‹ Biographies alsaciennesChapitre 24 sur 57 · I. M. Helti, iaprimenr-Iilmire · texte numérisé non relu

I. M. Helti, iaprimenr-Iilmire

FRÉDBRIG DE DIETRIGH

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Ce n'est pas sans intention que j'ai [n h pour épigraplit; de cette biogiapiue de Frôderic de Dietrich, les strophes empruntées à l'imp des nit iiitations Ivriqnes les plus soiennelJes et les p\m profondes dti penseur-poete , dont TAUeniagne et l'Europe chréLienne s'honoreront toujours. Dans l'existence tourmentée du premier maire de Sirasbourg , la douleur a tracé de profonds sillons; après quelques années d'un bonheur fugitif, elle s'est emparée de ce caractère ardent, généreux » dévoré de rambition des grandes choses; implacable, ou comme une épreuve envofée d'en haut, elle a poussé Frédéric de Dietrich vers un abtme , où il est tombé , les yeux ouverts , étendant en vain ses bras vers ia rive o{iposée , vers hi terre promise qu'il ne devait pas atteindre.

Frédéric de Dietrich m'a inspiré une profonde sympathie ;

RIOGRAPHIES ALSACIENNES.

je désire la ikire partager à mes lecteurs. Je ne me suis point constitué l'avocat passionné de ses crojfances politiques; si j'avais été élevé dans le dernier siècle et a la même école que lui, j'aurais éprouvé peut-être les mêmes fllustons, sans avoir, comme lui , le courage de leur sacrifier ma vie. Une pareille disposition dVsprit prédispose à rinduigencc el pai moments mémo à radiiiuaUoji. Malgré cela je me suis efforré d'être miparlial, el je crois l'avoir été, du moins aux yeux de tous ceux qui ne confondent pas la justice d'appréciation avec Timpassibilité et la dureté.

La famille de Dietrich n'est point d'origine allemande, comme son nom semblerait findiffuer. Dans la seconde moitié du sei-

/.u'inc siècle, un jeune Loiiiiiii , né en 1549 à Saint- Nicolas , vint s'éfahlirn Sli ii-lioiu ff, et «m lianger son iiuni de Dominique Didier contre celin de Domniique Dietrich. (juoiqne étranger, il parvint à s allier à l'une des familles patriciennes de sa ville d*adoption; il épousa la (ille de l'ammeistre Heller, et vécut jusqu'au 98 janvier 162â.

Quelle était la cause de cette émigration? Nous en sommes réduits à ce siyet aux conjectures. Le père de Dominique Didier avait occupé les hautes fonctions de conseiller d'État . auprès des ducs de Lorraine ; suii aui ait-il perdu la faveur de ces princes . à raison de sfîs sympathies prononcées ou secrètes pour la cause de la réforme, et aurait-il quitté sa ville natale pour une cité où il allait trouver le luthéranisme maître de l'État ?

Cette supposition n'est pomt gratuite » car Dominique Didier réussit à se fiiire accepter immédiatement par ses nouveaux concitoyens ; il a fondé une iiimille protestante dont les chefs

marquèrent dans les annales de Strasbourg, il est même peitnis

d ajouter, dans les fastes de la France; deux fois dans l'espace d un siècle , le nom des Dietrich se trouve mêlé à des événe-

FREDERIC DË DiBTRtCH. ' 180

ments d'une haute portée , et conquiert, par des malheurs sans eiemple , une Blustralion historique. Le petit* fils de Fépoux d'Anna Heller fut ce Dominique

Dietrich (né le 30 janvier 1620) qui négocia le Iraité de capitiil iiiuii de Strasbom^^ {30 seplerabiu 168 Ij, el qui l éussil, on sa (jiialilc d'ammeisU'e r<'jî«jnt de la cité libre el inipérialf' , à faire passer, à des rondilujus lionoiahl»'?;, sa patrie d'adoplioii sous le sceptre d'un roi de Fiance, devant lequel s'inclinaient alors toutes les tètes couronnées de rEurojie. On peut ju^r à des points de vue différents ce grand acte politique, accompli sans efiîision de sang , à côté d'un empire en détresse » incapable de couyrir de sa protection une ville isolée , abandonnée depuis trente ans, presque comme une enclave an milieu des États d'un souveram tout-puissant; les amateurs du pittoresque peuvent et doivent regretter que Strasboui^ n'ait point opposé une inutile mais héroïque résistance aux armées qui avaienl humilié les rois di'scendants de Charles V, el foudroyé la grande république halavc . . . : mais le magistrat qui lut rintelligent , Thabile niédialeur ciiire quelq»i*^s bourgeois sans expérience et des diplomates formés à l'école des négociateurs du traité de WestphaUe, rompus aux grandes affaires, ce magistrat aurait dû , ce semble , recueillir les témoignages de la reconnaissance publique. Loin de là, Dominique Dietrich lest un exemple frappant de l'inconstance et du néant des gloires de ce monde; il subit les fatales conséquences de sa position entre deux partis, que sa prudence consommée et son appréciation de la réalité lui commandaient de concilier. Décrié comme traître par ses concitoyens et coreligionnaires , il ne se concilia pas pour cela les bonnes grôces de Louis XIV ; au gré des uns, il avait trop fait, et trop peu au gié de l'autre; sa relégation cruelle daii.s une petite ville de l'intérieur, des obsessions , qui empiétaient sur le sanctuaire inviolable de la conscience individuelle , des affronts plus cruels que la mort lui infligèrent une lente torture à laquelle il succomba; il

BIOGRAPHIES ALSACIEKMRS.

mourut le coeur brisé; car il est des souifrances qui tuent plus sûrement que le poison et le glaive, sans imposer une responsabilité officielle aux agents ifun pouvoir impitoyable.

Et par le pouvoir , j'entends ici celui de Topinion populaire aulanl que celui du roi dv France.

Eu infligeniil à Doiniiiiqn»' Dietr jVIi uiw flétrissure, que le ju^riiicnt calmt' de la posl<''rilé n'est pas nicore parvenu à eflacer complètement, ses anciens collègues , ses parents et les habitants île Strasbourg ont été plus sévères et plus durs que Louvois. Celui*ci , bien informé par ses émissaires , estimait à sa juste valeur le citoyen intègre , qui n*avait point été gagné à la cause de la France par des considérations d'un vulgaire égoisme; mais Louvois, instrument docile de son maître, voulait non - seulement ime soumission politique; il avait compté sur la soiiniissioii morale de 1 iuiiintisfre de Strasbourg , et ne pensait }»as (jue le descendant de tatholiques lorrains pût faire diflicuilé de revenir a la foi de ses pères , dès que cette foi lui serait exposée et expliquée par des docteurs et des orateurs , qui tenaient sous leur tutelle des consciences seigneuriales. De là les vives instances qui troublèrent la solitude foi'cée de Dietrich à Guéret; de lé cette permission tardivement accordée è Tammeistre malade, de rentrer dans ses foyers et de se cacher dans sa maison , comme un réchisiomiuire, sur la tète duquel restait toujours suspendue la menace d'un nouvel exil.

Je n'ai point à raconter ici cette tragique histoire; je crois l'avoir fait ' avec la sympathie que mérite une grande infortune, avec l'impartialité que donne rexpérience de la vie, et qui sait que le plus sûr moyen de gagner l'indulgence d'un juge, c'est d'établir, dans l'exposé d'un rôle joué sur le théâtre de l'histoire , la juste bahmce des vertus et des liiutes.

J'applique le même principe au récit de ht vie de Tarrière-

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