‹ Biographies alsaciennesChapitre 19 sur 57 · PIÈCE JUSTIFICATIVE · texte numérisé non relu

PIÈCE JUSTIFICATIVE

Copie d'une nota, icrite de U main de Dominique J>ieiricli.

Den 6 Seplembir IWs ist oeiD vÊém Obttit anb 6 Ubreo ge» nesseo mit eineiii Jungen Sono , fier ist deo 7 dilto ditrch dee beHTer

hern beinrich gedauffl und Jobaiies genannt worden. Got der Iht verliebe uiid scbeiDckh lin Seinen giiPiien belligen Geist

der In Regirrr tind Firre nooh seinem goUlichen \\ ilkii.

Isl inein Alterich Niclaiis von Durckbeim und aiicli ich * \or^ iiifissrier aooli Frau .Maria zum Oxen pfettern und getett {sic) wordeu. GoU der her verliebe Seinen Segen derzu. Amen.

D'une autre BMin: Hm. Johannes Oietrich XV*' Geburtsscbelo. (Ce letii est père dtt second Dominique Dieiricli.)

SGHŒPFIilN

Oaiour» lii dwM la •*MKe du 1" aai IS&O, » U âeviéU ««ioicM. icnViiiuirt ci arlt 4h la»-Abiii.

Je remplis nn duvoir, ou phiîôt je cède à riinpuli.ioii d'une pieuse ^L•(■o^llai^^^.i^lce, en 00118301*3111 quelcjues pages à Schœpflin, au savant et laborieux antiquaire, qui, le premier , a recueilli systématiquement les trésors de nos chartes , et les notices historiques et géogniphiiqnrs ({ui peuvent intéresser les habitants de la bdle vallée du Rhin depuis Bile jusqu'aux confins du Palatmat et de la Hesse.

Je n*ai jamais feuilleté VAkace dij^amalique ou VAUaee Ulttstrée sans éprouver un vif sentiment de gratitude pour la mémoire de ce bénédictin laïque , dont Vinfetigable labeur a déblayé la route, que tou.s ceux qui s'occupeul depuis quatrevingts ans de l'histoire et des antiquités de notre proviin e ont pu suivre, dès lors, sans fatigue et sans ennui. Ouoique la carrière de iJchœpflin présente peu uu point d'incidents dramatiques, j'ai pensé cependant que vous prêteriez, sans répugnance, quelques instants d'attention à un récit, destiné à faire passer rapidement sous vos yeux une de nos plus chères illustrations. Tout en empruntant des dates ou des fiûls matériels aux biographes de Schœpfiin , je suis sûr de ne pmnt les avoir copiés; lè point de vue, sous lequel se présente un homme distingué, change à mesure que les années s'interposent entre son image et ceux qui la contemplent.

Schœpfiin a €U le rare bonheur de voir le joui à une époque favorable aux tiavaux eiiidits et de longue haleine. Sa pre-

144 BIOGKAPHIKS ALSACIENNES.

iiuere eniaiice coïncide avec la lia du dix-sopliérne siècle ; sa jeunesse y son ége mûr, sa vieillesse s'écouleol, sans que la guerre, sans qu'un bouleversement européen soient venus troubler la quiétude de son esprit ou ravager son pays d'adoption. Il a pu s^adomier tout entier à ses études, fiivorisé d'ailleurs par on concours de circonstances heureuses» dont j'essayerai de faire ressortir Tinfluence sur son développement intellectuel. Mais , si le ciel lui était Houx et propice , lui ne s'est pas non pius eudoi nii dans la nioUesse ; les séductions d*un long état de paix et de calnic n'ont poinl eu prise sur sou caractère fortement trempé , et sa volonté s'est dérobée aux charmes que la vie de famille aurail pu exercer sur un esprit bonnète comme le sien ; il a fait de la science sa religion et son culte; il a cherché dans le travail les jouissances que d'autres trouvent dans le monde sensuel, et, pourquoi le nier? il ne vivait point en temps de république , il ambitionnait un peu la faveur des princes et des rois , les émotions de la ue iiUcraiic, la ^luii o de roialeur académique.

Jean-Daniel Scliaptlin est né le 54 septembre 1694 à Sullzl)ourg, pelile ville du margraviat de Bade- Durlach. Je suis porté à croire cependant que sa &milie était originaire de ^ Strasbourg; on trouve du moins au sein des membres du grand-conseil, en 1867, le nom d'un Berthold Scbœpfiin, et, en 1395, celui de Wemher Schœpflin, administrateur dtf grand'hôpital.

Son père était un employé du margrave Frédéric -Magnus, contempoiain du margrave Loui:^ ~ Guillaujuc (k Liade , quia fondf- R;i^ia(t et conquis un nom européen dans les guéri es coniie les Turcs. A défaut d'un vaste horizon politique, l'existence dans une de ces petites principautés , dont les souverains s'adonnaient soit aux beaux -arts, soit an noble métier de la guerre et souvent à des passions moins nobles, n'était pas sanschaimes; un reflet des splendeurs de Versailles ou de Vienne arrivait au pied jde la Forêt-Noire , et une éducation

littéraire et libLualc l'iluil l'apaïKJf^e de l'enfant d'un luiictioiiiiaire, qui approchait de ces piuices et qui devait vouloir que son fils pùt jouir à son tour de celle existence privilégiée. Presque au sortir de Tenfance Schœpflin suivit les cours académiqaes à Bâle'; en 1710» U vint à Strasbourg, où il entra comme précejpteur dans la maison d'un profeaaear de bellesleltres, qui se trouvait être, par hasard, le beau-lrère du comte autrichien de Bartensteîn. Ainsi, à peine âgé de 17 ans, le jeune savant précoce eut , comme on dit vulgairement , le pied dans l'étrier; il se fil accepter, aimer daiis sa nouvelle famille , sans perdre de vue ses propres éludes. Il débuta par ({Uf'lfiues dissertalion.s latines; c'était à celte époque la seule maiin re de se faiie conuaitre danti le monde savant; il n'y avaii alors ni journaux, ni revues : la poésie allemande était à naître; el quant à faii-e usage de la langue française, le jeune Badois n*y pouvait songer; il en était encore à fétude des principes de la langue. Mais, dans le choix de ses premières thèses académiques, le jeune homme fait déjà preuve de tact, de bon goût, et, permelteE-moi d'ajouter, de calcul et d'adresse. Il limite son iiuiizua ; il ne va point, de prime abord, construire une liisloiàe universelle ou un nouveau système de philosophie ; il écrit quelques modestes monographies ; il en consacre une à la mémoii'e d'un théologien de Strasbourg (Barth); une autre au souvenii' de son bienfaiteur Kuhn, dont il allait recueillir hi chave (en 17âO); il compose un panégyi-ique sur Gennanicus; il établit, dans une thèse lucide, l'origine, la généalogie, les faits et gestes des rois de Navarre, et acquiert par ce travail énidit des droits à la protection du puissant gouvernement qui avait l ecucilli l'héritage et le nom de ces roitelels pyrénaiques; cnini , il prélude aux grands Iravaux, qui occuperont son ày;e niùr, par des recherches sur les antiquités de cette belle Alémanie , dont l'Âlsace, Bade, . une partie de la Suisse et de la Souabe sont les fragments modernes. Avant l'âge de ^ ans sa réputation littéraire L to

146 BIOGRAPHIBS ALSACIEUHBS.

est déjà établie à Strasboni^, dans les villes savantes de la vallée da Rhin, en Allemagne et dans le Nord; en 1793,

Francfort lui oiïri' une chaire d'anliquités; deux uus plus tard, la veuve fie Pierre le Grnnd lui destine dei fondions savantes à Sninl-Pélersbourg; ni;u>, ntlaclié îih capitale de l'Âlsace par les liens du devoir et de la reconnaissance, retenu parles nouveaux témoignages de la l)ienveillance du magistrat et de rUniversité de Strasbourg, il refuse; sa vocation, d'ailleurs, n'était point dans les glaces du Nord; on ne s'occupe point d'antiquités, sans éprouver un attrait irrésistible vers la ville étemdle et les richesses du sol classique au midi des Alpes; une passion désintéressée entraînait le jeune professeur d'histoire et de littérature vers les grands centres des arts, vers les grandes bibliothèques de Londres» de Paris, de la Belgique, de la Hollande, de l'Allemagne. Saint-Pétersbourg, à cette époque, sortail i» peine des niai-ais de la Néwa; et Schœpflin, tournant lirrn t nirîit le dos à la Russie, à la Suède, qui l'appelle à Up- il , ;i la Hollande , fjni lui olfre une cliaae à Leyde , Schu3pfliii dut s'écrier : Jtaiiam pctimus!

A cette époque, un voyage en Italie n'était pas une affaire banale; les communications étaient lentes et difficiles; le touriste n'avait point défloré cette terre, où tous les siècles et presque tous les peuples ont laissé la trace de leur passage, les uns parce qu'ils ont fondé, les autres parce qu'ils ont détruit; la science historique et critique, la science desBeaufort, des Niebuhr , des Bunsen , n'avait pas complètement soulevé le voile qui recouvre ces débris du passé. Winckefanann, l'adorateur enthousiaste de la beauté grecque, n'avait pas révélé au monde la llliation de l'art antique; il n'avait pas encore, nouvel Hiérophante, condin't ses disciples aux pu Is do Vénus deMédicis; il n'avait pas interprété la physionomie neiutiiernie d'Apollon du Belvédère, ni Tint iïable douleur de Laocoou; son imagination créatrice n'avait pas restauré le torse d'Hercule. Toutes les fouilles n'étaient point fiiites; les ruines do

SCHŒPFLfIf. 147

Forum attiraient bien l'attention des antiquaires , mais elles gisaient à moitié enterrées sous les décombres amoncelés par douze à cjuinze siôcles de désastres. Hais aussi tout était neuf! le lierre balançait sans contrôle ses guirlandes au-dessus des thenneSy des arcs de triomphe, des amphithéâtres et du' palais des Césars; les restaurateurs n'avaient point plaqué des murs de soutènement contre ces témoins d'un autre âge, et le scepticisme moderne n'avait point discuté, avec une impitoyable sagncîté , les noms qu'une pieuse tradition rattachait à ces mine*. A cette époque , nn voyage à Rome était sons bien des rapports un voyage de découverte, G ei>t dans cette Uoni»', nuiins délilayée, plus fruste, si je puis m'exprimer ainsi, que Schœpfliii fit sa première entrée, il y a cent vingtciu(] ans. Benoit Xlil, de la famille Orsini, occupait le trône pontifical. 11 venait de rarchevéché deBénévent; il avait relevé de ses ruines cette ville dévorée par un incendie pendant le court espace de son règne; à Rome, il s'essaya aussi à des travaux de restauration. Notre jeune compatriote dut assister à plus d'une fouille ; il s'appfiqua lui-même à foire une provision de vases, d'ustensiles, de statuettes, de monnaies et de médailles antiques; collection fort modeste lorsqu'on la compare aux trésors amassés depuis la découverte de Pompéï , cl depuis que de nos jours de vastes néciopoles étrusques ont été rendues à la lumière avec leurs milliers de vases et d'ornemeiils; mais si l'on veut l»ieii réfléchir qu un jeune iH inmc isolé , sans trop d'argent , a réussi à formci- ce cabinet d'antiques, à une époque où les secoui's et les conseils de la science moderne lui faisaient défaut, on ne peut se défendre d'un mouvement de sympathique étonnement. Schœpflin appartient à la petite phalange des précurseurs qui ont préparé l'avènement des archéologues modernes, et si des noms bien plus illustres que le sien occupent aujourd'hui les premières places dans les annales de la science , n'oublions pas de rendre justice à lem devanciers, surtout lorsqu'fls ont doté notre soi

iAS BIOGRAPHIES ALSACIENNES.

natal du fniil de lourds reL-luTclieii et du produit de leurs, iravaux : car vous n'ignorez pa.s que les collectionb luniiées par 8chii'[)llin ont été données par lui (ncte de 4764) à !a ville, en retour de la protection bieuveillaiite que le magi&lrat lui avait accordée. Schoepflia remboursait avec de ^ros intérêts le capital prêté.

Quoique protestant et d'origine tudesque, Scbœpflin sut conquérir à Rome, de même qu'à Paris et en Angleterre, ramitîé de plus d'un savant illustre. Il fut admis dans la maison du comte de Hairacb ; les cardinaux Albani , Gualtieri ,

Polignac , lui ouvrirent leurs palais ; Stosch , l'auteur d'un ouvrage estimé sur les pierres gravées, se lia dallecliuii avec le jeune prolesseur de Strasbourg, qui Sf» recommandait d'ailleurs par sa noble pbysionoiuie et son air distingué.

C'est ainsi qu'il passa plus de six mois dans la ville étemelle, infatigable dans ses études et dans ses courses à travers les ruines de la cité et du LaUim. Il vit Naples, mais alors une coucbe de cendres recouvrait encore Poropéî, et Scbœpflin passa sur ce terrain volcanique sans soupçonna* qu'à quelques années de là , par fjuelques coups de pioche , l'horizon de sa science d'aflecliun b elai^nail a perte de vue. Entre Parthénopc e( H()r?m, sur le promontoire de Gaëte, il avait salué la prétendue luur de Roland, en d'autres termes, le muiiunient funèbre de Munatius Flancus , dont il devait raviver la mémoire dans son Alsace illustrée.

Il revint par Florence, Gênes et le midi de la France. Avant d'aborder Rome, il avait Vu la Lombardie, Vérone et son admirable amphithéâtre, dont le célèbre llaflbî lui fit les honneurs; puis Venise, les légations et les rives de l'Adriatique. C'était une tournée d'Italie presque complète.

Pendant son absence, Schœpflin avait été promu aux fonctions de chanoine de baint- Thomas; en 1728, il prit possession de sa charge modeste ; mais ses besoins personnels étaient très-restreinls, et dès ce moment, il jeta les fondements de

SCHŒPFLIN.

la belle collection do niaiiuscrits et d'ouvrages historiques el philologiques , qui lurnie encore maintenant l'une !i ^octions les plus importantes de la bibliothèque de la ville de Strasbourg.

Vers la même époque , il fut aussi nommé membre honoraire de l'Académie de Londres et correspondant de rÂcadémie des inscriptions et belles-lettres de Paris. Avant son voyage d'ilaUe^ il avak viailé cea deux capitales et il y retourna plusieurs fois dans le courant de sa longue carrière, pour y former de nouvelles relations au milieu des corps savants, ou pour raviver de vieilles amitiés, ou pour conquérir à ses travaux des protecteurs dans les régions élevées. Il fit aussi quelques tournées A Lunéville, où résidait alors Stanislas Leczinski, qui aimait beaucoup le talent oratoire et l'aménité de caiaclère de Schœpflin. Celui-ci avait pronoïicé, en 1725, devant le roi de Pologne, un disconrs latin, à loccasion du mariage de Louis XV et de Maiic Leczinska; et le [)ére de la jeune reine ^ caressé dans son amour -propre, avait comblé d'éloges l'orateur, que nous n'essayerons pas de disculper d'un penchant vers la flatterie des puissants de ce monde.

Mais, en même temps, il continuait par des publications très-graves à préluder é sa grande oeuvre historique. Le genre d'érudition qu'il avait su acquérir, le rendait propre â éclaircir des points douteux de l'histoire; les questions litigieuses de chronologie , de critique ou de géographie lui fournissaient roccasion de déployer è la fois et ses connaissances et sa sagacité. Je ne eiferai que ses traités sur l'apolbéose des empereurs romains (1730) , sur les auspices , sur la Bourgogne cisjurane el transjurane (1781), sur la chute et la restauration de l'empire d'Occident (1720), — Les faits acquis par ces dissertations ont passé maintenant dans le domaine vulgaire ; il n'en était pas ainsi , il y a cent vingt ans. Il excellait surtout à débrouiller les généalogies confbses ou coigecturales. A ce titre il eut un grand succès auprès de l'empereur Charles VI , auquel il avait été présenté i Tienne, en 1738. Ce vieux mo-

narque était grand amalaur de tout ce qui touchait de loin ou de prés à ces questions des descendances princières; c'était à

la fois pour lui un penchant instinctif et un calcul de position. Vous n'ignorez point {|Lit' , dans sa jeunesse , Cliaries VI avait été mêlé d'une manière Irès-acUve à laguerr«î de la succession d'Espagne, et (ju'il avait lon^rtemps tenu en échec, dans la Péninsule, les armées de sou compétiLcui- Philippe d'Â^jou; il pressentait que sa mort pourrait donner lieu à des complications analogues snjr un autre théâtre. Aussi, le père de Harie-Thérése et le heau-pére de François de Lorrame dut*il prêter une oreille attentive aux développements ingénieux de Schœpflïji, qui, remontant» de branche en branche» le vieil arbre généalogique de la maison de Habsbourg et de celle de Loi 1 aine, montrait à son auditeur impérial au sommet de larbrc, bien au delà de Grtard d'Alsace, et presque perdu * dans la brume mystérieuse des siècles mérovingiens, le duc d'Alsace Éticho , dont le souvenir se rattache pour nous à celui d'une Sainte et d'une belle montagne des Vosges.

Aussi Tempereur fut -il enchanté de ce savov, qui élevait les conjectures au rang des faits positifs, qui éclaircissait pour lui les ténèbres du passé, et donnait à la fois satisfaction à sa vanité personnelle» à son oiigueil de souverain et aux espé* rances qu'il rattachait à l'union de sa fille avec François de Lonaiiie. Au sortir de c«'tlti mémorable audience , Schœpflin reçut de la part du dernier descendant mAle des Habsbourg le portrait impérial, enricbi de diamants, .le cite ce fait, parce qu'a cette époque les princes n'étaient pas trés-prodigues de témoignages de cette nature à l'endi oit de savants plébéiens; et je ne pense point que Schœpflin ait été insensible é cette Ikveur.

L'origine de la plus grande puissance des temps modernes occupa aussi quelques-uns des loisirs de SchcepHin. En 1740 et 1741 , pour célébrer la troisième fête séculaire de l'imprinierie, dans la ville qui avait temporairement abrité Gutenbei^,

SCHŒPFLIM. 151

il publia deux petite traités, où il reTendiquc pour Strasbourg et en faveur de rimmortelMayençaîs, la priorité deVinvention

des caractères mobiles. Il n'entre point dans mes projets d'analyseï", à ct'tle uccasioii , les pièces de ce procès, jugé pour nous , niais qui sera longtemps encore en suspens pour les ergoteurs intrépides.

Vers cette même époque , Schoepflin commençait à s occuper du grand ouvrage qui devait lui assurer un rang- honorable dans le monde savant et sauver son nom de l'oubli. En science comme en littérature» en politique ou dans les beaux -arto, c'est une preuve de tact et de jugement, que de mesurer exactement ses forces et de circonscrire le champ que Ton compte exploiter. Scbœpflin aurait pu, au besoin, avoir une ambition phis haute que celle d'explorer les annales d'une seule province et de collecter , pendant de longues années , des maimsnrib et dos diplùnit's, dans le seul but de former un vaste répertoire géographique oJ historique pour les localités grandes et petites , pour les tleuves et les ruisseaux , les monts et les vallées, les bourgs, les villages et les villes, pour les per&onuaget» princiers, les nobles, les magistrats d'une seule province. En sachant se bonier, SchoBpflin, qui n'était point à la téte d'une congrégation laborieuse, mais qui travaillait, assbté seulement de quelques jeunes gens dévoués et amis des fortes études', Scbœpflin fit quelque chose de complet; il ne resta point à moitié chemin; il ne languit point à l'cBuvre. 11 s'était dit, en parcourant plus d'une fois les belles campagnes sises entre les versants de la Forêt - Noire et des Vosges, que ce serait une œuvre méritoire, d'établir la filiation de tous les dynasles qui avaient passé sur cette terre, et de préciser pour chaque localité, pour chaque clocher d'église, chaque tour de chAt»^aii , chaque porte de ville, les faits historiques qui s'y raltaciieut depuis l'anliquilé gauloise

t. rm- eieaiiile Kodi, rantenr des aMMfont d» I^Burope; Umer. etc.

152 BIOGRAPHIES ALSACI£ltNES.

jusque souB le règne des Bourbons. Il Toulait que chaque ecclésiastique, au fond de son presbytère rural, pût se rendre compte des vicissitudes par lesquelles avait passé le district de

sa juiroissp . et entretenir au besoin les anciens de son villagfe df's temps (jui iif sont plus; il voulait épargner des recherches lentes ol fx-nihles i'i tous les «'^nidifs , qui s'ocruppraipiit nprès lui de 1 hisluire e! do la constifnîioii des villes de ouli e \novince; il savait fort bien qu'au point de vue de Tart il ne composait ni une histoire praprmatique, ni une histoire pittoresque; mais dans le monde intellectuel, de même que dans le monde matériel les charges et les vocations sont diverses; les uns réunissent et disposent les matériaux que d'autres façonnent. Schœpffin fut un infatigable collecteur; le temps cabne, où il vécut, lui prescrivit de Tètre. La longue trêve du dix-huitième siècle, où Ton forgeait seulement les armes pour les combats à venir , lui permit d'aller de bibliothèque en bibliothèque , de visiter les archives des couvenls. des ahhayes, des chapitres de l'Alsace et du margraviat, d y lemuer avec l'ardeur que doiioeiit le plaisir de la découverte et la rhanrp de Timprévu, ces vieux diplômes , sur lesquels avaient pose les mains de tant d'empereurs , de rois , d'évêques , de chevaliei*s et de magistrats. Vous vous rappellerez, Messieurs, qu'à cette époque la science paléc^raphique était dans l'enfance ; Schœpflln n*était guère assisté; il lisait, il déchiffindt, il devinait en grande partie lui - même ; mais H était dévoré du sèle du néophyte et sut concilier à son couvre future le chancelier d'Aguesseau (en 1746), qui lut fit décerner le titre d'historiographe du roi. En 1744, Schœpflin visita la Suisse septentrionale et occidentale , dans le but de réunir des matériaux , de conférer avec les savants de Zurich, alors l'Athènes de l'Uelvétie et de visiter celle Hourproprne transjuiane , à Inquelle il avail voué une de ses tlissei latious. II s'arrêta pensif sur les mines d'Aventicuni , illustrée par les historieus de Rome cl célébrée de nos jours par quelques strophes louchantes, que

SCHdPFUlt. iÔ3

Cfaildc Harold consncre au souvenir de la jeune prêtresse , Jnlia Alpiuula, t fille uialheureuse d'un malheureux père*. »

A quelques lieues deDâle, il s'arrêta longtemps et à plusieurs reprises mi les horfl*^ du Rhin , pour déterrruner Mvec un soin extrême remplacement d'une ville romaine , à'Angmia Bauraearum (Âugst), dont les traces avaient, il y a cent ans déjà , presqoe disparu du sol. Cependant à l'aide de quelques pans de murs encore debout, à l'aide des fondements et des substructions et en observant attentÎTement la configuration du terrain , puis à Taide des recherches déjà ildtes par les savants du seizième siècle et avec cette sagacité que Ton acquiert par l'étude comparée des textes et des monuments antiques , Schœpflin parvint à lever le plan de cette colonie et forteresse romaine, à donner une id<''e précise de son vaste théâtre, de son tejnple, de sa citadelle, de ses remparts, du pont jeté sur le Rhiji, du superbe aqueduc, qui amenait des hauteurs du Jura les eaux limpides et salubres de l'Ei^olz jusqu'au cœur de la dté. Quelques inscriptions et quelques textes épars lui fournirent les matériaux pour donner une seconde existence é Lucius Munatius PlancQS, au fondateur de la colonie, â l'homme adroit et mobile, qui fut tour à tour Tami de César» de Mare- Antoine, de Lépide et d'Auguste. Dans toutes ces pages qui, dans VÂlaaee Ulu$irée, sont con-

t. 8ôD père avait été condaaiDé à mort par Avlua Ondoa, ponr citoe de

haute trahison. — L'épitaphe de Julin Alpinala est bien connue:

Jiilia Aipinula — hic jaeeo — iitfeliei» patris it^eUx pmle» — deœ AventifT nacerdos — cxornrf pntrix necem non pofui — malc mori in fatis un erat — vixi annos XXIII. — A dix-htiil siècles de distance, il n'y a rien de plus nnu ivant que ces simples paroles. — Le poëte anglais eu a tiré nn admirable parti:

. . . She died on him the eould nol save ;

JkHr tamb wu nmple ani wÙkmU a buU,

And Mi wttHin Ouir mm eiw mini, om hêort, «M dvsi.

But0ke»e are ie»i» «MeA lAaidtf nof poii «iiwjr*

Ani memt 9iu*t mf vither. . , . «le,. Me.

sacrées au souvenir du chef-lieu desRauraques, dans tous ces

paragraphes pleins de faits, de descriptions précises, enfin dans son argumentai ion lucide et serrée, il est liicile de reconnaître le savant qui a vécu pai-mi les ruines de Home, et qoî applique aux HéUris d'une ville de province, limitrophe de la Germanie, les notions laborieusement acquises au cœur de Tancienne capitale du monde*.

Enfin, après une dizaine d'années de courses, d'études, d'extraits, de recherches de tout» nature, il put, en 1751, faire pandtre le premier volume de son ÂUaee tUvOrée et présenter cette œuvre de patience au roi Louis XV , qui , bien conseillé et prodigue cette fois avec intelligence, lui accorda une pension de 2,000 Ir. , san*: ronipler que l'Université de Strasbourg, sur laquelle rejaiilissail la gloire scientiLique de bchœpflin , trouvait dans la protection royale une garantie de durée et de nouvel éclat. Les voya^res de Schœpflin, dans toutes les parties de l'Allemagne, de la Belgique, de l'Angleterre, l'avaient mis en rapport avec'des fiimilles puissantes; les fils de beaucoup de nobles maisons vinrent dès lors, de tous les points do l'Europe centrale et du Nord , faire , sous sa direction , leurs études de droit public à Strasbourg , et ils contribuèrent à donner à notre ville un renom d'hospitalité , de mouvement inlellecluel et d'nrbanilé. Permettez - mui de rappeler que j'ai essayé de préserifer le tableau d'ensemble <le celte époque, très -différente de celle où nous vivons , dans un travail lu en séance générale du Congrès scientifique', le 29 septembre 1842. A moins de me faire mon propre plagiaire, je ne pourrais entrer ici dans de nouveaux détails ; je me bâte,

1. M. Ravenrz, dans sa Traduction de l'Alsace iliwtirU, donne de DOUvcanx détails très-rurimx sur l'état actuel é\Kugusta Rauracmm. Il a visité les tiOHx, et donne la description do remplacement d'un scoODd temple et de thermes plus considérablcii que celles de Badeinvcilor.

2. La ville et tVniversitc de Strasbourg, ef 1770. — Voyez l. l*, p. 65, (lu Congrét scientifique de France. Dixième sesâiou. .

SCUŒPFLIN. 155 -

poiu' ne poiùt abuser de votre temps , de retracer la dernière période de TacUvité littéraire de Schœpflin.

Le second tome de Y Alsace tUusirée parut en 1762 ; Scbœpflin avait mis quinze ans à coiiiposer l'ouvrage, sans compter les études préliniiii t]! s jiii, directement ou indirecleniuiit, tendaient vorsle niùijie iiul. Cinq ans plus lai d, en 1767, il publia dans le volume intitulé : Ahar,e diplomalique \ les chartes qui avaient servi en grande partie à la composition de YAlsace iUuUrée, Je dirai ici que la transcription de ces litres n a pas toujours été faite avec une exactitude rigoureuse ; mais loin de déverser un blâme sur Tillustre antiquaire , j'iyouterai qu'il n'est pas étonnant que des erreurs de détail se soient glissées dans un travail d'aussi longue baleine. Pour qui connaît les difficultés que présente une seule charte à transcrire consciencieusement, les inexactitudes clair- semées dans un volume in-folio qui renferme au delà de quinze cents titres de toutes les époques, ù pailir des deniiers Méntvinfriens jusqu'à la seconde moitié du dix-huitième siècle, paraîtront des péchés très-véniels.

En 1744 déjà, Schœpflin s était cru obligé de se démettre de sa chaire d'éloquence , pour vaquer sans relâche à ses occupations de paléographe et d'historien ; il traitait la science en maîtresse jalouse, qui n'admet point de partage.

Indépendamment de ses travaux sur TAlsace, sa patrie d'adoption, il en avait aussi préparé sur le pays de Bade, sa patrie primitive. VHisleire de la maison de ZœJirin^ parut en sept volumes successivement publiés de 1763 à 1766*. Cet ouvrage est écrit en latin comme Y Alsace illuslréef dans un style élégant et lucide; mais, pas plus que le premier ouvrage, il ne réiiond h ce que les lecteurs ilu dix-neuviènie siècle deniaitdenl à un ouvrage historique. Ce n'est point im

1. Une édition ragnentée a été publiée en 1772. par Uuney, l'an det

disciples les plas actiTs de SclKrpflin.

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