‹ Biographie universelle (Michaud) ancienne et moderneChapitre 81 sur 106 · BOG · texte numérisé non relu

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s'engager dans la coalition antifrançaise ; mais il eût fallu de plus énergiques résolutions et de plus vastes préparatifs; il eût fallu lier plus fortement la Prusse à la cause des Sept-Provinces, et avoir plus tôt les troupes auxiliaires britanniques. Ce n'est pas Hogendorp, s'il eût été plus près du suprême pouvoir, qui eût été pris au dépourvu comme le stathouder le fut en 1794 par l'annonce de l'invasion; surtout ce n'est pas lui qui eût cédé le terrain presque sans résistance, et perdu courage avant d'avoir perdu des batailles. Quelque imminent que pût sembler le péril , par la défection de la Prusse et l'inertie de l'Angleterre, il crut possible de sauver sa patrie, de gagner du temps et d'avoir pour allié le dégel. 11 eût suffi pour cela d'une résistance au plus de quelques semaines. Jusqu'au dernier moment, et même lorsqu'il n'y eut plus d'espoir, il mit tout en oeuvre soit auprès des autorités pour obtenir les arrêtés, soit auprès des masses pour faire goûter et réaliser les mesures utiles à la défense commune. Mais il eût fallu une coopération plus active que celle qu'il trouva. L'hostilité des uns, la tiédeur ou la démoralisation des autres, paralysèrent toutes ses tentatives. Le 18 janvier 1795, toute h lamille stalhoudérienne s'embarqua à Scheveningen pour se rendre en Angleterre , et la démocratie, sous la protection de Pichegra, détruisit et le stathoudérat lui-même et tous les résultais de la restauration de 1787. Hogendorp se bâta de donner sa démission et de rentrer dans la vie privée. Cependant la considération dont il jouissait empêcha ses ennemis de l'exiler, et sa présence sur le théâtre même des événements devait bien mieux que son absence le mettre à portée de servir les intérêts des orangistes. Son occupation fut donc d'étudier l'horizon politique et de travailler les esprits dans le sens d'une réaction. Ses espérances furent cruellement déçues. Le traité de Campo-Formio, le congrès de Rastadt ne lai firent pas grand'peur; mais quand il vit échouer, en 1799, l'expédition de la flotte anglo-russe dans la Hollande septentrionale, quand, après la campagne de Marengo , il vit la paix de Lunéville et plus encore celle d'Amiens, en reconnaissant la république batave, sanctionner la spoliation de la maison stalhoudérienne; quand il vit le cabinet de St-James lui-Aiéme consolider cette iniquité par sa signature, et céder à la France révolutionnaire cet ascendant, ce protectorat qu'elle avait tant disputé à la France de Louis XIV et de Louis XVI, la foi en lui et en l'avenir lui manqua. Comme les fondateurs de l'antique république, U crut le temps venu de dire adieu à une terre ingrate qui acceptait ses oppresseurs, et de fonder une Hollande hors de l'Europe. A cet effet il réunit plusieurs amis qui comme lui restaient fidèles à la maison d'Orange, et qui, en butte aux soupçonneuses investigations de la police française, souhaitaient un refuge où poser leur tête ; et tous ensemble résolurent d'aller se fixer au cap de

Bonne-Espérance. La prompte rupture de la paix d'Amiens et bientôt la formation de la troisième coalition arrêtèrent ce projet, adopté du reste un peu précipitamment, et dont, certes, la réalisation aurait été pour l'ambition de Bonaparte un grand bonheur. Peut-être, en pensant à l'inexécution du projet, inclinera- t-on à croire qu'il n'en fut jamais question sérieusement chez Hogendorp, et que les orangistes le plus en rue faisaient courir ce bruit chimérique pour endormir la surveillance de leur argus. En ce cas la feinte aurait été de la part de Hogendorp poussée bien loin; car ses préparatifs emportèrent une partie de la fortune de sa femme. Il n'eût tenu qu'à lui de réparer ces brèches en acceptant des emplois du pouvoir nouveau. 11 suffisait peut-être qu'il fût regardé comme le champion le plus ferme de la maison dépossédée pour que Bonaparte eût été bien aise de le rallier à son gouvernement. La mort de Guillaume V, auquel on pouvait croire qu'il était plus attaché qu'à ses Ois, semblait un moment favorable pour opérer ce changement. Sous Louis Bonaparte surtout, de brillantes ouvertures furent faites à Hogendorp. Sa loyauté s'en indigna ; il n'était point de ceux qui capitulent avec leur conscience. Incapable de sympathiser avec un système qui faisait des Provinces-Unies une dépendance française, tour à tour république ou royaume suivant le caprice du mai ire qui la pétrissait à son gré , et qui bientôt l'annexerait brutalement au grand empire, il n'avait confiance ni dans la durée des échafaudages chaque jour improvisés par l'empereur, ni dans la durée de l'empire français lui-même. Peu engoué par caractère des hommes brillants et impétueux, il suivait attentivement les pas de Napoléon et le voyait avec plaisir s'écarter de son ancienne prudence, ne plus tenir compte des obstacles, froisser ses amis, dédaigner ses ennemis , étreindre trop en même temps et s'entêter à vouloir l'impossible. Ces fautes devaient à la longue et mieux que toutes les prédictions ouvrir les yeux aux partisans de la révolution. Cependant les aberrations étaient encore peu nombreuses lorsqu'en 1809 , et pendant la deuxième guerre de l'Autriche, les Anglais, sous lord Chatham, débarquèrent dans nie de Walcheren. Le plan qu'avait conçu le ministre Casllereagh de porter l'expédition sur Anvers présentait trop peu d'appui aux orangistes hollandais pour qu'ils conçussent de vives espérances en cette occasion ; aussi Hogendorp, bien qu'il se tint en mesure d'agir au besoin, fut-il plus occupé d'empêcher ses amis d'éclater intrmpestivement que de stimuler leur zèle. Il fallait cette circonspection pour ne point donner l'éveil aux défiances impériales. Un de ses amis, Bepelaer van Driel, alors en prison depuis trois ans , se tenait heureux de n'être pas mis en jugement. On sait comment l'expédition repartit à la risée de toute l'Europe sans avoir rien fait. L'incorporation de la Hol-

lande à la France suivit de près, et avec elle l'extension si oppressive du système continental. C'est grâce à ces atteintes portées à l'indépendance et au commerce de la Hollande que Hogendorp travailla plus fortement que jamais à l'affranchissement de sa patrie. Il resserra son union avec les van Stirum , les van der Duyn , les de Jonge, les Changuion, et par leur intermédiaire avec d'autres notabilités hollandaises, les van der Hoop , d'Amsterdam, les Bentink tôt Buckhorst, à Zwolle. Longtemps ces illustres amis opérèrent chacun dans sa sphère et en silence , s'écrivant peu , sauf pour des choses essentielles, mais s'appliquant à populariser le mécontentement du présent , le regret du passé et le nom du prince d'Orange. La tâche était facile , la domination française l'avait merveilleusement simplifiée. On se mit plus activement en correspondance avec le brave prince d'Orange, fils de Guillaume V. Mais on s'enveloppa plus profondément que jamais. La catastrophe de

1812, même en exaltant les espérances, en rendit les manifestations plus circonspectes. Des agitations partielles eurent lieu sur divers points du territoire : loin que Hogendorp ou ses amis y fussent pour quelque chose, ils s'employèrent à les calmer : la partie allait se jouer alors dans les champs de l'Allemagne. Si Napoléon devait revenir vainqueur de cette décisive campagne de

1813, l'émeute serait inutile; s'il devait avoir le dessous, elle était prématurée. Tel fut le plan adopté par les amis de Hogendorp , qui toutefois organisèrent un noyau de forces. Dès que la nouvelle des journées de Leipsick fut arrivée à la Haye, un corps de quatre cents orangistes parcourut les rues de la ville; la garde nationale se déclara ; la maison de Hogendorp, qui , par une singulière coïncidence, se trouvait être celle des Witt, jadis chefs du parti de Loevenstein, devint le quartier général des délibérations du parti qui relevait enfin la tête. Comme les alliés avançaient et qu'on savait qu'une de leurs armées allait se porter vers la Nord-Hollande , ni les autorites françaises, ni les troupes à leurs ordres n'osèrent faire de mouvement. Hogendorp, van der Duyn, van Stirum établirent un gouvernement provisoire, abandonnant au dernier le commandement militaire que quelques jours après (17 novembre) lui confirmèrent les alliés au nom du prince d'Orange, et se chargèrent de l'administration civile. Le préfet, baron de Stassart, le général Bouvier des Eclats étaient partis. Le premier soin des administrateurs fut de dégager toute la population du serment prêté à l'empereur des Français. Ils publièrent uue proclamation qui invitait tous les citoyens à s'armer pour achever la délivrance du pays. Les caisses étaient vides; ils firent mieux que presser la rentrée des impôts et obtenir des prêts, des dons : Hogendorp pour les premiers besoins donna tout ce qu'il possédait et engagea son crédit pour des sommes considé*

rahles : au seul amiral Klinkert , afin quTI se rendit maître du cours de la flevse entre Briel et €orkirrn , il fournit de ses propres fonds cinquante mille florins. Ces mesures opérèrent comme par enchantement , et quand , le 30 novembre , le prince d'Orange, après dix-huit ans d'absence, remit le pied snr ta plage de Sdieventngen , il fut partout reçu en triomphe : non-seulement nul corps en armes ne s'opposait à sa marche , mais les antagonistes politiques de sa maison ne formaient plus masse; c'était un des plus ardents patriotes de 1786 qui avait écrit la proclamation en sa faveur, et ceux qui jadis avaient redouté un stathouderne s'effrayaient point d'entendre parler d'un roi. Le temps, le malheur, et aussi la merveilleuse influence de Hogendorp et de ses amis avaient prodoH ce changement. Le prince d'Orange , en recevant des mains des deux administrateurs le pouvoir dont ils s'empressèrent de se démettre, approuva honorablement tous leurs actes; puis, sur leur avis, établit une commission pour élaborer -on projet de loi fondamentale appropriée au nourri État, et, parmi les membres de cette assemblée, rut soin de nommer Hogendorp : la commission à aon tour le nomma son président. Le projet élaboré sous ses auspices fut admis textuellement , au mois de mars suivant , par les représentants de la nation réunis à Amsterdam, et juré par le prince que cet acte constituait prince souverain , et qui sur-le-champ organisa son ministère. Hogendorp reçut pour sa part le portefeuille des affaires étrangères, et tout en conduisant ce département, il eut la plus grande influence sur les bureaux de l'intérieur. Hais cette influence ne pouvait durer. Quel que fut son zèle pour fa maison de Nassau et son opposition aux principes révolutionnaires , H y avait en lui quelque chose •de la roidenr républicaine dès qu'on ne suivait point complètement ses idées, et ses idées se sentaient de la vieille forme fédérative des ci-devant Provinces-Unies. Son souverain en était plus loin -que cela , et, tout en sachant parfaitement ses devoirs de monarque, il comprenait que la démagogie française, qui partout faisait à son image des Etats uns et Indivisibles , s'était montrée éminemment -monarchique. D'autre part, le prince , auquel les arrangements de Paris avaient donné la Belgique et le Luxembourg , se proposait de favoriser également tas deux moitiés du nouvel État , et de ne pas sacrifier Bruxelles à Amsterdam. Le ministre ne tanla donc point à voir souvent ses idées en opposition avec celles du roi : -ne pouvant faire triompher les siennes, H prit le parti de seTetirer (f814). le monarque, en acceptant sa démission, lui témoigna ses regrets, le nomma vice-président du conseil d'État (1814), loi conféra ta droit de joindre à aes armes le lion batave et le millésime 1HI5-181λ, Iccréa en outre 'grand-croix de l'ordre <ta Lion néerlandais; enfin, lorsqu'on 1816 il lui permit de ne plus remplir ses lal»orieuses fonc- j tions de vioe-présidetrt du conseil d'État, il voulut

qu'il en conservât le tîlrc, les émolument* et tous les avantages. Cet éloigm ment ne fut donc point une disgrâce, et Hogendorp, bien que n'appartenant plus au cabinet et ne sympathisant pas avec la pensée do roi, n'eut qu'à se louer de la reconnaissance du prince et de sa famille. On mît sa démission sur ta compte de sa santé; mais la preuve que cette cause ne fut qu'un prétexte, c^est que, membre de la deuxième chambre législative des Pays-Bas, il assista et souvent se mëh aux délibérations, que pendant longtemps il fit une opposition très-vive aux ministres van Maanen , Appelins et Six , et que ceux qui croyaient qu'un ami de la maison d'Orange devait être un partisan de l'arbitraire furent tout mrpris de l'entendre parler des droits du peuple, de la liberté du commerce, de la publicité, en termes que n'eussent point désavoués les B. Constant et les Foy. Cependant dès 1813 il s'était prononcé en ce sens; et, député à la première chambre, 3 arait renoncé à siéger, parce que les débats de l'assemblée n'étaient j.ointpubfics, contradiction formelle, dit-il, avec le principe du gouvernement constitutionnel. Hogendorp est mort en 1831. On a de lui les ouvrages suivants : !• Traité du comme r t aux bidet. 1801 , 2 vol.; 2° Mémoire sur U commerce à Juta, 1801; 3° Considérations sur les finances à V occasion d'un nouveau plan dimpontions, Amsterdam , 1P01 ; 4° Considérations sur Téconomie politique du royaume des Pays-Bas, la \\ iy< 1818-1824, 9 vol.; 3" Opinion émise le 17 ami 1816, en suite de ta réunion de la Hollande et de la Belgique (traduite du hollandais par l'auteur}, Amsterdam, 1830, in-8°; 6" Lettres sur la prospérité publique adressées à un Belge, dans les années 1829 et 1830, Amsterdam, 1831, 2 vol in*0. P— or.

HOGENDORP (le comte Thierry va*) , frère aie du précédent, naquit à Rotterdam en 1761, it dès l'âge de douze ans fut admis, ainsi que s n frère, à l'école royale des cadets de Berlin, p r la protection de la princesse d'Orange j nièce un grand Frédéric. H entra de bonne heure dans la carrière des armes, et devint officier général Plus tard il fut nommé ambassadeur de Hollande en Russie, et ensuite gouverneur d'une coloa.it hollandaise voisine de Java, d'où il fut rappelé à cause de quelques plaintes portées contre bai; mais 0 se justifia a aon retour. En 1806. Louis Bonaparte, devenu roi de Hollande, le nomma ministre de la guerre, puis l'envoya comme plénipotentiaire à Vienne en 1807, à Berlin en 1808, et l'année suivante à Madrid. Au commencement de 1811, Napoléon le fit général de division et se l'attacha comme aide de camp. Cest en cette qualité que Hogendorp fît la campagne de Ru&sie l'année suivante , et qu'il se trouvait au quartier général à Dresde, dans le mois de juin 1813, lorsque l'empereur le nomma gouverneur de Hambourg , où Davousl {toy. ce nomj commaadait en chef. « Soupçonneux et jaloux par car.c-

HOC

• tère, a dit le comU de Hogrndorp dans le M -

■ moire qu'il a publié, le maréchal me crut destiné « à le surveiller, le contrôler, et il montra de » l'éloigneraent a communiquer avec moi sur les « affaires- de finances. Quoique autorisé par mon « instruction à en prendre connaissance, je pris

■ le part» de ne pas m'en mêler, et en rendis « compte dans mes rapporte à l'empereur. « Malgré tant de prudence et de circonspection , le général Uogendorp ae put réussir à calmer les préventions et les mauvaises dispositions du ma» rechai , qui ne firent que s'accroître de jour en jonc. A la fin d'octobre, lorsque, après les désastres de Leipsick, il fut obligé de rentrer dans la ville , le gouverneur qui se trouva sous ses ordres immédiats essuya encore davantage sa mauvaise bumeur. « Ce fut à cette époque , dit encore celui- « ci dans son Mémoire , que je ressentis dans toute « sa force le malheur de me trouver sous ses or- « dus Ombrageux et défiant, il se méfiait de « moi connue Hollandais; impérieux et grossier, « il voulait me traiter sans égards, et même mal- « honnêtement ; changeant et versatile, il donnait

• des ordres à droite et à gauche, sans méthode, « tantôt à l'un, tantôt à l'autre, sans suite et sans

■ but , de sorte qu'il était impossible de faire le « service. Enfin ce fut pour l'expulsion des bou-

■ ches inutiles que je me brouillai tout à fait avec « lui. Je ne pouvais ni ne voulais approuver ses « mesures dures et arbitraires, ni en être l'instru- « ment. Je lui dis qu'en ce cas mes services n'é-

■ taienl plus nécessaires et que je me retirais « cher moi pour m'y tenir tranquille, jusqu'à ee « que les communications fussent rétablies, et

• qu'alors je me plaindrais à l'empereur de sa « conduite envers moi. C'est depuis ce jour, m 19 décembre, et même depuis le 13 , jour où

• le maréchal nomma l'adjudant Fernig com- « mandant supérieur de la ville, pour recevoir « ats ordres directement, qie mon autorité fut a annulée, que je ne fis plus aucun service, ni ne « pris aucune part aux mesures qui eurent lieu ; « et qu'ainsi rien de ce qui s'est passé ne peut « n'être imputé ou porté à charge.... » Malgré tant de précautions et de prudence, Hogeodorp fut accusé hautement en Allemagne, en Angleterre et même en Hollande, d'avoir pris beaucoup de part aux. vexations de Lu v ou si envers les malheureux Hambourgeois, et ces accusations retentirent dans tous les journaux. La Gmetu de Campagne, qui s'imprimait au quartier du général russe Teltenborn, dit positivement dans son numéro du 2 octobre : « Un des ealets de beur- « < eau de Ommoust, nommé Uogendorp , a pu- « bité , connue gouverneur de Hambourg, un « décret révoltant, dans lequel il donne aux ba- « bttaot* de sages conseils dans le cas d'une

■ attaque sur la villa. En voulant leur inspirer la

■ terreur, il a montré combien grande est In « sienne... Ce malheureux pousse l'impudence si « loi»,, que, lorsque plus de quatre femmes se

« trouveront ensemble , il vent les faire saisir et « fouetter. U est vrai qu'il était accoutumé à ce « que sa femme était fouettée (sic) de plusieurs ma- « nières jusqu'à ce qu'enfin elle est morte des « suites à Berlin , où lui-même, égalemeut fouetté « par les Cosaques pendant la fuite de Russie , a " dû l'abandonner en terreur. * On ne peut nier qu'il n'y eût dans ces attaques virulentes beaucoup d'injustice, d'exagération, et que le comte de Hogendorp n'ait été pendant tout ce malheureux siège de Hambourg victime plutôt qu'instrument des concussions et du despotisme de Davousl. Quand le maréchal fut informé, à la fin d'avril, de la chute du gouvernement impérial, il réunit chez lui tous les généraux de la garnison pour la leur faire connaître. Alors Hogendorp et le peUt nombre de militaires hollandais qui se trouvaient dans la place déclarèrent que , l'empire français étant dissous et la Hollande, qui en faisait partie, rétablie comme Etat indépendant, les Hollandais ne pouvaient reconnaître le roi de France comme leur souverain ; et il ajoute - « Le « maréchal se fâcha comme à son ordinaire et « prétendit que nous étions tous Français , qu'il « ne connaissait point de Hollandais, qu'il voulait « que nous prêtassions tous le serment au rot « Louis XVIII , menaçant de traiter ma conduite ■ de rébellion , de me faire arrêter et traduire " devant un conseil de guerre- » Ces mena et s ne purent faire changer de résolution au général Hogendorp, et il partit pour la Hollande dès les premiers jours de mai avec ses compagnons d'armes. C'est alors que ses ennemis, qui ne cessaient de le poursuivre , firent dire dans quelques journaux, notamment dans la Gaze tu tie Francfort, qu'U était allé cacher sa honte dans sa patrie. Ne pouvant plus garder le sHence sur cVaussi graves attaques, le comte de Hogendorp y répondit par son Mémoire pour servir de réfutation des bruits

des gazettes, journaux et pamphltts, pendant qu'il était gouverneur de Hambourg, lors du dernier blor eue de cette place. Amsterdam et la Haye, 181 l, in-8°. Toutes ces contrariétés ne firent rien perdre dans l'esprit du général Hogendorp de son admiration et de son dévouement pour Napoléon. Dès qu'il apprit son retour en France en 1813, H se bâta de venir le rejoindre. Après avoir été fort bien accueilli, il le suivit à Waterloo, et fit tous ses efforts pour empêcher cette secondé chute. , Quand elle fut irrévocablement décidée , Hogendorp ne retourna pas dans sa patrie. 11 se réfugia en Amérique, où il parcourut différentes contrées et finit par fonder un établissement agricole an Brésil, où il est mort vers 1830. Napoléon, qui l'avait toujours aimé et estimé, lui en a laisse un témoignage dans son testament; le général Hogendorp y est porté pour on legs de cent mille francs. On a de hn : I» Sgetème colonial de la France sous les rapports de la politique

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gique de tout les établissements coloniaux et de commerce des Européens dans les autres parties du monde. Paris, 1817, in-8°; 2° Renseignements sur l'état actuel des possessions hollandaises aux Indes orientales , et du commerce qui s'y fait. 3° Kraspoucol . ou Tableau des mœurs de l'Inde , drame en hollandais; 4° une tragédie en français, tirée de l'histoire des Pays-Bas. — Hocehdorp ( le comte J.-F. van), cousin des précédents, né à la Haye, ne se fit remarquer que vers la fin de l'année 1815, lorsque des mouvements se manifestèrent en Hollande pour le rétablissement de la maison d'Orange, et fut un des signataires de l'acte qui, au nom du prince Guillaume, investit le comte de Limhourg-Stirum du gouvernement de la Haye, où quelques troupes françaises se trouvaient encore sous les ordres du général Bouvier. Il seconda les mêmes mouvements à Rotterdam, dont il fut nommé bourgmestre ; et , après la constitution du royaume des Pays-Bas, il entra à la première chambre des états généraux. Le roi , pour le récompenser de son dévouement , le nomma membre de l'ordre équestre de Hollande et le fit commandeur du Lion néerlandais. Hogendorp mourut au commencement de 1832 dans un âge trèsavancé. Il a aussi écrit un ouvrage important sur la colonie de Java. M— »j.

nOGG (James), poe"te et romancier anglais, ami de Walter Scott , naquit au village d'Etlrick en Ecosse le 25 janvier 1772, et y mourut en 1833. Son père était berger, et lui-même si fler de l'être, qu'il ne voulut jamais prendre d'autre titre que celui de berger d'Ettrick. En 1803, étant encore inconnu, il publia un volume de chants et de légendes dont quelques-unes annonçaient beaucoup de talent. Cet ouvrage attira sur lui l'attention des hommes de lettres, qui cherchèrent à le connaître personnellement. C'est vers cette époque qu'il acquit l'amitié de Walter Scott. Lord Byron le rencontra aux lacs de Cumberland; il en reçut une lettre très-spirituelle , à laquelle il répondit par une satire contre les poètes des lacs. Il lui disait, entre autres choses, que les poètes des lacs n'avaient pas assez d'esprit pour pêcher dans leurs propres eaux. Le duc de Buccleugh mit Hogg à la tête d'une des fermes de ses vastes domaines; mais le désir d'arriver au mieux par des routes différentes de celles que suivent les ' autres hommes le fit échouer dans cette administration , et il tomba dans la gêne. Hogg était gai et communicatif dans la conversation. Un ami, qui n'avait pas les mêmes principes que lui en politique , lui disait un jour : « Je m'étonne que « vous, qui êtes sorti du peuple, vous n'appartc- « niez pas au peuple. — Je crois que je suis né « tory, » répondit-il. Parmi les ouvrages assez nombreux de Hogg, nous citerons: 1° La veillée de la reine ( Queen's Wake) , poème où se trouvent toutes les merveilles du genre romantique ; 2° The périls ofman (les périls de l'homme), 3 vol. in-12, traduits en français par M*»* (Dubergier), Paris,

1804 , 8 vol. ln-12; 3° The périls ofwoman. 3 vol. in- 12. traduits par le même sous le titre des Trois écueils de la femme. Paris, 1823, 4 vol. in-12; 4» Madone, poème en cinq chants; 3» Guide i» berger, 1 vol. in-8°; 6° Œuvres poétiques, 4 voL in-12. Une des plus charmantes compositions de notre auteur est intitulée le Miroir poétique. Dès son début dans la carrière littéraire, Hogg avait concouru à la rédaction de l'Espion , journal d'Edimbourg, et plus tard il fut attaché a celle du Rlackwood Magazine. F — le.

HOG CETTE (Pierre Fortim de la), né en 1382, était fils d'un président de l'élection de Falaise, anobli par Henri IV pour le dévouement qu'il avait montré à la cause royale pendant les troubles de la Ligue. Son père lui inspira des sentiments de piété, dont il ne s'écarta jamais dans le cours d'une vie longue et traversée de mille accidents. H embrassa la profession des armes, et servit comme volontaire en Hollande , et ensuite dans les guerres de Guyenne, où il se fit remarquer moins par sa valeur que par son humanité, son désintéressement et sa fidélité à ses devoirs. Il commandait la place de Blaye en 1636. Gaston de France Jugeant utile à ses projets de se rendre maître d'un point aussi important, dépêcha vers la Hoguette le comte de Gramont, qui était chargé de lui promettre de l'avancement s'il voulait entrer dans le parti des princes : mais le commandant rejeta cette proposition; et s'il n'eût été touche de la jeunesse du comte de Gramont , U l'aurait fait arrêter et punir suivant la rigueur des lois. La Hoguette n'avait de ressource que son traitement; il refusa cependant la gratification que les agents des fermes avaient accordée a ses prédécesseurs : « étant chose honteuse, dit-il, « qu'un officier du roi reçût une autre paye que « la sienne. » On lui oflrit, quelque temps après, le grade de lieutenant-colonel dans le régiment de Saint-Luc : mais l'affaiblissement de sa santé l'empêcha de l'accepter, cl il quitta le service avec la modique pension de capitaine. Le cardinal de Richelieu y ajouta une gratification annuelle sur les revenus des sels de Brouage ; et il se trouva bientôt, par ses économies, en état d'acheter une terre, où il alla fixer son domicile. 11 avait près de soixante ans lorsqu'il épousa (1640) la soeur de Hardouin de Péréûxe , depuis archevêque de Paris, dont la famille se composait de trois fils et de deux fiUes. Il fit entrer de bonne heure l'aîné dans un régiment des gardes, et confia l'éducation des deux autres a un précepteur, qui ne remplit pas son attente. Il se chargea alors luimême de les instruire ; « Et ainsi, dit-il, je de- « vins, en l'Age de soixante-neuf ans, le pédant « abécédaire de deux enfants dont le plus âgé « n'avait que dix ans et demi ». Sa tendresse pour ses fils l'engagea à composer pour eux un recueil des préceptes les plus propres à les diriger dans les différentes circonstances de la vie. Cet ouvrage, intitulé Testament, ou Conseils d'un père é

tes *nf,ints. parut en 1655, in-42, et reçut un accueil très-favorable. Les éditions s'en multiplièrent, tant en France qu'en Hollande, avec une rapidité extraordinaire. Ce recueil est divisé en trois parties, dans lesquelles l'auteur examine tour a tour les devoirs de l'homme envers Dieu, envers soi-même et envers ses semblables. C'est un excellent cours de morale pratique; et la lecture en est même très-agréable pour quiconque fait plus de cas du fond des choses que de la manière dont elles sont présentées. — Hardouin Fortin de la Hogcette, son second fils, né en 4643, embrassa, par ses conseils, l'état ecclésiastique , fut pourvu successivement des évêchés de St-Brieuc et de Poitiers, et désigné pour l'archevêché de Sens en 1685. Il ne reçut ses bulles de confirmation qu'en 1692, et tint, la même année, un synode dans lequel il publia les statuts de Henri de Gondrin, son prédécesseur, avec un supplément. Louis XIV voulut honorer ce prélat de l'ordre du St-Esprit; mais l'évêque s'en excusa sur son défaut de naissance : il céda cependant aux instances du roi , en acceptant la place que Bossu et laissait vacante, fut fait conseiller d'État , et mourut en 1715 âgé de 72 ans, emportant les regrets de son clergé et des pauvres, dont il avait été le père. Il donna de nouvelles éditions , supérieures aux précédentes, des livres à l'usage des églises de son diocèse de Sens. W— s.

HOilENHAUSEN ; Joseph-Su mi s , baron de), inspecteur des contributions indirectes du département de Fulda dans le royaume de Westphalie, mort le 31 mars 1822, à Hertford, a laissé plusieurs ouvrages ou brochures politiques publiées sous le voile de l'anonyme, entre autres : Coup d'oeil sur Ut intérêt» tant intérieurs qu'extérieurs du cabinet prussien et sur la situation politique actuelle de l'Europe, 1792, et des Remarques sur le soldai russe et sa manière de combattre. Il a donné aussi divers articles curieux et importants dans le Moniteur westphalien , par exemple : du Temple de Tan/ana, mentionné par TacUe, — de Wittekind et de son monument dans la ville d'Engern (ou Angra) ; il publia ce dernier à part avec des additions, sous le titre de Notice historique sur Wittekind, premier roi tfEngern (ou Angrie) et de Westphalie, suivie de la Description de son monument. Enfin on lit de lui dans Y Encyclopédie de KrùnUx un Traité du tissage de lin dans le comté de Ravensberg. — Sa femme, Elisabeth-Phil.-Am. Ochs, encore vivante, a pris rang parmi les poètes et les romanciers par de très-agréables productions, les unes éparses dans les feuilles périodiques et almanachs, les autres publiées à part. P— ot.

UOHENLOHE-WALBURG (le comte Godefroi), de Tune des familles princier* s de l'Allemagne les plus illustres, et dont la noblesse remonte au 9* siècle, descendait d'Éberhard, duc de Franconie, frère de l'empereur Conrad I" , et, comme lui, fils de Ghismonde, dont le père, Arnoul, aussi empereur d'Allemagne , était ûls naturel de Car-

loman, roi de Bavière, par conséquent petit-fils de Louis le Germanique, qui était lui-même p» litfils de Charlemagne. La maison de Ilohenlohe appartient donc, mais par descendance féminine, à la famille carlovingienne. Dans le partage du duché de Franconie, Craton, souche des comtes de Hohenlohe, eut le district situé sur le Tauber, l'Iaxt et le Rocher. Toujours fort attachés à la France, ces princes avaient combattu à la bataiUe de Bouvines sous les ordres de Philippe-Auguste, et c'est depuis cette époque que leur écusson est surmonté d'une oriflamme. Plus tard François I" écrivait à l'un d'eux : ■ Je porte la guerre en « Italie, et je vous prie, en raison des relations de « lignage et de grande amitié qui existent entre « nous, de m'envoyer trois mille hommes de pied. « Fasse le ciel que vous les meniez en personne. » Le premier des princes de Hohenlohe qui se soit fait un nom historique est Godefroi III, comte de Hohenlohe de Blaudrate, célèbre par la valeur qu'il déploya dans toutes les guerres d'Italie et d'Allemagne sous l'empereur Frédéric II, lequel lui fit don, en 1221, du comté de Romaniole et de la ville de Ravenne. Le comte Godefroi n'était pas seulement distingué par son courage, il acquit encore une grande célébrité par sa haute sagesse dans toutes les diètes et dans tous les conseils où il assista, et par l'éducation du prince impérial, depuis Conrad III, qui lui fut confiée par l'empereur. Il mourut en 1251, au commencement du fameux interrègne. Haurer a publié en 1748 la Vie de Gode/roi, comte de Hohenlohe, i vol. in-8°.— Eberhard IV, comte de Hohenlobe-Waldenbourg, tient une place dans l'histoire par le cruel événement qui termina sa vie. Né en 1535, il succéda à son père, le comte Georges de Hohenlohe-Waldenbourg, qui avait embrassé la religion luthérienne. Le 7 février 1570, à l'occasion du carnaval, on donnait un bal au château de Waldenbourg. Les dames étaient masquées en anges avec des ailes, des couronnes sur la tête et des bougies allumées dans les cheveux. Les hommes étaient en démons, couverts de fourrures doublées en étoupes et d'habillements légers très-étroitement cousus. La danse ayant commencé, les démons s'approchèrent si près des anges que le feu prit à leurs vêtements. Ils firent de vains efforts pour l'éteindre, et plusieurs périrent dans les flammes; d'autres furent gravement malades. Un comte de Tubingen mourut quinze jours après, et le comte Eberhard expira le 9 mars suivant dans d'horribles souffrances. C'était un excellent prince, plein de bonté, de douceur, et qui fut vivement regretté.— Georges-Frédéric II, comte de Hohenlohe, né à Waldenbourg le 16 juin 1595, mourut le 26 septembre 1635, à Francfort-sur-le-Mciu, d'où son corps fut transporté à Schillingsfursl au tombeau de ses ancêtres. 11 avait eu seize enfants de sa femme, comtesse de Solms, qui en prit le plus grand soin après sa mort, et les éleva parfaite-

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eussent été brûlés par les Croate dans une invasion. Les pertes causées à la maison de Hohenlohe par cet événement furent évaluées à un deoitmillion d'éras. M — » j.

HOllENUHlENErENSTELN (le comte WoirCAKO- Jules), né le 3 août 1622, quatrième fils du comte Craton VI, entra fort jeune dans la carrière des armes, ot prit beaucoup de part aux guerres qii troublèrent à celte époque lè repos de la France et de l'Allemagne. Il conduisit lui-même au prince de Condé une troupe qu'il commandait à la célèbre bataille du faubourg Satnt^Antoine le 2 juillet 1632. La paix ayant été faite après le renvoi du cardinal Mazarin, il fut créé maréchal de camp au service de France, et resta longtemps à la cour de Louis XIV. Mademoiselle de Montpensier eu parle dans ses Mémoires, où elle le désigne sous le nom de comte d'Holacb. Son attachement na prince de Condé l 'éloigna une seconde fois de ta cour. Il le suivit en Espagne à la téte du régiment d'Erlach, cavalerie, dont il avait été nommé colonel, et ne revint en France qu'après la paix des Pyrénées. Son régiment fut alors licencié, et le comte passa au service de l'empereur d'Allemagne. Il fit la guerre contre les Turcs , contribua beaucoup à la victoire de Saiat-Golhard, et fut promu au grade de feld-maréchal. U mourut sans postérité le 26 décembre 1698. M— o j.

HOIIENLOHE-BARTENSTEIN (le comte Chbetien de), né le 21 août 1627, entra de bonne heure , comme son cousin , dans la carrière des armes , et de même que lui vint servir en F ranre sous les ordres de Turonue; mais ce qui l'a rendu plus célèbre encore, c'est que ce fut lui qui, le premier de sa maison, revint au catholicisme, que ses ancêtres avaient abandonné. Ce fut au mois d'octobre 4667 que, de concert avec son frère Louis-Gustave, il se rendit à Ratisbonnc, puis a Maycnre pour y abjurer solennellement le luthéranisme. Il mourut le 13 juin 1673. — Son fils, le Comte Philippe-Char les-Gatpard , né le 28 septembre 1668, l'un des hommes d'État les plus distingués de son siècle, fut créé prince de l'empire et nommé grand juge de la chambre impériale «le Wetzlar, place toujours occupée par un prince. Il mourut en 1729. — Le petit-fils du prince Philippe (Lauis-Cfmrles-Françou-Léopo/d), prince de Ilohenlohe-Waldenbourg-ilartenstein, né à Siégen le 13 novembre 1731 , était le filleul de Louis XV; il entra de bonne heure au service d'Autriche et fit successivement la guerre contre les Turcs et contre les Prussiens. Très-attaché à la France, et prince possessionné en Alsace, il se montra fort opposé à la révolution , accueillit avec beaucoup d'empressement les émigrés dans ses Etats, et, au commencement de l'année 1792, malgré l'opposition de l'Autriche, de la Prusse et du cercle de Franconie dont il faisait partie, il reçut plusieurs de leurs corps armés, notamment la légion de Mirabeau , dans son pays et ses châteaux , où il pourvut à leur solde pendant plusieurs mais. Le

| mauvais vouloir de la cour de Berlin pour les princes français émigrés se manifesta assez clair. mena à cette époque par la lettre que le roi de Prusse écrivit lui-même au prince de Hohentohe le 8 mars 1792. C'est un monoment qui ne doit point échapper à l'histoire et que nous citerons en conséquence textuellement : « Monsieur mon « cousin, je ne saurais contester à aucun Etat de « l'empire Je droit de faire des alliances, de tenir « des troupes, d'en prendre à son service, de faire « des traités de subsides, pourvu néanmoins qu'il « n'en résulte aucun péril pour les Etais du cer- « de et ses voisins. Mais V. A. S. ne trouverj « peint invraisemblable le soupçon qu'on a sjue « la réception qu'elle a faite chez eHc à des Fra» « çai6 armés et soldés par elle n'a en lien <fo«-n . conséquence d'un traité fait avec eut. Cette ré- ■ ception de corps étrangers n'est dans \c fond « qu'un prétexte dont pourraient résulter les plus « grands inconvénients pour votre principauté, « votre cercle et l'empire. L'assemblée du cercle « a donc été autorisée à faire des représentations « dehorlatoires à V. A. S. ainsi qu'il ea a été sait « à l'électeur «le Trêves et a d'autres États de l'Em- « pire. Moi-même et feu S. M. l'empereur avions « cru nous compromettre en recevant chez nous « des corps d'émigrés armés, et ne leur avons ac- « œrdéqu'unepnreetshnplehospitaJite\Q«MMque i je sois bien éloigné de vouloir prescrire à V . A S. « des règles de conduite, il me semble cependant « qu'elle aurait très-bien fait de s'en tenir à c< , « mêmes principes et à ces mêmes mesures. Elle ne « se serait chargée alors d'aucune responsabilité • vis-à-vis du cercle, et elle aurait pu, an contraire, « compter sur son assistance... » l^es alarmes que dut inspirer un tel langage n'affaiblirent point le zèle du prince de Uobenlohe , et rien ne pat ralentir les mesures prises en vertu d'un traité qui, en effet, avait été signé avec Momieur, frère de Louis XVI, comme régent du royaume de France, dès le 3 février précédent. En conséquence de cette capitulation , le prince de Uohenlobe créa deux régiments qu'il mit au service des prince* français ; et ces deux corps , commandes par tes propres fils, donnèrent pendant toutes les guerres de la révolution (roy. l'article smv.j des preuves du plus grand dévouement à la cause de b maison de ftourbori. Le prince Louis-Charles de Hohenlehe mourut a Uenbach, le U juin 1799, des suites d'une chute de voiture. M — a j.

Il OH EN LOHE - WALDENBOUBG- tUHTEflSTRlN (le prince l m s-Alovs-Joachiw : , fils aîné du précédent, naquit le 18 août 1763, et succéda a son l'ère, qui lui avait résigné la régence. U entra au service de la maison palaune en 1784, et j fut colonel des chevau-légers de L. mange , mais, comme ses aïeux, plein de zèle pour la monarchie française, il prit, dès le commencement il. 175*2, le commandement de l'un des deux régiment* des chasseurs de Hohetiloke , que son père venait de lever dans sa principauté pour le service des

princes frères de Louis XVI. C'est à la tête de cette troupe qu'il se distingua par la plus brillante valeur. Ces régiments ont été plusieurs fois renouvelés dans ces campagnes meurtrières, et les deux maisons de Hohenlohe-Bartenstcin et Hohenlohc-Schillingsfurst ont longtemps fait les derniers sacrifices pour leur entretien. Dans les campagnes de 1792 et 1795, le prince Louis combattit toujours à Tarant-garde du prince de Condé , et il se fît surtout remarquer au passage des lignes de Weissembourg et à l'attaque du camp retranché de Bowdenthal , où ses régiments essayèrent une perte considérable. Soutenu dans cette occasion par le comte de Bétlrisy, qui commandait l'avant-garde , on rit le prince de Hohenlohe, chargeant lui-même à la tête de ses troupes, enlever cinq pièces de canon à l'ennemi , et par là décider le succès de h journée. A la fin de cette campagne, par suite de nouvelles combinaisons peu faciles à comprendre, les régiments de Hohenlohe furent réunis en un seul, lequel passa au service de Hollande. Employé d'abord1 à la défense de l'Ile de Bommel, le prince Louis repoussa les attaques de l'armée aux ordre» de Pichegrw, et tint ce général en échec sur la rive gauche de la Meuse; mais les fortes gelées ayant permis à celui-ci île passer sur la glace, le corps d< Hohenlohe, réduit à un très-petit nombre, fut enveloppe* de toutes parts. Décidé à ne point se rendre, son brave chef se fit jour à travers de nombreux bataillons, et il parvint à se replier en bon ordre derrière le Walial ; puis H exécuta , au milieu de plusieurs corps ennemis, cette retraite de quatorze lieues qui mérite d'être placée dans l'histoire à cdté des plus beaux faits d'armes. De quinze cents hommes dont son corps était composé il n'en resta que trois eents. Quelque temps après, le prince Louis reçut de àfonskwr, régent de France, une lettre datée de Vérone le 28 mai 1793, dans laquelle se trouvaH exprimé un voeu qui se réalisa vingt-deux ans plus tard, mai* qui ne devait pas avoir de longs résuhats. « Monsieur mon « cousin, écrivait le prince français, j'espère pou- « voir un jour vous témoigner ma reconnaissance « d'une manière plus efficace, et je désire surtout « que, lorsque le roi mon neveu sera sur le ** trône, un régiment de Hohenlohe à son service • soit pour ainsi dire un monument éternel de « l'attachement que vous avez si hautement ma- « nifesté pour la plus juste des causes, de la façon « dont vos braves sujet» l'ont servie, et de la re- « connaissance de tous les bons Français. » Ce fut peu de temps après que le prince Louis, ayant cédé le commandement de la légion à son frère le prince Charles, qui la reconduisit à l'armée de Condé, ou il fil encore plusieurs campagnes, passa lui-même au service de l'Empire, puis à celui d'Autriche, on il commanda , sous les ordres de Clairfayt, une nouvelle légion créée dans ses Etats. 11 fut ensuite colonel du régiment de Kerpen, et Ht sur le Rhin les campagnes de 1796,

1797 et 1798. En 1799, il fut promu au grade de général-major, et alla servir en Italie, où il mérita d'être fait lieutenant général. C'est en cette qualité qu'il eut, en 1807, le gouvernement des Deux- Galiicies; mais dans le même temps, ayant refusé de faire partie de la confédération du Rhin, créée ! par Napoléon, il perdit ses États, qui furent inr corporés dans ceux du nouveau royaume de Wurtessberg. Resté au service de l'Autriche, le prince Louis commanda une division dans les campagnes de 1813 et 1814. Il combattit à Leipsick, puis en Champagne , et fut bientôt témoin du rétablissement de la monarchie des Bourbons, qu'il avait désiré si longtemps. Il leur demanda alors pour prix de tant de sacrifices l'honneur de devenir Français, et de remplacer par le titre de sujet celui de souverain que son zèle pour leur cause lui avait fait perdre. Far une ordonnance du 9 juin 1813, le roi Louis XV 111 le nomma commandeur des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit; il lui donna le rang de lieutenant général dans son armée, avec le litre de pair de France, et il affecta à perpétuité à sa résidence et à celle de sa famille le château de Lunéville; puis, réalisant le vœu qu'il avait formé vingt-deux aos auparavant, il voulut que la légion étrangère alors au service de France prit le nom de Lé9wn ée Heàtnloke, dont il conféra au prince Louis le titre de colonel supérieur. Euûn il le créa maréchal de France, et c'est en cette qualité que le prince Louis de Hohenlohe fit, en 1823, la guerre d'Espagne, où il commandait le troisième corps de l'armée française. Il y donna des preuves d'une habileté et d'une bravoure dès longtemps éprouvées ; et il retourna ensuite habiter sa résidence de Lunéville, où l'on conserve encore le souvenir de ses bienfaits; car il fut pour cette ville ce qu'avait été pour Nancy le roi Stanislas. Sa libéralité envers les pauvres était telle qu'il ne laissa pas de quoi payer ses funérailles, et que le roi dut y pourvoir. Il mourut le 4 juin 4829, à Paris, on de grands honneurs funéraires lui furent rendus. Selon sa volonté exprimée dans son testament, son cœur fut transporté à Luoévilk, pour être déposé dans la tombe de son épouse, morte en 1828. Fort bon tacticien, ce prince a laissé des mémoires qui témoignent d'une connaissance approfondie de son art. Devenu grand maître de l'ordre du Phénix , qui appartient à sa maison, il en décora souvent des Français fidèles à la cause du royalisme, et le roi Louis XV III leur permit de porter cette décoration par une ordonnance spéciale. Le prince Louis de Hohenlohe a fait imprimer, pour être distribuées à ses amis, RéJUxkmj militaire*, Lunéville, 1818, in-4«\ M — o J.

HOHENLOHE-LÀNGEN BOtStiC-GE ItLNG HEN (le prince Frédéric-Louis de), général prussien, était de la même famille que les précédents, mais de la branche luthérienne. 11 naquit le 31 janvier 1 746, entra fort jeune dans la carrière des armes fi Ut a seize ans les dernières campagnes de la

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guerre de nanovre , dans une troupe du contingent que le cercle de Franconie envoya pour servir à l'armée d'Empire contre le roi de Prusse. Lorsque la paix fut conclue, il voyagea dans différentes contrées, et séjourna quelques mois à Paris. Étant ensuite allé à Berlin, il y fut remarqué par Frédéric II, et sa bonne mine, sa réputation de bravoure firent accepter par ce prince ses offres de service. Il fut nommé major dans le régiment de Tauenzien et se rendit à Breslaw, où ses habitudes de luxe et surtout sa passion pour les chevaux lui occasionnèrent des dépenses qui excédaient de beaucoup ses modiques revenus. Le roi, qui l'avait pris en affection et qui voulait le tirer d'embarras sans dépense, lui fit épouser une riche héritière, mademoiselle de Hoym. Mais ce mariage ne fut pas heureux. Le prince continua de se livrer à ses habitudes de dissipation, et ses affaires restèrent fort dérangées. Cependant il obtint de l'avancement. S'étant distingué dans la guerre de la succession de Bavière en sauvant l'artillerie prussienne dans une retraite où il formait l'ar- [ rière-garde , il fut nommé colonel , puis général major, gouverneur d'Anspach et Bareuth , de Breslaw, et enfin lieutenant général. Malgré de tels succès , ses embarras pécuniaires allèrent toujours croissant. Il continua de vivre fort mal I avec sa femme, et finit par divorcer en 1799. Dans cette position il désirait de nouvelles guerres : où il pùt rétablir ses affaires, et lorsqu'il vit cela- | ter la révolution française , il fit tous ses efforts j pour que le cabinet de Berlin entrât dans la coalition destinée à relever le trône de Louis XVI. Les frères de ce prince , ne pouvant lui offrir de l'argent, dont eux-mêmes manquaient, lui firent de grandes promesses à réaliser dans le cas de la contre-révolution qu'ils se proposaient d'opérer. Mais le prince de llohenlohe ne jouissait pas de beaucoup de crédit à la cour de Prusse ; il eut peu d'influence sur les décisions qui furent prises, et il est même probable qu'il ne fut pas initié dans tous les secrets. Il eut cependant le commandement de l'avani-garde du duc de Brunswick dans la fameuse expédition de Champagne en 1 792, où l'un de ses cousins, le prince de Hohenlohe-Kirchberg, commandait un corps d'armée autrichien à l'aile gauche. Forcé d'obéir au généralissime, il se retira comme lui sans avoir rien tenté de sérieux. Dans les campagnes du Rhin en 4793 et 1794, il eut quelques succès à Oppenheim, àWeissembourg et à Kaiserslautern. L'état de paix qui suivit ne lui offrant aucune chance de fortune, il ttc montra d'autant plus disposé à la guerre contre la France, que la confédération du Rhin, établie par Napoléon, le priva, en 1806, de ses États, qui passèrent sous la souveraineté du nouveau roi de Wurtemberg. Placé à la tête d'un corps prussien, le prince Frédéric combattit enfin les Français à la célèbre journée d'Iéna; mais toujours peu d'accord avec le généralissime duc de Brunswick, il manœuvra séparément de ce prince, et n'en fut

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point secouru. Avant de se rendre dans la vieille Prusse pour aller au-devant des Busses qui arrivaient à son secours, Frédéric-Guillaume nomma le prince de llohenlohe général en chef de toutes ses forces au delà de l'Oder; mais ne pouvant réunir les divers corps que le désastre du 14 octobre avait disperses, il arriva le 26, avec les débris de son armée, à Magdebourg. De là il voulut se diriger par la Marche-Ukraine et le pays de Mecklembourg dans la Poméranie, passer l'Oder vers l'embouchure de ce fleuve, et joindre son souverain en Prusse; mais battu par Murât à Zehdenik, le 26, et ayant vainement espère* que Blucher, chargé depuis le 14 du commandement du corps qui avait été sous les ordres du prince Eugène de Wurtemberg, viendrait le joindre à Lychen, comme il le lui avait mandé, il fut obligé de se rendre prisonnier, avec dix-sept mille hommes, par la capitulation de Prenzlau, près de Stettin, le 28 octobre. Ce funeste événement le plongea dans le plus profond chagrin; et voici comment il s'en excusa peu de jours après dans une lettre au roi de Prusse : « J'ai conduit une « armée manquant de pain, de munitions, de « fourrages, et qui avait à se frayer un passage « difficile dans un cercle où l'ennemi était par- ■' tout en mouvement. L'impossibilité de l'txécui tion ne tenait ni à mon zèle, ni à ma bonne « volonté, ni à la chose en elle-même, ni à Vin- « suffisance de mes dispositions. On doit me plain- « dre de l'étendue de mon malheur, et l'on ne « saurait me condamner. Je me réserve de déposer « aux pieds de Votre Majesté un rapport détaillé « de tous les événements qui ont eu lieu le 1 1. » Le prince de llohenlohe se rendit alors dans son château d'OEringhen, puis dans celui de Scblarenschitz en Silésie , et il y vécut dans une retraite absolue. C'est là qu'il est mort le 26 février Lh 17. — Son fils aîné, Frédéric-Auguste, lui succéda dans la principauté de Hohenlohe. M — v j.

HOHENLOUE (Alexandre, prince de), d'une famille princière d'Allemagne , qui prétend remonter par les femmes jusqu'à la race carloringienoe, naquit le 17 août 1793 à Kuppferzell dans la principauté dont il porte le nom , et qui est enclavée dans le Wurtemberg et la Bavière. Il était dit de Charles-Albert, prince héréditaire de llohenlohe, et de Judith, baronne de Rewitsky. 11 n'avait que dix-huit mois lorsque sa mère resta veuve arec plusieurs enfants. Le jeune Alexandre fut confié aux soins de l'abbé Morel, prêtre français, que les tourmentes révolutionnaires avaient chasse de son pays, qu'avait recueilli la famille de Hohenlohe, et qui est mort à un âge très-avancé supérieur du grand séminaire de Nantes. La princesse, femme d'une grande et vive piété, s'était app/i» uée de bonne heure à inculquer dans l'âme de enfant les sentiments qui l'animaient, et l'abbé Morel de son côté les y faisait germer avec non moins d'ardeur. Aussi le petit prince montra-t-il des ses plus jeunes ans une dévotion précoce , et

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une vocation que rien ne put détourner pour l'état ecclésiastique. En 1804 il quitta la maison paternelle pour aller à Vienne suivre son cours d'humanités, dans une maison des icvlts piet consacrée à l'éducation de la jeune noblesse. 11 s'y distingua par son travail et sa conduite , et alla ensuite continuer ses études au gymnase de Berne, où il compléta son éducation, qui ne manqua ni d'étendue ni de variété. Enfin, en 1811, il entra au séminaire de Vienne sous les auspices de son parent, le prince archevêque de cette ville, Sigismond, comte de Hohenlohe. Après avoir passé deux années dans cet établissement, il alla achever ses études théologiques au séminaire archiépiscopal de Tyrnau en Hongrie, les perfectionna ensuite en 1814 à l'université catholique d'EUwangen, et par dispense du souverain pontife il fut ordonné prêtre en 1813, n'étant âgé que de vingt-deux ans. Il exerça avec le plus grand zèle les fonctions du saint ministère à Stuttgard et à Munich , et se distingua par son courage dans une maladie épidémique qui éclata dans la première de ces villes. En 1817 il se rendit à Rome, mais le pape Pie VII avait été prévenu contre lui, et lui fit un accueil presque sévère. On l'avait accusé auprès du Saint-Père d'avoir administré les sacrements dans la langue allemande et d'avoir fait partie de la société biblique. Il n'eut pas de peine à se justifier de ces reproches, et partit dans les meilleurs termes avec les principaux membres du sacrécollége, emportant avec lui les bonnes grâces et les bénédictions du Saint-Père. Au mois de mai de la même année il rentrait à Munich parTriesle, après avoir fait le pèlerinage de Notre-Dame de Lorettc. Dans le mois de juin suivant il fut nommé conseiller ecclésiastique au vicariat de Bamberg, et en 1824 il reçut un brevet de chanoine au chapitre de Grandwaradin , en Hongrie. Malgré sa naissance, son rang et la puissance de ses relations, ce sont là les seules dignités ecclésiastiques qu'ait pu occuper le prince de Hohenlohe, dont la réputation et les œuvres devaient cependant s'étendre dans les diverses parties du monde. Sa figure douce, sa parole onctueuse et persuasive , son regard qui s'allumait d'une sorte d'exaltation inspirée lui valurent de grands succès dans la prédication. Sa foi ardente le poussait facilement à la recherche de la conversion des hérétiques et des incrédules, et parfois cet esprit de prosélytisme suscita contre lui des polémiques hostiles. Mais sa célébrité devait prendre un grand essor dans le monde catholique par une cir- : constance oui influa sur tout le reste de sa vie. H j était fort lié avec le curé de la petite ville de | Harfort , il lui faisait de fréquentes visites et il » rencontrait souvent le beau-frère de ce prêtre, j simple paysan nommé Martin-Michel. Cet homme avait dans la prière une foi sans limite, et il était convaincu que par elle il pouvait guérir les malades. Ses conversations firent une impression considérable sur l'esprit du prince, dont la foi

était au diapason de la sienne. Dans cette disposition d'esprit un incident personnel survint entre eux, dont le prince dans ses mémoires a fait le récit en ces termes : « Comme je m'étais chargé « de faire , le lendemain , un sermon sur la fête « de la purification de la sainte Vierge , et que je « me plaignais d'un mal de cou violent, disant « que ce mal pourrait bien m'empécher de prê- « cher, Martin-Michel me dit : Votre Altesse n'est i pas obligée de souffrir cette douleur. Surpris « de ces paroles, je lui répliquai : Comment « donc, mon cher Martin? — C'est que cela vous « empêcherait de remplir votre devoir; et dans un « cas de cette nature nous pouvons prier Dieu « avec une confiance filiale d'éloigner de nous « cette souffrance, pour nous mettre en état de « le servir avec plus de zèle et de suivre notre r vocation avec une sainte joie. Ce discours me « parut singulièrement extraordinaire, et j'y son- « geais encore quand le paysan me dit inopiné- « ment : Nous allons nous mettre en prières, afin « que le bon Dieu vous délivre de votre mal de « cou. » En effet les deux interlocuteurs se mirent à genoux . Martin pria et le prince affirme qu'immédiatement sa douleur disparut. Le prince frappé songea à expérimenter par lui-même cette puissante efficacité de la prière. Il en trouva bientôt une éclatante occasion sur la personne de la princesse de Schwarzenberg. Cette jeune personne était depuis sept ans affligée d'une maladie cruelle qui était regardée comme incurable, et voici comment , dans les mémoires que nous avons cités, le prince raconte sa guérison : « Lors- « qu'on se mit à table , des domestiques appor- « tèrent la jeune princesse Mathilde de Schwar- « zenberg, qui, par une paralysie, avait perdu « depuis huit ans la faculté de marcher ; on la « plaça près de moi. Touché de compassion pour « la jeune princesse, et me rappelant aussitôt « mon bon Martin-Michel , je me dis à moi-même : ■ Si cet homme a pu obtenir la guérison de mon r mal qui était si violent , il pourrait bien obtenir r aussi celle de cette enfant , si elle a une ferme « confiance au secours du Seigneur. Je me gardai * cependant de communiquer mes sentiments à r personne, connaissant trop bien le monde r pour m'exposer au ridicule. Après le dîner, je r fis une promenade dans les environs de la ville, r et ne pouvant me débarrasser de ma préoccur pation , je pensai que si la chose devait se faire, « Dieu disposerait tout de manière qu elle eût « lieu. C'était alors le 19 juin 1821. Le soir du « même jour, après avoir dit mon bréviaire, et je r puis le dire , me trouvant dans une disposition « fort pieuse , je passai toute la soirée en conr versation avec le curé de la ville et Martin-Mi- « chel, sans cependant faire le moins du monde « mention de la malade. Le 21 , en offrant le « saint sacrifice de la messe, je me sentis, après r la consécration, puissamment ému et pressé « de me rendre chez la princesse , pour lui dire

« quelle serait secourue par Jésus-Christ, si elle « avait une ferme confiance en ses divines pa- « roJes : E* vérité, en vérité, je rou» le dis, tout ce » que tout demanderez à mon Pire en mon nom , il « tons le donnera. Il me fut impossible il'.il-an- « donner cette pensée pendant le reste du saint . sacrifice. Rentré dans la sacristie, je fis un rev toer sur moi-même. Réfléchissant alors avec « calme , je tachai d'éloigner de mon esprit celte « idée, comme provenant d'une imagination « exaltée ; mes efforts furent inutiles : tout ce « que la sagesse du momie, toujours prête à « rejeter ce qui vient d'en haut, trouva à y objec- « ter ne servit à rien ; je me sentis encore plus « pressé d'aller rendre visite à la princesse, ac- « compagne de Martin-Michel. J'y allai donc, et

• faisant attendre ce dernier dans l'antichambre, « j'entrai seul dan» l'appartement de la bonne c princesse , que je trouvai couchée sur son Ht et « comme emmaillottée dans des appareils. Après » les salutations ordinaires de part et d'autre, je « lui dis sans autre préambule : Ma chère cou- « sine, Dieu peut vous aider par Jésus-Christ son

• Fils, par le très-saint nom duquel nous adres- « sons nos prières au l'ère tout-puissant. — Oui, ■ sans doute , me répondit-elle, c'est ce que je « crois. — Je continuai à lui dire : J'ai pris avec a moi un pieux paysan; Dieu a déjà secouru bien « des malades à sa prière. Si vous y consentez, « je vais l'appeler, afin qu'il prie poirr vous. — « De tout mon ceeur, répondit-elle, le fis alors « entrer Martin-Michel , et la conversation sui- « vante s'établit entre eux : — N'est-ce pas, Votre « Altesse , que Dieu est tout-puissant ? Voilà pour- « quoi il peut nous assister dans tous nés besoins : « car à Dieu rien n'est impossible ; U veut aussi « nous assister, parce qu'il est infiniment bon... « Dieu est vraiment notre Père : cette pensée ne « doit-elle pas animer notre espérance?... Nous « devons avoir une ferme confiance en Dieu par

t, puisque c'est lui

n qui a dit r Si rot*» demandez quelque chose à mon « Père, il vous le donnera. Cependant nos prières « doivent commencer et finir ainsi : ce que Dieu « veut, — comme Dieu veut, — parce que Dieu « veut- Après ces paroles, le bon villageois, « joignant les mains, se mit en prières. Il faut « l'avoir vu pour se faire une idée du recueil- « lemeut et de Fardrur avec lesquels il pria; « j'en appelle au témoignage de tous ceux qui « Vont vu dans cette attitude, et tous con- « viendront avec mai que son oraison s'élançait « d'un coeur embrasé de la foi la plus vive. « La prière achevée, jamais je ne saurais en dire ■ la raison , je sentis comme une puissance secrète « qui me commanda de crier à haute voix à lu « princesse : « Au nom de Jésus-Christ , levez -vous « et marchez ! » Je prononçai donc cette parole à « jamais mémorable pour moi ; et la princesse, « délivrée de ses liens , non-seulement put se sur ses pieds, ce qu'elle n'avait

« pas fait depuis huit ans, mais elle fut même « capable de marcher. Vous savex, mon Die», « quels furent alors les sentiments de mon cœur! « Je sentis couler mes larmes, et je ne pouvais o proférer d'autres paroles que celles-e» : ■ Mon « Dieu!... mon Dieu!... est-il possible? » Aussitôt « que le bruit de cet admirable événement fut « répandu , je are via entouré de malades; et , en « vérité , je ne saurais dire tout ce qui m'arrira « dans cette occasion. Aussi , je me tairai sur mie « foule de faits qui arrivèrent alors et dans h? « suite , parce que ce n'est pas à moi d'en juger : ■ je suis fils de l'Église, et je lui resterai toujours « fidèle. Que Rome en décide après ma mort , si « ma rie répond à ma foi. Mais il y a dans Pexis- « tenee «les moments et des heures «l'une samfe «i élévation , où l'âme est absorbée en Dieu. Et ter* « lurent pour moi les « , 22 et 23 juin de l'an « 1821. > Dès ce moment les malades secoururent auprès du nouveau thaumaturge, et la toi dans» puissance surnaturelle ne fit que s'accroître parmi les croyants. Non-seulement on se rendait auprès de lut , mais encore on lui écrivait de toutes les parties du monde pour recourir à son intercession. M priait de concert avec Michel-Martin, et il avait soin d'indiquer dans une formule imprimée le jour et l'heure de sa prière, afin que fr malade put s'unir avec lui. Il ordonnait que le saint nom de Jésus fût souvent invoqué , que le patient fit une retraite et une neuvaine, et reçût la communion après une confession générale. Il ne demandait que la foi en Jésus-Christ, la foi en son pouvoir de guérir les malades si c'était sa volonté. La foi était une condition indispensable. Son chapelain secrétaire était chargé de répondre aux personnes qui le consultaient. Le bruit de ses prodiges ne se confina point en Allemagne, if s'étendit en France, dans toute l'Europe catholique et jusqu'aux États-Unis. Plusieurs personnes de distinction s'adressèrent au prince de Ifohcn- Iohe, et les récits de ses guémons furent pubJîéj en grand nombre. Cet éclat suscita des controverses et des émotions de diverses natures. La cour de Rome s'en préoccupa, et te souverain pontife , en prescrivant au prince la retraite et b simplicité , lui adressa les paroles suivantes : « Nous l'exhortons à continuer ses gnérisons , en « évitant cependant toute espèce de bruit, afin « que les choses saintes ne deviennent pas un « objet de curiosité et de division. Après le rap- « port du vicaire général nous nommerons une « congrégation particulière, qui, après une re- « eberche exacte , décidera jusqu'à quel point fa ■ guérison porte le caractère de miracle. Au reste, « nous hff donnons notre bénédiction apostolique. » Cependant le concours des fidèles venait le chercher dans sa retraite; de 1822 à 1848 il ne cessa de se partager entre les travaux de son ministère sacerdotal et l'exercice de la prière, dans le but d'être utile à son prochain. Mais dans la dernière il ressentit les premières atteintes du nul

4fui devait l'enlever. Il al la chercher le repos et no peu plus d'obscurité à Innpruck, capitale du Tyrol, et là encore 1 ne put échapper au concours des croyants, et nn de ses biographes porte à dix-huit mille la foule des personnes de toutes lesclaases, et pins spécialement de la classe pauvre, qu'il dut recevoir dans cette dernière année de sa vie. Sentant les progrès mortels de la maladie dont il était affecté, il voulut aller finir ses jours à Grand waradin; nais ses forées te Irahireat; il tut obligé de s'arrêter au château de Voilant, appartenant à son neveu le comte de Friès, et y mourut d'une bydropisie de poitrine, à l'âge de 56 ans, k 14 novembre 1 849. Son corps fat transféré à coté de celui de sa mère , pour laquelle il avait toujours conservé on culte filial, ie prince de ilohenlohe, dans sa carrière souvent agitée par la controverse, a laissé plusieurs écrits dont voici les principaux : 1° le Chrétien priant dans l'esprit de l'Éfàke catholique ; 2° Sermm futur Ja semnine sainte. 181$; on Déftiuc nécessaire du prince de Uohenlohe contre le journal de Weùnar, sut tu jet de la convention du docteur Wettel. pro-

4° Sacerdos catholicus m oratione et contetnpiatione positm. Vienne, 1828; Besancon, 1828, in-32; S» Quel est l esprit du temps? ê" De la dignité et des devoirs d'un prêtre , sermon ; 7° Sermon pour célébrer le rétablissement de S. A. S. la femme du prince héréditaire de Bavière; 8° le Chrétien solitaire méditant sur la mort, k jugement, le ciel et {"enfer, 1821 ; 9° Prières décotes pour toutes sortes d épreuves; 10° Heures catholiques, livre de prières à l'usage des fidèles, traduction française, Paris, 4820 , souvent réimprimée; et sous ce titre : Méditations , prières et exercices pour tous tes jours de tannée, par H. Lowcngard, Paris, 1827, 2 vol. in- 1 2 , H ° Méditations sur les quatre fins dernières . ei litanies des principales vertus, avec un abrégé de ia vie de t autour et une notice sur ses principaux tntracles, par l'abbé B... , supérieur des missions de Nancy, Paris, 1827, uv8°; 12° le Missionnaire des familles chrétiennes, à l'usage dos missions

io-1 8 ; 13° Prière pour la France , l ! mie n ,

in-18; 14" M cm vire s et expériences dans la vie sacerdotale et dans ie commerce avec le monde, recueillis dans les années 1818 1834, Paris, 1835, ii i-K"; 15° Vie de Si-Roc h , suivie des litanies, de In messe et d'une antienne en son honneur, Toulouse, 1836, in-18, etc. Z.

UOULFELD, ingénieux mécanicien de Berlin. Noua avons dit, à l'article Emgmameu*, qu'en I7&7, ce moine inventa une mécanique au moyen de laquelle les pièces de musique exécutées sur un clavecin ou un forte-piano se trouvaient ksi- 1.1, ii i. nt notées sur du papier, lorsque l'exécution était Unie. Nous avons aussi parlé d'une semblable ition du conseiller Uoger et de M. Gattey ;

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Creed imagina le premier une semblable machine à Londres en 1747. L'invention de Unger, publiée à Kimbeck, remonte à l'an 1781. Enfin, en 1752, Hohlffld présenta à l'Académie de Berlin une mécanique pareille; et il paratt qu'il fut le premier qni sut passer de l'invention a l'exécution. C'était Euler qui lui en avait fourni l'idée. La description de cette machine prouve que celle du P. £ngramei!e était presque entièrement semblable. L'Académie de Berlin fit délivrer vingtcinq ècus à Hohlfeld à titre de récompense ; mais «Me regarda le procédé comme trop pénible, et 3'on n'en lit aucun usage. Depuis., la machine fut brûlée, en 1757, dans nn incendie. On doit encore à Hohlfeld l'invention d'an forte-piano à archet, qu'il présenta au roi de Prusse en 1754. Les cordes en étaient de boyau , et l'archet mu par une roue. Le mécanicien Smith a construit à Paris en 4816 nn instrument semblable, qui fut porté à une grande perfection. D. L.

HOJÉOA (1) (Alomso m), navigateur et aventurier espagnol , dont le nom figure avec distinction parmi les découvreurs do nouveau monde, né vers 1470 d'une famille noble dans la ville de Cuenca , avait pour cousin germain le père Alomo de Hojéda, dominicain . l'un des premiers inquisiteurs d'Espagne, très en faveur auprès des rois catholiques. Elevé dans la maison de don Louis de la Ccrda , duc de Medma-Ceri , le jeune Hojéda, s'y trouvait lorsque Christophe Colomb , obligé de fuir précipitamment le Portugal , fut accueilli par le grand seigneur espagnol qui lui donna pendant deux ans l'hospitalité, jusqu'au moment où l'illustre Génois eut conclu avec la reine Isabelle un traité pour la découverte des pays inconnus qu'on croyait faire partie de l'Inde. Ce fut pendant un voyage du duc de Medina-Crli à Se'vifl a que Hojéda, petit de taille, mais doué d'une force, d'une agilité et d'une audace incroyables , fit cet acte de témérité dont las Casas a cru devoir conserver le souvenir dans son Histoir* <gènérafe des ht des (2). Pendant que la reine considérait du haut de la tour de la cathédrale les personnes qui se

«nais nous pensions que la priorité appartenait nu 1». Engramelle : nous étions dans l'erreur.

qui saillissait à vingt pieds en dehors, et après l'avoir traversée en courant, comme s'il eét été sur un terrain solide , se retourna subitement ayant un pied en l'air, et regagna la tour avec autant de rapidité. L'intérêt qu'il avait su inspirer à Colomb et la faveur dont jouissait son cousin le dotninicaia contribuèrent sans doute à lui faire obtenir le commandement de l'une «les caravelles qui accompagnèrent l'amiral dans son second voyage (septembre 1493). En apercevant Plie de la Guadeloupe, on dut chercher un port auquel le.

|l) Navnm*te et 1k plupart de» «crt*»tn» espagnole moderrei octteent de monte que «ou» le nom du m et de cet artlcJa, qtl

est appelé Ojêda daoa la première adiUoo de la Oiofrapnê

IIH t V€Tt KM ■

« Cm**,**!, gm dt lot Indias, Ht. 1, cho, . 82.

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officiers mis à terre arec huit hommes pour reconnaître le pays , s'avança tellement dans l'intérieur qu'il ne tarda pas à s'égarer. L'amiral, plein d'inquiétude, donna à Hojéda une escorte de 40 Espagnols et le chargea d'aller à leur recherche , mais il ne rencontra ni Marquez ni ses compagnons, qui revinrent néanmoins quelques jours plus tard. A son retour Hojéda raconta qu'après avoir marché avec beaucoup de difficulté pendant plus de six lieues, en traversant vingtsix rivières ou ruisseaux, ayant souvent de l'eau jusqu'à la ceinture, ils avaient vu des plantes rares, des épices aromatiques et une grande variété d'oiseaux inconnus. Arrivé à l'Ile Espagnole (St-Domingue), Colomb y commença la construction de la ville Isabelle, et envoya dans l'intervalle, au commencement de janvier 1494, Hojéda avec cinq hommes pour explorer en particulier la province de Cibao , où on supposait qu'il y avait beaucoup d'or. Cheminant d'abord avec beaucoup de peine dans un pays prive de population et sur de hautes montagnes , il découvrit enfin la Vega Reed, cultivée dans toutes ses parties, coupée par une multitude de cours d'eau , dont la plupart se déchargeaient dans une grande rivière appelée Yuqui, et extrêmement peuplée, dont les caciques les traitèrent avec la plus grande bienveillance. Il reconnut ensuite le Cibao, traversa le Yuqui et retourna à Isabelle avec un peu d'or qu'il avait recueilli. Ces bonnes nouvelles, dont l'amiral s'empressa de faire part aux rois catholiques en donnant les plus grands éloges à la conduite de Hojéda , ranimèrent l'esprit des Espagnols , déjà décourages par les rudes travaux et par les tnllrmités dont ils étaient accablés. Une forteresse construite dans le Cibao, et appelée Santo-Tomas, fut placée sous le commandement du chevalier aragonais don Pedro Margarite, auquel Colomb laissa 52 hommes pour la défendre; mais serré de près par les indigènes qui obéissaient à Caonabo, le cacique le plus puissant de l'Ile, Margarite réclama instamment des secours. Hojéda lui fut envoyé à la téte de plus de 400 soldats; et Colomb marcha ensuite lui-même pour le secourir avec le reste de ses gens. Le bruit et les ravages de l'artillerie , la vue des chevaux et des chiens que l'amiral avait amenés avec lui effrayèrent tellement les naturels qu'ils s'enfuirent dans le plus grand désordre, et que Caonabo fut forcé de lever le siège de Santo-Tomas, qu'il tenait cernée depuis une trentaine de jours. Colomb, après cette victoire où il avait commandé en personne , considérant Caonabo comme son plus redoutable adversaire, confla à Hojéda la dangereuse et difficile missioD de s'en emparer adroitement. Celui-ci n'hésita pas un instant, et se rendit aussitôt auprès du cacique, apportant avec lui des fers pour les pieds et des menottes parfaitement ouvrés et brunis, en laiton brillant, métal dont les indigènes font le plus grand cas, qu'ils préfèrent à tout ce qu'on a apporté de Cas-

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tille et auquel ils attribuent entre autres vertus extraordinaires celle de parler , parce qu'ils avaient remarqué qu'au son de la cloche placée à Isabelle, les chrétiens se réunissaient pour leurs exercices religieux. Arrivé avec neuf hommes seulement à Maguana, résidence de Caonabo, éloignée de plus de soixante lieues d'Isabelle, Hojéda fut reçu très-cordialement lorsqu'il se présenta devant le cacique , auquel il dit, en mettant sous ses yeux les prétendus joyaux de laiton, que les souverains castillans s'en paraient avec de certaines cérémonies les jours de fêtes solennelles pour inspirer du respect à leurs sujets, et qu'il était chargé de lui en faire présent. Il lui proposa en même temps de se rendre à la rivière qui coulait à peu de distance, en lui disant qu'après s'être reposé et lavé il retournerait sur son cheval se présenter à ses vassaux ainsi que le faisaient les puissants souverains de l'Espagne. Caonabo, enchanté de la proposition et ne pouvant craindre aucun danger, puisque les indigènes qui l'accompagnaient étaient plus nombreux que les Espagnols, suivit l'astucieux aventurier, et lorsqu'il se fut lavé , il désira voir les présents qu'on lui destinait. Hojéda s'éloigna un peu des Indiens qui avaient suivi jusque-là le cacique; puis, remontant à cheval, plaça Caonabo en croupe, comme en se jouant lui mit les fers aux pieds et aux mains, et se dirigea à petit pas vers Isabelle jusqu'à ce que les Indiens l'eussent entièrement perdu de rue. Les Espagnols lièrent alors le cacique autour du corps de Hojéda, et prenant des sentiers peu fréquentés, se rendirent en toute hâte à Isabelle, où ce dernier remit son prisonnier à la disposition de Colomb. Cette capture suffit pour réduire et pacifier toute l'Ile, et l'opinion que conçut Caonabo du courage et de l'audace de Hojéda fut telle qu'il la manifesta hautement par un plus grand respect et une plus haute estime que pour l'amiral luimême, et ce dernier lui en ayant un jour demandé la cause , le fier cacique répondit qu'il ne s'humilierait jamais devant celui qui même pour faire réussir sa propre trahison n'avait pas osé se présenter en personne dans sa maison, et en avait chargé un autre officier plus vaillant et plus hardi que lui. Ce fut probablement en considération de ce service que les rois catholiques firent don à Hojéda de six lieues de terre dans l'Ue Espagnole à l'extrémité de la Maguana, dans l'intention qu'il pùt , avec les profits qu'il en retirerait, continuer ses découvertes, et se mieux soutenir dans la colonie qu'il devait fonder et gouverner à Coquibacoa pour s'opposer aux projets que le* Anglais manifestaient de s'établir sur ces rotes. Il parait que Hojéda se rendit alors en Espagne, et qu'il y resta jusqu'à la lin de 1498 ou au commencement de l'année suivante , puisqu'il se trouvait en Castille lorsqu'on y reçut les premières nouvelles de la découverte du Paria que venait de faire Colomb. Grâce à la faveur dont il jouissait auprès de l'évèque Juan Rodrigue* de Fonseca,

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chargé spécialement des affaires des Indes, Ilojéda put voir les mémoires et la carte que Colomb avait transmis à la cour. Il prépara en conséquence, pour continuer cette découverte, quatre navires avec lesquels il sortit du port de Ste-Marie, le 18 ou 20 mai 1499, ayant à son bord, ainsi qu'il le dit lui-même dans le procès intenté aux fils de l'amiral , où il parle de ses propres découvertes, « Juan de la Cota, pilote, et Améric * Vetpuce et d'autre* pilotes (1). » Après avoir touché aux Canaries, Ilojéda pénétra dans le nouveau continent aux environs de l'équatcur, suivit de vue près de deux cents lieues de la côte jusqu'au Paria , vit les embouchures des rivières Escquibo et Orenoque , trouva des traces du séjour de Colomb à la Trinité , passa par les bouches du Dragon , reconnut le golfe des Perles, l'Ile de la Marguerite , le cap Codéra, et suivit de port en port, en découvrant les lies de Curazao , toute la côte de Venezuela jusqu'au cap de la Vela, d'où il se rendit au port de Yaquimo dans l'Ile Espagnole (2). Son arrivée fit naître des soupçons sur ses projets futurs , mais il se disculpa et annonça que son unique but était de se procurer des vivres, et de prendre du repos après une aussi longue navigation. Il montra en même temps les dépêches royales qui lui avaient été délivrées, et offrit, aussitôt qu'on lui aurait fourni ce dont il avait un besoin indispensable, d'aller explorer le pays et de rendre compte au gouverneur de tout ce qu'il aurait remarqué. Au mois de février lîiOO il mit à la voile pour le golfe de Jaragua, et arrivé là, tenta de soulever contre Colomb les Espagnols établis dans le voisinage, tantôt en exagérant la rigueur de l'amiral, tantôt en le représentant comme ayant perdu la faveur que les rois catholiques lui avaient précédemment accordée. Il parvint ainsi à en séduire un grand nombre , chercha à réduire par la force , ou en semant entre eux la discorde , ceux qui voulurent lui résister, et entreprit en même temps de s'emparer de Roldan, qui commandait dans ces parages. Mais celui-ci , homme aussi astucieux que lui et plus puissant, informé de ses projets , se rendit à Jaragua et l'aurait fort malmené si Ilojéda , prévenu à temps, ne s'était retiré sur ses navires. Quoiqu'une réconciliation lui eût été proposée, il n'osa pas descendre à terre, et fit avec sa petite flotte dix à douze lieues le long des côtes jusqu'à la province de Cahay. Roldan, voyant que Ilojéda conservait toujours une attitude hostile, offrit d'aller à bord de La chaloupe qui lui serait envoyée afin d'arranger ensemble leurs différends , et lorsque ce bâtiment arriva , il s'en empara après avoir tué quclqucs-

(1) « Trujo contigo à Sua» de la Cota, piloto, é Amtrico Vespueh* i otrot piloto: » Cest la première notion qu'on ait que Vespuce ait navigué depuis «on arrivée en Espagne ; on ignore môme en quelle qualité il (ut embarqué dan» cette première expédition de Ilojéda; il cil certain qu'il ne l'accompagna pu dans »a ««coDde , qui eut lieu en 1602.

(2) Voye* la relation plu» étendue de cette exploration dans la Coltcciok à* lot vtaget y dtteubrimitntot, qmt ktetiron por mar lot Bspaîiotu dttdtfint* del tiglo xv, t. 3, p. 2-11.

ans de ceux qui le montaient et le conduisit à terre. Comme il ne lui restait plus qu'une autre barque, Ilojéda dut céder à la nécessité; il rendit les hommes qu'il avait pris, recouvra sa chaloupe et s'éloigna, suivant sa promesse; au milieu du mois de juin 1300 il aborda à Cadix. Bien que cette première expédition n'eût pas été aussi lucrative qu'on l'avait espéré, les dépenses considérables faites par Ilojéda et les services qu'il avait rendus lui firent obtenir, par l'appui de l'évêque Fonscca, des capitulations pour une nouvelle exploration, signées par les rois le 28 juillet de la même année et confirmées le 8 juin de l'année suivante i ' l Deux jours après (10 juin) on lui expédia un brevet de gouverneur de l'Ile de Coquibacoa, contenant les prérogatives les plus étendues. Il conclut un traité avec Jean de Vergara et Garcia de Ocampo pour aller faire ensemble des découvertes dans la mer Océanc , en vertu de la licence qui lui avait été accordée, et ensuite de laquelle Jean de Guevara fut au mois de septembre nommé par les monarques espagnols écrivain de l'expédition , chargé de tenir les comptes et de faire exécuter les capitulations. Ilojéda avait l'intention d'armer dix navires, mais ce ne fut néanmoins qu'avec les plus grandes difficultés, et par l'assistance de ses compagnons, qu'il put en réunir quatre, et eneore aprèsun retard considérable, en sorte que l'expédition ne sortit de Cadix qu'au mois de janvier 1302. Il se dirigea sur le golfe de Paria en passant par les Canaries et les lies du cap Vert, reconnut l'Ile de la Margarita, toute la côte vers Coro, Maracaybo, l'Ile deCurazao et Bahiahonda jusqu'aux environs du cap de la Vela, d'où il fit roule pour l'Ile Espagnole. Sur les rapports que lui firent Vergara et Ocampo , ses associés, Ilojéda appela devant ses souverains de la sentence rendue par le licencié Maldonado, alcade major de cette Ile, qui l'avait condamné à la perte de tous ses biens, et en particulier à la remise du produit des opérations commerciales faites tant par son neveu à la Margarita que par luimême à Curiana. Cette sentence fut révoquée par le conseil royal, qui, en absolvant complètement Ilojéda , ordonna, le 8 novembre 1503, la restitution de tout ce qu'on lui avait séquestré ; et comme il n'avait pas rempli toutes les formalités légales, il y fut suppléé par une lettre exécutoire du 5 février 1504. Nonobstant l'arrêt fait par le gouverneur de l'Ile Espagnole de l'or et de tout ce que Ilojéda et Pedro de la Cueva avaient rapporté de leur dernière expédition pour garantie des dettes contractées par eux à ce sujet, le roi défendit le 5 octobre suivant qu'il fût mis aucun obstacle à leur départ pour le nouveau voyage qu'ils préparaient avec d'autres armateurs, en ordonnant que tout ce qui leur avait été retenu serait déposé entre les mains des officiers de la chambre de commerce de Séville , afin que les dettes fussent plus tard acquittées par eux, après vérification préalable en présence des parties intéressées. On

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n'a sur ce troisième royale , qui ne paratt pas avoir été entrepris avant le commencement de l'année 1505, que peu de renseignements certains. Il est constant néanmoins que le 15 no- Tembre IBM on expédia, en faveur de Hojéda, une ordonnance de deux cent mille maravédis sur le trésorier Matienzo, pour pourvoir en partie à la dépense de l'armement d'un certain nombre de navires, avec lesquels il devait aller à la découverte, et visiter de nouveau les terres de Coquihacoa, les lies des Perles et le golfe de Urnba. Quoique le résultat de ce voyage ne soit pas connu, on sait que Ilojéda établit depuis sa résidence à l'Espagnole, que le 9 juin 1508 il fut nommé capitaine et gouverneur de ITîraba , que sa juridiction s'étendait depuis le cap de la Vela jusqu'à la moitié du golfe, et qu'il eut pour son lieutenant et alguazil major Juan de la Cosa. Ilojéda ne pouvant à cause de sa pauvreté préparer une expédition , Juan de la Cosa et d'autres amis lui frétèrent un navire et deux brigantins, qui entrèrent dans le port de Santo-Domingo avec deux cents hommes, et les approvisionnements nécessaires; et le bachelier Eneiso (eoy. ce nom), l'un de ceux qui étaient venus en aide à l'entreprise en fournissant un bâtiment chargé de provisions, resta à Santo-Domingo pour y suivre les affaires, en promettant d'amener bientôt de nouveaux renforts. Après avoir arrangé quelques différends survenus avec Nicuesa relativement aux limites de leurs gouvernements respectifs {!), Hojéda se rendit au port de Carthagène et se dispos i immédiatement à tomber à l'improriste sur une peuplade voisine appelée Calnmar, qui montrait des dispositions hostiles, et dont il avait l'intention de faire prisonniers les habitants pour les vendre ensuite comme esclaves. Ne tenant aucun compte des sages conseils de la Cosa, qui lui faisait observer que ces naturels étaient vaillants et se servaient de flèches empoisonnées, tandis que ceux d'Uraba paraissaient plus faciles à soumettre, Hojéda assaillit les Indiens de Calamar avant même de les menacer, les tailla en pièces et en fit prisonniers un grand nombre. Huit de ces Indiens ayant tué un Espagnol en se défendant valeureusement , Hojéda furieux fit mettre le feu à la case dans laipielle ils s'étaient réfugiés et où ils furent tous brûlés. Enorgueillis par les avantages qu'ils avaient facilement remportés sur res Indiens et sur ceux d'une antre localité voisine nommée Turban . les Espagnols s'éparpillèrent imprudemment dans le pays, où ils furent attaqués séparément et tués pour la plupart. La Cosa en réunit cependant quelquesuns, avec lesquels il se fortifia à l'entrée d'une barricade, où Hojéda se défendait aussi avec un

(1| Ix« (imite» du territoire concédé à ilojéda, qu'on appel* NouvtlU-Andiii wr, s'étendaient députa le can de la Vcla Jusqu'au milieu du gollc de Uraba, tandia nue Diego de Nicuesa orait l'autre moitié du gollc iuauu'uu cap Graciât à Dion «on

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fort petit nombre île soldats. Voyant plusieurs des siens tombés et la Cosa près de succomber. Hojéda, se confiant dans sa vigueur et sa légèreté, s'élance tout à coup au milieu des naturels, dont il traverse les rangs avec une telle vélocité qu'il semblait voler , se jette dans les montagnes et se dirige ensuite du côté de la mer où se trouvaient ses navires. Quant à la Cosa, il continua de se battre jusqu'à ce que , presque tous ses compagnons ayant été tués, il tomba lui-même inanimé ; avant de rendre le dernier soupir, il chargea le seul Espagnol qui restait encore se défendant courageusement, de dire à Hojéda que sa vie touchait à sa Hn (1). Des barques envoyées sur la cote à la recherche des compagnons de Ilojéda ne trouvèrent que celui-ci étendu sur la terre à demi mort de faim, ayant son épée à la main et sur se* épaules sa rondacbe portant la marque de trois cent> coups de flèches. A peine lui eurent-ils donné quelques aliments qu'il reprit ses esprits. Mais il ne pouvait se dissimuler qu'il avait tout à craindre de Nicuesa, qui voudrait profiter sans doute de sa détresse pour tirer vengeance des querelles qu'il lui avait suscitées à Santo-Domingo. Le contraire arriva cependant : à peine informé des malheurs éprouvés par son ancien rival, Nicuesa l'emrova chercher, l'embrassa cordialement et l'accueillit enfin de la manière la plus amicale en lui offrant de l'aider à retrouver la Cosa et à venger la perte de ses compagpons. L'effet ne tarda pas à suivre les promesses. Montés tous deux à cheval a la tête de quatre cents hommes partagés en deux divisions, les deux nouveaux amis surprirent Turbaeo, dont les habitants, qui croyaient avoir détruit tocs les Espagnols, furent en partie massacrés on brûlés dans leurs maisons s'ils y cherchaient un refuge. On assure que Nicuesa et les siens retirèrent du butin et du pillage environ 7,000 Castillans Le corps de la Cosa fut trouvé attaché à un arbre, hérissé de flèches, euflé et horriblement défigure par le poison. Hojéda et Nicuesa retournèrent ensuite au port en très-bonne intelligence; la ils se séparèrent, et le premier quitta le port de Carthagène avec ses navires jwur se rendre au golfe d'I'raba, terme de son voyage. Retenu par les vents contraires, il se répara dans une petite lie qu'il appela isla Fuerte, suivit les cotes l'espace de trente-cinq lieues, fil quelques prisonnier», recueillit un peu d'or, et entra eufiu dans le golfe, sans pouvoir découvrir la rivière de Darien. Apprenant que les naturels de celle contrée étaient belliqueux, il opéra un débarquement et y fit construire un village dont les maisons étaient couvertes en paille et qu'il nomma Sau-Scbastian, défendu par une forteresse en bois ; ce fut le second établissement formé par les Espagnols sur le continent du nouveau inonde ; le premier était Veragua , créé par Christophe Colomb. Voyant

(1) • Qué tl q*ed*ba al eesc <<r n rida. » Suivant tas Caui, sut les 100 hommes amené* par Hojédd , deux seul* »<• navre-' rent, taudii que suivaut d'autres écrivains il n'eu |*rit 70.

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que ses hommes étaient réduits à un petit nombre, Hojéda envoya un de ses navires à l'Ile Espagnole pour réclamer des renforts avec des armes et des munitions, et pour obtenir ces secours il fit passer des prisonniers et de l'or. En attendant, laissant une garnison dans sa citadelle, il alla reconnaître un cacique voisin appelé Tirufi qui avait, dit-on, beaucoup de vassaux et de richesses. Accueillis par unepluie de flèchesempoisonnées, les Espagnols, après avoir perdu plusieurs des leurs, furent contraints de chercher un refuge dans la citadelle de San-Sébastian, où les naturels les bloquèrent et les réduisirent bientôt à la plus grande détresse, mettant à mort tous ceux qui se hasardaient à sortir pour se procurer des vivres. Ceux que leur fournit Bernardino de Talavera, en échange d'une certaine quantité d'or et de quelques esclaves, ne suffisant pas, Hojéda, désespérant de voir arriver Enciso, ne savait comment calmer le mécontentement de ses compagnons, qui voulaient aller à l'Ile Espagnole. Us naturels continuaient toujours leurs attaques contre la forteresse , et comme ils connaissaient l'irritabilité et la témérité de son commandant, ils établirent une embuscade dans laquelle ils placèrent quatre de leurs plus habiles archers derrière des arbrisseaux, pendant que d'autres s'avancèrent en poussant de grands cris, et en iusultant et accablant de menaces les Espagnols. Ce qu'ils avaient prévu arriva : Hojéda furieux s'élança contre eux , mais il eut bientôt la cuisse traversée de part en part; c'était le premier sang qu'il eût perdu depuis si longtemps qu'il guerroyait et s'exposait à tous les dangers. Il put rentrer cependant dans la forteresse et ordonna qu'on mit sur sa blessure deux petites plaques de fer rouge , et le chirurgien ayant refusé d'employer ce moyen qu'il jugeait devoir amener sa mort, Hojéda insista en menaçant de le faire pendre s'il n'obéissait pas. Le pauvre chirurgien , > Il rayé de cette menace , se décida à appliquer les deux plaques de fer rougies au feu de chaque coté de la cuisse, en sorte que non-seulement la partie souffrante, mais presque tout le corps furent tellement brûlés qu'une pipe entière de vinaigre suffit à peine pour imbiber les draps de Ut dont on l'enveloppa à diverses reprises. Hojéda supporta une aussi cruelle opération avec une singulière et rare sérénité, sans permettre qu'on l'attachât, ni même que d'autres le maintinssent par les bias, et réussit à arrêter par ce moyen violent l'effet mortifère du poison (1). Les provisions récemment achetées commençant à s'épuiser, et la faim , la misère et les murmures augmentant de jour en jour, Hojéda se détermina à se rendre seul à Santo- Domingo sur le navire de Talavera, en laissant pour son lieutenant Francisco Pizarro (voy. ce nom), annonçant a ses cornet Noua laiiaon ■ tout» I* rrapooMbi !U« <k calta cura mervdl- ■eum, et qui paratl Incroyable, à l'évfque lu Casa», qui la rapport* du» ton UUl(HTê du Imité déjà cite», Uv. 2, ch. 69.

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pagnons qu'il ne tarderait pas à revenir avec des secours avant cinquante jours et leur ordonnant, dans le cas où il ne remplirait pas cette promesse , de le rejoindre dans ce port avec les brigantins. Hojéda et Talavera, ne pouvant atteindre l'Ile Espagnole, abandonnèrent leur navire à Jagua, port de IMIe de Cuba et se dirigèrent par terre sur Santo-Domingo. Quelques querelles étant survenues entre eux dans le trajet, Hojéda fut attaché avec des cordes, et on ne le déliait que lorsque des naturels se présentaient, parce qu'on avait une si haute opinion de sa bravoure que dans les moments de danger ses compagnons comptaient plus sur lui que sur eux-mêmes. Pendant les trente lieues qu'ils eurent à faire, ils traversèrent plusieurs bourbiers et des lagunes ayant de l'eau jusqu'au-dessus de la ceinture. La confiance et la dévotion de Hojéda flans une image de la Vierge peinte en Flandre, qu'il portait toujours sur lui et dont l'évêque Fonseca lui avait fait présent, lui faisaient supporter avec courage toutes les tribulations du voyage et les douleurs qu'il ressentait «le sa dernière blessure. Il fil vœu d'ériger une chapelle dans la première localité d'Indiens qu'il rencontrerait , et d'y placer cette image; vœu qu'il accomplit peu de jours après qu'il arriva chez un cacique qui l'accueillit nrec une extrême bienveillance et lui fournit des guides pour continuer sa route et même un canot sur lequel un certain Pedro Ordaz s'embarqua pour aller faire connaître l'état où ils se trouvaient a Juan Esquive I , lieutenant deColomb à la Jamaïque Cet officier, ancien ennemi de Hojéda , eut la générosité d'expédier immédiatement à son secours une caravelle commandée par Panfilo de Narvaez, qui prit à son bord Hojéda et tous ses compagnons. A leur arrivée, Esquivel reçut honorablement Hojéda , le logea dans sa maison et après quelques jours de repos le fit conduire à Santo-Domingo. Quant à Talavera et à ses acolytes, qui avaient plus d'un compte a rendre à la justice, ils jugèrent prudent «le rester à la Jamaïque. Arrivés plus tard en effet à Santo-Domingo, leurs craintes ne tardèrent pas à se réaliser, car ils j reçurent le juste châtiment de tous les crimes dont ils s'étaient rendus coupables, et furent pendus. Les rivaux de Hojéda, en apprenant qu'il avait abandonné ses compagnons à Uraba et était revenu avec Talavera, ne doutant pas qu'il ne fût son complice, écrivirent dans ce sens à la cour en le peignant sous les plus odieuses couleurs. Leur dénonciation fut accueillie et il parait que dans une protision royale du 5 octobre 151 1 on attribua à Hojéda les cruautés les plus atroces et les excès les plus horribles; il parait néanmoins qu'il se justifia, car non-seulement il ne fut donné aucune suite à cet acte, mais il ne fut même pas impliqué dans le procès faitàTalavera et à ses complices, et il continua après leur condamnation et leur supplice à résider à Santo-Domingo, où las Casas, d'ailleurs peu favorable à son compatriote, auquel il repro-

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che arec raison sa conduite à l'égard des naturels, annonce l'avoir ru. Ce fut dans celte ville que, le 8 février 13 13, Ilojéda fui appelé et entendu comme témoin dans le procès du (ils Je Christophe Colomb, J et qu'il termina dans la plus extrême misère son orageuse et turbulente existence, des suites de la blessure qu'il avait reçue à l'raba, vers la fin de 1513 ou dans les commencements de l'année suivante (1). D—z—s.

HOKANSON (Olof), orateur de l'ordre des paysans en Suède, et paysan lui-même de la province de Blekingie , naquit en 1093 dans le village de By, et reçut une éducation analogue à son état : il apprit seulement à lire et à écrire. Mais ses dispositions naturelles suppléèrent au défaut d'instruction ; et dès l'âge de vingtjans il était consulté par les habitants de son canton dans toutes les circonstances importantes. Ce fut en 1720, qu'il parut pour la première fois à la diète comme député de son ordre • il montra tant de sagesse et de patriotisme, qu'il gagna la confiance générale, et qu'il fut député à toutes les diètes qui s'assemblèrent depuis 1731 jusqu'en 17G9. Son talent pour la parole et la dignité de sa conduite le firent nommer huit fois orateur; et il eut part à toutes les délibérations publiques pendant un demi-siècle. Son influence se manifesta surtout en 1713 : l'ordre des paysans avait témoigné du mécontentement lorsqu'on eut nommé Adolphe-Frédéric pour succéder au trône , et il s'était formé contre ce prince un parti qui comptait sur l'appui des paysans. Ilokanson , qui avait mieux saisi les intérêts de son pays, et qui voulait maintenir l'union pour assurer la prospérité générale, parla en faveur d'Adolphe-Frédéric avec tant d'énergie et de fermeté , qu'il entraîna les suffrages, et prévint un schisme dans les ordres représentant la nation. Son grand âge ne l'empêcha point de se rendre à la diète importante de 1769, qui commença ses délibérations à Norkoeping, et qui les continua à Stockholm. Ilokanson y fut encore nommé orateur; mais il touchait au terme de sa carrière, et une mort subite l'enleva à Stockholm, le 18 novembre 1709. La plupart des députés des quatre ordres accompagnèrent son convoi funèbre , et son corps fut déposé dans le tombeau des comtes de Fersen. Ce respectable citoyen conserva toujours la simplicité de mœurs qu'il avait héritée de ses pères; et après avoir discuté dans les assemblées nationales les objets les plus importants, après avoir paru dans les cercles de la cour et des grands du royaume, il retournait dans son village pour reprendre les travaux rustiques, et partager les plaisirs simples et modestes d'une famille esti-

(II Nom «tous adopté l'opinion d'un Juge tré»-conipéient, 11. de Navarrettc, qui nous a surtout servi de guide, et qui s'appuie »ur le témoignage de Lai Casas , prérérablcment à ceux de ilerrera, de Pizarro et de Gomara, qui fixent la mort de Ilojéda i l'année IblO. Ce dernier prétend que, dans ses derniers jours, Ilojéda se fit moine de t-irançoU, et termina sa vie soui l'U-

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mable. Le roi Frédéric, faisant un voyage dans les provinces méridionales du royaume, se rendit chez Ilokanson , dîna sous le toit de ce laboureur, et s'entretint plusieurs heures arec lui. C — au.

HOLAGOU. Voyez HociAGOC.

HOLBACH (PAii.-Tn\Rv, baron d'), membre des Académies de St-Pétersbourg, de Manheim et de Berlin, naquit à Heidelsheim dans le Palatinat, vers le commencement de 1723. Élevé presque dès son enfance à Paris, il y passa la plus grande partie de sa vie ; et il y mourut le 21 janvier 1789, âgé de G6 ans. Fort jeune encore lorsqu'il perdit sa première femme , la cour de Rome lui permit d'en épouser la soeur, qui lui a survécu (1). Il a laissé deux fils (l'alné, conseiller au parlement , le plus jeune, capitaine de dragons), et deux filles, dont l'une a épousé le marquis de Châtenay, l'autre, le comte de Nolivos. Peu de jour» après la mort du baron «l'Holbach, Naigeon, qui avait vécu vingt-quatre ans dans l'intimité la plus étroite avec lui, fit insérer (le 9 février) dans le Journal de Paris une lettre sur l'ami qu'il venait de perdre. Suivant ce véritable panégyrique , l'homme qui en est l'objet offrait « la pratique ■ constance de toutes les vertus qui font le plus « d'honneur à la nature humaine... Il avait cultivé « toutes les sciences, et reculé les bornes de plu- « sieurs, telles que la philosophie, la politique, « la morale, etc.. Il a contribué, par ses traduc- « tions, aux progrès rapides de l'histoire natu-

« relie et de la chimie A une extrême jus-

« tesse d'esprit il joignait une simplicité de « mœurs tout à fait antique et patriarcale. ■ >'aigeon prétend que cYlait du baron d'Holbach que madame GeofTrin disait, avec ce bon sens original qui lui était propre : « Je n'ai jamais vu d'homme » plus simplement simple. » Hais Grimm assurt que c'était à M. de Malesherbes qu'elle appliquait ces expressions. Avant de consacrer un panégyrique a la mémoire de celui qu'il aimait, respectait et pleurait comme son père, Naigeon lui avait déjà payé, en 1778, un tribut d'admiration dans l'avertissement des œuvres de Sénèque , traduite* par Lagrange, précepteur des jeunes d'Holbach. C'est dans ces éloges fastueux , dictés par l'enthousiasme et plus encore peut-être par l'esprit de secte , que les dictionnaires ont copié les traits de bienfaisance et les bons mots qu'ils rapportent d'Holbach. Grimm lui-même s'est contenté de transcrire plusieurs passages de ces éloges {Correspondance, & partie, tome .V ; ; maison entrevoit qu'il ne les adopte pas dans toute leur exagération. En effet, d'Holbach aimait beaucoup les femmes et la table; il accueillait les nouvelles de gazettes et de cafés avec une crédulité puérile. Les mots que l'on rite de lui ne sont pas tons également heureux ; on peut en juger par quelques-uns des plus saillants : « Une grand»; aisance,

|1) CbvloUe-8u«iine d'Aine , morte le 18 juin 18U, 4 Np

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• disait-il, n'est qu'un instrument de plus pour « rendre le bien durable , pour l'embaumer. » Voici comment il s'exprimait à l'égard des ingrats : ■ Je me contente du rôle sec de bienfaiteur , « quand on m'y réduit : je ne cours pas après « mon argent ; mais un peu de reconnaissance « me fait plaisir, quand ce ne serait que pour « trouver les autres tels que je les désire. » Un homme célèbre (Turgot sans doute) n'ayant pu se plier à l'empire des circonstances dans un poste éminent , il lui parlait ainsi de son inflexible droiture : « Vous meniez très-bien votre charrette; « mais vous aviez oublié la petite botte de sain- « doux pour graisser les essieux. » La comtesse de Houdetot avait placé dans son jardin le buste de l'auteur de Télémaque, et se proposait de mettre au bas l'inscription suivante : Fuit, méchant. Fènèlon te voit. « Madame, lui dit très-ju- « dicieusement le baron d'Holbach , Fénélon ne « devait pas faire fuir le méchant; il devait le « ramener. » Quoique l'imagination de J.-J. Rousseau l'ait plusieurs fois égaré dans ses jugements, l'impartialité nous défend d'omettre son témoignage, surtout lorsqu'il articule des faits, l oin d'accorder à d'Holbach cette habituelle sérénité de l'âme vantée par ses partisans, il se plaint d'en avoir essuyé, sans aucun motif de sa part, les grossièretés les plus brutales. Il ajoute que Diderot, pour excuser les outrages dont le baron s'était rendu coupable en sa présence, se bornait à dire : « Il faut lui pardonner un ton qu'il prend « avec tout le monde, et dont ses amis ont plus a à souffrir que personne. » Si l'on peut former des doutes sur la douceur du caractère d'Holbach, sur les agréments de son commerce, on ne saurait contester ni l'étendue de sa mémoire, ni la variété de son érudition, puisque Jean-Jacques lui-même continue en ces termes : « C'était « un fils de parvenu, qui jouissait d'une assez « grande fortune dont il usait noblement , rece- « vant chez lui des gens de lettres, et, par son ■ savoir et ses connaissances, tenant bien sa place « au milieu d'eux. » (Confessions , liv. 8). La société du baron d'Holbach se composait en général des têtes que madame Geoflrin trouvait trop hardies pour être admises à ses dîners et pour vivre sous sa discipline : le circonspect d'Alembert s'en tint éloigné; Buffon s'en retira par une noble réserve; l'ardent et sensible J.-J. Rousseau rompit ouvertement. Marmontel atteste toutefois que jamais, au moins devant lui, Dieu, la vertu, les sainte* lois de la morale n'y furent soumis au débat des opinions (Mémoires, liv. 7). Ce qui parait certain , c'est que les convives y firent une excellente chère, tous les dimanches, pendant l'espace d'environ quarante ans. Le joyeux abbé | Galiani, écrivant de Naples (7 avril 1770) au Mécène de la société, lui adresse cette question : « La « philosophie , dont vous êtes le premier maître m d'hôtel , mange-t-elle toujours d'un aussi bon « appétit? » Une note de la Correspondance de

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I Cri mm nous apprend que le premier mnttre d'hôtel perdit un peu de sa faveur lorsque l'établissement de ses enfants l'eut forcé de restreindre la dépense de son cuisinier. D'Holbach n'ayant pas avoué publiquement la plupart de ses productions, nous avons cm devoir en chercher la liste dans le Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes. La voici, d'après l'ordre chronologique : 1° Arrêt rendu à famphithéâtre contre la musique française, 175*2, in-8°; 2° Lettre à une dame d'un certain âge sur l'état présent de Vopéra, 1752, in-12 ; 3" Chimie métallurgique, dans laquelle on trouvera la théorie et la pratique de cet art, traduite de l'allemand de Gellert, Paris, 1738, 2 vol. in-12; 4° Minéralogie , ou Description générale des substances du règne minéral, traduite de l'allemand de Wallerius, Paris, 1739 , 2 vol. in-12; 5« l'Antiquité dévoilée, refaite sur le manuscrit original, 1766, in-4° et 3 vol. in-12 (voy. Boulanger); le Christianisme dévoilé, ou Examen des principes et des effets de la religion chrétienne, Londres (Nancy), le Clerc, 1767, in-12. Cet ouvrage, mis au jour sous le nom emprunté de Boulanger, est attribuée à d'Holbach par M. Barbier; mais Laharpe dit positivement qu'il fut rédigé par Damilaville, soit d'après les conversations, soit sous la dictée de Diderot (Cours de littérature, t. 16; voy. aussi les articles Boulanger et Damilaville). 6° La Contagion sacrée, ou Histoire naturelle de la superstition, Londres, 1767, in-12. D'Holbach, auteur de cet ouvrage, annonce, dans l'avertissement, l'avoir traduit de l'anglais de Jean Trenchard et de Thomas Gordon. Dans ce livre , condamné le 8 août 1770, par arrêt du parlement, il s'attache à montrer la révélation comme un instrument fatal , dont l'ambition s'est servie pour opprimer la terre. La Contagion sacrée a été réimprimée en l'an 5 (1797), Paris, in-8», et forme le premier volume d'une Bibliothèque philosophique, dont il n'a paru que le premier volume. 7» Esprit du clergé, ou le Christianisme primitif vengé des entreprises et des excès de nos prêtres modernes, traduit de l'anglais de J. Trenchard et de Thomas Gordon (refait en partie par d'Holbach), Londres, 1767, 2 vol. in-12; 8° de rimposture sacerdotale , ou Recueil de pièces sur le clergé, traduit de l'anglais, Londres, 1767, in-12; 9° David, ou V Histoire de l'homme selon le cœur de Dieu, traduit de l'anglais, 1768, in-12; 10° Dernier chapitre du militaire philosophe , ou Difficultés sur la religion, proposées au P. Malebranche, 1768, in-12; 11° Examen critique des prophéties qui servent de fondement à la religion chrétienne, traduit de l'anglais de Collins, Londres, 1768, in-12; 12° Histoire ancienne de la Russie, par Lomonossow, traduite en français par Eidous, sur la version allemande d'Holbach, 1768, in-8°; livre précieux par le jour qu'il répand sur des périodes très-obscures; 13* Lettres à Eugénie, ou Préservatif contre les préjugés, Londres (Amsterdam), 1768 , 2 vol. in-8». Ces lettres, faussement attri-

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buées à Fréret, sont d'une impiété mise à la ■ portée de la plupart des lecteurs. Barbier dit que ■ Naigeon en a fait l'avertissement et les notes. 14° Lttlres philosophiques sur l'origine des préjugés, du dogme de l'immortalité de l'âme , de l'idolâtrie, traduites de l'anglais (de Toland), arec des notes de Naigeon, Londres, 1768, in-12; 15° les Platsirs de l'imagination , poème en trois chants , par Akenside, traduit de l'anglais, Amsterdam et Paris, 1759, in-12. Ce poème, trop vanté, est sans liaison dans ses parties; la traduction et les notes qui l'accompagnent sont d'une égale médiocrité. 10° Les Prêtres démasqués, OU les Intrigues du clergé chrétien, traduit de l'anglais, et refait en grande partie, Londres (Amsterdam), 17G8, in-8°; 17° Théologie portative, ou Dictionnaire abrégé de la religion chrétienne, publié sous le nom de l'abbé lkrnier, Londres (Amsterdam), 1768, in-8°; Rome, 1775, in-8°; autre édition avec des augmentations (par un anonyme), 1776, 2 parties in-12; 18° Delà cruauté religi.ue, traduit de l'anglais, Londres, 1769, in-8- ; 19" L'eufer détruit, ou Examen raisonné d't dog >e de l'éternité des peines, traduit de l'anglais, Londres, 1769, in-12; 20* l'Intolérance convaincue de cri/tu et dt folie, traduit de l'anglais, Londres, 1769 (voy. Crellius); 21° L'Esprit du judaïsme, OU Exam n raisonné de la loi de Hoïte, et de sou influence sur la religion chrétienne , traduit de l'auglais de Collins, 1770, in-12; 22° Essai sur les préjugés, ou de l 'influence des opinions sur les mœurs et str L buiiheur des hommes, par M. du M***; Londres (Amsterdam), 1770, in-S°; nouvelle édition , Paris, 1622, in-18. Cet essai, dont Barbier attribue les notes à Naigeon , fut compris en 1797, avec d'autres opuscules irréligieux, dans les œuvres de Dumarsais publiées par MM. I)*** et M*** (Duchosal et Millon), qui reprochèrent à Laharpe d'avuir affirmé le 13 mai, dans le journal intitulé la Quotidienne , que ce célèbre grammairien n'avait pas vomi de pareils blasphèmes (roy. Duiuksais). 23° Examen critique de la rie et des ouvrages de St-J'aul , Londres, 1770, in-12 (roy. Bou- L*J!«M); 24° Histoire critique de Jésus-Christ, ou Analyse raisonné* des évangiles, sans date (vers 1770) (Amsterdam), petit in-8° avec l'épigraphe Etre komo; 25° Hecueil philosophique, ou Mélange de pièces sur la religion et la morale, par différents auteurs (publié par Naigeon), Londres, 1 770, 2 vol. in-12. D'Holbach a fourni, dans le 1" volume, des Réflexions sur les craintes de la mort; et, dans le second, les quatre articles suivants : 1. Problème important ; La religion est-elle nécessaire à la morale et utile à la politique? par Mirabain 1 ; 2. Dissertation sur l'immortalité de l'âme, Ira. duite de l'anglais (de Hume); 3. Dissertation sur le suicide. Iraduite du même; 4. Extrait d'un livre anglais de Tiudal , intitulé Le Christianisme aussi ancien que le monde. 26° Système de ta nature, ou Des lois du monde physique et moral, par M. Mirabaud , secrétaire perpétuel et l'un des qnarante de l'Académie française, Londres (Amsterdam), 1770, I

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2 vol. in-8» (1). L'A ris de f éditeur est de Naigeon ; quelques exemplaires ont un Discours prélimùnnrr de l'auteur, imprimé réellement à Londres, par les soins du même Naigeon , six mois après la publication de l'ouvrage. « Puisque les philosophes « eux-mêmes n'ont pas cru devoir rendre authenti- « quement cet infâme livre à son auteur, je me « crois, dit Laharpe.obligéàla même retenue, par « respect pour sa famille, que j'honore. .. » (Cours de littérature, t. 16.) Grimm s'en explique, au contraire, sans détour, de la manière suivante ( Correspondance , août 1789) : • Il n'y a plus d'indiscré- « tion à dire que M. d'Holbach est l'auteur du livre « qui fit tant de bruit en Europe, du fameux Sys-

* terne de la nature. Tout l'éclat doot jouit cet oi> « vrage ne put séduire un instant son snaour- « propre; et s'il eut longtemps le bonheur d'être à « l'abri même du soupçon , sa modestie \e s*-rrit « encore mieux à cet égard que toute la prudence « de ses amis... Il s'était fait l'apôtre de ce système « avec une pureté d'intention, avec uneabnega- « tion de soi-même qui eût honoré, aux jeux de « la foi , les apôtres de la plus sainte de toutes les « religions Il règne en général dans ce livre,

■ dit encore Grimm, un ton d'enthousiasme, de

■ philosophie et d'éloquence assez imposant : il « y a des pages entières , et il y en a un grand « nombre, où l'on reconnaît aisément la plume

■ d'un écrivain supérieur; et cela est fort simple, « car ces pages sont de Diderot. ■ Cependant Voltaire crut devoir s'élever hautement contre le Systems de la nature. Il y combattit non-seulement des maximes exécrables en morale, d'autres, absurdes en physique (édition in-8* de Beaumarchais, Dict. philos., art. Dieu); mais il fit la critique de la diction , et trouva « dans ce livre confus quatre

• fois trop de paroles » [Dict. philos. . art. Style). A la vérité, il s'excuse auprès de Grimm d'avoir osé prendre tant de liberté. « il a fallu faire ce que j'ai « fait, lui écrit-il (1" novembre 1770); et si l'on « pesait bien mes expressions, on verrait qu'elles « ne doivent déplaire à personne. » A cela Grimai objecte sans pudeur que • le patriarche ne veut « pas se départir de son remuMératemr-venyeur...', « qu'il raisonne là-dessus comme un enfant, mais « comme un joli enfant qu'il est. » Frédéric, m milieu de ses trophées , ne vit pas sans alarmes k danger qui menaçait les sociétés. Il voulut les défendre contre l'invasion de principes audacieux, dont il avait jusque-là favorisé le développement avee une complaisance peu digne de son génie. B réfuta le Système de la nature; et depuis lors les écarts de la nouvelle philosophie n'excitèrent que

jl| Le SwsHmt Os te ulin a en deu* édIUoo. en 1770- B a été réimprimé en 177 1, 1774, 177& «t 1777. Dam une neavetti «.-.I m un , Londrea, 1780, a vol. in-8", on trouve i 1* h 4t » cond volante le réquisitoire da M. Bégnier enntre ditfermtaoavragci philosophique», et la répoaaa Je l'auteur du Sytumt U la imImm au réquiaiteirc. No i citeront encore une editi^a dt Syttemt rir te Paria, an S tlTSt), S vol. m-18 . aM

autre, pabiiéa par de Uoquefort, avec lea note» et correct: --a de Diderot, Paris, 1820, 182L 2 vot. In-S»; une autre enfla ev* te* cote, de Diderot , Part* , 1623 , 4 voL in- : â .

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ses drains, comme le prouvent ses fFuvres posthumes (voy. l'art. Hei.véth's). On ne lira pas sans intérêt quels sinistres pressentiments de nos calamités semblèrent, en 1770, dicter a l'avocat général Séguier son réquisitoire contre ce Unie des athées. « L'impiété , disait-il , ne borne « pas ses projets d'innoration a dominer sur les

• esprits, et à arracher de nos cœurs tout senti- « ment de la Divinité. Son génie inquiet, enlre- « prenant et ennemi de toute dépendance, aspire « a bouleverser toutes les constitutions politiques. « Ses vœux ne seront remplis que lorsqu'elle « aura détruit celte Inégalité nécessaire de rang « et de condition ; lorsqu'elle aura avili la majesté

• des rois, rendu leur autorité précaire et subor- « donnée aux caprices d'une foule aveugle, et « lorsqu'enfln , à la faveur de ces étranges cban-

■ gements, elle aura précipité le monde entier

■ dans l'anarchie et dans tous les maux qui en

■ seront inséparables. Peut-être même , dans le « trouble et la confusion ou ils auront jeté les « nations, ces prétendus philosophes se propo- « sent-ils de s'élever au-dessus du vulgaire, et de m dire aux peuples que ceux qui ont su l'éclairer « sont seuls en état de le gouverner. » Jamais personne n'a professé l'athéisme avec autant d'appareil et d'inconséquence que l'auteur du Système de ta nature. Il invoque l'expérience, et il la contredit sans cesse; il consulte la raison, et il ferme l'oreille à sa voix : avec plus de fiel que de talent, plus d'arrogance que de profondeur, il* dément les principes solennels de la plus saine philosophie; il érige en faits 1rs suppositions les plus hasardées, en axiomes les assertions les plus monstrueuses. L'erreur et la vérité, le vice et la vertu se heurtent sous sa plume ; il n'offre , dans une diction inégale, mais le plus souvent pesante et diffuse, que des contradictions et des déclamations répétées jusqu'au dégoût. On sent bien que, suivant lui, tout ni matière, tout est l'effet d'une aveugle nécessité. A la place de Dieu, qu'il affirme avoir été inventé par les théologiens, il met la nature qu'il regarde comme l'assemblage de tous les êtres et de leurs différents mouvements. Cet ouvrage a été réfuté victorieusement et avec le plus grand détail par Bergier , dans son Examen du matérialisme , 1771, 2 vol. in- 1 i. U l'a aussi été par Duvoisin, Holland, Kochefort, etc. (1). 27» Tableau des saints, ou Examen de t esprit et des personnages qme le christianisme impose pour modèles. Londres (Amsterdam), 1770, 2 vol. in-12 ; 28° lie la ><>■» » humaine, ou ^position dts facultés , des actions et des passions de l'dme, et de leurs causes, traduite de l'anglais, de Hobbes,

(I | Ce fat en partie pour combattre le Sytième rft In natvrt que le fameui •piritaaUste Balnt-Martln écrivit MU mmlcf barrage le ll»re de» Erreurs et 4* la Vérité, 1776, on ml In S1, l'on ne doit pa» rontonJre arec ce titre la Suite des Rrreuri tl n, la Vttité, qui, loin d'être mfme anteur ou de son ëco'e, cet sorti* an contraire de l'école d'Holbach., de cet at lier du matériel -me, dont le Pkitoiopht (a connu .vait > a'.:i.)U. r ToauTru iuij-le. O— ci.

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1772, ln-12; 20° Le bon sens, ou Idées naturelles opposées aux idées surnaturelles , Londres, 1772, in-12. souvent réimprimé. C'est un abrégé du Système de la nature, dépouillé d'idées abstraites, et dont le style clair, facile et précis, est pioportionné à l'intelligence de l'esprit le moins cultivé. 30° La politique naturelle . ou Discours sur les trais principes du gouvernement, par un ancien magistrat, Amsterdam, 1773, 1774, 2 vol. in-8,>; 51* Système social, ou Principes naturels de la morale et de la politique, avec un examen de l'influence du gouvernement sur les mœurs. Londres (Amsterdam),«1773, 1774, 2 vol. in-8° et3vol. in-12, Paris, 1793, 2 vol. in-8- ; Paris, 1 822, 2 vol . in-1 8 ; 32» L'agriculture réduite à ses vrais principes, par J.-G. Wallerius, traduit en français sur la version latine; on y a joint un grand nombre de notes tirées de la version allemande, Paris, 1774, in-12; an 2, in-8" ; 33° L'Èthocratie, ou Le gourvernement fondé sur la morale, Amsterdam, 1776, in-R°; 34° La morale universelle , ou Les devoirs de l'homme fondés sur la nature, Amsterdam, 1770, in-4°, ou 3 vol. in-8". Dans cet ouvrage, qui a plusieurs fois obtenu les honneurs de la réimpression (!}, dans l'Essai sur les préjugés , dans la Politique naturelle, le Système social, Yhhocratie, etc. , l'auteur veut procurer aux empires, par le moyen des lois et des lumières , toute la durée et tout le bonheur dont ils sont susceptibles, sans recourir à l'appui d'aucun culte : chimère déplorable qui prouve mieux son ignorance du cœur humaiu que son amour de l'humanité. Ce sont toujours les mêmes emportements, les mêmes lieux communs, presque les mêmes phrases, contre toutes les institutions existantes. Hobbes et Spinosa , plus clairvoyants, ou, si l'on veut, plus sincères que nos sophistes, reconnaissent que la morale de l'athéisme n'a pas d'autres règles que la force et la cupidité. Outre les nombreuses productions dont nous venons de parler, d'Holbach a publié : 35° L'Ari de la verrerie de Xéri, Merret et Kunckel, 1732, in-4"; 36° Introduction à la minéralogie, 1736, 2 vol. in-12; 37° Essai dune histoire naturelle des couches de la terre, traduit de Lehmann,1739, in-12; 38" IMrt desmines, traduit du même, 1739, in-12; 39° Traités du physique, traduits du même, 1739 , 3 vol. in-12. (On y trouve les deux ouvrages précédents.) 10° OEuvres métallurgiques, traduites d'Orschall, 1760, in-12; 41° OEuvres de Henckel , traduites de l'allemand (en société avec Charas, et revues par Rouxj, 1760, 2 vol. in-4° (eoy. Henceei ); 42» Recueil des m cru oires de chimie et d'histoire naturelle des Académies d'Upsat et de Stockholm, traduit de l'allemand, etc. (avec Roux), 1764, 2 vol. iu-12. M. Ersch lui attribue encore les quatre ouvrages suivants : 43° Traité du soufre, traduit de l'allemand de Slhal ,1766, in-12. 44* Un grand nombre

(Tl Notamment : Ton», 17M, PerU, an 6 11 m,, Paria, 1830, 3to1.1d-«..

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d'articles d'histoire naturelle, de politique et de philosophie, dans la première Encyclopédie. L'article Prononciation des langues, qu'il a fourni au Dictionnaire de grammaire et littérature de YEneyelopédie méthodique, est le morceau le plus exact et le plus complet qu'on eût encore donne* en français sur cette matière. On trouve dans les Variétés littéraires, sous le nom du baron d'Holbach , la traduction en prose d'un hymne au soleil et d'une ode sur la vie humaine. Dans ces deux pièces, dont la première passe pour être de sa composition, des idées communes, des images usées ne sont point relevées et rajeunies par Us charmes de l'expression. En 1790, parurent les Éléments de la morale universelle, par feu M. le baron d'Holbach , etc., Paris, G. de Bure, in-18. Dans ce petit Catéchisme de la nature, imprimé, suivant l'avertissement du libraire, sur le manuscrit de l'auteur et composé en 1765, il règne une méthode, une netteté, une concision, qui contrastent avec l'ennuyeuse prolixité de la plupart des livres dont nous avons fait l'énumération. C'est un sommaire des mêmes principes ; mais du moins on ne s'y livre pas aux invectives : la religion et ses ministres n'y sont même pas nommés. Quand on ignorerait que d'Holbach avait des auxiliaires pour la composition de ses ouvrages, la multitude de volumes qu'il a mis au jour et quelquefois la différence des styles ne laisseraient guère de doute à cet égard. Peu d'initiés étaient admis à sa confidence. « J'ai souvent entendu « dire à M. Naigeon, affirme Barbier, que les « personnes mêmes qui fréquentaient la maison ' du baron d'Holbach ignoraient qu'il fût l'auteur « des ouvrages philosophiques sortis des presses « de Hollande. Il confiait ses manuscrits à M. Nai- « geon, qui les faisait passer par une voie sûre à « Marc-Michel Rey : celui-ci envoyait ensuite « en France les ouvrages imprimés; et souvent « M. d'Holbach en entendait parler à sa table « avant d'avoir pu s'en procurer un seul exem- « plaire. » (Supplément à la correspondance littéraire de messieurs Grimm et Diderot (1). Ebloui par les brillantes conversations de Diderot, le baron d'Holbach embrassa ses opinions avec la confiance de la jeunesse. 11 s'indignait contre les abus inévitables du pouvoir, et ne prévoyait pas les horreurs de la licence. Grimm ne dissimule pas que d'Holbach, en parlant des prêtres , « s'irritait ■ malgré lui , et qu'alors sa bonhomie devenait « amère et provocante. » Quoiqu'il détestât les jésuites , on assure pourtant que lorsqu'ils furent expulsés de France il ne vit plus en eux que des infortunés , et qu'il leur donna les secours qui étaient en son pouvoir. St. S — x.

HOLBEIN (Jean) , célèbre peintre, l'un des fon-

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dateurs de l'école allemande , naquit à Bàle vers

U03. Quoiqu'il n'eût jamais reçu d'autres leçons dans son art que celles de son père , artiste médiocre, originaire d'Augsbourg, ses heureuses dispositions y suppléèrent , et déjà , fort jeune encore, il avait acquis non-seulement du talent, mais même de la réputation. Le fameux Erasme, avec lequel il s'était lié d'amitié, l'ayant sollicité de passer en Angleterre , Holbein s'y détermina d'autant plus facilement , que l'humeur acariâtre de sa femme lui rendait le séjour de Bàle désagréable. Arrivé à Londres avec des lettres de recommandation pour le chancelier Thomas More et avec le portrait d'Érasme, leur ami commun, il fut reçu dans la maison de ce ministre avec beaucoup de distinction. Henri VIU, fort amateur de peinture, étant venu à une fête chez son chancelier, et ayant eu occasion d'admirer les tableaux de notre artiste , il l'attacha à son service. Holbein exécuta pour le roi plusieurs beaux tableaux , dont ce prince fut tellement satisfait, qu'il le prit dans la plus grande affection, et lui en donna souvent des marques. Un jour qu'Holbein s'était enfermé seul dans son atelier pour exécuter un tableau auquel il mettait le plus grand soin, l'uu des premiers seigneurs de la cour voulut forcer sa porte pour le voir travaiUer : Holbein, après avoir épuisé tous les moyens que la politesse lui prescrivait, ayant été obligé d'employer la force pour se délivrer de ses importat nités , ce seigneur fut renversé au bas des degrés et se blessa. L'artiste , pour se soustraire à ses poursuites et à celles des gens de sa maison , fat obligé de se mettre sous la protection du roi. Ce prince, royant que rien ne pouvait calmer l'aiumosité du gentilhomme, lui dit: « Monsieur, je « vous défends, sur votre vie, d'attenter à celle « de mon peintre ; la différence qu'il y a entre « vous deux est si grande , que de sept paysans ■ je puis faire sept comtes comme vous , mâts de « sept comtes je ne pourrais jamais faire un « Holbein. » Ayant de plus en plus obtenu la faveur de la cour, Holbein fut chargé non-seulement de faire le portrait du roi, ainsi que celui des princes et des princesses, mais aussi celui de tous les grands du royaume. Son talent ne se bornait pas au genre du portrait ; on a de lui beaucoup de tableaux d'histoire : nous citerons entre autres une Danse de village, pour la poissonnerie de Bàle , une Danse des morts (1) , ainsi que plusieurs tableaux pour la maison commune ; on distingue encore deux tableaux représentant',

(11 L'abbé Barruel parle d'un comité qui m réunissait i l'hôtel d Holbach , il eu désigne les membre*, et publie des révélations faites à ce sujet, en 1769, par celui qu'il assure en avoir été le secrétaire. Comme 11 ne nomme pas ses autorités nous nous contenterons de renvoyer a ses Mémoire* pour ttrvir'à fhùloirê

au J.1Ç ,:n,,mt, t. |, p. 383.

(1| La Dante d*s mortt, peinte en 1643 sur les murs d'un cimetière de Bâlc,n'e5t pas d'Holbein. Ses dessins sous le même titre, qui ont été gravés plusieurs (ois, sont a St-Pétersbourg La d#rnière édition fait partie de l'oeuvre de J. Holbein , publiée par Clir. de Mechel, Bilo, 1780 et suiv., 4 vol. ia-lol. Ce sujet bizarre avait été mis en vers latins, vers 1400, par P Destrcv, de Troyes, d'après les vers allemands d'un poète inconnu , qoe Fabrielus (fliW. tal. meJ. «ci) nomme Macaber; et ces peimaree ■ont souvent citée» dans le 16' slècla sous le nom de Dttut asatabrt ( Voycx la DLscrt. de 11. G.-M. Raymond sur ce au.*, dan. le M a9<u. encyciop., 18U , U 6, p. 6.

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l'on la Mcketse. et l'autre la Pauvreté, qu'il a faits pour la maison d'Orient , à Londres , ainsi qu'un autre , destiné pour le corps des chirurgiens, où l'on roit Henri VîT! assis sur son trône, accordant aux chefs de ce corps des privilèges qu'ils reçoivent à genoux. Plusieurs personnes pensent que ce tableau, d'une grande dimension, l'étant pas entièrement fini lors de la mort de cet artiste , a été terminé par une autre main, llolbein mourut de la peste, à Londres, en 1534 : il était naturellement fort prodigue , et n*a pas laissé de fortune, quoiqu'il eût gagné beaucoup d'argent. On trouve sa Vie (par Gui Patin), ainsi que la liste de ses ouvrages , dans l'édition de VKneomium moria d'Érasme , avec les commentaires de Listrius Holbein n'avait aucun des défauts de l'école allemande: ses portraits sont d'une grande vérité (1), sans sécheresse ; son coloris est assez vigoureux ; ses compositions sont grandes et d'une belle exécution ; ses figures ont beaucoup de relief. Il peignait de la main gauche comme de la droite, traitait avec un égal succès l'huile , la miniature , la gouache , et dessinait aussi bien au crayon qu'à la plume. Ses draperies en général ne sont pas heureuses. Mariette attribuait à cet artiste les dessins du chapelet en bois de Henri VIII , qui représente les mystères de la vie de Jésus-Christ : ce chapelet , remarquable par la délicatesse avec laquelle il est sculpté, j avait été donné par un archevêque d'Aix au père Lachaise; il passa, lors de la destruction des jésuites, dans les mains de l'abbé Brotier, connu surtout par sa belle édition de Tacite. P— e.

HOLBERG (Louis, baron de), naquit le 6 novembre 1684, à Bergen en Norvège. Les Danois voient en lui le fondateur de leur théâtre , et , à quelques égards , le père de leur littérature moderne. Sa vie, d'abord assez orageuse, a été décrite par lui-même dans plusieurs lettres, modèle de franchise et de gaieté philosophique : nous ne pouvons en donner ici qu'un extrait succinct. Son père s'était élevé par une valeur chevaleresque du grade de soldat à celui de colonel. Sa mère était d'une famille distinguée. Destiné à l'état militaire, et inscrit à l'âge de dix ans comme caporal dans un régiment , le jeune Holberg montra un penchant si décidé pour l'étude , que ses parents se résignèrent à le laisser suivre la carrière ordinaire des ecclésiastiques luthériens : il prit ses degrés à l'université de Copenhague , et passa ensuite quelques années en Norvège dans les humbles fonctions de vicaire-prédicateur et de précepteur d'enfants. La mort prématurée des auteurs de ses jours et la perte de leur fortune ne lui laissaient d'autre perspective que de végéter comme ministre dans quelque village : mais la vivacité de son esprit l'entraîna dans un projet

(1) La collection de ce» portrait*, «a nombre de quatre-Tlngtqu&lre, tous gravée par Burtulmzi (a l'exception de quatre), a éte^publite i^Londr™, H92 to*tol- , atec det

ograp^qurapar

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romanesque, qui fit changer sa destinée. Charmé parla lecture d'un journal de voyage, il entreprit de visiter les pays étrangers, sans autre ressource qu'une connaissance superficielle du français et de quelques autres langues modernes qu'il prétendait enseigner. L'accueil glacial que les banquiers et les armateurs d'Amsterdam firent à notre jeune savant ne le découragea point ; mais parvenu jusqu'à Aix-la-Chapelle , la misère l'obligea de retourner en Norvège , où cette course aventureuse lui valut une réputation. Devenu le maître de langue le plus en vogue dans la ville de Christiansand , il se livra avec ardeur à l'étude des littératures française , anglaise et italienne , alors inconnues dans le Nord , où régnaient exclusivement la théologie, la jurisprudence et l'érudition classique. Ayant ramassé une petite somme, Holberg entreprit un nouveau voyage ; l'Angleterre, et particulièrement Oxford , en fut le but : il passa quinze mois dans cette ville à donner des leçons de musique, et à étudier les meilleurs historiens modernes. Ce fut là qu'il forma sa philosophie sur le modèle de celle des Anglais, et qu'il prit cette manière de penser libre mais honnête, élevée mais prudente, qui respire dans tous ses écrits. De retour à Copenhague, il fit, en qualité de gouverneur d'un jeune seigneur, un voyage en Allemagne, où la pédanterie des professeurs et la ridicule emphase des comédiens exercèrent sa verve satirique. Une introduction à l'histoire générale et un essai sur l'histoire des rois Christian IV et Frédéric III lui valurent la protection du gouvernement danois: il fut nommé professeur extraordinaire à l'université de Copenhague en 1714; mais les émoluments de cette place étant à peu près nuls , il obtint une légère pension avec la commission de visiter les universités protestantes. Au lieu de suivre cette destination, peu conforme à ses goûts littéraires, il se rendit à Paris, où il passa les années 1714 et <713. Également assidu le malin aux bibliothèques, et le soir aux théâtres, il assistait assez réguliè rement aux causes célèbres, et allait disputer avec les théologiens à St-Sulpice, et aiec les beaux esprits au café Marbn : il fit des progrès dans la langue française , et parvint à récrire d'une manière passable ; il se pénétra de l'esprit de notre littérature comique et satirique. Montaigne, Scarron, Boileau et Molière étaient ses auteurs favoris ; mais il avoue qu'il ne put jamais goûter le Télémaque. Malgré la modicité de ses ressources , ii entreprit le voyage de Rome par Marseille, et faillit être pris par des corsaires algériens. Après avoir pendant six mois bien fouillé dans les bibliothèques et les ruines de Rome, il revint à Paris, en faisant presque toute la route à pied. De retour à Copenhague en 1716, il lui fallut attendre deux ans avant d'obtenir par ordre d'ancienneté une place de professeur ordinaire. C'est là que finissent ses infortunes et ses aventures. Pendant tout le reste de sa vie, il

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n'eut, dit-il, à lutter que contre le mauvais goût,

les pédants et les tartufes. Cette triple opposition n'empêcha pas Ilolberg, sous les auspices tic Frédéric IV, de se livrer à la compositiou d'ouvrages d'esprit, dout avant lui on n'avait pas d'idée parmi les Danois modernes. 11 assure lui-même que ce ne fui qu'à l'âge de plus de trente ans qu'il c'prouva tout à coup le désir d'écrire en vers. Les Satires . première production connue de sa verve, furent suivies de Pierre Pors, poème épi-comique, reçu avec enthousiasme par les uns, et dénigré par les autres comme indigne d'un grave professeur. Les érudits, les métaphysiciens , les dévots , lui suscitèrent des querelles dont il sortit vainqueur. Encouragé par quelques courtisans éclairés, aidé par les comédiens français Monlaigu et Pilloy, il parvint à fonder un théâtre national à Copenhague, et à l'enrichir, dans l'espace de trois ans (1742-1745) d'une vingtaine de pièces , parmi lesquelles on distingue plus d'un ouvrage du premier ordre. Epuisé par tant de travaux , Holherg partit en 1745 pour Aix-la-Chapelle , et se rendit à Paris; il passa l'hiver de 1740 dans cette capitale, où il s'indigna de trouver les comédies de Molière passées «le mode, et k théâtre livré aux parodies et aux niaiseries. 11 eut entre autres des liaisons avec Riccoboni, directeur de la troupe des Italiens, que des considérations particulières empêchèrent seules de faire représenter le Potier à'étaiu homme d'Etat, traduit par l'auteur : on craignit que plusieurs grands seigneurs parvenus ne fussent tentés de s'y reconnaître. De retour de ce cinquième voyage, Holberg perdit bientôt en Frédéric IV le protecteur de sa muse comique. Christian VI était ennemi des plaisirs. « Les temps , dit Ilolberg, « sont devenus sérieux. • Il sut prendre le caractère du temps, et chercher un asile dans les études graves. Une suite de grands ouvrages, savoir: l'Histoire de Danemarck, l'Etat politique et géographique de la monarchie danoise , Y Histoire ecclésiastique. l'Histoire de» Juifs et la Traduction d Uérodien placèrent bientôt le joyeux élève île Molière au rang des savants les plus considérés. L'université n'eut plus bonté d'un auteur de tant de doctes in-quarto ; elle l'eut pour recteur en 1735, et pour trésorier depuis 1737. Cependant la muse comique entretint toujours un commerce clandestin avec son ancien favori , qui , au milieu de ses graves onctions, et surveillé par une censure assez rigide, trouva encore du loisir pour écrire le Voyage imaginaire de Klim, et une dizaine de comédies, en généra) peu inférieures à ses premières pièces. La mort de Christian VI, en 1746, rendit plus de liberté aux esprits, et Ilolberg aurait pu, au théâtre renaissant par ses soins, fouir île nouveau d'un triomphe complet , si le mauvais goût de Dcstonebes et de la Chaussée , répandu de Paris à Copenhague , n'iivait , à cette époque , divisé le public. Holberg était alors devenu une espèce de çrand seigneur. Le débit de ses écrits, tres-con-

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I sidérable pour un pays aussi peu étendu que le

Danemarck, l'ordre avec lequel il administrait les revenus de sa chaire et son extrême frugalité lui avaient permis d'amasser une grande fortune, dont il fit l'emploi le plus noble. Il légua sa bibliothèque et une terre de la valeur de trois cent cinquante mille francs à l'Académie noble de Soroe ; il consacra les rentes annuelles d'un capital de quatre-vingt mille francs à la dotation de demoiselles honnêtes et pauvres. Il avait été créé baron le 6 mars 1747 , et il mourut le 47 janvier 1754 Holberg était d'une complexion maigre el d'une s, m te délicate ; il ne dut sa longue carrière qu'à une extrême sobriété, qu'il poussa quelquefois jusqu'à peser exactement tous ses aliment* et à se contenter d'eau pour toute boisson. Il assure lui-même qu'une infirmité héréditaire, en changeant «le siège, faisait totalement changer ses goûts et ses talents \ de sorte que souvent, pendant des années entières, il parut un autre homme. A une époque , il ne pouvait supporter d'autre lecture que celle de l'histoire ; dan* un autre temps, il n'avait plus de mémoire, et ne rêvait que poésie : mais, à tous les moments de sa vie, il fut ennemi de la pédanterie, de la théologie polémique el de la métaphysique scolaslique. Devenu à tour de rôle professeur de métaphysique , il publia un pompeux éloge de cette science; mais cet éloge n'était au fond qu'une ironie amère. Parmi les singularités de sa conduite privée, on remarque l'habitude qu'd conserva toujours de passer une grande partie de son temps dans la société des femmes, quoiqu'i aucune époque de sa vie U n'ait eu de penchant pour le sexe. U trouvait la conversation des femmes plus piquante et plus naturelle que celle des hommes. « Parmi les hommes, disait-U, ■ je serais obligé d'écouter de la politique et de « boire du vin : parmi les femmes je n'ai à re- « douter que des caquets et du thé. » Anglais par son caractère, Holherg était Français par son esprit et ses manières ; il conserva toujours un costume recherché, une politesse aisée et une humeur joviale: il avoue franchement qu'd tut des doutes sur la vérité de la religion chrétienne ; mais il ajoute que la lecture des ouvrages apologétiques d'Abadie suOU pour le ramener à U croyance commune. Les nombreux écrits de ce génie fécond peuvent se ranger en quatre classes , commençons par son théâtre, dont nous indiquerons les pièces par ordre, chronologique : l I* Potier (Tétai* homme d'État, comédie en cinq actes et en prose ; c'est une satire de la manie des petits bourgeois de perdre leur temps à discuter la politique de l'Europe , et de se croire capables de gouverner le monde parce qu'ut ont lu quelques pamphlets. La conception et la conduite de cette pièce sont admirables : quelques détails de mœurs ont vieilli ; mais elle est toujours me arec plaisir au théâtre de Copenhague, et elle est encore souvent jouée en AUe-

magne , où elle eut autrefois un succès s! prodigieux, que les mots potier détain sont restes dans la langue comme synonymes A'komne d'Etat imaginaire. On a même Créé la locution faire des pots d'étain pour dire redoter tvr la politique. En 1806, le parti de la guerre è Berlin avait fait d'une réplique un peu détournée du Potier un signal d'applaudissements frénétiques, sans réfléchir au ridicule qu'un semblable patron donnait même à la meilleure cause. Outre un grand nombre de traductions , il en existe plusieurs imitations, par exemple : le Charron politique, en allemand , Vienne , 1769 ; te Chaudronnier homme d'État imaginaire, par Etienne, 1801 ; le Luthier de Luheek. 1816. Mais à l'exception d'Etienne , ces imitateurs ont plus ou moins gâté la pièce, en voulant, par un contre-sens évident, ennoblir l'artisan politique , et introduire une intrigue régulière à la place de la petite mystification qui sert à Holberg pour développer parfaitement le caractère principal (1). î° La Capricieuse , d'abord en cinq actes , mais réduite par l'auteur à trois et qui même après la réduction a toujours paru ennuyeuse et invraisemblable au théâtre. Holberg assure qu'en l'écrivant il ne connaissait pas Ylrréeot de Destouches, quoique cette pièce fût antérieure à la sienne. En effet, ce qu'il y a de bon et de comique dans la pièce danoise n'est pas emprunté à la comédie française. 5° Jean de France , en cinq actes ; satire des jeunes gens du Nord qui , de retour d'un voyage à Paris, où ils ont à peine appris à écorcber le français , affichent un insoient mépris pour la langue et les mœurs de leur patrie. Le caractère principal toml>c dans la caricature , et malgré quelques scènes pleines de verve, la pièce n'a jamais obtenu un succès éclatant à Copenhague. 4° Jejtpe du Mont ou le Paysan métamorphosé en seigneur, comédie en cinq actes. C'est l'histoire populaire du seigneur qui fait transporter dans son château un paysan ivre , et lui fait accroire qu'il a changé de condition ; ce qui n'empêche pas le paysan de montrer tonte la bassesse, l'insolence et la brutalité de son caractère. Le jésuite Hasenius avait traité ce sujet dans une pièce intitulée Rustinu imperans, qui se trouve dans son ouvrage intitulé Paleestra eloquentia dramatirœ, Cologne, 1057. Parmi d'autres écrivains anglais, Shakspcare avait esquissé ce sujet dans son Chaudronnier métamorphosé, qui forme le prologue du drame The Mermaid. Holberg a principalement profité d'un conte inséré dans VUtopia de Bidermann; mais il s'est rendu le sujet propre par un dialogue plein de sel et de verve, par d'heureuses combinaisons de scènes , et par une peinture des moeurs du paysan danois qui est un chefd'œuvre de bas comique. M. de Kolzebue a gâté cette excellente comédie dans une imitation alle-

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de St-Evrvmor.d, S.r VoMit M«W <* comme l« source do Potier filai» : Il n-j » fruere de rapport qu'entre le* tltrw.

mande où l'original est mutilé et dénaturé. 5° Le Babillard ou Maître Girard l' berbier, comédie en cinq actes, refondue en un acte par l'auteur; 6° le Onze jnin, comédie en 5 actes; le sujet a beaucoup de rapport avec Pourceaugnac. M. de Kotzebue a fait de cette pièce très -intéressante une imitation plus froide, plus décolorée encore que celle du Paysan uétamorphoté . 7° I.'. -If couchée, comédie en cinq actes; 8» la Poudre d'Arabie, comédie en un acte; satire des alchimistes et des chercheurs de la pierre philosophale. Le sujet est pris dans l'Utopia de Bidermann. 9° Les Jeux innocents ou h Veillée de Moit , farce en un acte. Cette pièce extrêmement amusante reproduit dans un cadre original les caractères de George Dandin ; mais , depuis longtemps déjà , des scrupules de morale en ont lait défendre la représentation. 10° La Mascarade, comédie en trois actes, sujet galant, imbroglio dans le genre espagnol. Cette pièce assez légère a été traduite dans presque toutes les langues. 11° Le Rodomonl ou Jacques de Thye, comédie en cinq actes; imitation localisée du Miles glorhsusAe Plaute, mais surtout de Thrason dans f Eunuque de Térence; 12° Ulysse , prince d'Ithaque , parodie des drames héroïques allemands où le costume , les mœurs et les trois unités étalent riolés. Ces monstrueuses productions avaient été introduites à Copenhague par un certain M. Quoten, entrepreneur d'un théâtre allemand , en même temps que Holberg aidé par des artistes français s'efforçait de créer le théâtre danois , où l'on jouait alternativement les pièces de Molière et les siennes; 13" le Voyage au parc, comédie en trois actes, imitée d'une pièce du théâtre italien de Cherardi , les Bains de la porte St-Bernard , ainsi que de l'Amour médecin, etc., etc.; 11* Metampe, tragi-comédie en cinq actes. C'est une parodie du style tragique des pièces allemandes; le héros est un petit chien, objet de contestation entre deux sœurs, qui sont sur le point de faire battre en duel leurs deux amants, lorsque leur frère vient à propos ôler la vie à l'intéressant animal. 15° Sans tête ni queue, ou les Frères antipodt:, comédie en quatre actes, avec un prologue. L'un des frères est superstitieux; l'autre est incrédule : un philosophe modéré veut les guérir de leurs folies; ils changent, il est vrai, mais c'est toujours pour passer d'un extrême à l'extrême opposé. « Cette pièce, dit « l'auteur lui-même , est plus faite pour être lue « que pour être représentée. » 16* Le Fanfaron ou Uiderik la Terreur, comédie en un acte. Le faux brave se croit eu bonne fortune , et finit par faire la conquête de sa propre femme, qui le châtie et le ramène chez lui : l'intrigue offre un mélange du Pseudolus et du Curculio de Plaute; l'action est pleine et rapide. 17° Henri et Pélronitle, comédie en trois actes. C'est le sujet du conte de Cervantes , le Mariage trompeur ; d'un épisode dans la pièce, How to rule a wife, de Beaumont et Fletcher, enfin de la Double épreuve

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