‹ Biographies alsaciennesChapitre 18 sur 57 · I. BèbeUn, le ntae dont 0 a été questien plus btnL · texte numérisé non relu

I. BèbeUn, le ntae dont 0 a été questien plus btnL

avcs préféré & votre salut la considération d'une ferome et de quelques hnx amis, et que la crainte des hommes a eu plus de pouvoir sur votre esprit que Dieu et le salut de votre ftme. VoilA, Monsieur, les avis préalables qu'un véritable ami vous

envoie de loin; s'il y a quelque chose à faire eu Fiance pour votre service, vous pouvez m'écrire en toute sûreté pitr ia voie (lu coiirnci' (le Pai is, avec ce dessus : au Révérend Vève Penin, recteur du Collège des jésuites à Caliors; par Paris. Vous savez de quelle manière je suis votre très-humble et très-obéissant serviteur. c Prrrin, jésuite. >

Cette lettre, dont pas un lecteur, au surpips, ne méconnaîtra la simplicité , et qui a été écrite par un homme de cceur,

digne d'être compris et entendu s il avait pu Tètre dans une famille exaspérée par des malheurs sans exemple, celle lettre resia sans efTet.

Qiieiijnes mois plus lard , la belle -nière de Jean Dieiricli qui passait à Strasbourg ses tristes journées dans un veuvage anticipé, crut, sans manquer à sa propre dignité ou à ses devoirs envers son mari , pouvoir rerourir à une princesse du sang, à une femme, digne de comprendre les douleurs intenses d'une mère de famille.

Lors de la première visite de Louis XIV à Strasbourg , en octobre 1681 , la Daophlne^ avait habité la maison de Tarnmeistre Dietrich, et la femme de ce fonctionnaire avait prodigué à la jeune princesse, récemment mariée, les soins respectueux , commandés par les cir( ousiann s, mais relevés par la naïve coi'dialité qui disliiiguail à cette éporfue la boiir- «,^coisie d»\s villes libres de l'Allemagne. La Hauphine avait été vivement touchée; elle s'était, sans doute, attendue à voir dans cette ville conquise des visages attristés; elle fut étonnée de trouver dans riotérieur du chef de la république que son

I. Le Daiipliin avait épousé, le 7 nnrs 1660» à Cbftloii8-siir>]brne» Anne- )larie*Chrîstiae-Victolre, fllte de FenUoand, éleeleiir de Bavière.

DOMinOVE DtBTRICH. 135

beau-père venait de (l»Hruire d'un soiiino de sa volonté , In sérénité confiante , et une soumission nullement servile , mais religiense, à la volonté de Dieu, manitestée par l'un de ses représentants sur ierre. Au moiaeul de partir, la princesse, Allemande d'origine, assura de sa proteciion la femme allemande de Tammeistre*

Gdle*ci pria Tun des amis de son époux exilé de rédiger une supplique, qui fiit adressée en ces termes à Madame la Dauphîne :

9 Supplie en profonde humilité la fonime de Dominique Dielrich d*' Siiiis[)ourpr, disant qu'elle a une confiance d'autant plui« i especlueuse et plus assurée à se jelei à vus jucds, qu'elle a eu rhonneur de vous voir loger chez elle en octobre 1681, bientôt après la réunion de la ville de Strasbourg, et que vous lui fites la grâce , Madame, de lui offiir votre puissante protection, de laquelle, comme elle a extrêmement besoin dans la misère où se trouve présentement sondit mari, ci-devant le plus aneîen des consuk ou bourguemestres de la ville de Slrasbour;^ , âgé de soixante et sept ans , el i\uï a passé sa vie en dévotion et en prières et adrainislré la justice avec toute rintéjrrité possible , ef qu'elle n'a pu apprendre jusqu'à cette heure ce qui lui peut avoir attiré le malheur de se voir relégué à Guéret, en la Haute - Marche du Limousin, depuis l'espace de deux ans, privé de tontes les cbarges de magistrature, éloigné de sa Âimille et de tout ce qui peut lui être cher au monde , déchu de santé et réduit A une vie languissante. Elle vous supplie trée-humblement , Madame, de Iin vouloir faire la grâce de représenter à Sa Majesté le pitoyable état dans lequel se trouve présentement sondit mari, la caducité de son âge, la débilité de son corps , la faiblesse de sa santé, la ruine de sa maison par son absence , l'abîme de tristesse et de douleur où il se trouve plongé , el le comble de grâce et de roi» séricorde que Sa Majesté lui pourrait âiire en lui accordant sa liberté el la permission de s'en retouiner à Strasbom^. La

BIOGRAPHIES ÀLSAUËKMiiS.

suppliante a d'autant plus d'espérance d'obtenir cette grice de notre invincible monarque, par Totre paissante entremise, qu'elle se repose entièrement sur la bonté et la clémence de

Sa Majesté , el qu'elle est assurée de la parfaite obéissance et fidélilé que son mari a pour sadite Majesté. El pour vous fénioig-ner, Madame, le cœur i ucuuiiaissanl avec lequel elle recevra cette grâce de votre main charitable , elle emploiera tout le reste de ses jours à prier Dieu pour raffermissement et perpétuité de votre grandeur, prospérité et santé. >

Cette supplique , non datée , dans la copie que j'ai eue sous les yeux , parait avoir été accueillie favorablement; car à la date du 19 décembre 1687 , Dufresnoy, le premier commis de Louvois, anoouce à Dominique Dietrich que le ministre lui accorde la facilité de l etoumer à Strasbourg, pendant deur mois, pour y mettre ordre à ses aflaires. Le délai expiré, il se rendra à Vesoul, jusqu'à nouvel ordre. Dufresnoy laltend, snns faute, à Paris, hôtel d'Orléans, rue de ia Verrerie.

Dominique Dietrich se prépare à partir pour Strasbourg, mais au lieu de prendre par la grande route de Paris, il manifeste l'intention de se diriger par Moulins et Besancon.

Celte infraction à la consigne lui vaut une sévère admones* tatîon de la part de son protecteur. Le jour de Noël , Dufresnoy lui écrit une lettre pleine de reproches: il a appris avec peine que M. Dietrich passe par nesauyou. Il lui l éitère l'offre de le recevoir el de le diriger à Paris ; il espère que l'avis le trouvera assez à temps encore à Guéret. «Je vous supplie, pour l'amour de vous-même, de prendre le parti de venir ici; je vous assure que vous serez content de votre voyage.»

Dominique Dietrich ne se laisse point fléchir ; il est fatigué des obsessions euxquelles il a été en butte, et de plus il est sérieusement malade : il appréhende les fat^aes physiques et morales de Par is, el prend décitlémenl par le plus comt chemin, en compagfnie de son fils, <}ui est venu lui donner la conduite.

Ce voyage est long et semé d'incideals. Dominique , brisé

Digitizeo lj

BOHimaOS OIETRICH. 137

pnr le chagrin, se tratne à petites journées; il reste malade dans plusieui*s localités. Le 30 janvier 1688, il est à Moulins et il écrit à M. deLouvois, pour h Kjinercier et donner les raisuijs les meilleures sur ce cliangenient dans sa feuille de roule; son lils écrif dans le même but et à la nièiae date à M. Dafiresnoy. Le 18 février seulement il parvient à atteindre Strasbourg, où il entre, de jour, en litière ; quelques-uns de ses vieux amis, prévenus de son arrivée, le reçoivent à la porte, loi font cortège, comme le feront, cent cinq ans plus tard, presque jour par jour, les fidèles adhérents du maire de Strasbourg, lorsque ce dernier est renvoyé par la Convention , devant le tribunal criminel de Strasbourg.

On lui fait un crime de cette ovation spontanée , modeste ; il l'a provoquée! Ce malheureux se sent poussé irrésistiblement à remercier le Seigneur souvei'ain, d*où découle toute grâce ; il se rend dans sa paroisse , dans la petite église de Saint-Nicolas; cette visite si simple lui est imputée comme le méfait le plus grave; il reçoit chez lui quelques amis, quelques pasteurs, qui viennent serrer les mains tremblantes du pauvre vieillard, qui a souffert pour sa foi; ce sont des conciliabules contre la sôreté publique.

Dufresnoy écrit à Dietrich fils, dès le 8 février, en réponse i sa lettre de Moulms. Cette missive est trop curieuse pour ne pas motiver et ftire admettre avec indulgence TinsertiOD textuelle de la pièce :

«C'est, Monsieur, la réponse à la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire à Moulins le 30 janvier, dans laquelle j'en ai trouvé une incluse pour Monseig^neur le marquis de Loiivois , de la part de Monsieur votre père. Je la luy ay rendue avant hier, il ne m'a rien dit en la recevant, maisj'ayscu depuis qu'il était mal satisfait de ce que Monsieur votre père, au sortir de son exil de Guéret, n'était pas venu droit icy , et é vous parler franchement, je ne vois pas comment il pourra racommoder cette affiiire.

138 filOGRAPHIRS ALSACIEfiNES.

c Je voas ay mandé tant de fois qu*îl était désiré icf , et que Monseigneur de Loufois désirait lu y parler. Je vcm ay mène marqué que 9a Kberlé enUêre dépendait de ie foin voh'

icy ; ainsi je n'ay plus rien à y ajouter; vous verrez par Tévénemenl que je vous ay dit vray.

<f Vous me mandez cfue ces (ffir) mnlndies et ces faiblesses l'en ont empesché ; j'ai dit icy la même chose , mais l'on m'a répondu qu'il devait plutôt se faire mettre en lïtiére, et que rien an monde ne pouvait le dispenser de venir de droiture remercier son libérateur, et apprendre de luy ce qu'il avait é Aire, n s^est peut * être persuadé que c^estaît pour Iny parler de religion, point du tout; ce n'était point là le sujet qui demandait icy sa présence.

< J'ay feit voir sa lettre et la vôtre par laquelle il penM qu'il est à la veuille (sic) de sa mort ; je prie Dieu qui (sic) luy conserve sa santé; mais vous coniprené (sic) bien que s'il vient à se bien jtorki , loi fiu il sera arrivé à Strasboui^, que ses ennemis ne nianqiui >nl pas de tirer avantage, el de publier qu'il n'aurait tenu qu'à luy de se rendre à la cour aussi bien qu'à Strasbourg.

< Je vous avoue que ces contretemps m*ont causé bien du chagrin , car je m'eslait {ne) Mi une grande joye de le recevoir icy, de le conduire à la conr et de vous le renvoyer glorieux et satislbit.

t J'attends , Honsieuri de vos nonvelles sur l'arrivée de Monsiem* votre père , et suis, è mon ordinaire, votre trèsbunible e( très-obéissant serviteur.

(Sans signature.)

Adresse: f A Monsieur Monsieur Dietricb, licencié es loys

près de la g-rande ♦'{^lise de Strasbourg. Au bord de l'atircsso : « Reçu le lévrier 1688. »

Mais le mois suivant le commis épouvanté écrit à Dietrich fils une lettre véhémente: c Votre pére a tout perdu, en allant â Strasbourg. > — Dufresnoy appréhende pour l'ammeistre

DOMINIQUE DIBTRICH. 139

des suites ti'ès-graves, très-âcbeuses. On a mandé à Paris que la maladie de Dominique Dietrich n'était que feinte, que tout ce qu'il a dit n'était point vrai. Il est allé au prêche avec ostenlalion; ce qui le rend criminel, c'est le mauvais exemple qu'il donne au peuple; rempéchement qu'il ;ipporte à sa conversion; les assemblées secrètes qui se tiennent chez lui; ses amis de Paris l'abandonneront; «car dans ce pays • ci, les gens ne « veulent pas employer leur crédit en vain.... »

La maladie du pauvre vieillard n'était pas feinte du tout; il approchait de soiiante et dii ans, situation qui a elle seule constitue ima maladie incurable , puis, il se sentait pris de ces palpitations, de ces spasmes qui torturent les tempéraments débiles, usés par les insomnies, et minés par les tortures morales.

N'osant lui-même s'adressor à l'inflexible Lou vois, poui obtenir une prolongation de ces quarts d'heure de grâce, il prie le ma^nstrat, ses anciens collègues et ses successeurs, d'intercéder en sa faveur. clJ n'a pu arriver qu'après le terme iix,é pour son voyage; à peine s'il a eu le temps d'entamer les afliures. » Mais je ne trouve point de traces éa bon effet pn^ dnit par cette pétition.- Dietrich s'achemine au printemps de 1688 vers son second exil à Yesoul. Cest une amélioration incontestable , car il est beaucoup plus rapproché de sa ville natale et au milieu d'une population qui devait lui être moins antipathique que celle du centre de la France.

Les attaques de sa maladie cepeniLuii j'eçoiniiir.iif'.enl: il court (\e. sérieux dangers, et sa famille, au risque d'ini|)ortuner les puissances de Versailles, recommence à supplier en faveur de son chef.

Après dix-hm't mois d'attente la lettre de grâce arrive enfm; cinq ans d'inflexible constance ont prouvé au ministre <le Louis XIV, — si ce dernier daignait descendre à ce détail de service et s'occuper du sort d*un bourgeois de Strasbottiig, — qu'à moûis de tuer d'un coup de massue l'ancien ammeistre,

BIOGRAPHIES ▲LSACIKKNES.

oeUe nature o{iiniàtre résisterait è toutes les injoiiclions et à toutes les menaces.

A la date du 3 octobre 1689 , Louvois permet è Dietrich de rentrer ft Strasbourg, sous condition, toutefois, qu'arrÎTé chex

lui , il ne quittera point sa maison et ne verra que les personnes de sa luniille.

La signification de cet ordre est claire comme le jour. Ou voulait, to!it en se donnant l'air de la miséricorde , empêcher Dietiicli d'exciter les sympathies du public en se montrant au temple, dans les rues ou dans les salles du Conseil. Consigné chez lui , il n'étail plus dmigereuz; c'était une captivité mitigée, mais cruelle au fond, puisqu'elle infl^eait au prisonnier le supplice de Tantale; il respirait Tair natal , mais i travers les stores de son cabinet de travail; il entendait sa langue maternelle et les chants de l'église voisine ' , mais aflbiblls par ta distance ; il épiait ses amis dans la rue, mais il ne pouvait leui* tendre la muni. Cet élal de réclusion dura près de deux ans et demi.

Après de nouvelles suppliques réitérées arrive, à la date du 12 janvier 1692 , une dépèche de M. de Barbézieux à M. de La Grange, intendant d'Alsace: «Le roi permettra à M. Dietrich de sortir de Strasbourg pour prendre les eaux, lorsque cela sera nécessaire é sa santé.»

Et à la date du 96 mai de la même année , une lettre de tf. de La Grange ft Jean Dietrich fils contient une pièce an* nexée; c'est la copie d'une dépêche de M. de Barbésieux , qui permet h Dominique Dietrich de ft'équenter le service divin protesliuit, mais renouvelle et maintient la défense d'assisler aux séances du Conseil de la ville de Slra>l)uiir^.

Les pensées d'ambition, si jamais il en avait en, étaient bien éteintes dans son âme, depuis de longues années dé-

1. La maison habitée par rammetotre Dletrldi élati aitDèe non loin de l*£gilse 8alnl-ineolaa, aa parataae.

DOHINiQUB DIETftlCH. iAi

lâchée du monde. On be l'appelle les expressions uavraules dont il se sert, lors de son dernier voyage à Paris, pour dôpeiodre les angoisses dont il est assiégé, et le dégoût dont il est pris pour les choses terrestres. Cette disposition d'esprit n'avait fait qu'augmenter. Il accepta comme une gi-âce divine la faveur qui lui ftit accordée par Louis XIV de professer librement son culte, et, incapable de inaicliir, à la suite d'une longue réclusion, il se fil porter en litière au pied de l'autel de Saint-Nicolas.

11 prolongea encore près de deux ans cette existence in- /irme. La méditation de rÉcriture et le culte doroesti(]ue avaient pris la place des eierdces du culte public auiquels il ne pouvait plus assister. Enfin, le 9 mars 1694, il eipira au milieu de sa famille , en lui recommandant le pardon et l'oubli des injures.

Les funérailles furent simples et silencieuses. On aurait craint de choquer le pouvoir par une démonstration solennelle.

La carrière fie son fils fut terne et calme ; mais conmie si le meui'tre judiciaire de George Obrecht n'avait point reçu une suffisante expiation par le long martyre moral de Dominique Dietricb, comme si le sang, cruellement répandu, eilgeait, d'après la loi mystérieuse du talion, la réparation par le sang, il arriva que Tarrière-petit-fils de Fammeistre, non réconcilié avec Dieu par la foi dans le sacrifice du Sauveur , expia d'une manière plus cruelle en 1793 le supplice de

Je sais fort bien que par ce mode d'interpréter les événements , j'encours le soupçon d'être superijliiicux ; je n'ai rien à répondre , si ce n'est que des nations entières, aussi longtemps qu'elles n'ont point été corrodées par l'incrédulité, ont partagé et partagent encore cette conviction qui fiilt la morale de l'histoire, et qui est la digue la plus forte contre le débordement des passions politiques et sociales.

B10GRAPH1B6 ALSACIENNES.

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