PIEGE JUSTIFICATIVE
ADRESSE du Couseil général du depai iêmeut du Bas-Rhiu, du Gouâeil général du dittriet et du Cottieil général de la commune de Strasbparg, rénait, A ton» eoacitojMi. S« fidiiit mAI i7IS, r«B quatrtèait de 1« li]»«rti.
CiTOYBNS ,
De grands événemeots soat arrivés le 40 aoAl dans la première ville de l'Empire : le Roi avec sa Emilie s'est réfugié au milieu des Représentants de la Nation, le sang des citoyens a coulé; le cUleau des tbuileries a été un théftire de massacres. Au milieu de ces troubles et de ces s( ènes d'horreur , un décret a prononcé la suspension du Chef du Pouvoir oxéculif. Nous ignorons encore tous les détails de ces malheurs publics : retenons notre jupt-nienl ; toute démarclie précipitée pourroit nous jeter dans un abyine do maux.
I.a Palt ir rst <lnns un danfit r tuimineni : des ariiioos ciiiHMiiit'S la lueii.icfiil : nos Irt r ' s. nus ciilaiiis se précipitent aux Iront tes, pour s'opposer à l'invasion du lerriloirc françois; se di-vouerunt-ils avec tant de courage, pour que nous laissions la chose publique en proie à ses ennemis intérieurs '/ Non , nous devons dans cet instant nous réunir , pour nous ganntir des Aireurs homicides dont tant de citoyens viennent d'être les victimes. Nous maintiendrons la sûreté générale, nous surveillerons les propriétés , en fléchissant sons le joug nécessaire des lois que nous avons acceptées; tels sont les devoirs qui nous sont tracés dans ce grand péril. — Ce sera sous l'égide des lois toujours subsistantes, que nous écarterons de nous les horreurs de l'anarchie et de la guerre civile, ces deux fléaux de l'humanité. Que les Corps administratil^, les Municipalités, les Tribunaux^ les Juges de paix, les Ûfliciers de police, pénétrés de la sainteté de leurs devoira, fermes à leur poste, fldèles au serment qu'ils ont prêté , remplissent toutes leurs fonctions avec constiince et courage î que los gardes nationales n'oublient pas qu'elles ont juré de faire respecter les lois! que les ennemis de l'ordre soient courafrcnsenient dénoncés! que les rigueurs de la loi s'aiipesimiissent sur eux. comme sur tous ceux qui attenteront à la sûreté iniitM l M lie et aux propriétés l — Enfin , que tous les citoyens ne cessent d cnv irunner de leur
FRÉDÉRIC D£ Dl£TAlCil.
conAance et de leur considératiOD ceux qu'Us onl librement élus pour leurs repréaeDUms, leurs admiulslrateurs et leurs Juges 1 qu'ils aient sans cesse devant les yeui, que ce sont eux qui les ont investis de leurs pouvoirs ! C'est dans ce calme nécessaire qu'il &mt nous préparer à prononcer sur les malheureux événemens du lO aoôt. Restons unis , afln de nous rendre dignes d'exercer avec la nation entière les droits primitifs d'un peuple appelé à former le pacte social ; mais jusques-lfi, panntissons-nous des pcrfi'lcs siitrircstions qui tendroi^-nt à intenertlr l'ordre établi , et à artuil)lir la ( ni liunre due aux aiitoiiics constituées; car ceux «iui le Iciiteroienl, ne pourroiciu »'ifo (|iie les plus cniels ennc> mis de la patrie , ils briseroieul les derniers lieua de l'ordre social. I,e comble de tous les inalhcurs, ce seroil d'exister sans lois : alors cumroenceroil le plus horrible brigandage : qui pourrotl en c;iiculei les effets et eu prévoir le terme?
Citoyens-soldats , soMats-ciioycns , que le saint amour de la patrie a portés sur nos frontières, nos ellbrts pour maintenir la paix publique seroient insuHisans, si vous ne nons secondiez par votre généreux cou« rage , en repoussant avec valeur les armées étrangères, et en continuant de vous soumettre aux règles salutaires de In discipline. — Délet-vous surtout des agitateurs qui , s'Introdulsant au milieu de vous, voudrolent vous ftire abandonner l'honorable poste que vous occupes , ou vous alarmer sur les sentimens de vos chefs; ce sera lorsque vous aurez mis nos frontières hors de toutes les atteintes , que tous les vrais amis de la liberté se réuniront.
Signé: Bbacm , présideut ; Ktiix, Kaoffman>, Osterma.n.n, Aljieht, Sajumamn, Lëum, Sigrist, Louis, Ammel, Matthiko, STOKBBa, Ilmcu, SouBLL, NiFP, CouLMANR, ReKOBiBU, GLOVTisn, adffl., Xav. LsvaAei.T, procnrear^Déral-syDdiG du département : L. WiHofid, OutaLin, adm.; Cn. Porp, procureur^syndlc du district de Strasbourg; Disniai, maire; M. A. Lacuacsse, GbQn, BaAcsninoppsa, Gabwam Nomktts, TQuckbbiii, LAsncHT, Saitshanh, oCBciers munleipaux; Mavtbibo, procureur de la commune; Uayno, Miuiibb, Pasqvay, Phil. Rbinbold, Aa^oLD,TMo- NAssiif, Hmrs, WinaLun , M. Marchaubj notaire de la commune de Strasbourg; HiaiiAiiif , «ecrétaire-greflier adjoint
J. J. OBERL.IN
L'ANTiqUAl&K.
lorsqu'une seule el même Orniille ofifre, soit de pire en fils, 8oil en ligne collatérale, plusieurs individualités qui s'illustrent dans la politique, la littérature» les sciences ou les arts, on a loujoitrs Crouré que ce cumul ou cet héritage de gloire consli- .
liiail un spectacle allachaiit. Sans remonter ni aux temps anciens, ni aux Corneille el aux Racine, me bornajil à noti e voisinage transrhénan et à notre siècle, je ne rappellerai que les frères Guillaume et Alexandre de Uuniboldt, les frères Guiilaume et Jaeques Grimm, ces dioscures de la science contemporaine; et dans notre propre pays, les deux Scfaweighœuser et les deux Oberlin; de ces derniers, l'un le pionnier intrépide, qui a défriché, l*Évangile à la main , une région inculte des Vosges; l'autre, un éclaîrenr tout Sussi laborieux, qui, dans l»î domaine de rarchéolo;;;ie et de la jiliilologie comparée , a devnncé fie [)liis d'un denii-siéclc les recherciies ardues de l'érudition actneile.
C'est de cet archéologue, Jérémie-Jacques Oberlin, que je vais entretenir mes lecteurs. Quoiqu'il ait fourni toute sa carrière dans l'enceinte étroite de Strasbouig^il n'appartient pas exclusivement i celte ville, mais a l'Alsace, mais é la France et à l'Allemagne savante; il Ikit partie de cette phalange d'hommes dévoués au culte des lettres qui ont nettement jugé et con* sciencieusenient accompli en Alsace leur mission de médiateurs intellectuels entre les deux rives du ilhhi.
\Ai vie d'Oherlin est calme et unifoî-me ; c'est dans ses nombreux écrits qu'il faut chercher la ti*ace de sa prodigieuse
activité, des pensées qui ont agité sa tète, des senlimenls qui ont fait battre son cœur. A ne voir que la surface de son existence, on n'y découvrirait que la carrière toute régulière d*un
jeune homme issu d'une famille bourgeoise, fils d'un professeur du gymnase de Strasbourg, et qui, n l'exemple de sou père, se drvoue d'abord à renseignement m i undaire et privé, puis conquiert, à la pointo de sa plume *'t n force de veilles savaiiles, les positions universitaires et académiques que sa ville natale peut lui olTrir.
Jérémie-Jacques Oberlîn, né le 8 août 1755, mort le 8 octobre 1806, à Tentréé de sa 7^ année, traverse la seconde partie do dix-huitiéme siècle, c'est-à-dire une époque toute pacifique, toute de travail, sans se heurter contre un obstacle majeur, sans sortir de ses habitudes studieuses, jusqu'au moment où la Terreur assombrit la fin de cette mémorable période sécrdaire. Oberliii ioillil pt rir dans rrite catastrophe ; mais ce fut, je le répète, le seul incident diarnaliquc de sa longue exislerir»', tout entière vouée au culte des sciences archéologiques et philologiques, aux devoirs publics et privés.
Oberlin fut l'élève chéri de Schœpflin. Il est évident pour moi que l'influence de cet éminent érudit décida la vocation du frère du pasteur du Ban -de -la-Roche. Probablement, sans Schœpfiin, J. J. Oberlin aurait confiné toute son existence, soit dans un village comme ministre de l'Évangile, soit dans les classes du gymnase ; sans fortune, sans protection directe, il aurait été obligé d'user toutes ses forces dans un labeur, méritoire sans doute, mais qui ne conduit point vers les sommités de la science. Ainsi i)l>eilin, quoique voué de cœui et d'âme aux études aiTh^'olorriqnos, no parvint pas même a visiter les pays de ses rôves: l'Italie, la terre des antiquités classiques, rAUemagne, la terre sainte des philologues. 11 dut borner ses explorations à la vallée rhénane, ft nos environs immédiats et à un seul tour de France qu'il accomplit de 1774 A 1775. Mais à cette époque , il avait déjà atteint sa W année;
OBBRLIN L'ANTIQDAIBB. S25
déjà il élail t n laiipoi t avec les illustrations scientifiques tic la Fi*ance et de rAllemagne; déjà membre correspondant de l'Académie des insci îplions et de plusicuis sociétés savaules de France, d'Italie , d Angleterre. Il est juste de rappeler cette circonstance pour faire ressortir le mérite personnel d'Oberlin» qui parrint, sans secoui^s ni impulsion du dehors, à ce rare développemeni intellectuel et à une accumulation remarquable de connaissances encyclopédiques.
Oberlin était entré comme professeur au gymnase en 1755; t'i) 170cJ, il avait commencé à faire des cours particuliers d'anliqiiité, de diplomatique, d'iiéraldique, d'histoire littéraire. Nomme, vers la même ejuj^ne, cnstodr de la bibliothèque créée par Schu'pllm, il fui dès lors ce que ft'U M. le ju ufesseur Jung est devenu de nos jours , le conseiller intime et dévoué de tous les hommes, jeunes et vieux , qui s*occupent de recherches littéraires ou scientifiques ; il fut le cicérone bienveillant des collections archéologiques confiées à sa garde par nUustre vieillard, auteur de V Alsace ilUutrée» En 1770 enfin, une place officielle fut ouverte a Oberlin dans l'enseignement piibitr ; encore n'obtmt'il qu'une chaire de logique et de métaphysique, dont les devoirs entraînaient le professeur vers des régions qui ne lui étaient pas aussi familières que celles du monde antiipie «-l du moyen âge.
Celle aunt-e de 177(1 et celles qui la suivirent ont été véritablement chmatériques dans I histoire littéraire de Strasbourg. Dans une autre circonstance déjà, j'ai fait ressortir fimpor* tance que l'université de Strasbourg avait acquise à cette mémorable époque*; on me dispensera volontiers de rappeler ici tous les noms célèbres qui à cette époque illustraient ma ville natale et y attiraient un concours de jeunes hommes venus surtout de la Russie allemande et de plusieurs points de la Germanie. Le séjour de Gœtbe et de ses jeunes amis uu chef-