‹ Biographies alsaciennesChapitre 26 sur 57 · FRÉDÉRIC DE DIETR1CH · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC DE DIETR1CH

Hé avec Condorcet, et, dm& ses généreuses aspirations, il s'était passionné pour Véinancipation des nègres. Toutes ses tendances devaient le porter à voir dans les premiers mouvements de réforme politique une ère nouTelle de bonheur et de prospérité pour les peuples de TEurope. 11 devait surtout, en sa qualité de protestant, saluer la proclamation des principes de tolérance qui allaient être inscrits dans les codes, et pratiqués dans la vie publique.

L'ancien régime ne lui avait cependant pas été défavorable, mais il avait an èté son essor et circonscrit la sphère de son ariiMié. Va) 177;idéjà son pèro , pour lui faciliter Ir chemin des homiem s, avait résigne en sa faveur la charge de secrétaire-interprète de l'institution du Mérite militaire*, et le 5 septembre 1779 M. le comte d'Affry annonce à Frédéric de Dietrich que le roi Louis XVI lui accorde la charge de secrétaire général des Suisses et Grisons , vacante par la démission de M. de Hortanges. A pludeurt reprises le gouvernem^t l'aTait chai^ d'inspecter, en qualité de commissaire royal, les mines, les foiiges, les usines de la France, de TAngleterre, de la Corse', et il se trouvait en relations suivies avec Fadministration des maisons de Monsieur et de celle du comte d'Artois, pour les exploitations métallurgiques qui se faisaient , au nom des frères du roi , sur quelques points du pays. Mais , soyons de bon compte, ces missions, ces honneurs de seconde main ne devaient point suflirc à un homnie qui, jeune encore, se trouvait au premier rang du mouvement scientifique de son époque \

1. Lettre signée de H. de Honteyurd à M. BerllD, annonçant, le 6 Janvier 1773, qoe le rd approuve eet arrangement et que le brevet va SDlvue. Lettre de M. Bertin dn 12 Janvier 1773 A H. de filelricb.

t, Mpèehe dn 20 février 17S5, de M. de (^nnes, nq^pelut une

précédente commission, expédiée le 1 1 janvier 1785, par laquelle IL de Dietrich était délégaé à la Tente des mines à partir du 1" Juillet 1784. La dé*

pêcbe de février étend cette mission à la Corse.

3. Il fut nommé correspondant de l'Académie des sciences, d abord, et quelques années avant la rëvolutioa, membre de la même académie.

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et qui alliait aux connaissances théoriques du savant, Texpérience acquise au milieu de ses propres ouvriers et dans toutes les minières de fEurope.

Frédéric de Dietrich devait gémir de ces entraves qui tenaient à des lois surannées. J'ai même entendu professer l'opinion, basée sur je ne sais quelles données, qu'il avait abjuré, pai" ambition, la foi de ses pèi*es.

Ccfte imputation est d'une extrèmo gravilé. Je ne l'adopterais, pour ma part, qu'autant que des preuves certaines seraient fournies à l'appui de ce dire; et dans ce cas, je serais obligé de contester les motifs qu'on prête à cet acte. Dans le cours de sa carrière publique antérieure à la révolulion , Frédéric de Dietrich n'a obtenu aucune récompense, aucune faveur royale, qui eût pu être refusée à sa qualUé de proteiUmi: il n'a été ni chevalier de Saint •Louis, ni ministre secrétaire ti Klat. S'il avait changé tlu l ulipioii , c'est que dans son for iutéricnr il se serait opéré un reviremeul . une conversion, dont Dieu seul aurait en le secret et dont lui seul esl le juge. Mais dans l'immense correspondance qui a passé sous mes yeux', dans les lettres intimes qui émanent de Dietrich ou qui lui sont adressées, rien n'indique le lait d'une ahjnration: dans les lettres touchantes qu'il adresse de la prison de l'Abbaye & sa femme, à la veUle de mourir, lorsque le cœur n'a plus de vofles, dans les lettres échangées avec son père , rien ne trahit cette illumination intérieure qui aurait pu amener, dans la règle de conduite de 1 liomine et du citoyen , un chatigement aussi capital. Dietrich , au pied de réchafaiid, conserve la sérénité du sage; mais c'est le calme de Zénon ou de Socrate, entrecoupé pourtant de regrets et de larmes; ce n'est point la foi du martyr chrétien.

U faudra donc classer, jusqu'à meilleure information, la

I. J'ai la, parcouru, annoté des centaines de lettres adressi-es a M. do Dietricti par de& hommes de toules les classes, surtout à rëpo(|ue où U exerçait les fonetiODS de maire de Strasbourg.

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conversion de Frédéric de Dielrich au nombre des faits trèscontestables qiii embarrassent le récit biographique de tout homme dont le nom a eu quelque retentissement dans Thistoh%. Je viens d'effleurer les rapports de Frédéric de Dîetrich avec son épouse. Née dans une lamille bAloise , sœur du chancelier Oclis', qui se dévoua de cœur et d'flme à son beau*firére, M"^ Louise de Dîetrich s'était identiGée avec toutes les tendances de son mari, et, comme maîtresse de maison accomplie, elle réunissait autour d'elle les étrang'ers de distiiiclion et les savants qui ilhislr»"'renl S|r.n>huuig dans la seconde moitié du dix-huitièiiK Mecle; elle avait porté sans embarras le fardeau de ses grandcui-s passagères , et son nubie cœur ne iléchit pomt sous les terribles épreuves de la révolution.

Elle avait à peine, depuis huit ou neufans, joui de son bonheur d'épouse et de mère de iamille, en donnant à M. deDietricb deux fils'» lorsque les premiers indices de Fora^ se montrèrent à l'horison.

Frédéric de Dîetrich se trouvait depuis quelque temps retenu i Paris , en sa qualité de membre de l'Académie des sciences et de secrétaire des Suisses et Grisons. Son vieux père entretenait avec lui une correspondance suivie, et le mett.iit au courant des affaires |Kiliii([iics et des nombreuses que?.(iunà d intérêt qui se pr idui-sent jonrnellenienl dans l'adminiâlralion d'une g^rande lot lune basée sur l'industrie.

Les noms de toutes les sommités sociales de l'Alsace, ceux de tous les fonctionnaires ûgurent dans ces lettres. M. Jean de Dîetrich siégeait alors dans l'assemblée provinciale et dans l'assemblée intermédiaire qui examinaient et traitaient de 1787 i 1790, côte à côte de l'intendance d'Alsace, les grands intérêts du pays. Partout on sentait et on articulait la nécessité de

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