U Ui«M susdite est da «3 oui
334 BIOGRAriliES ALSACIENNES.
épiMiue, ObcriJn publiait le glossaire de Scberz à Strasboui^g, de 1781 à 1784, c*est-é-dire que, pour la premiéi'e fois, on ftù* sait entrer dans le domaine pabitc Fintorprétation de cet idiome
alémanique ou souabe, d'autant plus dillicile tpi'à première vue il ressciiibie, à s'y ïiié|»rendre, h la langiir nllcmainie nio»l«'int', cl (jue l'explorateur, lorsqu'il veut ;uriv('r ;'i sni^ir 1imj> los détails du texte, se voit, à son grand élonnemcjil, obligé à une élude aussi scrupuleuse que s'il s'agissait d'un teite grec ou laliii. Le glossaire de la langue allemande du moyen âge, réuni par Scberz, édité par Oberlin, est une oeuvre bénédictine delà plus grande portée. Certes, ce dictionnaire in-folio, quelque Toluroineux qu'il soit, n*a pu être complet; car on ne connaissait alors qu'une partie des riches collections transmises à la posiérilé par les callîgraphes des treizième et quator/Jéme Mrrles. Lv< Yucubk'S alénianiqucs étani d'iiiliciirs expliqués par des termes latins et souvcnl par des tMjuival(;nls ou des circonlocutionï!, Scherz et Obei liu n'arrivnU jioinl n la netteté précise du Dictionnaire de Zieraaiin. encore moins peuventils concourir avec la science écrasaule de la î.exicografihie et de la Grammaire de Grimm; mais, ces restrictions admises, quelle richesse de citations! quel bon sens dans Finterprétation de ces textes fragmentaires et de cette terminologie alors presque inconnue! Oberlin n'aurait rien (bit pour l'antiquité clas* si(]ue , rien pour les monuments, les trésors, les livres entassés h la bibliothèque, rien p0!jr l'enseignement public et privé, rien pour la création des alniatiaclis-annuaircs à Strasbourg, que son nom, marié à celui de Scherz, vivjnit dons le souvenii I (Ti)iniaissant des innombrables amateurs rjui abordaient, il y a un quart de siècle encore, sans autre secours que cet honnête dictionnaire ou quelques vocabulaires spéciaux, le^ vers des Minnesinger et des poètes épiques du siècle des Hohenstauffen.
C'est dans ime antre direction encore qu'ObcrIin a devancé, de prés de soixante-dix ans» tes tendances intcllef^tnellcs et les
OBKRLW L'AlfTIttUAlRB. 335
études philolojriqiies indigènes, poursaïvîes en Fiiuce, sous nos ynux, nv»'r une ardeur sans pai eill»'.
Pt'iKJant Ici> visites que l'arciiéologuc de Sli asboirrg faisait à son frère, au pasteur civilisateur du Ban-de-la-itoLlic, J. J. Ohcrlin avait utilisé ses loisirs, en étudiant le patois nlors méprisé de ces pauvres montagnards; mais avec le coup d'œil du génie il avait découvert , dans ce passe-temps ou ce délassement , le sujet de graves et incalculables inductions. Eu comparant ce patois ou plutôt ce dialecte à celui de la Lorraine» à celui de la 6oiH'pro$?n(! et aux dialectes dn midi de la France, il était arrivé à y ont ravoir une source d'insd-nclion, un secours inafijir«M ial)lc ]}our riulclli^^crice du vieux Irauyais l'i du lirovciiyal. A Tnidi' de ses ('ludes daiij^ la science des diplùnies, il avait apprécié à ssk jut^le valeur lu tangue du peuple qui conservait, en France aussi bien qu'en Allemagne, les anciennes locutions, la gismmaire et la syntaxe de ses pères, tandis que la cour , la noblesse,, les savants, la baute boui^eoisie, en épurant et en transformant la langue, lui avaient aussi bien souvent enlevé sa saveur native et son génie primitif. La tbése que Génin a établie et vicloi ieusement prouvée dans son bel ouviage sur les Variations du lanyage franrnts, Oberliii en avait, pai aidicipation, conlié les premiers {^-^ei nics à sun ingénieux opuscule sur le Patois lun ain des envirans du comiè du Itan-de'la- Boche, fief royal d' Alsace. Publié à Strasbourg en 1775 et dédié à Schlœser, qui en avait, en partie, provoqué la rédaction, cet ouvrage, on peut bien le dire maintenant, ouvrit une èi-e nouvelle pour ce genre d'étudea. Le modeste auteiu* émettait alors le vœu timide que son travail pût servir à fintelligeoce de quelque ancien litre du moyen sige; voici ce qu'il éciivail dans sa préface :
^ Peut-être ferai-je naître à quelque génie plus fécond et plus philosophe que le mien Tidée de rectilier cette comparaison des langues vulgaires et de pousser plus loin lexamen de leur rapport, t
â36 BIOGRAPHIBS ALSACIENNES.
Cependant, dès son premier pas dans la carrière nouvelle,
il parvint à établir lomme un fait inrlnbilaMo «que le palois, c'est-à-dire les diaiccles français, remuiile, quîiiil à son origine, aux rlinn;4enienls que ta langue laline, corrompue en langue vuigau e, rustique ou l'omane, eut à essuyer depuis le onzième siècle....»
« Le fonds du patois lorrain est le vieux langage français du dousième siècle environ que des gens occupés au labour ne se sont point avisés de changer contre le français qui s'est pulifié par degrés, i
U établit encore « qu'il s'est aussi glissé dans le palois par la succession des temps une série tir; conuptions, ( iïel de l'ig-norancc et de la paresse; i> enliii, qiiaiU au paloii> 8j»écial des Vosges, il convient «^que le commerce avec les voisins suisses et allemands et la demeure que des colons allemands y ont fixée ont enrichi (I) ce dialecte de mois, de phrases, de tournures qui en ont altéré la prononciation. >
Le corps de Fouvrage est formé par une série d'extrails, pris à titre d'échantillons dans de vieux textes français, à partir du neuvième siècle; puis de citations tirées du provençal , du bourguiy;non, du loiraiu, eulîn du palois spécial du l^aii-dela-Roche. Pour l'illnstration de ce dernier, ce soul des fragments de diulof[ues, de fables, de proverbes, des lettres et une série de ces chansons, répétées pciidaul les veillées d'hiver au foyer domestique de ces braves montagnards. Une grammaire et un glossaire du patois lorrain terminent le tout.
Je me suis incliné avec respect devant cet opuscule fécond, prophétique, publié il y a tout à Theure quatre-vingt-dix ans, et que feu Génin a sans doute parcouru avec la fièvre de Tinvestigatcur curieux qui s'engage, au milieu des forêts royales de la science, dans mu nouvelle et interminable avenue.
Ces tiiples cfrlipiTlics dans la direction de l'antiquité classique, de i anliquilé gallo-iranyaisc et alémanique étaient loin d'épuiser l'activité d'Oberiin. L'histoire littéraire, dans son eu-
OBEULIiN L AMIQUAIRE. 337
semble, réclaïaail une partie de ses loisirs; il en avail besoin pour renseignemenl d'abord, puis pour son développement personnel; car un esprit de celte trempe ne pouvait rester salisfoit qu*en embrassant le champ de la science tout entier, après en avoir étudié quelques parcelles spéciales.
Les manuscrits que M. Brunei de Presle a cédés à noire société donnent unf^ idée de la vaste éiudilion d'Oltoriin; niais, sous d'antres rapports, ces papiers sont pour nous l'occasion de regrets auxquels il sera difiicili-, jmur ne pas dire impossible, de donner satisfaction. L'auteur seul de ces extraits, recueillis dans les a'nvres (k- tous les siècles, aurait pu les revêtir d'une forme littéraire; lui seul aurait pu retrouver le fil des idées qu'il rattachait à ces atomes de citations laconiques; hii seul aurait pu souffler sur ces feuillets sibyllins, les coordonner, trouver le mot de l'énigme, la parole vivifiante qui d'une lettre morte feit jaillir une source d'instruction et d'inspiration nouvelle.
Au surplus, les inanuscrils d'Oherlin n'ont pas, sous ce laj)porl, uu caractère exceptionnel; il en sera de même de toute collection d'extraits, dernier legs d'une existence savante. Vous éprouverez le même sentiment, à la fois d'étonnement, d'admiration et de regrets, en parcourant à la bibliothèque publique de Schaffhouse les volummeux cahiers qui renferment les hiéroglyphiques annotations, faites par un immortel écrivain, par Jean de HCQler, pendant et à la suite de ses immenses lectures. Ce sont des trésors en barre; mais le vrai monnayeur s'étant éclipse, personne n'osera s'aventurer à appliquer un coin défectueux sm cp métal amoncelé.
Il est bien reg:reUal>le aussi que nous ne possédions plus la correspuiidaiice d'Oherlin; ses rapports nmlliplos avec le> érudits au delà du Rhin, au delà des Vosges, au delà des Âlpes cl de la Manche auraient mis dans un jour plus complet la vive intelligence, le savoir varié, l'amabilité, le coeur de l'homme de bien dont j'ai essayé de vous montrer l'incomplète image, t. 22
BlUGKArillKi» ALSACIËMMS.
Vous connaittes tous le monument qui coniiCiTe sa mémoire dans le modeste panthéon de nos ilhutratîons locales, le prends la liberté de vous renvoyer à rœim-e d*Ofamacht, pour raviver dans votre mémoire les traits de Tautenr de YOrIns aniiqmis;
je vous prie de feuilleter vous-mêmes, dnus vus loisirs, ses iiomhi ntix écrits pour complète! mon imparfaite esquisse. Vous vous convaincrez, je pense, qu'en exallant roi te I.-jIjui i'Misn existence, qu'en l'assimilant à plus d'une célébrité scienlilique beaucoup plus retentissante» je suis néanmoins resté au-des' sous du vrai, et que j'ai craint de me laisser égarer par ma sympathique admiration pour un compatriotes
t. rempnmte à VHoge de i. J. OberHn, prDD€0«6 la 17 mân 1807 « la stoce publique de la Société dM seieooei^ agiicullore et arta du Su-MiiD, par Ehrenfried Stœber, la liste de la plupart des pnUieations de notre
auteur:
Dissertatio phiMogiea dê ivrc^ptaqui, sivê veteruM ritu emidUtub
morltfos. Arg., I7.'i7.
MiSceUu lillrrnrin Atujrntoratcnsia. Àrg., 1770. In-4\ Muséum Schaji/lmi. T. I. ll/id., I77ô. In-i".
Diss. priscajungendorum mariumjluviorumnue nudimina. Ibui., 1770.
SHu, de Unguœ kdiwe medii avi mira boràariê, Hrid,, 177.1. In-I*. Di$i, medii eeet Jungendarum mmium Jluvioruwtque motimitm. INtf., 1773. 111-4*.
Orbii antifui monumenii* tuie ittuUrmti pntdrmui. 1772. lU'l*.
»Umm rommennu MtOa, nid, ln-8*, S* édU. 1784.
Btaai iur le pafois lorrain des enriron* du eomidda BaM^de4a'IMef
fief royal cC Alsace. Strasbourg, 1775. In-S».
Diss. juugendorum mariutn ftuviwnmfne omnit œei moUmina, Arg.,
Orbis a»Uiqui monutaetUis suis UUatraii prima; lincœ. àbitL ili-6*, 2« édit. 1790.
Ovidii Sasoms Tristium Htiri V; ex fonio ithn IV, elc. Ibid. ln-8», 2* édil. 1778.
Vibius Sequeifer, de Jtuminibue, /ontibus, lacubus, tumoribus, patubdibtti, nunUibus, gentibnit gmrum opuel pofUu mentiùJU, Àrgeni., 1778. Gr. ifi-8**
OBBRLIN l'antiquairb. 339
îddinjinri, Rtrlifrchcs ^ar l'ancirn peupie finnois. Slraslioiirf?, 1778. la-S".
l.rtirr n .V. le comte fk> skau rousky , sur un bifou riotU ce seigneur a Ja\t I nantisUioti à Borne. Strasbourg, 1779.
Joii. Georg. Scherzii Gtùsmrium Geriiutiiicum medii a vi, polisstmum , diat0eti Siuvicm. T. I, Arg., 1781 ; t. II, ibid., 1784. In-ftri.
ÀimaïUÊdkdê S^v^ovrg, 1780, t78t.
AitHanach d'Alioee, 1782'1790 iaelDslvement
Aimtmatk du êépartênteiU du Mat-tMn, 1792.
Mu. AUalia UUeraio mb CeUii, MvmatHâ; A<«iiefo. Àr^mt., 1782. Iii-4*.
IKt«. Mtdribe 4* Costrué» BerbifolUa, vtOgù iM^er KnmiMe twn Wdri' bHt§, HCCuH XtU Pkmuueo Gtmumico, Arg.» 1782. Io<4*.
Ùiu, tmeri Gemma rice Boners Edelstrin , fabutas V e Plwnaseoram (pt'o compiexa , ex indytu bibtiotheca otdiuis S. Bierasol, Arffe^oratensii. Suppiementutn ad J. G. Schcrzit philosophiœ mortUiê Germon, meiii œvi specitniim undecim. Itnil., I78.Î. Iri-i*».
Bihtehniich . dabetj die Brzrirln>»ii^r dcr heiligen Messe. Beichtùuch aus dem XIV. Jafirhu/ulert. Mit iiiiis.sttt. .sfrassburg , I78i. In-S".
Diss. de Johannis Tauleri, ord. prœd. dictione vernacttia et myslica. Arg.. 178*6. IO-4*.
JMf«. AUtMa KtUrûta sub GermmU tmcul9 IXitX. Arg., 1786. IwA", Diu. de JhkanHie GeUeri, ùeearementmii, wlgù êMi ven bgtereberft
KrtpHê Germanieie, Arg,, 1786. Iii>4*, Diet. togiea, de vUw subrepHenie in emni kumam vUa eteio, Bid.,
Diss. L. Apulejus jEgyptiis ter mysleriis initiatus. Arg., 1780. Id-4*. IHss. De poetis Alsatiœ eroticis medii œei, mdgo Von den eMttêieeken
Minnesinijern. ïbid., 178ii. In-l".
florafii rnrmina. Ai fj., 17<S8. In-i° utnj . fi/pis rt siiiu/« Rolandi et Jacobi.
.kriis diplomaticœ primœ tineœ; in usum audiiorum. Argent., 1788. ln-8«».
Diss. de Jac. Twingero Regiocilia/io, vuigo Jac. de kœnigshoven. Arg., 1780. Ia-4«.
Utienrum omnie œvi/akt. .irg., 1789. in-S^ «cv*
Mmoire sur lu moHen de IL Mathieu , jtroettreur'Mgndie êu âieiriett concernant Im proteetanti ^Aleaee, peur servir de suite au éisenure 4e M. Koeh sur IMe motiotC Strasbotiig, 1790. ln-6«.
ObserpiUions eeneernant te patois et tes maurs des gens de la tampagnet SlnalNnirg, 1791. Io>8*.
Découverte de M. de Fredenheim , sitrinteudant des bdliments et du musée de Stockholm^ faite au Forum RomaDum» enjaneier 1789.
340 BIOGAAPHIBS ALSACIBIWES.
C. ComdH Toeifi opéra ^ êx raeêntioim Je. Aug. Emcsti, demte ttaromt Jet. Joe. CberUn, L I et II. Uipt. tSOI.
Atof dVmiMfe* éetavieée Jean BnUenterg^ ùnmdeur de ta tjfpofnh plUe* SUiAboncg, ches LeTmilt» 1801. Qr.
Dieeeure pronom^ à IfenverÊMre de CÀeadémie dee ^vteetatitt de ta Confession d'Augsbourg. le 15 brumaire an XII, par Mrèmle-JMqnes OI>er« lin. Strasbourg, chez Jean-Henri Heitz, 1801.
C. Juin Cœsan n Commenlarii de bello GaUico et civiii : aceedmtt lihri de bello Alexnndrinn . A/ricano et Hispaniensi , rurn rrcensione Franrisci Oudendorpii. Post Celiarium et Morum denuo curavU Jer. Jac. Oberlintu.
A celte en uuic ration, il faut ajouter uuc série de prugrammes (de 1782 à 1806)« publiés pour les fôtcs scolaires du gymnase de Strasbourg.
OBEKL.IN
La PABTXUE DU BAH<]>K.I.A-EOCaa.
OiMa«npi*a««réd«M latine» do 30 d^ennbr» <«4'). à l« SMilli«lMtdM(W«t|fkilItoM*lalf
4a Bat-ftbiii.
L'an dernier, à pareille époque, vous avez accueilli avec quelque indulgence un travail que j'ai eu riiuinieur de vous isouiiicUre sur radnHiii>iialioii de M. de Lezay-Marnésia. Je vais aujomd'hui vous entretenir de l'un de ses amis, qui a exercé, comme lui, une influence marquée sur l'agriculture de notre pays ; mais tandis que le préfet pouvait agir sur un département entier, et sur une population d'un demi^million d'âmes, l'homme modeste et longtemps obscur auquel je fais allusion, était confiné dans une vallée solitaire des Vosges, et le rayon de son action ne s'étendait d'abord que sur quelques centaines de familles. Cependant, par un contraste bizaiTe de ces deux destiiiées, un instant parallèles, le nom du préfet, le nom de l'administrateur éiuim iil n'est guère répété aujourd'hui que par la liuuchu de ses anciens administrés; eelur d'Oberlin, au contraire, a franrliî depuis longtemps l'imiizon étroit de sa patrie, et a conquis une renommée européenne.
Vous comprendre! tout à l'Iieure qu'il a dû en être ainsi, pourvu que je parvienne à ébaucher le portrait du civilisateur du Ban-de-la-Roche , de manière à foire ressortir les contours saillants de cette physionomie originale.
ie viens de nommer la scène où s*est révélée l'influence de ce serviteur de Dieu. Avant de vous introduire dans son humble presbytère, et de vous montrer ce pasteur, la pioche à la
â42 BIOGRAPHIES AI^ACIBNNES.
main, sur le bord di s toiituls qui liaversent les monlaiïnes défrichées par ractioii incessante de sa volonlé , permettcznioi de li*accr, en quelques lignes, la description nit*iue de ce pays. U est indispensable de jeter un coup d'œil sur la configuration du sol , et sur Taspect qu'il ofirait avant la venue d'Oberlln , pour estimer â leur juste valeur les résultats conquis par la mâle énergie et par ta piété active de cet homme de bien, dont ta nature, quelque simple qu'elle parût, réunissait dans une heureuse hnrmoïiie les ijuulilés qui il'liiihitude s'excluent : le don de l'iuitiiilive el la persévérance dans la mise en œuvre.
Vous connaissez tous le beau vallon de ta Bruche, dominé à son entrée en plaine par le château féodal de Guirbaden, et par la colline du tieiligenberg, où le vigneron, en rerouant le sol» découvre des poteries romaines. Portes vos yeux à l'ouest, vous verres dans le lointain, et â une hauteur considérable , les deux pointes du Donon aux souvenirs celtiques. C'est pres(|u'au pied de cette montagne que je prétends vous conduire , suivez U s sinuosités pittoresques de la vallée, remontez les jj-racieux méandres du large torrent , qui lui donne son nom , vous arrivez à Rotbau ; c'est une commime , qui faisait partie de l'ancienne seigneurie du Ban>de-la*Roche, mais qui reste encore en dehors de l'étroite enceinte que nous allons aborder. Jusqu'ici la déclivité du sol n'a pas été Irèssensîble ; Rothau n'est guère qu'à une centaine de mètres audessus de Strasboui^ ; mais déjà vous êtes sur t'extrème limite de la culture riante , et l'âpreté des régions élevées s'aimonce par plus d'un signe précurseur.
De Hothau à Fuuday, sur une dislance de peu de kiluniê- U'es, la physionomie du val de Rrnrh<! a changé complètement; ce n'est plus une large surface de prairies entrecoupée de villages el de vergers, bordée de montagnes aux formes gracieuses ; le vallon 8*est rétréci ; le chemin monte le long de rocs incultes, par des rampes plus ou moins raides , et bientôt
OBKRMN I,E PASTEUR. .'U3
VOUS tanches i anê Tallée latérale, férmée par un torrent tributaire de la Bruche, et montant par des pentes abruptes vers le plateau infertile du Champ du feu.
Ce vallon latéral , c'est le irraî Ban-de-la-Roche ; il roériti» son nom ; partout U ^l aïai perce une mince couche de Icrm vé}i«'lHle , t't l'un stiit (pi'un labeur infatigable n sctil conquis à la culture les prairies et les champs, qui etendeiit dans les ravins ou qui escaladent les hauteurs.
Pendant six à sept mois de Pannée la neige recouvre de son uniforme linceul ce pauvre pays; souvent pendant des semaines entières une brume glacée jette un second voile de deuil sur les échancrures du vallon. Néanmoins sous cette apparente uniformité et sur cet étroit terrain, l'observateur peut, le Ihernioniètre m la main, constater des -CKÎations brusques d'un point à nn nuire. A mesnr»' ijnc l'on rrnionîf de Fouday, située à l'issue du vallon latéral, vers bs (piatre autres communes du Ban-de-Ia-Roche, surtout vers Belmont, et de là vers les hauteurs du Champ du feu, on passe du climat des villes suisses à celui de la Pologne ou de la Suéde. Lorsque le vent d*est vient A passer sur les plateaux élevés à 1,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, et qu'impr<'>gné cfatomes neigeux il se précipite sur les villages du Ban-de-la-Roche , rien ne rrsislt' à sa furie; les poumons les }>lus robustes se Cl ispriiL à son approche, comme s'il avait tiaversé les steppes de la Russie, et bs ex()i cssions pittoresques du patois local stigmatisent son action malfaisante.
A sept mois de souffrance, succèdent, après une fonte de neiges souvent accompagnée de désastres, quatre ou cinq mois de température variable ; quelquefois de fortes chaleurs, qui s'engouffirent, accablantes, dans ces rocs décharnés; d'autres fois des pluies torrentielles ; et au milieu de ce climat excessif, quelques beaux jours clair-semés, lorscjue l'odeur du foin aruiiiatique parfume ces suliludoi., rl que les niissranx, purs de tout alliage de neige , de glace ou Uc pluie , uuisseut
BIOfiBAratES ALSAtSIBlflfES.
leur murmure au chant des oiseaux. Pendant ces quelques mois fugitifs, comme dans le nord de TEurope» ii faat semer et récolter à la hâte, avant qu un hiver précoce ne vienne détruire de maigres moissons. Ce pays si agreste, si pauvre, si bien caché au fond de montagnes que l'on dirait impénétrables à la marche d'une armée, aurait dû échapper au moins aux ravages de la guerre ; il n*en a rien été ; Ui lutte religieuse du dixseptième siècle n'épai ^^iia point le val do la Hoche ; pupnialiou, champs et bestiaux dispaï ui'eiit ronunL' dans la presque totalité de la riche vallée du lihin ; le chùleau de la Hoche, démantelé, ne dominait plus que des déruiiiliies et des mines; et lor8qu*au sortir de ces temps maudits , après soixante ans de calme, les cinq hameaux de Waidersbach, Belmont, Bellefosse, Fouday et Solbacfa eurent repris un peu de vie, Tbiver de 1709 vint arrêter cette s^ve renaissante; la famine replongea dans une misère sans issue cette population encore débile. A la misère s'était jointe l'ignorance, sa coinpagno fidèle; dans les huttes de ces pauvres moiilagnards, le porc hai»jtau coiuiiie en Irlande côte à rMc. de son maître, dont il était la seule ressource. La puniiiie de terre, récennnent importée, avait vite dégénéré dans ces champs perdus au milieu des rocs, sans protection contre les cours d*eau destructeurs , sans engrais, sans les soins d'une intelligente culture; et les habitants aflfamés, peu délicats sur le choix de lem's mets, allaient cueillir des herha<[i s dans les ravins, ou des pommes et des poires sauvages sur des arbres non greflTés. Je ne trace point un tableau de lituiaisie ; j'en adoucis les sombres couleurs.
Le Ran-de-la-Roche avait . dans la seconde moili»' du seizième siècle, embrassé la réforme; on seul pasteur, avec la résidence de Waldersbach, desservait Belraont, Bellefosse, Fouday et Solbach ; un second pasteur demeui^it à Rothau. Ces positions, vous le pensez bien, n'étaient guère ambitionnées, les candidats les moins aptes y aUaient, et encore h conlrecceur ; ils avaient hâte de sortir de celte Sibérie , dés que