Par VM der lisgcn, ptr Wattrteb et par Simrock
1 Par exemple, par Gerrinua» dans aon admirable BiUoire d» ta iiUé'
rature natiomte d'Allemagne.
3. Celte difticuUé du texte a passé même i^nns t'excelleiite tradnction de Charles Siœrock; TOjr. son Tristan und Itoite. Leipsig» ISââ, 2 vol. io-12.
GODEraOl DB STRASBOURG. 43
Voici l'analyse condensée de cette ?a8te composition dont les données premières remontent, d'après van derHagen, jusqu'aux légendes poétiques de l'Iran on de la Perse, et ont été reproduites, soit avant, soit après GodelVoi, sous toutes les formes, ci avec (Jes variantes infinies, dans des poënies anglais, français, espagnols, italiens, néerlandais, scandinaves et slaves *■
Dans une espèce de préface ou de préambule ▼ersiûé, le poète ftît une profession de foi : c Je me sois proposé un acte cnoQTeau, pour la jouissance des nobles cceurs, pour l'amour «du monde. Mais ce monde, ce n'est pas celai des plaisirs; c c'est le monde qui donne asile à la douce peine, au plaisir tamer, au bonbeur et aux anxiétés du coeur.» Puis, en véritable complaisant, il recommande aux âmes malades la lecture des récits passionnés : « Ven z i moi, vous qui sentez les bles^ « sures fl'amour; j'ai pour vous un conte, le conte d'un uoble * couple qui s'est livré fout entier à l'amour pur.
Nous verrons tout à 1 heure ce qu'il entend par le puramour. Voici, en attendant, comment il glorifie la passion terrestre: «L'amour est si riche en bonheur, ses souffrances mêmes c rendent si heureux, que, sans l'enseignement qui en découle, c personne n'a ni honneur ni vertu.
« ....Et quoique Tristan et Iseult soient morts depuis long* t temps, leur doux nom vit toujours; partout la poésie fait «connaître leur fidélité, leur constance, et elle transforme ces «données en pain nonrricier des nobles cœurs.»
Vous le voyez, il n'y va point do main morte. Pour lui, la passion est li anslurniëe en vertu. C'est le mot d'ordre de l'époque.
1. Voir aiutl la première Mltlm complète des Cfoem 4e Code/roi 4e Sfroêbourg et de ses eontimuùteurs, pir ven der Hageo. Breataa, 1823, 2 TOl. la-8* avec od g^oeBatre, et avec les poênu» anglais et fnincaU aor le même anjet.
2. Le p(^me de Godefroi cootieiit 19.371 vers, celui d'Ulrleh de TOrfaeim. S,79S, et celui de Henri de Fribeiy. t8,lS2: total: 4t,2S4 vefs.
44 BI0GRAPH1&S ALSACiSHNES.
Nous tottchons maintenant i rongine du héros; elle n'est pas moîns curieuse que l'histoire «lème des gestes du chevalier et des douleurs de l'amant.
Rivalin, feudatairc du duc Morgan en Parménie, avai! toutes les qiu^lités du noble, niais il n avait ni mesure ni pnidence; il vivait au jour le jour, brillant comme l'étoile du malin , et souriant» la terre, comme cet astre, ronvainni qnesesiuyuns ne pouvaient jamais pâlir. Il commence par taire la guerre à son suzerain, le réduit à peu près à néant, puis avec douze de ses fidèles, il va visiter Marke, le roi de ComouaiUes et d'Angleterre. Il est admirablement accueilli au château deTintaleuie. Nous assistons à des fôtes de cour, an mois de mai, sur des prairies émaiilées de fleurs; cette saison, chère aux poètes de Ions les pays et de toutes les époques, fournil à Godefroi l'occasion de déployer toute la richesse de son imagination. On croit lire en vers allemands d'une étonnante sonorité les premiers essais de TArioste ou du Tasse, célébrant il dolce aprile, «le doux avril ». Lo rossignol, à la tête lU'S chantres des bois, entonne devant les chevaliers et les dames ses enivrantes mélodies; le soleil et l'ombre, le calme et la douce haleine des vents alternent dans les vers du poète, et le murmure des fontahies qui coulent sous le dôme des tilleuls marie sa douce voix à celle des oiseaux et des jeunes femmes.
De toutes les dames de la cour, Blanchefleur, la soMir du roi, est, de Aiit et de droit, la phis belle. Blanchefleur a remart|ué Rivalin , qui attirait déjà tous les regards; d'après Tex* pression du poêle, mainte noble femme vantait son attitude impériale : la loimii^v de Rivalin était sur toutes les lèvres; on se la renvoyait, comme les raquettes renvoient le volant.
r,odefroi donne une analyse ingénieuse de la passion qui s'empare des deux jeunes cœurs. Bientôt ce bonheur fug^itif est troublé. Le royaume de Marke est envahi pai* un ennemi, et Rivalin revient blessé à mort. Cet iru iden! tragique rapproche les deux amants. Blanchefleur, à l'aide d'une confidente, —
CODBPROl DB STRASBOtme.
elles sont de tous ies leyips, — s'inli oduit auprès du malade, « pose sa joue contre sa joue, » et le guérit par la force magique d'une afiection mutuelle; c car il devait eu être ainsi,» dit le poète fataliste.
£n attendant, le roi Moi^gan (flrlandea envahi la Parménie, terre de Rivalin; il fiiut bien que celui-ci aille au secours de ses vassaux. Blanchefieur quitte fortivement le royaume de son frère Marke, pour suivre son amant. A peine arrivé en Parménie, Rivalin, suivant le bon conseil de son ministre iftto^tt* foi-UnmU, épouse la belle Anglaise; il en était temps; cardans la lutte avec Morgan, le seigneur de Parmcnie succombe, et, cette fois, j>oui- ne pas se relever. Blanchefleur s'affaisse dans une douleur muette, donne le jour à « Tristan, i et meurt.
Je vous prie de reinarquei- le nom de cet enfant, conçu dans les iamies et la douleur, et cause de la mort de sa mère. 11 est élevé comme fils de Rual-li*foi*tenant et de sa femme Fleurette, pour sauver l'honneur posthume de filanchefleur et pour échapper aux embûches de Morgan, resté maître du pays.
L'éducation de Tiîstan est sévère et sérieuse; on le bourre de science.— < 11 entre dans le cercle fetal des soucis créés « par les hommes. An moment oà il commence à s'épanouir , c une gelée blanche tombe sur loi et flétrit la fleur de sa jeu-
c nesse. > Une éducation chevaleresque fait toutefois de ce bel enfant un muilèlc de courtoisie.
Un incident funeste vient mettre à néant les honues m tentions du loyal précepteur. Des marchands normands prennent terre en Parraénie; on visite leurs vaisseaux. Tristan aperçoit un bel échiquier en ivoire, incrusté de pierres précieuses; il * se met â jouer avec l'un des étrangers; il les captive tous par ses manières, son esprit, son savoir, ses connaissances polyglottes; mais la vue de cet enfitnt prodige fiiit naître dans leur flme adonnée au lucre une pensée d'enfer; ils lèvent subitement l'ancre et emmènent Tristan.
46 BlOORAPHIBS AL8ACIBN1IES.
Pendant sept jours et sept -nuits, le bâtiment normand ou nonvégicn subit une grosse lenipèlo; les maiciiands reconnaissent la main tle Dieu . s'humilient et font vœu de rendre la liiterlé à leur prisonnier. FMacé dans un canot, Tristan aborde dans une terre à lui connue; c'est Comouailles, le royaume de sm oncie Marke. Le jeune éti-anger rencontre deux pèlerins; avec une habileté digne d'Ulysse, il apprend, sans se découvrir lui-même, sur quel sol il marche, fie fiJt bien venir é la cour da roi Marke, par aea talents en vénerie, son jeu sur la harpe et son perler courtois. Marke, chez qui la voix du sang commence & parler, élève Tristan, le jeune inconnu, au rang de grand-veneur.
En attendant, Rual-U-foi-tenant a parcouni le monde k la rechercbe de son pupille, et il linit, comme de raiiion, par le retrouver en Comouailles. La scène de reconnaissance entre le jeune et beau courtisan et le vieillai d affublé des haillons de la misère, est d'une simplicité et d'une grandeui' homériques.
Maintenant le roi Marke sait qu'il a donné asile à son propre neveu, il l'adopte comme son ûls et prend l'engagement de ne point se maritf*, pour pouvoir transmettre son royaume au rejeton de Rivalin et de Blanchefleur.
De brillantes fêtes signalent la première prise d*armes de Tristan (die SehwertMU). A cette occasion, le poète passe en revue ses éloquents devanciers, qui ont décrit et célébré de semblables solennités. Il prodigue l'éloge à Henri de Veldeck, à liai iniaiiii von Aue, à Wallher von der Vogelweide, à Blickcr de Stuiaadi, au grand inconnu de liaguenau il attaque, saiiâ le nommer, Wolfram d'Eschenhach , dont hî ç^^nie rclîfrieux et le langage mystique devaient , a cette époque de son développement, être antipathiques à Godefroi, qui aimait le jour écla-
t. Der von Bagueiimu: peat-èlre Bertbold de Seewen, pent-èlre Reinnwr le Viens.