‹ Biographies alsaciennesChapitre 28 sur 57 · penoanet rdevateat des Bifaiet de M. d» DMrieh · texte numérisé non relu

penoanet rdevateat des Bifaiet de M. d» DMrieh

FRÉDÉRIC Dfi DIGTRICB. SOS

qui le retenaient à Paris. Plus d'une fois son père lui reproche atee douceur son indulgence à l'endroit d^agenls subalternes

qui ne méritaient point sa confiance.

Mais ces I%ers rnia},'^es ne trouljlaient point l(!s rapports entre le père et le lils; et les secousses qui ébranlèrent le sol de la France aliaienl les rapprocher davantage encore, dans le besoin d'une défense commune et d'un épanchement mutuel.

On avait procédé le mars, à Strasboorg, à l'élection des députés qui devaient représenter les intérêts de la ville à rassemblée des États généraux. M. Jean de Tûrckbetm , am- Rieistre, et filienne-Josepb de Schwendt, syndic du Dh%ctoù« de la noblesse de la Basse-Alsace, avaient reçu celte mission difficile sous plus d'un rapport; car le cahier des doléances qui traçait leur ligne <lc ( ( laiuite, renfermait, il faut bien le dire, des exigences intempestives. Si les électeurs de Strasbourg s'étaient bornés à demander le maintien de la capitulation de i68i, on comprendrait cette crainte et cette réserve» mais la noblesse réclamait le maintien de ses droits seigneuriaux, et certaines tribus élevaient des prétentions spéciales; les bouchers , entre autres , exigeaient la diminution du droit d'entrée sur les bestiaux, dans nn moment où les tinances de 1 '^tal étaient déjà embarrassées; la iiourgeoisie voulait être cxempt«'e du service de la milice; en un mol, on répugnait à se fondre avec le reste de la France , tout en cherchant à profiter des avantages que donnait la réunion à un grand royaume. Les trente-deux commissaires , délégués par les représentants de la bouiigeoisîe, signèrent le cahier , rédigé dans les deux langues y et parmi les signataires on remarqua le nom du commandant Klinglin , qui allait jouer un triste rôle dans les U'uubles de juillet 1789.

Depuis quati e à cinq ans il régnait à Slrasboui^ une fermentation qui eût été inaperçue peut - être dans les temps calmes, mais qui allait prendre un cai'aclère grave sous i empire des circonstances politiques.

BIOGfkAPHIBS ALSACieifNBS.

Le conseil des XV , chargé de la j>olice de la ville , avait ▼oulu, dans l'intérêt même des consommateurs, introduire un nouveau mode de pesage des viandes. On ne tint point compte au magistrat de ses bonnes intentions. Les bouchers, lésés dans leurs intérêts, étaient parvenus A exciter les esprits de la moyenne bourgeoisie contre les XV; dans les cabarets, dans les brasseries, une opposition violente se fiiisait contre fautorité locale, et Farreslalion de quelques feuteurs du désordre, en octobre 1787, n'avait fait qu'envenimer la plaie.

Pour expliquer cette liaiiie jniblique contre les XV, il faut rappeler qu'en vertu de son pouvoir discrétionuaire , ce comité de police avait admis à Strasbourg quelques artistes et artisans étrangers : tous les métiers se trouvèrent donc liés par une espèce de solidarité avec les bouchers.

Dans les premiers mois de 17S9, le magistrat, sentant l'urgence des concessions, avait proposé des conférences avec les délégués de la bourgeoisie; mais ces entrevues ne menèrent à aucun résultat; on s'était d'ailleurs ajourné du S5 mai au S5 juin , et les deux députés qm* siégeaient dans rassemblée de Versailles, informés de ces pourparlers infhictaeux, manifestèrent leur vif déplaisir. Ils écrivent an mois de mai : t Nous avons rendu M. le ministre secrélnire d'Étal de la gueiTe attentif à la situation de Sti a^.buurj,-^ et à la néressité d'y envoyer un coniiuissaii e royal eu qualité de médiateur. »

Quoique le grand conseil de la ville de Strasboiug blaïuàt cette demande des deux députés et se préparât à envoyer des délégués spéciaux à Paris, pour éclairer le ministre, celui-d n'en tint compte et annonça, par dépècbe du 6 juillet, que M. Frédéric de Dietricb était nommé commissaire du roi, chargé de remplacer le préteur royal , M. Gérard, malade à la suite de violentes discussions avec les bouchers. De ce jour commence le rôle politique de M. de Dietricb.

Il y était préparé par son long séjour de Paris , par sa connaissance parfbîte du mécanisme administratif de la France,

FREDERIC DE ÛIETRICH. 205

par ses rapports avec les hommes d'État, qui tenaient en main le gouvernail, par ses études, sa rare capacité de travail, et

par les espérances de réussite que , jeune encore , il apportait à raccomplisscnieiil do sa lAche.

M. de Dietri( h avait quarante ans au moiuent où il allait se mêler aux alliuies de sa ville natale. Le dés^illnsionnenient des hommes et des choses n'avait pas encore ilétri ses convictions premières. On vieillissait moins vite de son temps que du nôtre. Il ne pouvait ignorer que sa position serait difficile entre un gouvernement central qui allait exiger des sacrifices de tons ses sujets, et une cité avide à la fois de libertés et de privilèges, désireuse de nouveautés et 'se cramponnant a son passé historique avec Tobstination d'un vieillard caduc, qui, le pied dans la tombe, snit la nécessilô d une niétanioiphose, mais ne fieni renoncer aux souvenirs de ses beaux jours. M. d(» Dietrich partait de Paris avec la ferme intention de concilier autant qu'il le pouirait ces prétentions opposées, de sauver, pour sa ville natale, quelques-unes de ses anciennes franchises et de la décider à des saci^ces mdispensables. Son programme devait être cehii de Thonnéte homme, qui répugne aux mesures absolues , n'épouse les passions d'aucun parti dans les temps de trouble, et qui recueille, pour ses peines, ringratitude toujours . ! < pi ison et la mort quelquefois. Le souvenir de Dominupit' liidrich, au lieu d'arrêter son airière-ptiii-lds sur la pente où il allait se trouver, semblait, au contraire, flotter devant ses yeux , comme un modèle à suivre. Peut-être aussi Frédéric de Dietrich, comme il arrive dans les révolu* tions, se jetait-il maintenant au cœur de la mêlée, sans trop regarder ni en avant ni en arrière , uniquement poussé par le désir de bien fiiu% et de constater, aux yeux de ses conci* toyens, l'énergie intellectuelle et morale qu'il avait np[»liquce naguère au service de l'État dans des positions plus mô* dcsles.

Feu de mois avant de quitter la capitale, il avait accueilli,

906 BIOGRAPBISS AL8AGI1IINBS.

sur la recomniandalioii d'un jjasleur de Niederbrorin' , le célèbre Troiick *, qui avait pu lui montror les traces visibles des fefs dont le roi-philosophe par excellence Tavail chargé. Jusqu'à quel point Frédéric de DieUricb avait - il été inipres^ sîojiné par le récil de cette crueile infortune ? et la vue de ce martyr de rautocrale sans contrôle aurait-elle en dernier lieu exercé quelque influence sur ses convictions politiques qui allaient se prononcer contre tout régime arbitraire» que ce régime tùi exercé par un roi ou qu'il procédât d'une assemblée ou d'un club?....

Quelles que fussent les dispositions d'esprit de Dietricb, il était précédé à Strasbourg par le vent de la faveur pupulaii c et par une vt-rilaiiie célébrité; il allait y trouver, à côté de quelques rivaux ou adversaires clair - semés, des amis, des partisans et des clients nombreux. Sa position, sa fortune, l'avaient mis en mesure de rendre service à beaucoup de savants, de négociants, d'hommes de labeur; les luttes et les revers politiques n'avaient pas encore aflailiU ces sympathies, et lorsque, le 6 juillet 1789, il se présenta devant le conseil de la cité en compagnie du prince Maximîlien de Deux>Ponts , maréchal de camp, colonel du régiment d'Alsace', el de SI. de Ghaumont qui remplaçait l'intendant, H. de la Galaixière, un murmure approbateur TaccueilUt. Le brev^ daté du 98 juin

1. H. Eissen, Taii des correspondants les plus assidus de M. de Dletrich et Tua de see imifl et ooUaboratam les pins dèvoaës. M. Kissea lUsait, pour obliger son patron, des obsemtloas méléondofiqnos Buivies. J'ai tiouTè dans les papiers de famlUe une lettre tréa-curieuse datée de dioembre I7S4 oonlenaot la description à la fois sérieuse et burlesque d'un btTer exceaiivenient liBonreux et de l'effet produit par le froid dans le presbytère.

2. On n'ignore pas que Treock fut enformù, pendant neuf ans et cinq mois, dans i:n cachot de Mag-lcbourg, pour avoir Jevé les yeux sur la sœur de Frédéric 11, roi de Prusse. Il a raconté lui-même dans des mémoires intéressants sa longue et douloureuse captirité.

S. Plna tard rot de BaTiére, som le nom de IhxbutlIeD I*.

FRÉDÉRIC DE DlETRJCil.

1799, qui le nommait commissaire du roi près la ville de Strasbom:^, Ait remis au secrétaire du conseil des XIII (aiftiires

extérieures), qui en donna lecture à l'assemblée, les portes ouvertes'.

Puis le nouveau conniii^saire, faisant fonctions de préteur royal , prit lui-même la parole :

( Jp dois au zèle que mon père a porté de tous temps aux intérêts de la ville l'opinion favorable du magistrat. Je connais les difficultés que je rencontrerai dans Texercice de mes fonctions.... Tous tes moments de ma journée seront consacrés au bien de la ville et des citoyens, mais je saurai aussi maintenir

les droits et la dignité de l'autorité Sa Majesté ne s'est

décidée à nie déléguer près de vous, qu'en vue du triste élat

de sanlê de M. de Gérard Je ne croirai avoir rempli ma

mission fju'auiant qne j'aurai réussi à conquérii' la bienveillance du magistrat et de mes concitoyens. >

En même temps il annonce que le commandement militaire en Alsace est confié au comte de Rocharobeau et au baron de Flachsianden, et que le gouvernement du roi refuse d'accueillîr les deux délégués que la ville comptait envoyer à Paris, mais dont la mission serait évidemment inutile maintenant qu'une commission spéciale se trouve sur place jiour recueillir les doléances et éclairer le ministère sur la siluaiion.

Cette dernière partie du discours de M. Dielricli causa uue légère irritation dans l'assemblée , mais le commissaire du roi réussit à la calmer bien vite , en faisant remarquer les termes bienveillants de la dépêche ministérielle et en donnant Tas* surance que lui-même, au besoin, défendrait la constitution locale si elle était attaquée.

Quinze jours s'étaient à peine écoulés depuis cette entrée

1. J'entpronte les détails de farriTte de IL de Oietrich à Strasbowg, i l'excellente Histoire de la rieoîutinn à Strasbourg, écrite par feu M. Heori EDgelfaardt, pour fkire suite et servir de compléiDent i VBiêtoire«tAUae9 de Strobel.

BIOGfUPiHBS ALSAClEItHRB.

solennelle de M. de Dietrich , loi'squ luie dépêche des députés de Sti-asbourg , lue au couseti le ^0 juillet, annonça la pme de la Bastille. Cet événement allait avoir son contre-coup immédiat en Alsace, comme dans tout le reste de la France; mais à Strasbourg Teiplosion populaire, depuis long^mps préparée, fut plus violente, je dirais plus onglaaïe, si je ne répugnais à employer cette expression pour caractériser des scènes d'un désordre hideux et d'une dévastation gratuite.

Les scènes de vandalisme qui signalèrent, dans la capitale de l'Alsace, la journée du 21 juillet 4789, ont été plusieui-s fois racontées, et je pourrais me dispenser d'y revenir, si elles n'étiiieiil vu ([ii<'i(|ue 6oiic iiitHiifiiiciil liées à la liio^^iapliie de Frédéric de Dieliich, qui se trouva, pv\\v h\ im-mière fois, en regard d'une de ces tourmentes qu'aucune force humaine ne peut diriger* Le commissaire du roi a dû, dès ce moment, concevoir quelques doutes sur l'heureuse issue d'une révolution qui s'annonçait avec un aussi redoutable éclat. Mais déjà il n'était plus temps de reculer; et par des concessions faites à propos, il était permis d'espérer que la haine des classes inférieures contre les privilégiés se laisserait apaiser.

Les deux jours qui précédèrent le sac de YhâUl de vUis de Strasbouig se passèrent en pourparlers entre l'ancien ma* gistrat (le grand cojiseil) et les représentants nouvellement élu^ de la bourgeoisie ; les derniei s siégeaient à l'hôtel du Miroir (rue des Serruriers), dans le voisiun;,'e immédiat du grand conseil'. M. de Dietrich allait des uns aux autres, cherchant à uj)aiser les cxig-ences des mandataires de « la jeune cité , » et à arracher au vieux conseil raocepiation de tous les poinb de léforme polilitfuc ou municipale , signalés par une commission que l'on avait nommée au sein des représentants. Le magistrat était disposé à tout accorder ; mais pendant qu'il

1. Celui-ci siégeait daiu l'hdtel actuel dn conuDerce, appelé alon die Ikue P/ttls,

FRBDBRIC DE DIBTAIGU

rédigeait dcclaration sur le cahier des doléaiices de la bourgeoisie > pendant qu'il délibérait, on agissait dans les raes et dans les conciliabules seci'ets, dont les véritables fauteurs, cachés et devinés dans les coulisses, n'ont jamais été complètement dévoilés.

Des scènes partielles de désordre avaient, pendant deui juurs, préludé au coup de théâtre duâi. La population, ameutée par les iiR'JU'urs, s'était portée (levant la demeure d'un membre détesté du conspil des XV el avait lu isé les vi(r»'s. Le lendemain lu même opéralioii fut dirigée contre l'hôtel de ville ; pendant que le magistrat était en séance , quelques fenêtres avaient volé en éclats. Une députation des boucliers s'était présentée aui portes du grand conseil et avait demandé à être introduite: «Que voulei-vous, citoyens?» leur avait demandé le commissaire royal. — c L'abolition de l'impôt sur les viandes, l'adoption immédiate du cahier des doléances. » — M. de Die- Irich, qui iiioulrait au milieu de ces scènes de tumulte une présence' d'esprit imperlurl)al)le . avait porté rnilimatum du magistrat à la commission réunie au Miroir. Ici, la peur avait eialté les esprits; on coimaissait les menaces du peuple, on savait qu'une partie de la garnison était douteuse; on ne se montrait plus satisfait des concessions qui, quarante - huit heures plus tdt, auraient semblé immenses. Les clefe de l'hôtel de ville et du Pfennîgthurm (la caisse d'épai-gne) étaient réclamées comme gage de la sincérité du grand conseil ; ces conditions humiliantes lapporlées par le commissaire royal au sein du conseil furent acceptées sajjs discussion l ins la soiiée du 20 juillet , et Toii put croire un moment que Tordre serait rétabli. Des illuminations spontanées témoignèrent de là joie des bons citoyens qui croyaient à la réalité de cette paix plâtrée. Mais déjà il n'était plus temps; les rôles du lendemain étaient distribués , et les meneurs, acharnés contre l'ancienne magistrature dont ils voulaient la chute instantanée, honteuse , se uioquaiejil de la mise en scène officielle , qui I. U

BI06KAPHIKS ALSACIBNNBS.

leur avait laissé le temps de préparer la mine quils allaient faire sauter.

Le commandement de la place de Strasbouiig était confié , en juillet 1789, au baron de KUnglin , fils de ce préteur royal de triste mémoire qui avait payé de son honneur et de sa vie des malversations impudentes, longtemps impunies, mais à la fin dévoilées par quelques hommes de cceor. Une haine impla* cable contre les magistrats républicains , cause unique de la chute du préteur, dévoiait Kliiiglin, qui caressait le? passions rie la populace abjoclo et ne reculait point, \m)\\v uvir .sa vengeance, devant l'excitation au di'snrdie malérid. Ou l avait VU, dans les soirées du 20 et du 2i juillet, circuler m milieu des groupes qui brisaient les carreaux du quinsenier Ijemp et les croisées de lliôtel de ville; on Tavait entendu dire à haute voii: cToot doux, mes bons amis! tout douxt mais pas de

feu ! t Lorsque le grand contai avait ftiit connaître i la

commission du Miroir, par l'internindiaire de Frédéric "de Dietrich, qu'il était pnH , aulanf que le permettraient les circonstances , à diminuer les chat ges qui pesaient sur les objets de consommation , Klinglin avait parcouru à cheval les rues delà ville, en proclamant la dînu'nution immédiate du prix du paÎD et de la viande. De pareils procédés, malheureusement prouvés, n'ont pas besoin de commentaire. Que les traditions de sa famille aient été pour le commandant de la place de Stra^ourg un pesant fhrdeau , qui aurait pu lui en faire un i .proche? Mais il eût été plus noble de les secouer, de les eilacer par une vie sans tache, ( l [)ar le pardon des injures , s'il avait trouvé la peine , iiilligée à l'auteur de ses jours , hors de proportion avec son crime.

Le baron de Klinglin voyait en outre, avec un dépit à peine caché, le commissaire du rot, désigné par le gouvernement et par ses concitoyens, remplir la même charge de préteur, que Ton avait arrachée des mains impures de son père; il voyait suiigir à ses côtés un rival dans la fiiveur populaire, et

FRÉDÉRIC OB DIETRIGK. âli

comptait sans doute le discréditer, en montrait son impuissance à calmer et à arrèler Icà fureurs de la foule. En fullail-il davantage pour pousser une nature rancuneust' dans la voie où le comuiandaul de Strasbourg elierchait une double bulisfaction pour son amour-propre malade et son cœui- ulcéré? Dans les journées néfiBUStes de juillet 1789, rien ne contrebalançait rinfluence occulte du commandant de la place de Strasbourg. L'arrivée de M. de Dietricb était dé date trop récente » et ce magirtrat n'avait pas encore conquis la &veur et la confiance dont il allait jouir six mois plus tard. Au-dessus deElinglin, dans la hiérarchie mib'taire, le gouverneur de l'Alsace» le comte de Hochambeau, avait peu ou point d'autorité ; il venait à peine de prendre le commandement des troupes, ne connaissait point le pays et subissait, sans aucun doute , les insinuations malveillantes du baron de Kliuglin contre la haute magistrature locale.

Ces indications suHiront poin* expliquer l'altitude iiyufitiiiable de la garnison pendaul les désordres.

Dans la matinée du 21 juillet, une rumeur perfide se répandit dans la viUe : « les concessions arrachées au magistrat n'étaient, disait-on, ni sincères, ni sur le point d'être exécutées > .... et on disait cela avec une assurance impertuiiiable, à rheure même où le magistrat assemblé 8%naiisa déchéance, en apposant le nom de tous ses membres sur l'acte d'adhésion A Tultimatura des délégués de la bourgeoisie.

Il aniva alors, au petit pied, à Strasbourg, ce qui s'est vu dans toutes les émeutes, dans toutes les journées révolutionnaires do Paris des figures étranges, inconnues, sortirent

comme de dessous terre; une agitation inusitée se fit remarquer dans les principales rues de la ville ; les ateliers de maçonnerie, de chaipenli^e, de menuiserie, de serrurerie furent abandonnés en masse, à la même heure, par les ouvriers; tous les métiers fournirent leur contingent à cette troupe de démolisseurs qui s'acheminaient, munis d'mstruments

BIOGRAPUIKS ALSACIENNES.

de desliniclion , mais sans bruit, vers l iiuiel de ville; la tourbe bniyante des gamins suivait le corps d'armée, et une horde de mégères , de femmes et de ûlles perdues fermait la marche. U était à peu près trois heures du soir lorsque cette immense cohue déboucha par toutes les issues sur le marché aux herbes (place Gutenbeiig), que d'ignobles baraques, destinées à la vente des poissons, encadraient alors du côté de FEst.

La force armée avait été convoquée à temps; des piquets de troupes stationnaient sur la place menacée, au moment de Tan'ivée des pillards. On devait s'attendre à voir opérer des ar^e^f;ltln^s ou refoul» r l( s émeuticrs sans effusion de suiig ; ces démonstrutions semblaient commandées dans Tintérét de la sûreté publique et du magistrat municipal réuni dans la maison de ville. Mais les soldais, maintenus dans une incroyable inaction, l'arme au bras, laissèrent reprendre et achever Fœuvre de destruction, interrompue dans la soirée du SO juillet. Les croisées qui avaient été épargnées la veille, volèrent en éclats ; la gfrande porte d'entrée fut enfoncée ; des échdies furent appliquées contre les murs et en un clin d'œil l'antique édifice se trouva, comme une loi t tresse prise d'assaut, livré au bon plaisir des .'issaillants qui se repandii ent dans les salles de réunion, dans les bureaux, dans les archives, dans les greniers , dans les caves ; glaces, tableaui , meubles de toute nature, étaient lancés à travers les embrasures béantes, puis ce fbt le tour des parchemins et des actes, qui encombrèrent tontes les rues avotsinantes i quelques pieds de hauteur; la toiture disparut plus vile que si la grêle mêlée à l'ouragan en avait brisé les tuiles; dans les caves, les tonneaux cenLenaii - s furent défoncés; le vin bu sur place, emporté dans des brocs et des hottes, répandu sur le sol; à tous les étages de ce vaste édifice, se reproduisaient les scènes d'un révoltant délire; les enragés, poussés par ce besoin contagieux de ûiirele mal, que Ton a toigours remarqué dans les foules ameutées, gâtaient et détruisaient en pure perte; les prudents dérobaient

FRÉDÉRIC DB BIETRICH. Sl^

OU s'adjugeaient , le front haut , les dépouilles opimes de ce palais bourpfonis , symbole d'un ordre de choses délesté ; les caiss iinl Ikjuls se trouvèrent forcées, pillées; et l'argent ne coula poiiil, comme le vin , sur les paniuels. Les membres du grand conseil et des divers comités , surpris par l'émeute , avaient à peine eu le temps de se sauver par des issues dérobées, et d'épargner à cette foale aveugle des actes de violence.

Quelques habitants notables, indignés i la fois et inquiets sur le sort de la ville, qui pouvait d'un moment à l'autre se trouver livrée à ces hordes pillardes, s'étaient rendus chez le comte de Rochambeau et avaient réclamé avec vivacité l'intervention pacifique de la force armée. Ce ne fut pas sans peine, après de longues hésitations et stu- les instances faites par le prince Max do Deux-Ponts, que le maréchal se décida à donner des ordres, pour inellrr' (m au scandale qui durait depuis quatre à cinq heures. Mais déjà le salut était venu d autre part: le prince Frédéric -Louis de Uease- Darmstadt, à la tête du régiment d'infanterie qu'il commandait au service de France, avait assumé la responsabilité d'une interv^ition, sans attendre les ordres supérieurs. Il avait empêché la prise d'assaut de la dèombre des corUrcUs qui renfermait tous les actes notariés, et il avait balayé, avec un détachement de ses troupes, l'hôtel de ville envahi. Cette heureuse infraction aux règlements, commandée par le bon sens et par une impérieuse nécessité, lui le salut de Strasbourg-. Le prinee Max de Deux- Ponts, en sortant âu quartier général , avait ofin [k* un détachement du i-égiment de Royal - Alsace, et aciievé cette pacification.

Fendant toute la durée de ces saturnales , dont l'hôtel de ville était le prétexte et le théâtre, le baron de Klinglin , fidèle à son rôle, et poursuivant jusqu'au bout les joies de sa vengeance, avait stationné, à la tête d'un piquet de cavalerie, dans la rue des Serruriers, et avait tenu au peuple les mêmes

BIOGRAPHIES ALSACiBllIfES.

propos que la veille : « Mes bous eufants , tout ce qui Voua plaira, tout, excepté du feu! »

Ëspérail-il que la destruction des archives municipales ferait disparaître les protocoles , témoins muets, mais irrécusables de Taction désastreuse que son père avait exercée sur l'ancienne magistrature? On serait tenté de le croire, ne considérer que Tobstination systématique des bandes qui avaient envahi les archives et qui lançaient dans les ruisseaux des rues les voluiiies et les dossiers de la chancellerie. Mais Klinglin ne pouviiil ij:;norf'r que les actes mènirs de la procédure dirigée contre son père se trouvaient au parlement de Grenoble , et qu'il n'aurait rien gagné par la destruction partielle de quelques documents antérieurs au procès. Sa mémoire se trouve déjà anflSsamment chargée; il serait peu loyal de lui imputer gratuitement des délits imaginaires.

Le quart d'heure de Rabelais fbt rude pour les acteurs vulgaires de ce drame tragi - comique. Autant Ti lTroi avait été grand, au iiiomL'rit môme de rénicute, aulaiit la réaction fut vive t't iuslanlanée. On opéra jusqu'à ti ois cents arrestations le lendemain du sac de Thôtel de ville, et par des procédés sommaires , on condamna à mort un ouvrier mayençais, qui avait été convaincu d'avoir dérobé une assez forte somme en or. La nécessité de statuer un eiemple ferma la bouche à toute autre considération. Ce malheureux étranger, cocher, dit-on, de l'électeur de Mayence, paya |)our tous ses camarades; il fut exécuté. Mais quatre autres condamnations à mort n'eurent point de suite sérieuse; le magistrat saisit lui-même la prenne le oecasion, pour envoyer les dossiers criminels aux députés de la ville qui siégeaient à l'Assemblée constituante ; dès que le calme fut rétabli à la surface, les habitudes d'indulgence et de bonhomie qui sont au fond du caractère alsacien, prévalurent; le magistrat qui s'en allait ne voulait évidemment pas se charger de la responsabilité de quelques jugemenU sévères. A la suite des nouvelles que les députés

FRÉDÉRIC DE DJETRICD. 215

strashour^eois , MM. de Tûrckheim et deSchwendl, donnèrent sur la séance historique du i août, tous les menilii-es de l'ancien jrouvorncmeiil munii ipal de Strasbourg (ioiuièrent successivemeul leur démission. Les XV avaient ouvert la marche, quelque peijie que se fût donnée M. de Dietrich pour empêcher cette retraite. Les consuls et les autres comités suivirent; les trois cents échevios fennèrent la marche; le 12 aoUij tout était eonsommé. Le commissaire du roi avait aussi offert de se retirer; le débat n*était pas engageant; il céda pourtant à des instances unanimes et consentit à remplir auprès de la magistrature strasbourgeoise, réorganisée dès le 13 « les fonctions de médiateur et de délégué, interprète du goureniement central.

Ce n'était pas encore la municipalité, telle que nous allons la voii t odstiluée peu de mois plus tard ; on conservait provisoirement les anciennes formes du gouveniemenl local; mais au grand conseil on n'admit qu'un tiers des membres appartenant au corps de la noblesse, et partout, dans les comités , dans Téchevinat, l'on fit prévaloir la parité absolue entre les deux cultes: le commissaire du roi réunit au Miroir les noa- ▼eaox élus, et deux comités, chacun de quarante membres, prirent en main les affaires courantes.

Cette nouvelle administration sentait instinctivement qu'elle n'aurait qu'une existence provisoire ; elle manquait d'onion et d'énergie. Les magistrats dépossédés ajrilaient sourdement la ville; les patriotes exaltés poussaient en avant et demandaient l'abolition de la ciiarj^^e de préteur et son remplacement par un maire. Le nom de M. Frédéric de Dietrich fut jeté en avant par un membre du corps des éehevins; mais lui-même, par nn sentiment depnidence et de délicatesse facile à comprendre, protesta contre cette idée. tU fallait, disait-il avec une appréciation perfoite des circonstances, attendre que TAssemblée constituante eût prononcé sur toutes les parties du service public. >

BKNSRAPBIES ALSACIENITBS.

Mais il était évidemment le magistrat désigné par la voix publique et par la dtrce des choses, t Vous serez ntaii e île Strasbourg-, lui écrivait de Paris M. Jean de Tui« kbeiin, dès le comniencemenl de stploiubre , mais nous suamics à la veille d'une grosse révolution. > Ses amis influents le tiennent au courant de tous les symptômes de rupinioa publique i Strasbouiig, lui désignent les intrigants dont 11 devra te défier, lui suaient les écueils, et H. de KlingUn, qui entretient officiellement les meilleurs rapports avec lui , écrit d*un ton patelin (lettre du 36 septembre), après lui avoir parlé avec malice du reiiclit'rissement du pain: «Je crains que vous uayez delà peine à vous faire entcniJrc du peuple. »

Le peuple, on efl'et, coimueiiçaiL à sentir sa force; le âl juillet la lui avait révélée à Strasbourg; dans les campagnes on pillait les abbayes; une guerre de paysans s'oiganisait! Pour lutter avec le désordre à Strasbourg, on avait, immédiatement après le sac de Tfaôtel de ville, formé cette garde civique, (pii bientôt devint ^rdefialtoniiiè, et contribua d'une manière glorieuse à défendre la frontière et la cité. M. de Dietrich exeiça sui- cette organisation nouvelle une excellente influence; il fallait, dans le principe, lutter avec l)eaucoup de répugnances et de préjugés ; mais déjà il faisait face à tout et préludait à l'activité prodigieuse qu'il allait déployer comme maire de la ville.

A côté des affiûres publiques, il était obligé de songer à des devoirs de fiuniUe compliqués et pénibles. Ses amis, ses hommes d'affaires de Paris « lui demandaient des instructions de détail sur la gestion de sa maison; et du fond de la Galicie, des Pyrénées, des villes d'Allemagne, il contuiuait à recevoir des missives scieutitiques , comme 8*il avait vécu eu plein repos au milieu de ses forges du Jœgerlhai et de âon caLùnet de minéralogie.

Le frère de sa femme, le chancelier hâlois, qui parl9geait ses idées libérales , cherchait à soutenir sa confiance dans un

FRÉDBRIC DE DtBTRtCH. 317

avenir île liberté, t J'attends avee impatience les lettres de Strasbourg , lui écrit-il à la date du 6 septembre, on dit vaguement que ta paix y est rétablie; mais ce ({u'il m'importe de

savoir, c'est vout, c'est vos succès, votre bonheur. Je suis

de ceux que les convulsions actuelles n'effi-ayeat aucunement Je m'étonne chaque jour qu'il ne se fasse pas plus de mal; que Ton se rappelle ce que la liberté des Suisses, Findépendance des Hollandais, la constitution des Anglais, ont coûté de sang. » Puis il donne des nouvelles très - curieuses sur le comte d'Artois, qui vient do passer en Suisse , essayaui en vain de contracter un enipnml de 100,000 fr. àDerne, et subissant à Zurzach des mortiiications plus cruelles, parce qu'elles lui étaient infligées par des Français. Le chancelier bftiois abandonne au flitnr maire de Strasbourg le soin de tirer les inductions de ces Adts significatifs. L'auréole qui avait jusqu'ici entouré les têtes princières s'éclipsait, et un nouveau pouvoir, avec lequel il s'agissait de compter, se dressait, à la fois menaçaiit et riciie de promesses, en face du palais de Veisailles.

M de Dielrich jugeait parfaittjuent la situation; mais à SU'âsbourg il avait aiïaire, je l'ai déjà dit, à des gens qui voulaient le noir et le blanc, la fîn sans les moyens, le progrès et la conservation. A la date du i" octobre, le conseil général des échevins présenta les conditions que mettait la ville de Strasbourg à se soumettre au décret du 4 août qui avait aboli tous les privilèges. Dans cette espèce de manifeste local, signé par le baron de Neuenstein, stettmeistre, et Puirot, aniraeistre, on établissait une distinction un peu subtile entre les droits féodaux de Finlérieur de la France et les droits régaliens de la cité de SUnsboui'g; entre la con ée seigneuriale et la corvée transformée en redevance pécuniaire telle qu'elle était établie dans les bailliages de la ville. On demandait le maintien de la capitulation de i68i et de quelques articles de la paix de Westpbalie; la conservation des fondations religieuses; le

mainlieii de la ligne de douane sur les frontières de Lorraine; la libre nnvi^lion du Hliin, etc. En d'anfros l<Minos, Strasbourg voulait bien l'aire partie de la France politique, niais elle entendait, au milieu de la fusion générale qui s'opérait, former un îlot municipal inaccessible. A Paris, cet acte fut envisagé comme une démonstration de résistance. If. Jean de Tûrckheim en ftit si vivement contrarié, qu'il donna sa démis^ sien comme député, et à peine de retour A Strasbourg, il y joignit sa démission comme échevin. Le s^eul député re:5taril de Strasbourg, M. de Scbwendt, fil de vains efl'urlî> pour s.'mM r quelques débris de l'ancienne constitution strasbourgcoise; TAssemblée constituante passa à l'ordre du jour, le 20 décembre.

Les lettres de M. de Scbwendt à M. de Dietrich portent l'empreinte d*un profond découragement, c Considères ma position, écrivait-il i M. de Dietrich, j*ai été le seul réclamant^

oui, le seul du royaume entier, contre les munteipalités. J*ai été écoulé; je n'ai riou obtenu... Coinmeul veut-oii «pie je fasse de nouvelles réclamafioris quand uu décret foruiel a déterminé la loi après m'avon" entendu?... i» M. de Schwondl, au surplus, était un esprit chagrin, disposé à ne voir que le mauvais côté des choses, et ne risquant guère de se tromper en fiice de la désorganisation générale. Il avait été sur le point de jeter le firoc aux orties, et de partir pour l'Amérique avec Bl. de Lézay- Ifemésia. M. de Dietrich, au contraire, essentiellement optimiste, cherche toujours à tirer le meilleur parti des circonstances (I l i ées, à jouer le beau rôle de conciliateur, à calmer les passiou.s surexcitées, les inquiétudes des partisans exclusifs de la langue allemande et les frayeurs gratuites du commerce qui ne voulait point d'une ligne de douane portée sur le Rhin.

Dans les deux discours qu'il tint, \ei^ décembre 1789 et le 8 janvier 1790, dans l'assemblée des échevins, toutes les questions confessionnelles, commerciales, municipales sont

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FRÉOBBIC DE OIETRICH. 319

discutées avec beaucoup d'habileti^; il s'applique à préparer !es espi'its aux rli itigenieiils politiques désormais inévilables, et finit pai' demander avec quelque véiiéiiieiice si Strasbourg veut fiiire bande â i>art'. € Vous avez épuisé, leurdii-il, tous les «moyens de rcmpbV les premières vues de vos commettants, c avant que la loi suprême fât portée; sans doole, si vous les c rassembliez, ils se soumettraient aux décrets de l'assemblée; «leur fidélité, les marques éclatantes de leur attachement à la «nation sont le gage assuré de leurs sentiments... Non, Mes* «sieurs, l'esprit d'insurrection n'est point en etix, et je ne leur «ferai pas l'insulte de leur supposer l'idée de ne recevoir que «par force l'empire de la liherti^, après avoir tout fait pour <i briser leurs chaînes; soumettre aux corporations de la ville « les démarches qui vous restent à faire {)Our exécuter les dé- «crets de l'Âssemtdée nationale, ce serait donner à ceux des «individus de ces corporations qui ne sont pas assez sufTisam- «ment éclairés, l'idée fausse et dangereuse qu'il dépend d'eux «de suspendre l'exécution des décrets du souverain.

«Si un tel principe était admis, si chaque commune pou- «vait, en vertu d'anciens privilégps, admettre ou rejeter à «volonté les lois. du pouvoir législatif, autant vaudrait-il dis- «soudre l'Assemblée nationale, car chaque commune s'érige- «rait elle-même en législatetir!... »

La voix du bon sens Irioniplia; un succès éclatant couronna les efforts de M. deDiefrich; lors(pie, au mois de janvier 1700, on procéda, dans les (pnnze assemblées primaires ou sections nouvellement formées, à l'élection d'un maire, il réuni i 9,liH5 voix; son concurrent, l'ammeistre Poirot, n'en obtint que :^,i86. Mais ses adversaires ne se tinrent point pour battus; ils attaquèrent son élection comme illégale, puisqu'il n'avait point le

î. Voir !a brocluire : l}iscours prononcé le \** décembre 1789 à la séance de Mil. les 300 t'cliPcius, repré$eninnts de la bourgeoisie de Straiùourg / par M. lu barou de Dietricli, f«iisan( fonctions de préteur, et le diseonra pio* uoocè le 2 janvier 1790.

BIOr.RAFBIBS ALSACIBMNES.

temps voulu de résidence suivie à Strasbourg. Quoique les assemblées primaires fussent conipél finies pour décider la question litigieuse, le maire voulut la porter devant rÂâsemblée constituante, où il obtint , dans la séance du 8 mars, une édataDle confiimation*. Dès ie 9 mars, le prince de Broglie laî annonça ce triomphe et lui eiprîma la vive satisfaction qn'il en éprouvait*.

Dix- sept fonctionnaires municipaux et trente-six notables» formant dans leur ensemble le conseil du la commune, avaient été élus le même joui tj ie M. de DicU ich. L'installation solennelle de la nouvelle municipalité eut lieu le 18 mars 1790; c'étaient les funérailles de la vieille constitution. Les paroles d'adieu, adressées par le maire au magfistrat qui se retirait, sont pleines de convenance; elles couvrent le cdté pénible de cette abdication...

( Rendez-moi la justice de croire que si j'ai vu avec enlhouf siasme les principes d'égalité se répandre, le voile des pré- • jugés se déchii'er, l'amour de la pali'ie renaître, et celui de

I. Ce ne fut pas louleIbU saos quelques dèniarelies prélimiDaires de M. de Scliwendt, qal «v«U à neotraliser la malveillance de quelques députés alaacfena. Pénitent cea uégoclatkHis, une indiscrétion Ibt comndse par les amis de H. de Dietricb: on publia une lettre intime du député, qui traitait tort eavaliérement lea menéea pitoyables des antagonistes du maire. De lA, dea récriminationa aoeibea qui troublèrent un iustant la bonoe intelligence entre les doux correspondants, sans toutefois ralentir le zélé de M. de Schwendt, qui était en quête d'une position el avait besoin de l'appui de M. de Dictricli.

Los relations de M. de Diefrlch avec le prince Victor de Broglie, et le luarédial son père, dont le nom est intimement lié à l'histoire de Strasbourg, remontaient à pinsienrs années; elles devinrent trés-frëquentes pendant les trois iireniiorcs années de la révolution. Une nombreuse série de lettres du prince (iié|iuté de la noblesse d'Alsace) au maire de Strasbourg, en font foi. Lu duc de Larochefoucauid est aussi l'un des correspondants les plus assidus du maire; il le tient au courant de certaines afllrirea: celle des juifs , par exemple. Les lettres de MM. de Scbwendt et de Broglie s*oecupenl de tous les soijels , indilKMfflmenl.

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FRéDBmC DE DIBTRICH. • 221

♦ la liberté enllammer mes concitoyens, j'ai souvent gémi, «lorsque, en ma qualité d'interprète de la volonté du roi, j'ai c dû vous engager d'accélérer les mesures qui allaient priver cde leur position des personnes que j'ai révérées dés le ber- «ceau.i

Puis s'adressent an nouveau corps municipal: cËt vous> c Messieurs, choix précieux de la confiance publique, supplées ipar vos lumières n ce qui me manque; soutenez mes travaux, «soyez imlulgenls; je ne serai fort que par vous; travaillez «avec moi à faire fleurir dans nos murs le commerce, les «sciences et les arts; à maintenir l'abondance, à secourir la «misère, à faire renaître sur les rives du Rhin les beaux jours cde Rome, de Sparte et d'Athènes; unissons tous nos efforts cpour nourrir, échauffer le patriotisme et maintenir Tempire f des lois nationales.* Enfin, au pied de l'autel du Temple- Neuf, ioTÎté par le pasteur à renouveler son serment civique, le maire, ievan| la main au ciel, prononça ces paroles solennelles : c Concitoyens, mes frères! le serment que j'ai prononcé «ce matin devant Dion et devant le peiiple, je le réj)èle daus «ce lieu sacré; je maintiendrai, je détendrai la Constitution et «la liberté de toutes les forces de mon être, de tout mon bien, « de tout mon sang, de toute ma vie; prêt à vivre, prêt à mou-

crir potur la nation, pour la loi et pour le roi t Tous

«mes efforts n'auront d'autre but que d'assurer le bien-être cet les droits de tous les citoyens! ce n'est qu'en fiiisant des c heureux que je le puis être moi-même! »

Et ce serment, qui sur beaucoup d'autres lèvres u'am'ait été qu'unn fonnule, le maire <le Sli asbnurjj la teim dans son acception la plus littérale; il a donné sou bonheur domestique, son bien et sa vie à son pays. *

La première séance publique du nouveau conseil municipal n'eut lieu qu'un mois plus tard (le 19 avril); on avait employé cet mtervaUe à sonder le nouveau terrain, à scruter les dispositions individuelles des nouveaux conseillers qui se trouvèrent

tous d'accord par leurs lendaiices, et marchèrenl comme un seul homme sous la bannière de leur chef électif. Cchii-ci déploya, pendant les trente mois' qu'il passa dans celte haute et dangereuse position, une activité intelligente et un roumg^e A toute épreuve. Dans ces années de transition entre Tancien régime et rétablissement de la république, le chef municipal de Strasbourg étendait le cercle de son influence bien au delà des limites qui forment at^ourdlmi le domaine d*un maire de grande ville. Ses attribulions n'étaient pas nettement défînies; l'inteiidatK e ayant cessé de fonctionner, il se trouva, par la force (les choses, iiivesli d'un pouvoir à peu prés préfectoral, en correspondajice directe et de tous les moments avec les autorités niilitaires et judiciaires de Strasboui^ et du Bas-Rbin, avec les maires des communes rurales, avec les maires de plus d'une grande ville des départements voisins, avec des agents de toute nature é fintérieur et à Tétranger. H. de Dietricb, maire de Stradioufg, était une véritable puissance. Il n'arrive que trop souvent que les honimes publics placés dans une position enniienle sont écrasés par le farrleau des affaires et entraînés jiar le couiaiit des événements; souvent aussi il se fait que des inlelligenccs distinguées usent leurs ibrces dans des positions qw' ne leur permettent point le libre jeu de toutes leurs facultés; c'est une coïncidence rare sur le domaine politique que celle d'une lâche complètement appropriée aux forces de fouvrier... M. de Dietrich Ait de tous points l'homme de la circonstance; pendant deux ans et demi il maintint dans la ville de Strasbourg, au milieu d'un pays en combustion, l'alliance de l'ordre, des lois et du libre jeu de toutes les insiihaions; et s'il succomba en août 1792, c*est qu'il avait épuisé le système des concessions, et que, après la déchéance du roi constitutionnel, il ne pouvait, sans devenir infidèle à ses convictions les plus fortes, pactiser avec ki ré-

I. H. dfl Dietrich est nuire depuis le 1 8 ma» 1790 juisqu au 22 aoftt 1792.

FRÉDBRIC D£ DIBTIliCH. 2Sâ

voile couronnée et avec la licence hypocrite, u&urpanl tous les attiilml.s de hi déesse de la liberté.

Mnis je devance les événenieiilî>; je ii atteindrai que trop lot cette limite extrême où cessèrent les succès de Dielrich et où, par uoc loi fatale et universelle, commence pour lui la rude QXjMatioii de sa prospérité et de quelques distioclioos passagères.

En ce moment, M. de Dietrich en était encore à sa lune de

miel politique De tous les coins de TAlsace, de Paris*, de

Suisse, d'Allemagne arrivaient des lettres de félicitations; on saluait le soleO levant, et ce concours inusité de témoignages flatteurs, au début de sa carrière publique, prouve à l'évidence à quel point les amis de la Coiislitulion comptaient sur lui. M. Hamond de Carbonière lui recommande toutefois la fermeté, et M. de FJachslanden fait entendre, dès ce jour, des accents moins enthousiastes : « Il y a plus d'épines que de c roses sur la roule que vous avez à suivre... La confiance que «j'ai en votre prudence est la seule chose qui me rassure... cLa révolution n'est pas à beaucoup près achevée, il se pré* c pare de grands orages. » Puis il £iit un tableeu de la situation

I. Voiei une lettre, qne Ufcfstte lui éerEvaft à eetle cpuque :

Penneltei-iiioi, Nonsietir, de rmu «dresser H. de dtanBionl, mon

iide de camp et non ami, que J*ai ctwrgè d'une lettre pour U gtrde nstlo* oale de Strssboaig, et qoi vous porte en m^e temps une lettre du ministre du roi. M. de Chiuraont eausem ivec vous sur tous les objets relatifs i la cause nationale. Votre correspondance avec M. de la Bochcfoucauld et mol me ferait souhaiter bien vivement de causer avec ^rous; mais puisque nos occupation* ri^ppectives nous retiennent à une grande distance l'un de l'autre, je pense que les conversations de M. de Ternan et de M. de Cbau* mont auront pu y ^lupplèei. Vuui> ùla entouré d'obstacles et d intrigues , mais votre patriotisme et vos talents en triompheront. Je lierai toujours prêt à solliciter auprès de l'Assemblée nationale et du roi tout ce qui pourra faciliter vos travaux et déjouer les projets de vos ennemis» •âgfées, llooateur, rassorsace de mon sincère attacbement •Paris» lOJola 1790. Signé: Lava vans.»

234 BIOGRAPHIES ALSACIENNBS.

(lin de féviier 1790): «...Voilà les queslu/ns du jour, sans c doute exagérées, cl suite nécessaire d'une révolution qui < nous procure d'ailleurs tant d'avantages, plus de roi , fim € d'armée, plus de niarine, plus d'argent... nos grands fiiiseurs «ont au milieu de cette anarchie si désirée un Taste champ f pour eiercer m animâ viU,* L'ironie était poignante. Dès ces premiers jours, H. deDietrich entendait derrière son cbar d'ovation les chants de la satire.

Je ne dois point cacher que le jeune maire, d'ailleurs si pnidenl, fil un faux pas a^i début même de sa carrière: dans les premiers jours de janvier 1790, un club s'était établi a Strashoui^, à l'instar de ce qui se pratiquait alors dans toutes les communes de France. Cette réunion portait le titre trèsrassurant des Âmk de la ConsHMion et parlait d'abord conformément à cette enseigne. II. de Dietrich avait souffert qu'on raffiliflt à cette société; en cela il ne ftdsait aussi qu'imiter l'exemple de tous ses amis politiques, menil)res de la Constituante. Il eut lieu plus tard de se repentir amèrement de celte condescendance «lui »'ntravail ou compromettait les libres allures du magistral municipal.

Quant à ses aflaires personnelles , il dut, dès ce moment, renoncer à les suivre avec assiduité. 11 était à peu près en permanence à la mairie et, magistrat populaire dans le vrai sens du mot, accessible, du matin au soir et fort avant dans la nuit, â toutes les réclamations, à tous les solliciteurs.

A moins de tenir en niiiin la corne d'abondance, il ne pouvait suffire à tous les niallieurs qui s'adrcasaienl au 4pôi c de la cité;» il soulageait à son détriment, sans acception d'état ou de culte, les pétitionnaires les plus méritants; mais il creusait un abirae sous ses pas.

Une vieille et respectable dame, de ses amies, lui ^t à ce siyet, dans une lettre pleine de bon sens prophétique, des reproches qui ont dû, sans l'ébranler, lui montrer au bord de lliorixon ce point noir devant lequel les yeux se ferment

FREDERIC DE DIETIUCH. 225

volontiei-s, lorsque les pieds sont enchaînes et iocapabtes iFéviter l'orage prochain... Je ne résiste point au désir de cttep (pielques passages de cette lettre familière qui révèle les graves soucis dont les caractères les plus forts et les plus élevés ne pouvaient se défendre aux approches des commo* dons de 1792 et 179d.

f Votre fils, mon cher enfent, sera le portenr de ras

«lettre....; en le revoyant, sans vous, il nra rappelé qu'h pa-

• reil âge <jnt' lui et dans une circonstance lii»'n douloureuse et déchirante pour t xis les deux (lorsque M. de Dietrich p^r-

^ dit sa mère encore jeune, à Paris), vous vous jetâtes dans mes <i bras , en me demandant de vous servir de mère. Depuis ce

• moment, vous m'êtes cher, te temps a fortifié mon sentiment « et le vôtre ; j'espére qu'il me conduira au tombeau ; j'ai peu

* lait pour vous et j'ai reçu beaucoup de vous; vous m'aves donné une fille charmante que je chéris, des petits enfants

•idont Taurore est brillante; je les aime, et quoique séparée

< de vous tous, votre tendresse et celle que je vous porte me « soutiennent et me font supporter les amertumes dont ma vie

est remplie; mais je ne peux vous dissimuler plus longtemps «que vous me causez aussi de grundes an{,'-<>isses; oui, mon •'cher enliuit, je voi^ avec douleur (ju'en ne reruf^lissunt pa.s " les promi sses que vous m avez liules, vous voii> (oeltez dans « une dépendance cruelle des rirconslances , rependant

< vous avez bien éprouvé combien il est cruel d'en recevoir la t loi....

< Je sais que votre répugnance vous suggère beaucoup de

* pi'étextes auxquels vous vous laisses aller; mats, mon enfant, « le moment viendra où vous vous reprocherex de vous être « laissé séduire par eux, et je parierais que, sans vous Tétre

< dit positivement, vous attendrez la seconde mairie pour faire «cette confession....

« La chose publique mérite bien votre attention ; votre en- « thousiasme n'est pas tel que vous ne voyiez fort bien le péril I. 15

39^ BIOrrBAPBIBS ALSAClBmtBS.

»(ui ii(tn> nieiiace; n<jus irons iaiit que iioui ;iuronï< des rapi- « taux à manger, dont nous nous servons pour payer les inlé- « réts. Voilà plu» de ^00 niiilions. des iOO du clergé, dépensés, « sans qu'il y ail un sol de dettes de payé : la ville de Lyon • Tient de donner un terrible exemple» qui ne sera que trop f suivi ; les confédérés, qui sont id, disent à qui veut rentendre, «que tout ira, tant qu'il ne sera pas question d'impôt; FAssem- «blée le sent si bien qu'elle ne veut pas Télablir, et qu'elle (S*en tiendra à en poser les bases, et quand cela sera feit, elle «n'aura rien de plus pressé que de s'en aller....

rt Vous jiiji fz voU e part dans le malheur général qui ;ii i i\ cia

dans deux <ui trois ans au plus lardî » Quelle prédiciiiuiî «Arrangez-vous donc, je vons en conjure, pour n'en pas :i\uir de «personnels encore à suppor(«îr; la lâche quon aura alors sen «assez forte à supporter; Necker, je crois, va nous quitter, ou

«le laisse couler M. de Larochefoucaultme demandait hier

«ce que produira sa retraite: Pas grande chose, lui dis- je, « mais son successeur fera beaucoup, et si tous nous donnez « l'évéque d'Autun, tout sera perdu. — :Mais qui mettra-t-on là, « sera-ce Dufresne?— Le choix sera bien plat, lui dis-je, il ne «repoussera pas comme révc(pk', mais il n'attirera aucune «confiance; Dufresne sera regardé comme un commis cl pas •(autrement. — Mais, cependant, ajouta un autre, il est le seul iiiHii rouuaiss*' les affaires. — M. Blondel opinait parrotfe rai- «sou fortement pour lui, el je me permis une conipurai.sou •(qui leur lit effet : Oui, dis-je, c'est comme si ou vous char- (geaii de laire la cuisine d'une grande maison, parce que vous «avez acrpiis, par la tenue des livres, la connaissance de ce «qu'il faut pour la faire. — On trouva ma comparaison juste < et on revint à demander qui on mettrait lâ.... Dieu, le Père» «dis* je, car il n'y a que lui qui puisse nous tirer d'affaire, s'il «veut bien dire son fiât Uug„„

« Encore une fois, je vous conjure de mettre ordre A

«vos affaires; c'est la dernière fois que je vous en parle; je

FRÉDKRIC DE DIETRICH. ^1

(n'ai pas le droit de vous persécuter; si vous me refusez,

• i csieiai loujoui's voire mère, mais votre mère bien aflli-

Hélîts! M. (le ni<»lrirh ;iurail-il voulu proiUer et suivre r»»5 conseils, il ne l'aurait pu : il avait des engagements d'honoeur pris & la face du soleil et nu pied des autels; il était sur une pente que Ton remonte difficilement et où Ton ne se sauve du ridicule de la chute que par Pexii ou la mort.

Dans ce moment, d'ailleurs, F. de DJelrich devait encore se trouver sous le cbanne des souvenirs les plus récents, et être Irop enivré d'applaudisseuicuts pour f)réte?" une oreille attentive et obéir aux sommations de son Hiniu Mi.'UemelIc.

On venaif de rélébi'er la fôte de la fédénrfion rhénane , et les nombreux témoignages qui nous restent de cette solf^nnité s'accordent à la représenter comme une émouvante démonstration de patriotisme et d'enthousiasme républicain. Depuis soixante ans, tous les régimes qui se sont succédé en France ont si souvent usé et abusé du puissant levier des andes filtes, pour ébranler les masses et agir sur leur imagination, que nous sommes (invcniis à la fuis indifférents »'t incrédules Inisrfue nous lisons le récit de grandes représeiKaùons nationales ou locales.

Je ne fatiguerai point mes lecteurs par la reproduction de tous les détails du programmf^ ofTlciel, qui avait appelé, le dimanche id juin 4790, dans la plaine des Bouchers, la popu* lation de Strasbourg, celle d'une partie de l'Alsace et du margraviat de Bade; je m'appliqucmi plutôt à rechercher la signification politique de cette cérémonie et à rendre en ipielques mots le rôle qu'y jona le magistnil éminent, dont l'administraliou l'ail en ce monjcnt le sujet de mon récit.

Dans ces premiers joui*s de la révolution fi nnçaise , où la majorité de la nation semblait avoir bu à grands traits dans la coupe d'une toute -puissante enchanteresse, qui aurait promis le retour de l'âge d'oi* sur la terre, dans ces premiers jours

228 BIOGRAPHIES ALSACIEIIKKS.

d*enivrement général, citoyens, gardes nationaux, soldats, éprouvaient le besoin de se voir, de s*entendre, de ^embrasser,

de s'encouragera la poursuite de celte terre promis*», veiilable Eldorado, mirage séducteur qui fuyait à mesiu c 'jn'on rroynii

rattciudi e Des villes d'un certain rayon fixaient un jour où

elles se l'CDCOUtreraient par dépulation, sur un point donne, pour renouveler sur Fautel de la patrie {c'était alors la for* mule obligée) le seitnent de vivre libre ou de mourir. Mais ces phrases, qui nous semblent un peu vides aajoordliui, ne Tétaient pas le moins du monde le lendemain de la prise de la Bastille, l'avant*veille de la levée de boucliers de tonte l'Europe soulevée contre la France rajeunie; elles ne l'étaient pas pour des hommes convaincus, nullement désil lusionnés, coiiuuc

nous, sur toutes ciiuscs L'autel de gazon, élevé dans la

plaine des Bourlici s de Strasbourg, pour y recevoir, au pied de ses degrés, les gardes nationaux délégués de beanconp de communes de l'Alsace, de la Lorraine, de la Franche -Comté et de la Bourgogne, cet autel était bien le symbole d'une fraternité sincère, d'une fusion de tous les intérêts moraux, po* litiqnes et sociaux. Les entreprises de bourse nous passionnent aujourd'hui à un degré pareil, et il n'y a peut-être pas lieu de nous en féliciter : car mieux vaut l'enthousiasme pour des biens môme imaginaires, que radoration trop exclusive des intérêts malériels.

En juin 1790, cette fêle de la fédération rhénane avait d'ailleurs un caractère spécial; c'était de la part de Strasbouiig et de l'Alsace une profession de foi politique, un solennel démenti donné à des insinuations calomnieuses qui avaient montré les Alsaciens décidés à abandonner la cause de la France et à se confédérer avec les populations ultrarhénanes. On avait, comme il est plus d'une fois arrivé depuis, confondu à dessein l'amour que professe l'Alsacien pour ses in>iilulions et ses ti aditions locales avec les sympathies politiques. Maintenant, la ville de Strasbourg et l'Alsace se déclaraient unies de cœur et de pen-

raÉDERlC D£ DIETRICU.

sée avec leurs voisins d'au delà des Vosges, et conviaient à ce spectacle, comme des hôtes chéris > les habitants de la rive

droite, qui allaient faire dans leurs foyers la propagande des idées libérolos tMiianées de ia France.

L'organisation de la fôtc était partie de la municipalité. Le iiiaire, qui avait passé luiu partie de sa vie à Paris, ne dédaigoail pas une belle mise en scène; il savait, d'ailleurs, avec mesure et intelligence, remuer la fibre populaire et parler ce langage chaleureux qui émeut les grandes réunions. L*honneur de la journée lui appartint, et tous les yeux étaient fixés sur lui, lorsque, traversant Fiinmense carré que formaient les troupes de la garnison , la garde nationale de Strasbourg et les dépulations, il monta les deg^rés de l'autel, et prononça, d'une voix sonore, la formule sacramentelle de fidélité au roi, à la loi et à la nation.

La physionomie mâle et expressive de M. de Dietrich rayonnait de bonheur; et lorsque, quelques moments après, le détachement des tenihnts de la patrie,! commandé par son jeune fils, s'approcha a son tour du tertre de gaxon pour répéter le même serment, son cœur paternel dut être enivré par les acdamations qui partirent de la foule des tpec-

taleurs.

Mais ces liiunienls de triomphe passager se payent toujours à un prix excessif; et la fiction, qui montre, planant dans les nuages, des génies envieux du bonheur des mortels, cette fiction personnifie la mélancolie qui surgit fatalement au milieu de la joie dans la tête du penseur.

Dès le mois de juillet, le maire de Strasbourg fut obligé d'intervenir dans une aflàire très-grave et très-compliquée qui louchait la ville de Haguenau. J'ai déjà donné à entendre que, par la force des choses, dans ces temps de désorganisation sociale, où les pouvoirs n'étaient pas légulièrenieiil limités et déliuis, M. de Dietrich se trouvait appelé plus d'une fois à donner des avis, des conseils, et à émettre des décisions sur

BtOGRAPHlBS Af.9ACtl{K!(KS.

ties faits liii^jMcux qui ue relevaieul uuiieiueat de son ftdmi* uisu-aiioa locale.

A Haguenau, la municipnlité nouveilement instituée s'était trouvée en butte aux insultes et aux violences de la popu* lace, agitée, on le croit, par la magistrature ancienne; car cette dernière, non -seulement avait dA céder la place, elle avait été poursuivie pour c non-reddition de comptes depuis 1785.1 L'instigateur des désordres de juillet était un simple greffier de la mairie, nommé Westermann, qu'une partie de ses concitoyens envoya prolester à Paris, auf)rès de l'Assemblée naiiuuale, contre l'élection des autorités de Uagucnan.

L'exaiiieii df c litige fut déféré à la muiiicipalité de Sti^sbourg, en d'autres termes, à U. de Dietrich, qui mit à faire instruire une affaire, qui ne le regardait qu'indirectement, son activité et son impartialité habituelles. Il recueillit, comme arbitre dans ces pénibles débats, un témoignage éclatant de gratitude. A la date du 9 novembre , tous les bouiigeols notables faisant partie de la population de Hagnenau, lui adresjièrent une lettre ainsi conçue :

< (Test par le courrier d*bler que nous avons appris rbeoreux € dénouement de nos affaires; le premier mouvement dont « nos cœurs étaieiil saisis s'est aussilùl porté vers vous, Mon- « sieur; c'esf à vus soins îreurreiix. c'est à votre zèle vraiment ((patriotique, (jue nous devons le inoniphi' dont nous jouis- V sons; le calme, la tranquillité et 1 heureuse harmonie, le tout «si essentiel pour le bonheur d'une ville et de ses habitants, « en naîtront indubitableroenL Dans ces moments d'un doux < épanchemeot de nos cœurs, nous vous appelions notre père, «le restaurateur de notre liberté; agréez. Monsieur, ces qua- « lifications, et celle de citoyen de notre ville, que nous allons «faire consigner dans les actes publics; elles sont les exprescsions faibles, mais fidèles, de nos ftmes pénétrées; elles « doivent vous servir de ((âge de notre gratitude et entier dé-

FRÉOEHIC DE DIETRICH. ââi

c vouement, qui se pro[>agei'ont Jusqu'à noire postérité la plus «reculée.

«Nuui ioinnies avec respect,

«^loiisicur,

«Vos liès-liuinblesi et très-obéissants serviteurs , « les citoveus nctUs et chefs de différentes Liibus (de la ville de Uaguenau. > -

{Suigent les sigmOuru»)

L*un des anciens magfistraCs de Haguenau, H. de Vorstadt et M. de Pons» qui avait coramandé la garnison lors des pi*e* miéres émeutes de juillet , adressèrent aussi à 11. de Dietrich

des ictti es de félicitatiuii et de remercîiiioiit.

Il avait été piii fiiileraenl assisté tlansl»^ cours «K* celle insti-iiclion par Tavocat général, M. Fisclier, délégué par lui, sur les lieux, et par M. de Schwendl, qui avait présenté l'atTaire dans • son vrai jour auprès des comités de l'Assemblée nationale. Westennami) qui parait avoir été une espèce de bretteur de bas étage, lut arrêté à Paris et renvoyé à Strasbourg. Les lettres de H. de Broglic sont remplies d'allusions à cette alftire de Uaguenau et relatent les démarches ftiites par les députés de la noblesse daiis le but d'en liàter la solution.

Des troubles analogues s'étaient produits à Sclilest i li contre la formation de la nouvelle municipalité; des couiiiiissaires strasbourgeois avaient été réclamés; l'ordre fiit rétabli par eux et par Tintervention de la force armée.

De& difficultés embarrassantes surgissaient partout autour des autorités nouvelles. Les princes étrangers, qui avaient conservé, par le traité de Westphalie, leurs possessions en Alsace, protestaient contre les décrets de FAssemblée constituante, qui les spoliaient de leurs droits historiques, Les Israéhtes réclanioienl leur admission comme citoyens au sein de la nation régénérée ; ils ré<"lamaienl au nom des di oits de riioiiniie, et étaient repoussés au nom des intérêts matériels lésés pai> les marchés usuraires; les régiments en garnison dans les forte-

BIOl.KAl'liiËS ALSA^:ii':NN£S.

resses se révollaient contre leurs officiers supérieurs, aristocrates de naissance et de conviction; le clergé, blessé dans sa conscience» jetait des cris de détresse; et la population des districts catholîiiues, habituée à obéir à l'influenee de ses curés, b.L' iiioiiliaiL rebelle à un gouvernement qui confisquait les biens des abbayes et exig-eait des prêtres un seiinenl iiicumpatibleaveo leiirs devoirs crrlésiastiques. Le cardinal de Rohan, mal lamé comme tiomnie, mais puissant comme prince tle rÉglise, agitait, de sa retraite d'Etlenheim, le clergé d'Alsace et les fidèles de son diocèse *. Le commerce, au milieu de la sti^alion des affiiires et du déclin de la confiance publique, portait ses plaintes devant les personnalités baut placées et influentes, ft Strasbourg surtout , oà la ville perdait par la seule abolition de< droits féodaux, 52,000 fr. de ses revenus ntjiiiiels, et 85,000 fr. pai le reculemenf de la ligne des dotiane:} de la fïoiitièrf> d>'s Vosfîes à telle du Rbin. C'était un véritable pandémonium, un déchaînement de vents orageux de tous les coins de Tbonzon, qui exigeait, de la part de ceux qui tenaient le gouvernail au milieu de la tourmente, un calme imperturbable, pour ne point aller A la dérive. Pendant une sédition militaire, dans les journées du 6 et du 7 août, IL de Dtetricb se jeta tête baissée entre les régiments et reçut les félicitations les mieux senties de M. Victor de Broglie, qui était juge compétent en f ut (le cuuinge.

Noui! venons, à uiesur»' que se déi ouleront les événements, quelle était l'attitude du maire dans ces contlits d'opinions, de prétentions, d'exigences violentes ou réactionnaires; et si l'on veut bien se rappeler qu'à la même époque la France entière était dans toutes ses parties livrée à la même tourmente, le cakne relatif qui r^ait à Strasbourg, grflce à la considération dont jouissait le maire, doit inspirer à Tobservateur

I. Il curoya à K. Je Dietrich un loug mémoire, conteoaut le détail de Mt griefs, et demandant que les choses fussent remises dans l'état où eUeSSe trouvaient autéheurement au 4 août 1789.

Digiii^ca L^y GoOglc

FRËDERIC DE UIKTRICU. 2ââ

impartial une véritable syinpatliie pour le fonctiomiaire qui reopliuait son devoir, sans antre eqioîr de récompense que le témoignage de sa conscience et de quelques amis.

Dans le cours de 1790 il exerçait encore uue souveraine autorité sur le dut» des Amis de la Conslitulion; il parvint à 1 aide de celle sociéie , qui avait des ramitications dans toutes les classes, a luaioteoir l'ordi-c matériel, quoique des pamphlets Incendiaires eussent été distribués dans les casernes pour ameuter de nouveau la garnison. Les libelles furent livrés au bourreau.

Dietrich, dans le courant de la même année, avait dirigé l'organisation des nouvelles administrations de districts ci du département; le changement dans la constitution judiciaire du pays exig'oait aussi de sa part une action directe. Il avait , dans les premiers temps, curmdé, avec ses fonctions h la mairie, celles des justices de paix 6X11*8 muros. Cette anomalie, qui doublait son fardeau , cessa» lorsqu'au 12 novembre 1 790 il put opérer la cldture des anciens tribunaux. Alors 8*arréta pour toigours ce rouage compliqué qui foisait de Strasbouiy» par exemple , le siège prévdtal de la maréchaussée, du directoire de la noblesse, de Tofficialité épiscopale, du tribunal universitaire , du ^l effe de tous les bailliages (du tribunal matniiioiiiaJ I et de l«'ur li iiiuuiil d appel.

Loi s de rinstallation du nouveau tribunal de district , siégeant à Strasbourg, le maire, après avoir félicité ia commune d*étre délivrée des fonctions judiciaires, s'adressa en ces termes à ses concitoyens : cSoyee satisfaits , citoyens; médites cavec reconnaissance sur les rapports actuels des différents «pouvoirs.... les attributions, les eommiUimuB, les juridictions «privltégîé<>s ménageaient nm individus autant d'exceptions 4 aux lois générales; le citoyen ne s'intéressait qu'ati maintien de ces exceplions qui lui étaieuî utiles; il ne s'ia«pii< tait pas <si la chose publique souffrait, ou si son voisin était opjH iiiK*. «Mais ne jetons pas un regard aûligeant sur le passé; aiyoui -

2S4 BIOGRAPHIBS ALSACIBWIES.

<• d'hui iiuus soniiiies tous soumis û la même loi, tous égaux «devant elle; les ministres , autrefois si redoutables , comme ile ciloyeo le moÎDs puissant, les membres des départements «comme ceux des moindres munici|>alités; les évéques eomme «les sous-diacies; le mat^hal de France comme le soldat; le «juge supérieur comme le juge de paix: tous, sans exception et * l'éciproquemeat, dépendent des pouvoirs attribués à chacun 4 de ses corps; tous doivent être soumis au même trliranal de < justice, tous doivent è ses jugements respect et obéissance. >

11 ne fallait rien inoins que ces admirables conquêtes du bon sons et de l'éqiul»*, (jui sont la j;loii\ tin mouvement de 1789, pour rt'( (uu;ilici- rcsj>rit avec une siltuilion anormalo et pour calmer l<'s apprébensions qui voyaient tlans un avenir prochain tous les malbeurs à la fois fondre sur la France. Les principales causes de l'agitation <]ui régnait en Alsace et à Strasbourg-, pendant les années qui précèdent les journées de septembre i79â et la Terreur, résidaient dans f exécution du décret sur le clergé, et dans le rassemblement des émigrés sur les frontières.

Si les patriotes étaient exaspérés par le voisinage inquiétant de ces derniers, les fldèles catholiques voyaient une atteinte portée à la liberté de const-îence et à des droits consacrés , dans riulrodurfion «l'un cler^^é cunslitutionnel et dans la vente dcû LlL■lJ^ lie inainuiorle. De «:e moment, la position d un inaire de Strasbuur|,% chargé de faire exécuter les décrets contre les prêtres réfracta ires , aimés de leurs ouailles, approuvés en cour de Home , devenait dilTicilc ; elle l'était d'aulaut plu$ que ce magistrat appartenait à uu culte dissident

I. La position de M. de DIetrich eût été, en elTet, plus uette et plus facile, :i'il D'arait, en sa qnalitè prote&tant, inspiré des appréhensions snx deux fractions du clergé catholique.

La question de l'universito et du Iraitcineut du cierge prole&Uiit occupa aik>bi M. de Dietricb, nix corrcâpoudance avec M. de BrogUe touche à cette questipQ délleate eteonplexe. Je résiste, parce que les boraesde esite

FRÉDÉRIC OE DlfTRICH. SS5

Les instruclions et les mandements (93 et S8 novembre) de Févéque de Strasbourg appelaient ouvertement le clergé

et les fidèles à résister au décret du 12 juillet 1790; il n'y avait plua à hésiter : la iiiuiiK ipalité , à moins de quitter la place, se vit obligée de défendre ia lecture de la einuiaice épiscopale dans les églises ; le directoire du département , qui renfermait plus d'éléments aristocratiques, hésita un instant, puis il suivit cet exemple. Une surveillance active Ait exercée sur les bords du Rhin {lour empêcher Tintroduction des brochure qui venaient d'Ettenheim ; mais ces mesures ue prévinrent pas toute espèce de démonstration ; lorsque, dans les premiers jours de janvier 1791 , on se préparait à transporter aux archives départementales les docwiiit iits provenant du chopilre de Sain! -Piene-le- Vieux , une résistance assez vive fui opposée à cet acle dans 1 église même ; la garde ualiunale dut mtervenir pour opérer ce tiimsfèrement. Quelques joiu's plus lard (le 10 janvier) il y eut un mouvement dans la catlH*drale à Toccasion de la clôture du chceur; un dub catholique se réunit sous le patronage du professeur Dietrich dans le séminaire et protesta contre l'exécution des décrets. Il fallut en venir à la clôture de cette réunion. Les paysans des villages cui1imIii(iics , aux environs de SUusbuur^, élaieiit vivement agites , tandis que les villaf,'es protestants des anciens bailliages de la ville otï'raienl d'accourir an secours de la municipalité. Le 2i janvier avait été fixé pour la prestation du serment du

note me commaDdent cette réserve. Je rùjjiâte au désir de donner dm extntts des leltras de M. de Broglic. qui «ont rciupUes despreures de riotérêl qn*tt donne aox eOUrea d'Alsace, et qoi, dans les matières de ouUe, reapirenl ane Mge tolérance^ — Gonme leprèsentant de la nobleaae, M. de BrogUe fait de vains ettontM pour sauver, je ne dirai pas les privilèges, n»ls une partie de la position des seigneom alsaeleiia. Lorsqu'il a échoué, il écrit une lettre désolée à son amlle maire» car 11 sait bien que cette non>réu88iC6 va le bronlller avec raristocratie de l'Est. — Quant i la vente des biens nationaux, il insiste sur la nécessité de l'activer; il voit le snccés de la réveittlion dans i'esécution de cette mesure politique.

236 BIOGRAPHIKS ALSAClKlIlIRS.

clergé; une petite minorité fit cet acte de soumission. La situation parut assez grave à l'Assemblée ooostitimnte de Paris* pour envoyer des commissaires royaux (Matthieu Dumas» Hérault deSécheUesetFoissey) qui approuvèrent, au surplus, la mesure adoptée par le maire et prononcèrent la révocation du directoire du département , dont le dévouement è la cause constitiiliomielle n t-lail pas sufïisamment avérô. M. <ie Dietricli iil des tentatives de conciliai loii auprès du cardiiiul de lloliau lui-même, mais cet échange de lettres devait ne pas aboutira un résultat satisfaisant; le cardinal -évéqpie persévéra dans sa manière de voir et se félicita de ce que la majeure partie du cleigé était resiée fidèle à son devoir (88 janvier 1791).

Le 6 mars était le grand jour fixé pour l'élection de l'évéque constitulionnel ; M. de Schwendt avait discuté , dans une correspondance confidentielle avec M. de Dietrich , le choix d'un candidat et conseillé de jeter les yeux sur l alihé de Marmoulier ou celui d'Ébersiimnster. On ne tinl point compte de cet avis. Quatre cents électeurs procédèrent à l'acte inusité qui devait produire au sein du corps clérical et des croyants une exaspération indicible.

L'abbé Brendel^ qui avait prêté le serment voulu par la loi , Ait nommé évèque de Strasbourg. On assure, quelque incroyable que paraisse le Mi, que des électeurs protestants (brent trouvés au nombre des votants! C'était plus qu'il n*en liallail pour imprimer au nouveau pi'élal un stiffrnaU» indélébile; il élait décrié, avant son ontiér en fonctions, comme evètjue luthérien . pI matériellement menacé. Les commissaires <lu roi se virent obligés de le couvrir de leur protection et de l'abriter dans leur hôtel. Dans la cathédrale même il Ait grave* ment insulté par l'ancien curé de Saint-Laurent, lorsqu'il se préparait è officier pour la première fois. A Strasbourg, la vigilance du maire prévint de plus grands troubles; mais A la campagne , où Faction de l'autorité ne pouvait se multiplier , riuslallation des curés consUtutionuels duuna lieu à des dés-

niiOBRIC DE DIBTRtCH. 337

ordres qui dégénérèrent quoiqnps mois plus tard, à Obernai, en véritable émeute que la lourde nationale de Sti*asbourg comprima violemment et non sans commettre des excès réprébeusibles.

Les esprits lionnètes et modérés gémirent de ces tristes incidents; ils devaient peut-être, dès ce moment, perdre con- 6ance dans le succès absolu de TAssemblée nationale, puisqu'elle ne reculait pas devant les moyens de rigueur sur le domaine inviolable de la conscience. Le maire de Strasbourg, qui avait inscrit sur sa bannière officielle et au fond de son cœur les pnncipes de la tolérance , fut bans aucun duule pro- Ibndémenl ému; mais il subissait ici la loi de sa position.

Cependant il ménage autant que possible de justes susceptibilités; il se retranche derrière les commissaires du roi, qui, dans une proclamation adressée le 18 mars i79i aux Français habitant le département du Bas-Rhin , font un peu de théologie déclamatoire pour défendre Vélectitm de l'évèque Brendel , «de ce pasteur, digne des premiers siècles du christianisme « par se^ vérins, et des beaux jours de l'Église par ses lumières; «nouvel Auibroise qui, demandé à la l'ois par deux religions, " cuiuum le citoven le plus désirable poui- la tranquilliié cuni- « roune , a paru confondre un inslaiil tous les cultes dans des «acclamations universelles.....

c Nourri par une longue étude de la saine et antique doc* «trme, il vous dira que, si Ton conteste au peuple le fiiit t d'avoir jamais nommé les évôques, c'est une erreur contre c laquelle déposent tous les monuments de l'histoire.... il vous « dira que l'exconimunic^lion ne peut être lancée par un évéquo f déchu de sa juridiction : il vous dira, enfui , (|ue les censures «iniques ne lient point devant Dieu et que, suivant la pensée r des Pères de l'Église, celui-là se retrancbe lui-même de fia communion qui en retranche injustement ses frères.» (Lettre 75 de saint Firmilien à saint Gyprien.)

Si Frédéric de Dietrich a dû se voiler la téte en face de

238 BIOGRAPHIES ALSACIKHRES.

maax auiquels il n'y avait pas de remède, oa si, pour laUer avec les graves mouvements résultant de la retraite ou de

rabsteiilion do landen clergé, il coiisentil à admettre à Strasbourg: quelques pn'tics éli-angers, auxiliaires dangereux el roni|»rometfaiil> , il déploya <ur nu autre len ain une vigiianci' , luie énergie louable et qui fut rouronnée de plein succès. Xentends parler des mesures adoptées partout à leiidroit des émigrés, et en face de l'étranger qui commençait à menacer la France.

Déjà dans les premiers mois de 1791, Tarmée de Gondé se formait sur la frontière et projetait d^envahir la France en passant clandestinement le Rhin à Marckolsbeim el Rliinau, pour marcher \ini itosbeim, (^lieniai, et pénétrer par le val de Bruche en Lorraine. Le maire de Sira^hourg, averti par des agents zélés et inudiigents» surveilla ces plans, moins insensés qu*on ne le dirait de prime abord; il les déjoua.

A BAle, son beau-frère, le chancelier, le tenait a» courant de toutes les démarches des émigrés, dn chapitre d'Arlesbeim el de révéque de Bâle, alors en résidence à Porentruy. Celle curieuse correspondance montre la trame ourdie dès ce moment contre le génie révolutionnaire de la France el les forces occultes rassemblées pour étouffer dans son lierceau le jeune Tilaii «jiii allait troubler le repos île TOlynipe iuoiiarchi<jue. Bàlc était le théâtre où se nouaient beaucoup diuirigues; le grand conseil était divisé d'opinion, el dans tme circonstance assez grave ce fut le beau-frère de Dietrich qui fit penclier la balance da côté du parti français. L'évéque de BAIe avait demandé passage sur le territoire du canton de Bftle et, au besoin, à travers le chof-lien, pour des troupes autrichiennes, sous prétexte de comprimer ô Porentruy les velléités de révolte qui se manifestaient dans ces parages. Ou ne ]»unuul se tromper siu' rimuieuse portée de cette mesure, si elle avait été a(Jo()léc par le gouveinemenl canluual. Sans |)arler de la première infraction flagrante au principe de la neutralité suisse ,

PRtofiRIC DE D1KTRICII. 3^9

il était évident que les troupes de l'empereur Léopold, fort mal disposé pour rA.<semblée constifunnte, formeraient ilans le pavs (le Porenli uy » | tle Di li» I' noyau (i nné année d'invasion ({ui Hicnacerail à la fois la t rancbe-CouUé, la Lorraine et l'Alsace.

Berne, Soleure et Liioerao engageaient la magistrature de Bàle à se rendre an vœu de VéTêque, organe de Tempire germanîque; le Conseil de Zurich était partagé d*avis» maïs cons^'illait, à une faible majorité, décéder, cil est prouvé, écrit le

t chancelier à son beau-frère Dietrich A la rJate du 6 février, il test prouvé rpie. si l'on no prend tlt^s précautions, l'aigle ini- - périait s* la .ii l>urûeà l'urciilruy; ce que l'évêque obtiendi*a, «le comte de Montbéliard (le duc de Wurtemberg) le deman- «dera aussi. Quatre compagnies en attireront d'autres, et vous «aurez là un noyau de contre-révolutionnaires, un centre de c ralliement pour les émigrés qui remplissent nos contrées et «pour les mécontents de Tintérieur.»... Puis, quelques jours plus tard, il le rassure: «Non*seulement le passage n'a pas été « accordé, mais tout annonce qu'on le refusera énergiquement. tOii voulait nous ai radier par surprise im consentement fu- •îneste. Les arislocrates de l'évèch»' et le résident impérial «sont alarmés de ee <{ue ce coup ait manqué. Les parties cor- «respondantes du plan total auront été mises en jeu sans effet. «L'insurrection de Golmar, les adresses incendiaires, les émt- «grés rassemblés de l'autre côté du Rhin, toutes ces disposi- «tions sont à présent comme non avenues*

«J'ai été hier ao concert... d'un amas d'étrangers, la salle «était remplie... Italiens, Parisiens, Alsaciens, Fi^ancs-Comlois»

< épiscopaiix, il fallait voir leur intimité, leurs rassemblements,

< leurs entretiens nivsléi ieux... Les triumvirs de celle horde «sont Mirabeau-Tomieau (le vicomte), Monljoie lie Veaufray et «le comte d'Allamand. Ce Mirabeau restera encore qnelrpie «temps ici. Il formera un des anneaux de la grande chaîne «que Gondé tend autour de la France. Il y a quelquefois aux

BIOGRAPRIBS ALSACIENNES.

* Trois Rois, à la table d'hôte, jusqu'à quaranlp émigrés f leurs propos fool frémir; il y a mcnie danger à y dîner. »

Dbds une lettre du 18 février 1791, le chancelier bHoift raconte comineiit, de baute lutte, il a obtenu le renToî des émigrés les plus influents. «Le vicomte de Mirabeau, avant € d'obéir au décret qui Téloignalt d'ici, doit avoir menacé « notre État en général et moi en particulier de son illustre «vengeance. J'aîme à croire qu'on Ta calomnié, car cela ren-

♦ droit S.OII porli birn méprif»able à mes yeux. Lui et il ^julres «< cmigraiil.s se sont rendus à Lœrrach, bourg du niingiave à tdeux lieues d'ici, .l'ignore >'ils y sont encore. Eii allendanl, « nous avons lien de croire que ces preux chevaliers nous ont « déjà fait seulir, A la manière de leurs ancêtres du moyen «âge, les efl'ets de leur noble courroux. La maison de notre «bailli de ftiehen» village qui nous appartient au delà du «Rhin, entre notre ville et Lœrrach, a été pillée et abtmée «dans la nuit de mardi à mercredi. Mais il s'en &ut bien que «cela nous ait intimidés, car le mercredi matin, jour fixé pour t décréter sur les mesures à prendre relativement aux aristo- «crates logés dans des maisons particulières, il a été décidé: •(l** (Juon déclarerait à M. le (omle Montjoie de Veaufray t (c'est lex-député) qu'il an à nous quitter dans le courant de «•celte semaine, pour >\\ j)ropre sûreté et pour tranquilliser Miotre bourgeoisie; T qu'on ferait dire à M"'*' de Pont (df " Nancy) qu'elle doit avant six ou huit jours s'éloigner de «notre ville et cantun; ,"»" qu'on insinuerait à tous les étran- « gers logés dans des maisons particulières (ou chez des par- «ticuUers), qu'on attend d'eux qu'ils se comporteront avec « toute la circonspection possible et qu'ils ne fréquenteront ni « ne recevront ches eux d'autres étrangers. — Le renvoi de «Hon^oie est ce qui a coûté le plus de peine à obtenir. Il est «parent de Metternicb, de toute la coterie ehapitrale de l'évè- «ché, de l'Alsace, de l'Autriche antérieure; il est en liaison < avec plusieurs nobles de quelques cantoos aristocratiques; il

FRtoERlC DE DlETRlCa. S4I

«avait adopté le ton fier et décisif de rarrogance et de la «ronlre-révoliitioii immanquable; il avait fait (à ce que jai «lieu do supposer) plusieurs fausses coniidciices. Fiiilin 15 voix « pour le garder et 15 voix pour le renvoyer. C'était à moi à ■ décider. Je voyais des yeux menaçants touraés vers moi. Un tmoi*ne silence régnait dans la salle. Je prie le Conseil de «garder le silence sur nos délibérations, et je prononce que «M... sera renvoyé dans le courant de la semaine. Sur-le^ «champ un de nos oligarques s'écrie que cette décision me- «nace notre État et la Suisse des plus grands malheurs; mais «je lui impose silence et déclare que je ne révoquerai pas ma I décision.

«Le niargr.ive a purgé ses htals (du moint» dans uo» cou- «trêeb) des cnrôleuis et eniôlés. 1/Aolriche, assnre-t-on, en « fei*a autant. Cejiendant je ne m'y lie pas, d'autant <pjc les

< chefs ne sont pas compris dans cette dénomination d enrô- «leurs et enrôlés. Un GreifTeneck, membre de la régence de « Fribourg en Brisgau, est ici depuis dix à douze jours. Sans «lettres de créance pour le gouvernement, il n'en foit pas

< moins des visites à noe oligarques pour nous engager à per*

«mettre le passage des troupes impériales Berne a eu

«rindignité de nous reprocher d'avoir refiisé le passage et «surUmt d'avoir écrit au roi de France, au département du «Haut-Rhin et an général d'Affry. Ce canton a fait plus. Il a «écrii au cusdit (ireiffeneck qu'il aurait vu ce passage avec <4 plaisir. L(i6 intrigues de ce canton ont laiL {\uc Soleiu'C ef ♦< I.nccme, tout en approuvant nos uiulifîs, n'ont pa:> laissé que

' de nous faire entrevoir qu'ils l'eussent désiré On se plaint

«de Berne ouvertement; on lei^ appelle de mauvais Suisses, «qui nous sacrifieraient, qui se remettraient sous le joug de «FEmpire, pourvu qu'ils écartent le danger d'une révolution «dans leur canton. J'insbte sur l'inviotabilité de notre terri- «toire et dis que, si les Bernois veulent le passage. Os n'ont «qu'à raccorder sur leur territoire et sur celui de Soleure.

242 B10GRA?HIBS ALSACUNMBS.

«Mais gare alors pour le pays de Vaud qui touche à Versoy el

«au pays de Gex.

«Qu'il anive au reste ce qui voudra; j'ai obtenu mon but. « L'invasion du 4 février a nianqn(,\ Vous avez eu le temps de •«vous mettre en mesure... L'évêque a demande aux cantons

< de Berne, Bàie et Soleure six députés pour l'aider de leurs «conseils et rétablir la sûreté dans son pays. Les nôtres ont

< été nommés hier après diner et ils partiront demain malin. cUn parti voulait me députer, l'autre s'y est opposé par la «raison (à ce qu'il était fticile de comprendre) que ma pré- «sence n'inspirerait pas de la confiance à Févéque et en inspi- « rerait trop aui sujets

« Je crains fort que la Prusse ne veuille réduire l'em-

«pereur ft diviser ses forces. C'est encore une idée vague, «mais que je vais suivre pour y rappurler les divers détails « des événements qui se préparent. Il est ceilain que le clia- « pitre d'Arleshv'ini a toujours fait grand bruit de la protection «du roi de Prusse; que les chefs du canton de Berne sont «très-tiers de l'ordre de l'Aig-Ie noire, dont il les a décorés; «qu'ils ont, à cause de l^eufcbâlel, d'étroites liaisons avec lui; «que, si l'empereur peut passer sur terres suisses, le roi de « Prusse en pourra &ire autant pour se rendre â Neufchfltel.»

J'ai cru pouvoir, sans Iktiguer mes lecteurs, donner presque en entier le texte de ce curieux rapport politique envoyé sous forme de lettre familière et intime; il peint fldèlement, ce me kemble, les dangers qui menaçaient dès lors la frontière française de l'Est.

La sociélé constitutionnelle de Slrasb(»ui j^ se plaignait, avec vivacité, des mauvais Iraitemenls que subissaient les AIsacieui>, lorsque, pour affaires ou lournécs de jiiaisir, ils avaient le malhenr de franchir le Rhiti; el M. de Schwendl écrit à M. de Dietrich vers la lin d'avril : « Les événements qui se passent «ici depuis huit jours ont fort échauffé les aristocrates; plu- «sieurs sont partis et, sans aucun doute, ils sont allés joindre

FRÉDBRIC M DIBTRICH. 343

f les Afgkîfe dans yob environs; surveillez bien les passagers,

til voui; en viendra de temps ii autre n Strasbourg sous des tnoras et des costumes déguisés, pour connaître votre inté- « rieur, IVspril de la garnison et celui des officiers.»

La fuite du roi, en juin 1791, et son arrestation à Varennes produisit à Strasbourg une vive agitation. H fallut, pour la combattre» prendre des mesures do salut public et réprimer une démonstration populaire. Des mannequins représentant mi de Klinglin et de Bouillé iurent portés sur la place d'Armes et brûlés par les gamins des rues. A cette époque, le général Klinglin avait pertlii Joute sa popularit»' factice et n'était plus à Strasbourg. M. de Dietrich avait eu soin do le faire remplacer par le général Gclb; H njaintenanf il s'agissail de rassui cr la frontière et le maréciial Luckner, qui iospirail toute conllance, vint prendre (le 17 août) le commandement de l'armée du Rhin.

Les premiers mois qui suivirent Tincident funeste de Varennes lurent pour le maire de Strasbouig Tune des époques de la plus étonnante activité. H contribua, pour une bonne

part, à rarniement de la frontière du Rhin, en mettant la garde nationale sur le pied de p^iierre et en faisant un appel à la jeunesse pour former un cor])s tle volontaires. Trois cents jeunes gens des premières familles de Strasbourg s'enipressércnt de s'enrôler à sa voix. Plus d'un maire de l'Alsace rurale s'adressait à lui pour avis et conseil. 11 entretient une curieuse correspondance avec le maire de Neuf-Brisacb, qui le tient bien au courant du mouvement A rintérieur et à Textérieur et fiût des démonstrations de patriotisme un peu burlesques; c'est, au milieu du grand drame qui se joue, la comédie ou la farce obligée, car les événements les pins austères présentent un revers de médaille. tCes messieurs, écril-ii vers la fin de c juillet 1791, en parlant des émigrés à Brisacb et à Friboujg, «ces messieurs ont reçu beaucoup d*arjant {sic). Colmar est le c siège de tous les aristocrates et prêtres réfiractaires; tout le

tvinioble (sic) a les yeux fixés sur Colmar, et ce vinioble est (le fanatique... U a fait brûler en effigie, sur la grande place, cpar les mains de Ghamcoquin {sic}, à dé&iut du bourreau, crimprimé du serment des officiers à Farmée du traître c Souillé. •

Les nombreux pétitionnaires nobles et citoyens roturiers qui s'adressent au maire de Strasbourg ne savent pas beau-

coup mieux rorlhogi aphc fiain;aise que le docteur magistrat de Neuf-Brisach ; ils ont dû déridci- le front soucieux de M. de Dietricli l<'s jours où ils ne l iiupatieiilaienl pas- M™*' Slreitl d'Immendiuyen demande un passe-port j)Our 1p Palatinat; elle à eu le quignon {sic) de ne pas être reçue par M. le maire à rbôtel de ville... M. de Kircbheim (il signe Kircbheim) fait des protestations de dévouement à la liberté; il n'aime que Dieu et sa patrie; il veut être employé, coûte que coûte, dans l'entre^ prise la plus périlleuse du monde: cil donne sa vie pour cage c (sic), il demande que le maire fasse d'un homme malheureux c un citoyen heureux; il veut donner au maire le nom de libé* «rateuri» H*"" de KUnglin lui recommande le précepteur de son fils; c'était autour du pouvoir municipal, en 1791, au petit pied^ le même concours de làclielés triviales que Tojj voit à toutes les époques se produire près des hommes ioÛuenb à quelque titre que ce soit.

L'une des grandes préoccupations du maire de Slra^bourg à cette époque, c'était la question du numéraire. Un décret de TAssemblée constituante en prohibait Texportalion et donnait lieu sur les frontières à des tracas incessants , à des réclama- Uons journalières, à des cas exceptionnels qu'il fallait apprécier en assumant souvent une grave responsabilité pour enfreindre la règle impitoyable.

M. de Uackau, le ministre de France à Stuttgart, se plaml

lorsque ses fonds n'arrivent pas; des maisons de Bêle qui

ont fint vendre de bonne foi de nombreuses marchandises à la foire de Saint-Jean a Strasbourg, ne peuvent en emporter le

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