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de Legrand; mais le dialogue et le de'Uil des moeurs offrent beaucoup d'originalité. Un auteur français en a donné, à un des petits théâtres, une imitation heureuse. 18° Le jeune paysan mis en gage, ou le Faux prince, comédie en trois actes; sujet romanesque, pris dans YUiopia de Bidermann, liv. 5, chap. 45-M; 19° f Oisif affairé ou l'Homme qui n'a jamais le temps , comédie en trois actes. C'est selon les critiques danois le chefd'œuvre de Holberg. Le caractère principal est bien plus fortement conçu que celui de la pièce anglaise The Buty Body par mistriss Centlivre , où llolberg parait avoir puisé la première idée de sa oomédi«, et d'où M. Picard a également tiré son Mi'sard. L'affairé de Holberg est un musard systématique ; il y voit son honneur, son devoir. L'auteur le place à chaque scène dans une nouvelle situation , et toutes ces situations, extrêmement comiques, aident le caractère à se développer avec une nouvelle force jusqu'au dernier moment où , ayant marié sa fille sans y penser, cet homme sort encore en ne rêvant qu'à ses prétendues occupations. 20" Pétronille ou la Soubrette prise pour la maUresse, comédie en trois actes. L'intrigue , qui est conduite avec une singulière adresse, rappelle un peu le taux instinct de Dufresny. 21° Erasmus montanus ou le Jeune Savant, comédie en cinq actes. Un jeune étudiant, fier de quelques connaissances superficielles, dédaigne le Iwn sens de ses parents, dispute contre tout le monde, finit par être la dupe d'un recruteur, qui après l'avoir enrôlé le rend à sa famille. La conception est très-forte, mais le comique roule trop dans la sphère des collèges. 22" Les Intùibles, comédie en trois actes, tirée quant au fond du Roman comique de Scarron, t. ltr, chapitre 9; 23° l'Honnête ambition , comédie en trois actes : c'est une des meilleures pièces modernes , et si le caractère principal n'était pas imité du Bourgeois gentilhomme, une intrigue mieux conduite, l'absence de la cérémonie burlesque et plusieurs traits de satire originaux , pourraient ici faire rester la balance en suspens entre Molière et llolberg. II n'y a point chez ce dernier de marquis qui se dégrade ; c'est un vieux et fidèle serviteur qui entreprend de guérir la manie de son maître pour les titres et les charges. Cette pièce valut à l'auteur beaucoup de railleries personnelles, après qu'il eut lui-même obtenu le titre de baron. On cite entre autres l'épigranime suivante, composée en français par le baron de Bar •
Philosophe moqueur, comique atrabilaire, 11 murd «t divertit tour a tour ion prochain : Des Danois cependant il serait le Molière S'il n'en était pas le Jourdain.
Mais en obtenant un titre très-convenable à un grand propriétaire foncier, Holberg avait bien moins consulté sa vanité que l'honneur et l'intérêt des gens de lettres. 24° L'Heureux naufrage, comédie en cinq actes. C'est encore une excellente comédie de caractère; l'auteur y fait con- '
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traster deux hommes de lettres; l'un est sincère, franc, généreux, mais il a écrit des satires, il a composé des comédies! L'autre , fourbe , intrigant et haineux, se fait aimer par ses panégyriques, ses épilhalamcs et ses humbles dédicaces. Le dé noùment ressemble à celui des Femmes gîtantes; mais il est amené par un coup de théâtre plus naturel et plus amusant. 25° Ut Sorciers ou ta Faussi ai ai me, comédie en cinq actes. Des comédiens voyageurs sont pris pour des sorciers et traduits en justice. H y a des scènes excellentes où l'utilité de la comédie est défendue , et où l'auteur passe en revue les principaux caractères tic son théâtre. 26° Don Rauudo di Col'Wados. comédie en cinq actes. Cette pièce , où Holberg tourne en ridicule l'orgueil d'un gentilhomme très-pauvre qui ne veut marier sa fille qu'à un prince , passe pour avoir été écrite au moins une douzaine d'années avant qu'elle fut imprimée en 1715; mais elle parait avoir été tenue en quelque sorte secrète par l'auteur, qui craignait d'offt nser la noblesse. M. de Kotzebue l'a imitée , et des trois pièces qu'il a empruntées à llolberg , c'est la seule qu'il n'ait pas gâtée. 47° Plutus ou le Procès entre la richesse et la pauvreté, allégorie morale en cinq actes. L'itlée en est prise d'Aristophane ; mais les détails sont pour la plupart de l'invention de l'auteur ; quelques scènes sont imitées de Lucien. C'est un ouvrage philosophique d'un grand mérite. 2i>° Voyage de Sganarelle au pays des philosophes. en un acte. Les froides plaisanteries semées dans cette bluette sentent la vieillesse de l'auteur. 29° Abraeadabra ou le Retenant, comédie en trois actes. C'est le sujet de la ilosiellaria et du Retour imprévu. La pièce est fort gaie , mieux ordonnée que celle de Kegnard, et en tout digne du meilleur temps de llolberg. 50° Le Philosophe imaginaire, comédie en cinq actes : pièce généralement faible et froide; 31° la République, allégorie en trois actes. Cette satire des faiseurs de projets offre peu de détails piquants ; l'idée en est prise dans la Hollande malade, de Poisson. 32" Le Marié métamorphosé, farce en un acte, insignifiante , pour ne rien dire de pis. Holberg est peutêtre , après Molière , le plus grand génie comique moderne ; mais diverses circonstances l'ont empêché de donner le poli à ses ouvrages. Une conception vigoureuse de caractères, une ordonnance sage et souvent ingénieuse , surtout dans les dénoùments, une grande enteute de la scène, un dialogue plein de naturel, de verve et de gaieté; des mœurs locales d'une vérité étonnante ; une imagination riche et originale dans les plaisanteries, une philosophie hardie et profonde dans les réflexions : voilà ses bonnes qualités. Des exagérations burlesques, quelques fables sans intérêt ou sans vraisemblance, plusieurs négligences dans l'arrangement des petits détails , une extrême licence dans les expressions, qui va quelquefois jusqu'à l'obscénité , un langage impur et incorrect, comme on le parlait de son temps:
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voilà les défauts que les bons critiques danois lui reprochent. Du reste il fut le Plaute de son pays. Le théâtre de Holberg a eu beaucoup d'éditions. Lui-même .n a donné une en trois volumes et une autre en cinq, qui toutes les deux ont été réimprimées plusieurs fois. Il en a paru une traduction française à Copenhague, par M. Fursiuann, 1745, comprenant environ vingt-cinq pièces : elle est pitoyable. Celle que M. Laub a donnée en allemand (Augsbourg, 1744) est meilleure; mais elle ne comprend que dix-huit pièces. 11 y en a une traduction allemande complète, publiée à Copenhague en 5 volumes; mais elle affaiblit le sel de l'original. L^s Hollandais et les Suédois ont également traduit tout, ou du moins presque tout ce théâtre. Jusque vers l'an 1770, Holberg dominait sur la scène allemande, et lorsqu'il en fut banni par le goût moderne, ce fut de compagnie avec Molière et Regnard. Passons aux ouvrages poétiques de Holberg; nous n'indiquerons que les principaux : 1" Pierre Port, poème épi-comique , en quatorze chants et en vers alexandrins. Le naufrage et les courses aventureuses d'un épicier de la petite ville de Callundborg, qui traverse le Belt pour voir sa future à Aarhuus dans le Jutland, tel est le sujet de cette épopée; mais l'auteur a su y rattacher une suite de tableaux de mœurs et de réflexions satiriques où , sous des masques choisis dans le bas peuple, il châtie les vices, les ridicules et les travers de ses conlempo* rains : c'est une galerie d'Ostade et de Ténieis. L'admiration dont ce poème n'a cessé d'être l'objet, non-seulement parmi les Danois, mais encore en Suède, où l'on est si peu ami du Danemarck, prouve qu'il possède un mérite réel; cependant les trop longues réflexions, les éternelles parodies de i'Énéide et les équivoques licencieuses nous paraissent difficiles à excuser; la versification et la diction sont remplies de négligences, qu'aujourd'hui on ne pardonne plus à Copenhague, même à ces prétendus grands hommes qui depuis quelques années ont essayé de ramener la langue danoise à la barbarie, d'où les bons écrivains du règne de Christian VII l'avaient tirée. Ce poè'nie parut d'abord par fragments imprimés comme les chansons des rues, avec la date : imprimé cette année; mais il est prouvé que la première partie a dù être publiée en 1719. Avant la fin de 1720 il en parut trois éditions complètes; ce qui jusque-là n'était jamais arrivé à un livre danois. On en adonné en 1790 ou 1791 une belle édition in-4°, avec gravures. /'i>rr« Port a été traduit en allemand par Scheibe, 1750, et il l'a aussi été en suédois. 2° Satiret en vert ; la première parait avoir été composée en 1718. L'auteur imite plutôt Horace et Boileau que Juvéoal. 3° let Métamorphotet , poème satirique, 1726. L'auteur y fait changer les animaux et les plantes en hommes de diverses professions. 4° Voyage touterrain de Nicolat Klim, roman satirique en prose. La première édition, publiée en 1741, est en latin.
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L'auteur n'osa pas, sous le règne bigot de Christian VI , publier ce roman en langue danoise. Ce ne fut qu'en 1789 qu'il en parut une bonne traduction danoise, par M. Baggesen, Copenhague, in-4", avec figures. Ce roman , dans le genre de Lucien et de Quévédo, rempli des traits d'une philosophie très-indépendante, a été traduit successivement en allemand, en français, en hollandais, en anglais , en suédois, en hongrois, et probablement dans toutes les langues européennes. Il nous parait cependant que ce n'est pas celui Jes ouvrages de Holberg où sa verve et son hua» gination se montrent dans leur plus grande force. La crainte de la censure l'a forcé à couvrir ses pensées d'un voile allégorique, qui n'est pas toujours assez diaphane. Plusieurs inventions sont plutôt bizarres qu'ingénieuses. Mais le style est plein de grâce et de chaleur. Ce roman a eu le sort singulier d'être pris pour une histoire véritable par un grave naturaliste allemand , qui l'a cité très-sérieusement à l'appui de ses systèmes géologiques (1). Parmi les ouvrages philosophiques de Holberg, ses Rêjleziont mandes. 1744, traduites en français par Parthenay, 1752, 1754, 2 vol. in-12, et ses Èpitret, 1749, méritent d'être distinguées; on y trouve plus d'un morceau comparable aux meilleurs numéros du Spectateur. Outre des portraits de mœurs et des raisonnements philosophiques , on y remarque des essais de critique historique d'un grand mérite : le cardinal de Fleury, Louis XIV et Grégoire VII y sont défendus contre les préjugés des historiens allemands; le caractère de Cromwell y est parfaitement approfondi, et les grandes qualités de Charles XII n'ont peut-être nulle part été aussi bien appréciées. On doit encore ranger dans cette classe les trois Lettret à un grand seigneur, publiées successivement en 1727, 1737 et 1743, dans lesquelles Holberg a décrit sa vie et ses voyages. Ce sont en quelque sorte ses confessions. On y rencontre entre autres un parallèle des Anglais et des Français, qui a été traduit à Londres et qui ne déplairait pas à Paris. Les Fablet moralet de Holberg n'ont mérité ni obtenu aucun succès. Son Droit de la nature et des gens , dont il y a eu trois éditions en 1714, 1734 et 1741 , n'est remarquable que comme une preuve de la flexibilité de son talent. Nous n'indiquerons pas même plusieurs autres ouvrages élémentaires, ni diverses dissertations par lesquelles Holberg a voulu payer son tribut comme professeur. Il a écrit des mémoires polémiques pour la compagnie danoise des Indes, qui ne l'en récompensa que par des actions de grâces solennelles. Nous arrivons à ses ouvrages historiques; nous n'en citerons que les plus importants : 1° Histoire du royaume de Danemarck, depuis les temps les plus anciens jusques et compris le règne de Frédéric III, ou jusqu'à l'an
(1) Ab tud*gine, Treitiê p\Uo*>pKùi*tt it pkytiqnu twiiven objM*, 1701, 1 vol. in-8», p. 334, 228.
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1670, trois tomes in-4°, Copenhague, 1732-1735; souvent réimprimée. Les siècles au paganisme et du moyen âge y sont traites fort légèrement; l'auteur n'estimait guère les antiquités ; il ignorait la langue islandaise ou Scandinave , et d'ailleurs les grandes recherches de Shsning, de Suhra , d'Ihre , n'avaient pas encore éclaire! les origines de la Scandinavie ; mais dans l'histoire des temps modernes, surtout dans celle des derniers règnes , Holberg , appuyé sur des documents nombreux et authentiques , mérite la plus grande confiance. Son style , clair et naturel comme celui de Voltaire , ne conserve pas toujours la gravité historique. 2° État politique, ecclésiastique, géographique de la monarchie danoise. Ce tableau statistique, mêlé de beaucoup de détails historiques , parut d'abord en abrégé , sous le titre de Description, en 1719, et ensuite dans une forme plus complète, en 1749. 3° Histoire eeclésia nique universelle, depuis Jésus-Christ jusqu'à Luther, 2 vol. in-4«; 4° Histoire générale des Juifs, 2 vol. in-4°. Ces deux ouvrages, quoiqu'ils ne •oient pas dans tontes leurs parties appuyés sur des recherches d'érudition bien profondes, méritent beaucoup d'éloges sous le rapport de la composition et du style : il y règne un esprit de tolérance et de critique remarquable pour un protestant , surtout à l'époque où ils furent publiés. 5° Vies parallèles de quelques hommes illustrée. 2 vol.; fi" Vies parallèles de quelques femmes illustres , 1718, 2 vol. C'est de tous les ouvrages historique* de l'auteur le mieux écrit ; les agréments d'une diction animée , élégante et naturelle, y sont relevés par de grands aperçus philosophiques; mais ces aperçus, moins graves que ceux de Ptutarque , ont plus souvent pour objet la faiblesse que la grandeur de la nature humaine ; le génie comique prédominait chez Holherg, même lorsqu'il consacrait sa plume aux matières graves. 7° Description historique et topographique de la eille de Bergen. Nous regrettons d'avoir à dire que Holberg , affaibli par l'âge, eut le tort de vouloir combattre à armes inégales l'illustre Montesquieu; il expira, pour ainsi dire, en écrivant ses Conjectures sur les rraies causes de la grandeur des Romains , Leipsick, 1753, in-8°. Ce petit écrit fut composé en langue française. Les Danois ont beaucoup écrit sur Holberg. On estime surtout sa lie par M. Wandall , et Holberg considéré comme poète comique, par M. le chevalier itahbcck, professeur è Copenhague. Ce savant littérateur a donné une bonne édition critique des OKurres choisies de Holberg, en 21 volumes in-8% Copenhague, 1806-1814. Le théâtre s'y trouve complet, ainsi que les poe*mes, l'histoire de Danemarck et la plupart des vies parallèles. I>e célèbre historiographe et mécène des lettres danoises, M. de Suhm , a noblement expié quelques jugements sévères que dans sa jeunesse il avait hasardés contre Holberg, en retraçant dans un éloge ingénieux le caractère de ce fécond et spi-
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rituel écrivain. Les œuvres complètes d'Holberg ont été réimprimées à Copenhague. M. B — v.
HOLCKOFT (Thomas), auteur dramatique anglais, romancier et traducteur, naquit à Londres, le 10 décembre 1745. Son père était cordonnier et ne prit aucun soin de son éducation. Le jeune Holcrofl commença par exercer la profession paternelle. Il fut ensuite palefrenier chez un IL Vernon. Le soin des chevaux de course lui fut confié, et il devint assez habile en hippialrique-. mais son goût pour l'étude et ses heureuses dispositions triomphèrent des obstacles que la fortune lui opposait. Il apprit avec facilité les langues française, allemande et italienne. A l'âge de vingt-cinq ans, s'étant passionné pour le théâtre, il joua d'abord en Irlande, et ensuite sur un des théâtres de Londres, mais toujours avec peu de succès. Il renonça à la profession d'acteur en 1781 , après la réussite de sa première comédie, intitulée Duplicité. Depuis ce temps il a composé plus de trente pièces, jouées sur différents théâtres de Londres, ou imprimées sans avoir été jouées. Presque aucune n'a pu s'établir au théâtre. Ilolcroft a publié aussi les roman* suivants, où l'on trouve plus d'imagination que de goût : Alwyns, 1780; Anna St-Yces. 1792; Hugh-Trevor, 1794, 6 vol., traduit en français par Cantwel, Paris, an C (1798) , 4 vol. in-12; Brian- Perdue, 1807, traduit en français par Berlin, sous ce litre, Le fils perverti par son père, 1810, 4 vol. in-12. Il a traduit la Vie privée de loUaire, in-12; les Mémoires du baron de Trench, 3 vol. In-12; Y Histoire secrète de la cour de Berlin, par Mirabeau , 2 vol. in -8°; les Veillées du château, de madame de Genlis, 5 vol. in-12; les Ouvrages poithumes de Frédéric II, roi de Prusse. 13 vol. in-8°; un Abrégé de iMcater sur la physiognomonie, 3 vol. in-8°. Holcrofl avait adopté les principes de la révolution française, et en 1794 il fui sur le point d'être mis en accusation comme coupable de haute trahison. Sa dernière production fut ses Voyages en Allemagne et en France, 2 vol. iL-4*. Cet ouvrage, dit un biographe anglais, comme quelques autres de ses spéculations, lui profita plus qu'à son libraire. En 1782 il avait publié uo pofme intitulé le Sceptique ou Bonheur de l'homme, moins remarquable par le talent poétique que par les sentiments irréligieux qu'y manifeste l'auteur. Ilolcroft persista dans son incrédulité durant tout le cours de sa vie ; mais il se rétracta à sa mort, qui eut lieu le 23 mars 1809. On a publié à Londres ses Mémoires, écrits en partie par lui-même, 1816, 3 vol. in-12, avec son portrait, réim primés (par William Hazlitt), Londres, 1852, in- 8». W— ■
HOLDEN (Henri), savant docteur de la faculté de théologie de Paris, naquit en 1576, d'une fimdle honnête et considérée de la province de ' i ncasire en Angleterre. Après avoir fait son cours de théologie à Douai , il se rendit à Paris , y Ht sa becocc avec beaucoup de distinction , prit le bonuel Je
docteur et eut beaucoup de part aux affaires les plus importantes qui furent portées de sou temps au tribunal de la faculté. Son mérite universellement reconnu aurait pu lai procurer des bénéfices, si sa modestie ne l'eût empêché de les rechercher. Attaché à la paroisse de St-Nicolas du Lhardonnel , il partagea son temps entre l'étude et le ministère de la pénitence. La réputation qu'il s'était acquise pour la résolution des cas de conscience lui devint funeste. Un escroc , sous prétexte de le consulter sur un point de morale, s'étant introduit dans son appartement, le força, le pistolet sur la gorge , de lui donner tout l'argent qu'il avait en sa possession. Holden , nommé membre du chapitre catholique à l'époque du rétablissement de l'épiscopat en Angleterre , prit beaucoup de part aux disputes que cet événement fit naître parmi ses compatriotes de la communion romaine (voy. Blacklob et Smith). Powden a publié à la fin de ses Remarques sur let mémoires de Pantani, Liège, 1794, la requête curieuse que ce docteur présenta, en 1647, au parlement d'Angleterre, au nom des catholiques de ce royaume, pour en obtenir le libre exercice de leur religion, sous plusieurs conditions dont voici les principales : 1° qu'ils prêteraient le serinent d'allégeance (de fidélité) au gouvernement existant; 2° qu'ils seraient gouvernés quant au spirituel par des évêques titulaires , indépendants de toute autorité étrangère, même de celle du pape, dont toutefois ils faisaient profession de reconnaître la primauté divine , à l'exemple de ce qui se pratiquait dans tous les États catholiques, particulièrement en France; 3" que tout le clergé séculier et régulier serait tenu de se soumettre à la juridiction de ces évêques, canoniquement institués pour l'exercice du saiut ministère , nonobstant tout privilège contraire , sous peine d'être bannis du royaume ; 4U que ces évéque* répondraient de la loyauté de tous les catholiques qui auraient pris l'engagementde reconnaître leur autorité; ^qu'ils ne participeraient à aucun acte ou transaction entre particuliers contraire aux lois du royaume, comme les testaments, les mariages, etc. Le dernier article de cette requête coulenait une clause tres-sévére contre les jésuites, qu'on regardait comme les principaux moteurs de l'opposition à la doctrine contenue dans les articles précédents. Ce docteur mourut à Paris en 1600, avec la réputation d'un des plus habiles théologiens de son temps , dont plusieurs se faisaient un devoir de le consulter sur leurs ouvrages avant de les rendre publics. Doué d'une justesse d'esprit admirable, il t'était particulièrement appliqué à fixer les bornes qui séparent les dogmes de la foi des opinions de l'école, dans la vue de faciliter la réunion des protestants. Nous avons de lut : i° Dittaœ Jidei analgtu. Paris, 1652, in-8»; traduit en anglais par W. G. Paris, 1658, in-4». L'édition de 109» est enrichie des notes de M. d'Argenté, depuis évéque de Tulle. Elles ont
été réimprimées dans celle de ....
par Godescard, Paris, 17(37, in-12. Ce livre, devenu classique, offre un excellent modèle de la méthode que l'auteur s'était faite pour apprendre à distinguer ce qui constitue un dogme de foi de ce qui doit être rangé dans la classe des simples opinions théologiques. 2° Traclatut de schismate, contre Bramhall, archevêque d'Armag, suivi d'un appendix ; 3° Traelalut de utura , qu'on trouve à la tête de ï Analyse de la foi; 4° Notum Tettamtntum, avec des notes marginales, courtes, mais estimées, Paris, 1GG0, in-8°; 3° Divers traités de controverse; 6° Epistola ad D. Arnaldum, tieologicum paritientem ; 7" Préface pour un grand outrage tur la rériti d» la religion chrétienne, Paris, in-4°. Cet ouvrage qu'il avait confié à un ami se perdit pendant les désordres de la guerre civile. Dodd, qui en avait vu le plan tracé de la main, de l'auteur, l'a inséré dans son Histoire de l'Église. L'idée qu'on a des talents de llolden et de sa manière de traiter les questions de ce genre doit en faire regretter la perte. T — d.
SOLDER (William), ecclésiastique anglais du 17* siècle, né dans le comté de Nottinghim, fut nommé en 1642 recteur de Blechingdon, dans le comté d'Oxford. Ce fut là qu'en 1659 il acquit une grande célébrité, en enseignant à parler à un jeune homme de distinction sourd et muet de naissance. C'était la première tentative heureuse de ce genre ; mais ce jeune homme , nommé Alexandre Popham. et fils d'un amiral, ayant perdu ensuite, loin de son maître, ce qu'il avait appris, fut mis entre les mains du docteur w il lis, qui lui rendit l'usage de la parole. Ce fut le sujet d'une dispute littéraire entre ces deux sivants, tous deux s'attribuant le succès de l'entreprise. Ilolder mourut à Londres le 24 janvier 1697. Il était non-seulement très-instruit, unis ce qu'on appelle un grand virtuose , aussi habile dans la pratique que versé dans la théorie de la musique. Ses ouvrages sont : \* Eléments du ducouis, ou Ettui de recherches tur la production naturelle des tt tiret, arec un Appendix concernant les tourds et muett, 1669, in-8°. Cet ouvrage est spécialement recommandé par le docteur Burney aux poètes lyriques et aux compositeurs de musique vocale, auxquels l'auteur indique des combinaisons de lettres et de syllabes si dures et si discordantes que , par la difficulté de les prononcer, elles arrêtent ou altèrent la voix dans sou passage. C'est dans l'Appcndix qu'U expose la méthode qu'il suivit pour apprendre à parler à Popham. 2° Supplément aux Trantadiont philotophiquet de) juillet 1670, avec det Rèjltxions tur une lettre dm docteur Wallis qui y ed insérée, 1 678, in-4°; 3° Traité det foudtmenlt uaturtlt et det principet de l'harmonie, 1694, in-8°; ouvrage qu'on dit écrit avec beaucoup de clarté ; 4° Ditcourttur le Umpt, avec l'application du Jour naturel, du moit lunaire et d* Tannée tolaire, etc., 1694, in-8°. L'auteur y signalait l'imperfection du calendrier Julien dorai
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on faisait encore usage en Angleterre (voy. Gaicoire XIII). Holder eut beaucoup de part à la première éducation du célèbre architecte sir Christophe Wren , dont il avait épousé la sœur. L.
HOLDERLIN (Frépéiuc), po*"te allemand, naquit le 29 mars 1770 à Lauffcn, dans le Wurtemberg. Sa première éducation fut tendrement soignée par une excellente mère , pour laquelle il conserva toujours la plus vive affection. Sa jeune âme, noble, délicate, mais d'une sensibilité trop exquise, se créa de bonne heure des lèves de félicité, dont il n'eut que trop tôt à reconnaître l'illusion. Se livrant sans réserve à sa passion pour la musique et la poésie qu'encourageait encore l'indulgente bonté de ses parents, il gagnait tous les cœurs par la douceur de son caractère, la noblesse innée de ses sentiments et l'extérieur le plus séduisant. Ainsi favorisé par tant de circonstances , il est bien permis de croire que, si le sort eût voulu qu'il entrât dans une carrière conforme à ses goûts, à son génie, jamais son noble esprit ne se fût égaré. Mais une destinée contraire le plaça dans un séminaire, où la jeunesse recevait une instruction toute théologique. Ce fut malgré lui qu'il dut se vouer à cette étude. Il s'en est plaint longtemps, même dans ses accès de démence. La littérature des anciens, les beaux-arts, la poésie surtout, voilà ce qu'il aurait désiré cultiver. 11 étudia cependant avec aèle et succès les langues mortes, particulièrement le grec. A seize ans, une première inclination vint enflammer cette imagination si irritable. Son goût pour la poésie en acquit une nouvelle ardeur, et dès lors on le vit se livrer à des compositions tout à fait neuves, tandis que jusque-là il s'était borné à des imitations de Schiller et de KIopstock. L'admiration que lui inspirait l'ancienne Grèce, l'étude assidue de ses chefs-d'œuvre, donnèrent à ses productions une couleur antique, même avant qu'il eût franchi le seuil de l'université. Plein de l'idée d'immortaliser son nom et de sortir enfin de l'étroite sphère où il se trouvait renfermé, il conçut le plan de son Hypérion, dont il s'occupa incessamment pendant de longues années. Malgré sa mélancolie et son peu de goût pour les plaisirs tumultueux , il fut toujours chéri de ses camarades. Ne prenant point de part à leurs jeux bruyants, il s'enfermait seul chez lui pour jouer de la mandoline , toujours sur le ton plaintif, quoiqu'il n'eût encore à celte époque d'autre chagrin réel que celui du genre d'études auquel on l'avait forcé de se soumettre. Son enthousiasme pour la Grèce antique lui inspira malheureusement à l'égard de son pays celte espèce de mécontentement et de mépris qui donna lieu aux vives sorties qu'on regrette de rencontrer dans son Hypérion, ou t Ermite u Griet. Stuttgard, 4797-1799, 2 vol. in-8°. Se posant dans une sorte d'hostilité contre ses contemporains , il semblait livré à ces noirs accès de mélancobe qui ne
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furent que les tristes précurseurs de son état futur. Déjà sa muse ne connaissait d'autres accents que ceux de la douleur. Toutefois, personne n'eût encore pu prévoir qu'une déplorable démence était réservée à ce jeune homme si beau , si pleîo de grâces , que Frédéric Matbisson disait que jamais il n'en avait rencontré de plus séduisant et de plus accompli. Ses éludes achevées, HoKierlin quitta le Wurtemberg, et se rendit en France, où il devint précepteur dans une maison distinguée. C'était là que devait commencer sa malheureuse destinée : la jeune mère des enfants dont il fut appelé à faire l'éducation ne tarda pas à éprouver la puissance de tant de moyens de séduction , et ce funeste amour fut bientôt partagé. Ilolderlin ne pouvait aimer qu'avec transport , avec frénésie. Plus de vingt ans après, au milieu de la plus cruelle démence, on a retrouvé en sa possession des lettres de sa chère Diotima , qu'il avait dérobées à tous les regards. L'époux de celte femme adorée, ayant connu ses torts, força Ilolderlin de s'éloigner. Une correspondance secrète, même un rendez-vous dans un château de la famille suivirent cette séparation, et tout cela ne fit que rendre la blessure plus profonde. Dès lors cet infortuné eut un motif, un aliment pour la noire mélancolie à laquelle il n'était que trop enclin. L'ambition de la gloire littéraire pouvait seule désormais le distraire de ce chagrin , et ses amis en eurent l'espoir lorsqu'ils le virent achever et publier son Hypérion. Ce poëme est dans les mains de tout le monde. 11 nous suffira de faire remarquer le ton de douleur sombre et terrible qui y règne d'un bout à l'autre. A chaque page on y rencontre des pensées qui ne furent que trop prophétiques sur la fatale destinée de l'auteur. Ilolderlin vint à Weimar et à léna à l'époque où plusieurs hommes célèbres s'y trouvaient réunis. Consumé d'ambition et du désir de se distinguer, il publia alors ses poésies les plus remarquables. Un talent aussi rare, joint à tout le charme de sa personne, devait produire une vive sensation , et ses succès pouvaient encore le sauver; mais, le cœur blessé et rempli d'amertume, il s'irritait des moindres obstacles. On a prétendu que sa bien-aimée Diotima, au moyen de relations qu'elle avait avec de hauts personnages, le protégeait, l'appuyait encore. Dans le même temps, Schiller l'avait pris en affection au point qu'on l'a entendu dire hautement qu'il ne connaissait pas de plus grand poe*te en Allemagne. Il fit tout pour l'obliger, et chercha à lui procurer une place de professeur. S'il eût réussi , peut-être que Ilolderlin , fixé dans une nouvelle sphère d'action , eût éprouvé quelque calme; mais une fatale destinée en avait autrement ordonné ; l'emploi que Schiller demanda fut accordé à un compétiteur que Gœthe avait recommandé; et plus tard, dans son délire, quand on prononçait devant Ilolderlin le nom de ce grand homme , ce malheureux prétendait ne l'avoir jamais connu, ce qui citez lui était uo
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signe certain d'inimitié*, tandis qu'il se rappelait arec joie et souvent le nom de Schiller ainsi que ceux de quelques autres hommes célèbres. Ce désappointement avait été un coup funeste et décisif pour toute l'existence de Holderlin. Il vit ses plus belles espérances anéanties; sa fierté et son amour-propre furent blessés au vif, et il regarda comme à jamais perdu tout espoir d'un meilleur avenir. C'est alors qu'il se rendit en Suisse, où il connut Lavater et Zollikofer. Il y composa encore quelques beaux morceaux de poésie , et il conçut le plan d'une tragédie ; mais il lui était impossible de conduire à fin une telle entreprise , car on ne peut nier que son talent ne fût exclusivement lyrique. Sa mélancolie était si profonde qu'il s'enfermait souvent , qu'il fuyait tous les humains pour s'abandonner tout entier à sa douleur, cherchant, pour ainsi dire, lui-même à hâter sa destinée , qui devenait de plus en plus imminente. On le vit ensuite prendre la résolution insensée de se livrer sans réserve à tout le tumulte des sens, voulant oublier ses chagrins dans l'ivresse de folles et extravagantes jouissances. U revint alors en France , où il fut encore précepteur. Mais sa santé n'avait pu supporter son nouveau genre de vie ; sa nature physique et morale avait succombé au choc violent qu'il venait de lui donner. Kn peu de temps , ses facultés mentales se trouvèrent tellement ébranlées qu'il tomba fréquemment dans des accès de rage et de fureur. Tout à coup et sans qu'on ait su comment, il reparut dms sa patrie. Mathisson a raconté qu'un jour, étant seul dans sa chambre, la porte s'ouvrit soudainement et qu'il vit entrer un homme qui lui parut tout à fait inconnu. Cet homme était pâle, maigre, son œil hagard et sauvage, ses vêtements en lambeaux. Mathisson épouvanté se lève , s'approche de l'effrayant visiteur, qui reste immobile et silencieux , puis étend ses bras sur 1» table , articule d'une voix sépulcrale le nom de Holderlin. et disparaît laissant Mathisson stupéfait. Ce fut après cette apparition que Holderlin se rendit à Neislingen chez sa mère, et que, dans un accès de démence , il la chassa de sa maison ainsi que tous ceux qu'il y trouva. S'étant calmé, if resta néanmoins quelques jours auprès d'elle, et il eut quelques moments lucides, quoique toujours en proie à la plus sombre mélancolie. Puis une jeune personne ayant paru devant lui , une nouvelle passion réveilla son délire. On fut dans la nécessité d'éloigner ce nouvel objet, qu'un de êa& parents épousa. Cette circonstance mit le comble à sa folie; il prit en haine le nouvel époux ; et , suivant sa coutume en pareil cas , il affirma qu'il ne l'avait Jamais ru. Vers celte époque , un prince ami de l'humanité, qui l'avait connu à Iéna , conçut l'idée de lui donner des occupations qui pussent le distraire et le guérir. U le nomma son bibliothécaire. Mais Holderlin était perdu sans ressource; ses accès de frénésie devinrent de plus en plus fréquents et terribles.