rivant, se mêlant au monde présent, et, dans l'Église, à la communion des esprits finis. En d'autres termes : Dieu se présente à nous dans la religion révélée comme Dieu-père, Dieu-fils et j Dieu-Saint-Esprit. D'après les principes de Hégel, la religion chrétienne ne doit pas être regardée comme un simple fait historique ou comme une révélation achevée, et qu'il faille accepter d'une manière absolue; elle est au contraire destinée à être expliquée, fondée et développée par la pensée spéculative ou la philosophie. Ainsi , la philosophie ou la science est le degré le plus élevé, le degré suprême du grand et progressif développement de l'esprit humain : elle en comprend et domine tous les autres mouvements inférieurs; elle seule peut nous conduire à la pleine possession de la vérité absolue. Hégel défend la philo- , sophie contre les attaques auxquelles elle est sou- , vent en butte de la part de l'esprit religieux : elle ! est si peu ennemie de la religion, dit-il, elle est si éloignée d'être athée, que son idée fondamentale est la notion de l'absolu ou de Dieu. FI repousse également l'accusation de panthéisme, par la raison que le panthéisme confond Dieu, la nati>re et l'homme, tandis que la philosophie cherche à démêler la nature de Dieu dans le monde et dans l'homme. Seulement, elle ne re- ■ garde toutes ces formes de l'existence que comme des déterminations ou des rapports de l'unité suprême , qui est l'absolu , supérieur à tout. Ces déterminations sont tellement nécessaires même, que, sans le monde, Dieu n'est plus Dieu. L'esthétique ou la philosophie de l'art a été traitée par Hégel avec une sorte de prédilection. La beauté n'est, comme tout le reste, qu'une manifestation de l'Idée, mais une manifestation tui generit, dont la notion complète renferme deux éléments, l'un formel, l'autre matériel. Le premier consiste dans une généralité métaphysique; le second, dans une particularité empirique. Mais ces deux éléments essentiels de la beauté sont 1
tellement unis, que l'Idée est comme révélée par la matière , l'élément intelligible par l'élément sensible. Le but de l'art, comme celui de la nature dans la manifestation du beau, c'est donc de révéler l'Idée, l'absolu, par une de ses faces, sous une forme sensible ou individuelle. La perfection de l'art consistera donc dans la fusion la
Elus intime de l'idée et de la forme sensible. De i se déduit la division de l'esthétique; division dans laquelle nous ne suivrons point Fauteur. Cette partie de notre analyse peut être abrégée avec d'autant moins d'inconvénient, que l'esthétique de Hégel est maintenant accessible aux lecteurs français; M. Rénard en a donné la traduction en 5 volumes in-8"; Paris, 1810-1831. M. Ott a essayé depuis bien des années déjà de nous initier à la philosophie de Hégel. M. L. Prévost {Hégel. Exposition de sa doctrine ; Toulouse , 1841), a fait une tentative analogue. Le travail de M. Wilm sur Hégel et sa philosophie, dans Y Histoire de la philosophie allemande en général , est ce qu'il y a de plus complet jusqu'ici en français. M. Rarchou de Penhoen avait aussi esquissé celte histoire générale. Enfin l'auteur du présent article en avait indiqué les principaux points dans son Histoire abrégée de la philosophie. Quant à l'appréciation de la doctrine de Hégel en particulier, outre qu'elle nous entraînerait trop loin, elle serait faite à un point de vue nécessairement personnel. Or l'essentiel u'est pas ici de faire connaître notre pensée sur cette philosophie, d'autant plus qu'elle a été consignée dans l'ouvrage que nous venons de citer, mais bien d'exposer aussi brièvement que possible la doctrine elle-même. On nous pardonnera néanmoins de dire qu'elle est, à notre sens, une construction aussi poétique qu'ingénieuse, et que son principal mérite nous semble être d'avoir porté à l'extrême la fausseté de la conception de Sehelling, et d'avoir mis en évidence l'aberration profonde de la philosophie allemande depuis le jour où elle voulut sortir des voies du critieisnr- kantien. En deux mots, ce qu'il y a de plus neuf dans la philosophie de négel n'est pas ce qu'il y a de plus acceptable , et ce qu'il y a de plus acceptable n'a pas le mérite d'une entière nouveauté. Remarquons encore que celte philosophie de l'absolu, qui devait en finir avec le scepticisme, avec l'idéalisme subjectif qui en est re père, retombe dans l'idéalisme. En vain cet idéalisme se décore du titre pompeux d'absolu, il n'en est pas moins une conception de l'esprit humain. En vain il veut identifier le procédé de la nature et le procédé de l'esprit dans la connaissance; ce n'est encore là que du criticisme, imposant au monde les lois de la pensée, ou prenant les lois de la pensée connaissante pour les lois du monde connu. Nous n'aurions pas signalé au lecteur tous les ouvrages français de quelque importance qui pourraient l'aider à comprendre et a juger la philosophie de Hégel, si nous n'avions encore mentionné quelques pages remarquables de
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M. Ch. de Remusat (De la phito$ophie allemande, 1845). J. T — T.
IIÉGÉMON (Philibert), poêle français, dont le nom de famille était Guide, qu'il traduisit en grec, suivant l'usage des savants de son temps, naquit le 22 mars 1535 à Chalon-sur-Saône. Son père y remplissait la charge de procureur du roi au bailliage; Philibert lui succéda dans cette place, et, dit le P. Jacob (De clans teriptorib. cabilonentib., p. 53), 6ut accorder avec ses devoirs les amusements de la poésie et son goût pour la campagne ; sur la fin de sa vie , il embrassa la réforme de Calvin. Il revenait de Genève, où il était allé faire la cérémonie de son abjuration, lorsqu'on passant à Maçon il tomba malade et mourut le 29 novembre 1505, à 60 ans. Deux de ses descendants ont joui de quelque réputation comme médecins. On a de llégemon : La eolombière et maiton rustique, contenant une description des doux? moh et des quatre saisons de l'année, arec enseignement de ce que le laboureur doit faire par chacun mois ; l'Abeille française ; Fables morales et autres poésies , Paris, 1883, in-8° de 75 feuillets. Ce petit volume est fort rare. Mercier de Saint-Léger, dans ses notes manuscrites sur Duverdier, dit qu'il n'existe pas à la bibliothèque du roi ; et il est probable que l'ai'! ii' Coujet n'en connaissait que le titre, puisqu'il n'en donne aucun extrait dans sa Bibliothèque française , où Hégémon a un article trèscourt, t. 13, p. 410. Ses fables sont au nombre de vingt-deux. Le P. Desbillons en a imité quelques-unes dans ses Fabulir /Esopica : il n'en trouve pas le style très-élégant; mais ce défaut est racheté par un certain art dans la narration et par cette simplicité qui fait un des principaux charmes de nos anciens poètes, llégemon avait encore composé une Paraphrase des Psaumes ri du Cantique des cantiques, dont le manuscrit périt dans un incendie, après sa mort. Le P. Jacob lui allrihue une traduction française de l'ouvrage de Guillaume Paradin : De rébus in Belgio gestis (roy. Para dix). >V — s.
HEGENDORF ou HEGENDORPH (Christophe), théologien , jurisconsulte et philologue, naquit à Leipsick en 1500. Ses progrès dans les lettres furent très-rapides. Il assistait en 1510 au fameux colloque qui eut lieu dans sa ville natale entre Luther et Eckius (roy. ce nom); et il célélira par une pièM de vers latins les talents de tous ceux qui avaient pris part à cette dispute. Il s'était déclaré pour Luther, dont il ne tarda pas à embrasser la réforme; et s'élant fait admettre au nombre des pasteurs de la nouvelle religion, il se partagea, comme la plupart de ses collègues, entre la prédication et l'enseignement. En 1520, il lut devant quelques-uns de ses compatriotes une déclamation latine à la louange de l'irroguerie : c'était un jeu d'esprit dont la mode a duré longtemps. Etant à Posen en 1531 , il y prononça dans l'Académie , alors récente , un dûcours sur les arts libéraux, qui fut très-applaudi.
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Chargé de l'éducation de quelques jeunes magnats, il avait déjà fait plusieurs voyages en Pologne. C'est à peu près vers le même temps qu'il fut nommé professeur en droit à l'université de Francfort-sur- l'Oder. Il passa depuis à une chaire de littérature à Lunebourg, et joignit à cette place celle de surintendant ecclésiastique. Il mourut à Lunebourg en 1540, dans un âge qui lui promettait encore une longue vie et de grands travaux (1). On lui doit des traductions latines de la Paraphrase de Nonnus sur l'Évangile de Sl- Jean ; de plusieurs homélies de St-Chrysostome ; de quelques harangues de DJmosthèncs; de deu* opuscules d'Aristote : De la brièveté de la rie et De la dicination par les songes; de l'Éloge de la mouche, par Lucien , etc. U a donné des éditions avec des notes des Comédies de Térence , et des Oraitons et des Lettres familières de Cicéron. Enfin, outre les opuscules déjà cités, il en a publié un ' assez grand nombre, la plupart à l'usage des écoles : De instituenda cita et corrigrndis muribus juventutis; Dragmata loeorum rhetori< es, Strasbourg, 1534, in- S' . Stichologia, seu ratio scribendorum tersuum, ibid., 1535, in-8", dans un recueil de pièces sur le même sujet; De e pistait s couscribendis; des dialogues , imprimés plusieuis fois séparément et à la suite de ceux de Mosellanus (roy. ce nom), etc. Parmi ses ouvrages théologiques on se contentera de citer : Antidutum adversus pestilentiam , Leipsick, 1530, in-8". C'est un traité de controverse que les catalographes inattentifs, trompés par le titre, ont déjà dû ranger plus d'une fois parmi les livres contre la peste. W — s.
1IÈGÉSIAS, philosophe, surnommé le Pisitiianat>- (2), florissait au commencement du 3r siècle avant l'ère chrétienne : il appartenait à l'école cyrénaïque dont Arislippc est le chef, et avait été disciple de Péribate. H fut le fondateur d'une ! nouvelle secte, qui, de son nom, fut appelée : Hegèsiague. Ses principes étaient à peu près les | mêmes que ceux de son maître; mais il en tirait • des conséquences dangereuses. Aristippe avait j enseigné qu'il est indifférent de vivre ou de mourir : Ilégésias disait qu'il est plus avantageux de mourir, parce qu'il est démontré que la somme des maux l'emporte sur celle des biens. Il appuyait cette funeste doctrine de tant d'éloquence, que plusieurs de ses auditeurs allèrent jusqu'à se donner la mort. Ce fut, dit Cicéron (Tutcul., liv. l'f, part. 34), ce qui engagea le roi Ptolémée à faire fermer son école. Alors Ilégésias composa un livre dans [lequel un homme décidé à se laisser mourir de faim donne à ses amis les raisons de sa résolution , en leur détaillant les peines de la vie. Pétrarque (De tir. illustr. , lib. 2) rap-
|l) Dan* 1» Bibliol. vetui et nova, de Koenig, on lit que Hcgcndorf vivait en i637. C'est une Wvoe typoRrnphiquc , mais on la menUonne parce qu elle a éXi reFro<fuite dans le AtottH de 1769.
(3| o«i«*9.,.w,, qui jenuade di mourir.
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porte qu'un jeune homme , après avoir lu l'ouvrage d'Hégésias, se précipita dans la mer, quoiqu'il n'eût d'ailleurs aucun sujet de chagrin; mais Cicéron, qu'il cite a l'appui de ce fait, parle de Cléombrote d'Ambracie, qui avait trouvé des motifs pour se tuer, non pas dans le livre d'Hégesias, mais, ce qui est plus étonnant, dans le Phidon de Platon. Malgré le dégoût qu'Hégésias affichait pour la vie , il ne parait pas qu'il ail attenté à ses jours. Diogène Laè'rcc fait mention de ce philosophe dans la Vie dAristippe; et Valère Maxime, au liv. 1", chap. 9. W— g.
HÉCÉS1PPE, le plus ancien historien ecclésiastique, était né vers le commencement du 2" siècle. Il fut élevé par ses parents dans les principes du judaïsme; mais instruit des vérités de la religion , il se convertit à la foi chrétienne. La Chronique d'Alexandrie place sa mort à l'an 180, époque où il devait être très-avancé en âge. 11 avait composé une Histoirt de l'Eglise, depuis la mort du Sauveur, d'après les Actes des apôtres, et •ur les pièces qu'il était parvenu à recueillir. Cet ouvrage, divisé en cinq livres, était écrit avec Simplicité, parce que l'auteur, dit St-Jérôme, avait voulu conformer son style à la conduite de ceux dont il écrivait la vie. 11 n'en reste que cinq fragments conservés dans Eusèbe. Grabc les a insérés dans son SpiciUgium, p. 205-213, et le P. Ilalloix dans ses lllustr. ecclet. oriental, scriptor., p. 703-703. Henschenius les a donnés aussi , avec quelques détails sur llégésippe, dans les Acta sancior., au 7 avril. Les critiques ne sont point d'accord sur le mérite de cet écrivain : les uns regrettent la perte de son ouvrage comme d'un monument précieux, et les autres jugent, sur l'examen seul des fragments cités, qu'il était peu exact et beaucoup trop crédule. — On a sous le d'IkcÊSipPE, auteur qu'on ne doit pas conavec le précédent , un ouvrage : De belle et ezeidio urbis Hierosolymitanœ libri V. Le docte Bourdalouc s'y est trompé, en le citant comme l'ouvrage de l'historien voisin du temps des apôtres (roy. la Notice des Pères, par Gence, à la suite de l'édition de Bourdaloue, Versailles, 1812). Mais c'est, comme l'observe l'auteur de la notice, une traduction ou plutôt un extrait de l'histoire de Josèphe ; et on croit assez généralement qu'un copiste peu attentif aura substitué le nom d' Hegrsiypus à celui de Josippiu qu'on lisait en tde de l'ouvrage. Quelques savants l'attribuent à St-Ambroise : les copies qu'on en conserve dans les bibliothèques de Milan, de Cambridge et de l'abbaye de Krems en Autriche , portent le nom du saint prélat; cependant les bénédictins ne l'ont point inséré dans l'édition de ses ouvrages , parce qu'ils n'y ont point reconnu son style. Quoi qu'il en soit, Y Histoire d'Ilégésippe a eu beaucoup de succès. Elle a paru pour la première fois à Paris, en 1511, in-fol.; elle a été réimprimée à Milan, 1513, et à Cologne, 1526, même format. Corn. Cualter ou Gaultier, de Gand, en
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une nouvelle édition, Cologne, 1559, in-R°, rare et recherchée, renouvelée en 1575 et 1580, in-8°. Enfin , Réné Laur. Labarre l'a publiée avec des corrections, dans son Historia christ, veter. Patrum, Paris, 1583, in-fol.; et c'est d'après cette édition qu'elle a été reproduite dans la Bibliothèque des Pères. Scipion MafTei en cite une version italienne, et il en existe une en français, par Jean Millet de St-Amour (Franche-Comté), Paris, 1551, in-4°, plus rare, dit M. Brunei, que recherchée. W — s.
HEGEWISCH (Thiekht-Herjun), historien allemand, né dans le Holstein vers 1760, fit ses premières éludes à llamhourg, et y fut élève du géographe Ebeling. Ayant ensuite complété ses études dans une université , il fut appelé à une chaire d'histoire à Kiel, où il publia depuis lors un grand nombre d'ouvrages historiques, qui annoncent un écrivain laborieux et habitué à puiser aux sources; on peut même dire qu'ils sont écrits avec talent. L'Académie des sciences de Copenhague l'admit au nombre de ses correspondants, et le roi de Danemarck lui donna le titre de conseiller d'État sans fonctions. On a peu de détails sur sa vie, qui d'ailleurs fut toute littéraire. Hegewisch est mort vers 1815, laissant un fils professeur de médecine dans la même université de Kiel. Nous ne pouvons citer ici que ses principaux ouvrages, tous écrils en allemand : 1° Histoire de la monarchie des Francs, depuis la mort de Chartemagne jusqu'à l'extinction des Cirtovingiens, Hambourg et Kiel, 1779; 2° Histoire des Allemands , depuis Conrad I" jusqu'à la mort de Henri 11, Hambourg, 1781; 3° Histoire du régne de l'einfiereur Maximilien Hambourg, 1782; 4° Caractère et mœurs des Germains du moyen âge , Leipsick, 1786; 5" Aperçu général de l'histoire de la cieilisaiion allemande jusqu'à ïlaximilien , Hambourg , 1788; 6° Histoire du régne de Chartemagne, Hambourg, 1791. Une traduction libre, attribuée au baron de Bourgoing, a été publiée à Paris en 1805 : le traducteur a ajouté des notes et un supplément. 7° Essai sur l'époque de l'histoire romaine la plus heureuse pour le genre humain, Hambourg, 1800; traduit en français par Ch. Solvet, Paris, 1833, in-8"; 8° Histoire des troubles des Grarques dans la république romaine. Altona, 1801 ; 9° Sur ta question de savoir s'il y avait un système d'enseignement public ehet les anciens . ibid.; 10° Essai historique sur les finances des Romains, ibid., 1804 ; 11" Revue de l'histoire d'Irlande, ibid., 1806; 12" Notions géographiques et historiques sur les colonies grecques, ibid., 1808; 13° Histoire de l'éloquence parlementaire eu Angleterre, ibid., 1801; 1 4» Introduction à la chronologie de l histoire, ibid., 181 1 ; 15" lies colonies grecques du temps d'Alexandre, ibid., IUI. L'auleur a publié en outre des Mélanges hutoriques. et il a ajouté deux volumes à l'Histoire des duchés de Slesvig et Holstein, par Chrisliani, sans toutefois achever cet ou-
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HEGIAS , sculpteur grec , florissait vers la 83* olympiade, environ 448 ans avant J.-C. Il fut le contemporain et l'émule de Phidias , d'Alcamènes, de Critias et de Nestocles. Ses statues les plus estimées étaient une Minerre et un Pyrrhus; ensuite deux figures de Castor et Pollux, qui furent transportées à Rome, et placées, suivant le témoignait- de Pline, devant le temple de Jupiter-Tonnant, à peu près à la même place où l'on a retrouvé les deux statues colossales qui se voient aujourd'hui au Capitole. On croit y remarquer encore, malgré les ravages du temps et les restaurations, cette rudesse de style et de ciseau qui caractérisait l'ancienne sculpture grecque, et que Qui ntilnn cite comme un des traits distinctifs des ouvrages de ce sculpteur , nommé Hégésias dans plusieurs versions. L — S— r..
HEGIUS (Alexandre), ainsi nommé du bourg de Hcck, son lieu natal, dans l'évêché de Munster, régenta durant l'espace de trente ans le collège de Deventer. Au commencement du 13* siècle, il a eu le me'rite d'introduire le premier en Hollande les bonnes études classiques, celle en particulier de la langue grecque, à peu près à l'époque où Rodolphe Agricola, son maître, rendait le même service à l'Allemagne. L'école de Deventer acquit une grande réputation sous Hégius; et J dans le nombre des élèves distingués qui en sortlmit, on signale surtout Érasme, qui, en plu- •leurs endroits de ses ouvrages, se plaît à rendre une justice éclatante aux connaissances, à l'application et aux mœurs d'Hégius ; il ne l'accuse que de trop d'indifférence pour la célébrité. Hégius aurait pu s'immortaliser par de nombreuses production»; à peine a-t-il laissé échapper à sa plume quelques légers essais, savoir : 1» Des Dialogues I De icientia et eo quoi teitur, contra Academicos; De tribus anima gênerions ; De physica; 'HQocà l^rf\- (Aerra; De rhetorica; De arteet inertia. etc.; 2" Des poésies latines, telles que Hymni varii; Etegia de aurea mediocritate , etc., Deventer, 1301 et 1503, in-4». Gruter n'a pas recueilli ces poésies dans les
Dtlicif poil. Btlg. M— 0>.
HEGNER (Ulwc) , littérateur, naquit a Winter- ! thur en 1709. Son père, médecin des épidémies j de cette ville , le destinait à la profession médi- ' cale. 11 lui donna pour premier maître un parent, et l'envoya en 1776 à l'université de Strasbourg , où il fut gradué en 1781. Il parcourut ensuite l'Allemagne en artiste. La mort de son père le fit rentrer dans sa famille; H s'y occupa de peinture, jusqu'à l'époque où il fut nommé greffier provincial du comté de Kybourg. A la révolution de 1798 il fut nommé conseiller à la cour d'appel de Zurich, où 11 resta jusqu'à la mort de Lavater. Alors il donna sa démission et alla à Paris. Mais en 1803 il rentra dans la magistrature, et accepta, pour commencer, une place de conseiller qu'il abandonna plus tard pour celle de juge de paix. Sept ans après il était membre du gouvernement de Zurich. Sa position lui plaisant peu, il ne tarda
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pas à retourner à Winterthur, où il ne s'occupa plus que de travaux littéraires. H est mort le 3 janvier 1840. Conteur simple et agréable, il sait exciter et soutenir l'attention du lecteur par la chaleur du sentiment , le naturel et la vérité de la forme. Son principal ouvrage , chef d'oeuvre du genre, et qu'on ne saurait trop louer pour Pinvention et l'exécution , est la Cure par te petitlait, Zurich, 1812; 3» édition, Zurich, 1827, trots parties, in-12 avec vignettes 11 a publié en outre : 2° J'étais aussi A Paris, Winterthur, 1801 , 3 vol. in-8°; 3° Les journées de la révolution de Saly, Winterthur , 1814 , in-8° ; 4° Voyages en montagne, en plaine et en mer, Zurich, 1K18, in-12°; 3» la Noee de Sustken . Zurich , 1819, 2 vol. faisant continuation à la Cure par le petit-lait; 4° Jean Ho'bein le Jeune, Berlin, 1827, grand in-8°, avec portrait. Ses OEnrres diverses contenant ce qui précède, ont été publiées à Berlin en 1828, 3 vol. in-8». W. T.
nElBERG (Piehot-Antoê), poffte dramatique et écrivain politique, naquit le 16 novembre 1738 à Wordinghorg, petite ville de l'Ile de Sélande, d'une famille originaire de Norvège. Il fit ses études d'abord dans sa ville natale, puis à l'université de Copenhague , et débuta dans la carrière des lettres par une traduction en danois du Phcedon de Platon, imprimée à Copenhague en 1779. Bientôt après il se fit connaître et apprécier du public comme auteur dramatique et écrivain politique. Il fut un des fondateurs du recueil intitulé Mémoires de la société pour la vérité, dont cinq volumes parurent de 1798 au mois de février 1799. Poursuivi à cette époque devant les tribunaux pourcertains traits satiriques , il résolut de présenter lui-même sa défense au public , et en conséquence il publia par feuilles et par numéros successifs ses propres plaidoyers, les discours de l'accusateur public, et enfin toutes les pièces du procès. L'ordonnance royale du 27 septembre 1779, qui apporta de nouvelles entraves à la liberté de la presse, arrêta les publications d'Heiberg à son quarante-deuxième numéro , et laissa par conséquent sa défense incomplète ; mais les quarante-deux numéros parus furent recherchés avec empressement. Condamné à l'exil par un Jugement en date du 2i décembre 1799, Heibergse rendit en France. En 1803 il fut attaché au ministère des relations extérieures en qualité de traducteur, et en 1813 il fut nommé chef du bureau de traduction sous le ministère du duc de Viccnce, mais dès l'année suivante il fut admis à la retraite par suite de suppression d'emploi. Il retourna vers 1823 dans sa patrie, et il est mort à l'Age de 83 ans le 30 avril 1841. Les OEucres dramatiques dUciberg ont été réunies et publiées à Copenhague en 1794-1794, 3 vol. in-8°; 2» édition, [ ibid., 1818,4 vol. in-8°. Nous signalerons comme ses pièces les plus importantes les Sept tantes, comédie dans le goût de celles d'Holberg ; Htckiny- I born, autre comédie en cinq actes, où l'on trouve
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ira tableau piquant et spirituel des mœurs anglaises ; Messieurs de ou les soi-disant nobles, comédie en cinq actes, qui obtint un grand et légitime succès, dans laquelle il attaque arec verve les ridicules des gens qui ont des prétentions à la noblesse, alors qu'ils n'y ont aucun titre ; les Matelots chinois et l Entrée solennelle, deux pièces lyriques mises en musique par les compositeurs Schall et SchuLz, qui contiennent des scènes d'un haut comique et des caractères plaisants pris sur nature. « Les ouvrages dramatiques de Heiberg, ■ a dit un de ses biographes, se distinguent par « une profonde connaissance de la nature et des « hommes, un style facile, des traits piquants, et « surtout par le mérite de l'invention ; mais ses •• satires, souvent mordantes , donnent à son lan- < gage une couleur épigrammatique qui n'est pas « toujours celle de la bonne compagnie. Parmi les autres publications d'Ucibcrg nous nous contenterons de mentionner les suivantes : 1" Aventures i d'un billet de banque, brochure qui contient de nombreuses allusions aux événements de 1788 et 4780 ; 2° Considération sur la représentation nationale , particulièrement pour ee qui concerne la Nor- 1 *égc. Chrisliausand, 1817, in-8° ; 5° Essai sur ' l'arbitraire, publie en Norvège en 1817; 4* De la peine de mort, Christiana, 1820, in-8°, ouvrage dans lequel il combat l'admissibilité de la peine de mort, et qui contient des observations justes et élevées sur divers points de législation criminelle ; 5° Précis histurique et critique de la constitution de la monarchie danoise, Paris, 1820, in-8°, extrait du Journal général de législation et de jurisprudence , 0° Lettres d'un Xoreégien de la vieille roche, ou examen des changements qui menacent la constitution du royaume de Xorcége, Paris, 1822, in 8°. C'est une imitation des Lettres de Jumus. U cherche à démontrer qu'il y aurait danger a changer la constitution de la Norvège. 7° Histoire d* rétablissement de la souveraineté en Danemarck en 1660, etc. Heiberg a été pendant longtemps à Paris l'un des rédacteurs de la Revue encyclopédique, et il a participé à la rédaction du Journal général de légitUttion et de jurisprudence. Z.
HEIDEGGER { Jf.an-Hkmu; naquit le 1" juillet 1633, à Baarentswyl, village du canton de Zurich, où son père était miuistre protestant ; il mourut à Zurich le 28 janvier 1608. Ayant fait ses pre- i mières études dans sa patrie, U alla les continuer à Marpurgct à Heidelberg, sousCrocius, Holtinger et Spanbeim.En 1650, il fut reçu professeur extraordinaire en langue hébraïque à l'université de Heidelberg. Deux ans après, il fit un voyage à Zurich; j et avec l'agrément du conseil académique, il accepta la chaire de théologie et d'histoire ecclésiastique à Steinfurt. En 1606, la guerre lui fit quitter celte place ; il revint à Zurich, et il obtint, peu de tempe après, la chaire de théologie, devenue vacante par la mort du célèbre Holliuger. U refusa depuis les propositions que lui adressèrent avec beaucoup d'empressement et à plusieurs reprises les Acadé- i
mies de Leyde et de Groningue. Des nombreux ouvrages qu'il a publiés, on ne citera que les principaux : 1° Libertas christianorum a lege cibaria de sanguine et suffocalo, Amsterdam, 1061; 2° Historia sacra pntriarcharum. 1667 et suivantes, 2 vol.; ô° Anatome concilii Trident ini, 1672, 2 vol.; 4° Coilectio dissertationum telertarum. 1075 et suivantes, 4 vol.; 5° Enchiridion ùiblicum, 1680; 6» Historia papatus, Amsterdam, 1684, iu-4°, traduit en français sous ce titre : Histoire du papisme ou abrégé de l'histoire romaine, depuis ta naissance jusqu'à Innocent XI, Amsterdam, 1685, 2 vol. in-8°; 7" i/onuductio in viam concordia protestantium ecclesiasticee. 1686; 8" Mysterium Babylonis, 1687; 9° Tw mulus concilii Tridentini, 1600, 2 vol.; 10° Uedullm theohgia christiana, 1696; 11° Rxercitationes biblica, 1699, 2 vol.; 12° Les Vies de llottinger, de Hospinian et de Fabricius. Dans la plupart de ces ouvrages, ainsi que dans d'autres écrits allemands, il traite de controverses. Heidegger fut le contemporain des deux Hottinger : après l'un et avant l'autre, il occupa la première ebaire de théologie, dans un temps où l'église de Zurich se trouvait en guerre ouverte avec beaucoup d'ennemis, et où elle devait combattre encore différentes sortes de sectaires dans son propre sein. Heidegger fut l'auteur principal de la Formula consensus, adoptée en 1675 par le synode de Zurich, et destinée à réunir les égUses réformées de la Suisse; mais loin d'atteindre ce but , elle occasionna bien des troubles et fut oubliée depuis. Heidegger défendit très-activement la cause de ces milliers de réfugiés de France et du Piémont qui, depuis 1682, quittèrent leur patrie à cause de leur religion, et trouvèrent secours et asile en Suisse. On conserve en manuscrit sa Description des troubles du clergé de Zurich de 1673 à 1680. Heidegger a lui-même écrit sa vie, qui parut après sa mort par les soins du professeur llofmeister : Historia cita J. H. Heidtggeri, theol. Fig. cuinon pauca historiam ecclesia temporisejusdem, neenon liUeras concementia inseruntur, Zurich, 1698, in-4°.— Heiueouer (Gothard) naquit en 1666, à Zurich, et y mourut en 1711. C'était un homme singulier, qui aimait les paradoxes; aussi la plupart de ses écrits s'en ressentent-ils : plusieurs sont en vers. U s'est surtout fait connaître par son Acerra philologica, dont il existe plusieurs éditions. U — i.
HEIDEGGER (Jkan-Coxxad) naquit à Zurich cm 1710, et y mourut le 2 mai 1778. Magistrat distingué et dont l'influence a été grande dans l'administration de son canton, ainsi que dans les affaires du corps helvétique , il aimait les lettres et tout ce qui lient à la littérature. De retour d'un voyage en Allemagne et d'un séjour à Berlin, il avait rédigé avec un de ses amis (U. Bruhn) le catalogue imprimé de la bibliothèque de la viUe de Zurich. Bientôt les emplois publics auxquels U se vil appelé devinrent sa principale occupation) il fut choisi bourgmestre en 1768. Ce qui distingua le plus son administration, c'est la part qu'il
eut dans le renouvellement des anciennes relations entre la France et les cantons protestants. La révocation de l'édit de Nantes avait exaspéré les esprits de la Suisse protestante contre la monarchie française ; l'alliance conclue en 1715 entre cette monarchie et les cantons catholiques ne pouvait qu'augmenter la méfiance et la haine existantes : elles se propageaient sans distinction dans la masse des citoyens, au préjudice des intérêts les plus essentiels de la confédération et de l'harmonie entre les cantons. Les magistrats les plus éclairés s'occupèrent de faire triompher des maximes plus saines; Heidegger y employa ses grands talents avec succès. Il était lié d'amitié avec les ambassadeurs de France, de Chavigny et de Beauteville. C'est principalement par ses soins qu'en 1752 et 1764 les capitulations du régiment zuricois au service de France furent conclues ; il trouva plus de difficultés à faire consentir son canton à la nouvelle alliance demandée par Louis XVI, et conclue en 1778. L'amélioration de l'agriculture nationale, ainsi que celle de l'instruction publique, lui tenaient infiniment à cceur, il y voyait les deux premières sources de la prospérité de son pays. La réforme des écoles de Zurich, en 1773, fut opérée sous ses auspices par les professeurs Breitinger et Usteri, conjointement avec le savant chanoine Cessner. Il fonda la société de physique de Zurich, aux travaux de laquelle il prit une part essentielle; il favorisait beaucoup le système des fonds publics placés à l'étranger; système qui présente des avantages sur celui des trésors accumulés, et dont les inconvénients, qu'on a connus depuis, appartiennent à des événements que personne ne pouvait prévoir alors. Heidegger se distingua également par l'austérité et par l'aménité de ses mœurs. Il fut religieux, bon époux et tendre père. Son buste en bronze se trouve placé à la bibliothèque de Zurich, avec l'inscription suivante : J. C. Heidegger Cos. quem vivum ob sapientiam suspexil, tuxit post obitum Helvetia omnit (voy. Eloge de il. le bourgmestre Heidegger, par i. C. Hirzel , Zurich , 1778, in-8°, en allemand; id., par M. Balthasar, Bàle, 1778, in-8°,en allemand; Journal helvétique. 1778, juin). U— i.
HEIDEGGER (Jean-Conrad), fils unique du précédent, né à Zurich en 1748, y mourut en 1808. Il avait hérité de l'amour qu'avait son père pour les lettres et la littérature. Sénateur et tribun, il résigna ses places, quelques années avant la révolution helvétique, pour se retirer d'abord à Constance, ensuite à Munich et à Augsbourg, d'où il revint en Suisse peu de temps avant sa mort A Munich, l'électeur de Bavière lui conféra le titre de chambellan et de conseiller d'État. M. Heidegger prit alors le nom de Heidegger de Heydeek. Il avait de grandes connaissances en bibliographie, et les journaux littéraires de MM. de Murr et Meusel off rent plusieurs de ses mémoires sur cette science. Sa bibliothèque, qui était immense et
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très-riche, surtout pour les éditions du 1S* siècle, a dû être vendue après sa mort. U — i.
HEIDENHE1M (Wolf-Shison) , juif allemand, né en 1737 , à Heidenheim en Franconie, passa sa première jeunesse à Fûrth, puis vint à l'Age de vingt-cinq ans étudier à Francfort la langue hébraïque, le Talmud et la littérature rabbinique. Il y fut bientôt très-fort; et comme jamais il ne cessa de s'occuper exclusivement de ce genre de travaux, un temps arriva où sans contredit il était le plus savant homme de l'Europe en cette partie; et nul doute que son nom ne fût devenu européen s'il eût possédé le talent d'écrire , ou même s'il eût eu du loisir pour élaborer les résultats de son érudition. Mais sa position pécuniaire lui défendait les distractions; il avait un établissement de librairie à Bœdelheim, aux environs de Francfort, et les soins perpétuels qu'il lui donnait ne se conciliaient qu'à grand'peine avec des études profondes. Son influence sur ses coreligionnaires n'en fut pas moins très-marquée. D'excellentes éditions hébraïques sortirent de ses presses; plusieurs ouvrages en tout ou en partie de sa main facilitèrent soit l'étude de la langue hébraïque, soit l'intelligence des livres saints. De toutes parts on le consultait comme un oracle sur des points difficiles. H s'était formé à force de soins une bibliothèque inappréciable pour la littérature rabbinique. Quantité d'ouvrages qui jusqu'ici n'ont point été reproduits par la presse y figuraient , et il avait écrit sur la plupart des notes marginales intéressantes. Heidenheim mourut le 23 février 1832 à Rœdelheim. On a de lui, entre autres: 1° un Traité de f accentuation hébraïque ( Michpat Hattamim), 1808. Cet opuscule est un des meilleurs qui aient paru sur ce sujet ; on regrette seulement qu'il soit si court , l'auteur lui-même le
i regrettait dans les dernières années de sa vie , et se promettait de publier un grand travail spécial pour épuiser la matière ; personne peut-être plus
i que lui n'était capable d'y réussir. 2° Une Traduction des prières usitées dans la synagogue, et notamment celle tles prières de la fête de la Machour, Bœdelheim, 3« édit., 1821 , 9 vol. La traduction du chapitre 2 de la prophétie d'Ilabacuc y est faite de main de maître. Ce recueil, tant comme modèle de l'art de traduire que pour la tendance de la critique et de l'esprit moral qui ont présidé à la traduction, a puissamment agi sur toute la population israélite d'Allemagne. 3° Les quarante premiers chapitres de la Genèse, accompagnés d'un commentaire, Offenbachet Rœdelheim, 1797. Heidenheim voulait ainsi donner tout le Pentateuque ; le manuscrit de la Genèse était achevé, mais l'insuffisance de l'appui que lui prêta le public lit interrompre la publication. Une de ses éditions du Pentateuque est accompagnée d'un commentaire abrégé de sa façon. 4° Une édition abrégée du lèroth Chelomoh de Pappenheim, Prague, 1804, modifié d'après les principes du radical bilittéral de Gesenius. Heidenheim a laissé manuscrit Bux-
torfii concordantiœ. ouvrage couvert de corrections fondées également sur la doctrine du bilatéralisme des radicaux. P— ot.
HEILBRONNKR (Jea^-Chbistophe) , habile mathématicien d'Uni, Qt ses études à Leipsick, et s'appliqua d'abord à la théologie, mais l'abandonna bientôt pour ne s'occuper que des sciences mathématiques, qu'il enseigna dans la suite à l'université de cette ville. L'année de sa naissance n'est pas connue; il mourut vers 1747. Cet auteur a publié, soit en latin, soit en allemand : 1° Estai d'une histoire des mathématiques et d'une histoire de f arithmétique, Francfort, 1739, in-8°; 2° Spécimen historia aeris, Leipsick, 1710, m-4°; 3° Historia matheseos universa, ibid., 1742, iu-4°. Cet ouvrage, dans lequel l'auteur a voulu donner plus d'extension à l'Histoire des mathématiques qu'il avait fait imprimer en 1750, ne va que jusqu'au 15* siècle. Malgré son utilité pour les recherches, c'est plutôt un amas de matériaux sans ordre qu'une véritable histoire des sciences mathématiques. Heilbronner avait déjà recueUli un assez grand nombre de faits qui devaient remplir plusieurs volumes d'une histoire moderne des sciences mathématiques; mais la mort interrompit son travail. 4° Problèmes géométriques avec leur résolution. Leipsick, 1743, in-4°. 13 — h — d.
m. il. MANN (Jean-Gaspard), peintre d'histoire, naquit en 1718, à Muhlhausen, en Alsace, et fut l'élève de Doggeler à Schaffhouse. Il travailla ensuite pendant quelque temps à Porentrui , à la cour de l'évéque de Baie; et avec l'argent qu'il y avait gagné, il se rendit à Rome, où il s'appliqua avec assiduité à l'étude de son art. Quelques copies d'après le Dominiquin, qu'il présenta au cardinal de Tencin, ambassadeur de France, lui gagnèrent la bienveillance de ce ministre, qui, en 1742, l'emmena avec lui à Paris. Les portraits de Heilmann y furent teUement recherchés, qu'il se vit obligé de renoncer au genre de l'histoire ; cependant , U composa encore quelques tableaux d'église, ou des sujets traités à la manière de Gérard Dow, et quelques paysages. Son talent imitait parfaitement la nature. Son coloris est vif et transparent , et son pinceau a produit des clairsobscurs d'un effet vigoureux. Heilmann mourut en 1760, à l'âge de 42 ans. Le burin des Wille, des Cbeviliet, des Watson et des Mecbel, a conservé, par des gravures fort estimées, quelquesunes de ses productions. On peut consulter sur la vie et les travaux de cet artiste l'Histoire des meilleurs peintres suisses par Fuesli, vol. 3, p. 196. B— H— D.
HEILMANN (Jean-David), savant helléniste, naquit à Osnabruck, le 13 janvier 1727. Il fut destiné de bonne heure aux études théologiques ; et il suivit depuis 1746, pendant huit ans, les leçons des plus célèbres professeurs de l'université de Halle. Son application se dirigea surtout vers l'étude des langues anciennes et orientales. Le savant professeur Baumgarten avait pour Heilmann
| une estime particulière; et celui-ci se chargea, par reconnaissance, du soin de sa riche bibliothè- I que. Heilmann accepta en 1754 la place de recteur | à Hameln, et passa deux ans après à celle d'Osna- , briick; enfin, en 1738, les universités de Halle, de Helmstaedt et de Cœltingue, lui offrirent à la fois la chaire de théologie. Ses relations d'amitié avec le baron de Muncbhausen, curateur de l'université de Gœttingue, le déterminèrent en faveur I de cette dernière. Son application assidue au travail, que les instances de ses médecins ne purent , modérer, occasionna sa mort prématurée, qui arriva le 22 février 1704. Ce professeur s'écartait, dans ses leçons théologiques, des dogmes de la doctrine de Luther; et, par l'indépendance et la profondeur de ses idées, il embarrassa quelquefois l'orthodoxie de ses collègues ; cependant la douceur de son caractère le préserva des animosités auxquelles , à cette époque , ne se livraient que trop souvent ceux qui devaient enseigner l'évangile de la paix. Comme helléniste, Heilmann se distingua non-seulement par une grande érudition dans la littérature ancienne, mais aussi par son talent pour l'expliquer à son auditoire, talent qui se manifesta surtout à Gœttingue, dans ses leçons sur les dialogues de Platon et sur l'Iliade. Familiarisé avec les portes de toutes les nations, il avait adopté, dans son style allemand et latin, un langage poétique qui donne à ses écrits un caractère d'originalité. Ce savant professeur a publié, soit en latin, soit en allemand ou en français, un grand nombre d'ouvrages, dont nous ne citerons ici que les principaux : 1° Spécimen observationum quarumdam ad illustrationem Noei Test, ex profanis pertinentium, Halle, 1740; m- i ; 2° Traits de parallèle entre l'esprit d'irréligion d'aujourd'hui et les anciens adversaires de la religion chrétienne (en français}, ibid., 1730, in-8°; 3° De fiorente litterarum statu ethabituad initia religiouis christiana, ibid., 1733, in-4°; 4° Remarques critiques sur le caractère et te style de Thucydide, i.eiugo, 1738, in-4°; 3° Thucydide, traduit du grec avec des notes , Lemgo et Leipsick, 17G0, in-8°. Celte traduction est très-estimée. La critique accorde à Heilmann le mérite d'avoir rendu avec fidélité l'esprit et le style particuliers à cet historien, et d'avoir conservé cependant à sa traduction un caractère original. 6" Compendium theologim dogmatica, Gœttingue, 1761, in-8°; ibid, 1774, in-8°. Cet ouvrage se dislingue principalement par l'élégance du style : l'auteur y suit d'ailleurs ponctuellement les principes, la méthode et les opinions de Baumgarten, son maître. 7° Opuscula theologici argument»; collegit et edidit E.-J. Danovius, léna, 1774- 1777, 2 vol. in-8°. Heilmann avait des connaissances très-étendues sur l'histoire littéraire et ecclésiastique; et il aurait, sans doute, enrichi la littérature d'un ouvrage important sur cette matière, si la mort ne l'en eût empêché. Dans sa succession, se sont trouvés des fragments d'un dictionnaire arabe, dont il s'occupait avec prédilection.
La vie de ce savant professeur a été publiée par son illustre collègue C.-G. Heyne, Gœttingue, 1764, in-fol. On trouve aussi , sur lui, une trèstonne Notice biographique dans la Biofraphùt sflecta. de Mursinna, vol. 1, p. 109-136. B — u — ».
lli. il. MANN (Joscé), célèbre inventeur, né à Mulhouse le 17 février 1790, y mourut le S novembre 1848. Ses parents, commerçante modestes, le destinaient à les seconder, et l'envoyèrent dans ce dessein a l'institution de Pestalozri à ïverdun. L'instruction élémentaire acquise de neuf à onxe ans, constitua à peu près le bagage scientifique du jeune Heilmann avant son entrée dans le comptoir de son père à Mulhouse , et plus tard chez son oncle, banquier à Paris. En 1816, lorsque la fin des guerres tourna les esprits vers l'industrie, ses parents montèrent une petite filature de coton , mue à la main. On Ot alors entrer le jeune Heilmann comme apprenti dans une manufacture du même genre qui existait à Paris. U profita de son séjour dans cette ville pour y suivre les cours du Conservatoire des arts et métiers, mais un an à peine fnt consacré à cette éducation professionnelle, théorique et pratique. Sa famille le rappela pour lui confier la création d'un établissement au Vieux-Thann. En inoins de deux ans Heilmann, qui n'en avait pas vingt et un, établit de fond en comble une filature de dix mdle broches. Obligé d'être à la fois ingénieur, constructeur, (dateur habUe, dans une entreprise où il devait tout inventer, combiner et exécuter avec des ressources infiniment moins étendues que celles dont nous avons aujourd'hui la connaissance, le jeune lleilmauu se multiplia, pourvut à tout et réussit d'une manière éclatante. Ce succès produisit une immense seusalion, et l'Alsace eu conserve encore un souvenir reconnaissant. Elle voit dans cette œuvre l'une des impulsions heureuses et promotrices de sa prospérité industrielle. Heilmann, distingué dès ce moment par son intelligence et ses qualités privées , devint le gendre de M. Jacques Kœcbliu , chef de l'une des plus importantes maisons du pays, homme d'un caractère élevé dont le nom figura si honorablement dans nos luttes de la Restauration. Cette heureuse alliance fut tout à l'avantage des progrès industriels. Heilmann put désormais se livrer à ses goûts dominants d'investigateur et de créateur. L'énumération de ses nombreux travaux et des perfectionnements que les arts mécaniques lui doivent serait sans intérêt ici; il nous suffira pour faire apprécier le mérite et la puissance de conception de l'inventeur de citer ses œuvres capitales. U Ut plus encore pour le tissage que pour la filature mécanique. 11 inventa en 1823 un métier si bien raisonné et si parfait, qu'il continue à fonctionner avec avantage malgré les trente-quatre années écoulées depuis. Ce résultat remarquable a été le point de départ le plus sérieux de la création du lissage automatique dans le Haut-Rhin. Un modèle de cet intéressaut métier existe dans
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la galerie des filatures et des tissages du Conservatoire impérial des arts et métiers , où il est facile de se rendre compte de toute m râleur en le comparant à ceux imaginés depuis et dont le même établissement possède la plupart des types. Ces premiers travaux de l'habile ingénieur eurent surtout pour but, comme on le voit, de faire
qui, dès lors, avait pris un développement tel que la distance établie entre elle et les concurrents des autres pays n'a pu être entièrement franchie jusqu'ici. Heilmann et ceux qui comme lui se préoccupaient de celte situation parvinrent bientôt , à force de science et de génie , à créer des machines , des outils et des procédés qui ne laissaient rien à désirer ; mais il n'était au pouvoir de personne de changer les conditions économiques et les tendances nationales des peuples, qui expliquent si bien la différence de leur puissance industrielle, et comment, par exemple, la somme des productions françaises n'est pas en rapport avec ses facultés créatrices. Heilmann ne se contenta pas de marcher sur les traces des meilleurs mécaniciens anglais, de perfectionner même leurs machines usuelles. Il fit plus ; il aborda la solution d'un problème que personne avant lui, ni en France, ni à l'étranger, n'avait osé tenter. Témoin et auteur de merveilles réalisées par le filage, le tissage automatique et les nombreuses machines préparatoires qui y concourent, il pensa que le travail automatique pourrait désormais exécuter toute espèce d'ouvrage réservé encore à la main ; que les plus délicats, les plus minutieux el les plus compliqués devaient pouvoir se réaliser de cette façon avec le succès déjà obtenu pour les plus grossiers , et que la vapeur ou l'eau motrice mettrait aussi bien en œuvre l'aiguille de la brodeuse que la scie ou le marteau. Il se proposa , en conséquence , de créer une machine à broder comme il avait fait des métiers à filer et à tisser; mais cette fois il ne s'agit plus d'étudier, de combiner et de s'inspirer de ce qui avait été fait, au loin , il est vrai, mais qui fonctionnait cependant , et dont la vue et les renseignements avaient été d'un si grand secoure au jeune industriel. II fallait créer, imaginer en un mot une machine sans précédent ni analogie. L'inventeur chercha à bien se pénétrer des conditions du problème en se faisant en quelque sorte l'élève de sa compagne : elle l'initia dans l'art de la broderie, et six mois suffirent à cette organisation merveilleuse pour combiner et exécuter une machine à broder qui fit fonctionner vingl aiguilles à la fois, avec une perfection rivale des doigts les plus exercés et les plus habiles. Cette machine née en 1828 à Mulhouse, fut bientôt achetée par les industriels anglais et suisses. Manchester et Saint- Gall montèrent des ateliers de métiers a broder qui fonctionnaient pratiquement lorsqu'elle fit son apparition à l'exposition de 1834, où elle ne fut admirée comme une merveille par les
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savants et les praticiens que par les gens du monde. Elle valut à soo auteur une médaille d'or et la décoration de la Légion d'honneur, prouvant ainsi à nos amis et à nos détracteurs, que l'art de la guerre et les beaux-arts n'étaieut pas les seuls lots réserves à la France , et que les conceptions les plus hardies y trouveraient désormais d'heureux champions. Cette invention de HeUmann ayant été décrite dans presque toutes les publications scientifico-induslri elles du monde, et par conséquent à l'étranger comme chez nous, nous n'en aborderons pas ici la description , que l'on trouvera en détail, avec les figures indispensables , dans la collection des brevets expirés , dans le bulletin de la société d'encouragement , dans celui de la société industrielle de Mulhouse, etc. Nous dirons seulement que la supériorité de l'œuvre est telle qu'elle a encore figuré comme l'une des plus remarquables aux expositions universelles de Londres et de Paris. Nous ajouterons aussi que si cette machine ne s'est pas propagée autant qu'on aurait pu le supposer, surtout en France, elle n'en a pas moins été la source de progrès sérieux par les emprunts qui lai ont été fait*. Pour n'en citer que les plus connus, nous signalerons l'aiguille à deux pointes utilisée depuis dans les machines à coudre , et la disposition si ingénieuse qui permet de tendre le fil et de le rapprocher à volonté de la surface à broder. Ce sont là des conceptions originales , fécondes , dignes d'être enregistrées au nombre des moyens les plus ingénieux et des combinaisons les plus savantes de la cinématique et de servir de modèles aux mécaniciens expérimentés. Cette invention capitale fera époque, nous n'en doutons pas; elle sera citée dans les annales industrielles comme le fameux métier à tisser de Vaucanson. Nous nous sommes souvent demandé comment nos grands artistes, à la recherche des faits honorables et glorieux pour notre pays, ne s'inspirent pas plus souvent de sujets de l'ordre qui nous occupe. Un tableau représentant la leçon de broderie donnée au célèbre inventeur, réunissant dans un groupe les éléments qui font le prix et la gloire de la vie : le travail , la grâce et le génie dans une situation que l'on n'a que trop pnuaisée. que l'on nous passe l'expression, seraitil donc indigne du piuceau d'un grand peintre? Tout en s'occupant d'inventions hors ligne, Ueilmann se livrait à de nombreuses recherches sur des perfectionnements moins brillants, mais non moins utiles. On lui doit une étude microscopique sur les caractères des matières textiles, une machine à métrer et à plier, des améliorations dans des machines préparatoires de la filature, de nombreux rapports intéressants sur des sujets divers à la société industrielle de Mulhouse , dont il fut l'un des fondateurs et l'un des membres les plus actifs. Mais l'œuvre capitale du grand ingénieur, celle qu'il ne termina qu'à la veille de sa mort , et dont il eut cependant la consolation de