‹ Biographies alsaciennesChapitre 38 sur 57 · OBERLIN LE PASTEUR · texte numérisé non relu

OBERLIN LE PASTEUR

roocasîon s'en présenlait; enfin au mûieu du donner siècle , un hoaune de cceur, pensanl qu'il y avait là quelque bien à Aiîre, vint s'installer à Walderabach; c'était le pasteur Stuber, qui le premier tenta d'ainéliorei' l'état moral» intellectuel et physique de ses pauvres paroissiens; il devint en eiTet le digne précurseur d'Oberlin ; il introduisit le premier au peu d'ordre dans les écoles, ou pJuiôl il les fonda, car en arrivant il trouva un porcher, vieux et inlinne, faisant les fonctions d instituteur. 2Stulier gagna la coniiance de ses ouailles par un dévouement auquel ses prédécesseurs n'avaient point habitué ces malheureuses familles; et il parvint à leur inspirer Tenvie d'améliorer leur sort, en arrachant à la terre un peu plus de nourriture, mais il usait ses forces a ce travail de Sisyphe ; il enterra à Walderdjach sa jeune femme, tuée par les privations et par ce climat mortel aux frêles créatures : enfin en 1 767, il accepta une vocation à Stiasiiourg, mais avant de quitter son troupeau du Bau-de-la-hoche , il voulait lui-même choisir son remplaçant.

En ce temps vivait à Strasbouin^ un jeune candidat, qui se distinguait au milieu de ses camarades par une vie d'une extrême austérité. 11 couchait sur la dure comme les anachorètes, et réduisait l'usage de ses alimente au plus strict nécessaire ; il domptait son corps, pour rester maître de lui-même. Dans son enfonce , et même pendant sa première jeunesse , Jean- Frédéric Oherlin avait éprouvé une vocation impérieuse pour le métier des armes, non pour y chercher une vie de licence, mais à raison des dangers dont la vie militaire est semée, à raison des privations qu'elle impose. Au milieu du dix-huitième siècle, Oherlin, fUs d'un pauvre professeur de province, ne pouvait guère, en se faisant soldat, aspirer aux épaulettes d'officier: mais son âme, fortement trempée, et cependant humble comme celle d'un enfent, y trouvait à la fois l'occasion d'obéir et d'affronter la mort.

A mesure que son intelligeace acquit de la maturité , il put

fîiilrcvuir un champ de travail plus cuiiruiine à sa vérilable vocaliun dans I apostolat éviinfr/dique. Le sort des missionnaires souriait à son imagination, el pionicllait une lajjir iN'compvuse à son âme aimante et expansive ; il avait découvert le point d'Arcliimède , le point en dehors de ce monde , un levier qui le soulève et le renuie : la croyance dans les chose» invisiblee. C'était une nature admirablemeot composée que la sienne, i la fois militante et contemplative, cbercbaDt en môme temps une activité réelle, et s*élevant, pour se reposer, dans les régions éthérées; la prière lui prétait ses afles; non point une prière vague, non point une aspiration, telle que tout homme hien né en éprouve diui» ses lions moments; niais la prière adressée au Dieu personnel , à Jéhovah el au Verbe incarné. Sans le vouloir, sans le savoir, il agissait sur les Ames moins fortes ; on s adressait à lui pour obtenir des prières eificaces; chêne fort et inébranlable, il prélait soutien an lierre qui se nouait autour de son tronc pour arriver vers le oiel.

C'est ches ce jeune homme» établi dans une mansarde nue, que se présenta le pasteur Stuber, et lui exposa ce qu*il attendait de lui.

Je ne saurais obtempérer à vos désirs, lui répondit Oberlin; Dieu m'apj)elle autre part ; je viens d*être nommé aumônier

du régiment de Hoyal-Aisace ; j'ai diri^>^é mes études réeenles vers la polémique ; j'ai lu \ oiiaire et Diderot, pour lutter avec les jenm s ulliciers , élevés à leur école ; j'ai fait de la chirurgie el de la médecine, pour soigner en cas de besoin les blessés et les malades; enfm, j'aime la vie iiide du soldat.

Stuber insiste , il lui montre leBan-de-la-Roclie comme une arène plus difficile que celle des camps: il lui dit que ri(tnorance est plus tenace que Tincrédulilé ; il lui parle des kmgues soirées d'hiver, où les malades et les mourants réclameront son assistance matérielle el spiritnelle dans les censés écartées; il lui retrace la vie de labeur , qin l'attend à chaque heure du juur el de la nuit ; la lutte avec l'orgueil et la vanité des uu^ ,

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ropiniAfreté et la méchanceté des autres ; il le pi'esse , le tour^

mente, le supplie de ne point laisser inachevée une œiivi e de civilisation à peine ébauchée ; il tail tuilier à ses veux non point h gloire du j^ncn i<*i', ni Tauréole du ujarlyre, niais les douces et vivifiantes Joie^ d'une paternité immatérielle, d'une tutelle exercée sur nue centaine de familles éparses danb la solitude — et Oberlin ébranlé par l'idée d'une bumlde mission , d'un apostolat caché aux yeux du monde, tel que le chrétien doit l'ambitionner « (Hierlin finît par du'e : Vous aurez demain ma réponse.

Cette réponse vous l'aves déjà devinée; le soldat du Christ avait demandé les ordres de son matlre; la prière favait

ùrhiiv, ; il parlil pour VValdershach.

La transformation qu'il y fit subir à la terre et aux habit anis , n'a point été l'o'uvre de peu il nmiées ; il ne put, conuue Moïse, frapper le roc pour en faire jaillir ta source vive ; son action fut lente, mais irrésistible à force de ténacité; il vit s'élever et grandir deux générations, pendant son ministère de soixante années ; et ce n'est que pendant la seconde moitié de sa longue earrière qu*il put recueillir les fruits visibles de son labeur. Les ifaits que je vous présenterai condensés en quelques pages sont le résumé de cette vie de charité ; chacun des jours d*0beriin a été marqué par une œuvre minime sans doute dans la vie générale d'un pays, mais grande à raison des efforts qu'elle réclamait, mais immense parce qu'elle était conçue par nne seule tête et exécutée par une seule volonté. Les actions d'éclat, accomplies dans un moiiieul de crise,, éblotrissent ; la vertu journalière est monotone; je craindrais d'offeuâer la mémoire d'Oberlin, si Je devais vous condamner A son occasion à un seul moment d'ennui. Je ne dois vous donner que des tètes de chapitres ; vous remplirez facilement les lacunes.

Obfrlin, en venant s'établh* dans son presbytère délabré^ dut se dire: J'ai trois choses é Aire dans cette vallée: remuer le sol, toucher les cœurs et éclairer les esprits; je dois frans-

BIOGRAPHIES AL8ACIB1IHBS,

former le pays par Tagriculture , par la pi édicatioii etparTenseigneinont.

Voici comment il s'y prit pour transformer le sol. Vous connàissez déjà sa configuration et sa stérilité. La vaine pâture lyoutail aux incoovénienls de la situation locale. Longtemps avant que la loi n'mtervtnt, Oberlia décida ses paroissieiis à renoQcer é cet usage , et à transformer, sous sa direction, la terre aride ou perdue en prés naturels ou artificiels. Les sources, qui, à Tépoqne des fortes pluies ou de la fonte des neiges, ravageaient les pentes, furent condensées en rigoles régulières, et founiirenl en tenijis o})p(jilun une nourriture appropriée à ces terrains péniblement nivelés, dont il avait fallu enlever les quartiers de roc et les pierres disséminées. Mais peu à peu des nappes de veitlure recouvrirent le sol autrefois livré à une végétation parasite, au parcours, au bois rabougri, aux rochers, ou à l'action dévastatrice des petits torrents des montagnes. Le trèfle prit pied, grftce à des essais répétés ; mais rhumos végfétal trop mince se refusa aux racines pivotantes du sainloin , il fallut renoncer à cette culture. Des pommes de terre , régénérées par des semis (jue le pasteur avait fait venir à ses frais de Hollande et de Siusse, s'acclimatèrent à merveille dans le sable granitique de toute la vallée. Oberlin enseigna à ses paroissiens l'art de ménager les moindres pouces de terrain, propres à cette culture, et à décupler les prodoits par remploi judicieux de Tengrais déposé au fond de chaque fossette. Les tiges et les feuilles, desséchées sur place pendant l'hiver, étaient brûlées an printemps pour engraisser la terre à l'aide des cendres. A une année de culture de pommes de terre, succédait une année de lin; car Oheiiin parvint à doter son vallon chéri de cette plante, qu'il fit venir de Livonic; il avait deviné que l'analogie du climat du Dande-la-Boche avec celui des bords de la Baltique devait amener quelque parenté entre les produits des deux pays.

Un essai qui ne réussit pas complètement, fîit celui des

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arbres fiuiliers, teï> que les cerisiers, les noyers, les poiiimiers ou les poiiiers délicats. Dès les premières nnnées de soo séjour à Waldersbach , Obcrlin avait établi avec des soins miautieux une pépinière dans les champs qui avoisinaient sa demeure; comme Lexay-Mamésia, il aimait Tombra^ des arbres utiles; il imposait à chacun de ses jeunes paroissiens Tobligation de planter deux arbres fruitiers le jour de sa première communion. L'inclémence des hivers ne pennit |)oint de donner aux vergers un j^mviik! (léveluppcinciil ; il f.illut se contenter de cultiver en ahondaiire la pomme de terre suhslanliellc ; liicnlôl ce pioduit du BaM-de-la-Rorhe obtint sur les marches de StJ'asbourg un succès mérité , et acquit une pré* pondérance innrquée sur les pommes de terre de la plaine.

Le système des engrais occupait, vous le pensez bien, une lai^e part dans les améliorations agricoles, introduites par Oberlin; ici, comme en toute chose, il avait joint Fexemple au précepte, en creusant, auprès de ses élables, des fosses pour servir de réservoirs ou de citernes, et en prouvant, par l'applicniKui à sa petite économie rurale, quel prolii le cultivaleuj pouvait tin'r des liestiaux consignés h denieuie.

Ses paroissiens manquaient d'ustensiles aratoires; il eu élablit un magasin; il en délivrait à crédit jusqu'à ce que le preneur fàt rois en état de s'acquitter par Ja rentrée de la récolte ou la vente de ses bestiaux. Il avait fondé dans le même but, et pour détruire l'usure, une petite caisse d'emprunt, qui servait dans les moments de gène à secourir les habitants les plus nécessiteux, mais toujours à charg^c par eux de s'acquitter en temps opportun ; car il ne voulait ]toint d'une générosité qui encourai,^' la fainéantise, l'impérifie ou la mauvaise loi. 11 assistait le travail, sans donner à fonds perdu an vice.

Avec la pratique il sut combiner la théorie. Il fonda — vous ailes peut-être sourire — une société d'agriculture , dont les membres durent payer une cotisation, ni plus ni moins que s'ils eussent disposé d'une fortime indépendante. Dans ces

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. réunions, auxquelles plusieurs de ses amis de Slrashoni-g viureiil s'iissocici jinr urn; mise de ionds par l'eitvoi de livi es ou flr journaux, les procp<l<\s de culture étaient discuN's, el des prix modestes décernés aux meilleurs éleveurs ou aux petite culUvateurs intelligents. Oberlin ne dédaignait point de stimuler rambition de ses élèves , mais eo dirigeant vers un faut honnête et utile ce désir d'Ôtre et de paraître, qui dévore les ititelligences actives. Dans ses procédés d'éducation agrono* miqne et morale, le pasteur de Waldersbach m'a souvent rappelé les Pères du Paraguay; comme eux, il cxerrait une influence magiqire sur les âmes (jue DiLii hu avait confiées : conuire eux, il impiimaif à la volonté de se> ouailles une impulsion irrésistible. Il obtenait deux des corvées, telles que jamais ni seigneur de village, ni intendant de province n'aurait osé en proposer. Ainsi, pour donner un écoulement aux produits indigènes, et pour laciliter Tarrivage des approvisionuemenls qui manquaient à ces hameaux, il fallut créer des che* mins de eommunicalion a travers les terrains les plus accidentés et les plus rocailleux. Le pasteur Oberlin accomplit ce prodige sans secours gouvernemental ; il se fit à la fois ingénieur el |iionnier, il tr.irn la route vicinale, ipii devait relier son vallon à la vallée de la Fauche, et se mit seul à l'œuvre avec sou valet de labour. .Alors ses paroissiens, élcclrisés par son exemple et son abnégation, vinrent lui offrir leur assistance; bientdl il put, à la téte de deux cents travailleurs bénévoles, frayer, niveler, terminer ce chemin; il put faire sauter des rocs, construire des murs de soutènement, jeter un pont sur la Bruche, el au bout de deux ans de labeur, voir les chariots rouler sur une cliaussée unie, à pentes douccî?, dans les mêmes lorniilc- on des sentiers raides conduisaieFil naguère de hameau a liameau, et où pondaul six mois de l'amiéc la oeige eilaçait toute trace du passage des hommes.

Ce modeste chemin vicinal, construit par un obscur ecclé* isiastique, sans secoui-s officiel, au seul appel d'une -voix où

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réloqtience du cœur se mêlait aux mâles accents d'un commandement désintéressé; cette petite route creusée dans le roc

par une main qui, le jour du Seigneur, s'ouvrait pour bénir les travailleurs; cette arche do. poiil jetée siu lui lui rent par un airhitectc improvisé, ces œuvres nr v iis st uililent- elles pas, dans leur cadre rétréci, nnssi méritoires que les perforations hardies que nous voyons exécuter sous nos yeux par des hommes de l'art soutenus par des mïHiers de hras et par les millions de l'État V

Mais, vous allez demander sans doute : Gomment cet homme isolé parvenait -il à opérer ces prodiges? car si sa parole mettait en mouvement les quelques centaines de ses paroissiens, où prenait-il les fonds pour ses essais d'agriculture, pour ses machines, ses caisses d'emprunt, pour les dépenses inévilahlf»s que devait entraîner ta maçonnerie d'un pont, ou le soutèneiueiii d'une route au cœur des montagnes?

Eh bien, il trouvait des fonds, comme les serviteurs de Dieu, à quelque culte qu'ils appartiennent, en ont toujours trouvé, lorsque les besoins réels de leur communauté étaient en jeu. Oberlin frappai! à la porte de ses amis, et les portes s*ouvraient avec les cœurs; il courait à cheval, bride abattue, de nuit, à Sti'asbourg, lorsqu'il n'avait point d'argent; il électrisait les citadins comme il entraînait ses ouailles; il quêtait, et les mains les plus dtires laissaient tomber leur offrande danslf's .siennes; l'esprit di,' Dii-u lui conférait le don des bonnes paioks, qui échaufîeiil les (-(eurs tièdes; cl entre ses mains, cet ar<,n^nt fructifiait, car il I*' dp|<piisail avec intelligence, de même que dans sa maison il alliait à 1 économie la plus sévère une hospitalité patriarcale.

01)(>rlin avait donc changé l'aspect matériel de ses paroisses; à la vaine pâture, aux jachères, à quelques maigres sillons de seigle et d'avoine il avait substitué des tapis de verdure, où. la tige du lin se balançait ft côté du champ de trèfle ou des solanées; en place de la hutte enfbmée, ensevelie dans des fentes

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OU crevasses de terrain, il avait élevé la cabane ou la maison

rustique; aux expositions humides avaieiil succédé des emplacements saluhrcs; sous ces demeures nio<lestes, dont la propreté touchait [jresqu'à réiégauce, il avait f'nif ereuser des caves, où dans les liivers les plus froids les provisions se trouvaient à l'abri; autour de ces maisonnettes, quelques pouces de terrain restaient consacrés à la culture des fleurs, et ce qui vaut mieux encore, de ces cabanes sortaient, à la place des sauvages d'autrefois, des femmes à la mise décente, des liommes au maintien satisfeit, et des enAints qui tendaient â fétrangcr leurs petites mains, non pour mendier, mab pour demander une caresse amicale.

Messieurs, je ne fais point uue idylle. A la lin du dernier siècle, sous l'Empire, et pend.Jiii les premières années do la Hestauration , le Ban-de-b-Uodie avait la physionomie <|ue j'essaye de reproduire. El ici, je vais encore au-devant d'une question : ragriculturc , quelque moralisante qu'ait été son action, aurait- elle suffi à produire cette métamoi*phose?... évidemment non... Oberiin était avant tout un admirable instructeur ou pédagogue; il a fondé les salles d*asile et les écoles primaires de ses paroisses... des salles d'asile, soixante ans avant que ce nom n'ait été prononcé, quatre-vingts ans avant que la loi n*ait prescrit cette institution dans nos communes!

Vous me permettrez de donner quelques détails sur celte partie de son activité.

11 commença, toujoiu's avec des ressou^^'e^ jjijpiovii>ees, par construire des maisons d'école spacieuses à la place des réduits où Ton entassait les enfants avant son arrivée; puis il composa ou fit composer des livres élémentaires; il forma des maîtres et des directrices. Dans cette dernière tAcbe il fut secondé par une simple paysanne, dont le nom a été proclamé et couronné dans l'une des séances annuelles de l'Institut, par Louise Scbœppler, qui , à l'exemple de son pasteur, dévoua son existence à ces modestes créations.

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Le but d'Oberlin était bien nettement formulé dans son esprit; il voulait que les enfants de ses paroissiens reçussent une éducation à la fois agricole et religieuse; dès leur âge le plus tendre, il voulait les familiariser avec leur état fbtur, leur faire aimer cette existence cachée au sein des montagnes, et leur apprendre à bénir le Créateur dans ses œuvres. Aussi les élèves les plus jeunes, réunis sous la tutelle des directrices, passaient les heures tie classe à Uicoler, i ( nilre, ;< éplucher du coton cru, car Oherliu avait, à côté du tiavail agricole, introduit la filature à la main pour occuper les veillées dliiver. On présentait à ces petits êtres des plantes usagères , soit dans un herbier, soit en peinture; on leur enseignait le nom et les qualités de ces fleurs ou des herbages, qu'ils étaient tenus de reconnaître ensuite pendant leurs promenades. Ai-je besoin d'ajouter que cette botanique élémentaire profitait à la fois au développement intellectuel et moral de ces enfants, qui chantaient en commun les louanges de Dieu, et dont le plus grand hoiilif jui consislail a recevoir, le jour de dimanche, une parole d'encouragenient de leur père Oherlin. En même temps, les notions régulières de la langue Iraiiyuise leui étaient enseignées; car le pays tout entier, avant l'arrivée d'Oberlin, ne parlait qu un patois informe, peu différent de celui de la Lorraine; or le pasteur, tout en admettant que ces dialectes dégénérés ont quelque valeur aux yeux du philologue, trouvait avec raison que la rudesse des mœurs était étroitement unie à celle du langage, et que Fintroduction de la langue écrite adoucirait les aspérités de cette population montagnarde.

L'instruction donnée, dans les écoles du Ban-de-ia-Roche, aiix enfants qui approchaient de l'adolescence, ressemblait à celle de nos écoles primaires, seulement elle était plus piatique; elle donnait moins à l'analyse et aux règles abstraites; elle visait toujours de préféi ence à j)i éparf!r ces hls de paysans n la vie du bùclieron, tle l'artisan ou du journalier; elle inspirait l'amour passionné de la nature, au sein de laquelle t. 23

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ces élèves pauvres étaient appelés à vivre; elle les appliquait aussi é tracer à la main de petites cartes géographiques; — ébauches imparfaites et raides, si vous voulei — mais suffisantes pour leur faire coooaitre les pays situés au delà de Tétroit horizon de leurs montagnes. C'était agrandir par Fimagination le ccnlc où ils vivaient, et duiiuer aux caractères inquiets le désir de voir ce monde inconnu, soit comnie soldats, soit comme artisans. Oherliii ne craignait po un le contact du tuonde extérieur pour ses élèves, cuirassés contre les tentations par les préceptes d'une morale austère et d'une foi vive, fl a dû arriver, sans doute, que du nombre de ces pauvres villageoises» jetées seules et jeunes comme servantes dans le tourbillon infect de nos villes, quelques-unes aient terni leur pureté primitive; mais combien d'entre elles ont résisté à cette épreuve et ont retrouvé dans leurs chalets et au pied de leurs autels mstiquo m isile dont aucun remords n'est venu troubler le calme et la sérénité!

Olierlin prêchait le mariage, et, qui plus est, en moraliste chrétien, la fécondité du maiiage. Âu moment d'entrer en fonctions, il avait trouvé, dans les cinq villages de Fonday, Waldersbach, Solbach, Bellefosse et Belmont, quatre*vingts é cent familles en détresse; au commencement de ce siècle, ce chiffre avait au moins quintuplé; trois mille habitants vivaient sur le même espace de terrain ; ils y jouissaient d'une existence très-tolérable, tous bénissant leur pasteur qui avait su arracher leurs parents à un état «auvap-e, qui avait assouvi leur faim, couvert leur nndilé, abrité leur tète, délié lem- lanjruc, ouvert leurs yeux, éclairé leur intelligence et régénère leur àinc immortelle.

Je n'ai ni h droit ni la volonté de vous parler d'Oberlin au point de vue dogmatique. Je m'adresse é un auditoire mixte; ce n'est point ici le lieu d'apprécier le prédicateur ou de critiquer le démonologue, familier dans le monde des esprits et décrivant les compartiments du séjour des damnés, ou les

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