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biyilizûu by GoOglc

FREDERIC DE DIETRICM.

petit-fils de Dominique Dietrich; car, Philippe -Frédéric de Dietrich, le premier maire de Strasbourg, a subi, comme son bisaïeul, de sauglants outrages en retour de grands services rendus à sa ville natale; et il a payé de sa tÀle la généreuse illusion, partagée par plus d*un noble cceur, d'avoir voulu fonder trop tdt en France, et avec des éléments tncoin* pleU, la monarchie constitutionnelle....

n est né à Slrasbourgr le 14 novembre 1748, iib de Jean do Dietiich' nt (l'Aiiri(.'-l)oroUiée Herni.uiiii.

Mes lecleiirs voudront bien remarquer que la jim in nie nobiliaire li^'uru (lovant le Jiorn <lu père de Philippe-Frédéric. En etlet, vers ie milieu du dix - huitième siècle, la famille Dietrich fut inscrite dans la matricule du Directoire de la noblesse d'Alsace, sous l'empire de circonstances très-hrareuses, qui semblaient lui promettre un avenu' non interrompu dlionneurs et de prospérités.

Les descendants de Dominique s'étaient adonnés avec succès au commerce; mais leur fortune était restée dans des proportions d'autant plus modestes , que de nombreux enftnts se partageaient les capitaux acquis. Jean (né le S avril 1651), l'un des lils de Doiiiiiiit^ne , avait eu dix garçons et six f\\\c$; Jean-Nicolas (né le 20 mai 1688), le deuxième fils de Jean, avail^u, à son tour, trois enfants, dont laine, Jean-Nicolas (né le 11 juin 1710), mort le 11 avril Ml:}, a huit enlànls. Jean -Nicolas est le frère de Jean de Dietrich, anobli, et par conséquent, l'oncle du maire. Tous, ils avaient eu le bon esprit de chercher, et le bonheur de trouver des alliances dans les fiimilles de la magistrature patricienne. Le père de Frédéric raconte très^naiyement dans un mémoire autobiographique, comment son excellente mère, restée veuve de bonne heure, lui destinait, longtemps à l'avance, une fiancée dans la fille du banquier Hermanni. Les arrangements, au

l. Jean de Dietrich eat uô le 23 uoTeinbre 1719.

surplus , se firent de la manière la fAm délicate et la plus patriarcale, de Faveu des deox conjoints, qui goûtèrent dans cette union une félicité sans nuage. Le jeune Dieirich avait gagné la confiance de son patron , qui était mêlé à de grandes

opérations financières , par Fentremise de M. Paris de Mont* martel, garde du trésor royal et baïujuier de la eoiir. Pendant la guerre de la succession d'Autriche (17 >*> a 174^) Uermanni était charge du payement des armées françaises en Allemagne; en 1745, il s'associa son jeune gendi e , qui, pendant la guerre de Sept ans (1756 et années suivantes), resta seul cbai^gé de cet important service. Ce fut alors que Paris de Monimariel sollicita le roi d'accorder des lettres de noblesse au jeune banquier strasbouiigeois et de créer pour lui la diaiige de secrétaire - interprète de fùrdre du Mérite mifàaire. Le gouvernement de Lunis XV y cunsenlil et, pour mettre le comble à cette double faveur , il anoblit aussi le frère aîné de Jean de Dietricb. Le lecteur appréciera la délicatesse du nouveau dignitaire, qui n'avait point voulu admettre, de son fait, une inégalité entre les deux branches de sa ûunilie paternelle. Peu de temps après, Tempéreur d'Allemagne (François P> conféra aux deux linères les titres de baron et de comte de Fempire'. . Ce n'était point pour Jean de Dietricb une pure ailàire de vanité, que cette recherche de titres nobiliaires. Dans un état nionaicbique, les distinctions de celte nature, quelque futiles ou dan^^erenscs qu'elles soient aux yeux du plnlusopbe uu du chrétien, conlriburnl à «grandir inilluencc des familles, et à faciliter la carrière qu'auront à parcourir les enfants sortis de ces maisons nouvellement fondées. Jean de Dietricb voulait de plus donner, par ces parcbemins royaux et impériaux, une com^ratîon solennelle è son existence territoriale. 11 avait

1. Les lettres du noblesse de Jean de Dictrich sont datées du mois d'août f7r>l, enreg-istrées an Conseil souverain d'Alsace le 15 septembre 1761 et au Direcloire de la noblesse d'Alsace le 18 septembre 176!.

2. Jean-.Nicoias Uietrich fut fait baron, et Jean Dietricb comte de l'euipire.

PRÉDKRIC D£ DIKTRICM.

heureuMmenl acquis <de 1700 à i764>, des mains de plusieurs branches de la finnille Linange-Dabo, une portion des seigneuries d'Oberbronn et de Nîederbronn * ; le 6 juin 1761,

Tempereur François F'" lui avait vc udii la ville et la sei(?iieiirie de Reichshofjm " avec loutes ses dépeiidauccs ; et ces acquisitions avaient une raison d'être; car, sur ces domaines mêmes, le nouveau baron donnait du pain à quinze ceuts familles ouvrières j employées dans quatre hauts fourneaux, et dans les vastes forêts exploitées pour livrer le combustible à ces forges. Quelques aimées plus tard (en 1771) Jea» de Dietricb acheta sur un autre point des Vosges , et pour un motif analogue , la seigneurie du Ban de la Roche * (S(einthal) , sans compter quelques fiefs de moindre valeur, obtenus dans le Haut -Rhin , des mains du duc de Deux -Ponts et du duc de \Vuitemi)ei g-

Ainsi, seigneur de HeichsiiofTen , d'Oberbrouji et Niederbronn, comte du Ban de la Koche, se^neur d'Angeot, etc. , Jean de Dietricb pouvait se dire avec quelque orgueil c le « particulier le plus riche en terres dans la province d^Alsace ; »

I. Do lien de la seigneurie d'Oberbroon, un sixième de celle de Niederbroon. Les vendeurs étaient : la comtesse Éléoaorc de Liaaoge-Dalio, le comte Frédéric et le comte Louis-Emicb de la même maison.

?. Je dirai aux personnes étrang:ôres à la topograpliie de TAlsace que NiedcrbroQD, Oberbronii, ncirhsItofTon , tnnîcs localités situées dans le fias- Rhin (arrondissement de Wissecubourgi , iont contijjuës.

3. Depuis le seizième sit-cle le Ban Ue lu Iloche avait passé successivement (les Ilalhsamhauiieii-zuiu Sieiu à la maison de Veldentz, puis aux ducs de Deux-Ponts, puis à M. U'Âugcrvillcrs, euUn a M. le marquis du i'aulmy d'Ari^eoson, ministre de la guerre (1762), qui vendit cette seigneurie, avec rngTéinenl da roi, i M. Jean de Dlefileh.

4. G*est le IS aoftt 1764 que lean de Dletiich obtint do dnc de DooX" Ponts OD lier relevant du comté de RIbeaupiem (Baote-AIsac^r et le 2 Janvier 1765 le due de Wartemberg lui donna rexpectative dn llef de Ramsteln dépendant da comté de Herbonrg. En 1777 (30 mal) forent expédiées lea lettres d'Inveatltnre de ce lier. An mois de mal 1763 , Il avait obtenu le lier d*Angeot pfés 6ell«rt

194 BlOGRAPHlËb ALâACl£MI«£S.

mais, comme s'il eût été averti par ces pressentiments de détresse, qui s'emparent des âmes les plus fortes au sein même du bonheur, on comme s'il avait espéré conjurer la destinée, en se montrant humble en face du dispensateur des biens de ce inonde, il ajoute: «Dieu veuille que ces belles «possessions se perpétuent dnns ma descendance, etque ledic ûce élevé par mon travail se consolide par leurs vertus. >

Les honneurs dont le gouvernement français et celui de l'empire germanique l'avaient comblé» ne le rendaient ni indifférent, ni négligent à l'endroit des distinctions plus modestes que pouvait conférer le gouvernement municipal de Tancienne république de Strasbourg, lean de Dietricb sentait très-bien que les i-acines premières de son arbre généalogiipie étaient attachées au sol qui avait donné un asile h Texilé volontaire ou forcé de Lorranie , et qu'il ne fallait point garder rancune à ses concitoyens des mauvais procédés dont leurs pères avaient usé, soixante -dix ans auparavant, à l'égard de son grand-pére, Dominique Dietiicli.

Il eut grand soin de brigaer les suffirages de ses cobourgeois, pour être élu échevin d'une tribu (novembre 1745, é la tribu des drapiers) , [tasser de là au grand sénat (1747) , puis au comité des XV (1756). Le 4 janvier 1759, il fut élevé à la dignité \\ animcislre-régeut , c'est-à-dire à la même charge que son bisaïeul avait occupée dans le nionient le plus critique de l'histoire de Strasbourg. Au bout de trois ans, en 176â, sur les instances de ses nouveaux collègues au Directoire de la noblesse, il résigna cette magistrature bourgeoise, et se flt nommer ttettmeisire honoraire \ Le roi consacra cette innovation; je ne sais si je me trompe, mais on dirait que le gouvernement de Louis XV cherchait à effecer, par ces feveurs accumulées sur la tête de Jean de Dieliich, les torts que

I . Les stettroelstres èt<iient pris dans le corps de la noblesse. U n'y avaii point eu jasqne-là de steltmeistre en non-actlTUé.

FRfcX^tHlC Dfc Ulfc l HIGH. 105

Louis XIV et Louvois avaient assumés vis-à-vis de ïun des sîgnalaires du traité du âO septembre 1681.

Rien ne manquait à Jean de Dietrich; il était arrivé à Tapogée de son déTdoppement; il avait réuni tous les honneurs aux* quels il pouvait aspirer en Alsace et à Strasbourg, et, pour* mettre le comble à ses prospérités, le Ciel lin tîoimait dans la personne de sa femme une rompagnc accomplie, et dans la personne de Philippe- Frrdcric un iih heureusement doué , qui promettait de faire rejaillir sur sa maison un iK>uvel éclat.

Aussi concentra-t-il sur ce second fils * toute sa sollicitude et une affection peut-être trop exclusive.

Jean de Dietrich était évidemment une nature ambitieuse et un peu calculatrice. Il trouvait que sa famille avait > depuis bientôt deux siècles, éparpillé ses forces à Strasbourg, et qu'il fallait regagner le temps perdu. Rien de plus légitime d'ailleurs, et de jilus moi al, que re désir de fonder une maison, qui puisse conserver, de pèie eu lils, d'honorables ti*aditiuiis de famille, et former, au milieu des vagues mobiles de ce monde , un point d'appui et de relâche où parents et amis trouvent, dans des circonstances malheureuses, un refuge et une assistance certaine.

Tous les rêves de l'amour paternel semblaient se réaliser et prendre corps dans le jeune Frédéric. C'était une intelligence distinguée , avide d'instruction et de toutes les nobles jonissnin (jîie donne la culture des lettres, des sciences et des arts, (^onnne sou père, il n'était pas exempt d'ambition; l'idée de jouer un i ôie daiis les grandes aflaires lui souriait, sans le rendre insensible aux douces affections de Ja vie de famille , ni au spectacle d'une nature pittoresque , au sein de laquelle s'écoulèrent en partie ses premières années. Par devoir et par

l. L'alm'' lies lus de ieun de Dietrich se nommait Jean, comme soo père. Il élail ué le 4 septeoibrc I74G, cl épousa Louise-Sophie de Glaubitz. — Un troûiéme flis, nommé J, Henri, né le 22 aorembre 1715, est mort en bas ftge (Jaillc't 1753). Je n ai à ra'occuper ici que du futur maire de Strasbourg.

BIOGRAPHIES ALSACIBNltES.

goût, il s'adoiiiia dr liojtiit heure, au milieu de» établissements de s(»ri përe, à des études mélalluigjques sévères cl consciencieuses. Dans un temps où ia géologie était à peine devinée , et oii la science minière se trouvait en quelque sorte dansTenlànce, Frédéric de Dieirich devança les connaissances de ses contemporains, et fut Ton des pionniers les plus hardis et les plus laborieux de cette époque d^xploralion première et de lâtonnements, qui a précédé Tére glorieuse do dii-nea- ?ième siècle. Pendant sa jeunesse, de véritables voyages de découverte dans les montagnes de lltalie, de la Hongrie, de rAUemagne, de la France, de TAngleterre, jetèrent le fondement de ce savoir solide et étendu , dont il a fait preuve dans son beau travail raallieureusemcnl inachevé , porlanl le litie de Description des gîtes de minerai et des bouches à feu de la France. Cet ouvrage fait, de nos jours encoie, aulorilé pour k's hommes spériaux' , qui trouvent dans ce répertoire la description exacte des minières et usines des Pyrénées et de la Lorraine^ et l'analyse des droits usagers qui s'y rattachent. L'auteur comptait, dans une série de volumes suivants , décrire avec la même eiactitude les mines et usines de la France entière; une partie considérable de cette vaste statistique minière de la France était préparée, lorsque la révolution éclata*.

Des relations suivies avec les sommités scientifiques de son époque entretenaient en lui le feu sacré , qui éclaire et réchauffe sans consumer. Les recherches de Frédéric de Dietrich

1. Je m'appuie, en émettant ce jugement, de l'autorité de mon savant ami M. Baubrée, membre flo l'Institut, qui a le plein droit de délivrer en cette matière un brevet d illustrai ion.

2, Les deux premiers volumes qui ont paru en I78G contiennent la description des gîtes de minerai et deâ uâiucâ Uc^ Pyrénées: les 3% 4% 5* et 6« parties, publiées en l'an YtU cbes Finnia Didot, sont consacrées i la Lor* laine méridionale. F. de Dietrich ea t de ploi le tndacteur de Ferber (te mnMtfi» en in6), de Sehede, tMr, rSmt t$t*Fm (mi), de Trtbia,

FRKDERIi, LK DIKTHICII

ne se bornaient pas à la spécialité de son état de propriétaire de forges ; il les étendait à toutes les branches des sciences naturelles, à la chimie , à la physique; une bibliothèque choisie , -sans cesse alimentée par la librairie parisienne et allemande, un vaste cabinet d'histoire naturelle, le mettaient en mesure de c progresser, » sans perdre un temps infini, comme TêtudÎRnt prolétaire , qui amasse pénibleraent les miettes de son savuii dans les caliiers de ses cours , et dans les bibliothèques publiques. Heureux privilège d'une nu tune j»atrimonîale, appliquée ;"i (le noltles poursuites , mais privilège daiigei eiix , puisque, la pluj)ai t du temps, il n'est qu'une tentation fjui entraine dans les alàmes. J'ai toujours voué une égale admiration au nis du riche qui s'adonne à des éludes ou à des travaux sévères, et au fils du pauvre qui lutte avec les besoins de chaque jour, pour satisfaire son désir de s'instruire. L'un et Tautre font également preuve de force d'Ame; mais le premier joue à coup sûr, tandis que le second use sa force dans un travail souvent infructueux. Félicitons toujours Frédéric de Dietrich d'avoir compris les véritables devoirs de sa position heureuse , et d'avoir laissé à ses fils et pelits-lils l'exemple d'ujie existence vouée au travail théorique et pratique. Si Frédéric de Dietrich n'a fioint imité la plupart des enfants de fioliles de vieille roche ou de nuldes parvenus, s'il a justifié le hasard de sa naissance, il n'a point, d'un autre côté, échappé aux influences funestes de son siècle, précisément parce qu'elles se présentaient à lui , voilées par un mirage

Sur FiniirUw dei mantagnes Q 767), Paris, iD-fol. avec cartes et planches. — n i ImM ane aérte de dburtatioos dans les Jonrntni et recueils teieDtiflqaet de répoqnè. Le pranier il a décrit le KaimtuAl et algoilè rorfgine voleanfqiie de ce groupe de mootagoei. 0 STalt lUI de la pyiO' leehnie Qne étude spéciale. Le at^le de raateor dans cei dlvera écrits est lODjODrs ferme et lucide ; lorsque le sujet le comporte, H. de Dlefricli sait f!onn*^r du coloris à ses tableaux et de la chaleur à ses r^"flcxiODS. Ses nombreux mérites comme atTant loi valnrent un fauteuil à l'Académie des sciences.

trompeur. Le réveil chrétien qui est et sera ^ quoi qu'on en dise, le caractère distinctif du milieu du dix-neuvième siècle, n'était pas même pressenti à l'époque où le futur maire de Strasboui^ fusait son entrée dans le monde. Je n'entends pas dire par là, qu'en 1760 il n'y ait eu, aussi bien qu'aujourd'hui, des flmes nourries des doctrines évaiigéliques , mais le courant général des idées ne portait point dans cette direction; les encyclopédistes régnaient et gouvernaient dans les liautes spht ics (!*' la société, et les esprits qui échappniciii au matéî inlisme Itrulal des eiifaiils perdus de la philosophie , se rangeaient dans la phalangf* déiste , ou sous la bainiière de la philanthropie , qui avait la préleution d arborer son drapeau, pour le bonheur du genre humain , siu' les tours des maisons de ville et sur celles des églises. Frédéric de Dielricb, en un mot, était resté étranger aux idées dogmatiques du catéchisme chrétien; je suis loin de lui en làire un reproche; il a subi la pression atmosphérique de son temps; la lecture du Vicaire savoyard et du DieHmmaire philosophique avait remplacé pour lui , sinon la lecture, du moins la méditation recueillie de la Bible; et quoique protestant de nom rt chivlieii pratique par lamoiir et Tintérêt qu'il donnait aux travailleurs sous ses ordres, par rafîeclion g-énércnse qu'il jxd iait diuis toutes ses relations, il paraît ne pas avoii' compris la nécessité de cette régénération intime, qui est, de nos jours, au fond de toutes les consciences délicates, de toutes les natures droites et de tous les esprits élevés, à quelque condition sociale et à quelque confession reh'gieuse qu'ils appartiennent. La suite de ce récit ne fera que trop bien comprendre pourquoi finsbte, dès le début, sur cette analyse inthne qui doit nous donner la clef du caractère et en partie des actes de Frédéric de Dietrich.

Ses travaux scientifiques , ses études d'économie politique

surtout, l'avaient mis en rapport avec Turgot, dont il devint Tarai ; plus taid, et peu d'années avant la révolution, il s'était

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