‹ Biographies alsaciennesChapitre 29 sur 57 · FRÉDÉRIC DE DIETRICH · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC DE DIETRICH

produit et préseotent leurs doléances... Des maienteodus ou des applications stupides de la loi compliquent une question

déjà si délicate Ainsi la municipalité de Ligny arrête des

fonds considérables qiil sont envoyés de Paris à une maison de banque de Strasbourg pour le payement des troupes; et le maire est obligé d'écrire à son collègue lorrain pour lui expliquer doucement que l'on pouvait pécher par excès de zèle... Un capitaine, en garnison à Ilagnenau, demande inipéri«'nsomcnt la mise en liberté d'un sellier de Iluningue, an été à Strasbourg comme porteur d'une somme de quelques milliers de Arancs qui appartient à ce militaire... Puis la municipalité de la même ville réclame la mise en liberté du courrier de la malle de Huningue.

Je multiplierais des citations de lettres pareilles, accumulées quelquefois sur un seul et même jour, sans compter celles qui ont dA se perdre dans les soixante-cinq ans écoulés depuis cette époque de luttes ri de désastres. Le maire de Strasbourg, en un mol, était harcelé par ses amis et ses ennemis; il sudisait à tout par un travail opiniâtre qui ne se donne pas \in jour de relâche et qui peut â la rigueur se soutenir au milieu de la sureicilation fiévreuse des grands événements. J*ai déjà dit ce qui se préparait le long du Rhin et en Suisse. Sur la frontière du Luxembourg le même danger menaçait. Le maire de Thionville écrit à la fin de juillet è M. de Dietrich que les énn'grés réunis aux Pi ussiens sont prêts à fondre sur la France, et que les bourgeois de Thionville travaillenL nuit et jour aux foi lificationsV a La conti-e- révolution nous sapera par la misère, <f dit-il, et forcera la pauvre classe d'égorger les aiistucrales c et les patriotes qui ont quelque chose à perdre. Veillons et tt soutenonS'nous, mon cher confrère, car nous sommes trahis.»

1. A Strasbourg, la population avait, sur t'appe! <le la municipalité, démoli ]cs forts blancs et/orts de Pîerret, qui éUieul considérée comme les bastilies de la ville.

SKt BIOGKAPHIRS AL8ACIBK1IBS.

Puis ces cris d'alarmes soot inlerroinpus par de bonnes nouvelles. M. de Schwendt lui annonce que l'Assemblée vient de décréter l'inviolabilité du roi (15 juillet), en ajoutant avec une naïve complaisance: cLes têtes couronnées de l'Eurojie doi-

< vent être contentes de nous! » Je ne doute pas que H. de Dietricb, plus clairvoyant que son ami le député, n'ait parfaitemeiU jugé la satisfaction qu*éprou\.iit'nt les souverains allemands! Il ne ralentit en rien ses préparatifs de défense, et, il faut le dire à l'honneur de la majorité de ses concitoyens, on lui rendait pleine et entière justice. Rien de plus significatif sous ce rapport qu*un simple extrait du procès-verbal de rassemblée électorale du Bas*Rbin qui venait, le 29 août, de nommer les députés pour la nouvelle assemblée législative. cUn membre,

< y est-il dit, donne lecture d'une déclaration s%née par un «grand nombre d'électeurs et portant en substance que, re- «coiiiiai^^aut les services signalés que F. Dietrich, maire de « Strasbourg, a rendus à la patrie el au dLpai leriienl lu Bas- «Rhin par sa prudence, son pati iotisme, son amoui- pour la c Constitution, et par sa fernieié niàle et Inébranlable, ils n'auc raient pas un désir plus vif que celui de le députer, de préf férence à tout autre, à la première assemblée législative; «mats que, le regardant comme le principal soutien de la (Constitution et le conservateur de la tranquillité publique, « ils n'avaient pas voviu l'éloigner d'une contrée qui ne pou* « vait pas encore se passer de ses services. »

Le diplôme de civisme qui le retenail dans sa ville natale par des liens d'amour et <le confiance, lui fut porté par une députation d'électeurs et envoyé ensuite par extrait, couveil de quelques centaines de signatures, à l'Assemblée nationale et à tous les électeurs du royaume. A la date du 2 octobre, son ami Briche peut lui mander de Paris que l'Assemblée constituante, avant de se réparer, avait entendu la lecture de cet extrait, et que le témoignage éclatant donné au maire d'une grande ville frontière avait été couvert d'applaudissements.

Il recueillait j en ce moment encore et coup sur coup, la récûmpenso (h^^ efforts appliqués depuis j^lus de deux ans au service de Strasbouig. Lorsque, le 25 septembre, on célébra dans le Bas^Rliin racceptation de la nouvelle Constitulion par le roi, une députalion de daines vînt, après le Te Deum, oflrir an maire une couronne civique.

M. de Dietrich déclina cet honneur, déposa la couronne sur un exemplaire de la Constitution et dit, avec son sourire le * plus gracieux, au cercle charmant qui Tentourait: tJe n'ai f fait que mon devoir; la salisfaction de mes concitoyens est *i ma plus Ijeile récompense; s'ils sont heureux, ils le doivent «à la Constitution; je crois répondre à leurs intentions en cou- «itnmant noire nouveau code d'alliance de ces feuilles de c ehène offertes par vos mains. > ^

Après la cérémonie religieuse et militaire, un dîner Ait servi aux orphelins, aux enfents trouvés, aux vieillards de la maison des pauvres sur la terrasse de Tancien château éplscopal, transformé en maison de ville. Le maire, sa femme, les dames de Strasbouro-, les ofliciers municipaux, les notables servirent les mets sjiartiat^s de cette table républicaine. A ne voir que la surface des choses, toutes les opinions semblaient, ce jour-là, fondues en un seul et même sentiment patriotique. On se rappelle qu'à Paris aussi les fêtes de la Constitution avaient fait trêve à Tai^itation des discordes civiles. Hais c'était la dernière lueur de cette aurore de 1789, saluée par tant de vœux et tant «fespérances. A Strasbourg comme è Paris, les diflîeultés de la situation srandissaient chaque jour. A cAté et au-dessus des amis de 1 ui di e et des lois, qui voulaienl^incèi eiiii ni la Constitution avec le roif des fautein's d'anarchie travailhiicul à rendre impossible l'exécution mèmu transitone de celle charte vilipendée dés son oiigine. Au mois d'octobre déjà, le vicaire général de l'évêquc constitutionnel de Strasbourg signale au maire le danger de l'enseignement donné par Euloge Schneider au séminaire, hi connivence de révêipie Brendel avec ce fou-

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gueux professeur et les doctrines détestables répandues par la

feuille de Kammerer.

Il faudrait avoir vécu dans rmtimiU; de M. de Dielrich, à l'époque même dont je parle, pour savoir jusqu'à quel point il était troublé ou non pur des renseignements de cette nature. Dans son compte rendu , présenté au conseil général de la eommune, le 24 novembre 1791, sur les travaux de la muni- • cipalité^ 1790 et 1791, rien ne trahit, même de loin, une appréhension sérieuse ; c'est le rapport d'un fonctionnaire qoi a traversé des temps difficiles^ mais qui s'efforce de convaincre ses administrés qu on touche à des temps plus calmes. En passaut eu revue les allaii i .s de police, de iinances, de domaines, de ti-avaux publics, traitées à la mairie, il fait ressortir, avec quelque cuniplaisance, l'assiduité du maire et de ses aides, pour maîtriser le courant de chaque jour; il se félicite d'avoir fait démolir la tour aux questions, le gibet et les armoiries , mais sans vouloir pressentir l'instrument de supplice qui allait se dresser à la place des tortures féodales, ni les insolences démocratiques qui se pavaneraient à la place des armoiries •noffensives. U venait de recevoir, d'ailleurs, une nouvelle ovation à l'occasion de sa réélection à la inaii'ie : sur 5,000 volants, 4,000 lui ;iv;iirnt été favorables. Le sul>slitul du procureur de la commune lui offrit, au nom de la bourgeoisie, une médaille d'or représentant un aigle qui prend son essor vers le soleil, et 8ur le revers, la ville de Strasbourg sous les traits de Minerve, présentant au maire une couronne civique, avec cet exergue : A Didrieh, premier maire de StraAeurç, De semblables témoignages devaient, sinon enivrer, du moins ras* surer Dietrich sur l'avenir de sa carrière administrative. H croyait devoir compter sur le concours des bons citoyens, n'ayant pas eucoi e fait l'expérience de leur pusillanimité ; c^r, en général, les études historiques n'instruisent qu'autant que les faits personnels et contemporains sont venus les éclairer et leur donner une consécration dernière. Si F. de Dietrich

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