Môme lettre que dessus
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DOMINIQUE DIETRICU. 1S5
J*aime à penser que, pour d'autres motifs encore, Tammetstre hésitait à écrire à un homme tel que Gûntzer, qui, vers la même époque, exploitait impudemment sa position, en chassant de son chfttéau de Plobsheim la veuve de son hienfaiteur, le sieur Bemhold. Obrecht et Gûntzer, au surplus, avaient des chagrins domestiques qui ilevaicnL singulièrement troubler leur intérieur et amoindrir les jouissances que leur ambition s'était promises. Nous venons do voir, dans une lettre de M. Bebelin , que les épouses de ces nouveaux convertis se refusaient obstinément à suivre l'exemple de leurs maris qui recevaient de Louvoie, par l'intermédiaire de l'intendance, des reproches sur le peu de sèle qu'ils portaient à cette aflàire de religion. Je dois croire qu'ils réussirent quelque temps après i ramener leurs compagnes, car je Ae vois nulle part que la faveur dont ils jouissaient auprès du gouvernement, ait décliné avant leur mort.
Le séjoiH jirolongé de l'ammeistrc Dielricb à Paris commençait à produire quelque sensation à l'étranger. La € Renommée européenne* , journal publié à Vienne, inséra, dans son numéro du 15 juin 16^, la note suivante sous la rubrique de Francfort (9 juin) : c On nous écrit de Strasbourg, que H. l'ammeistre Dietricfa a reçu l'avis formel qu'il eût à se faire catholique, ou bien à passer sa vie durant au fond de la Bastille. Nous ignorons quelle déclaration il a donnée, i
Ce n'était peut-être qu'un avis (riiiliiiiitlalion indirecte (lu'on faisait parvenir à l uiiHuoislrc ; peut-être aussi la queslion de rembastillement a-t-elle été agitée. Dans le courant de juillet, M. deLouvois, d'autres disent M. de Chamilly, interpella l'ammeistre en plein salon , en lui présenlant la Bible ouverte au livre des Machabées, ch. Il, v. 17, 18 : t£t les capitaines d'Antiochus dirent à Hattathias : Tu es le premier et le plus puissant de celte ville et tu as beaucoup de fils et une grande parenté, fais donc ce que le Roi t'ordonne, et comme ont Mi tous les pays, et les gens de Juda, qui sont encore à Jéni-
B10GRAP1U£S ALbACiËi\r<ES.
salem ; afin que toi et tes fils vous ayez un Roi gracieux et que vous soyes comblés d'or et d'argent et de cadeaux, t Mais Dominique Dietrich , sans hésiter, retourna le feuillet
et lut ce ((iii suit (v. 19, 20, 21) : c Et Matlathias répondit: Quand nièine toutes les terres olicii aitnt à Ântiochus, et que tous vins^.tat à abandonner les lois de mon pAre et consentissent à faire les coiumandements du Roi, moi et mes lils et mes frères nous ne renierons pas les lois de nos pères. Que Dieu nous en préserve ! car ce serait mai de foire défection à la parole et â la loi divine. >
Le ministre mortifié envoya le lendemain même à ce bourgeois intraitable et hérétique une lettre de cachet portant qu'il aurait à se rendre directement dans la ville de Guéret. C'était un arrêt moins rij'ide (pie celui qui l'aurait consigné à la Bastille; mais pour uu vieillard de 00 ans, (pii ne s'était point enriclii dans les fonctions publiques et qui allait être révoqué, cet exil, dans une petite bourgade du centre de la France, équivalait à une ruine totale et peut-être à un arrêt de mort.
Dietrich obéit Une ordonnance royale, datée du 20 juillet, fit connaître à ses anciens collègues qu'il cessait d'être ammeistre de Strasbourg. Trois mois plus tard (le 22 octobre 1685), rédit de Nantes allait être révoqué; le malheur individuel d'un ancien fonctionnaire lépublicain de Sti'asbourg disparaissait dans ce terrible coup d'État, cause première de la mine des finances françaises et des malheurs qui assombrirent la ûa du règne de Louis XIV.
 la date du 12 octobre, Obrecht signalait à Lonvois trois libelles difiamatoires» publiés contre le Roi sur la frontière de TAUemagne; il les a ftiit saisir et les transmet comme documents de son zèle; il travaillera, lors du renouvellement du magislrat, i fiûre nommer aux places vacantes des personnes dévouées au service de son maître. Le terrain était décidément déblayé, et l'opposition sourde, que faisait le magistrat local, était amortie par cet élojgoemenl ibrcc d'un homme de
DOMINIQUE DIETRICH. i^l
téle et de cœur, qui iie pouvait comprendre que le souverain d'un ^rand Élat n'eût, sur toutes les matières, des idées également larges et grandes.
n y avait quelque raffinement de sévérité dans le choix du séjour que Ton assignait à Dominique Dietrich. Guéret^ à l'époque dont nous parlons, quoique capitale d'une partie de la Marche, n'avait pas l'importance d'un cheMieu de canton d'Alsace; Texilé strasbonrgeois se trouvait jeté à plus de 200 lieues de ses foyers, dans un pays dont le climat était âpre en hiver et où le peu de ressources intellectuelles et matérielles allaient aggraver la tristesse et les souflrances physiques d'un vieillard infii nic.
On lui avait permis d'enimenur un fidèle flomeslique, qui écrivait du Ibnd de cette province des lettres lamentables à la famille de son maître. Soit que ces lettres eussent été ouvertes, soit qu'on eût jugé nécessaire d'isoler complètement l'ancien ammeistre et de le priver des soins d'an coréligionnaire, bref, Dietrich resta bientôt livré à lui-même; et dans les ennuis de cette solitude, il ne reçoit pour toute distraction que des lettres qui devaient empoisonner sa vie et mettre sa patience et i>a fermeté à de cruelles épreuves.
Parmi les ecclésiastiques en résidence à Strasbumg avec la mission spéciale d'agir contre le prulcslanlisme par les voies de douceur et de persuasion, sans enfi oindre le texte du traité de 1681, on remarquait, en 1685, le père Tarade, esprit souple, i*éunissant à des convictions fortement assises le talent de les fôire valoir, le désir de pkire au Roi et à ses supérieurs religieux, et la ferme volonté d'appliquer, pour parvenir à un but qu'à son point de vue il devait croire parftutement légitime, tous les moyens que de hantes influences mettaient à sa disposition. Je dois croire qu'il avait été en rapport avec l'ammeistre DiuLi ich avant que celui-ci ne partit pour Paris, car je trouve une correspondance engagée avec l'exilé dans le courant de novembre et faisant des allusions à des relations anté-
Iâ8 BlOGRArUlES ALSACILKNKS.
rieures. Par lettre da 15 novembre, le père Tarade invite rancîen amineisire à abjurer, sans relard, entre les mains de M. de Toumyot, qui paraît avoir été curé aux environs de Guéret... cVous êtes vous-même, loi dit-il, maître de votre destinée... Pai envoyé votre supplique à H. de Lonvois... (7est bcîHicuup que muudil seigneur se suit expliqué sur voire sujet comme il l'a fait, d'aulant (sic) qu'il vous pouvaii arriver delre encore le reste de voîs jours dans une })osilit >n plus fâcheuse que celle où VOUS êtes, puisque par votre conduite vous avez eu le niallieur de déplaire au iWi. »
A cette lettre se trouve annexée, par extrait, une note que M. de U>uvois avait envoyée au pére Tarade , à la date du 7 novembre. Je la copie textuellement :
(Le curé de Saunage peut retourner voir le sieur Dietrich quand il le voudra, et lui 6ire entendre qu'il ne doit pas douter «pie, s'il se convertissait, le Roi n'oubliât la mauvaise conduite qu'il a tenue*.»
Ainsi on miputail, sans nul doute, à l'ex-ammeistre le tort de n'avoii' pas réjiondu par des actes positifs aux espérances (|u'on avait fondées siu lui. Kn effet, il devait sembler bizarre à des hommes élevés à l'école de l'obéissance passive, qu'un fonctionnaire haut placé d'une petite république qui s'est appliqué à ranger cet État sous l'empire du Roi très-cbrétien, n'eût pas été à Tavance bien décidé à adopter sur tous les points la politique du maître qu'il se donnait. Rien ne déroule plus les hommes d*État et les directeurs de conscience systématiques que ces esprits indépendants qui, dans la conduite des choses de ce monde, séparent le spirituel du temporel. Là-dessus, le parti de Dominique Dietrich était irrévocablement pris.
En décembre \GK), il est informé, par l'interiuédiaire du même ecclésiastique, de la ron version de son {)ropre gendre à la religion de TÉtat. 11 baisse la léle el ne répond pas. Un