La noto de Louvois est copiée de la mala de U. de Tarade
DOMINIQUE DIBTRfGH. 1S9
mois plus [iivil, le père Taradc reprend sa conlrovcrsf habile, éloquente» persuasive, où il reproduit, d'une manière souvent încisÎTe, les motifs que TÉglise catboliqae a foil valoir en tout temps en &veur de son inlàiliibilité.
€ Vos aïeux étaient autrefois dans la même Église que nous... .Luther leur a persuadé d'en sortir. Vais quelle raison a-t-il pu avoir de fiiire un schisme dans TÉglise? Vous dires que c'est parce qu'il reconnut qu'il s'était introduit divers abus dans rÉglise. Mais quels sont ces abus? sont^ils dans la doctrine ou dans la uioralc? S'ils sont dans la nioralu, nous en convenons, il y a en toujours do mauvais catholiques, et l'Église a toujours prêché cuulie ces dérèglements des iiiujurs et travaillé à les réformer. Si ce sont des alms dans la doefrine, il faut donc avouer que TKglise est tombée dans l'erreur et qu'elle a perdu rinfaillibilité qu'elle avait Luther a-t-il fait une Éghse plus jnâiillil>le que la nôtre? entend -il mieux l'Écriture que les docteurs de l'Église romaine, et qui nous dit qu'il explique les Écritures d'une manière qui ne peut vous tromper?»... Puis il discute, au point de vue historique et traditionnel, la question de la communion sous les deux espèces, cherche â prouver â Dietrich que ce n'est point là un empêchement sélieux, un abinie infiancliissahle entre les deux confessions; enfin il termine pai de> raisous de prudence humaine: «Prenez la résolution d'un iiomme sa{,^c et faites connaître à Dieu que vous voulez travailler par votre exemple au rétablissement de la véritable religion dans celte ville (Strasbouiig), Depuis que vous vivez avec les catholiques, vous êtes désabusé de bien des choses que vous aviez crues contre notre religion. Nous condamnons la simonie, l'idolâtrie, la superstition; ftiites connatlre au Roi que vous voulez seconder son zèle pour ramener ses sujets dans l'Église. Je sais que, si Dieu vous ûit la grâce de reconnaître ces choses, vous serez bientôt id, dans Strasbourg, par votre autorité et votre exemple, l'appui de l'aocienne religion et le plus tidèle magistral que le Hoi ait L 9
BlOGlunUBS AUACllUINBS,
en cetl(,' [)rovînce. Je ne vous parle point de^ avantages que
vous et votre famille recevriez pai* votre convei sioii; mais
l'Évangile dit: Cherchez le royaume du ciel, et toutes les
autres choses vous seront données. Je puis vous assurer qu'il
y a déjà, selon le dénombrement qu'on a Ait, plus de 1,500
familles converties et faons catholiques. Dieu veuille que vous
en au^iiientiez le nombre! ie finis et je suis, Monsieur, votre
très -humble et très -obéissant serviteur.
€ Signé: Taradb.i
Voici la l'épouse indirecte que lait Dominique Dietrich à cette missive de Tarade :
Profession de foi luUtérietnte fcrilt: de la main même du Dieirich ei munie de son cachet.
fie, Dominique Dietrich, de Strasboui^, atteste devant Dieu, le Tout^Puissant , que je suis assuré en mon flme et conscience,
crois et recoiiiiais (jue la religion évangélique, confession (J'Aii^^sbourg, de la façon dont elle est cunsig-née dans notre tg^iise, est conforme à la Parole de Dieu, qui seule peut donner le salut; que je n'ai aucun scrupule à ce sigel; mais que* je suis au contraire dévoué à ladite rclig^ion de cœur et d'âme, et suis résolu à rester ferme en cette foi à la vie et à hi morl. Par grâce spéciale de Dieu, j'ai appris à Taide de sa sainto Parole et acquis science certaine (sans vaine gloire) que, si je fiiisais défection à cette sainte religion, je deyiendrais infidèle à mon Dieu et à ma conscience, ei serais un vil hypocrite, en conséquence condamné devant ie tribunal de Jésus-Christ, d'après sa sentence Irès-nelle (saint Matthieu, 24-, 51). Et pour confirmer et corroborer cette ferme résolution, j'ai éciit de ma propre main ce certificat de ma foi et de ma confession, et j'y ai apposé mon cachet ordinaire, pour servir de document certam, oonune si je l'avais écrit au dernier moment de ma vie et scellé de mon sang; et ce surtout dans le but, afin que, si je devais mourir en tel lieu où personne de ma religion ne
se trouverait auprès de moi et oe pourrait poiter lénioignage en ftveur de ma constance (tu que déjà on m'a forcé d'éloigner de moi mon domestique, parce qu'il était de ma religion, avec menace de 1,000 fr. d*amende pour moi et des galères pour mon serviteur), cette même constance en la foi évangéliquc pût être prouvée et notifiée par cet acte, et que toute prélenliou contraire, que l'on mettrait faiissiiiienl à mon endi'oil, pùt être déniée et aniinléo, ccDiiiiiie iiayaiif îhh un fondement.
«Fait à Guéret dans la Maichc, le 4 avril i08(i.
< DoMiMQUB DiKTRiCH, de Strasbourg.»
Le récit que je fais à mes lecteurs ne doit point s'égarer sur te terrain de la controverse. Je raconte une. vie douloureuse; je ne discute pas des questions de doctiine, mais je ne puis m'empècher de reconnaître, dans cet acte d'un viefllard infuine, la manifestation d'un esprit sincère, qui puise ses " convictions inébranlables dans un ordre d'idées supéiieur à des coiisidéiations égoïstes et terrestres. Au point de vue caLliolique, ranimeisti e Dictrich persévérait dans l'erreur; mais il y persévérait de bonne foi. S'il était rentré dans le sein de l'Église de ses pères, il n'y aurait point trouvé le calme, puisqu'il y aurait passé comme un hypocrite en vue de ces avantages matériels <pie le gouvernement tout-puissant laissait entrevoir, et qu'O octroyait libéralement à ceux des anciens collègues de Tammetstre qui avaient été moins scrupuleux que lui.
Ne pouvant i\'j.iv mu 1( du f de la famille, les ecclésiastiques bienveillants qm avaient pris à cœur le salut de ces âmes, s'adressèrent à l'épouse de Dietrirh. Le curé Toumyot lui donne (iellre du 9 septembre i68d) des nouvelles de sou mari, cqui est un peu sur l'âge, et chagrin de son sort, et dans un lieu fort exposé aux rigueurs du iroid... » Puis it continue :
«Je vous ai marqué la manière dont j'ai usé avec lui
pour l'aider à sortir de là, et comme il m'a toujours rebuté» ainsi que la véritable voie que je lui [irésentais pour se bien inellre avec Dieu et avec son souverain. Je ne sais ce qui
1^3 BIOGBAPliIBS ALSACIBNIIBS.
Tolilige à ^^)^•U'^ tous ces bons iiiuyens, si ce n'est cermine prudence opiniâtre de fausse science, jointe à quelque serment qu'on dit ici qu'il a fait. Cette prudence et cette science sont réprouvées dans l'Écnture-Sainte, et nous nous tenons pour assuré qu*on n'est pas obligé de garder un serment qu'on a fait mal à propos pour une chose mauvaise. »
Dans une lettre précédente du 14 août, II. Toumyot, qui si^ne € pasteur indigne,» a déjà fait auprès de Marguerite Dielrich les plus vives iiisl.nK i > pour qu'elle ai rive à convei lir son mari, « qui ne veut entendre rien avant ijiTil ne soit en
liberté avec ses livres et ses écrits. » t Vous ne seriez pas
la seule femme dont Dieu s'est servi pour la conversion des maris... » Et il lui cite l'exemple de la mère de saint Augustin, de celle do Constantin et de l'épouse de Glovis. C'est une longue lettre de controverse, écrite dans le but de iiîre ressortir les qualités dislinctivea de l'Église catholique et de dis- ^ cuter les points principaux, tels que la communion, le célibat des prêtres, qui éloignent les proleslanis ik l l.giise mère. Le curé ToiH'iiyut est un esjn it m *]l^li[|g^né que le P. Tarade; il est diliuî?; mais il ne manque {)oint île chaleur d'âme, et je n'ai aucun droit de douter de lui; il a fait ces démarches auprès de la famille de l'exilé, dans le seul but de retirer ce dernier d'une passe dangereuse, de sauver à la fois une existence matérielle digne d'intérêt et une âme digne d'affection compatissante.
Lors(]n'on s'aperçut que les démarches réitérées auprès de
la femme de Dominique Dielrich n'amenaient pas le résultat désiré, c'est sur le tils qu'on essaya d'agir. Le H. P. Perrin, recteur du collég-e de Cahurs, qui avait eu l'occasion de voir Jean Dietrich' à Strasbourg, lui écrit à la date du 4 février
i. Jcau Dielrich, Uis alué lic Dominique, uaquil le 3 avril 1651 ; il épousa Harie-fiarbe Knirbs, fille d*tiii sleltmelstre et eut d'elle to garomis et 6 mies. Toute cette aombrense deacendiace s tq le Jour de 1683 à 1708.
Jean Dietrlcli est le grand-pôre da premier maire de Straaboarg.
DOMINIQUE DIBTRICH. 133
1687; c'est une lettre remarquable que je prends la liberté
d'insérer Icxtuollement:
«Il y a déjà quelque temps que j*Di quitté l'Alsace, et qu'on m'a arrêté en France pour gouverner le collège de Cahors; mais je ne vous ai jamais abandonné ni de cœur ni d'esprit, et vous avez été présent à toutes mes peosées. Dieu m'a fait es- . pérer qae /apprendrais bientôt le changemeut que je lui demande pour vous et pour votre famille. Gomme j'ai pour tous tous les sentiments d'une amitié sincère, je désire aussi vous procurer les véritables et les solides biens. Vous êtes assez convaincu de la vérité de notre reli^on, et s'il vous reste quelque difficulté, il vous est aisé de vous éclatrcir, et vous êtes sans doute obligé de le faire, pour satisfaire votre conscience. Ne voulez-vous pas enfin écouter la voix de Dieu? Vous aurez l'avantage de faire en cela la volonté lie votie Père céleste et même de procurer le salut temporel et éternel du père que Dieu vous a donné sur la terre. Je ne suis pas fort éloigné de celui-ci. Il n'est qu'à une ou deux journées d'ici; je voudrais bien lui fiiire savoir ou lui porter moi-même la nouvelle de votre conversion. 11 en serait sans doute touché, et il ne tarderait pas longtemps à suivre votre exemple. Vous auriez la consolation de le revoir bientôt, et bon catholique et bon serviteur du Roi dans Strasbourg. Souvenez-vous de ce que votre docteur Beble* m'en dit souvent, lorsque je lui parlais de sa conversion : Qu'il attendait de voir l'exemple de M. Obrecht. Il l'a attendu, luais il n'en a pas profité, et l'on m'écrit qu'il Pst mort fFun*' mort soudaine, qui ne lui a pas donné le loisir tlo X' 1 1 [jentir de sou obstination ; vous avez rex(*mple de tant d autrcs; si vous n'en profitez point. Dieu ne vous donnera peut-ôtre pas un plus long terme; pour ce vous (vous) reprocherez un jour, devant le jugement de Dieu, le mépris que vous avez fait de ses inspirations, et je vous dirai que vous